Chapitre 4 - L'insouciance crée des soucis
« Ma chérie, je m'excuse de ces semaines sans nouvelle. Nous pensions avoir trouvé des pistes intéressantes et tout contact aurait été superflu. Entends-tu parler des soulèvements qui ont lieu dans plusieurs capitales européennes ? Fais attention à toi et n'oublie pas de reporter toute information que tu pourrais entendre à ce sujet à Minerva. Je te retrouve à Noël, je t'aime. »
Nous pensions avoir trouvé des pistes intéressantes. Depuis qu'elle avait reçu cette lettre le matin-même, Ludivine n'arrêtait pas de retourner cette phrase dans tous les sens. Habituellement, sa mère parlait en phrases cryptées mais ici, elle était assez claire. Elle avait été envoyée en Europe de l'Est pour infiltrer un réseau et en avait profité pour effectuer des recherches personnelles qui semblaient n'avoir rien donné.
— Excellent miss Hendell, toujours très efficace, je vous félicite !
Le professeur Xinaon s'était penché sur son texte, et Ludivine lui fit un sourire reconnaissant. Âgé d'une trentaine d'années, le professeur était bienveillant, encourageant toujours ses élèves. Elle conserva son sourire jusqu'à ce qu'il s'éloigne finalement.
— Il t'adore, chuchota Rose Weasley à côté d'elle.
— Il adore surtout Serpentard, répondit Ludivine, concentrée sur son texte.
— Non, argua Rose en suivant le professeur du regard, il t'adore toi.
Ludivine releva la tête vers Rose qui s'était replongée dans son texte de Runes, et elle l'observa. De nature sérieuse, les traits fins de son visage pouvaient parfois sembler durs, mais c'était sans compter la profonde gentillesse de la sorcière. Ses ondulations rousses laissaient apparaître quelques reflets bruns, donnant une profondeur à son épaisse chevelure. Il se dégageait toujours beaucoup de douceur et un indéniable charme de Rose lorsqu'elle s'adressait aux autres.
Les deux sorcières se connaissaient peu mais s'appréciaient mutuellement.
— J'ai quelque chose dans les cheveux ? demanda Rose avec un sourire sans relever la tête de son parchemin.
— Je me disais que tu avais de plus en plus de reflets bruns, admit Ludivine.
— Au plus grand plaisir de ma mère, rigola Rose, elle est fière de voir que ses gènes reprennent le pas sur ceux des Weasley.
Ludivine eut un petit rire. Hermione et Ron Weasley. Albus lui avait suffisamment parlé d'eux pour savoir qu'ils avaient un fort caractère, parfois explosif et que leur quotidien n'était pas de tout repos. A vrai dire, malgré son amitié avec Albus, Ludivine en savait peu sur la famille Potter-Weasley.
Ça avait été un choix de Ludivine, et de Scorpius à moindre échelle, de ne pas être plongée dans ce monde. C'était une famille très unie, mais où tout le monde se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Il n'y avait aucun tabou et aucune intimité. Pour Ludivine, qui avait grandi seule et entourée de mystères, c'était difficilement supportable. Alors elle avait décliné toute invitation familiale chez les Potter, et n'avait jamais fait un pas vers un autre membre de la famille d'Albus.
— On t'a perdue ? demanda Rose.
— Je pensais à ta famille, lui répondit mécaniquement Ludivine.
— Tu souhaiterais en faire partie ? rigola Rose.
La blague aurait pu faire rire Ludivine, mais à la place, elle la fit rougir violemment. Ce n'était qu'une blague de la part de Rose, elle le savait, mais elle ressentit le besoin de se justifier.
— Il n'y a rien entre Albus et moi ! s'exclama-t-elle abruptement.
— Je le sais bien, dit Rose avec surprise, c'est assez évident en vous voyant.
— Pas pour tout le monde il semblerait, marmonna Ludivine.
Rose se contenta de sourire. Elle avait compris comment Ludivine fonctionnait, cette dernière savait qu'elle ne lui en tiendrait pas rigueur, tout simplement parce qu'elles étaient de la même trempe. Tout comme la petite sœur d'Albus, Rose avait dû s'imposer dans un environnement masculin très protecteur, et en avait développé un caractère fort pour ne pas se faire marcher dessus.
— Tu m'as l'air de beaucoup te prendre la tête, Ludivine, fit-elle remarquer.
Ludivine garda le silence, fixant la sorcière d'un regard vide. Peut-être bien. C'était même sûr. Mais pas comme pouvait le penser Rose. Ludivine se prenait la tête constamment, sur son utilité dans ce monde, sur son futur et les décisions qui l'y mèneront, sur ses parents, sur tous les secrets et non-dits qui existaient dans sa famille. Ludivine se prenait beaucoup la tête, en effet.
Elle savait que sa mère l'avait emmenée avec elle cet été pour une raison. Elle ne savait pas laquelle mais il y en avait une, elle en était persuadée. Toute sa vie, sa mère l'avait maintenue hors des secrets, gardant toute information pour elle, pour protéger Ludivine. Pour la protéger de son métier et des dangers qui allaient avec. Pour la protéger des secrets et des réponses qui valaient parfois mieux être ignorées. Pour la première fois, sa mère s'ouvrait à elle, et elle n'avait qu'une hâte, la retrouver à Noël et mieux comprendre son monde.
— Je vous laisse terminer votre texte pour la semaine prochaine, déclara le professeur Xinaon en tapant dans ses mains, sonnant la fin du cours. Bon déjeuner à tous !
Ludivine rangea ses affaires, souhaitant la bonne journée à Rose avant de sortir de la salle. Elle traîna presque du pied, réticente à l'idée de se retrouver au milieu du brouhaha habituel, mais son ventre gargouilla avec force, alors elle accéléra le pas.
Lorsqu'elle s'assit à la table de Serpentard à côté d'Albus et Scorpius, ces derniers avaient la tête plongée dans la Gazette du sorcier, les sourcils froncés et la mine préoccupée. Ils n'étaient d'ailleurs pas les seuls.
— Putain, marmonna Scorpius.
— Que dit la Gazette ? demanda-t-elle en se servant à manger.
— Attaque dans une maternelle sorcière, répondit Albus sans relever la tête du journal, huit morts dont trois aurors, trois enseignants et deux enfants.
L'horreur dut se lire sur le visage de Ludivine, comme sur celui de plusieurs élèves. Ils s'étaient doutés que quelque chose était arrivé lorsqu'ils n'avaient pas reçu leur journal au petit-déjeuner. C'était déjà la troisième fois que cela arrivait depuis leur retour.
— Mon dieu, marmonna-t-elle.
— Ça commence à prendre de sacrées proportions, commenta Albus.
— Une maternelle, continua de marmonner Ludivine, c'est inhumain. Quel est leur but ?
— Semer la terreur, répondit Scorpius alors que Mila et Nina Stones, deux camarades de chambre de Ludivine, se tournaient vers eux.
— Il paraît, ajouta Mila, qu'ils ont laissé un message.
— « On prend le relais », compléta Nina, c'est ce qu'ils ont dit aux aurors.
— Le relais de qui ? demanda Ludivine. Des Mangemorts ?
— Qui d'autre ? dit Mila en passant une main dans sa chevelure blonde. Tout cela va nous retomber dessus, moi je vous le dis.
Albus se tourna vers la sorcière qui échangeait un regard avec sa cousine, la dévisageant quelques secondes, intrigué.
— Comment ça ?
— Des sorciers attaquent la population en disant reprendre le flambeau des Mangemorts, expliqua Mila. Tous les sang-purs vont être soupçonnés de participer à ça, et je ne te parle pas de ceux dont les parents ou grands-parents se sont ralliés à Voldemort en temps de guerre.
— Ce ne sont pas les enfants de moldus qui sont visés, argua Ludivine.
— Ça ne change rien, compléta Nina, les gens ne feront pas la différence. J'attends de voir l'inverse, vraiment.
— Enfin, conclut Scorpius qui refusait de se laisser porter par des pensées négatives, ce n'est pas le cas pour le moment. On verra en temps voulu.
Un silence s'installa. Bien évidemment, ils n'y étaient pas. Tous savaient cependant que ça ne saurait tarder.
— L'entraînement de demain tient toujours, Albus ? demanda finalement Mila.
— Bien sûr ! s'exclama le sorcier, et on...
— Potter ? quelqu'un l'interrompit.
Albus fit un signe d'excuse à Mila avant de se tourner vers le nouvel arrivant, Thomas Faber, capitaine de l'équipe de Serdaigle. Il salua Scorpius et Mila d'un mouvement de tête avant de poser ses yeux sur Ludivine dont le visage était maintenant fermé, comme à chaque fois qu'une personne extérieure approchait.
Il la dévisagea d'un air impassible avant de reporter son attention sur Albus qui venait de lui répondre.
— Le terrain est à Serpentard vendredi soir, comme tu le voulais, annonça Faber.
— Ah ! Super ! s'exclama Albus alors que son visage s'illuminait et que Scorpius souriait. Merci Faber !
— Remercie ton frère, répondit Thomas Faber. C'est lui qui m'a rappelé qu'il serait plus amusant de vous affronter au second tour que Poufsouffle.
Il parlait bien évidemment de la coupe inter-maisons, dont le premier match avait lieu samedi entre Serpentard et Poufsouffle. Ludivine leva les yeux au ciel, prête à dégainer un bouquin si la conversation commençait à tourner autour du Quidditch. Une fois qu'on lançait Albus, on ne l'arrêtait plus. Au début, ça avait été attendrissant, vraiment. Plus maintenant.
Le Serdaigle salua la tablée une nouvelle fois, prêt à tourner les talons. Son regard s'attarda toutefois sur Ludivine, ce dont elle avait parfaitement conscience. Elle se doutait qu'il essayait de replacer son visage dans sa mémoire, elle qui avait toujours été très effacée auprès des autres équipes.
Finalement, il tourna les talons.
— Il a mis du temps à s'en aller, commenta Scorpius avec un rictus moqueur. J'ai cru qu'il allait se noyer dans tes yeux, Lud.
— Il ne s'intéresse pas à moi, Malefoy, répondit-elle simplement.
— Laisse-moi en juger, répondit-il d'un ton paternel.
Ludivine soupira. Parfois, très rarement - et heureusement d'ailleurs -, le côté protecteur de Scorpius refaisait surface.
— Oh arrête Scorp, rigola Albus, Faber n'est pas problématique.
— Tu dis ça uniquement parce qu'il nous a laissé le terrain, se moqua Scorpius, tu es tellement achetable, Al.
— Et alors, répondit Albus en haussant les épaules, il n'y a rien de mal à être reconnaissant. Et puis c'est vrai, Faber est un mec clean, je le pré-valide s'il s'intéresse à Ludivine.
— Bien sûr que tu le pré-valides, il aime le Quidditch ! s'exclama Scorpius, prêt à éclater de rire.
— Bah bien sûr, répondit Albus comme si c'était une évidence, tu imagines si on ne peut pas parler Quidditch au mec de Ludivine ? Qu'est-ce qu'on aura à lui dire ?
— LA FERME, s'exclama Ludivine alors que les deux sorciers la regardaient, hilares, et que des têtes se tournaient vers eux. Mais qu'est-ce que vous allez encore imaginer ?
Elle était rouge de gêne, ou de colère, elle ne savait pas vraiment. Ce qu'ils pouvaient être agaçants quand ils s'y mettaient !
Ce n'était pas un sujet qu'elle aimait aborder, notamment parce que ses relations avaient toujours été quasi-inexistantes. Albus et Scorpius pouvaient être très dissuasifs quand ils le voulaient, et son caractère difficile terminait de faire fuir les quelques courageux.
Les deux sorciers menaçaient de partir en fou rire, et Ludivine marmonna un juron. Il fallait définitivement qu'elle change d'amis.
Puis les rires s'arrêtèrent net, et un regard vers Albus lui indiqua que ce dernier venait de perdre toute envie de s'amuser. Il semblait avoir vu quelque chose de déplaisant. Elle n'eut pas le temps d'attraper le lieu où son regard s'était posé, Albus avait déjà baissé la tête vers son assiette, serrant les poings sous la table.
— Tout va bien, Al ? demanda-t-elle avec précaution.
Il lui jeta un regard noir qui, elle le savait, ne lui était pas destiné. Albus secoua la tête, comme s'il se parlait à lui-même, et Ludivine échangea un regard interrogateur avec Scorpius qui haussa les épaules, observant également son ami avec attention.
— Tu as vu quelque chose qui ne t'a pas plu ? insista-t-elle.
A l'entente de la question, Albus grogna avec ce qu'elle prit pour du mépris. Ça ne lui était toujours pas destiné, elle le savait, mais Ludivine n'était pas du genre à savoir prendre sur elle. Alors elle fronça les sourcils, mais n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit. Albus s'était levé et se dirigeait hors de la Grande Salle.
Ludivine chercha du regard chaque personne de l'entourage d'Albus mais ne parvint pas à voir ce qui aurait pu l'énerver à ce point. Ou alors, cela concernait quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
— Qu'est-ce qui lui arrive ? demanda-t-elle à Scorpius.
— Aucune idée, répondit-il, pensif.
— Il nous cache quelque chose, tu penses ?
— Toujours la même chose, sûrement.
Ludivine ne dit rien durant quelques secondes, réfléchissant à ce qu'elle pouvait faire pour savoir ce qu'il se passait.
— On creuse ? demanda-t-elle dans l'espoir que le sorcier ne la recale pas.
— Il est temps, je crois bien, répondit Scorpius avec détermination alors qu'il lui lançait un regard complice que Ludivine adorait.
Lorsque Ludivine entra dans la salle de Sortilèges, elle repéra aussitôt Liz, assise à leur table, la tête enfoncée dans un parchemin qu'elle noircissait à la vitesse de l'éclair.
— Quelle matière t'inspire tant, Lizzie ? se moqua Ludivine en posant son sac à côté d'elle.
— Pas une matière, répondit simplement Liz en posant sa plume pour lui faire un sourire doux.
Le sourire de Ludivine s'agrandit. La Serdaigle se passionnait d'écriture, écrivant à ses heures perdues.
— Je croyais que tu avais perdu ton inspiration, interrogea Ludivine.
— Comme à chaque fois, ça revient au galop dès que je suis entre ces murs. La rédaction du journal de l'école me manquerait presque.
— Tu devrais y retourner ! l'encouragea Ludivine. La ligne éditoriale laisse à désirer depuis ton départ.
— Elle est juste différente, répondit Liz avec un sourire.
Liz avait dirigé la rédaction du journal de l'école durant deux années. Elle avait passé du temps sur chaque mot écrit par les élèves, avec minutie et passion. Le journal avait eu énormément de succès lorsqu'elle le dirigeait. Prise par le temps, elle s'était néanmoins retirée de cette fonction.
— Je pense que je prenais plus de plaisir dans l'édition que l'écriture, partagea-t-elle.
— Tu devrais t'écouter plutôt que de te focaliser sur le ministère.
Liz se figea, et Ludivine ne put retenir un sourire. Très jeune, Liz s'était tracé un chemin d'excellence qu'elle respectait à la lettre depuis. Au fil des années, elle s'était demandé plusieurs fois si elle ne devait pas plutôt suivre ses envies. Elle garda néanmoins le silence tandis que la salle se remplissait et que le professeur Flitwick entrait à la suite des derniers retardataires, un sourire extatique sur les lèvres.
— Bonjour à tous ! s'exclama-t-il. Aujourd'hui, nous allons travailler les sortilèges informulés. Avec l'actualité, vos professeurs ont choisi de privilégier la convergence de nos cours afin de renforcer votre maîtrise des sorts d'attaque et de défense. De ce fait, aujourd'hui, nous nous entraînerons aux sorts de déviation et de renvoi. Mettez-vous en groupes de trois !
Ludivine sentit ses yeux briller. Elle s'était suffisamment entraînée aux sorts informulés pour savoir que sa maîtrise était bonne, mais insuffisante. C'était le genre de défi qu'elle adorait, ainsi que Liz. Il ne leur restait plus qu'à trouver une troisième personne.
— Hé les sixièmes années !
Les deux sorcières se retournèrent, constatant que Fred Weasley s'était penché sur son bureau, un sourire sur les lèvres alors qu'il attrapait le regard de Liz.
— Besoin d'une troisième personne, il me semble, commenta-t-il.
— Tu n'as personne d'autre avec qui te mettre, Weasley ? demanda Ludivine sans cacher son mécontentement.
— Va savoir, rigola Fred en échangeant un regard avec James Potter qui se dirigeait vers un groupe un peu plus loin. J'ai envie de me mettre avec vous.
Ludivine échangea un regard avec Liz qui eut un sourire encourageant. Cette dernière était beaucoup trop gentille pour refuser la proposition. Ludivine décida de mettre de côté son mauvais caractère, faisant signe au sorcier de s'approcher. Le sourire de ce dernier s'agrandit. Il avait le sentiment qu'il allait s'amuser durant cette heure.
Ce n'était pas le cas de Ludivine.
Et elle avait raison. Quinze minutes plus tard, elle soufflait pour au moins la sixième fois alors que Fred éclatait de rire et que Liz rougissait en abaissant sa baguette.
— Allez ma belle, s'adressa Fred à Liz, ne te laisse pas perturber par mes beaux traits.
Liz lui jeta un regard mi-amusé, mi-irrité, appuyée par Ludivine qui commençait à trouver les remarques du Gryffondor crispantes.
— Ignore-le, Lizzie, encouragea-t-elle. Tu savais déjà faire ce combo en quatrième année.
C'était vrai. Elles s'étaient entraînées ensemble pendant des années pour prendre de l'avance et en apprendre toujours plus. Lorsqu'elles avaient enfin trouvé l'entrée de la Salle sur Demande en deuxième année, elles y avaient passé tous leurs mercredi soir et dimanche après-midi à s'entraîner. Elles avaient commencé à travailler sur les sortilèges informulés en quatrième année, et avaient développé un assez bon niveau.
Liz inspira en levant sa baguette. Elle fit un signe de tête à Ludivine qui initia un léger mouvement de baguette, envoyant un expelliarmus. Liz leva sa baguette et fit un mouvement de gauche à droite et de droite à gauche, redirigeant le sort vers Fred. Ce dernier mima son geste, renvoyant le sort à Liz en lui faisant un sourire charmeur et un clin d'œil. Perturbée, Liz se mit soudain à rougir. Le sort l'aurait touchée si Ludivine n'avait pas annulé le sort avec un finite.
— Ça suffit, Weasley ! s'irrita Ludivine d'un ton autoritaire qui accentua le rire du sorcier. Tu ne vois pas qu'elle n'arrive pas à se concentrer avec tes moqueries ?
Le sorcier s'arrêta de rire mais ne fit pas disparaître son sourire carnassier.
— Ce n'est pas de la moquerie, dit-il simplement.
— Ça ne change rien ! Arrête de la draguer et de rire comme un idiot, elle a failli se prendre le sort en plein visage !
Ludivine avait subitement haussé le ton, s'attirant les regards des autres groupes.
— J'ai vraiment l'impression que tu n'apprécies pas mon humour à sa juste valeur, Hendell, commenta Fred.
— Crois-moi que si, pour son aspect irritant.
— Ouh, douloureux, sourit Fred. Ne m'en veux pas si je ne me tourne pas vers toi le jour où j'ai besoin d'un boost de confiance.
Liz lâcha un petit rire, appuyant les propos de Fred. Le visage de ce dernier s'illumina en constatant qu'il avait fait rire la sorcière. Ludivine aurait pu être attendrie par la sincérité et la spontanéité du sorcier s'il ne lui avait pas tapé sur les nerfs juste avant.
— Tu ne me parais pas être quelqu'un qui a besoin d'un boost de confiance, Weasley, en revanche tu sapes celle de Liz !
— J'essaie juste de rendre l'atmosphère agréable en s'entraînant, répondit Fred en haussant les épaules.
Ludivine soupira. Il ne faisait, en effet, rien de bien méchant. Le sorcier ne lui semblait de toute façon pas être mauvais, plutôt quelqu'un à l'humeur légère. Mais Merlin, ce qu'il l'irritait !
— Tu y arrives bien, intervint Liz avec douceur, personnellement je m'amuse bien.
— Aaaaaaaaaah ! s'exclama Fred en leur faisant un grand sourire. Tu vois que Liz n'est pas dérangée par mon attitude.
— Ne le prends pas mal, Weasley, répondit la concernée avec un sourire, mais ça reste Walsh pour toi pour le moment.
Fred ne cacha pas sa surprise, hébété quelques secondes jusqu'à ce qu'un sourire ravageur apparaisse sur ses lèvres. C'était comme s'il venait de relever un défi à cet instant même.
— Je t'apprécie bien, Walsh, dit Fred avant de se tourner vers Ludivine. Je ne dirais pas pareil pour toi, Hendell, mais simplement parce que je ne veux pas que mon cousin me casse la gueule.
Ludivine sentit le sang quitter son visage alors qu'elle fusillait le métis du regard. Sans un mot, elle leva sa baguette et commença à attaquer le sorcier qui éclata de rire alors qu'il se protégeait de chaque sortilège. Leur jeu dura une bonne minute avant d'inclure Liz et ils terminèrent l'heure ainsi.
— Il est amusant, dit Liz en rangeant ses affaires.
— Il est insupportable, répondit Ludivine en sortant de la salle.
— Arrête de faire comme si tu n'aimais personne, Lud.
— Mais c'est la vérité !
Liz souriait tandis que Ludivine posait son regard sur Fred Weasley et James Potter qui discutaient à l'entrée de la salle en les pointant de la main. Elle leur jeta un regard froid, mais le sourire de Fred lui montra qu'il ne la prenait pas au sérieux. Il la salua d'un sourire ironique avant de tourner les talons et de s'éloigner.
Avant de s'en aller en direction de la bibliothèque, Liz rappela à Ludivine qu'elles passaient la soirée toutes les quatre, vendredi, ce que Ludivine confirma.
Liz lui fit un signe de la main et Ludivine regarda la silhouette fine de son amie s'éloigner avant de se diriger elle-même vers les sous-sols. Albus et Scorpius devaient avoir fini leur entraînement à cette heure-ci.
Son sourire disparut lorsqu'elle vit Albus, assis dans un fauteuil près de la cheminée, qui raturait son carnet de stratégie avec colère. Impassible à la vie qui s'activait autour de lui, il semblait marmonner des sortilèges impardonnables lorsqu'elle s'approcha.
Elle prit place doucement sur le bras du fauteuil, demandant d'un ton bas ce qu'il se passait.
— Rien, Lud, répondit-il sèchement et Ludivine dut prendre sur elle pour ne pas tenir compte de son ton.
— Arrête de faire l'enfant, Potter ! s'énerva-t-elle tout de même. Dis-moi ce qu'il t'arrive et comment je peux t'aider !
— Tu ne peux pas, d'accord ? On n'aide pas la connerie !
Ludivine souffla. Elle se sentait démunie face au silence et la colère d'Albus, ne sachant pas comment alléger l'esprit du sorcier. Puis une idée lui vint, une idée qui la fit sourire jusqu'aux oreilles.
— Où est Scorpius ? demanda-t-elle.
— Juste ici !
Ludivine tourna la tête et vit Scorpius contourner le fauteuil pour s'asseoir sur le canapé face à eux. Elle le regarda analyser l'expression d'Albus avant de tourner la tête vers elle.
— Pourquoi me cherchais-tu ?
— Sortons ! dit-elle avec un sourire conspirateur.
— Il pleut des cordes, répondit Scorpius en balayant son bras sans enthousiasme vers la fenêtre haute des sous-sols.
— Pas uniquement hors du château, Malefoy, siffla Ludivine. Sortons de Poudlard, on a la carte et il est tôt.
— On va rater le dîner, dit Albus.
— Et alors ? le provoqua Ludivine. On aura qu'à se prendre un truc à grignoter en même temps qu'un verre.
Les deux sorciers restèrent silencieux, et Ludivine commençait à s'irriter. Si même les inciter à enfreindre le règlement pour aller s'amuser dans un bar était un défi, ça commençait à être compliqué.
— Malefoy, Potter, ordonna-t-elle sèchement, prenez vos affaires et allez chercher la carte. On va à Pré-au-Lard.
Son ton était implacable, et après quelques secondes, les deux sorciers échangèrent un sourire complice avant de se diriger vers leur dortoir. Ludivine fit de même. Elle mit dans un sac des vêtements d'extérieur qu'elle enfilerait dans le passage secret, et prit de l'argent avant de dévaler les escaliers.
Une vingtaine de minutes plus tard, les trois Serpentard sortaient du seul passage secret encore ouvert menant au village sorcier, tapotant leurs vêtements pour en retirer la poussière, et se jetaient un sort d'imperméabilité pour se protéger de la pluie.
— J'ai faim, dit Scorpius en constatant qu'il était bientôt l'heure du repas.
— On se prendra un truc à l'Horcruxe, répondit Albus, je crève d'une bonne bièraubeurre !
L'Horcruxe était l'un des bars les plus fréquentés de Pré-au-Lard. Il avait ouvert peu de temps après la fin de la guerre, et le nom provoquant avait toujours attiré les jeunes populations. C'était d'ailleurs à celui-ci qu'était relié le seul passage secret venant de Poudlard, une sortie allant directement au bar, généralement fermée, et une autre allant jusqu'à la ruelle derrière. C'était l'un des rares passages secrets réellement secrets, dont seule une poignée de sorciers était informée.
Le bar était toujours noir de monde, ils y passeraient inaperçus, même en semaine. Et en effet, le bar était peuplé de sorciers venant d'écoles supérieures des alentours. Ils s'installèrent dans un coin, à une table ronde, et leur commande fut rapidement prise et apportée. Trois bièraubeurres pour commencer.
— Maintenant, dit Ludivine alors que Scorpius posait une chope devant elle, dis-nous ce qu'il t'arrive, Potter.
Albus soupira. Il savait qu'accepter la proposition de sortir impliquait de tout raconter, mais il n'en avait aucune envie.
— Tu sais qu'on ne va pas te juger, Al ? ajouta-t-elle comme si elle réalisait que c'était peut-être ce qui le retenait, mais le rire cynique d'Albus fut une réponse.
— C'est vrai mec, ajouta Scorpius. On a quand même autour de cette table la sorcière, dit-il en pointant Ludivine du menton, qui a fait boire un philtre d'amour à Smith en quatrième année uniquement pour gagner un pari qu'elle pouvait faire craquer n'importe quel mec. On a également le sorcier, dit-il en se pointant du doigt, qui a fait croire qu'il était un Mangemort simplement pour qu'on lui fiche la paix et qui s'est retrouvé avec trois aurors sur le dos à 12 ans, dont ton père.
Les trois sorciers eurent un petit rire. En effet, des histoires humiliantes, ils n'en manquaient pas.
— Vous devriez en avoir honte, sourit Albus, pensif.
— Oh mais c'est le cas, rigola Ludivine, juste pas entre nous.
Un silence s'installa, calme, paisible. Albus semblait se triturer la tête alors qu'il passait d'un rythme régulier son doigt sur le contour de sa chope. Ludivine et Scorpius avaient compris qu'il avait juste besoin d'un peu de temps pour se lancer, alors ils acceptèrent le silence une longue minute avant d'opter pour une discussion distrayante.
— Alors, reprit Ludivine en se tournant vers Scorpius, des nouvelles de ton père au sujet de tout ce qu'il se passe ?
— Nope, répondit Scorpius en buvant sa bièraubeurre, mais ça ne devrait pas tarder.
— Il faudrait le c...
— J'ai couché avec Rimens, lâcha Albus de but en blanc.
Ludivine se tut aussitôt, se tournant vers Albus avec des yeux ronds tandis qu'un rictus se dessinait sur les lèvres de Scorpius.
— Rimens ? répéta-t-elle. Comme dans Souhad Rimens de Poufsouffle, petite-amie de Benjamin Lams depuis plusieurs années ?
— C'est ça, confirma Albus en buvant une grande gorgée de sa chope. On a couché ensemble cet été et on s'est revus quelques fois au château depuis notre retour.
— Dont la fois où tu n'as pas voulu me dire où tu étais ? demanda Ludivine qui commençait à comprendre.
— Tout à fait, hocha Albus. Je ne voulais pas qu'on l'apprenne sachant qu'elle était toujours avec Lams. Elle me disait qu'elle comptait le quitter. Elle me l'a dit plusieurs fois.
Ludivine ne dit rien tandis que Scorpius regardait Albus avec surprise. Ludivine connaissait Rimens, camarade de chambre d'Evelyn, et cette dernière n'était pas tendre lorsqu'elle parlait de la sorcière et de sa relation tumultueuse avec son petit-ami.
— Ce n'est plus le cas ? demanda précautionneusement Ludivine.
— Il semblerait que non, dit Albus avec amertume. Elle a eu une discussion avec lui hier soir à ce sujet et je pensais qu'ils n'étaient plus ensemble. Mais je les ai vus se bécoter au déjeuner, et ils y mettaient du cœur.
— Oh Al, s'exclama Ludivine en posant sa main sur l'avant-bras du sorcier.
— Ça craint, vieux, dit Scorpius.
— C'est moi qui ai été con, avoua Albus.
— Tu es attaché, souffla Ludivine.
— Disons que j'avais des attentes.
Un silence s'installa, et Ludivine chercha le regard d'Albus, s'assurant qu'il n'était pas trop peiné. Il lui fit un sourire qui se voulait rassurant, mais elle y lisait de la peine et ça lui brisa le cœur. Face à eux, Scorpius tapota l'épaule d'Albus, pensif.
— N'empêche, dit Scorpius, elle est sexy.
— Ça c'est clair, approuva Albus, je peux te dire que je n'ai pas hésité longtemps, en couple ou non.
— Je n'aurais pas hésité non plus, ricana Scorpius.
— Ça valait au moins le coup pour ça.
Albus eut un petit rire que Ludivine apprécia, même si en temps normal, elle aurait levé les yeux au ciel face aux propos des deux sorciers. Tout ce qui lui importait à cet instant était le sourire d'Albus.
— Tu sais que ça ne vient pas de toi ? lui dit-elle dans la volonté de le rassurer. Que son hésitation ne veut pas dire que tu n'en vaux pas la peine ?
— Tu me prends pour une de tes copines, Lud ? demanda Albus avec exaspération. Bien sûr que je le sais.
Ludivine ne dit rien. Albus pouvait être ironique et moqueur autant qu'il le voulait, elle lisait tout de même la peine dans ses yeux et elle savait que ses mots le touchaient. Mais elle ne voulut pas blesser sa virilité, alors elle ne dit rien pour se défendre, et choisit même de jouer la dérision.
— Pardon, dit-elle d'un ton joueur, j'avais oublié votre grandeur, très cher.
— On ne doute pas d'un Potter, Hendell, répondit Albus avec un sourire.
— Mes excuses, Monsieur je porte le nom de deux directeurs de Poudlard et du sauveur du monde sorcier.
Les trois sorciers rigolèrent tout en buvant une gorgée de leur bièraubeurre. Autour d'eux, le bar s'animait mais ils n'y faisaient pas attention. Ils étaient dans leur bulle, comme à chaque fois qu'ils étaient tous les trois.
— Vous savez ce qui me ferait le plus grand bien ? demanda Albus.
— Dis-nous, répondit Scorpius.
— Qu'on détruise Poufsouffle samedi au match, sourit Albus, on verra s'ils auront toujours envie de s'embrasser après la raclée qu'on va mettre à leur maison !
Albus ne cachait plus son sourire et Scorpius éclata de rire alors que Ludivine baissait les bras. Elle savait qu'il ne suffisait que d'une phrase pour qu'ils se lancent dans une discussion endiablée.
— Il faudra faire attention à leurs batteurs d'ailleurs, Al, répondit Scorpius, moi aussi j'ai envie de leur faire mordre la poussière alors on ne les laisse pas nous mettre hors d'état de nuire.
— On verra vendredi soir quelle stratégie on supporte le mieux après tous les entraînements qu'on a eus, dit Albus d'un air pensif. Leur gardien est très bon, marquer des points sera difficile.
— Qu'est-ce que tu en penses, Lud ?
Scorpius venait de s'adresser à elle, et Ludivine prit quelques secondes pour le dévisager. Elle était à deux doigts de les interrompre en leur rappelant qu'elle n'avait pas enfreint le règlement pour les entendre parler de Quidditch, mais un coup d'œil à Albus avait suffi pour voir qu'il avait déjà oublié sa peine de cœur. Il n'avait fallu que le Quidditch. Et eux, se dit-elle tout de même.
Scorpius et Albus attendaient calmement, avec la patience qui caractérisait Serpentard, qu'elle leur réponde.
— J'en pense, commença-t-elle, que votre obsession pour le Quidditch est l'une des raisons pour lesquelles j'ai quitté l'équipe.
— C'est faux ! s'offusqua Albus. Tu dis ça comme si on ne pensait qu'à ça !
— Albus, répondit-elle calmement, il est temps que quelqu'un te le dise, tu es un capitaine tyrannique et obsédé par le jeu.
Albus se figea, choqué par la remarque de Ludivine qui ne pouvait contenir son sourire tandis que Scorpius éclatait de rire.
— J'aurais confirmé si je ne craignais pas de faire cent tours de terrain vendredi, rigola Scorpius.
Ludivine ne tint plus, éclatant de rire alors qu'Albus comprenait qu'ils se moquaient de lui. Il les fusilla du regard alors que leur rire se renforçait, conscients qu'Albus restait un Serpentard, et qu'à ce titre, il n'aimait être moqué.
— Vous n'êtes qu'une bande de Scroutt à pétard, se contenta-t-il de répondre d'un air renfrogné, marmonnant un « foutaises » qui fit rire Ludivine alors qu'elle finissait sa bièraubeurre.
Au bout de quelques heures, et de quatre bièraubeurres chacun - trois pour Ludivine qui avait déclaré forfait -, les trois sorciers décidèrent de retourner au château. Le couvre-feu venait seulement de tomber, c'était l'avantage d'avoir quitté le château tôt, mais il leur fallait tout de même rentrer discrètement.
Discrètement, cependant, n'était pas le terme approprié. Scorpius eut le réflexe de jeter un sort d'imperméabilité à chacun d'entre eux, mais ce fut la seule chose qu'ils firent correctement. La carte leur permit de retourner rapidement au sous-sol de Honeydukes. Mais elle n'empêcha pas Albus de buter contre une pierre dans le couloir du passage et de chuter violemment alors que Ludivine et Scorpius éclataient de rire sans se soucier du bruit qu'ils faisaient.
Remettre la robe de sorcier fut également une épreuve. Ludivine s'y prit à deux fois pour la mettre à l'endroit et Scorpius en ressortit avec une oreille rouge et douloureuse. Ils blâmaient l'alcool pour leur maladresse mais ça n'en amoindrissait pas leurs rires. Ce fut lorsqu'ils atterrirent dans le couloir par la statue de la sorcière borgne que cela se compliqua. Ils pouvaient maintenant être vus et entendus, mais aucun des trois sorciers n'en prenait conscience alors qu'Albus lançait des maléfices du Croche-Pied pour faire trébucher Scorpius et Ludivine qui rigolaient à chaque fois qu'ils esquivaient le sortilège. L'alcool leur avait complètement fait oublier le risque.
L'ambiance changea quand Ludivine, qui surveillait distraitement la carte du coin de l'œil, y vit quelque chose qui l'inquiéta. Un point venait tout droit dans leur direction, et il s'agissait du professeur Sven. Elle eut tout juste le temps de murmurer un « méfaits accomplis » que le professeur avait atteint leur localisation.
— S'il-vous-plaît.
Les trois Serpentard s'arrêtèrent avec effroi. Devant eux se tenait le professeur Sven, une main sur sa baguette et le regard perçant. Il les dévisagea lentement, avant qu'un sourire ne se dessine sur son visage.
— Est-ce que l'un de vous, commença-t-il lentement, peut me dire ce que vous faites hors de vos dortoirs. A une telle heure. En semaine.
Bien sûr, ce n'était pas une question, et ils savaient que la suite allait être mauvaise pour eux. Et leur esprit embrumé par l'alcool ne leur était d'aucune utilité.
— Professeur, commença Ludivine.
— C'est une longue histoire, continua Scorpius.
— Une très longue histoire que l'on préfère raconter demain, termina Albus.
Ce n'était certainement pas la chose à dire, et Ludivine ferma les yeux de désespoir. L'air incrédule de leur professeur n'indiquait rien de bon.
— Demain, Potter ? Est-ce que cela veut dire que vous attendez que je vous renvoie dans votre dortoir sans rien dire ? Est-ce que l'optimisme irréaliste est un trait de la maison Serpentard ? finit-il d'un air condescendant.
— Monsieur, répondit Albus dont l'alcool avait inhibé tout filtre, votre ressentiment envers Serpentard n'a rien à faire dans la situation.
Ludivine et Scorpius se tournèrent avec effroi vers leur ami. Qu'est-ce qui lui prenait de provoquer le professeur Sven de cette façon ? Ludivine se demandait même si le sorcier n'était pas stupide. En face d'eux, le professeur ne semblait pas dérangé par les propos d'Albus. Il avait même un sourire sur les lèvres qui n'indiquait vraiment rien de bon.
— Etes-vous dans votre état normal, Potter ?
— Albus ne se sent en effet pas très bien professeur, intervint Ludivine, veuillez l'excuser.
Albus allait protester mais le regard noir que lui fit Ludivine l'en dissuada.
— Vraiment, miss Hendell ? demanda le professeur avec un sourire ironique. Et est-ce que cela justifie votre présence si tardive dans les couloirs ?
Ludivine ne sut pas quoi répondre. C'était comme si son cerveau avait décidé d'arrêter de fonctionner. C'était d'ailleurs le cas. À côté d'elle, Scorpius était impassible, conscient que ce qu'il dirait ne ferait qu'aggraver la situation. Et il avait raison. Ce n'était cependant pas le cas d'Albus qui eut un rire désabusé et qui secoua la tête, marmonnant quelque chose dont ressortirent seulement les mots « abus de pouvoir ». Des mots que tous entendirent.
— Peut-être, Potter, reprit le professeur Sven, devrais-je vous inviter à passer la journée du samedi dans mon bureau afin de vous montrer que l'on respecte le corps professoral dans ce château.
— Samedi, Serpentard joue contre Poufsouffle, dit Scorpius comme si c'était une évidence.
— Dans ce cas, vous devriez peut-être vous entraîner à jouer sans votre capitaine, monsieur Malefoy.
Ça ne manqua pas, l'effroi qui se lut sur le visage des deux sorciers fit sourire le professeur. Ludivine n'arrivait pas à voir comment ils allaient sortir de cette situation. Être interdit de jouer pouvait être fatal pour Albus, que ce soit pour le score de Serpentard autant que pour son poste de capitaine. C'était un rôle pour lequel on attendait une irréprochabilité sans faille, et la directrice serait intransigeante.
A côté d'elle, Albus et Scorpius commençaient à être nerveux. C'était comme si l'alcool avait quitté leur corps à l'entente de cette menace et malgré la situation, Ludivine leva les yeux au ciel. Il n'y avait vraiment que le Quidditch qu'ils prenaient à cœur.
— Monsieur ! s'indigna Scorpius.
— Bien sûr, c'est à moins que vous ne me donniez une bonne raison pour votre présence dans les couloirs, sourit le professeur Sven, conscient qu'ils n'en avaient aucune.
Un silence pesant s'installa. Alors que Scorpius et Albus semblaient réaliser que s'ils ne trouvaient pas une échappatoire, ils risquaient de se retrouver à six sur le terrain face à Poufsouffle, Ludivine se demandait comment elle allait rattraper le coup.
— L'infirmerie ! balbutia-t-elle dans un moment de détresse.
Les deux sorciers se tournèrent vers elle avec une incompréhension non dissimulée.
— L'infirmerie ? répéta le professeur Sven avec un petit sourire.
— Oui, répondit-elle, nous sommes allés chercher Albus qui se sentait mal.
— Vraiment très intéressant, miss Hendell, et qui vous a demandé de faire cela ?
— C'est moi, professeur.
Tous tournèrent la tête vers le couloir. Malgré la faible lueur qui émanait de la baguette du professeur, Ludivine reconnut James Potter qui s'approchait, les mains dans les poches. Il posa un regard sur chaque Serpentard, et lorsqu'il croisa celui de Ludivine, celle-ci se sentit frissonner sous la dureté de ces yeux noisette. Finalement, le Gryffondor posa son regard sur le professeur Sven.
— Monsieur Potter, reprit Sven qui rangea son air surpris, expliquez-moi donc la situation.
— C'est très simple, professeur, dit l'aîné des Potter avec un sourire assuré, mon petit frère s'est senti mal avant le dîner. Malefoy et Hendell l'ont accompagné à l'infirmerie avant de venir me raconter son état.
James fit une pause, jetant un regard aux sorciers qui n'avaient pas bougé d'un pouce, dans l'attente de voir où mènerait son histoire, et Ludivine y décela du mépris.
Elle prit le temps de le dévisager. Il ne portait pas sa robe de sorcier mais un simple t-shirt gris et un jean foncé. Les mains dans les poches, les épaules reculées vers l'arrière, le Gryffondor avait une carrure imposante et son regard dur ne laissait place à aucune objection, tout comme sa mâchoire crispée ne donnait aucune envie de le contredire. Même si la coupe de cheveux et les traits du sorcier étaient similaires à ceux d'Albus, son air implacable le distinguait fondamentalement de son frère qui portait plutôt naturellement un air de nonchalance et d'indifférence. Chez Albus, il n'y avait que ses yeux qui s'exprimaient tandis que chez son frère, c'était son visage entier.
— Je sais qu'Albus est effrayé par l'infirmerie, dit-il d'un ton sarcastique, mais je ne lui ferais pas l'humiliation de vous expliquer pourquoi, et j'ai demandé aux deux préfets d'aller le chercher.
— Vous n'êtes pas responsable des préfets de Serpentard, monsieur Potter, c'est miss Jones qui l'est.
— Mais je suis responsable de mon frère, monsieur, répondit James d'un ton si assuré qu'il ne laissait place à aucune réponse. Je me dirigeais justement vers leur salle commune pour m'assurer que mon frère allait bien.
James maintint le regard du professeur Sven d'un air implacable. A côté de lui, les trois Serpentard n'en menaient pas large. L'histoire du Gryffondor pouvait être plausible, mais ils n'étaient pas sortis d'affaires. Face à eux, le professeur Sven restait sceptique.
— Pourquoi devrais-je croire votre histoire, monsieur Potter ? demanda-t-il avec suspicion.
— Ils étaient tous les trois absents au dîner, non ? dit James. Et puis, vous pouvez demander à madame Pomfresh, elle vous dira certainement la même chose.
— Vous vous doutez que je compte bien le faire à la première heure demain matin.
— Je n'en doute pas une seconde, professeur.
Le professeur Sven garda le silence. Il maintint le regard du Gryffondor puis le posa sur les trois Serpentard qui se sentaient pâlir. Il finit par sourire d'un air désabusé avant de s'adresser de nouveau à James.
— Je vous laisse raccompagner votre frère et les deux préfets dans les cachots, monsieur Potter. Pour cette nuit, vous êtes responsable d'eux, et je ne veux plus personne dans les couloirs dans vingt minutes.
— C'est noté professeur, merci.
Le professeur Sven tourna les talons sans un mot de plus. En le voyant partir, Ludivine ferma les yeux de soulagement tandis qu'Albus et Scorpius lâchaient la respiration qu'ils avaient gardée. Ils avaient été à deux doigts de la catastrophe !
James se tourna sèchement vers eux, les surplombant d'un regard dur et colérique.
— Heureusement que tu étais là, James, souffla Albus.
— Mais qu'est-ce qui vous a pris d'être aussi imprudent ? cingla James en ignorant le remerciement de son frère. Vous avez une idée de ce qui serait arrivé si je n'avais pas été là ?
— Ça va James, répondit Albus sur la défensive, on sait.
— C'est une erreur de débutant, Albus ! insista James.
Il avait raison, ils le savaient et pour cette raison, Ludivine n'en menait pas large. Elle se tenait droite, le menton haut mais alors que son regard croisait celui du sorcier, elle se sentit presque reculer. Elle avait rarement interagi avec James, mais embrumée par l'alcool, elle se sentit impressionnée par ce regard inquisiteur. Cela venait également également de la honte qu'elle ressentait de s'être fait attraper en pleine infraction au règlement.
— On sait, se contenta de répéter Albus avec un air coupable.
— On a bu, James, dit Scorpius avec franchise, on n'a pas réfléchi.
James serra les dents. Son langage corporel était tellement expressif que Ludivine interpréta son action par un « merci de pointer l'évidence ».
— Pas besoin de le dire, Scorpius, ça se voit à des kilomètres. La seule raison pour laquelle Sven a lâché l'affaire, c'est qu'il compte vérifier nos dires demain.
— C'est d'ailleurs un problème, se rendit compte Scorpius.
— Non, dit James en balayant l'inquiétude du sorcier d'un revers de main, j'irai voir Pompom pour lui expliquer la situation, ça ne la dérangera pas de mentir.
Pompom ? Ludivine voulut rire et elle se surprit à ne pas oser le faire. Pour le moment, l'aîné des Potter avait dirigé sa colère vers Albus, ce qui lui convenait très bien.
James fit un bruit dédaigneux alors que son regard se posait sur Ludivine, le temps d'une seconde.
— Tu es capitaine, Al, dit James sur un ton qu'elle trouva condescendant. Tout le monde suit ce que tu fais, dans les airs mais également sur terre. Je parle des recruteurs.
— Ils ne viendront pas me chercher avant ma dernière année, répondit Albus en fronçant les sourcils.
— Les recruteurs n'attendent pas quand tu es capitaine en sixième année et fils de Harry Potter, réfuta James. Tu as de grandes chances d'en voir dès samedi, et si on vient pour toi mais qu'on apprend que tu as été interdit de jouer pour ne pas avoir respecté le règlement, ce sera fini pour toi.
Albus marqua un temps. Il semblait réfléchir à ce que lui disait son frère, comme s'il réalisait que cette rencontre avec le professeur Sven aurait pu lui être fatale. Son visage perdit quelques couleurs, et James esquissa un rictus.
— Tu réalises, hein ?
— Arrête de te comporter comme si tu ne faisais pas comme nous James, dit Albus qui sentait l'irritation monter, tu enfreins le règlement aussi ! Tout le temps !
— Mais moi, je ne me fais pas prendre.
— Facile avec une cape d'invisibilité, dit Ludivine dans un silence qui fit résonner ses propos.
Les trois sorciers se tournèrent vers elle, comme s'ils semblaient se rappeler de sa présence. Albus ne cacha pas son sourire fier tandis que Scorpius se divertissait de l'ironie dont elle avait joué. Cependant, James n'était pas amusé. Il lui jeta un regard si froid que Ludivine sentit la colère monter. Elle n'aimait pas le dédain dont il faisait preuve.
— N'aurais-tu pas la carte du Maraudeur dans les mains, Hendell ? Rien qu'avec ça, je ne me ferais pas prendre. A moins que tu ne manques d'intelligence pour l'utiliser.
Ludivine le fusilla du regard. Son ton condescendant commençait à l'irriter, sans parler du fait qu'il venait de l'insulter.
— On aurait pu croire, continua James, que de vous trois, tu aurais été la plus responsable. Quand on sort en semaine, et qu'en plus on boit, on se fait discret dans les couloirs.
— On peut se passer de tes conseils, Potter, siffla Ludivine, vexée et sur la défensive.
— Je m'inquiète juste pour mon frère, Hendell, répondit James froidement, peut-être que toi tu n'en as rien à faire de son futur mais ce n'est pas mon cas.
— Pardon ? s'exclama Ludivine, dubitative. Pour qui te prends-tu, Potter ?
— Pour ton préfet-en-chef, Hendell.
Ludivine allait répliquer avec férocité. Le Gryffondor la faisait tellement sortir de ses gonds qu'elle sentait son cœur battre à toute vitesse, mais une main se posa sur son épaule, et un mouvement des yeux lui permit de voir qu'il s'agissait de Scorpius qui la regardait d'un air autoritaire. Il l'incitait à se calmer, ce qu'elle fit aussitôt. Elle sembla se rappeler qu'il était le frère aîné d'Albus, son préfet en chef, et qu'en plus il venait de leur sauver la mise. Alors elle se tut, défiant le sorcier du regard, avant de se tourner vers Albus et Scorpius.
— Est-ce qu'on peut retourner à la salle commune ? leur demanda-t-elle. Cette discussion ne mène nulle part.
James eut un rire dédaigneux. C'était comme s'il la considérait comme insignifiante et Ludivine décida que, définitivement, elle n'aimait pas le sorcier.
— Faites plus attention la prochaine fois, dit James à son frère.
Albus hocha la tête et James tourna les talons, surplombant une dernière fois Ludivine du regard et enfin Scorpius à qui il fit un très léger mouvement de tête avant de s'en aller.
Ce fut Albus qui souffla en premier. Il semblait exténué et Ludivine ne put s'empêcher de penser que c'était en partie sa faute.
— Tu comprends maintenant, lui dit Albus en passant une main dans ses cheveux comme il avait l'habitude de le faire quand il était nerveux, pourquoi j'ai refusé le poste de préfet quand on me l'a proposé l'année dernière ? James est attachant mais il peut être très autoritaire quand il le veut. Aucune envie d'être sous ses ordres.
Ludivine resta silencieuse, le fixant du regard.
— Attachant ? Ton frère est un connard, Potter.
Elle ne dit rien de plus alors qu'elle se mettait en marche, Albus et Scorpius sur ses talons. Le retour se fit dans un silence assez inhabituel pour eux, chacun perdu dans ses pensées. Lorsqu'ils arrivèrent au pied des escaliers du dortoir, Scorpius embrassa le crâne de Ludivine, la remerciant de les avoir forcés à sortir, alors qu'Albus passait un bras autour de ses épaules en lui faisant un grand sourire.
Finalement, ce fut tout ce que Ludivine choisit de retenir de cette fin de soirée, le clin d'œil espiègle de Scorpius et le sourire joyeux d'Albus. Elle n'avait besoin de rien d'autre pour se coucher. Le reste, elle le prendrait en compte après une bonne nuit de sommeil.
