Chapitre 8 — Festive et décisive
— Perdu, Hendell !
Scorpius se leva avec spontanéité, tapant dans ses mains de satisfaction avec un sourire vainqueur. Il venait de gagner une nouvelle partie et n'hésitait pas à exagérer sa joie, sachant pertinemment que ça irritait d'autant plus Ludivine et Albus qui n'aimaient pas plus perdre que lui.
Les deux sorciers avaient d'ailleurs le visage plein de suie et le fusillaient du regard. Leur expression renforçait bien évidemment celle de Scorpius qui les nargua un peu plus d'un sourire amical.
— Quel enfoiré, soupira Albus.
— Pourquoi tu n'as jamais aucune carte qui t'explose à la tête, Malefoy ! siffla Ludivine d'un ton colérique.
— Rien ni personne, pas même un jeu de cartes explosives, ne se permettrait de toucher au visage d'un Malefoy, répondit Scorpius avec un sérieux feint avant d'éclater de rire en voyant leur mine dépitée.
Ni Albus, ni Ludivine ne démordait de leur colère. C'était la troisième partie qu'ils terminaient et Scorpius avait gagné à chaque fois. Piqués dans leur orgueil, Scorpius savait qu'il faudrait un temps avant que leur mauvaise foi ne se dissipe. Il n'y prêta d'ailleurs aucune attention alors qu'il rangeait le jeu, sachant pertinemment que la prochaine partie pourrait provoquer une dispute, et s'affala dans le canapé.
A côté de lui, Albus se détendit également, se vautrant de la même façon tandis que Ludivine restait tendue dans son fauteuil. La salle commune était déserte, tous les élèves étant déjà partis à Pré-au-Lard. Ludivine avait rendez-vous avec son directeur de maison, et Albus et Scorpius avaient choisi d'attendre avec elle.
— De toute façon, reprit Albus, je n'aime pas ce jeu.
— Tu n'aimes que le Quidditch, se moqua Scorpius.
— Ce n'est pas un jeu, siffla Albus qui finit par sourire alors que Scorpius balayait ses propos d'un revers de main.
— Tu peux aller dire ça à Mila qui a failli te jeter un sort quand tu as suggéré de mettre un entraînement un jour de sortie à Pré-au-Lard, rigola Scorpius.
Albus ne retint pas son rire en repensant à la panique qu'il avait vue sur le visage de ses coéquipiers quand il avait fait ladite suggestion. Il ne l'aurait bien évidemment pas fait, sachant pertinemment qu'un bon capitaine devait avoir le soutien de ses joueurs et donc savoir les écouter, mais il aimait abuser de son pouvoir en se rendant imprévisible.
— Tu ne dis rien, Lud ? demanda Scorpius. On critique pourtant Albus en tant que capitaine.
Ludivine s'était perdue dans ses pensées mais elle fusilla Scorpius du regard quand ses yeux se posèrent sur lui.
— Je suis certaine que tu as triché, grinça-t-elle.
— Toujours là-dessus ? s'étonna Albus en ricanant légèrement.
— Mon dieu, Lud, surenchérit Scorpius avec un sourire narquois en utilisant sa baguette pour faire disparaître la suie qui se trouvait sur le visage de la sorcière, ce n'est pas avec ce comportement que tu trouveras un binôme.
— Mêle-toi de tes bouses, Malefoy.
Scorpius éclata de rire tandis qu'Albus la regardait avec amusement. Scorpius et lui n'avaient pas arrêté de la taquiner sur sa recherche de binôme ces trois derniers jours et ils la connaissaient suffisamment pour savoir que leurs blagues lui tapaient de plus en plus sur le système. Le problème était que plus Ludivine montrait de l'agacement, plus ils étaient tentés de continuer.
— Allez, sourit Albus, ne te vexe pas ! Tu sais qu'on rigole.
— Ce n'est pas drôle, se vexait-elle.
— Pourquoi tu te vexes ? demanda Scorpius avec un haussement d'épaules. Ce n'est pas comme si tu n'avais pas de choix.
— J'en aurais d'autant plus si vous ne faisiez pas fuir les sorciers qui essaient de m'approcher ! s'écria Ludivine.
— Tu parles encore du Poufsouffle d'hier ? répliqua Scorpius avec animosité. Il était en train de te draguer !
Ludivine souffla de frustration. Elle n'allait pas avoir cette discussion une nouvelle fois mais elle ne cacha pas son agacement face à l'entêtement dont Scorpius faisait preuve. A côté, Albus avait conservé son sourire amusé, passant son regard d'un sorcier à l'autre.
— Je me dis parfois, finit-il par exprimer, que tu es plus possessif que moi avec Ludivine, Scorp.
Scorpius regarda Albus avec surprise avant de hausser les épaules avec indifférence.
— C'est que tu n'as pas vu les regards que tu lances, sourit Scorpius avec malice, mais je n'en fais pas tout un plat.
— Vous êtes tous les deux possessifs, dit Ludivine en coupant court au débat.
Scorpius et Albus levèrent la tête d'un même corps vers elle tandis qu'un sourire se formait sur ses lèvres.
— Vous m'adorez, ne le cachez pas.
— Je crois qu'il faut arrêter le Pur Feu au réveil, Hendell, répondit Albus avec un sourire entendu.
— C'est un mot bien trop fort, « adorer », surenchérit Scorpius, à la rigueur, on te supporte.
Ludivine leva les yeux au ciel avant de rire avec douceur. Elle avait appris avec les années à lire leur affection, et elle savait qu'ils n'aimaient pas qu'on la pointe du doigt.
— Bon ! s'exclama-t-elle en se levant. Je vais voir Slughorn. On se retrouve à Pré-au-Lard ?
— Dès que tu auras décidé qu'on vaut mieux que tes supers copines, sourit Scorpius.
— Revoilà cette possessivité dont on a déjà parlé, Malefoy, il faut contrôler ça.
Scorpius échangea un regard amusé avec Ludivine, reconnaissant par un sourire que sa réplique était bien choisie. Albus et lui se levèrent également.
— Évite de te vexer quand Slug te demandera pourquoi tu n'as toujours pas de binôme, s'exclama Albus alors qu'ils se séparaient avec un signe de la main.
— Alors miss Hendell, avez-vous trouvé un binôme pour le concours ?
Ludivine retint un soupir, pensant aux derniers mots d'Albus, alors que son professeur la regardait d'un air bienveillant.
— Toujours en pleine recherche, professeur !
— Ce n'est pas facile, reconnut son directeur avec un sourire. Si ça peut vous rassurer, vous êtes loin d'être la seule. Le tableau sur lequel vous vous êtes tous inscrits se remplit très lentement.
Ludivine garda le silence, submergée par ses pensées. L'annonce du ministre, trois jours plus tôt, avait créé une émulation sans précédent au château. Nombre d'élèves étaient à la recherche d'un binôme, plusieurs s'interrogeaient encore sur leur participation. Même les plus jeunes, qui ne pouvaient participer, s'étaient laissé gagner par l'effervescence qui régnait. Il n'y avait, étonnamment, pas tant de sorciers qui avaient trouvé un binôme.
Un grand tableau était apparu devant l'entrée de la Grande Salle, avec le nom de tous les élèves qui s'étaient inscrits auprès de leur directeur de maison. Ludivine, qui s'était inscrite dès qu'elle l'avait pu, avait vu certains noms apparaître et disparaître du tableau jusqu'à quatre fois en quelques jours. Les noms se déplaçaient et se mettaient côte à côte lorsque deux sorciers avaient scellé un pacte. Jusqu'ici, il n'y en avait eu qu'un très petit nombre. Tout le monde se doutait que Pré-au-Lard serait l'occasion de créer de nouveaux pactes.
— Miss Hendell, reprit le professeur Slughorn, avez-vous envisagé de vous présenter seule ?
Ludivine garda une fois de plus le silence. Elle y avait, bien évidemment, pensé. Cette option, qui n'en était pas une au départ et sur laquelle elle avait plusieurs fois ironisé, avait été présentée le lendemain aux élèves. Une explication avait été donnée : ne pas rendre trop contraignante l'inscription aux étudiants qui ne faisaient pas leurs études à Poudlard et ne pas pénaliser ceux qui rencontraient des difficultés à trouver un binôme.
C'était devenu sa principale solution. C'était même celle qui lui convenait le mieux, persuadée d'avoir autant de chance de gagner seule, mais elle savait que cette arrogance pouvait lui jouer des tours.
Liz et elle avaient longuement discuté d'un potentiel binôme. Très ouverte au départ, Liz avait finalement eu quelques réserves concernant son niveau sur le terrain. Elle refusait de pénaliser Ludivine, et cette dernière n'avait pas réussi à la convaincre du contraire. Le niveau de Liz était très bon dès lors qu'elle restait composée, et Ludivine avait eu beau lui marteler qu'elle saurait garder son calme, son amie était restée trop réticente.
En parallèle, Liz avait eu plusieurs propositions, toutes très intéressantes et qui pouvaient mieux correspondre à la douceur et la tranquillité qui la caractérisaient. Quant à Acca, Ludivine avait déjà une idée du binôme parfait pour elle.
Bien sûr, Ludivine excluait d'autres propositions qu'elle avait pu avoir, comme celle d'un cinquième année de Poufsouffle, qui l'avait approchée lors du dîner la veille. Mais le pauvre sorcier n'avait pas su tenir tête à Scorpius et Albus lorsque ceux-ci l'avaient fusillé d'un regard malveillant.
— Ce n'est pas un bal de Noël, avait cinglé Scorpius avec un regard glacial, si c'est pour draguer, va voir ailleurs !
Il n'en avait pas fallu plus au sorcier pour décamper. Ludivine, qui avait un instant hésité à s'énerver en leur disant de se mêler de ce qui les concernait, avait finalement haussé les épaules d'indifférence avant de se remettre à manger. Le résultat aurait de toute façon été le même, elle n'aurait jamais accepté.
Elle avait également tenté de convaincre Albus. Ce dernier était naturellement fort, et Ludivine avait entièrement confiance en lui. Mais rien n'y avait fait. Tout ce qu'espérait Albus du concours, c'était qu'aucun de ses joueurs ne s'y inscrive en mettant de côté le Quidditch, et que les autres équipes fassent l'inverse.
Ludivine sortit de ses pensées, se rendant compte qu'elle n'avait toujours pas répondu à son directeur qui la regardait d'un œil attentif.
— En effet, professeur, répondit-elle, je l'ai envisagé et ne l'ai toujours pas exclu.
— Je vous conseille d'y réfléchir sérieusement. Votre niveau est bon, je n'ai aucune inquiétude vous concernant.
Ludivine jaugea son professeur du regard, ne cachant pas sa surprise.
— Vous le pensez vraiment ? demanda-t-elle avec un scepticisme qui arracha un sourire à son professeur.
— Vous savez, répondit le professeur Slughorn avec malice, je mise sur vous et Lucas dans ce concours !
— Lucas Zabini ?
— Tout à fait ! s'exclama le professeur avec entrain. Et je compte bien gagner cet accès aux serres que m'a promis Neville ! Et hors de question que je perde la face devant Jacob Sven ! Alors réfléchissez bien à vos choix, Ludivine !
Son directeur de maison était parti dans un autre univers, murmurant vigoureusement qu'il aurait « accès à ce Mimbletonia par tous les moyens, nom de Merlin ». Ludivine se retint de marquer son impatience avant de décider qu'il était temps pour elle de s'en aller, consciente que plus rien de pertinent ne sortirait de cet échange. Elle se leva, s'excusant auprès du sorcier qui l'arrêta toutefois d'un mouvement de main.
— Lorsque vous aurez un instant, reprit-il avec plus de sérieux, peut-être devriez-vous envisager de vous essayer au Philtre de Paix.
— On ne l'a encore jamais pratiqué, monsieur.
— Justement, pensez à bien le maîtriser pour la semaine prochaine, dit le professeur Slughorn avec un sourire. Un laissez-passer au ministère ne vous dispensera pas d'avoir besoin d'un dossier solide pour la médicomagie.
Ludivine ne dit rien, échangeant un sourire complice avec son directeur. Elle avait compris le message et savait qu'il serait idiot de sa part de ne pas s'entraîner à ladite potion afin de gagner des points facilement.
Quelques minutes plus tard, Ludivine sortait du château d'un pas rapide et mécanique en empruntant le sentier qui reliait le château à Pré-au-Lard. Si elle faisait vite, elle pourrait voir Evelyn avant son rendez-vous avec Nott.
Plongée dans ses pensées, elle ne fit pas attention aux alentours et à mesure d'éviter des sorciers par réflexe, elle finit par sentir un gros choc quand son corps percuta une masse avec violence. Elle se sentit vaciller mais deux mains vinrent la stabiliser par les bras.
— Regarde où tu vas Hendell, mince !
Ludivine releva la tête vers James Potter qui la surplombait maintenant de sa hauteur. Il la regardait d'un air agacé et Ludivine fut perturbée par son regard inquisiteur.
— Pardon, Potter, se contenta-t-elle de dire.
— Ah ! s'exclama le sorcier avec un sourire narquois. J'ai failli croire que ta répartie s'était perdue dans ton petit-déjeuner.
Ludivine le fusilla du regard, se dégageant de l'emprise du sorcier en faisant un pas en arrière. Ce dernier mit ses mains dans ses poches, la regardant avec amusement tandis qu'elle sentait l'agacement monter.
— Tu n'en rates jamais une, Potter, dit-elle avec irritation.
— Oh tu sais, je suis un casse-cou.
Il la regardait d'un air malicieux, un sourire en coin se formant sur ses lèvres et Ludivine leva les yeux au ciel sans cacher également un petit sourire. Il était toujours difficile de savoir sur quel pied danser avec le sorcier, mais les piques qu'il lui lançait n'avaient aucune animosité, elle le sentait.
— Tu allais à Pré-au-Lard, n'est-ce pas ? demanda James. Moi aussi, compléta-t-il quand Ludivine hocha de la tête en signe d'approbation, l'équipe a passé la matinée à s'entraîner.
— Ça ne vous rendra pas meilleurs, se moqua Ludivine.
— On essaie, répondit James avec humour, on essaie.
Ludivine ne retint pas son sourire. Elle n'avait bien évidemment aucun doute sur les compétences de Gryffondor, qui avait toujours été un adversaire redoutable. Tout comme le sorcier qui se tenait à côté d'elle. Ludivine avait joué contre lui pendant plusieurs années et connaissait très bien ses capacités. Alors elle apprécia qu'il prenne sa blague avec humour.
Elle ne tenta pas de répondre, et James ne combla pas le silence. Ils marchèrent quelques minutes dans cette ambiance, observant l'environnement autour d'eux et Ludivine trouva ce calme étonnamment agréable.
— Du coup, reprit finalement James, j'ai entendu dire par Albus que tu n'avais toujours pas trouvé de binôme ?
— Albus et toi parlez de moi ? argua-t-elle avec ironie.
— Quand je laisse Albus parler, très souvent.
Ludivine eut un petit rire. Elle ne croyait pas vraiment le sorcier quand il disait cela, mais une part d'elle gardait le bénéfice du doute.
— Mais, reprit James avec espièglerie, n'hésite pas à te dire que je suis initiateur de ces discussions si ça provoque chez toi plus de plaisir.
— Ne te donne pas tant d'importance, Potter, répliqua Ludivine en balayant les propos du sorcier d'un revers de main.
James ne répondit pas, et elle ne put s'empêcher de lui jeter un regard à la dérobée. Il marchait avec détente, un sourire sur les lèvres tandis que ses mains avaient, comme à leur habitude, leur place dans ses poches. Ludivine se rendit compte qu'elle n'avait jamais répondu à sa question.
— Je n'ai en effet toujours pas de binôme, dit-elle doucement, je crois que toi non plus.
— Je fais le choix de t'épargner la blague que tu m'as faite, sourit James. Personne également ! Il paraît que j'ai un caractère trop compliqué, aucun membre de ma famille n'a voulu se mettre avec moi.
— Je croyais que tu avais eu de nombreuses demandes, railla Ludivine en se souvenant de ce que lui avait dit Fred quelques jours plus tôt.
James haussa les épaules, soudain pensif et Ludivine regretta presque sa blague. Il n'avait pas réagi comme elle l'aurait pensé. Elle s'était attendue au même humour qu'un peu plus tôt mais l'air grave qu'il arborait lui indiqua qu'il avait pris sa réflexion avec sérieux.
— Je ne veux pas me mettre avec n'importe qui, dit-il après un court silence, et certainement pas avec des filles qui voient juste une opportunité de passer du temps avec moi. Ce concours est une grande opportunité.
— C'est une grande opportunité pour beaucoup de monde, murmura Ludivine.
— C'est sûr, confirma James.
Ludivine ne répondit rien mais elle n'en pensait pas moins. Elle l'observa une nouvelle fois du coin de l'œil. Il marchait avec une nonchalance qui contrastait avec son air plein d'assurance, et il se dégageait de lui un tel aplomb qu'il pouvait en être intimidant. Ludivine se surprenait à être intimidée parfois par le regard qu'il pouvait poser sur elle
— Et toi, Hendell, reprit James avec légèreté, comment ça se fait que tu n'aies trouvé personne ?
— Mes amis ont peur de moi et de mon envie de gagner, dit-elle avec un léger rire.
— Je peux comprendre pourquoi, rigola également James.
Ce n'était qu'une blague, Ludivine le savait, et pourtant son rire mourut dans sa gorge. Que sous-entendait-il ? Probablement rien de sérieux mais une petite voix dans sa tête se méfia.
— Tu peux parler, répliqua-t-elle avec amertume, ce n'est pas moi qui ai lancé une menace sans sommation en apprenant que j'allais avoir de la compétition.
Tout comme elle quelques secondes plus tôt, le rire de James se coupa net. Il jeta un regard interrogatif à la sorcière qui fronçait les sourcils, le regard fixé devant elle. Il finit par soupirer.
— Je me suis peut-être laissé emporter, admit James.
— Peut-être ? répéta Ludivine avec moquerie. Tu étais hostile sans raison Pot…
— Ecoute, l'interrompit James avec un léger agacement, désolé pour ça. Je peux parfois être sanguin.
Ludivine secoua la tête, décidant que les excuses du sorcier n'avaient aucune valeur vu le ton sur lequel il les avait formulées. Il lui semblait cependant qu'il était habitué à ce qu'on ne lui tienne pas rigueur de grand-chose.
— Tu es trop complexe, Potter, soupira Ludivine.
— Je crois comprendre que toi aussi, Hendell, répondit cyniquement James.
Un silence s'installa tandis qu'ils entraient dans le village sorcier par l'allée centrale. Ludivine remarqua Acca qui se tenait devant une boutique et qui discutait avec deux camarades. Entraînée dans une discussion animée, elle ne la vit pas.
Ils s'arrêtèrent au milieu de l'allée, et Ludivine attendit une réaction de James en voyant ce dernier plongé dans ses pensées. Finalement, le Gryffondor eut un sourire, secouant très légèrement la tête comme s'il balayait une pensée de sa tête.
— Quand on voit ce que donnent dix minutes ensemble, reprit-il après un court silence, je ne peux m'empêcher de me dire qu'un binôme avec toi serait festif.
Ludivine lui lança un regard interrogatif.
— C'est le genre de défi qui pourrait me plaire, ajouta-t-il.
Elle porta un regard surpris sur James qui la jaugeait d'un œil expectatif. Quelque chose dans le regard du sorcier l'interrogeait. Il la regardait fixement, comme s'il analysait son langage corporel. Il aurait pu paraître nerveux mais il se dégageait une telle tranquillité du sorcier que la pensée ne traversa pas l'esprit de Ludivine. Par son attitude affirmée, il ne donnait pas l'impression de porter d'importance à la réponse de Ludivine qui sentit plusieurs émotions s'entrechoquer en elle.
— Luuuuuuuuuud !
Ludivine ferma les yeux un instant, pestant contre sa meilleure amie pour son manque de discrétion alors que plusieurs têtes se tournaient vers James et elle.
— La cavalerie t'appelle, dit James, ne la fais pas attendre. A une prochaine, Hendell.
Sur ces mots, le sorcier lui jeta un dernier regard avant de s'éloigner, et Ludivine se dirigea d'un pas mécanique vers Acca qui l'observait avec un sourire malicieux.
— Ludivine Hendell, s'exclama Acca, que faisais-tu avec James Potter ?
— On s'est croisés sur le chemin, répondit-elle platement.
— Et donc… vous avez fait la route ensemble ? demanda Acca avec scepticisme.
— Et bien oui ! rétorqua Ludivine. On sait être civilisé.
— Ah bon, dit Acca faiblement, comme si elle ne l'en croyait pas capable. En tout cas, fais attention, reprit-elle avec amusement. Ses admiratrices sont plus féroces que celles de son frère, tu risques de te faire de nouvelles ennemies.
— Qu'elles essaient de s'approcher, marmonna Ludivine.
— AH ! Ça, c'est la Lud que j'aime !
Acca rigola avec légèreté, ignorant la contrariété de Ludivine qui se sentait gagnée par la bonne humeur de son amie.
— Tu m'as l'air bien joyeuse pour quelqu'un qui n'a pas de binôme, dit-elle avec malice.
— Bien placée pour parler ! s'esclaffa Acca. Figure-toi que je ne manque pas de proposition.
— Vraiment ? sourit Ludivine. Et tu as décidé de ne pas faire équipe avec Michael ?
— Non, répondit Acca avec gêne, je n'en ai pas envie.
Ludivine ne répondit rien, peu surprise par la décision d'Acca de ne pas faire équipe avec son petit ami. Voilà plusieurs mois qu'elle semblait freinée dans sa relation, dont elle ne disait plus un mot, gênée ou mal à l'aise lorsqu'elle le faisait. Michael Straton n'était plus un sujet de discussion entre elles, et Ludivine se demandait quand son amie prendrait son courage de Gryffondor à deux baguettes pour agir.
— J'ai envie de m'amuser, dit Acca comme si elle tentait de se justifier.
— Je compre…
— J'ai envie de m'amuser durant ce concours, répéta Acca d'une autre façon, comme si parler lui permettait d'évacuer la frustration. Je sais que ce n'est pas cool de ma part, mais je ne veux pas m'enfermer.
Acca guetta la réaction de Ludivine du regard, et celle-ci se contenta de lui sourire, attrapant la main de son amie avec douceur.
— Viens, on va retrouver les filles !
Acca répondit par un sourire brillant avant de l'emmener plus loin dans les rues adjacentes. Elle savait très bien où elles allaient, au Gallion Chauffant, peu fréquenté des élèves et où elles s'étaient retrouvées à chaque sortie depuis qu'elles avaient été en mesure d'y aller.
Contrairement à toutes les autres fois, Ludivine n'avait pas retrouvé ses amies au fond du café, dans un box excentré de la pièce. Non, Evelyn et Liz étaient assises à une table de la terrasse, et profitaient du faible soleil d'octobre. Ludivine ressentit beaucoup de fierté à l'idée de voir ses amies ne plus se cacher pour profiter du temps ensemble.
Liz et Evelyn échangeaient avec animation. Liz semblait dire quelque chose avec sérieux et empêchait Evelyn de l'interrompre, cette dernière ouvrant la bouche plusieurs fois pour la refermer aussitôt. Les deux sorcières rayonnaient, Liz balayant ses cheveux blonds et fin d'un revers de main tandis qu'Evelyn profitait du soleil, lunettes noires sur le nez.
— Vous semblez vivre votre meilleure vie ! s'extasia Acca en s'affalant à côté d'Evelyn.
— Peut-être pas pour Liz qui m'écoute geindre depuis une heure, sourit Evelyn en faisant un clin d'œil à Ludivine qui s'installait à côté de Liz.
— Stressée par ton rendez-vous galant ? demanda Ludivine avec moquerie.
— Il n'a rien de galant ! se défendit Evelyn avec véhémence.
— Ce n'est pas faute de le vouloir, je crois, sourit Liz avec une moquerie douce qui fit sourire ses amies.
Ludivine porta un regard surpris sur Evelyn qui détourna la tête, triturant ses doigts de nervosité.
— Stressée ou impatiente ? demanda Ludivine.
— Les deux, avoua Evelyn. Je n'ai toujours pas réussi à le cerner, c'est l'occasion de savoir ce qu'il pense réellement, comment il envisage ce mariage et comment il est humainement.
— Je suis sûre que tout va bien se passer, lui dit Acca avec douceur.
— C'est ce que je lui répète depuis toute à l'heure, marmonna Liz avec un sourire.
— Et si ce n'était pas le cas ? se risqua Ludivine.
Les trois sorcières se tournèrent vers elle, chacune arborant une expression différente. Evelyn la scrutait d'un regard curieux tandis que Acca avait une expression horrifiée et que Liz lui jetait un regard irrité. Ludivine s'en voulut presque de détruire son travail de réassurance en une question.
— Ce n'est pas le moment, Ludivine ! dit Liz avec fermeté.
— Il faut se préparer à toutes les possibilités, répondit-elle en haussant les épaules.
— Elle a raison, ajouta Evelyn d'un air pensif. Je ne m'enfermerai pas dans un mariage malheureux avant même qu'il n'ait commencé.
— Tu es prête à prendre le risque de rompre l'engagement ? demanda Acca avec scepticisme.
— Tu ne m'en penses pas capable ?
— J'en pense que c'est un pari très risqué à prendre, répondit Acca.
Evelyn ne répondit pas, pensive. Ce fut Liz qui brisa le silence en s'avançant vers Evelyn, posant sa main sur le poing fermé de son amie.
— Ludivine a raison, finit-elle par dire, il faut envisager toutes les options et rester réaliste. Mais, reprit-elle après une seconde de réflexion, rien ne doit orienter ton jugement avant d'avoir vu Nott suffisamment longtemps pour t'en faire ton avis. Le reste, tu le verras par la suite. En fonction de ce qui se dégage de lui.
Evelyn hocha la tête, et quelque chose dans son regard sembla se calmer tandis qu'elle échangeait un regard complice avec Liz.
— Tout se passera bien, accentua Acca avec douceur.
— Et quoi qu'il en soit, termina Ludivine, on est là pour te soutenir.
Evelyn hocha de nouveau la tête, plus vigoureusement cette fois-ci, et ce fut avec plus d'aplomb qu'elle se leva.
— Bon ! s'exclama-t-elle. Je suppose qu'il ne reste qu'une chose à faire. On se retrouve plus tard ?
Les trois sorcières hochèrent la tête et regardèrent leur amie s'éloigner d'un pas sûr avant de décider elles-mêmes de déjeuner.
— Au fait Liz, commença Acca avec malice, devine qui est devenu amie avec James Potter ? demanda-t-elle en posant son regard sur Ludivine, ce qui supprima tout potentiel doute sur la réponse.
Liz jeta un regard surpris à Ludivine qui fusillait Acca du regard. Elle ne goûtait pas être la cible du côté commère de son amie.
— Ne raconte pas n'importe quoi, siffla-t-elle, on s'est simplement croisés sur le chemin et on a fait la route ensemble.
— Qu'est-ce que vous vous êtes dit ? demanda Liz avec un sourire.
— Et bien, hésita Ludivine, il a, entre autres, sous-entendu qu'être mon binôme pourrait l'amuser.
Liz et Acca affichèrent un air effaré. Ludivine en aurait presque ri.
— Tu es sérieuse ? demanda Liz avec doute.
— Tu as dû te tromper, affirma Acca.
— J'ai entendu qu'il faisait équipe avec Alice Londubat, argua Liz à Acca.
— Je n'ai pas dit qu'il m'avait proposé quoi que ce soit, objecta Ludivine.
Acca et Liz échangèrent un regard complice que Ludivine ignora. Elle savait qu'elle n'aurait jamais dû dire quoi que ce soit.
— James Sirius Potter, marmonna Liz.
— Tu rendrais folle toute la population féminine de Poudlard, sourit Acca.
— Oh arrêtez, siffla Ludivine avec irritation, Potter est une plaie ! Il est toujours d'humeur changeante et se croit meilleur que les autres !
— Tu es exact…
— Je ne veux plus parler de lui, affirma Ludivine avec fermeté en interrompant Acca, changeons de sujet.
— Pour rester sur le thème des binômes, reprit Liz, j'ai fini par choisir le mien.
— Aaaaaaaaaah ! s'exclama Acca. Alors, qui as-tu choisi parmi toutes ces propositions que tu as reçues ? Weasley ?
— Exactement, dit Liz avec un sourire malicieux.
— La question est : quel Weasley ? demanda Ludivine.
— Rose, répondit Liz. Je pense que c'est la personne qui me conviendra le mieux.
— J'en connais un qui va être dévasté, marmonna Ludivine narquoisement.
— Fred Weasley ? demanda Liz. Je suis déjà allée lui en parler, et il l'a très bien pris, figure-toi.
— Bien sûr qu'il l'a bien pris, argua Acca, on parle de Fred. Rien ne peut être négatif le concernant.
— Il était déçu, compléta Liz, mais faire équipe avec moi était son petit défi du moment, il va vite se remettre de son échec.
Ludivine n'en doutait pas. Elle n'était pas surprise par la décision de Liz. Elle avait été flattée par la demande du sorcier - malgré son insistance ces derniers jours - et était trop douce pour refuser sèchement une proposition faite avec autant de cœur. Mais au fil des jours, son choix s'était élargi, dont Rose, et il n'était pas surprenant que Liz choisisse quelqu'un qui lui corresponde mieux.
— Vous avez scellé votre pacte ? demanda Acca.
— Ce soir, en revenant du village ! répondit Liz avec un clin d'œil. Je dois la retrouver pour fêter ça.
En milieu d'après-midi, les trois sorcières se séparèrent. Ludivine devait retrouver Albus et Scorpius à l'Horcruxe tandis que Liz s'en allait retrouver Rose. Acca, qui devait retrouver Michael plus tard, accompagna Ludivine.
Quand elles entrèrent dans le café, leurs yeux mirent quelques secondes à s'habituer à la faible luminosité du lieu qui contrastait avec le soleil à l'extérieur. Ludivine s'était attendue à ce changement, le lieu était connu pour son cadre reproduisant l'ambiance des années 1990 d'avant-guerre. Et pour l'assiègement qu'il connaissait par les étudiants de Poudlard, l'endroit était bondé d'élèves.
— Potter nous fait signe, signala Acca.
Cherchant son ami du regard, elle l'entrevit dans un coin de la salle, installé dans un canapé qui pouvait accueillir trois personnes, avec Scorpius qui écoutait ce qu'il disait, assis nonchalamment dans un large fauteuil. Ils étaient perdus dans leur monde.
Ludivine attrapa la main d'Acca et s'avança vers eux.
— Vous n'avez pas le sentiment de prendre de la place ? taquina Acca avec aise en prenant place à côté d'Albus.
— On n'empêche personne de s'asseoir avec nous, répondit Scorpius dans un sourire.
— Mais on n'invite pas non plus les autres à le faire, continua Albus qui fronça les sourcils, mécontent d'être obligé de faire de la place pour Acca.
Ludivine s'installa sur une chaise, à côté du fauteuil. Albus lui sourit en lui demandant comment s'était passé sa journée depuis qu'ils s'étaient quittés, ce à quoi elle répondit tranquillement.
En face d'elle, Scorpius passa une main dans ses cheveux décoiffés avant de se tourner vers Acca, installée avec beaucoup d'aise, à l'instar d'Albus. Ce dernier ne cachait pas son irritation, lui qui appréciait peu la sorcière qu'il trouvait bruyante et démesurée.
— Dis-moi Rockwood, dit Scorpius, j'ai appris d'une source sûre que tu n'avais toujours pas de binôme, et que tu en cherchais un moins prise de tête que ton amie ici présente, avec en plus un sens de l'humour de qualité.
— En effet, Malefoy, répondit Acca qui attendait de voir où le sorcier voulait en venir, ignorant le regard offusqué de Ludivine.
— Comment le prendrais-tu si je te disais que j'ai trouvé ce sorcier, qui est en plus d'une beauté sans nom ?
— Par Merlin, Malefoy ! interrompit Ludivine en le fusillant du regard. Serais-tu en train de draguer ma pote ?
— Oh arrête Lud, ne gâche pas notre échange humoristique ! geint Scorpius.
Ludivine leva les mains en signe d'abandon, laissant Scorpius reporter son attention sur Acca tandis qu'Albus arborait une expression amusée. Il savait très bien où son ami voulait en venir et regardait la scène sans toutefois retenir une expression irritée à chaque fois qu'il entendait Acca parler plus fort que nécessaire.
— Qu'en dis-tu, Rockwood ?
— De me mettre avec toi ? rigola Acca d'une voix forte. Je suppose que c'est mieux que d'être seule !
Ludivine porta un regard neutre à ses deux amis. C'était elle qui avait suggéré l'idée à Scorpius, persuadée que la légèreté et la bonne humeur de Scorpius correspondaient bien à la vitalité et l'expansivité d'Acca. Cette dernière se tourna vers Ludivine.
— Bien sûr, dit-elle, seulement si ça te convient.
— Bien sûr, confirma Scorpius avec un sourire narquois en direction de Ludivine, uniquement si tu es d'accord avec ça. Je ne voudrais pas que tu t'imagines des choses. Après tout, rien n'est pire qu'une amourette entre ses meilleurs amis.
Le sourire de Scorpius était carnassier, il se régalait tandis que Ludivine le fusillait du regard, rougissant sans le vouloir. Albus, lui, faillit lâcher son verre et lui lança un regard meurtrier. Ludivine n'avait jamais dit à ses amies ce qu'il s'était passé entre eux. Il n'y avait que Scorpius qui était au courant et ça avait toujours convenu à Ludivine autant qu'à Albus.
— La ferme, Malefoy ! cingla Ludivine en le fusillant du regard, accentuant le rire de Scorpius. Tu sais très bien que c'était mon idée !
— Je préfère me l'approprier, dit Scorpius avec nonchalance, tirant un sourire à Acca.
— Dans ce cas, confirma Acca, c'est confirmé ! On scelle notre pacte plus tard Malefoy, je dois y aller.
— Quand tu veux, Rockwood ! s'exclama Scorpius.
Acca se leva et Ludivine la suivit en se dirigeant vers le comptoir. Elle salua son amie avant de commander une bièraubeurre.
— Tu ne trouves pas le village bondé ? demanda Scorpius quand elle revint.
— Un peu plus que d'habitude, c'est vrai, remarqua Ludivine.
— Les sorciers hors Poudlard ont été sommés de venir s'inscrire aujourd'hui, et le village est leur point d'arrivée. Il paraîtrait que Thomas Faber s'est battu avec un ancien élève.
— Tout le Royaume-Uni est ici, dit Albus sur un ton blasé et irrité qui surprit Ludivine.
— Un sorcier lui a cherché des noises par rapport à son père, confessa Scorpius à Ludivine au sujet d'Albus. Il n'en décolère pas.
— Il ne vous est rien arrivé avec ce sorcier ? demanda-t-elle avec inquiétude, les faisant sourire.
— Sven était dans le coin, ce trouillard s'est calmé dès qu'il a vu un professeur, expliqua Albus avec dédain.
Ludivine était surprise, réalisant qu'ils n'avaient aucune idée du nombre de sorciers qui allaient participer à ce concours. Elle se doutait que certains mettaient des années à intégrer une formation au ministère et donc qu'il pouvait donc y avoir des sorciers plus âgés à se présenter au concours. Sans compter les sorciers qui étudiaient à la maison et les étudiants étrangers qui venaient travailler au Royaume-Uni.
Les pensées de Ludivine dérivèrent une nouvelle fois vers le concours. Elle pensa à Liz qui avait trouvé un binôme, se disant qu'elle devait sérieusement envisager de se présenter seule.
Une main se posa sur son genou et Ludivine croisa un regard concerné.
— Tout va bien ? chuchota Albus doucement, comme pour ne pas rompre le fil de ses pensées.
Elle hocha la tête avec un sourire. Il fallait qu'elle sorte de cette spirale, et Albus dut le sentir car il lui demanda de lui raconter ses derniers échanges avec sa mère, ce qu'elle lui avait déjà raconté plusieurs fois.
Les heures passèrent et les trois sorciers n'avaient pas quitté leur place. Albus et Scorpius venaient de finir leur troisième bièraubeurre et l'ambiance se faisait de plus en plus festive alors qu'ils passaient au Pur Feu. Quant à Ludivine, elle était fatiguée et s'était donc arrêtée à la fin de son deuxième verre.
L'ambiance se mit à changer, de la musique commençait à sortir des murs et des tables au centre disparaissaient. Plusieurs sorciers s'aventurèrent au centre et commencèrent à danser. Emporté par ce qu'il avait ingurgité, Scorpius eut envie d'aller danser. Il profita de l'arrivée de Roxane Weasley qui s'installait pour discuter avec son cousin pour soulever Ludivine de sa chaise sans qu'elle ne puisse opposer de résistance.
— Je n'avais pas envie de danser, Malefoy !
— Allez Hendell, s'exclama Scorpius avec un sourire amusé, tu es mon argument de drague.
— Pardon ?
— Les filles sont toujours jalouses lorsqu'elles voient une autre fille sur leurs plates-bandes, et osent faire des choses qu'elles n'auraient pas fait autrement.
— Qui as-tu à l'œil ?
— Michelle Oxlay, de Serdaigle, admit-il avec un petit sourire.
— Tu ne l'as pas embrassée à la victoire de Serpentard ? se souvint Ludivine.
— Tout à fait ! confirma le blond. Et elle insiste depuis pour ne montrer aucun intérêt envers ma personne MAIS je sais très bien que je lui plais.
— Et donc tu m'utilises pour la rendre jalouse ?
— Allez, Hendell, c'est ton devoir de m'aider en tant que meilleure amie !
Ludivine s'offusqua de l'audace du sorcier qui finit par rire à gorge déployée. En le regardant s'esclaffer, elle se demanda comment on pouvait bien lui résister, et choisit alors de jouer son jeu. Elle attrapa la main de Scorpius et lui indiqua d'un regard qu'elle attendait qu'il mène la danse, ce qu'il fit aussitôt, la faisant tournoyer sur le rythme de la musique.
Ils dansèrent une bonne demi-heure, jusqu'à que Ludivine choisisse de retourner voir Albus en convainquant Scorpius d'aller parler à la fille qui l'intéressait plutôt que de jouer de stratagèmes inefficaces. Elle quittait la piste de danse lorsqu'un morceau de parchemin virevolta autour d'elle, au niveau de son visage avant de se poser avec douceur sur son poignet.
Ludivine fronça les sourcils en attrapant le charme magique, se demandant laquelle de ses amies lui envoyait un mot alors qu'elles s'étaient vues quelques heures plus tôt.
« C'est toi qui avais raison. »
Ludivine réfléchit un instant. Elle savait que Liz passait la soirée avec Rose, et Acca avec Michael. Le message ne pouvait venir que d'Evelyn et elle s'inquiéta à l'idée que les avertissements qu'elle avait émis un peu plus tôt au sujet de Nott ne se soient concrétisés.
Ludivine se dirigea vers la sortie du bar, indiquant à Scorpius qu'elle retournait au château sans plus d'explication.
Les rues étaient désertes à cette heure-ci, tout le monde se trouvait dans les bars et les restaurants. Ludivine passa devant plusieurs d'entre eux, noirs de monde tandis qu'elle marchait en direction du château.
— Pressée, Hendell, constata une voix, attirant l'attention de Ludivine qui ralentit le pas.
James Potter était assis sur une marche d'immeuble, une cigarette moldue à la main et un regard averti et réfléchi posé sur elle. Il esquissa un sourire quand elle posa son regard sur lui, hésitant à s'arrêter ou à continuer au même rythme.
Il l'observa dans sa réflexion, et elle choisit finalement de s'arrêter lorsqu'il s'adressa de nouveau à elle.
— Que fais-tu toute seule ?
— Quelle surprise à ce que je sois seule, Potter ? demanda-t-elle avec sarcasme.
— Aucune, tu es une sorcière forte et indépendante, railla-t-il en guettant sa réaction.
Elle le fusilla du regard mais ça n'eut pour résultat que de faire sourire narquoisement James qui s'amusait visiblement de sa susceptibilité. Il était évident qu'il avait bu plusieurs coups et n'avait pas l'air dans son assiette.
— Ton amie a refusé la proposition de Fred, dit-il d'un ton neutre.
Il réussit à attirer l'attention de Ludivine quand il évoqua Liz, provoquant un sourire chez lui. Il avait bien compris comment intéresser la sorcière à ce qu'il pouvait dire.
— C'est ce que j'ai appris en effet, répondit-elle. Comment l'a-t-il pris ?
— Oh ne t'inquiète pas pour lui, rigola James comme si l'idée que son cousin ait pu mal le prendre était absurde. C'était probablement le plus judicieux de la part de Walsh.
— Pourquoi ça ? demanda Ludivine avec une curiosité méfiante.
Elle savait qu'elle perdait du temps et qu'à ce rythme, l'heure serait trop avancée pour voir Evelyn, mais elle avait besoin de savoir si Fred Weasley avait un quelconque intérêt pour son amie ou si ça n'avait été qu'un amusement pour lui. Et elle se fichait bien de l'humeur excédée qu'elle percevait chez le Gryffondor. James, qui n'était en effet pas de très bonne humeur avant de la croiser, semblait toutefois avoir compris son intention, et c'était probablement pour cela qu'il arborait un air narquois.
— Disons que Fred a l'attachement léger, répondit-il avec un ton mystérieux qui tapa sur le système de Ludivine. Il s'intéresse et se désintéresse très vite.
— Quel idiot, marmonna-t-elle avec colère.
— Compatissante, Hendell, comme à ton habitude, dit James d'un air railleur en écrasant son mégot qu'il jeta dans une poubelle en se levant, prêt à mettre fin à la discussion.
— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Potter ? demanda Ludivine avec ironie. Quelqu'un a brûlé le fond de ton chaudron ?
— Quelque chose dans le genre, marmonna James pour lui-même avec un sourire ironique.
Sans le savoir, elle avait visé juste. James s'était isolé dans cette allée pour se calmer après une discussion trop animée avec ses camarades. Il constatait amèrement que ça n'avait pas marché.
— Ce concours commence déjà à monter à la tête de beaucoup de monde, dit James sur le même ton.
— La recherche de binôme te stresserait-elle ? se moqua Ludivine.
— Toi, non, peut-être ? argua James en dardant un regard dur sur elle.
Ludivine ne répondit pas, retenant la remarque acerbe qui lui brûlait la langue. Elle devait reconnaître qu'elle était surprise qu'il prenne autant à cœur ce concours. Ne faisait-il pas partie d'une élite ? Pourquoi semblait-il avoir besoin de ce concours. Après quelques secondes d'hésitation, elle osa aller au bout de sa curiosité.
— Tu penses vraiment qu'avec ton nom, tu rencontreras des difficultés à intégrer la formation d'auror ?
Le regard que James lui lança lui fit aussitôt regretter ses paroles. Il y avait, dans ses yeux, une lueur de sévérité qui la fit frissonner, James n'avait plus aucune trace d'humour ni de gentillesse sur ses traits. Il était en colère.
— Tu sais, ça ne me semble pas étonnant que tu n'aies toujours pas trouvé de binôme, cingla-t-il, personne n'existe à part ton petit entourage.
Ludivine le fusilla du regard devant la provocation, et son irritation s'accentua lorsqu'elle vit son sourire froid. En effet, se dit-elle, elle n'aurait pas dû aller sur ce terrain.
— Et qu'en sais-tu, Potter ?
— Ça se lit sur ton visage, Hendell, que tout le monde t'insupporte et que personne ne mérite ton estime.
Ludivine allait répondre quelque chose mais se restreignit. Elle le trouvait culotté de lui faire cette réflexion alors qu'il était sensiblement comme elle. Ludivine n'avait aucun intérêt à débattre à ce sujet, sachant pertinemment que l'attaque du sorcier faisait partie de son mécanisme de défense.
— Je n'ai pas le temps pour tes humeurs, répondit-elle sèchement avant de se remettre en marche.
— Qu'est-ce que je disais, marmonna James.
Cette fois-ci, Ludivine ne résista pas à la colère qu'elle éprouva à son égard. Elle se retourna violemment puis fit quelques pas dans la direction de James qui l'observait d'un œil impassible. Elle s'arrêta avant de se retrouver trop près de lui, mais s'assura qu'il l'entende suffisamment bien.
— Et toi alors ? lança-t-elle froidement. Tu ne vaux pas mieux que moi, tu ne t'intéresses qu'à ta famille ! Les filles t'adulent à cause de ta belle gueule et de ton nom mais tu es imbuvable, Potter.
— C'est vrai, dit platement James, et Ludivine cacha sa surprise devant cette franchise. Je ne fais aucun effort avec les autres et pourtant on m'adore, alors pourquoi j'en ferais ?
Ludivine se sentit désarmée. Pourquoi en faire plus que ce que l'on avait besoin de donner ? Elle se posait elle-même la question, mais n'eut jamais le temps d'en débattre avec James Potter.
— Tiens, tiens, tiens, fit une voix qu'elle ne reconnut pas, regardez qui voilà !
Consciente que c'était à eux que l'on s'adressait, Ludivine se retourna pour voir quatre sorciers s'approcher. Ils semblaient être plus âgés, marchant d'un air assuré et un sourire méprisant aux lèvres. Elle n'appréciait pas le regard qu'ils leur jetaient. Celui qui, elle le supposa, venait de s'exprimer, la détaillait d'un œil calculateur avant de reporter son regard sur James.
— James Potter, reprit le sorcier, le fils de Harry Potter.
— C'est bien moi, répondit James d'un ton neutre, enfonçant les mains dans ses poches. Et toi, tu es… ?
Au ton calme de James, Ludivine eut la curiosité de se tourner vers lui. Il se tenait avec nonchalance, un regard vaguement intéressé posé sur les quatre sorciers. Il ne semblait pas perturbé par l'hostilité de son interlocuteur.
— Justin Selwyn, répondit le sorcier avec un sifflement.
James ne dit rien, mais sa posture changea. Il se raidit et son regard se fit plus averti, mais à aucun moment, il ne jeta un œil à Ludivine. Cette dernière commençait à sentir l'inconfort la gagner. Elle n'avait pas un bon pressentiment, sentant que ces sorciers avaient envie de chercher des noises.
— En quoi je peux t'aider, Selwyn ? demanda James d'un ton neutre qui évaluait la situation.
— Ne fais pas comme si tu ne savais pas ! siffla le sorcier. Ton père a emprisonné ma mère il y a trois semaines.
— Et en quoi suis-je concerné ? dit James avec un ennui exagéré. Si je ne me trompe pas, mon père fait respecter la loi sorcière. Si ta mère a été arrêtée, c'est qu'elle ne la respectait pas.
— Tu ne…
— Je crois même, l'interrompit James cette fois avec moquerie, qu'elle est accusée de conspiration pour l'attaque d'une école. Ce n'est pas du joli ça !
Ludivine fusilla James du regard, lui demandant silencieusement de ne pas aggraver la situation en faisant le fier, mais le sorcier évitait sciemment tout contact avec elle. Depuis qu'il avait changé de posture, James n'avait jamais éloigné son regard de Selwyn.
Ce dernier, d'ailleurs, ne cacha pas sa surprise face aux propos du sorcier, mais se reprit vite, refusant de perdre la face. Ses trois acolytes autour de lui restaient silencieux mais regardaient la scène d'un œil vif.
— Ça doit couler dans le sang de faire le malin, reprit Selwyn avec colère, mais tu ferais bien d'analyser la situation avant de te penser supérieur.
James ne répondit rien mais détacha pour la première fois son regard du sorcier pour le poser sur ses comparses. Ils avaient chacun la main sur leur baguette et semblaient prêts à la dégainer au besoin. Ils étaient attentifs et leur regard hostile confirmait à James qu'ils n'attendaient que d'intervenir.
Puis James posa son regard sur Ludivine. Elle n'avait pas bougé, mais sa position n'était pas naturelle. Elle avait une main appuyée sur la hanche, tenant le bout de sa baguette qui était accrochée le long de sa ceinture dans son dos. Il la fixa quelques secondes avant d'esquisser un sourire.
Ludivine sentait le regard de James sur elle, mais elle refusa de se tourner vers lui. Elle commençait à s'inquiéter de la situation et craignait de rencontrer un regard inquiet.
— Qu'est-ce que je dois analyser ? demanda James avec une incompréhension feinte et Ludivine se demanda à quel moment le Gryffondor arrêterait de jouer avec les nerfs déjà visiblement fragiles de son interlocuteur.
— Que tu devrais t'inquiéter pour ta copine, siffla Selwyn.
— Vraiment ? Je crois plutôt qu'elle n'a besoin de personne pour se défendre.
Cette fois-ci, Ludivine porta son attention sur James. Elle croisa un regard assuré et déterminé, et elle comprit qu'il s'amusait de la situation. Il semblait ne ressentir aucune inquiétude, ni pour lui, ni pour elle, et un sentiment instinctif surgit chez elle, celui d'un pincement au cœur qu'il ne s'inquiète pas pour elle.
— Bon, s'impatienta James, quel est le but de cet échange ? Tu prévois de me menacer ou tu prévois de t'en aller ? A moins que, reprit James avec un sourire narquois après un court silence, tu ne prévoyais de m'attaquer en pensant avoir une chance contre moi ?
Selwyn se raidit en entendant la provocation, son visage se contractant de colère. Derrière lui, ses trois acolytes firent un pas pour s'avancer et Ludivine sentit que la situation pouvait dégénérer à tout moment. Elle maudit le Gryffondor qui semblait vouloir montrer à tout prix qu'il avait le contrôle sur la situation.
— Je vais te détruire, Potter.
— Si tu crois que tu es le premier à me dire ça.
James arborait un air blasé, mais Ludivine sut que ce n'était qu'une façade quand il fit quelques pas en avant pour se tenir devant elle, le dos raidi, la main sur sa baguette.
Même si ce geste eut pour effet d'adoucir Ludivine, celle-ci refusa de rester en retrait. Elle ne comptait pas laisser James défendre son honneur, alors elle s'avança à ses côtés. Ludivine eut un frisson quand elle vit le regard dur qu'il posa sur elle. Il aurait préféré qu'elle reste en retrait, elle le savait, mais il en était tout simplement hors de question.
— Tu fais quoi ? grinça James dans un murmure.
— Si tu crois que je vais rester en retrait, répondit Ludivine avec fermeté, c'est mal me connaître.
James ne répondit rien, la jaugeant du regard. Il semblait se contenir et elle palpait la tension qui l'habitait. Il hésitait sur le comportement à adopter, sachant pertinemment qu'il ne parviendrait pas à la faire changer d'avis.
Puis l'expression de James changea, s'adoucissant tandis qu'il passait un bras autour des épaules de Ludivine. Elle sentit ses yeux s'écarquiller sous la surprise, mais ne se débattit pas lorsqu'il appuya sur son bras pour qu'elle se rapproche de lui, collant son corps au sien d'un faux air joueur. Elle tenta d'ignorer la chaleur qui se dégageait du corps de James, et l'odeur boisée qui chatouillait ses narines.
— Tiens-toi prête, lui murmura-t-il dans l'oreille.
Ludivine ne dit rien, assimilant les propos du sorcier tandis qu'il détachait son bras de ses épaules pour attraper sa main. Il ignora le tressaillement qui la saisit à ce geste.
— Et si on abrégeait, Selwyn ? demanda James avec un sourire sardonique en levant la main dans laquelle il avait emprisonné celle de Ludivine, que je puisse profiter de ma soirée, si tu vois ce que je veux dire.
Ludivine retint un regard dur, laissant le Gryffondor mener la danse, consciente qu'il avait quelque chose derrière la tête.
— Va te faire foutre, Potter ! cracha Justin Selwyn.
A ces mots, James serra la main de Ludivine avec force, et cette dernière comprit le message. Les deux sorciers pointèrent aussitôt leur baguette vers leurs opposants, chacun prononçant avec clarté son sortilège.
— Stupefix, murmura James d'un ton calme.
— Bombarda ! s'exclama Ludivine.
Les deux sortilèges touchèrent leur cible de plein fouet, l'un tombant raide sur le sol sans qu'il n'ait pu réagir tandis que l'autre était projeté quelques mètres plus loin sous le coup d'une explosion. Les deux sorciers restants réagirent aussitôt, levant leur baguette vers eux.
— Expulso !
— Fulgari !
James cria un protego qui bloqua le sortilège d'expulsion lancé dans sa direction. Quant à Ludivine, elle leva sa baguette au-dessus de sa tête et lui fit faire un léger mouvement de va et vient, redirigeant le sort vers son envoyeur qui se le prit de plein fouet, finissant plaqué au sol par une force invisible qui lui noua les mains.
— Diffindo.
Le sortilège lancé avec calme par James fut en partie évité par Selwyn qui s'était décalé vers la gauche. La manche de sa veste fut néanmoins découpée, avec une partie de sa peau mais de façon superficielle. Il renvoya un sortilège de stupéfixion, que Ludivine évita quand James la plaqua au sol avec dextérité avant d'envoyer un sortilège de confringo qui toucha Selwyn de plein fouet.
Un silence s'installa une fois les quatre sorciers mis hors d'état de nuire. Lorsque Ludivine n'entendit plus aucun bruit, elle porta son attention sur James. Il avait maintenu sa pression sur son poignet et était à moitié affalé sur elle, s'assurant par son coude de ne pas l'écraser de son poids.
Il posa son regard sur elle, s'assurant d'un œil mobile qu'aucune expression de douleur ou de peur ne se trouvait sur ses traits. Ludivine soutint son regard jusqu'à qu'il décide de se relever, lui tendant une main.
— Qu'est-ce que je disais ? dit James avec un sourire narquois. Tu es festive, Hendell.
— Et toi, inconscient, dit Ludivine sèchement en attrapant toutefois la main qu'il lui tendait. On aurait pu éviter ce duel.
— Pour en avoir eu bon nombre, je peux t'assurer que non.
Ludivine ne sut interpréter l'émotion qui passait sur les traits du sorcier. Elle voulut lui demander ce qu'il voulait dire par là, mais elle le savait déjà. Être le fils du Survivant n'était pas uniquement synonyme de célébrité. Elle savait, par Albus, que James avait pâti de son rôle de premier né de Harry Potter.
Ludivine ne dit rien, choisissant de s'approcher des quatre sorciers allongés sur le sol. Deux d'entre eux étaient tombés raides au sol, pris dans un sort de stupéfixion. Un autre avait atterri un peu plus loin sous la force du sortilège d'explosion. Un dernier était toujours conscient, les mains ligotées au sol. Ludivine eut un instant d'hésitation, mais choisit de lever sa baguette et jeter un sort de stupéfixion. Elle ne prendrait pas le risque de relancer un duel.
Lorsqu'elle se retourna vers James, celui-ci avait remis ses mains dans ses poches et la regardait d'un air indéchiffrable qu'elle choisit de ne pas interpréter. Il s'approcha, jetant un regard rapide sur les quatre sorciers au sol avant de relever la tête vers elle. Il se tenait très proche et elle se demanda pourquoi il avait autant réduit la distance entre eux. Elle voyait sur son visage qu'il était en pleine lutte intérieure, et Ludivine choisit de parler pour briser la lourdeur du moment.
— Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
— Tu as un bon niveau, répondit pensivement James.
— Tu en doutais ? demanda Ludivine d'un ton défensif.
— Vraiment pas, répondit James dans un sourire, amusé de la défensive de la sorcière dès qu'on attaquait ses compétences.
— Dans ce cas, tu ne...
— Mets-toi en équipe avec moi pour le concours, dit James avec fermeté, créant un élan de panique chez Ludivine qui sentit ses yeux s'écarquiller sous la surprise.
