Chapitre 7 – Annonce et réactions

« Chaque jour, nous procédons à la mise hors d'état de nuire d'individus désireux de frapper notre société magique. Nous resserrons davantage les mailles du filet en renforçant nos services pour mettre un terme à ces massacres. » assure le ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt.

Ludivine soupira sans ralentir tandis qu'elle tournait une nouvelle page du journal. Rien de joyeux n'en ressortait malheureusement. Une nouvelle attaque avait eu lieu, cette fois sur le Chemin de Traverse, faisant neuf morts dont un auror. A ce rythme, le Bureau des Aurors finirait vide avant Noël.

Ludivine était inquiète. Depuis le match entre Serpentard et Poufsouffle, qui remontait à deux semaines, trois attaques avaient eu lieu en Grande-Bretagne. Les deux premières avaient pu être parées par les aurors, mais celle de la veille avait été meurtrière.

Sa mère lui avait envoyé l'exemplaire de la Gazette du Sorcier en avant-première, joignant une lettre. Elle était inquiète, tout le monde semblait l'être. De ce que Ludivine en savait, il devenait difficile pour le ministère de la Magie de prévenir ces attaques et leurs interventions sur le terrain étaient bien souvent tardives. Cela venait du fait qu'il n'existait aucun lien entre toutes ces offensives. Qu'il s'agisse du lieu, des victimes, du mode opératoire, ou bien du profil des auteurs, aucun dénominateur commun n'existait et il devenait ainsi impossible de les anticiper, ni de les traquer.

Ce n'était pas la première fois en vingt ans que de tels mouvements tentaient de se créer, que ce soit sur le territoire anglais comme Albus l'entendait souvent de son père, ou à l'international comme Ludivine le savait par sa mère. Cette fois-ci, cependant, le nombre de morts était déjà trop élevé pour une menace non-identifiée.

Ludivine atteignit la Grande Salle déjà remplie d'élèves, ce qui était surprenant à cet horaire. Puis elle se rappela la demande de la directrice d'être présent au petit-déjeuner.

— Tu te laisses aller à des tendances Serdaigle, Scorp ?

Ludivine s'installa à côté du sorcier qui avait la tête plongée dans un livre épais alors que sa main tournait de façon distraite la cuillère de son bol. Interpellé, le sorcier leva la tête, croisant un regard amusé qu'il connaissait très bien.

— J'ai bien peur de te décevoir, dit-il d'un ton malicieux en levant son livre pour en montrer la couverture. Quidditch.

— Ah, s'exclama-t-elle en levant les yeux au ciel, me voilà rassurée !

— N'aie pas l'air si dépitée, dit Scorpius en rigolant.

Ludivine s'abstînt de répondre en se servant une tasse de café. Bien sûr, elle n'était aucunement surprise. Scorpius était peut-être moins mordu qu'Albus, mais il l'était déjà à un degré suffisamment élevé.

— Tu as reçu la Gazette en avance ?

— Par ma mère, répondit Ludivine en lui tendant le journal pour qu'il puisse le lire, nouvelle attaque sur le Chemin de Traverse. Neuf morts.

— Merde, dit Scorpius en parcourant d'un œil rapide les quelques lignes en question, qu'en dit ta mère ?

— Que tout le monde est en alerte. Ton père ?

Scorpius jeta un coup d'œil rapide autour de lui avant de reporter son attention sur elle.

— Que le ministère a raison d'être inquiet, dit-il d'une voix faible, ça ne s'annonce pas bon. Albus doit interroger son père également, mais il dira probablement la même chose.

Ludivine fronça les sourcils. Drago Malefoy travaillait au Bureau des Lois Magiques. Quant à Harry Potter, il était chef du Bureau des Aurors. Aussi étonnant que cela ait pu paraître au monde sorcier qui avait connu ces sorciers, tous deux travaillaient maintenant à faire respecter l'ordre et la loi sorcière. Si le discours au ministère était le même que celui de sa mère à la Coordination, peut-être que la situation échappait réellement à tout contrôle.

— Albus doit interroger son père sur quoi ? demanda une voix qui prit place en s'asseyant nonchalamment à côté de Ludivine, posant sa tête sur son épaule quelques secondes.

— A propos de l'attaque d'hier, répondit Scorpius.

— Est-ce que tu penses que c'est la raison pour laquelle Kingsley est ici ? demanda Albus en relevant la tête pour se servir une tranche de bacon et des haricots blancs.

Ludivine leva si brusquement la tête vers la table des professeurs qu'elle manqua de se bloquer une cervicale. Le ministre Shacklebolt y était en effet assis, en pleine discussion avec la directrice. Ludivine le trouvait magnétisant, d'une prestance qui habillait ses traits neutres mais bienveillants, avec sa robe prune qui s'harmonisait parfaitement avec la couleur foncée de sa peau.

Quelques minutes plus tard, la nourriture disparut des tables et la directrice McGonagall se leva lentement, prenant le temps de lisser sa robe vert émeraude, avant de s'approcher au-devant de l'estrade. L'assemblée d'élèves se tint muette devant sa directrice.

— Mes chers élèves, commença-t-elle, je vous remercie d'être présents, je vois que certains d'entre vous ont eu du mal à se lever mais ont fait l'effort d'être ici. Notre ministre s'est déplacé aujourd'hui pour vous parler et je vous demande la plus grande attention.

Certains élèves s'autorisèrent un petit rire à sa pique, cherchant rapidement les visages fatigués dont elle parlait, mais l'assemblée était entièrement à l'écoute tandis que le ministre s'avançait.

— Bonjour à tous, commença-t-il d'une voix profonde et bienveillante, comme certains d'entre vous doivent déjà le savoir, nous avons fait face à une nouvelle attaque terroriste sur notre territoire. Nous craignons que ce type d'attaque soit amené à se répéter et nous travaillons activement à en trouver la source.

Le ministre Shacklebolt marqua une pause, balayant son regard sur les expressions graves des élèves avant de reprendre.

— Je suis parmi vous aujourd'hui pour vous annoncer une décision inédite au ministère. Nous prenons de nombreuses décisions car ces événements nous rappellent une sombre époque et nous devons à tout prix prévenir que cela n'arrive de nouveau. Parmi ces décisions, nous avons choisi de revoir notre politique de formation et de recrutement d'agents opérationnels, notamment des aurors.

Certains élèves s'agitèrent mais le ministre ignora le léger bruit qui commençait à se former.

— Nous avons décidé, cette année, d'établir un concours pour les étudiants de premier et second cycle. Nous avons réfléchi à plusieurs épreuves afin de pouvoir évaluer les compétences qui nous paraissent essentielles à un bon agent. Ces épreuves seront à relever en binôme, et…

Le ministre se tût en voyant les élèves s'agiter et un brouhaha se former. La directrice se leva, prête à intimer le silence mais le ministre lui fit un signe de la main, lui indiquant qu'il gérait la situation. Ludivine, elle, écoutait attentivement mais son cerveau ne semblait pas comprendre où il voulait en venir.

Il ne dit rien durant une bonne minute, observant les élèves discuter entre eux avec énergie, puis, sans retenir un sourire amusé, il reprit la parole.

— S'il vous plaît, intima-t-il d'un ton impérieux qui fit son effet. Merci. Comme je le disais, des épreuves en binôme. Au terme de ces épreuves, un classement sera établi, garantissant aux meilleurs d'entre vous une place à toute formation qu'ils souhaitent intégrer au ministère sans qu'il ne leur soit demandé de passer un concours.

La directrice McGonagall s'approcha du ministre et posa une main amicale sur son épaule. Ils échangèrent un regard complice d'une amitié vieille de trente ans. Puis elle prit la parole.

— Sachez que ce concours est ouvert à tout sorcier âgé de plus de quinze ans en Grande-Bretagne, vous ne serez donc pas les seuls. Au château, nous avons accepté de l'ouvrir aux élèves de sixième et septième année, ainsi qu'aux élèves de cinquième année sous réserve d'acceptation de leur directeur de maison.

— Merci Minerva, dit le ministre avec un sourire. Nous vous laissons une semaine pour vous décider. A l'issue de cette semaine, vous devrez vous inscrire et nous vous détaillerons le contenu des épreuves.

Le ministre s'interrompit alors que son regard parcourait l'ensemble de la salle. Il avait un léger sourire sur les lèvres, comme s'il s'amusait de cette situation.

— D'ici-là, je vous donne trois mots qui vous aideront à choisir de la façon la plus pertinente votre partenaire : connaissance, puissance, confiance.

Il conclut sur ces mots avec un sourire. Aussitôt, les élèves s'agitèrent, se levant de leur siège, passant d'une table à l'autre pour retrouver d'autres camarades et discuter de l'annonce. Une grande agitation s'était créée dans la Grande Salle.

Ludivine, elle, réfléchissait à toute allure, le regard perdu dans son café. L'annonce du ministre repassait dans sa tête, sans réaliser ce qui avait été dit. Elle comprenait toutefois une chose, c'était une chance inédite.

Comme le lui avait rappelé son directeur de maison, devenir médicomage en terrain d'intervention requérait cinq années d'études, ainsi qu'une accréditation auror en parallèle. Il n'existait qu'une ou deux places par année pour cette accréditation et un nombre disproportionné de candidats. Et être accepté ne voulait pas dire la réussir.

Son regard parcourut rapidement la Grande Salle, observant la cohue que l'annonce avait provoquée. Des binômes commençaient déjà à se former, et ses yeux furent attirés par quelques personnes. Acca qui rigolait d'une voix forte avec Rose. Kilian Finnigan qui avait passé ses mains dans les cheveux et marmonnait quelque chose d'un air alarmé. James Potter qui, comme elle, avait le regard fixé sur le bois de la table, comme s'il réfléchissait à l'impact des mots énoncés par le ministre.

Lorsqu'elle reporta son regard autour d'elle, Albus et Scorpius discutaient calmement, la regardant avec amusement.

— Alors Lud, commença Albus avec un sourire.

— Comment tu prends cette nouvelle ? compléta Scorpius avec la même expression.

— J'en dis, répondit-elle pensivement avant qu'un immense sourire ne s'installe sur ses lèvres, que c'est génial ! C'est même incroyable !

— Tu comptes t'inscrire ? demanda Albus.

— Bien sûr ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire. Vous aussi, n'est-ce pas ?

Albus fit la moue, et Scorpius ne répondit pas tout de suite. Il semblait réfléchir à la question, comme s'il venait tout juste de se la poser.

— J'hésite, répondit-il.

— Je ne pense pas me concernant, répondit Albus. Ça impacterait le Quidditch.

— Ah c'est vrai, reconnut Scorpius en se tournant vers Albus, je n'y avais pas pensé ! Il faudrait qu'o…

— Hé ! s'exclama Ludivine d'une voix contrariée en tapant le plat de sa main sur la table, faisant sursauter les deux sorciers. Vous n'allez quand même pas TOUS LES DEUX refuser de participer à l'événement du siècle juste pour le Quidditch !

Scorpius eut un sourire narquois tandis qu'Albus fronçait les sourcils. Il était habitué à l'entendre se plaindre de leurs discussions, de leur passion à Scorpius et lui pour ce sport, mais il n'appréciait pas qu'elle sous-entende que le Quidditch n'avait pas son importance.

— Lud, commença-t-il sèchement, le Quidditch est aussi important pour mon futur que ce concours peut l'être pour le tien. N'y porte pas de jugement.

— Tu sais bien que ce n'est pas le cas, Al, répondit Ludivine avec douceur tout en levant ses mains en signe d'excuse, pardonne-moi.

— En soi, intervint Scorpius d'un air pensif, je pourrais faire les deux. Ce concours peut être intéressant, et ça me laisserait du choix pour trouver ce que je souhaite faire plus tard.

— Top ! s'exclama Ludivine. On pourrait se mettre en binôme !

Scorpius haussa les sourcils en signe de surprise tandis qu'Albus cachait un rire discret. Il savait très bien ce qui passait dans la tête de son meilleur ami.

— Oh ma Lud, commença Scorpius avec un léger rire qu'il échangea avec Albus, ne le prends pas mal mais je ne me mettrai pas avec toi.

— Pardon ? demanda Ludivine avec surprise.

— Oh non, se reprit-il, ne le prends pas comme ça ! Disons, hésita-t-il, qu'on n'est pas au même niveau d'ambition. Toi, tu voudras gagner.

A côté de lui, Albus était au bord de l'hilarité. Scorpius utilisait beaucoup de précaution pour expliquer ce qu'il pensait à son amie alors qu'Albus estimait qu'il fallait être franc avec la sorcière. Il savait qu'elle comprendrait la position de Scorpius. Elle fusilla d'ailleurs Albus du regard en le voyant prêt à éclater de rire, avant de reporter son attention sur Scorpius.

— Tu peux le dire hein, dit-elle en soupirant, je sais que j'ai un caractère difficile.

Ludivine tenta un sourire et Scorpius en fut attendri. Il ne souhaitait pas la blesser mais ne se voyait pas lui dire autre chose que ce qu'il pensait.

— C'est le cas, dit Scorpius avec un sourire, et je ne t'aurais pas autant aimée autrement. Mais si je m'inscris, c'est sans me prendre la tête. Toi, tu voudras gagner.

Il avait raison. Scorpius ne savait pas ce qu'il comptait faire de son futur. D'ailleurs, il ne cherchait pas particulièrement à le savoir. Il prenait la vie comme elle venait et ne cherchait pas à se restreindre. Il aimait le Quidditch, alors il s'y jetait à corps perdu. Il aimait les Potions, alors il s'y donnait à fond. Mais il ne se restreignait pas à des choix.

Au fond, Ludivine était persuadée qu'il rejetait inconsciemment cet univers lisse et construit dans lequel il avait grandi. Chez les sang-purs, chacun devait savoir quelle était sa place et Scorpius, comme Evelyn, avait grandi dans cette mentalité. Autant Evelyn tentait au maximum de tracer son chemin avec le Quidditch, autant Scorpius tentait de tracer le sien en suivant ses envies au jour le jour.

Mais Ludivine, elle, voulait gagner. Il fallait qu'elle saisisse cette chance.

— Ce n'est pas grave, soupira-t-elle en posant sa tête dans sa main. Et puis, je suppose que ça vaut mieux pour notre amitié.

— Ça, je confirme ! s'exclama Scorpius.

— Et je confirme la confirmation ! s'écria Albus avec un rire.

— C'est juste que, reprit-elle en les ignorant, ça aurait été le plus simple. On s'entend bien et j'ai confiance en tes capacités. Maintenant, je dois trouver un binôme.

— Tu as du choix, dit Albus d'un ton dédramatisant.

— Pour trouver quelqu'un avec qui je m'entends bien et en qui j'ai confiance ? Pas tant que ça.

— C'est vrai, admit Albus en exagérant une grimace. Et en plus, il faudrait que cette personne t'apprécie. Autant te présenter en solo !

Ludivine ne retint pas son expression choquée, lâchant un petit bruit d'indignation, tandis que Scorpius éclatait ouvertement de rire. Elle resta impassible au sourire en coin d'Albus durant quelques secondes puis attrapa sa baguette qu'elle lui jeta au visage.

Albus éclata également de rire tout en évitant le projectile qu'il attrapa de sa main avant de le rendre à son amie. Il était fier de sa blague.

— Tu n'es qu'un idiot, Albus Severus Potter.

— Oui mais tu m'adores.

— Et moi qui pensais te révéler ce que j'ai appris sur la stratégie de Serdaigle hier soir avec les filles, soupira Ludivine d'un ton faussement blasé.

A ces mots, le rire d'Albus et Scorpius mourut aussitôt et ils lui jetèrent un regard effaré. C'était au tour de Ludivine de jubiler en les voyant mordre à l'hameçon. Oh, elle se vengerait de leurs moqueries.

— Qu'as-tu dit ?

— On a très bien entendu, Scorp ! s'irrita Albus. Dis-nous tout !

— A qui ? demanda Ludivine avec un faux air curieux alors qu'elle se levait pour aller en cours. Mon meilleur ami qui ne veut pas se mettre en équipe avec moi ou l'autre qui se moque de moi ?

— LUDIVINE ELYANA HENDELL ! s'exclama Albus suffisamment fort pour que les élèves autour d'eux se tournent vers lui. Ramène tes fesses ici TOUT DE SUITE !


— Dis-moi Lud, pourquoi Potter te fixe de cette façon ?

Ludivine ne cacha pas son sourire sans prendre le temps de se retourner tandis qu'Acca fixait Albus du coin de l'œil tout en poudrant de l'épine de porc-épic pour la potion.

— Ignore-le, sourit-elle, il est en colère parce que je lui ai dit que j'avais des informations sur la stratégie de Serdaigle.

— Comment tu as récupéré ces informations ? demanda Acca avec surprise.

— D'aucune façon, c'était une blague pour me venger.

— Vraiment ? Tu aimes jouer avec le feu.

Ludivine ricana en remuant la potion. Sa blague n'avait pas duré longtemps, parce qu'Albus et Scorpius avaient passé la matinée à l'interroger sur ce qu'elle savait, ce qui leur avait notamment valu de se faire réprimander par le professeur Sven durant le cours de Défenses, déjà que ce dernier ne les appréciait pas particulièrement ! Albus avait cependant mal pris sa blague, marmonnant qu'on ne rigolait pas avec le Quidditch, mais elle ne s'inquiétait pas, son ami digérerait rapidement sa plaisanterie.

— Tu t'inscris au concours ? demanda-t-elle, bien qu'elle connaisse déjà la réponse.

— Bien sûr ! s'exclama Acca. C'est dans les gènes pour toi comme pour moi, je n'ai même pas besoin de te poser la question ! Je dois juste trouver un binôme encore.

En effet, Acca n'avait pas besoin de poser la question. L'une comme l'autre aimait relever les défis. Acca et Ludivine avaient toujours été particulièrement proches. Elles n'avaient aucun souvenir où elles n'étaient pas amies, et avaient toujours partagé un lien que personne ne pouvait comprendre.

Les missions à l'étranger, l'attente des cartes postales, les semaines sans nouvelles, les blessures légères comme graves. Il n'y avait que Acca dans ce monde qui connaissait mais surtout comprenait la peine qu'était l'histoire familiale de Ludivine. Elles avaient toujours vu leurs parents se battre et elles avaient toujours pensé que c'était la marche naturelle à suivre.

— Tu as des idées pour ton binôme ? demanda Ludivine.

— Je n'y ai pas encore réfléchi, dit Acca. Je vais attendre quelques jours que les plus motivés trouvent leur binôme et je verrai ensuite.

— Tu ne te considères pas motivée ? demanda Ludivine avec un sourire taquin.

— Motivée pour relever le défi mais pas particulièrement pour gagner ! Je ne veux pas me prendre la tête alors autant trouver quelqu'un qui est aussi dans cette mentalité.

Ludivine ne répondit pas mais elle ne retint pas son sourire. Les mots d'Acca lui rappelaient ceux de Scorpius. Elle pouvait comprendre d'où venait cette vision. Ni Scorpius, ni Acca ne savait particulièrement ce qu'ils prévoyaient de faire après leurs études, rejetant tous les deux le chemin qu'on a pu leur tracer. Le ministère était une possibilité mais n'était pas une fin en soi. Et ils aimaient le défi.

— On croirait entendre Scorp, dit-elle en se retournant pour jeter un œil à ses amis qui murmuraient des choses en remuant leur potion. Il refuse de se mettre avec moi parce qu'il ne veut pas se prendre la tête.

— Aucune surprise, sourit Acca.

— Vraiment ? demanda Ludivine sans cacher la sienne.

— Bien sûr, répondit Acca avec le même sourire, tu es exigeante, Lud. Moi, je n'aurais aucun souci à me mettre avec toi pour ce concours, mais je ne pense pas remplir ton niveau d'exigence.

— Je ne suis pas aussi obsédée par la victoire ! s'exclama Ludivine.

— Tu parles ! se moqua Acca. Moi, j'aimerais bien que tu gagnes, affirma-t-elle tandis que Ludivine l'interrogeait du regard. Tu es une battante, Lud, et tu sais ce que tu veux faire. Ce concours est une belle opportunité pour toi, bien plus que ça ne peut l'être pour Malefoy ou moi. Alors trouve un binôme qui partage cette vision.

Ludivine se contenta de soupirer. La seule conclusion à laquelle elle arrivait était qu'elle ne trouverait jamais de binôme.


Ludivine se dirigea vers la salle de Sortilèges à reculons. Elle se réjouissait de voir Liz et elle adorait ce cours. Non, sa réticence venait plutôt de ses voisins de derrière, avec qui elle ne savait plus vraiment comment se comporter.

Depuis la victoire de Serpentard, Fred Weasley n'avait cessé de l'interpeller aux tournants de couloirs ou durant leur cours commun. Il semblait avoir décidé qu'ils étaient devenus suffisamment proches pour rigoler ensemble, ce que Ludivine n'était pas sûre de vouloir.

A vrai dire, la familiarité du sorcier ne la dérangeait pas tant que ça. Il se dégageait de lui une telle authenticité que, malgré ses côtés irritants, elle sentait une certaine aise à interagir avec lui.

Elle ne pouvait pas en dire autant de son acolyte. James Potter avait fait un bout de chemin avec elle, avait discuté avec elle et lui avait souri. Et il semblait s'être fait un avis car il n'avait pas interagi avec elle depuis. Elle avait plusieurs fois croisé son regard qui semblait la défier avec toujours ce même sourire en coin, mais ça n'était pas allé plus loin.

Ludivine n'avait jamais cherché à l'aborder non plus. Elle n'était définitivement pas connue pour aller vers les autres. Dans le fond, cette situation la rassurait. Elle n'aimait pas cette incertitude qui était née de cet intérêt soudain - tout du moins, ce qui avait semblé s'y apparenter - à sa personne.

— Pourquoi si concentrée, Ludivine ?

Liz s'installa à côté d'elle avant de lui tendre un paquet, son jeu de Bavboules.

— Tiens, reprit-elle, tu l'as oublié hier.

— Merci, mais tu aurais mieux fait de le donner à Acca. Cette fille est tellement forte, je ne comprends pas qu'elle ne dirige pas le club de Poudlard.

— Je ne crois pas que ce soit l'image qu'elle veut avoir, dit Liz avec un rire doux.

Ludivine cacha son sourire. En effet, les Bavboules n'étaient pas populaires et Acca n'aurait définitivement jamais crié sur tous les toits son don pour ce jeu.

— Walsh ! Hendell ! s'exclama une voix enjouée.

Ludivine leva les yeux au ciel, faisant rire Liz alors que Fred arborait un sourire amusé.

— Fais toutes les têtes que tu veux, Hendell, mais je sais que tu m'apprécies.

— Je pense aussi, dit Liz d'un ton complice en faisant un clin d'œil au sorcier qui s'asseyait derrière elles.

Liz, contrairement à Ludivine, semblait avoir acquis une certaine aisance avec le sorcier. Elle riait ouvertement à ses blagues et s'autorisait même parfois à être charmeuse avec lui, ce à quoi il mordait sur le champ à chaque fois.

De ce que Acca et Liz lui avaient raconté, le Gryffondor était resté un long moment avec elles lors de la soirée et, après quelques discussions banales, les avait longuement interrogées sur leur vie. Il s'était intéressé à elles, étayant sur son vécu de la même façon.

Durant les cours de Sortilèges, l'attention de Fred était souvent portée sur Liz, tentant de la distraire et d'attirer son attention. Il se lassait rarement, même lorsque Liz l'ignorait.

— Dis-moi Walsh, as-tu trouvé un binôme pour le concours ?

— Je n'ai pas encore décidé de ce que je comptais faire.

A ces mots, Ludivine se tourna vers les deux sorciers.

— Il faut t'inscrire, Walsh ! s'exclama Fred avec entrain. C'est l'événement de l'année.

— Mes cours me prennent beaucoup de temps, se contenta-t-elle de répondre.

— Justement, renchérit Fred qui ne perdait pas son dynamisme malgré les réticences de la sorcière, ce concours te permettrait de ne plus te préoccuper de tes notes.

— Mais je ne gagnerai pas, répondit Liz avec douceur.

— Sauf si tu te mets avec moi ! argumenta Fred avec un grand sourire.

Ni Liz, ni Ludivine ne cachèrent leur surprise face à cette proposition. Même James, concentré sur son livre, avait relevé la tête avec surprise.

— Tu es sérieux, mec ?

Ludivine fronça les sourcils. Elle commençait à se demander si le Gryffondor n'était pas sérieusement intéressé par son amie. Choisir un partenaire dans un tel concours ne se faisait pas à la légère. Il fallait prendre le temps d'y réfléchir, choisir quelqu'un que l'on connaissait mais avant tout, avec qui on était sûr de bien s'entendre. Elle n'était pas sûre que Fred Weasley réponde à ces critères.

A côté d'elle, Liz semblait se dire la même chose.

— Je ne pense pas, Weasley, se contenta-t-elle de répondre d'un ton neutre en se tournant vers son bureau.

Le métis allait insister, refusant de se laisser démonter aussi facilement, et Ludivine tenta de soulager son amie en détournant la discussion.

— Vous ne vous mettez pas ensemble ? demanda-t-elle en pointant James du menton qui levait le regard vers elle avec un rictus.

— Tu rigoles, caqueta Fred, hors de question que je me mette avec ce dément de la baguette. D'un, j'ai prévu de m'amuser durant ce concours, ce qui ne sera pas le cas avec lui vu qu'il voudra gagner. De deux, je tiens trop à notre amitié - et notre lien familial - pour qu'on finisse par s'entretuer avec son caractère d'Hippogriffe.

Ludivine ne cacha pas sa surprise, portant son regard sur James qui la fixait avec un sourire amusé, levant les mains en signe d'innocence. Elle allait réagir, mais le professeur Flitwick entra dans la pièce, l'incitant à refaire face à son bureau. A côté d'elle, Liz souriait en ouvrant son livre.

— Concernée par ce qu'il a dit ? demanda-t-elle d'un ton amusé.

— Oh tais-toi, chuchota Ludivine avec un sourire.

Elle avait bien compris de quoi Liz parlait, et elle dût reconnaître que les propos du Gryffondor l'avaient perturbée, principalement parce que Scorpius avait dit la même chose à son propos. Mais elle refusait de croire qu'elle pouvait avoir quelconque point commun avec James Potter.

Liz reçut un morceau de papier et retint un soupir. Elle jeta un regard à Ludivine avant de l'ouvrir et de le poser à plat sur la table pour qu'elles puissent toutes les deux lire ce qui y était annoté.

« Mets-toi avec moi, Walsh. On s'amurera bien, tu peux me faire confiance. ».

Ludivine arqua un sourcil. Elle était à deux doigts de se retourner pour lui intimer de ne pas jouer sur les sous-entendus, mais à côté d'elle, Liz ne semblait pas faire attention à cela. Elle était en pleine réflexion, et finalement se retourna discrètement.

— Réponds à une question, intima-t-elle d'une voix faible.

— Je t'écoute.

— Proposerais-tu à Ludivine de se mettre avec toi ?

— Oh que non, sourit Fred alors que la concernée se retournait pour le fusiller du regard, elle est de la même trempe que James.

Liz se retourna avec un sourire. De la description qu'il avait donnée de James Potter un peu plus tôt, Liz n'avait aucun doute que son amie avait le même caractère.

— Je suppose, intervint Ludivine auprès de Liz dans un chuchotement, que tu n'envisages pas de te mettre avec moi.

— Qu'est-ce que tu racontes ? dit Liz avec un sourire doux. Si toi tu l'envisages, ce serait avec plaisir. J'aurais pensé que tu te mettrais avec Potter ou Malefoy.

— Albus ne participe pas, et Scorpius refuse de se mettre avec moi.

Liz ne retint pas un rire discret. Elle n'était pas surprise. Scorpius Malefoy n'était pas du genre à vouloir se prendre la tête - pour autre chose que du Quidditch a priori. L'ambition et les attentes de Ludivine pouvaient être réceptionnées comme une sorte de pression. Liz, elle, voyait cette ambition comme un moteur, motivant son amie à toujours se surpasser.

— On en reparle, conclut Ludivine avec un sourire.


« Ma chérie, as-tu vu les nouvelles ? Au ministère, tout le monde est en alerte. La Coordination a été mobilisée pour enquêter sur ce mouvement, et je crains bien qu'il ne faille prendre très au sérieux cette menace. Même si les attaques sont décorrélées les unes des autres, elles nous paraissent parfaitement organisées. Fais attention à toi.

Rachel et moi avons choisi de suivre une piste en Amérique du Nord, mais nous reviendrons rapidement pour nous pencher sur les attaques en Grande-Bretagne. N'attends rien de moi durant ces prochaines semaines, mais reste à l'affût de ce que tu pourrais recevoir. Prends soin de toi, ma fille. Je t'aime. »

Ludivine soupira en relisant la lettre de sa mère. La Coordination des Mondes avait été sollicitée par le ministère pour travailler avec le Bureau des Aurors pour identifier ces menaces et infiltrer les réseaux identifiés comme prenant part aux mouvements. Les infiltrations n'étaient pas du ressort des aurors mais des agents de la Coordination. Du ressort de sa mère et de Rachel, la mère d'Acca.

La lettre s'enflamma et les mots écrits en français disparurent. Assise dans le parc, Ludivine soupira en se mettant à observer plusieurs groupes d'élèves profiter des dernières heures de l'après-midi.

— Que tu m'as l'air seule !

Ludivine n'eut pas besoin de lever la tête pour reconnaître la voix d'Evelyn qui s'affalait sur l'herbe en soupirant.

— Laisse-moi deviner, sourit Evelyn, tu réfléchissais au concours ?

— Trop facile, répondit Ludivine.

— Liz m'a dit que tu cherchais toujours un binôme.

— A ce stade, dit Ludivine avec un rire, j'hésite à m'allonger dans l'herbe et attendre qu'il vienne à moi !

Evelyn rigola, s'asseyant en posant ses avant-bras sur ses genoux.

— Tu as encore du temps pour en trouver un, la rassura-t-elle.

— Tu ne t'inscris pas, toi ? demanda Ludivine.

— Et non, répondit Evelyn en secouant la tête de gauche à droite, mes priorités sont autres.

— Vous et votre foutu Quidditch, marmonna Ludivine avec véhémence, provoquant un rire chez Evelyn.

— Je ne comprendrai jamais d'où te vient cette aversion.

— Peut-être qu'un jour, je t'expliquerai, répondit Ludivine avec un sourire mystérieux.

Evelyn rigola de nouveau et Ludivine se réjouit de la faire rire. Evelyn semblait avoir lâché du lest concernant le regard des autres, elle qui n'avait que très rarement été expansive autre part qu'en privé. C'était finalement bien un soulagement que sa sœur aînée ait quitté le château.

— Du coup, reprit Ludivine en changeant de sujet, tu as confirmé à Nott pour Pré-au-Lard ?

— Il veut m'emmener au Sureau, soupira Evelyn en hochant la tête.

— Et bien ! s'exclama Ludivine, impressionnée. Il ne fait pas les choses à moitié.

Le Sureau était un restaurant prisé de Pré-au-Lard qui attirait de nombreux sorciers de Grande-Bretagne jusqu'au village. Ethan Nott, qui avait invité Evelyn à déjeuner, lui signifiait qu'il voulait prendre le temps de la connaître.

— Tu sais, reprit Evelyn, je n'ai pas l'impression que cette situation le dérange.

— Comment ça ?

— Il m'a l'air de bien prendre la nouvelle, expliqua Evelyn. Je suis restée distante les peu de fois où on a échangé mais lui est toujours resté très calme. Il n'a pas l'air mécontent.

— Peut-être, commença Ludivine en réfléchissant, qu'il s'était préparé depuis longtemps à cet arrangement, là où toi tu pensais secrètement que ça n'arriverait jamais. Et puis, il doit se dire qu'il n'est pas mal tombé, finit-elle avec un sourire qu'Evelyn lui rendit.

— J'espère, souffla Evelyn. J'espère qu'il me laissera mes libertés, qu'il ne m'enlèvera pas le Quidditch.

— A toi de te battre pour ça, Evy.

Les deux sorcières échangèrent un regard complice, chaleureux. Le mariage aurait lieu après les études d'Evelyn, Nott quittant Poudlard à la fin de l'année, et tout semblait se concrétiser. En quelques semaines, tout avait changé pour Evelyn.

Elle faisait tout pour ne pas montrer que cette situation l'atteignait, mais elle ne pouvait rien cacher à ses amies. Ludivine sentait qu'une part d'elle souhaitait continuer à se battre, même si elle semblait se résigner. Au fond d'elle, Ludivine espérait néanmoins qu'Evelyn finisse par tout plaquer.

— En tout cas, reprit-elle, si tu souhaites participer au concours, je serais ravie de me mettre avec toi !

Evelyn eut un rire doux. Elle n'aurait pas été contre l'idée de participer mais elle n'y voyait pas l'intérêt. Ceux qui s'inscrivaient visaient une place au ministère, ou pour l'adrénaline du défi. Evelyn, elle, comptait percer dans le Quidditch et se surpassait tous les jours sur le terrain. Elle n'avait pas besoin de ce concours.

— Au risque de me prendre un regard meurtrier, ce concours ne m'intéresse pas.

— Tu es vraiment comme Albus, soupira Ludivine. Je ne trouverai jamais un binôme qui me convient.

— Je suis sûre que si, sourit Evelyn.

— Tout le monde dit que j'ai un caractère difficile.

— Ce qui n'est pas faux, comme chacune d'entre nous. Sauf Liz, rajouta Evelyn après réflexion.

— Je me demande si je devrais autant me prendre la tête, soupira Ludivine.

— C'est-à-dire ?

— Et bien, expliqua Ludivine, je me dis que n'importe quel binôme ferait l'affaire. Qu'en penses-tu ?

— Je pense, répondit Evelyn avec un sourire, que tu participes pour gagner. Alors trouve un partenaire qui est dans cette même mentalité.

Ludivine soupira en se laissant tomber dans l'herbe, les bras ouverts.

— C'est ce que tout le monde me dit, geignit-elle.

— Tous ceux qui te connaissent, dit Evelyn avec un sourire. Tu sais, les sorciers dans ce château qui savent ce qu'ils veulent faire de leur avenir sont rares. C'est ton cas, alors sois exigeante. Personne n'en attend moins de toi.

Evelyn se leva, époussetant sa jupe tout en attrapant son sac.

— Je dois aller en cours de Soins aux Créatures, mais réfléchis à ce que je t'ai dit.

— Oh ne t'inquiète pas, je n'ai rien d'autre en tête.

Evelyn lui fit un dernier sourire avant de s'éloigner. Ludivine resta une bonne heure dans la même position, observant les nuages qui défilaient à une rapidité impressionnante, puis décida qu'il était temps pour elle de rentrer.

Elle attrapa son sac et se mit en marche d'un pas rapide. L'air s'était rafraîchi et l'heure du dîner approchait. Le soleil continuait de se coucher de plus en plus tôt au fil des jours, l'automne se faisait sentir.

— Hendell !

Ludivine hésita à accélérer le pas mais s'en dissuada. Il fallait qu'elle apprenne à être moins réfractaire au contact des autres. Alors elle ralentit pour s'approcher d'un arbre imposant sous lequel Fred Weasley, James Potter et William Milton étaient confortablement installés.

Fred lui fit un grand sourire tout en ouvrant ses bras en signe d'accueil.

— J'ai failli croire que tu ne t'arrêterais pas, dit Fred.

— J'ai hésité, répondit-elle avec un petit sourire tandis que William Milton, allongé dans l'herbe, les jambes croisées, la dévisageait d'un regard amusé.

Le sourire de Fred s'élargit. A côté de lui, James était appuyé contre le tronc de l'arbre, les avant-bras sur ses genoux, et avait ouvert les yeux pour la regarder. Ludivine sentit une montée d'inconfort sous les regards observateurs des trois Gryffondor.

— Hendell, reprit Fred d'un ton déterminé, il faut que tu convainques Walsh de se mettre avec moi pour le concours.

— Et pourquoi ferais-je ça ?

— Parce que tu sais que je serai un bon binôme pour elle.

— A vrai dire, non, Weasley, dit-elle sur un ton rude, je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est que tu t'es mis mon amie dans le viseur et que tu es étrangement insistant.

Un silence s'installa, durant lequel les trois sorciers l'observèrent, d'un œil amusé pour James, soupçonneux pour William et surpris pour Fred. Ludivine regrettait presque sa dureté.

— Je retire ce que j'ai dit tout à l'heure, se contenta de répondre Fred alors qu'un sourire se formait sur ses lèvres, tu es même pire que James niveau caractère !

Ludivine ne cacha pas sa surprise. Il semblait impossible de miner le moral du sorcier et Ludivine fut impressionnée par son caractère résilient.

— D'ailleurs, Hendell, dit William Milton en s'adressant à elle pour la première fois depuis le début de sa scolarité, tu as un binôme pour le concours ?

Ludivine hocha la tête négativement, ce qui fit rire Fred tandis que James esquissait un sourire discret.

— Est-ce que c'est toi ou les autres qui n'ont pas voulu se mettre avec toi ? demanda Fred avec espièglerie.

— Un peu des deux, se contenta-t-elle de répondre.

— Comme James ! s'exclama Fred, faisant réagir le brun qui le fusilla du regard. Les rares personnes avec qui il voulait se mettre ont refusé.

— J'ai eu des propositions, se défendit James d'un ton neutre.

— Pas beaucoup de propositions sérieuses, argumenta William d'un ton moqueur.

— Je te ferais dire que j'ai refusé la tienne, Milton.

— Tu crains simplement que je te fasse de l'ombre.

James ne répondit pas, se contentant d'un sourire malicieux tandis qu'il rappuyait sa tête contre le tronc et fermait les yeux. Ludivine ne cachait plus son sourire.

— Et bien, commença-t-elle, j'ai moins de monde au balcon mais j'en suis au même point.

— Rejetée de tes pairs ? sourit Fred.

— Exactement, dit-elle avec le même sourire. Mes deux meilleurs potes sont des mauviettes.

Fred et William lâchèrent un rire, accentuant le sourire de Ludivine. Quant à James, il rouvrit les yeux, posant sur elle un regard espiègle. Il avait esquissé un sourire, montrant plus de retenue que ses amis, mais elle voyait bien qu'il était amusé.

— Je n'aurais pas mieux dit de mon cousin ! approuva Fred avec un hochement de tête.

— En y pensant, reprit Ludivine avec malice, peut-être que je vais proposer à Liz de se mettre avec moi.

Le rire de Fred se coupa net, contrairement à celui de William qui redoubla. Le métis la dévisagea d'un air outré qui la fit rire.

— Tu n'oserais pas ! s'offusqua-t-il.

— Je rigole, Weasley, le rassura Ludivine, mais je ne compte pas t'aider à la convaincre. Débrouille-toi pour lui montrer que tu en vaux la peine.

Le sourire revint sur les lèvres de Fred tandis qu'il hochait la tête.

— Tu te dirigeais vers la Grande Salle ? demanda-t-il.

— On va te suivre, dit William en se levant de l'herbe, on a faim.

James regarda les deux sorciers avec surprise. Il ne semblait pas avoir prévu de changer de position si tôt. Voyant qu'il ne bougeait pas, Fred lui fit un regard appuyé et James soupira, se levant avec une moue.

— Fred commence à un peu trop t'apprécier à mon goût, dit James à Ludivine tandis que le concerné et William se dirigeaient vers le château.

— Te lever était un trop gros effort, Potter ? demanda Ludivine avec ironie.

— Plus que tu ne le crois, répondit James avec un sourire en coin.

Ludivine ne retint pas un petit sourire en retour mais choisit de montrer son agacement en levant les yeux au ciel. L'ironie était clairement l'arme phare du sorcier, qui semblait la dégainer à chaque échange avec elle.

— C'est toujours un plaisir de te parler, Potter, railla-t-elle.

— Tu prévois de gagner, Hendell ? demanda James qui changea de sujet sur un ton abrupt.

Ludivine jeta un œil au sorcier qui marchait à côté d'elle, le regard sur Fred et William qui étaient concentrés sur un désaccord.

— Oui, répondit-elle dans un souffle, je participe pour gagner.

— Moi aussi, dit le sorcier fermement, je participe pour gagner.

Ils atteignaient la Grande Salle lorsque Ludivine s'arrêta de marcher, regardant le sorcier dans les yeux. Elle ne cacha pas son interrogation tandis qu'il rentrait ses mains dans ses poches en posant son regard sur elle.

— Qu'essaies-tu de me dire ? demanda Ludivine d'un ton calme.

— Que tu ferais bien de choisir ton partenaire avec attention, répondit James dans un sourire énigmatique, parce que tu auras un adversaire redoutable durant le concours.

Ludivine scruta le regard noisette du sorcier et y lut de la férocité tandis que son sourire était moins rieur. Elle ne cacha pas sa surprise face à son changement radical mais n'eut pas le temps de lui répondre qu'il avait déjà tourné les talons, rejoignant William et Fred qui l'attendaient, ce dernier faisant un signe de la main à la sorcière.

Ludivine resta interdite quelques secondes, légèrement abasourdie. Pourquoi le sorcier avait-il montré une si soudaine agressivité ? Elle fronça les sourcils avant de choisir d'oublier ce qui venait de se passer, elle n'avait pas de temps à perdre. James Potter était un idiot.


Lorsqu'elle atteignit la table de Serpentard, la vue d'Albus et Scorpius qui discutaient avec animation la fit sourire. Elle n'avait aucun doute qu'ils parlaient de Quidditch. Lorsqu'ils la virent arriver, ils l'accueillirent avec un sourire qui lui fit aussitôt oublier sa discussion précédente.

— Alors, demanda Albus, tu as trouvé un binôme ?

— Nope, dit-elle avec nonchalance, je commence à hésiter à me présenter seule.

— Ne me dis pas qu'aucune des filles n'a souhaité se mettre avec toi ? demanda Scorpius avec surprise.

— Et bien, Evelyn ne participe pas. Comme toi, Al, elle préfère prioriser le jeu. Acca est plutôt dans le même état d'esprit que toi, Scorp. Il reste Liz mais Weasley semble vraiment vouloir se mettre avec elle.

— Weasley ? répéta Albus avec surprise. Lequel ?

— Fred.

Albus fronça les sourcils. Il se demandait bien ce que son cousin voulait à Liz Walsh, connue pour sa discrétion et sa rigueur en classe. Elle n'était clairement pas le profil auquel Fred portait habituellement attention.

— Ça ne te dérange pas ? s'enquit-il d'un ton détaché.

— Devrais-je me méfier de lui ? demanda Ludivine avec méfiance.

— Pas particulièrement, répondit Albus en haussant les épaules. Fred peut avoir l'attachement léger, mais il ne ferait jamais de mal à quelqu'un volontairement.

— Dans ce cas, répondit Ludivine en s'adoucissant légèrement, je peux te dire que Liz est une grande fille.

Albus hocha la tête sans vraiment défroncer les sourcils. Plongé dans ses pensées, il se tourna vers la table de Gryffondor, observant son cousin et son frère quelques secondes avant de se tourner de nouveau vers Ludivine.

— En tout cas, commença Scorpius, tu ferais bien de te dépêcher de trouver quelqu'un.

— Je sais bien, cingla-t-elle alors que Scorpius esquissait un sourire, j'ai encore une semaine !

— Scorp a raison, dit Albus en posant sa tête dans sa main d'un air amusé, à ce stade, tu vas finir toute seule pour le tournoi.

— Est-ce que votre but est de me rappeler que peu de gens m'apprécient et que même mes meilleurs amis trouvent que j'ai un caractère trop difficile pour se mettre avec moi ?

Scorpius ne retint pas son rire face à l'air mi-blasé, mi-énervé de Ludivine tandis qu'Albus se contentait de sourire. Ils adoraient l'embêter, mais ils savaient également qu'ils jouaient sur une pente dangereuse depuis ce matin.

— Je ne vois pas le mal à ça, répondit Albus.

— Je peux le voir à certains endroits, marmonna Ludivine.

— Écoute, reprit Albus avec sérieux, Scorpius et moi, on t'embête. Je sais que ce n'est pas un tournoi comme celui auquel mon père a participé. Les épreuves ne seront certainement pas aussi dangereuses pour un recrutement du ministère mais ça ne veut pas dire qu'il faut les sous-estimer.

— Il a raison, continua Scorpius qui savait où son ami voulait en venir. Ce concours sera éprouvant et il faut quelqu'un en qui tu auras confiance.

— C'est comme un match de Quidditch, dit Albus qui ne se laissa pas démonter lorsque Ludivine commença à grommeler. Je n'ai jamais eu peur sur un terrain parce que je savais que Scorpius réceptionnerait les lancers de l'adversaire et, quand tu jouais, que tu attraperais le Vif au plus tôt. Et si ce n'est pas le cas, je savais que vous auriez tout donné. J'ai cette confiance absolue. C'est de ça dont tu as besoin dans ce concours.

— Et c'est pour ça que je ne me mets pas avec toi, compléta Scorpius avec un sourire. Parce que c'est ce que tu vas donner et je ne peux pas m'engager à faire de même. Parce que ça ne me prend pas assez à cœur. Pour moi, c'est déjà une confiance bafouée.

Ludivine soupira. Elle ne savait pas si elle appréciait tant que ça lorsque ses deux amis devenaient aussi sérieux. C'était comme une alerte dans son cerveau que le sujet était suffisamment important et qu'il fallait qu'elle en prenne la mesure.

— Liz est un bon choix, reprit Albus pour la rassurer. Je ne sais pas si je peux affirmer la même chose pour Rockwood, mais je ne l'exclurais pas non plus.

— Je pense que tu pourrais également convaincre Lowell, renchérit Scorpius.

— Sinon, dit Albus comme si une idée venait d'émerger, tu peux voir avec ma famille !

Ludivine et Scorpius posèrent un regard surpris sur Albus.

— Tu penses à qui ? demanda Scorpius.

— J'hésite, hésita Albus, à Rose ou Lily mais je ne sais pas si elles s'inscrivent et si elles ont un binôme. J'aurais bien dit James, ajouta-t-il avec amusement, mais je ne voudrais pas le retrouver mort.

— Plutôt crever, murmura Ludivine.

Ce fut au tour d'Albus de la regarder avec surprise, et Ludivine sentit le besoin de se justifier en lui relatant l'échange qu'elle avait eu un peu plus tôt.

— Et depuis quand tu échanges avec mon frère ? demanda Albus quand elle eut fini.

— Depuis que ton cousin me harcèle pour que je le rencarde avec ma copine et que ton frère est tout le temps avec lui.

Albus fronça les sourcils, silencieux. Puis il reporta son attention sur Ludivine qui se sentit rougir sous son regard inquisiteur.

— James peut être irascible quand il le souhaite, expliqua Albus pour justifier le comportement de son frère. Il veut à tout prix devenir auror. Tu as dû le voir mais parfois, il prend les choses trop à cœur.

Ludivine haussa les épaules. Elle n'avait pas du tout apprécié le ton sur lequel le sorcier lui avait parlé, ce qui le rendait encore plus difficile à cerner. Elle avait un mot d'ordre pour ce genre de personnes : en rester loin.

— Vous feriez une bonne équipe tous les deux, intervint Scorpius d'un air pensif.

— Mais bien sûr, répondit Ludivine avec ironie, on s'entend si bien lui et moi.

— Tu ne penses pas, Al ? demanda Scorpius en se tournant vers Albus, balayant la réponse de Ludivine de la main.

— Étonnamment, répondit le sorcier qui n'avait toujours pas défroncé les sourcils, je crois que tu as raison.

— N'est-ce pas ! s'exclama Scorpius sans se rendre compte de l'expression du brun. Vous détruiriez le château lors de vos disputes mais vous pourriez gagner !

Cette fois, ce fut à Ludivine de balayer leurs réflexions du regard.

— J'irai voir Acca demain, se contenta-t-elle de répondre.

Albus resta pensif quelques secondes puis finit par sourire. Il savait qu'ils n'aidaient pas la sorcière à faire son choix, qui d'ailleurs était restreint. Mais il espérait que son choix serait aussi intransigeant qu'elle pouvait l'être. Albus voulait que Ludivine gagne. De toutes les personnes qu'il connaissait, elle le méritait. Elle et son frère, reconnut-il, parce que James donnait également tout ce qu'il avait pour atteindre ses rêves.

— Allez viens, dit Albus en se levant, on va aller se balader dans le parc.

— J'en reviens, répondit Ludivine.

— Oui mais tu n'étais pas avec nous, renchérit Scorpius en se levant, l'expérience en est bien meilleure.

Ludivine jaugea les deux sorciers du regard. Ils ne semblaient pas prêts à accepter quelconque refus et en effet, prendre l'air pourrait lui faire du bien. Alors elle se leva, les suivant hors du château jusqu'au parc où la nuit commençait à tomber.

Elle les suivait d'un pas mécanique, plongée dans ses pensées. Elle réfléchissait à toutes les discussions qu'elle avait eues dans la journée. Elle avait beaucoup de mal à discerner ce qu'elle voulait et ce qu'elle pouvait viser.

Albus et Scorpius lui avaient dit de choisir un binôme en lequel elle avait confiance et qui se donnerait totalement dans les épreuves. C'était également ce que lui avait conseillé Acca, tandis qu'Evelyn lui avait dit d'être exigeante. Et tout ce que Ludivine se disait, c'était qu'elle ne trouverait jamais ce binôme.

Il fallait qu'elle réévalue les possibilités. Elle irait voir Acca dès demain et discuterait également avec Liz. Elle n'excluait pas non plus Rose, avec qui elle s'entendait bien, mais il fallait qu'elle prenne le temps d'y réfléchir. L'esprit de Ludivine se porta à nouveau sur James Potter, mais elle balaya ces pensées. Même si Ludivine avait pu envisager un millième de seconde de se mettre avec lui, le ton qu'il avait eu avec elle avait fini de tuer cette possibilité.

Les deux sorciers respectèrent son silence, se lançant dans une discussion sur le Quidditch, mais au bout d'un quart d'heure, ils l'inclure de force en discutant de l'actualité. Ils marchèrent durant une longue heure jusqu'à l'approche du couvre-feu, et Ludivine s'ouvrit progressivement à la discussion. Albus et Scorpius n'eurent aucune difficulté à lui changer les idées. Avec eux près d'elle, Ludivine se sentait apaisée, rassurée de ce que l'avenir lui offrait.