Hello !

Après un délai bien plus long que je le souhaitais, voici le chapitre 15 de Perdre... en espérant qu'il vous plaira !

Coucou et merci à Katymyny toujours présente avec ses reviews sympathiques ! J'ai tenu compte de ton conseil pour ajouter un résumé du chapitre précédent. ;-)

Dans le chapitre 14 : Les vacances de Noël ont débuté, et les élèves de Poudlard sont repartis chez eux afin d'y passer les fêtes. Sirius se retrouve confronté à la famille Black sur la voie 9 3/4 avant de partir passer les fêtes chez les Potter. Victoire et Edouard Duchesne rentrent au manoir familial, attendus de pied ferme par leur père, Theobald Duchesne, qui profite de l'occasion afin de réprimander sévèrement le cadet pour son admission à Gryffondor ainsi que leur rappeler les valeurs de leur famille. Entre temps, la relation entre Victoire et Regulus, dont les fiançailles n'ont pourtant pas été annoncées de manière officielle, semble être plus flagrante aux yeux de leur entourage qui devine peu à peu les liens maintenus entre eux.


CHAPITRE XV

« Je constate surtout que tu ne tiens pas tant à elle pour songer à l'abandonner si facilement. » - Victoire Duchesne


Le carillon placé au-dessus de la porte de chez Madame Guipure, prêt-à-porter pour mages et sorciers, retentit lorsque Regulus sortit de la petite boutique. Chargé d'une boîte plus encombrante qu'il l'avait pensé, il dut adroitement la stabiliser d'une main afin de réussir à tirer la porte du magasin pour la fermer dans son dos. Lorsqu'il releva la tête pour chercher des yeux sa compagne de shopping forcé, il trouva cette dernière appuyée contre le mur, plusieurs mètres plus loin, ses yeux rieurs fixés sur lui.

« Ne pourrais-tu pas m'aider au lieu de te moquer ouvertement de moi ? »

Un sourire narquois lui répondit.

« Je pensais pourtant être discrète, s'enquit-elle en s'approchant de lui.

- Tu sembles perdre un peu de ta retenue ces derniers temps, Vickie. »

Victoire haussa un sourcil avant de tapoter le carton du plat de la main.

« Ta mère compte-t-elle changer cinq fois de robes au cours de la réception ?

- Je n'en ai pas la moindre idée, répondit Regulus. Mais elle s'est bien fichue de moi en me demandant d'aller chercher sa commande… Je m'attendais à quelque chose de moins volumineux.

- Ou alors elle t'a confondu avec Sirius et a cru que tu pourrais user de la magie pour réduire son colis. »

Victoire fut surprise par le regard froid que lui renvoya Regulus.

« Quoi ? bredouilla-t-elle.

- Je ne suis pas Sirius.

- Evidemment, confirma Victoire sans comprendre.

- Je ne suis pas Sirius… » répéta-t-il plus bas, comme pour lui-même.

Et il la planta là, sillonnant à grands pas la rue principale du Chemin de Traverse en tenant sa boîte à bout de bras. Victoire balaya de la main ses longues mèches de cheveux blonds coincées sous le col de sa cape fourrée avant de le suivre, hébétée. Elle dut presque courir pour le rattraper.

« Reg ! » soupira-t-elle une fois parvenue à son niveau, « arrête-toi… »

La jeune sorcière sortit sa baguette magique afin de lancer un Reducto au paquet qui rétrécit à vue d'œil un instant plus tard.

« Au lieu de ronchonner, il te suffisait de me demander de l'aide…

- J'oublie parfois que tu es plus âgée que moi » lâcha-t-il.

Son ton mi-agacé mi-frustré alerta Victoire, qui ne comprenait décidément pas les réactions de son ami cet après-midi-là.

« Nous n'avons que six mois d'écart, se vexa-t-elle.

- Cela parait dérisoire pour toi. Mais cela a bien plus d'importance que tu ne le penses.

- Très bien, alors éclaire-moi dans ce cas. Serais-tu finalement honteux à l'idée de devoir épouser une femme plus vieille que toi ? De quelques malheureux mois… » plaisanta-t-elle dans une tentative de le détendre.

Regulus daigna enfin tourner la tête vers elle pour la considérer. Les joues rosies par le froid, ses longs cheveux presque blancs flottant dans le vent, il la trouvait beaucoup trop adorable avec ses grands yeux inquiets pour son propre bien. Il avait toujours aimé cette façon dont elle le regardait, trahissant toute l'affection qu'elle lui portait. Mais, surtout, il avait toujours été jaloux du regard qu'elle réservait à Sirius dans le passé.

« Si j'avais été l'aîné ou si j'étais né avant toi, alors tu n'aurais jamais été liée à lui pour finalement être contrainte de te contenter de son frère. »

Victoire ouvrit la bouche, pour finalement la refermer. Adorable, se répéta Regulus. Et bientôt mienne, contre son gré…

« Regulus. Je ne veux pas que tu croies être le choix de substitution, finit-elle par articuler.

- Parce que ce n'est pas le cas ? »

Victoire fut peinée par l'amertume perceptible dans sa voix. Regulus ne semblait plus très bien maintenir sa réserve, lui non plus, visiblement…

« Pas pour moi.

- Ose me dire que tu n'as pas accepté de renouer des liens avec moi uniquement parce qu'un mariage a été convenu.

- Tu te trompes, certifia-t-elle avec douceur. Ma rancœur envers toi était stupide c'est moi qui avais fauté, à l'époque. Je n'aurais pas dû te jeter la pierre. Mais il était bien plus facile d'accepter ma punition en rejetant la faute sur quelqu'un d'autre… »

L'admettre était difficile, mais nécessaire. Regulus n'avait pas mérité les horreurs qu'elle lui avait balancées à la figure le jour où elle avait clamé haut et fort ne plus vouloir le voir ni lui parler. La faute incombait uniquement à Sirius, qui avait été l'investigateur de leur fugue dans le Paris moldu, et à elle-même, qui avait volontairement désobéi par amour du risque, et surtout par confiance aveugle envers l'aîné Black. Regulus n'y était pour rien, mais lui avait fallu plusieurs années pour s'en rendre compte…

« Je tiens à m'excuser, Reg. Je ne l'avais encore jamais fait depuis que nous nous revoyons.

- Je n'ai jamais demandé d'excuses, marmonna-t-il.

- Peut-être. Mais je le pense réellement, alors pourquoi m'en priverais-je ? Ecoute, je ne peux pas te dire honnêtement que ce mariage m'enchante. Mais je préfère mille fois que l'on me lie à toi plutôt qu'à un autre. »

Regulus planta son regard d'acier dans le sien.

« Mais tu aurais mille fois préféré qu'il s'agisse de Sirius. »

Victoire soupira, ne reconnaissant que trop l'épouvantable caractère borné que Regulus trainait depuis l'enfance.

« J'aurais mille fois préféré être libre de choisir avec qui me marier. »

Regulus hocha lentement la tête de compréhension sans un mot. Victoire profita qu'il consulte la liste de courses gracieusement confiée par Walburga pour l'observer un instant.

Le petit garçon qu'elle connaissait depuis sa naissance avait bien grandi. Regulus, du haut de ses seize ans et demi et de son mètre soixante-quinze déjà bien atteint, devenait indéniablement un homme. Un homme à qui on la lierait d'ici une année et demie, lorsque tous les deux seraient âgés de dix-huit ans et auraient quitté les bancs de Poudlard. Il était étrange pour Victoire de se dire qu'elle ne l'avait encore jamais réellement considéré de cette façon : non plus comme l'enfant avec qui avait partagé sa jeunesse, mais comme l'être à qui elle serait associée pour le restant de ses jours.

Lorsqu'il se tourna vers elle pour lui adresser la parole, elle ne l'entendit pas. Au lieu de l'écouter, elle continuait de le détailler. Son visage aux traits fins et aristocratiques avait perdu le peu de rondeurs de l'enfance dont il avait été doté autrefois. La courbe de sa mâchoire était mieux dessinée. Sous ses épais sourcils, le gris glacial de ses iris se réchauffait encore un peu au contact des gens qu'il appréciait. Les petites taches de rousseur qui parsemaient son nez étaient toujours visibles, même à la lumière rayonnante de ce jour d'hiver. Ses cheveux encore longs une semaine plus tôt avaient été coupés plus courts, retombant sur le haut de son visage en légères boucles brunes…

Et il semblait attendre une réponse de sa part, la fixant sans un mot à son tour. Victoire rougit de gêne.

« Pardon ?

- Je te demandais si tu souhaitais boire une bièraubeurre au Chaudron Baveur avant de poursuivre cette interminable liste de Noël » répéta-t-il avec chaleur.

La jeune fille accepta avec plaisir, toujours aussi gênée, avant de le suivre jusqu'au pub sorcier le plus connu de Londres. Là-bas, ils passèrent finalement plus d'une heure à discuter, ce qui eut le don de réchauffer davantage le cœur de chacun.

Là, en-dehors de Poudlard et des manoirs de leurs familles, le temps était à eux. Au fil des conversations, l'aisance qu'ils avaient longtemps ressentie l'un avec l'autre revint. Les souvenirs affluèrent. Les plaisanteries fusèrent. Les contacts visuels et physiques se renouèrent. L'assurance, la confiance et le besoin de se confier déferlèrent.

Victoire leva les yeux de sa deuxième bièraubeurre. Son regard se perdit dans le vague tandis qu'elle réfléchissait à ses prochaines paroles, craignant briser ce précieux moment.

« Il y a une chose que j'aurais aimé savoir, Reg. »

Regulus ne répondit rien, l'encourageant silencieusement à poursuivre son aveu. Il accrocha son regard devenu mélancolique.

« Que s'est-il passé, il y a deux ans ? »

Il se figea. Victoire se mordit la lèvre, hésitante, tandis que le visage de Regulus s'assombrissait.

« Peu importe ce que tu diras aujourd'hui, je sais combien tu aimais ton frère. Alors pourquoi l'as-tu laissé partir ? »


Des rires joyeux retentirent dans la salle à manger de la demeure des Potter, réchauffant le cœur de Sirius alors qu'il était assis avec ceux qu'il considérait comme sa véritable famille.

Face à lui, Fleamont et Euphemia Potter souriaient avec affection tandis qu'ils écoutaient leur fils unique parler de Lily Evans, l'impétueuse rousse de Gryffondor qui avait ravi le cœur du garçon depuis ses premiers instants passés à Poudlard. De temps à autre, n'osant couper le jeune homme dans ses éloges à l'égard de la fille de ses rêves, Fleamont et Euphemia se lançaient un regard entendu, leurs mains entrelacées posées sur la table.

La simple vue de ce couple toujours aussi uni après tant d'années de mariage confortait Sirius dans chacun des choix d'avenir qu'il avait pris à compter du moment où il avait fugué du manoir familial. La vieillesse commençait à marquer les traits des parents de son meilleur ami, mais leurs regards parlaient pour eux-mêmes, trahissant tout l'amour qu'ils se portaient l'un l'autre, dénotant des mariages arrangés auxquels il avait assisté durant sa jeunesse passée dans la fière et noble famille Black. L'attitude aimante omniprésente envers leur enfant avait également troublé Sirius, les premières fois qu'il avait côtoyé cette famille.

Il en avait presque jalousé James, qu'il considérait pourtant comme son frère Sirius n'était pas habitué à ces marques d'affection et de fierté qui ne demandaient aucune contrepartie. Plus il avait rencontré les Potter au fil de sa scolarité, sur le quai de gare 9 ¾, plus l'héritier des Black s'était rendu compte que sa famille n'était décidément pas un modèle à suivre.

Il ne s'était jamais senti à sa place, au 12 Square Grimmaurd. Le fait que la famille Potter soit d'ascendance sang-pur le secouait d'autant plus, cette dernière ne partageant clairement pas les idéaux des Black et des autres anciennes familles sorcières qui lui donnaient un peu plus la nausée à chaque année passée à leurs côtés.

Alors, lorsque le couple Potter l'avait recueilli à bras ouvert lorsqu'il s'était enfui de chez lui en claquant la porte au nez de ses propres parents, il avait su. Il avait su que ces gens, pourtant étrangers de tout lien familial, le considéreraient pour ce qu'il était réellement, et sauraient l'aimer comme ses géniteurs ne l'avaient jamais fait. Au diable l'héritage de sa famille. Au diable ces valeurs surfaites et dégoutantes auxquelles il n'avait jamais adhéré. Au diable son sang sorcier, qu'il considérait plus impur que celui de n'importe quel né-moldu. Au diable leur devise.

Toujours pur. Sirius, dans ses choix présents et futurs, tâcherait de se purifier de son ascendance. Il renierait ses origines, haut et fort, même si pour cela, il avait dû tout abandonner. Y compris ce qu'il avait de plus cher au monde.

« Et toi, Sirius ? » demanda soudainement Euphemia Potter d'une voix douce, le coupant de sa rêverie. « Y a-t-il une charmante jeune sorcière qui te fait tourner la tête ? »

James, assis à ses côtés, ricana d'un air entendu. Les coudes appuyés sur le rebord de la table, il tourna la tête vers son ami, un sourire amusé sur les lèvres.

« Sirius est un vrai tombeur » lança-t-il, narquois. « Mais il ne profite pas pleinement de son potentiel… »

Sirius haussa un sourcil, interrogateur.

« Allez, tu sais bien que plus d'une est folle de toi, à Poudlard ! Mais c'est à croire qu'aucune ne t'intéresse.

- Faux. Je flirte régulièrement avec ces dames, rectifia Sirius après avoir mangé une bouchée de son dessert.

- Ouais, tu les dragues mais ne vas jamais plus loin… marmonna James en levant les yeux au ciel.

- Et mes techniques de drague fonctionnent à merveille. Pourquoi dis-tu que mon potentiel n'est pas clairement exploité ? C'est insensé, Cornedrue. »

Euphemia et Fleamont se lancèrent un énième regard entendu, amusés par la discussion.

« Peut-être que Sirius s'exerce sur d'autres filles avant de se lancer avec celle qu'il chérit réellement... » suggéra Fleamont.

Son ton énigmatique stoppa net James, qui resta figé avec sa cuillère à dessert juste devant sa bouche. Il regarda bêtement son père, avant de tourner son attention vers un Sirius imperturbable.

« Non » contredit James. « Il est peut-être amoureux, mais il n'est pas stupide. »

Sirius ne répondit rien. La remarque de son meilleur ami venait de le replonger dans ses réflexions, plus moroses.

Il est peut-être amoureux, mais il n'est pas stupide. Le jeune homme ne savait pas comment interpréter ces mots. James sous-entendait-il qu'il était amoureux ? Ou que ses techniques de drague seraient inutiles le jour où il tenterait de conclure avec une fille ?

Comme il était bien placé, d'ailleurs, pour le juger à ce sujet… Evans daignait enfin le regarder après plus de six ans à batailler pour attirer son attention…

Mais au moins, Evans laissait son ami l'approcher, se dit Sirius. En-dehors de sa mine fatiguée par ses tentatives aussi nombreuses que maladroites pour l'aborder, elle ne réagissait pas comme si chaque mot ou contact physique entre eux la répugnait…

« Vous devriez aller vous coucher, les garçons, les interrompit Euphemia après s'être levée pour aider leur elfe de maison à débarrasser la table. Demain est un grand jour : nous rencontrons cette fameuse Lily pour la première fois… Je sais que la tradition de Noël veut que tu fasses une grasse matinée, mon chéri, ajouta-t-elle à l'attention de James qui fronçait les sourcils, mais tu devras être debout pour accueillir ta petite amie si tu souhaites faire bonne figure.

- Je le pousserai en bas du lit, ne vous en faites pas ! déclara Sirius.

- N'oublie pas de te coiffer, pour une fois… ajouta Fleamont devant l'air désabusé de son fils.

- Ouais… souffla James avec embarras. Joyeux Noël !

- Joyeux Noël, répondirent les parents de James. Bonne nuit. »

Une fois isolé dans la chambre d'ami qui était devenue la sienne durant une année après avoir quitté le 12 Square Grimmaurd, Sirius s'installa sur le lit. Il était bon de retrouver cette maison si calme et paisible le temps de quelques instants volés durant les vacances.

Il avait abandonné son passé, mais aujourd'hui, le futur lui souriait. Il avait fini par comprendre que de nombreux sacrifices étaient nécessaires afin d'atteindre le bonheur et l'indépendance durement souhaités. Qu'importe les chaînes qui l'avaient retenu si longtemps prisonnier d'un destin qu'il refusait. Il les briserait une à une jusqu'à totalement s'en délivrer. Et tant pis si ces liens l'éraflaient à mesure qu'il s'en arrachait. Les cicatrices qu'il porterait serviront à lui rappeler tous les efforts réalisés afin de devenir qui il était. Il les afficherait avec fierté.

La plus douloureuse portait le nom de son frère cadet, duquel il pourra enfin se défaire sans se retourner à la fin de l'année. Après Poudlard, il ne le reverrait peut-être jamais. Il ne sera alors plus confronté au regret de l'avoir laissé entre les mains de sa famille damnée…

Mais réussira-t-il réellement à ne plus se soucier de son frère ? Bien que ce dernier eût grandi et ne fût plus le gamin chétif qui le suivait partout comme son ombre, Regulus restait son petit frère. Il aurait dû le protéger…

Mais comment ? En se sacrifiant pour rester auprès de lui ? Ou en l'emmenant avec lui ?

Gryffondor incarnait le courage. Sirius avait toujours conçu sa fugue comme un acte de bravoure celui d'oser se rebeller et de tout quitter. Mais à cet instant, il se demandait si cette action n'était pas, au contraire, une preuve de sa lâcheté. De son manque de force morale qui l'empêchait de subir sa destinée afin de protéger son frère, exactement comme Victoire le faisait.

Victoire… Sirius soupira. Une énième plaie qui refuserait de cicatriser tant que la jeune fille partageait sa scolarité. Il avait lutté contre lui-même afin de l'ignorer, la laisser vivre sa vie tranquillement, sans s'en mêler. Mais c'était au-dessus de ses forces. Jamais il n'aurait dû débuter cette correspondance épistolaire avec elle, anonyme ou non. Jamais il n'aurait dû aller réveiller ces vieux démons qui sommeillaient en lui. Il aurait mieux fait de les taire à jamais. Car à présent, c'était bien tout ce qui tournait autour de Victoire Duchesne qui le hantait.

Sirius s'en voulait d'avoir abandonné Regulus. Mais la vérité, c'était qu'il s'en voulait encore plus d'avoir rejeté sa fiancée. Il était terrifié de ce qui pourrait lui arriver. Depuis le mois de septembre, il en était persuadé : celle qu'il avait chérie durant des années et qu'il aurait dû épouser se sacrifiait pour protéger son propre frère, muselant ses envies de liberté. Elle avait un choix, à l'opposé du sien. Cela ne faisait que davantage les éloigner. Et au vu de sa relation récemment renouée avec Regulus, Sirius ne pouvait en déduire qu'une chose…

Regulus allait définitivement le remplacer. Regulus deviendrait la personne vers qui Victoire se tournerait.

Regulus, peut-être, pourrait être sauvé, avec cette femme à ses côtés… à moins que tous les deux ne s'entraînent l'un l'autre vers une descente aux enfers qu'ils ne parviendraient pas à éviter…

Sirius serra le poing. Il attrapa le livre glissé sous son oreiller, tournant silencieusement les pages imprimées dont les mots français se détachaient à la lueur du chandelier qui brûlait sur la table de chevet.

Tes yeux où rien ne se révèle

De doux ni d'amer,

Sont deux bijoux froids où se mêlent

L'or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,

Belle d'abandon,

On dirait un serpent qui danse

Au bout d'un bâton*.

Le claquement distinctif d'un bec contre la vitre interrompit sa lecture du poème de Baudelaire. Un hibou donnait des coups impatients à la fenêtre de la chambre. Sirius se leva pour lui ouvrir, surpris. L'oiseau le toisa avant de lâcher son courrier sans attendre plus longtemps avant de reprendre son envol et déguerpir au plus vite.

Une seule phrase avait été notée sur la lettre.

Joyeux Noël, Canis Majoris.

V.A.D.

Sirius leva les yeux vers le ciel étoilé. Il chercha des yeux Aquila, aussi appelée « étoile de la victoire ». Elle semblait introuvable de là où il se tenait. Inaccessible. A l'image de la jeune femme qui avait pris son nom.

« On dirait un serpent qui danse au bout d'un bâton. » Que fais-tu, Victoire ? Que veux-tu ? Que choisis-tu ?

Victoire dansait dangereusement sur le fil du destin. Tout ce que Sirius espérait, c'était qu'elle ne finirait pas par tomber...


Victoire attrapa l'une des flutes de champagne posées sur le plateau qui lévitait à travers la salle de réception. Postée dans un coin reculé qui lui permettait un peu de calme, son regard glissa d'un bout à l'autre, scrutant les invités avec minutie avant de se reporter sur la décoration.

Les Malefoy semblaient s'être lancés dans le grandiose, en ce soir de 31 décembre. Le séjour spacieux de leur manoir avait été métamorphosé en véritable salle de réception pour l'occasion. D'immenses cadres en bois sculpté décoraient les murs. Des bougies flottaient en direction du plafond magique qui faisait songer à celui de Poudlard. De nombreuses banderoles de soie vert émeraude et argent s'étendaient de part et d'autre de la salle. Les couleurs de Serpentard, ne put s'empêcher de remarquer la jeune fille. Evidemment

Et pour cause. Les seuls invités étaient tous issus des anciennes familles sorcières, la grande majorité d'entre eux étant passé par la case Serpentard. A quoi s'attendait-elle d'autre, de la part d'un des couples récemment mariés les plus influents et charismatiques de leur société ?

Victoire croisa le regard de Narcissa Malefoy, leur hôtesse, qui lui sourit depuis le centre de la salle où elle tenait une discussion avec sa sœur, Bellatrix Black-Lestrange. En voyant sa benjamine lever courtoisement sa coupe de champagne en direction de l'étudiante, Bellatrix Lestrange tourna ses yeux aussi noirs que les abîmes vers la jeune fille qu'elle sonda un instant. Victoire maintint le contact visuel en s'assurant que sa protection mentale était bien en place.

Severus l'avait avertie concernant les capacités de la femme en Legilimancie. Si cette folle de Lestrange cherchait quoi que ce soit de croustillant dans son esprit, alors elle se heurterait à son propre reflet à travers l'un des miroirs du labyrinthe mental de Victoire. La jeune fille n'avait pas encore trouvé le moyen de lâcher des bribes de pensées intentionnellement futiles face à toute intrusion dans son esprit, mais cela ne saurait tarder. Elle s'était tant entraînée avec Regulus durant les vacances qu'elle avait hâte de voir la tête de Severus lorsque celui-ci se retrouverait confronté à ses progrès en Occlumancie, à leur retour à Poudlard.

Bellatrix fronça les sourcils, probablement vexée de n'avoir rien pu trouver d'intéressant à son sujet, puis reporta son attention sur sa sœur et son époux qui venait de les rejoindre.

Victoire savait qu'elle devait être plus prudente que jamais lors de ce genre de réunion. Severus et Regulus avaient bien insisté sur ce point, sans pour autant lui en révéler davantage…

« Une si charmante demoiselle buvant seule dans son coin… Comme c'est désolant…»

Victoire ne daigna pas tourner la tête vers son interlocuteur qui venait de s'appuyer contre le mur, tout près d'elle. Elle se contenta de boire une gorgée de son breuvage, l'ignorant.

« Black n'est-il pas censé te tenir compagnie, ce soir ?

- Black est libre de se rendre où il le souhaite » contra platement Victoire.

Elle le chercha malgré tout des yeux, le trouvant un peu plus loin en train de discuter avec plusieurs de ses amis. Rabastan Lestrange, les frères Dolohov, Trestan Nott et Mulciber lui tenaient compagnie, échangeant quelques mots avec Lucius Malefoy. Ce dernier dégageait une espèce d'aura magnétique que Victoire ne parvenait pas à apprécier. Au contraire, quelque chose lui soufflait de s'en méfier. Visiblement, Regulus ne semblait pas ressentir la même chose, se tenant juste à côté de lui et hochant la tête à ce que l'homme plus âgé de quelques années racontait.

« Pourquoi n'es-tu pas avec eux, d'ailleurs ? finit par demander Victoire après un instant de silence pesant.

- Ma présence t'ennuierait-elle ? demanda son interlocuteur d'une voix suave.

- Suffit, Avery. Tu sais très bien ce que j'en pense ; inutile de me le faire dire.

- Tu es si rigide, grinça Avery. J'ai toujours aimé ça. »

Victoire tourna lentement un regard aigre vers le garçon.

« Tu es froide… mais dotée d'une honnêteté rare. Tu ne pèses jamais tes mots, qu'ils plaisent ou non ; j'apprécie cela.

- Où veux-tu en venir, Avery ? s'impatienta-t-elle, mal à l'aise. J'ai presque l'impression que tu essayes de me séduire, – ce qui serait plus que déplacé, dit en passant.

- Parce que ton fiancé ne se trouve qu'à quelques mètres de nous ? » demanda-t-il, narquois.

Elle venait d'avoir la confirmation selon laquelle ses fiançailles avec Regulus, bien que non rendues publiques pour le moment, étaient bien plus connues de ses pairs qu'elle le pensait… Elle ne chercha donc pas à démentir.

« Parce que tu sors avec mon amie, lui rappela-t-elle. Et sache, Avery, que si tu la fais souffrir, j-…

- C'est pour cette raison que je suis venu te parler » la coupa le garçon.

Victoire le contempla plus attentivement, surprise par son air devenu des plus sérieux. Elle attendit qu'il poursuive.

« Je tiens à Amalia, admit-il. Plus que ses proches semblent le penser.

- Et ? Tu es seulement venu me persuader de ton amour éternel ? S'il te plaît, Avery… se moqua Victoire, cela ne te ressemble absolument pas.

- Mais je ne pourrai pas toujours être à ses côtés, termina-t-il sombrement. C'est une faveur que je te demande, Duchesne. Lorsque le moment sera venu, veille sur elle.

- Pourquoi t'être engagé dans cette relation si tu en connais déjà l'issue ? fit remarquer amèrement la jeune fille. Tu ne comptes donc pas te battre pour la garder auprès de toi ?

- Tu sais très bien que ce n'est pas aussi simple.

- Je constate surtout que tu ne tiens pas tant à elle pour songer à l'abandonner si facilement.

- Je ne veux pas l'impliquer… » murmura le garçon, les yeux fixant son groupe d'amis sans les voir.

Victoire fronça les sourcils. L'impliquer ? Mais dans quoi ? Avant qu'elle ne put ouvrir la bouche pour formuler sa question à voix haute, Avery se tourna vers elle. Son regard affichait un panel d'émotions inhabituelles chez lui. Un mélange d'inquiétude et de détermination qui fit froid dans le dos à Victoire.

« Tu es une énigme, pour moi, Duchesne. Mais s'il y a bien une chose que je sais, c'est qu'Amalia n'a pas ta force. Elle aura beau m'aimer de tout son cœur, elle finira par être malheureuse. Je ne veux pas être face à elle le jour où le désespoir l'atteindra et la fera regretter d'être restée à mes côtés.

- Donc, tu préfères fuir plutôt qu'assumer tes responsabilités et faire en sorte qu'elle ne soit pas malheureuse. Tu es bien conscient que si tu la quittes, de toute manière, elle le sera ? Malheureuse.

- Elle sera blessée, admit-il, mais elle m'oubliera et construira une vie digne d'elle après Poudlard. Elle sera à l'abri.

- A l'abri de quoi, par Merlin ?! s'exclama tout à coup Victoire, agacée. En quoi te marier avec une autre sorcière de sang-pur issue d'une famille plus réputée que les Dhont pourrait mettre Amalia à l'abri ?! Il te suffirait de la présenter à ta famille pour qu'un arrangement soit convenu ! Qu'est-ce qui ne tourne pas rond, chez toi, Avery ?! »

Avery resta sans voix. Il l'observa avec confusion. Comment la française pouvait-elle poser la question ? Ne comprenait-elle vraiment pas ce que cela impliquait, si Amalia venait à rester à ses côtés ? S'ils s'unissaient de façon officielle ? Ne comprenait-elle pas ce à quoi elle-même allait s'exposer en épousant Regulus Black ?

Victoire nageait dans un océan d'incompréhension. Avery se pinça les lèvres face à ce constat, se rendant compte que Regulus ne lui avait probablement jamais parlé de cet avenir pourtant si proche dans lequel chacun s'investirait corps et âme. Par conviction. Afin de rétablir l'ordre des choses. La justice. Le retour à la normalité. Le futur dont le Seigneur des Ténèbres avait fait la promesse.

Victoire Duchesne, sous ses allures d'héritière de sang-pur parfaite et dont le père était lui-même l'un des plus fervents partisans du plus grand mage de tous les temps, était totalement inconsciente de la situation et des enjeux qui se jouaient à l'intérieur même de ces murs, durant cette réception.

Avery détourna le regard pour constater que ses amis n'étaient plus en vue ; ils s'étaient probablement rendus dans le bureau de Lucius Malefoy, où il les attendait. Il grimaça à l'idée d'être en retard au rendez-vous.

« Laissons tomber, veux-tu ? » s'enquit-il auprès de la jeune fille. « Promets-moi seulement que tu seras là pour réconforter Amalia et l'aider à m'oublier lorsque je la quitterai définitivement. »

Sur ces mots, il s'empressa de sortir de la salle sous les yeux médusés de Victoire, qui ne savait plus quoi penser. Acquiesçant silencieusement à la demande d'Avery, la jeune fille se fit une double promesse. Elle réconforterait évidemment son amie le jour où ce crétin d'Avery la ferait souffrir. Mais elle n'oublierait pas de venger ce douloureux coup qu'il lui aura consciemment porté…

Victoire fuit à son tour la réception, n'y trouvant plus aucun intérêt. Seule sa mère était en vue, s'intégrant parfaitement à tout ce petit monde que Victoire peinerait à supporter une minute de plus.

Elle trouva refuge dans le jardin des Malefoy, qui, éclairé par ce qui ressemblait à des feux follets verdâtres, s'étendait en un immense parc sombre dont on ne voyait pas les limites. Elle repéra rapidement une pergola surélevée dont elle gravit les quelques marches avant de se poster contre l'une de ses barrières en fer forgé, caressant la pointe du bout des doigts. Elle leva les yeux vers la lune, qui ne tarderait pas à être pleine d'ici quelques nuits.

« C'est magnifique, n'est-ce pas ? » lui demanda une voix féminine pleine de douceur.

Narcissa Black parcourut les quelques mètres qui les séparaient, se postant à ses côtés avec l'ombre d'un sourire. Ses cheveux blonds, aussi clairs que les siens, luisaient à la lueur des astres. Ils étaient retenus dans un chignon sophistiqué duquel commençaient à s'échapper quelques mèches qu'elle écarta d'un geste de la main. Tout en cette femme appelait la grâce, la douceur et l'aristocratie. Victoire comprenait pourquoi Lucius Malefoy avait tenu à la prendre pour épouse. Elle dégageait tant d'élégance, de noblesse et de pudeur. Peut-être était-ce aussi sa retenue qui avait conforté l'héritier des Malefoy dans son choix. Narcissa n'avait pas l'air d'être une femme de caractère, à première vue. Au moins n'était-elle pas comme sa sœur… folle à lier, songea Victoire.

« Toutes mes excuses, dit Victoire. Je pensais être seule…

- Cela ne fait rien, répondit Narcissa d'un timbre clair. J'aime venir ici lorsque j'ai besoin d'un peu de solitude. Tu me sembles pensive, ma chère cousine. Quelque chose te tracasse ? »

Victoire tiqua à l'appellation si facilement employée par la jeune femme. Cousine. Il était vrai que sa mère était une Malefoy. Cela faisait donc de Narcissa sa cousine par alliance. Cette dernière était également une Black la cousine de Regulus et de Sirius…

Cela ne signifiait pas qu'elle lui faisait confiance, et ce, malgré son air angélique ainsi que sa douceur dont elle semblait être la seule à avoir hérité dans leur famille.

« Est-ce parce que Regulus manque à son devoir de cavalier que tu es ici ? tenta-t-elle face à l'absence de réaction de Victoire.

- Pourquoi tout le monde semble penser que quelque chose se passe entre lui et moi ? souffla Victoire à voix basse, lasse.

- Rien ne sert de nier l'évidence, répondit Narcissa en souriant. Il n'y a qu'à observer la façon dont il te regarde. »

Victoire sentit les rougeurs lui monter aux joues. Elle remercia intérieurement l'obscurité de la nuit pour les cacher.

« Nous avons grandi ensemble. Il est normal qu'il se soucie de son amie. »

Narcissa éclata d'un rire cristallin qui résonna dans le silence de la nuit.

« Oh, je vois. Et c'est parce que vous avez grandi ensemble que vous vous marierez à votre sortie de Poudlard… » ajouta-t-elle avec un clin d'œil discret.

Pourquoi tout le monde semblait-il au courant de leur future union ? Victoire se sentit étrangement prise au piège. Certes, elle avait fini par accepter ce fait. Elle s'estimait même heureuse que Regulus fut le prétendant que ses parents lui avaient imposé. Mais plus que jamais, elle se rendit compte qu'elle ne pourrait jamais espérer esquiver l'inévitable. Si Regulus et elle finissaient par ne pas se marier, alors la disgrâce tomberait sur leurs deux familles.

Prise au piège. Sans aucun moyen d'y échapper. Elle déglutit amèrement. Sans vouloir se rebeller contre cette décision, elle détestait le simple fait de ne pas avoir son mot à dire à ce sujet.

De qui te moques-tu, Victoire… Tu ne l'as jamais eu…

La voix de Narcissa brisa le cours de ses pensées.

« Regulus est un bon parti » assura-t-elle. « C'est un gentil garçon. Il l'a toujours été. Il saura te rendre heureuse… »

Victoire n'en avait jamais douté. Elle aurait seulement aimé avoir le choix. Elle aurait peut-être même choisi Regulus de son plein gré…

« Sirius aussi, est quelqu'un de foncièrement bon… » poursuivit Narcissa. « La famille ne l'a seulement jamais compris. Je ne prétends pas le faire, mais je regrette qu'il ait été effacé de l'arbre généalogique. Tout comme ma sœur bien-aimée, Andromeda… »

L'aveu de Narcissa eut l'effet d'un poing dans l'estomac pour Victoire.

La jeune fille aussi regrettait que Sirius eût été effacé de la tapisserie des Black. Supprimé, comme s'il n'avait jamais existé.

Pourquoi avait-il fallu qu'il parte ? Pourquoi les avait-il abandonnés, elle et son frère ?

Elle aurait dû ne rien ressentir face à ce départ, à l'époque. Ni même à l'heure actuelle. Victoire avait déjà décidé de couper les ponts avec lui, pour sa propre sécurité. Son père l'avait exigé. Pourtant, elle ne pouvait empêcher cette douleur d'étreindre son cœur lorsqu'elle pensait à lui. Ou même quand elle le croisait dans les couloirs de Poudlard…

Elle aurait voulu le détester, comme elle tentait désespérément de lui faire croire ces dernières années. Elle avait cru y être finalement parvenue lorsqu'elle avait compris qu'il était le correspondant anonyme qui la tourmentait. Mais il avait seulement réussi à la faire encore plus douter d'elle-même, de ses choix et de sa volonté de tourner la page pour enfin l'oublier…

« S'ils n'avaient pas été aussi idiots et bornés, tous les deux… » acheva Narcissa avec un sourire triste. « Alors nous pourrions toujours profiter de cette petite lueur que leur simple présence émettait. »

Perturbée par les aveux de Narcissa qui semblait se livrer à cœur ouvert, Victoire ne put qu'acquiescer en silence. Sur ces paroles qui lui restèrent en mémoire, Narcissa souhaita le bonsoir à l'étudiante de sixième année après avoir perçu un mouvement près de la pergola. Son cousin approchait à grands pas afin de probablement retrouver sa promise, alors elle décida de les laisser seuls tous les deux, tournant les talons en direction de la salle de réception où elle retrouverait son époux. Elle salua Regulus d'un signe de tête accompagné d'un sourire, qui se fit plus espiègle une fois qu'elle aperçut les deux adolescents face à face, éclairés par la lune. Elle sortit discrètement sa baguette et laissa la magie opérer.

Victoire suivit des yeux le jeune homme qui s'accouda à la barrière en fer forgé. Son regard d'acier se perdait dans la nuit, impassible, vide de toute expression. Toute marque de chaleur ou d'affection auxquelles il se laissait habituellement tenter en sa présence semblaient avoir disparu. Il semblait ailleurs, un pli soucieux fronçant l'espace entre ses sourcils. Ses doigts étaient fermés en poings qu'il serrait et desserrait alors qu'il contemplait le jardin.

« Reg ? Tout va bien ? »

L'appel de Victoire ne le détourna pas de sa contemplation. La jeune fille franchit le mètre de distance qui les séparait et posa une main sur son avant-bras, attrapant la manche de sa chemise afin de le tirer vers elle, soucieuse.

Regulus sursauta violemment, la repoussant instantanément avant de se tenir l'avant-bras gauche comme si son simple contact l'avait brûlé. La douleur et l'agacement passèrent dans son regard froid avant de laisser place au trouble.

Victoire s'éloigna de lui instinctivement, confuse, ne l'entendant pas se confondre en excuses. Elle ne comprenait pas ce qu'elle avait fait de mal. Elle pensait pourtant que tout était redevenu comme avant. Qu'elle pouvait se permettre le contact physique avec lui, se montrer plus familière.

Que venait-il de se passer ?

Regulus la fixait sans un mot, ayant compris que ses simples excuses ne suffiraient pas à combler la distance qu'il venait de mettre involontairement entre eux. Il s'approcha d'elle tout doucement, craignant qu'elle ne le fuie. Parvenu à sa hauteur, il leva lentement la main, ignorant la sensation de brûlure qui irradiait son bras gauche, et l'approcha de son visage. Il prit sa joue en coupe, plongeant ses yeux d'un gris hivernal dans les siens, aussi clairs que l'eau vive, rendus presque translucides par les rayons pâles de la lune qui les surplombait.

« Reg… » susurra-t-elle incertaine, « que fais-tu ? »

Laissant glisser ses doigts jusqu'à son menton dans une douce caresse, Regulus inclina son visage vers le haut avec délicatesse. La compréhension fit battre à tout rompre le cœur de Victoire alors qu'au-dessus d'eux planait une branche de gui, maintenue dans les airs par ce qui ne pouvait être qu'un sortilège de lévitation. Elle déglutit avec difficulté, comprenant ce que Regulus avait l'intention de faire.

La main du garçon glissa de son visage jusqu'à l'arrière de sa tête, et, après un court instant d'hésitation, il combla l'espace entre leurs lèvres.


à suivre...

* l'extrait de poème cité dans le chapitre est tiré des Fleurs du Mal de Baudelaire. Le poème en question a pour titre " Le Serpent qui danse ".

Je précise, pour les lecteurs/rices qui l'auraient oublié, que Victoire est une sorcière française. Regulus et Sirius ayant grandi à ses côtés, on peut songer au fait qu'ils connaissent quelques bases de français, voire même qu'ils parlent cette langue de façon très correcte. Par ailleurs, Sirius partageait secrètement des livres avec Victoire, notamment de la littérature française. Le choix de Baudelaire se porte sur le sens du poème, qui peut être interprété de diverses façons (bon, j'avoue, c'est aussi parce qu'il s'agit de l'un de mes préférés..^^'), mais également par le fait que lire des ouvrages français lui rappellent son passé avec Victoire...