Chapitre 6 - Partie et répartie

Des cris s'élevaient dans tous les sens autour de Ludivine. Des cris de colère et de honte tandis qu'elle-même fronçait les sourcils. Mais très rapidement, ces cris se transformèrent en hurlements de joie alors qu'autour d'elle, tout le monde applaudissait à tout rompre. Au milieu de cette foule verte, Ludivine n'était pas en reste. Lorsqu'Albus attrapa le Souafle pour la seconde fois en moins d'une minute, elle mit tout l'air dans ses poumons à disposition d'un cri d'encouragement pour l'équipe de Serpentard qui marqua son premier but.

Albus, Mila Stones et Olivia Flint échangèrent un regard complice en se dispersant de nouveau pour attraper le Souafle. Scorpius surveillait avec attention les échanges de balle, à l'affût de tout lancer vers ses cercles tandis que Lucas Zabini et Maximilien Miller donnaient toute leur énergie à éloigner les cognards de leurs coéquipiers. Hannah Zeller, de son côté, avait disparu depuis le début du match à la recherche du Vif d'or. L'assurance et la coordination de l'équipe transpirait aux yeux de tous, c'était une des forces de Serpentard.

Face à eux, Poufsouffle avait tout autant le feu sacré. Alors qu'Evelyn criait quelque chose à ses joueurs, les élèves en jaune encourageaient leur équipe avec le même acharnement et la même violence de gagner. Il y avait clairement une animosité entre les gradins, et Ludivine espérait que ça ne dégénérerait pas comme le précédent match où une quinzaine d'élèves s'était mis à se taper dessus avant la fin du match.

Le Quidditch était une affaire sérieuse à Poudlard. C'était admis, les joueurs étaient particulièrement mis en avant et parfois favorisés par les professeurs. La maison qui remportait la coupe de Quidditch était acclamée pendant plusieurs semaines. Tout le château assistait aux matchs, et chaque maison supportait son équipe de toutes ses forces. Les équipes avaient implicitement des comptes à rendre à leur maison. Il était accepté que les joueurs soient privilégiés, mais seulement s'ils effectuaient leur travail sur le terrain.

Alors oui, le Quidditch était une affaire sérieuse à Poudlard. Ça, Ludivine l'avait appris de la dure manière lorsqu'elle avait quitté l'équipe au début de sa cinquième année. Elle avait fait ce choix, entre autres pour se concentrer sur ses études, mais également parce qu'elle ne supportait plus ce jeu. Elle avait fait ce choix pour elle, et sa maison lui en avait fait voir de toutes les couleurs. Mila avait arrêté de lui parler pendant plusieurs semaines. Maximilien Miller lui avait fait de nombreuses remarques désobligeantes, que personne n'avait contestées.

Albus et Scorpius lui en avaient également voulu. Leurs relations avaient été très tendues pendant plusieurs semaines. Personne n'avait compris. Pour eux, il était possible de coordonner les deux, le terrain et les notes, mais ils n'avaient pas réellement essayé de comprendre. Alors, ils lui avaient reproché son choix, et elle leur avait reproché leur manque de compréhension. Ça avait duré plusieurs semaines, avant que Scorpius ne fasse le premier pas. Ludivine sourit au souvenir, qui lui semblait remonter à une époque plus lointaine.

Des rugissements de joie s'élevèrent lorsqu'Albus attrapa une nouvelle fois le Souafle avant de foncer vers les cercles de Poufsouffle et de marquer avant que le gardien ne puisse l'arrêter. De l'autre côté du terrain, Ludivine vit Evelyn fulminer. Elle savait que son amie avait autant l'esprit de compétition qu'Albus. Pour elle, gagner faisait partie du sport.

Evelyn s'était affirmée face à sa famille par deux décisions : aller à Poufsouffle et continuer une carrière dans le Quidditch. Deux orientations pour lesquelles sa famille lui en avait fait voir de toutes les couleurs, mais pour lesquelles elle s'était battue et n'avait jamais démordu. Dans un sens, Ludivine voyait beaucoup de similitudes entre son amie et Albus.

— Potter est fort ! s'exclama une voix près d'elle.

Ludivine sortit de ses pensées en constatant la présence d'Acca et la regarda avec effroi.

— Qu'est-ce que tu fous dans les gradins de Serpentard ?

— Je viens t'accompagner, répondit-elle en passant un bras autour des épaules de Ludivine, tu m'avais l'air seule. Et puis, il y a plus d'ambiance ici.

Ludivine ne répondit pas, cachant à moitié son inconfort. Non pas qu'elle n'avait pas l'habitude d'une telle démonstration de la part d'Acca, mais jamais en public. Non, devant les autres élèves, leurs contacts étaient toujours restés cordiaux, et Ludivine se rendit compte que Acca avait pris très au sérieux leur discussion sur le fait qu'il était temps qu'elles arrêtent de se cacher.

Ludivine ne craignait pas le regard des autres. Elle était habituée à ce qu'on la regarde de travers, mais elle n'aimait tout de même pas attirer l'attention. Ce qui était totalement le cas avec une Gryffondor dans les gradins de Serpentard.

— Tu attires les regards, Acca, constata Ludivine.

— C'est parce que je suis une beauté exotique, ma chère, rigola Acca en passant avec exagération une main dans ses cheveux.

Un bruit sourd se fit entendre, et des cris d'indignation surgirent autour de Ludivine qui leva la tête vers les airs. Près des cercles de Serpentard, Scorpius se tenait le genou alors qu'une grimace de douleur déformait ses traits et qu'il se replaçait sur son balai. Ajouté au sourire suffisant des batteurs de Poufsouffle, il n'en fallut pas plus à Ludivine pour comprendre que Scorpius s'était pris un cognard et qu'il avait failli tomber de son balai.

Albus fit un signe à Mila Stones et Olivia Flint de continuer leur ascension vers les cercles de Poufsouffle avant de voler vers Scorpius, avec un air inquiet qu'il ne cachait pas. Il s'arrêta juste à côté du sorcier et se pencha vers son genou, examinant le membre de Scorpius en lui disant des choses inaudibles depuis les gradins. Ludivine, quant à elle, soupira. Elle ne considérait pas judicieux le fait de quitter son poste pour aller voir l'état de son coéquipier, il était évident pour elle que Scorpius continuerait le match.

C'était ce que Scorpius devait être en train de dire à Albus à cet instant alors qu'il pointait les buts de Poufsouffle de la main et disait quelque chose avec force. Albus dut lui dire de se taire car Scorpius s'arrêta avec un regard d'effroi, mais il fallut quelques secondes de plus aux spectateurs pour comprendre ce qu'il se passait. Un cognard avait fait son chemin jusqu'à eux à une vitesse impressionnante.

— Albus, merde ! marmonna Ludivine avec colère.

Quand Albus se prit le cognard dans l'épaule, ce fut de vrais cris de fureur qui s'élevèrent autour d'elle, et elle ne cacha pas son air surpris tandis qu'Acca la narguait d'un sourire moqueur.

— On croirait que tu es surprise de la popularité de Potter, rigola Acca qui ne semblait pas se soucier du sorcier.

Ce dernier se tenait maintenant l'épaule et jurait alors qu'il échangeait un regard avec Scorpius. Ils retournèrent chacun à leur place pour continuer le match, blessés ou non.

— Parfois, je crois que je l'oublie vraiment.

— En même temps, c'est un bon stratège, dit Acca, alors les mecs l'adorent. Et puis, sa belle gueule aide plutôt bien à l'apprécier, mais ça c'est pour les filles !

— Acca !

La susnommée éclata de rire devant son indignation. Elle savait très bien que parler de la popularité d'Albus Potter n'était pas un sujet que Ludivine appréciait, sans n'avoir jamais réellement compris pourquoi.

— Quoi, se moqua Acca, ne me dis pas que tu ne vois pas les regards que les sorcières lui portent.

— Tu rigoles, murmura Ludivine, je ne vois que ça.

Ludivine promena son regard sur les autres gradins. Poufsouffle, comme Serpentard, hurlait de toutes ses forces pour soutenir son équipe. La bonne humeur régnait dans les gradins, autant que la rage de vaincre, faisant sourire Ludivine. Elle pouvait détester le Quidditch, car selon elle la stratégie gâchait le plaisir du vol, et la compétition gâchait celui de voler à plusieurs, mais elle devait reconnaître qu'elle aimait l'unité des maisons.

Elle savait que leur génération n'était pas tendre. Ils n'avaient connu ni la guerre, ni la misère. Ils avaient grandi dans un univers bâti dans la paix et la liberté. Les histoires datant de la Grande Guerre leur paraissaient surréalistes et sa génération ne se sentait pas concernée par ce conflit. De simples histoires ne suffisaient pas à ce qu'ils se rendent compte de l'horreur qui avait été vécue. Tout ce qu'ils pouvaient se dire était que de toute façon, ça ne pourrait jamais arriver de nouveau.

Pour eux, la plus grande guerre se jouait sur le terrain de Quidditch, tous les mois, et les plus grands héros étaient les capitaines d'équipes. Et face à elle, récupérant le Souafle des mains d'Evelyn qui jura, se trouvait l'un des plus grands héros de leur génération.

Albus avait un talent indéniable. Outre son physique, qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui de son père à son âge, Albus avait également hérité de son talent. Il avait une telle aisance sur son balai qu'il semblait avoir appris à voler avant de savoir marcher. Cette aisance lui insufflait une vitesse désarçonnante pour ses adversaires comme pour ses coéquipiers. Par-dessus tout cela, il avait une capacité d'analyse qui faisait de lui un excellent stratège.

Lorsque Ludivine était arrivée à Poudlard, elle avait vite compris que le Quidditch était une affaire sérieuse. Tout le monde n'avait qu'un nom à la bouche : James Sirius Potter. D'un talent qu'il avait hérité de son père et d'un amour pour le jeu que sa mère lui avait légué, tout le monde était persuadé, alors qu'il n'était âgé que de douze ans, qu'il serait le meilleur joueur du siècle.

Puis Albus avait candidaté au poste de poursuiveur meneur l'année suivante et avait été pris sur le champ. Par la suite, chaque match avait donné lieu à des paris : quel frère serait le meilleur ? Lequel percerait ? Lequel avait la meilleure stratégie ? Tant de paris.

Ludivine avait joué plusieurs fois contre James Potter. Meneur comme son frère, il avait une aisance et une rapidité supérieures à la moyenne. La vraie différence avec son frère était les risques qu'il était prêt à prendre pour gagner. Comme son père, il aimait le danger et n'hésitait pas à mettre sa vie en péril pour gagner. Albus avait cette tendance au risque également, mais toute proportion gardée par rapport à son frère aîné.

Mais James Potter, même s'il était passionné par le jeu, n'y avait pas vu son futur et n'avait jamais cherché à défendre cette image de meilleur joueur. Tout ce qui lui importait était la gloire de sa maison et son amour pour le jeu. Ludivine avait été surprise par cette explication qu'Albus lui avait donnée, elle qui avait toujours eu une image narcissique du sorcier, très centrée sur lui-même. Quoi de plus honorifique dans le château que le Quidditch, mais James Potter y avait en partie tourné le dos en refusant le badge de capitaine pour la troisième année consécutive. Ludivine n'avait pas demandé à Albus la raison de ce refus, mais il était vrai qu'elle se l'était demandé.

Son regard avait inconsciemment dérivé vers le sorcier en question. Assis dans les gradins de Gryffondor, il était calme. Son attention était focalisée, il analysait la stratégie des deux maisons. Autour de lui, tout le monde s'agitait, chacun supportant une équipe différente, mais il restait imperturbable, et cela malgré les nombreux à-coups de Weasley sur son épaule. Ce dernier parlait avec une énergie débordante et sollicita James à multiples reprises sans que ce dernier ne réagisse. C'était comme s'il était seul dans les gradins. Seul, se suffisant à lui-même. Pas même le regard perçant de Ludivine ne le perturbait.

Lorsqu'elle reposa son regard sur lui quelques minutes plus tard, il avait accepté de rompre sa concentration pour discuter avec sa petite sœur. Tournant le dos au match, il parlait avec animation, provoquant un sourire chez Lily Potter. L'aîné avait ce même sourire, innocent et sincère, qui illumina son visage alors qu'il passait son bras autour des épaules de sa cadette. Ludivine les observa quelques secondes avant de reporter son regard sur Albus, se faisant la remarque que les gènes des Potter étaient incroyablement beaux, et elle n'avait pas de mots pour décrire leur sourire.

— Putain de Potter.

Ludivine se tourna vers Acca qui marmonnait dans sa barbe sans quitter le joueur des yeux. Dans le ciel, les joueurs continuaient leur match avec toujours la même vélocité. Pourtant, Ludivine les voyait fatiguer, ce qui était normal après une bonne heure de jeu. L'attrapeuse qui avait remplacé Ludivine, Hannah Zeller, cinquième année, continuait de voler dans les airs, à la recherche du Vif d'or. Poufsouffle avait repris un peu de terrain, mais Serpentard avait toujours une longueur d'avance, avec 90-70 points.

— Est-ce que tu le maudis ou tu t'extasies devant lui ? demanda Ludivine avec un rire. Parce que c'est difficile à dire entre ton regard noir et ton sourire.

— Je te laisse interpréter à ta guise, dit Acca en accentuant son sourire en coin.

Pas besoin pour Ludivine de chercher bien loin, il n'y avait rien de nouveau au fait qu'Acca et Albus s'appréciaient peu. Elle n'avait jamais compris pourquoi, mais n'avait jamais réellement essayé de comprendre. C'était probablement dû à leurs caractères très opposés, Albus étant très calme et réfléchi, et Acca très énergique et expansive.

— Mais, reprit Acca après un léger silence alors qu'elle fixait le poursuiveur des yeux, il faut reconnaître qu'il est sexy. Et doué.

Ludivine ne cacha pas son sourire. En effet, elle le reconnaissait sans soucis.

— RENVERSANT ! s'exclama une voix qui sortit Ludivine de ses pensées et qu'elle reconnut comme celle de Owen Jordan qui commentait le match. Lowell vient de jeter le Souafle à la tête de Potter ! Quand je pensais qu'elle ne pouvait pas être plus attirante !

— Monsieur Jordan ! s'exclama le professeur Londubat avec indignation alors qu'il frappait le crâne du Serdaigle.

Acca éclata d'un rire fort alors que Ludivine esquissait un sourire. Face à elles, Albus venait d'éviter de peu le Souafle et fusillait maintenant Evelyn du regard alors qu'il aboyait quelque chose. La sorcière lui jeta un regard noir tandis que des rires commençaient à s'élever dans les gradins. Ça n'empêcha pas Evelyn de hurler sur Albus, ponctuant sa phrase par un connard que tout le monde entendit.

Albus allait répliquer, mais quelque chose sembla s'activer dans les airs. Des bruits s'élevèrent dans les gradins tandis que Hannah Zeller s'élevait comme un pique, suivi de son homologue de Poufsouffle, Andy Corner. Les deux attrapeurs semblaient avoir repéré le Vif d'or et se mettaient en compétition pour l'attraper.

Maximilien Miller lança un cognard en direction de l'attrapeur de Poufsouffle, un cognard suffisamment bien placé sur la trajectoire de l'attrapeur qui se le serait pris de plein fouet s'il n'avait pas dévié son manche de quelques centimètres. Ces centimètres suffirent à ce que sa trajectoire soit légèrement déviée, suffisamment pour que Hannah prenne une avance et tende le bras pour attraper le Vif.

Cependant, Andy Corner était bon. Il se rattrapa très rapidement et parvint à se trouver de nouveau épaule contre épaule avec Zeller. Les deux joueurs étaient maintenant côte à côte, le bras tendu à quelques millimètres du Vif d'or. Une main se referma sur la petite balle et des cris s'élevèrent dans tous les gradins.

Le match était terminé, et Ludivine ne pouvait retirer le sourire qu'elle avait sur les lèvres.


— Mais quel enfer ! s'exclama Ludivine en se laissant tomber dans le canapé.

A côté d'elle, Mila Stones ricana en passant une main dans ses cheveux.

— Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? demanda-t-elle d'un ton amusé avant de reporter son regard sur la fête.

— Duel entre un Serpentard et un Poufsouffle de troisième année, se contenta de répondre Ludivine, en buvant une gorgée du verre que Mila lui tendait. Il a fallu les emmener chez McGo, mais avant ça il a fallu les séparer.

— Tu étais toute seule ?

— Ma chance, sourit Ludivine.

— Tu n'es quand même pas déjà fatiguée ? la taquina Mila. On a une victoire à fêter !

— Laisse-moi souffler deux minutes, implora Ludivine alors que sa camarade ricanait d'un air moqueur.

Bien sûr, Ludivine exagérait, et sa camarade le savait très bien. Ce fut pour cela qu'elle reporta son attention sur la discussion qu'elle venait de laisser. Ludivine en profita pour l'observer du coin de l'œil. Comme tout sang-pur, Mila se tenait droite alors qu'elle écoutait calmement ses camarades parler. Personne n'aurait pu dire qu'elle venait de jouer un match exténuant quelques heures auparavant, avec sa robe noire moulante et ses talons mi-hauts. Elle était une tout autre sorcière que sur son balai.

— Qu'est-ce que tu fous sur ce canapé, Hendell !

La surplombant de sa hauteur alors qu'il se penchait vers elle, Albus souriait. Il ne semblait pas avoir conscience des regards qu'il attirait, concentré sur son amie qu'il regardait d'un air moqueur. S'il avait fait plus attention à son entourage, il aurait vu le rougissement de certaines filles qui l'observaient. Non, Albus Potter ne voyait pas tout ça. Il ne voyait que Ludivine.

— J'attends qu'un jeune homme digne de mon intérêt vienne m'inviter à danser, sourit Ludivine.

— Et si je t'invitais à boire, plutôt ?

Albus n'était pas un fin danseur, c'était connu, mais il savait tenir sa liqueur et cette proposition plut autant à Ludivine que son idée d'origine. Ils échangèrent un sourire complice. Elle prit sans hésiter la main qu'il lui proposa, ignorant les murmures autour d'eux.

— Alors, Hendell, demanda Albus en posant son avant-bras sur le bar en appelant le barman de la soirée, Hugo Weasley. Qu'est-ce que tu bois ?

— Surprends-moi, Potter, répondit Ludivine avec un sourire espiègle que lui rendit Albus.

— C'est même ce que je préfère faire.

Albus fit un signe à son cousin, chuchotant quelque chose à son oreille que Ludivine n'entendit pas. Lorsqu'il se tourna vers elle, elle sut à son sourire qu'il avait pris quelque chose de fort. Ça ne la dérangeait pas, comme elle avait du mal à se détendre dans ces soirées si bondées. Elle avait beau faire abstraction des élèves qui l'entouraient, l'alcool avait toujours beaucoup aidé au processus.

Albus lui tendit un verre à moitié plein d'une liqueur verte qui prenait des teintes rougeâtres, et Ludivine trinqua avec un sourire, buvant d'une traite le contenu. Albus fit de même avec sa boisson qui tirait du bleu au jaune. Le mélange n'avait qu'un mot pour Ludivine : écœurant. Elle fusilla Hugo Weasley du regard, ce qu'il ne vit pas, et Albus éclata de rire en voyant son expression, se retenant lui-même de faire la grimace.

— J'ai bu cette horreur uniquement pour honorer votre victoire, dit-elle.

— 140 points d'écart, répondit Albus avec un air suffisant, ça mérite bien une deuxième tournée !

— Attends, rigola Ludivine en stoppant le sorcier d'une main, laisse-moi diriger cette horreur.

— Mauviette, ricana Albus en la regardant avec moquerie.

Ludivine éclata de rire tandis que le regard d'Albus se faisait tendre. Il adorait la voir se désinhiber. Elle le faisait avec une telle douceur, mettant sa carapace de côté, qu'il fondait toujours immédiatement.

Ludivine ne voyait pas son regard, portant le sien sur la soirée qui se déroulait sous ses yeux.

La fête battait son plein. Les soirées de victoire de Quidditch étaient les plus spectaculaires, réunissant les maisons dans un esprit de célébration.

Quelques années plus tôt, Teddy Lupin, ancien élève, avait conclu un accord avec l'Horcruxe, bar phare de Pré-au-Lard, pour relier magiquement les distributeurs d'alcool de la Salle sur Demande aux réserves du bar avec une comptabilisation des quantités consommées au litre. Le bar facturait ce qui avait été consommé, à des prix que Ludivine savait extrêmement avantageux, et ce coût était réparti entre maisons avec une participation volontaire des élèves. Certains participaient en mettant de grosses sommes, d'autres ne participaient pas et d'autres encore faisaient en fonction de leurs moyens, mais il n'y avait jamais eu de problème jusqu'ici à ce sujet.

Une grande piste de danse avait été pensée au milieu de la salle, où des dizaines d'élèves se déhanchaient, de la première à la septième année. Un peu partout autour de cette piste se trouvaient des canapés et fauteuils. Un grand bar longeait un mur, dont était responsable une maison à tour de rôle. Cette fois-ci, c'était à Poufsouffle de s'occuper du bar, et Hugo Weasley avait pris cette responsabilité. Il était d'ailleurs en train de se moquer de troisièmes années qui venaient de demander une bièraubeurre.

Ludivine eut un sourire. Les professeurs fermaient les yeux sur ces rares soirées. Tout le monde connaissait les conditions à respecter pour qu'elles se perpétuent : la première était d'interdire tout élève en-dessous de la cinquième année de toucher à de l'alcool. Si cette règle était transgressée, les professeurs changeraient leur politique. Et personne ne voulait que ça arrive. C'était déjà assez exceptionnel que ces soirées soient tolérées.

Ludivine voyait bien que de nombreux regards convergeaient vers elle, et elle en connaissait très bien la raison. A côté d'elle, Albus observait également son entourage. Appuyé contre le bar, il avait reposé ses bras en arrière pour poser ses coudes sur le comptoir. Sa chemise bleu marine épousait son torse et ses épaules et faisait ressortir ses yeux verts. Ses cheveux n'avaient pas été coiffés depuis sa sortie de douche, et ce n'était pas faute pour Ludivine d'avoir essayé plusieurs fois de passer sa main dans ses cheveux pour les discipliner. Mais le sorcier lui avait tapé la main avec force à chaque fois pour l'en dissuader.

A cet instant, il attirait les regards et ne s'en rendait même pas compte. Non, il fixait quelque chose avec attention et Ludivine ne cacha pas son irritation en voyant ce qu'il regardait.

— Mon dieu Potter, oublie-la ! s'énerva-t-elle.

— Elle reste magnifique, marmonna Albus.

— Je croyais que tu la détestais ?

— Tu sais bien que c'était la colère qui parlait, Lud.

Ludivine rongea son frein, avant de reporter son attention vers la concernée. Souhad Rimens rigolait avec ses amies sur la piste de danse, et Ludivine devait bien reconnaître que la sorcière était très jolie. Elle ne semblait absolument pas affectée par la défaite de sa maison, se déhanchant avec entrain tout en éclatant de rire. Rien ne semblait importer à part leur groupe d'amies.

— Pourquoi tu ne la rejoins pas, dans ce cas ? demanda Ludivine avec un sourire doux.

— Pas devant tout le monde, Lud, répondit Albus dans un murmure, pas devant tout le monde. Et puis, je sais que tu as raison, que je ne devrais pas essayer de la revoir.

Ludivine ne répondit rien. Elle s'inquiétait du bien-être de son ami, et les histoires comme celles qu'il était en train de vivre étaient à bannir. Ce n'étaient pas des relations saines. Mais elle n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, qu'on héla Albus.

— Potter !

Evelyn s'approchait d'eux avec un large sourire, et Ludivine la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle n'en était pas à son premier verre. Ses cheveux bruns tombaient dans son dos avec élégance alors que de légères boucles faisaient leur place au bout de sa chevelure. Comme Mila, il était impossible de dire que la sorcière avait passé plusieurs heures dans un sport violent et essoufflant un peu plus tôt dans la journée. Elle fit un sourire à Ludivine qui illumina son visage, la rendant encore plus attrayante que possible.

— Félicitations ! s'exclama Evelyn en trinquant avec Albus qui n'avait pas bougé de position, son verre toujours à la main. Il observait la sorcière avec un sourire un coin, la détaillant de haut en bas sans aucune discrétion.

— Je t'ai connue plus revancharde, Lowell, dit Albus avec douceur.

— Oh ne t'inquiète pas, j'ai toute l'année pour te fusiller du regard à chaque petit-déjeuner, dit Evelyn avec un sourire charmeur.

Ludivine eut un sourire en voyant Albus rigoler, buvant son verre sans quitter Evelyn des yeux. Cette dernière s'était tournée vers son amie, trinquant avec elle alors qu'elles échangeaient un regard complice.

— Tu sais, commença Ludivine avec un sourire, que nos attrapeurs ont évité un drame aujourd'hui ?

— Je sais bien, rigola Evelyn, je ne sais pas si j'ai reçu plus de réprimandes ou de félicitations pour avoir jeté ce Souafle. Désolée pour ça, Potter.

— Ce n'est pas la première fois que ça arrive, sourit Albus. J'espère simplement que tu n'as pas un Souafle caché sous ton aile.

— Non, je l'ai bien laissé au vestiaire.

Le sourire d'Evelyn s'agrandit alors qu'elle voulait rajouter quelque chose, mais quelqu'un vint lui attraper le poignet libre, la tirant de force vers la piste de danse sans qu'elle n'oppose aucune résistance. Il s'agissait d'Andy Corner, son attrapeur, alors Evelyn leur fit un léger sourire d'excuse avant de se mettre à danser.

Ludivine, elle, ne manqua pas le regard que son meilleur ami lançait à Evelyn.

— Arrête de fixer ma pote comme ça, Potter.

— On ne peut rien faire avec toi, Hendell, marmonna le sorcier.

Ludivine leva les yeux au ciel.

— Je connais ce regard, dit-elle. C'est celui que plein de sorcières vous portent, à Scorpius et toi, tous les jours juste avant de me fusiller du regard.

— Je me disais juste qu'elle était jolie, se défendit Albus.

De nouveau, Ludivine eut l'air excédé. Ce n'était pas le genre de discussion qu'ils avaient souvent, et pour une simple raison. C'était un sentiment sourd de jalousie qui se réveillait en elle, un élan de possessivité qui jaillissait sans qu'elle ne le comprenne, et heureusement assez rarement.

— D'ailleurs, demanda Ludivine, où est Scorp ?

— Aucune idée, dit Albus en commandant deux verres à son cousin, je l'ai perdu en arrivant ici.

Ludivine balaya la salle du regard en prenant le verre que lui tendait Albus. Elle se fit la remarque qu'ils n'avaient pas bougé depuis un moment. Elle avait envie de danser. Ludivine adorait danser, oubliant tout le reste. Pendant plusieurs années, le Quidditch avait été son défouloir et le terrain le seul endroit où plus rien n'existait. Elle s'était surprise à retrouver ce même sentiment sur une piste de danse bondée où elle passait inaperçue.

— J'ai envie de danser, dit-elle.

— Ma Lud, répondit Albus avec une grimace, ne me demande pas de t'accompagner, s'il te plaît.

Ludivine n'eut pas le temps de défendre son envie.

— Toujours au même endroit, le champion !

— Près du bar, au bras de sa reine !

— Attention Lily, Ludivine mord avec ce genre de blague.

Rose Weasley ne cachait pas son sourire alors qu'elle s'approchait d'eux, accompagnée de Lily Potter qui passa son regard de Ludivine à son frère avec un sourire espiègle qui rappela à Ludivine celui de Scorpius.

— Dommage, souffla Lily en plantant ses yeux dans ceux de Ludivine, je trouve que vous détonnez tous les deux.

— Mais c'est qu'elle nous fait un compliment, se moqua Albus en ébouriffant les cheveux de sa sœur qui le fusilla du regard, merci petit singe !

Ludivine ne connaissait pas vraiment la petite sœur d'Albus. Elle avait interagi quelques fois avec la sorcière, mais de façon très superficielle. Elle savait cependant que la petite sœur d'Albus avait un caractère de lionne et beaucoup d'humour et d'ironie. Albus s'entendait très bien avec elle, la protégeant à tout prix, et l'embêtait à tout bout de champ.

— Respecte-moi, Al, s'énerva Lily en lui tapant la main avec violence.

— Quand tu auras atteint une taille acceptable, Lily. Sérieusement, tu ne grandis plus depuis plusieurs années.

— Il a raison, fit une voix nouvelle, j'ai même l'impression que tu rapetissis tous les trois mois.

— Scooooorp ! s'exclama Albus en voyant que le sorcier s'était joint à eux. Tu étais où, vieux ?

— Par-ci, par-là, répondit Scorpius d'un air mystérieux tout en prenant appui avec son coude sur l'épaule de Lily.

— Hé ! protesta cette dernière, tu te crois où ?

— Pardon, dit Scorpius avec un sourire malicieux, je t'ai confondue avec le comptoir du bar.

Scorpius rigola d'un rire franc alors que Lily lui donnait un coup - assez violent - dans les côtes. Il fit un clin d'œil à Ludivine qui lui sourit, puis posa son regard sur Rose qui souriait également à la blague du sorcier.

— Il a fallu que deux jolies filles se joignent à nous pour que tu daignes nous retrouver, dit Ludivine.

— Techniquement, se défendit le sorcier, Lily est comme une petite sœur donc il est difficile de la qualifier de jolie.

— Et bah merci, murmura Lily.

— Personnellement, dit Rose avec un sourire, je prends le compliment.

— Et tu fais bien, Weasley, répondit Scorpius avec douceur, parce que ce n'est pas tous les jours que Ludivine complimente d'autres personnes qu'elle-même.

Scorpius avait posé son regard sur Rose, la détaillant quelques secondes avant de se tourner vers Ludivine pour voir sa réaction. Celle-ci avait levé les yeux au ciel sans répondre, c'était Lily qui se chargeait de le faire.

— Et bien, constata Lily, vous n'avez que de l'amour à donner !

— On ne sait juste pas comment le dispenser ! dit Albus en rigolant alors que Scorpius hochait la tête d'approbation.

Scorpius avait de nouveau porté ses yeux sur Lily et Rose qui échangeaient un regard amusé. Il sembla se dire quelque chose car il secoua la tête, portant son regard sur Ludivine.

— Tu danses, Lud ? demanda Scorpius en tendant sa main.

— Enfin ! rigola Ludivine en posant sa main dans celle du sorcier. On ne peut vraiment compter que sur toi, Scorp.

Scorpius eut un sourire amusé alors qu'il la menait au milieu de la piste où des dizaines de sorciers dansaient. Une musique douce passait et Scorpius et Ludivine se mirent en rythme avec la musique alors qu'ils échangeaient un sourire. Elle attendit quelques secondes avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Malefoy ? demanda-t-elle en plantant son regard dans celui du sorcier.

— Qui te dit qu'il se passe quelque chose ?

— Je te connais, affirma-t-elle avec fermeté, et je connais toutes tes humeurs.

— C'est pour ça que tu as accepté de danser avec moi ? dit Scorpius avec un sourire.

— Tu sais bien que non, ça fait des heures que j'ai envie de danser !

Scorpius semblait nerveux, se retenant de dire quelque chose alors qu'il fuyait son regard comme si cela allait le sortir d'une position embarrassante dans laquelle il se trouvait.

— Je, commença le sorcier. Je ne…

— Respire, Scorp, dit Ludivine avec un sourire apaisant.

— Pas ici, Lud, dit-il finalement d'un ton suppliant.

— Pas ici parce qu'il y a du monde ou parce que tu n'as pas envie d'en parler maintenant ?

— Les deux.

Ludivine hocha la tête en signe de compréhension. Elle n'avait aucune envie d'insister dans le mal-être du sorcier et elle avait bien vu quelques semaines plus tôt avec Albus qu'insister contre sa volonté ne la mènerait nulle part. Et puis, ce n'était vraiment pas l'endroit propice pour tirer les vers du nez de Scorpius.

Alors elle lui fit un sourire, attrapant ses mains alors que la musique changeait pour un rythme plus entraînant. Scorpius, comme elle, aimait se défouler de cette façon alors il la suivit sans la moindre difficulté lorsque la musique s'accéléra. Ils se laissèrent porter par la musique, dansant en rythme.

Si Ludivine avait tourné la tête, elle aurait vu que Scorpius et elle avaient attiré les regards et que plusieurs personnes chuchotaient à leur intention. Pourtant, ils étaient en plein milieu de la foule dansante. Pour la première fois depuis le début de la soirée, Ludivine sentait l'alcool monter alors qu'elle occultait tout à l'exception de la musique, ne lâchant jamais la main de Scorpius qui la faisait régulièrement virevolter sur elle-même.

Ils avaient l'habitude de danser ensemble, et elle était habituée à ce que Scorpius mène la danse, lui qui avait suivi de nombreux cours durant sa jeunesse. Lorsque Scorpius tira sur sa main pour la plaquer contre lui avant de l'attraper par les hanches pour la faire tourner, Ludivine se laissa porter, éclatant de rire.

Ils dansèrent comme cela pendant une bonne demi-heure, jusqu'à ce que Ludivine déclare forfait. Elle n'avait définitivement plus le même cardio. Scorpius rigola, passant son bras autour de ses épaules, s'appuyant à moitié sur elle, alors qu'ils s'éloignaient de la piste de danse.

— Salut Malefoy, est-ce que je peux t'emprunter Hendell ?

Ni Ludivine, ni Scorpius ne cachèrent leur surprise en voyant Fred Weasley s'approcher d'eux avec un grand sourire, un verre dans chaque main.

— Tu lui veux quoi, Weasley ? demanda Scorpius avec une légère méfiance.

— Simplement discuter, répondit Fred en souriant, si elle l'accepte bien évidemment.

Ludivine haussa les épaules, signalant son indifférence, et Scorpius sembla ranger sa méfiance tandis que le sourire de Fred s'agrandissait. Il tendit à Ludivine l'un des deux verres qu'il tenait, mais cette dernière se contenta de regarder sa main avec un sourire amusé.

— Je n'accepte pas de verre d'inconnus, Weasley.

— Oh arrête ! s'offusqua Fred. Tu sais que ce verre est clean.

Ludivine le fixa quelques secondes. Scorpius était retourné sur la piste de danse et dansait maintenant avec deux sorcières qui se tenaient dangereusement proche de lui.

— Dernier verre que je bois, s'engagea-t-elle en prenant le verre alors que Fred souriait avec la même intensité.

— Tu passes une bonne soirée, Hendell ? demanda-t-il en trinquant avec elle.

— Très bien, Weasley. Maintenant, si tu me disais ce que tu veux.

Ludivine ne cacha pas son sourire lorsque le sorcier s'offusqua, se pointant lui-même du doigt avec un regard désabusé. Mais il finit par arborer un sourire malicieux mais authentique.

— Pourquoi n'irions-nous pas voir Walsh ? suggéra-t-il. Je suis sûr que tu n'as pas vu ton amie depuis un petit moment et que ça te ferait plaisir de lui parler.

Ludivine n'eut pas le temps de répliquer quelque chose d'acerbe que quelqu'un se joignit à eux.

— Alors Freddie, tu pactises avec l'ennemi ?

Ludivine identifia le ton moqueur avant de voir à qui il appartenait. A côté d'elle se tenait James Potter, un sourire amusé sur les lèvres. Une main dans la poche, il tenait son verre rempli d'une liqueur sombre de l'autre. Il la surplombait d'une tête, et Ludivine n'éprouvait définitivement pas le même amusement. Elle le fusilla du regard alors qu'elle raidissait son dos pour gagner quelques centimètres de hauteur.

— Oh Jamie, répliqua Fred avec le même sourire, je viens tout juste de réussir à lui faire ranger les crocs, ne gâche pas mon travail.

— Je ne suis pas un animal, Weasley.

— Personne n'a dit ça, Hendell, mais reconnais qu'il faut t'approcher à tâtons.

— Ou sinon, peut-être que tu es un fragile, Freddie.

— Peut-être Jamie, dit Fred avec un rire franc, mais j'ai déjà ton caractère d'Hippogriffe à gérer.

Ludivine garda le silence. Elle cacha son sourire, soutenant le regard de James tandis que Fred éclatait de rire. La complicité qui liait les deux sorciers était semblable à celle qui unissait Albus et Scorpius, et malgré la méfiance qu'elle ressentait vis-à-vis d'eux, Ludivine se détendit légèrement. Enfin, c'était bien avant que le Gryffondor ne rouvre la bouche.

— D'ailleurs Hendell, reprit James sans la quitter du regard, je ne t'aurais pas prise pour le genre cheerleader.

— C'est vrai ! s'exclama Fred comme s'il venait de se rappeler quelque chose. Tu as mis de l'énergie durant le match.

— Comme beaucoup, j'aime bien gagner, répondit Ludivine en haussant les épaules, sans réaliser que les deux sorciers l'avaient observée durant le match, et j'ai été assez de fois sur le terrain pour savoir que les encouragements sont moteurs.

— Une vraie cheerleader, répéta James sur un ton ironique.

Ludivine fusilla James du regard. Il ne la quittait pas des yeux, arborant un sourire malicieux qu'il cacha en buvant une gorgée de son verre. Il la défiait et semblait se délecter de la voir réagir à ses provocations.

Si Fred ressentait de la tension, il ne semblait pas y prêter attention.

— Tu essaies de provoquer une réaction, Potter ?

— Ce n'est pas très difficile avec toi, Hendell, répondit James, tu montes rapidement dans les tours.

— Oh mes excuses ! s'exclama Ludivine avec ironie en posant sa main sur son cœur. Je ne sais pas ce qui me prend d'oser me défendre quand tu me cherches !

Le sourire de James s'agrandit et quelque chose se passa dans ses yeux, comme s'il obtenait exactement ce qu'il désirait. Il ne l'avait toujours pas quittée du regard et elle se demandait ce qu'il pouvait bien se dire. Elle, en tout cas, venait de monter légèrement en pression et le fusillait du regard d'avoir réussi à l'énerver.

— Putain James, tu me l'as tout énervée ! s'exclama Fred en levant les bras d'impuissance. Allez Hendell, emmène-moi voir Walsh !

— Et pourquoi je ferais ça ?

— Parce que, même si tu ne le reconnais pas, tu m'apprécies ?

Ludivine étouffa un rire moqueur, mais son regard désabusé ne passa pas inaperçu.

— Allez Hendell, aie pitié de moi !

— Liz n'est pas intéressée par toi, Weasley.

— Qu'en sais-tu ?

— Elle me l'a dit ! s'exclama Ludivine. Elle ne te prend pas au sérieux.

— Perspicace, dit James dans sa barbe, ce qui la fit très légèrement sourire.

— Dans ce cas, s'exclama Fred avec un sourire charmeur, à moi de la convaincre ! Je relève le défi ! Allez, allons la voir, tu seras mon excuse. A toute mec !

Fred attrapa son coude avec une force qui la surprit alors qu'il l'emmenait où Liz se trouvait avec une camarade et Acca, sur un canapé d'angle. Elles étaient concentrées sur ce que Liz racontait quand Ludivine et Fred arrivèrent.

— Mesdemoiselles, bonsoir ! s'exclama Fred avec un ton fort et un sourire charmeur.

— Weasley, répondit Acca avec un grand sourire, que fais-tu sans ton acolyte de toujours et avec la nôtre ?

— Je découvre son humour sans limite, Rockwood, répondit Fred.

Il passa son bras autour des épaules de Ludivine, bras qu'elle retira aussitôt sous le rire de ses deux amies.

— Et puis, reprit Fred comme si rien ne s'était passé, comme elle insistait pour venir vous voir, je me suis proposé pour l'accompagner.

— Oui, sourit Acca avec ironie, on ne doute pas qu'elle aurait exprimé cette envie auprès de toi !

— Est-ce que si j'ajoute qu'elle se retenait de me jeter un sort parce que mes blagues l'irritaient, ça te semblerait plus réaliste ?

— Totalement, dit Liz d'une voix douce en rigolant dans son épaule.

Fred afficha un sourire victorieux, celui qu'il arborait à chaque fois qu'une jolie fille rigolait à l'une de ses blagues. Ludivine ne retint pas un sourire en coin, elle commençait à apprécier l'authenticité et l'exubérance du sorcier qui lui rappelait Acca. Celle-ci fit d'ailleurs un signe en direction du canapé à côté d'elle.

— Asseyez-vous, proposa-t-elle, apparemment, les professeurs préparent quelque chose !

— Tiens, tu écoutes aux portes, Walsh ? la taquina Fred.

— Disons que ma mère m'a appris à récolter des informations de la façon la plus discrète possible, répondit Liz avec un sourire espiègle.

Quelque chose brilla dans le regard de Fred, qui sembla s'apparenter à de la malice et autre chose que Ludivine ne put qualifier.

— Impressionnant, dit-il.

— Oh, dit Liz qui se prenait au jeu, attends d'entendre ce que j'ai à dire !

— Qu'attends-tu ? On s'assoit, Hendell ?

— Je vais retourner voir Albus et Scorpius, répondit Ludivine avec un sourire, les filles me raconteront tout ça plus tard, mais reste donc, Weasley.

Fred ne se le fit pas dire deux fois, prenant place à côté de Liz sur le canapé, et Ludivine se demanda un instant si elle faisait bien de laisser le sorcier en compagnie de son amie. Après tout, elle restait méfiante vis-à-vis du Gryffondor. Elle lança un regard à Acca qui comprit sa demande, hochant la tête pour lui assurer qu'elle le surveillait.

— On te raconte tout ça durant notre soirée, dit Acca avec un sourire.

— D'ici-là, pas de bêtise, compléta Liz d'un sourire doux.

Ludivine leur fit un sourire avant de s'éloigner, laissant Fred s'installer confortablement. Elle chercha Albus et Scorpius. Elle trouva ce dernier facilement, grâce à sa chevelure blonde, qui dansait avec une sorcière de façon lascive, l'embrassant sensuellement.

Ludivine détourna le regard, laissant son intimité à son ami, et chercha Albus. Elle eut plus de mal à le trouver, mais il n'y avait que deux sorciers dans cette immense salle dont les cheveux étaient si bordéliques.

Adossé à un mur, Albus parlait avec une sorcière de Gryffondor avec beaucoup de proximité, jouant avec le pan de col de sa chemise. Elle chuchota quelque chose, qui provoqua un sourire en coin à Albus qui se rapprocha, prenant une mèche de cheveux entre ses doigts avant de se pencher vers elle pour lui murmurer quelque chose avec un sourire charmeur.

Une nouvelle fois, elle tourna la tête et décida de s'installer près du bar. Elle commanda un jus de citrouille citronnée qui l'aiderait à redescendre.

Elle reposa une dernière fois son regard sur Albus qui passait une main dans les cheveux de la sorcière avant de rapprocher son visage du sien et lui embrasser la tempe.

Il dut se sentir observé car il releva la tête dans la direction de Ludivine. Elle lui fit un léger sourire, levant son verre dans sa direction avant de détourner le regard.

Ludivine reporta son attention sur la piste de danse, où la musique était plus douce. Les danses s'étaient faites plus sensuelles et de nombreux couples s'étaient formés. L'heure commençait à être tardive et l'alcool était monté à la tête des sorciers. Mais elle n'eut pas le temps de ressentir la solitude. On prit place à côté d'elle et elle ne cacha pas sa surprise en voyant Albus pencher la tête en avant vers elle avec un sourire en coin.

— Que fais-tu là, Potter ?

— Tu ne veux pas de moi ? bouda Albus.

— Je pense plutôt à la jolie compagnie que tu as laissée.

Albus haussa les épaules en posant son regard sur la sorcière qui semblait confuse d'avoir été abandonnée aussi rapidement, avant de reporter son regard sur Ludivine.

— Tu étais toute seule, se contenta de répondre Albus.

Ludivine ne cacha pas sa surprise, ce qui le fit rire.

— Tu sembles surprise que je te choisisse à un flirt.

— Disons que tu me vois suffisamment au quotidien, sourit-elle.

Albus leva les yeux au ciel, se disant qu'il avait parfois des difficultés à comprendre les femmes, sa meilleure amie incluse.

— Vous savez que des paris ont été lancés sur vous deux ?

Scorpius s'approchait d'eux, s'appuyant sur la chaise haute de Ludivine.

— Je suis venu mettre fin aux rumeurs, dit-il avec un sourire amusé, mais je crains que certains ne se mettent à parier sur un plan à trois.

— Super, marmonna Ludivine.

— On voit que l'idée t'enchante, se moqua Scorpius.

— L'idée de passer pour la pire des vélanes ? répondit-elle avec amertume. Oui, j'adore !

— N'écoute pas ce que les gens disent, dit Scorpius. A une époque, les rumeurs disaient qu'Albus et moi étions gays, que nous avions une relation secrète et que tu étais notre alibi pour cacher la vérité.

— Pardon ?

Ludivine ne cacha pas son effroi tandis que Scorpius et Albus souriaient d'un air moqueur.

— Si tu savais ce qui peut être dit sur nous, Lud, sourit Albus, je pense que tu serais capable d'arrêter de nous parler uniquement pour faire arrêter ces rumeurs.

— Je ne préfère pas savoir, soupira-t-elle.

Scorpius passa son bras autour de ses épaules tandis qu'Albus tapotait légèrement son genou. Par ces gestes d'affection, ils lui intimaient de ne pas prêter attention à tout ce qui pouvait être dit ou fait hors de leur cercle à eux trois.

— Allez, conclut-elle en posant son verre, je rentre !

— Tu veux qu'on te raccompagne ?

Albus ignora le regard de travers que son amie lui jeta tandis que Scorpius s'était relevé, prêt à partir.

— Vous n'avez pas besoin de venir avec moi, répondit-elle en agitant les cheveux des deux sorciers. Retournez auprès des jolies filles avec qui vous étiez, qu'on ait des choses intéressantes à se raconter au petit-déjeuner, ou il faudra parler Quidditch et j'ai déjà eu ma dose.

Ludivine tapa dans la main des deux sorciers avant de leur souhaiter une bonne fin de soirée et de se diriger vers la sortie. Elle se doutait qu'ils la suivaient du regard alors qu'elle passait le portrait. Elle ne voulait pas priver ses amis de leur soirée, consciente que ce soir, ils étaient les rois et qu'ils feraient la fête jusqu'au lever du jour.

— Tiens, Hendell.

Ludivine tourna la tête vers la personne qui l'avait interpellée. Avec le portrait refermé, il était encore possible d'entendre un fond de musique classique, différente de celle qui se jouait à l'intérieur, et elle se surprit à n'avoir jamais remarqué ce charme.

— Potter, se contenta-t-elle de répondre froidement au sorcier qui se tenait appuyé contre le mur, les mains dans les poches.

— Tu mets déjà fin à la soirée ?

— Toutes les bonnes choses ont une fin.

— Les soirées n'ont une bonne fin que quand elles se finissent en bonne compagnie, dit James avec un sourire amusé.

— Pourtant, répondit-elle en ignorant l'arrogance du sorcier, tu as quitté cette soirée et tu es seul.

— Oh mais je compte bien profiter de cette soirée plusieurs heures encore, rigola James en sortant quelque chose de sa poche. J'étais en repérage jusqu'ici et j'ai décidé de faire une pause.

Ludivine ignora les sous-entendus du Gryffondor, portant son attention sur l'objet rectangulaire qu'il sortait de sa poche, et ne cacha pas sa surprise en le voyant en sortir un fin objet cylindrique.

— Tu fumes des cigarettes moldues ? demanda-t-elle avec un air incrédule qui le fit sourire.

— Très occasionnellement, répondit James en faisant rouler une cigarette dans sa main.

— Je ne savais pas, se contenta-t-elle de dire.

— C'est normal, dit-il avec un sourire qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer, tu sais ce qu'Albus sait, mais il ne sait pas tout. Je suis sorti avec une moldue cet été qui m'y a donné goût. C'est récent.

Ludivine se contenta de hocher la tête. Le Gryffondor avait raison, elle ne connaissait de lui que ce qu'Albus savait et partageait avec elle. Et James Potter n'était pas un sujet qu'ils abordaient souvent. Le fait, à cet instant, de partager une information inconnue d'Albus la perturba. Elle n'aimait pas ce sentiment.

Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu le regard que le Gryffondor lui portait. Il avait ce sourire en coin qui semblait rarement le quitter lorsqu'il lui parlait, la dévisageant ouvertement. Lorsqu'elle attrapa son regard, elle rougit. Elle savait ce qu'il faisait, il l'évaluait. Il déterminait si elle valait l'attention qu'il lui accordait, et Ludivine n'avait certainement pas envie de savoir ce qu'il pouvait bien se dire, alors elle fit un pas en arrière, se raclant la gorge.

— Et bien, reprit-elle d'une voix forte et maîtrisée, je vais te laisser à tes occupations.

— Je vais faire un bout de chemin avec toi, suggéra James avec un sourire, je vais dans le parc.

Ludivine haussa les épaules. Il pouvait bien faire ce qu'il voulait, elle s'en fichait. Elle se dirigea vers sa salle commune, James Potter sur ses pas, un sourire amusé sur les lèvres. Ils marchèrent quelques minutes dans le silence, et Ludivine maugréa en se demandant l'intérêt de venir avec elle si c'était pour se taire.

Finalement, le sorcier eut un rire discret, rigolant sous cape, et Ludivine le fusilla du regard.

— Tu es tellement expressive, c'en est comique, dit le sorcier alors que son rire s'accentuait.

— Et toi, tu n'en rates pas une pour te moquer de moi, grinça-t-elle.

— Qui aime bien châtie bien, Hendell, répondit James avec moquerie.

— Oh, alors je me sens si spéciale, dit Ludivine d'une mièvrerie ironique qui accentua de nouveau le rire de James.

— C'est que tu ressens plus d'émotions que je ne le pensais.

— Me prendrais-tu pour un robot ? demanda Ludivine en levant les yeux au ciel.

— Oh tu aurais pu me duper, dit James avec un sourire en coin et un regard moqueur.

— Quel est ton but, Potter ?

Ludivine s'était arrêtée et tournée vers le sorcier qui avait imité son pas. Il la regardait toujours de cet air amusé qui commençait à l'irriter. Ils n'étaient pas inquiets de se faire attraper par un professeur. De toute façon, à cet instant, tout ce qui importait à Ludivine était de comprendre ce sorcier qui lui faisait face en la regardant narquoisement comme s'il savait quelque chose qu'elle ignorait.

— Que veux-tu dire ? demanda-t-il avec un regard qui se voulait innocent.

— Je ne comprends même pas ce que tu fais ici, dit-elle en levant les bras en signe d'incompréhension. La dernière fois que l'on s'est parlé, tu m'as pratiquement craché ton dédain au visage. Du peu de fois où j'ai croisé ton regard, je semble t'exténuer au plus haut point. Alors que tu ne me connais p…

— Je connais de toi ce qu'Albus en dit, la coupa James.

Ludivine referma la bouche, perplexe. Elle n'avait rien à répondre à cela. James passa une main dans ses cheveux, levant son regard vers les portraits avant de le reporter sur elle. Ludivine avait choisi l'endroit où s'arrêter, c'était ici que leurs chemins se séparaient.

— Mon frère risquait gros ce soir-là, expliqua-t-il après un moment de silence, ce match était important.

— Ce sont des choses qui arrivent, répondit-elle.

— Qu'elles arrivent n'est pas le problème, dit James d'un ton moins patient qui ne cachait pas son irritation. Quand on est capitaine, qu'on souhaite évoluer dans le Quidditch professionnel et qu'on joue le premier match de l'année sur un terrain où TOUS les recruteurs viennent chercher leur commission, on ne se fait pas attraper alcoolisé à la mort dans les couloirs après le couvre-feu cinq jours avant.

Ludivine rongea son frein. Elle savait que le sorcier s'énerverait qu'elle ne le prenne pas au sérieux. Elle savait qu'il avait raison, ils avaient été imprudents. Bien sûr, l'entendre de cette façon de la bouche du sorcier - et non de manière agressive comme il l'avait fait quelques jours plus tôt – la poussait à vouloir reconnaître ses torts.

— Je ne t'aurais pas pensé aussi sérieux, Potter, reconnut-elle.

— Et pour quoi me prenais-tu ? sourit James.

— Plutôt pour un champion de Quidditch imprudent, admit Ludivine avec un léger sourire.

— Tu vois ce que je veux bien montrer, Hendell. Tout comme toi, tu montres ce que tu veux que les autres voient.

Ludivine haussa un sourcil, pour montrer son désaccord mais ne répondit rien. James eut un sourire devant sa réaction, se penchant vers elle alors qu'il enfonçait un peu plus ses mains dans ses poches. Il la surplombait de sa taille, effet qui semblait s'accentuer avec son sourire malicieux, et Ludivine ressentit un certain malaise face à cette proximité.

James baladait son regard noisette sur le visage de Ludivine, la détaillant avec attention, et elle ne manqua pas l'éclat d'amusement qui brillait dans les yeux du Gryffondor. Cet éclat adoucissait tellement ses traits qu'elle se surprit à apprécier son expression amicale et attrayante. Elle reconnaissait qu'il était beau, même si elle préférait ignorer l'air de malice qui habitait son sourire.

— Quand on creuse, reprit James dans un souffle qui effleurait le visage de Ludivine, on voit qu'il n'y a pas tant d'indifférence chez toi.

— Tu n'en saurais rien, Potter, se contenta-t-elle de répondre, sentant ses joues rougir.

— Tu as probablement raison.

Le sourire de James s'agrandit. Il constatait probablement l'inconfort de la sorcière. Au bout de quelques secondes durant lesquelles il la fixa intensément, il choisit de reculer, sortant les mains de ses poches pour les lever en signe de rétractation.

— Nous verrons bien, dit James avec son éternel sourire espiègle. Sur ce, je ne te retiens pas plus longtemps, Hendell. Bonne nuit.

Il lui jeta un dernier regard avant de tourner les talons. Ludivine le regarda partir, s'interrogeant un instant sur les intentions du sorcier avant de se diriger elle-même vers sa salle commune. Elle avait donné toute son énergie dans cette journée. L'alcool avait embrumé son cerveau, la danse avait fatigué son corps et les discussions l'avaient éreintée tout entière. Ludivine ne pensait qu'à une chose, aller se coucher.

Elle bloqua de son esprit les informations que Liz avait pu récolter, les secrets que Scorpius ne voulait pas partager, les regards qu'Albus lançait aux sorcières de son entourage, les blagues de Fred Weasley ou encore les remarques ironiques de James Potter.

Elle mit tout cela de côté lorsqu'elle retourna dans son dortoir. Elle n'avait qu'une pensée à l'esprit, celle que cette année ne serait pas de tout repos. Mais cette idée la fit étrangement sourire.