Chapitre 9 — Une décision n'est bonne qu'une fois prise

— Pardon ? demanda Ludivine, interloquée.

— Tu m'as compris, répondit James en levant les yeux au ciel, faisons équipe !

James se tenait très proche de Ludivine, qui eut un mouvement de recul. Elle commençait à se sentir oppressée sous le regard inquisiteur et ferme de James, et sa proximité physique. Elle ne savait pas pourquoi, mais la proposition du sorcier l'irritait. Que savait-il vraiment d'elle pour penser qu'ils feraient une bonne équipe ?

— C'est absurde, rétorqua-t-elle en fusillant James du regard, absurde.

— Allons, argua-t-il en souriant avec malice, ce n'est pas si absurde que ça. On vient d'en avoir la preuve! Tu as un bon niveau. Moi aussi. Faisons équipe !

— Ce n'est pas un critère suffisant ! cingla Ludivine.

— C'est le plus important, objecta James en fronçant les sourcils.

— On ne s'entend pas, Potter.

— Je ne participe pas pour me faire de nouveaux amis, Hendell, répliqua James en haussant les épaules. Je participe pour gagner.

Le regard de James s'était durci et Ludivine sentait bien qu'il s'impatientait. Il avait posé sur elle un regard vindicatif qui provoqua un mouvement de recul chez elle, lui rappelant celui qu'il avait arboré quelques jours plus tôt. Pendant un instant, elle comprit pourquoi son entourage ne souhaitait pas se mettre avec lui. Bien sûr, il ne lui avait pas fallu plus d'un échange pour voir que James Potter était un jeune homme compliqué. Et elle n'avait pas besoin d'un tel niveau de complexité.

— Il faut plus qu'un bon niveau pour gagner, Potter. Les binômes vont devoir travailler ensemble et se faire confiance. Pour ça, il faut bien s'entendre !

— Tu trouves qu'on s'entend mal ? répliqua le sorcier.

— Tu trouves qu'on s'entend bien ? renvoya-t-elle d'un air sidéré.

Pour elle, cet échange restait incohérent, mais James se contenta de hausser les épaules, portant sur elle un regard réfléchi. Il ne semblait pas voir les choses du même œil qu'elle et elle se demanda s'il vivait dans son monde ou s'il le faisait exprès.

— Ta proposition sonne creux, cingla-t-elle en sentant une colère sourde monter en elle.

— Tu ne…

— Ludivine ?

James se tut, observant aigrement la personne qui l'avait interrompu dans son argumentaire. C'était Acca qui s'approchait, accompagnée de Michael, les regardant avec un mélange de surprise et de méfiance.

— Qu'est-ce que vous… commença-t-elle avant de poser son regard sur les sorciers à terre. Tout va bien ?

— Tout va bien, répondit Ludivine sèchement sans détourner son regard de celui de James, je m'apprêtais à retourner au château.

Ludivine défia James du regard de l'en empêcher, mais celui-ci s'était refermé dès l'arrivée des deux sorciers. Il se contenta de soutenir son regard, se décalant d'un pas comme pour lui ouvrir le chemin.

Acca s'approcha en voyant que Ludivine ne bougeait ni son regard, ni son corps. Elle attrapa sa main, saluant James poliment avant de se mettre en marche avec Ludivine en direction du château, Michael sur les talons.

Sur le chemin du retour, Acca ne posa aucune question mais elle sentait la tension chez Ludivine et tenta de lui changer les idées. Elles discutèrent d'Evelyn, décidant qu'aller la voir à une heure aussi tardive n'était pas ce qu'il y avait de mieux à faire. Ludivine alla donc se coucher, la tête bourdonnante.


Assise sous un arbre dans le parc, Ludivine n'arrivait pas à détourner ses pensées de l'échange de la veille.

Au matin, elle s'était réveillée en ressentant une certaine appréhension. La proposition de James Potter n'avait pas quitté son esprit, et elle s'était surprise à trouver cette idée… palpitante. Elle avait senti une poussée d'adrénaline la veille, lorsqu'ils avaient combattu les quatre sorciers, qui l'avait fait vibrer. C'était un sentiment qu'elle adorait et elle devait reconnaître qu'ils avaient fait une bonne équipe.

Elle restait toutefois réticente, d'une part parce qu'elle ne prenait pas au sérieux la proposition du Gryffondor qui reviendrait sur son idée, elle en était persuadée. Et d'autre part, parce que cela impliquait qu'elle ait une discussion avec Albus, et Ludivine n'avait aucune idée de la potentielle réaction de son ami.

Elle avait refusé de se retrouver face à Albus et Scorpius à qui elle n'avait définitivement pas envie de raconter sa fin de soirée, et avait souhaité se réfugier ailleurs. Elle avait prétexté devoir écrire un courrier à sa mère quand elle les avait croisés. Elle se savait ridicule mais elle n'avait pas le courage de les affronter. Finalement, elle s'était laissé porter jusqu'au parc où elle s'était promenée pendant un long moment, ressassant tout ce qu'elle avait en tête avant de décider de se diriger vers le terrain.

Lorsqu'elle arriva, elle fut surprise de l'agitation qui régnait dans les airs. L'équipe de Serpentard volait autour du terrain d'un mouvement uni, mais l'expression sur leur visage montrait qu'ils n'avaient aucun plaisir à effectuer l'exercice.

— Ludivine Hendell, entendit-elle depuis les gradins un peu plus haut.

Ludivine se retourna et croisa un regard amical, qui appartenait à un sorcier de Poufsouffle qu'elle reconnut, pour l'avoir rencontré quelques semaines plus tôt.

— Kilian Finnigan, répondit-elle, fière d'avoir retenu le nom du sorcier qui se tenait devant elle.

— Je peux t'accompagner dans ton observation ? suggéra-t-il en montrant le terrain de sa main.

Ludivine hésita un instant. Elle n'avait parlé qu'une seule fois au sorcier, et même si elle avait eu un très bon premier sentiment, elle ne le connaissait tout de même que très peu. Elle jeta un regard en direction d'Albus, qu'elle trouva pris dans un échange animé avec Mila qui semblait en avoir marre de faire des tours de terrain, et elle se dit qu'un peu de compagnie ne lui ferait pas de mal.

Ludivine reporta alors son attention sur le sorcier qui attendait sa réponse avec une légère appréhension sur son visage.

— Pourquoi pas, tenta-t-elle avec un léger sourire.

Kilian lui rendit un sourire éclatant avant de descendre les bancs qui le séparaient d'elle, prenant place sur le siège à côté.

— Je ne vais pas te mentir, commença Kilian en appuyant ses coudes sur ses genoux, je ne m'attendais pas à ce que tu acceptes.

— J'ai l'air hostile, n'est-ce pas ? demanda-t-elle dans un sourire.

— Hostile n'est certainement pas le bon terme, répondit-il avec précaution, plutôt imprévisible mais ça fait partie de ton charme.

Ludivine ne cacha pas sa surprise tandis que Kilian lui faisait un sourire amical. Il ne semblait pas se rendre compte du compliment qu'il venait de lui faire et Ludivine en rougit presque.

— J'ai vu ton nom sur le tableau d'inscription, reprit-il, c'est cool !

— Ça le sera d'autant plus quand j'aurai trouvé un binôme, répondit-elle. Et toi, tu participes ?

— J'hésite encore, admit Kilian avec un sourire, je fais partie des indécis du château. J'entends que beaucoup de monde s'inscrit, même hors Poudlard, et la plupart a un bon niveau. Je n'ai pas encore choisi si j'allais m'aventurer sur ce terrain ou non. Surtout que, comme tout Poufsouffle qui se respecte, je suis meilleur avec mon relationnel qu'avec ma baguette, et un concours n'aide pas les relations entre élèves.

Ludivine eut un rire, et elle se surprit à essayer de le rendre plus agréable que moqueur. Elle n'était pas dérangée par la longue réponse du sorcier. Elle ne ressentait aucune gêne près de lui, voire même une aisance qu'elle n'avait qu'avec très peu de monde.

— Tu as encore un peu de temps pour faire ton choix, répondit Ludivine.

— Ça ne me préoccupe pas particulièrement, dit Kilian avec malice.

Le langage corporel du sorcier la mettait à l'aise. Rien dans son attitude et ses propos n'inspirait la méfiance, et elle se surprit à trouver ce sentiment agréable. Personne ne lui avait inspiré une telle tranquillité depuis ses onze ans, âge auquel ses dernières amitiés existantes s'étaient formées.

— Je t'ai vu à Pré-au-Lard hier, reprit-il, avec Rockwood et Walsh, je ne savais pas que vous étiez amies.

— Comme beaucoup de monde, répondit Ludivine. On reste discrètes.

— Je ne pensais pas que ton entourage était plus large que Potter et Malefoy, dit Kilian.

L'amusement n'était pas contagieux pour Ludivine qui resta hermétique à son humour.

— Je pense juste que tu ne me connais pas vraiment, argua Ludivine d'un ton qu'elle voulut conserver le plus calme possible.

— C'est vrai ! reconnut Kilian.

Il avait toujours ce même sourire et Ludivine se demanda s'il ne testait pas son caractère en la titillant pour voir ses réactions.

— En tout cas, reprit-il sur le ton de la confession, je regrette de ne pas t'avoir croisée avant Pré-au-Lard. Je t'aurais invitée à y boire un verre sinon.

Ludivine rougit devant le sous-entendu explicite qui la mit mal à l'aise. Elle ne réagissait pas particulièrement bien au flirt et commençait à être gênée.

— Peut-être la prochaine fois, suggéra-t-elle sur un ton bas.

Ludivine se demanda un instant ce qu'il lui prenait, à flirter avec Kilian Finnigan. Elle n'était pas quelqu'un de particulièrement abordable, car toujours accompagnée d'Albus et Scorpius, et parce qu'elle coupait toujours court aux discussions. Ce n'était pas le cas aujourd'hui et elle ne comprenait pas pourquoi.

— STONES ! QU'EST-CE QUE TU FOUS !

Sur le terrain, Albus hurlait sur ses joueurs depuis plusieurs minutes. Il semblait contrarié et maintenant que Ludivine y regardait de plus près, elle pouvait voir que l'ambiance était tendue.

— Potter est remonté ce matin, expliqua Kilian. Il crie sur tout le monde depuis le début de l'entraînement.

Ludivine haussa les sourcils de surprise. Il n'était pas dans les habitudes d'Albus d'être tyrannique s'ils n'étaient pas à l'approche d'un match, et le prochain affrontait Serdaigle et Gryffondor. Mais il suffit d'un regard pour que Ludivine voie qu'il était en effet contrarié par quelque chose.

Albus continuait de s'énerver contre Mila qui avait volé à toute allure dans sa direction et lui hurlait maintenant dessus sans que ses propos n'arrivent jusqu'aux gradins. Les deux sorciers réglaient leurs comptes et aucun ne décolérait.

— Ce que Potter peut être excessif sur un terrain, marmonna Kilian.

Ludivine fronça les sourcils. Elle savait qu'il n'y avait aucune méchanceté dans ce qu'il disait, lui qui semblait transparent et sincère, mais elle se méfia. Elle était surprise de constater que, pour des sorciers dont les parents avaient fait la guerre ensemble, ils ne semblaient pas particulièrement s'apprécier. Il avait peut-être raison, elle n'appréciait cependant pas qu'on critique Albus.

— JE M'EN CARRE LA BOUSE DE DRAGON, POTTER !

Albus et Mila s'étaient posés au sol et se tenaient maintenant à quelques centimètres l'un de l'autre, se fusillant du regard. Finalement, Albus recula d'un pas et clama d'un ton froid la fin de l'entraînement, sommant Mila de l'accompagner dans les vestiaires. Devant la scène, Kilian fit un bruit marqué de dédain et Ludivine se sentit obligée de défendre son ami.

— Il est juste très investi, dit-elle sèchement.

— Pardon, répondit Kilian avec un sourire qui calma aussitôt son irritation, j'avais oublié que Potter et toi étiez comme les doigts d'une main.

Kilian porta un regard amusé en direction de Ludivine qui choisit de ne pas répondre. Elle savait qu'elle était de mauvaise foi, étant la première à clamer haut et fort qu'Albus était un obsédé du Quidditch et un capitaine tyrannique. Mais elle mentirait avec adresse et sans cligner des yeux pour défendre Albus.

— Et ça, fit une voix, je ne te le fais pas dire, Finnigan !

Ludivine leva les yeux au ciel alors que Scorpius descendait de son balai pour s'installer à côté d'elle. Il salua le Poufsouffle d'un mouvement de tête narquois avant de reporter son attention sur elle.

— Fin de l'entraînement ? demanda-t-elle.

— Tout à fait ! s'exclama Scorpius d'un ton railleur. Un entraînement de qualité, comme tu as pu le constater.

Scorpius avait les traits tirés et Ludivine ne doutait pas que son ami était fatigué. Il lui partagea un sourire amical avant de jeter un regard à la dérobée au Poufsouffle.

— Si ça ne te dérange pas, Finnigan, reprit Scorpius avec toujours ce même sarcasme, l'annulaire aimerait passer du temps avec le majeur avant de retrouver l'index.

Kilian jaugea le sorcier du regard avec réserve avant de reporter son attention sur Ludivine pour lui faire un sourire chaleureux.

— Dans ce cas, lui dit-il, je ne te retiens pas plus longtemps. Peut-être qu'on pourra concrétiser ce que je t'ai dit une prochaine fois.

Il lui fit un dernier sourire, qu'elle lui rendit avant de saluer cordialement Scorpius et de quitter le gradin. Ce dernier suivit le sorcier du regard avant de reporter son attention sur son amie.

— Il te draguait, maugréa Scorpius quand le sorcier fut suffisamment loin.

Ludivine soupira avec exagération mais ne répondit pas, ne souhaitant pas aller sur ce terrain-là.

— Qu'est-ce qui arrive à Albus ? demanda-t-elle. Je le vois rarement aussi énervé.

Scorpius lui jeta un regard en biais, teinté d'une indécision imperceptible pour qui ne le connaissait pas bien.

— Il est comme ça depuis le petit-déjeuner.

— Et que s'est-il donc passé ? insista Ludivine qui avait bien compris que Scorpius ne voulait pas tout lui dire.

— Demande-lui directement, se contenta-t-il de répondre.

Ludivine plongea son regard dans celui de son ami. Elle y lut une gêne peu habituelle, et s'il n'était pas venu vers elle, elle aurait pensé qu'il ne voulait pas lui parler. Ludivine était une vraie éponge à émotions quand il s'agissait de Scorpius ou Albus, et elle ressentait cette gêne dans tout son corps.

— On t'a perdue de vue, hier soir, reprit-il en lui jetant un nouveau regard en biais.

— Je voulais retrouver Evelyn, expliqua Ludivine avec prudence.

— C'est ce que semblait m'expliquer Rockwood ce matin. C'est une pipelette, Rockwood, quand elle le souhaite.

Scorpius portait un regard insistant sur Ludivine qui comprit le message.

— Qu'est-ce que tu attends de moi, Scorp ? demanda-t-elle en toute transparence, mal à l'aise.

— Que tu m'expliques pourquoi c'est James qui vient annoncer à Al qu'il t'a proposé de faire équipe pour le concours, et non toi ?

Ludivine sentit ses yeux s'écarquiller à cette information.

— Parce que ce n'est pas à moi de le faire, répondit-elle, irritée. Potter a eu une illumination qui, j'en suis sûre, lui est passée depuis.

— Il est suffisamment sérieux pour en avoir parlé à Albus, assura Scorpius.

Ludivine ne répondit rien, agacée. Elle n'aimait pas le ton de reproche de Scorpius, mais elle savait que ce qui la dérangeait autant était qu'elle se sentait coupable. Elle avait évité ses deux amis ce matin, et même s'ils n'en savaient rien, elle s'en voulait. Ils avaient toujours été très transparents les uns avec les autres, et elle ne comprenait toujours pas pourquoi elle n'en avait pas parlé le matin. Elle savait pourtant qu'ils l'auraient conseillée avec la plus grande objectivité.

— Tu sais qu'Al t'adore, reprit Scorpius sur un ton plus doux, il n'a pas compris pourquoi il apprenait ça de son frère et non de toi. Et je peux te dire que la surprise de James quand il a vu qu'Albus n'était pas au courant n'a pas aidé la situation.

— J'avais besoin d'y réfléchir tranquillement avant de vous en parler, soupira Ludivine.

— Je sais, souffla Scorpius avec douceur, et Al aussi. C'est juste un concours de circonstance et je pense qu'il faut lui en parler pour éluder tout ça.

— Ce n'est rien de sérieux, argua-t-elle, je ne l'envisage même pas.

— Pourquoi ? demanda Scorpius avec surprise.

— Parce que je ne lui fais pas confiance, répondit simplement Ludivine.

Scorpius resta silencieux, réfléchissant à ce qu'il pouvait lui répondre. Il arborait un air sérieux qui n'avait rien à voir avec la moquerie qu'il avait affichée un peu plus tôt. Maintenant qu'il avait partagé ce qu'il avait à dire, sa gêne vis-à-vis d'elle avait disparu. Il avait juste eu besoin de s'exprimer.

— James est un très bon sorcier, déclara Scorpius, tu devrais au moins considérer sa proposition.

Ludivine ne cacha pas sa surprise, faisant sourire Scorpius qui passa son bras autour de ses épaules.

— Je te disais simplement qu'il fallait en parler à Albus plutôt que d'éviter la discussion, lui expliqua-t-il. En dehors de ça, je ne vois pas quel serait le problème.

— Je crains que ça ne dérange Albus, confessa Ludivine à voix basse.

— Je ne vais pas te mentir, sourit Scorpius, ça n'a pas l'air de l'enchanter là de suite. Mais ça lui passera, et je suis sûr qu'il soutiendra votre décision, quelle qu'elle soit.

— Tu penses ? douta Ludivine.

— Albus te soutiendrait dans tout, Lud, affirma Scorpius, ce n'est pas ton meilleur ami pour rien.

Il lui fit un sourire rassurant et elle le remercia du regard avant de changer de sujet.

— Acca et toi avez scellé votre pacte ?

— Tout à fait ! s'exclama Scorpius avec un sourire. Je peux te dire que la présence de Rockwood avant qu'on le fasse n'a d'ailleurs pas aidé à améliorer l'humeur d'Albus.

— Je ne comprends vraiment pas pourquoi ils ne s'aiment pas, ces deux-là, soupira Ludivine. En tout cas, félicitations ! Tu verras, tu t'amuseras bien avec Acca.

— J'y compte bien, répondit Scorpius avec malice.

Ludivine n'en doutait pas. Son amie était la partenaire idéale pour Scorpius. Ce dernier pouvait avoir un humour très railleur qui chatouillait là où ça faisait mal, et elle se doutait que l'espièglerie de Scorpius correspondait bien à l'explosivité d'Acca et sa capacité à tout prendre à la légère.

Le choix de Scorpius, comme celui de Ludivine, avait été restreint. Lui non plus ne s'intéressait pas à grand monde, et surtout il n'accordait pas suffisamment d'importance au concours pour se mettre avec quelqu'un de trop sérieux ou trop impliqué. Ludivine était même surprise, avec du recul, que le sorcier choisisse de participer.

Scorpius rejetait les institutions, qu'il trouvait injustes et inégales. Passionné par l'histoire de la Grande Guerre et la façon dont elle avait été gérée par le gouvernement magique, Scorpius avait un avis politique très arrêté, même s'il n'en faisait pas étalage. Ils avaient passé suffisamment de soirées à refaire le monde pour que Ludivine sache que Scorpius réformerait tout s'il en avait le pouvoir, et qu'il était hors de question qu'il entre dans cette machine mal huilée qu'était le gouvernement magique anglais. Alors elle était bien placée pour savoir que Scorpius n'avait aucune ambition de gagner ce concours autre qu'un défi à relever.

— Tu penses que je devrais aller voir Al maintenant ? demanda-t-elle.

— Laisse le redescendre en pression, conseilla Scorpius, tu sais comment il est quand un entraînement se passe mal. Ça lui tient plus à cœur que toutes ces histoires.


Diffindo.

— Quelque chose te préoccupe, Lud.

Ludivine ne répondit pas immédiatement, concentrée sur la découpe de la plante à ses pieds. Elle attrapa la branche d'ellébore qu'elle rangea dans son sac à dos, puis releva la tête. Face à elle, Liz et Evelyn s'installaient sur un tronc d'arbre au sol tandis que Acca s'asseyait directement sur un tas de feuilles sans se préoccuper de l'état de sa jupe.

Suivant les conseils de son directeur, Ludivine avait décidé de s'entraîner à la préparation du philtre de Paix et devait récupérer des feuilles d'ellébore pour en faire un sirop à utiliser dans la potion. Heureusement, il n'y avait pas besoin de s'avancer trop loin dans la forêt interdite pour en trouver.

Elle en avait profité pour envoyer un charme aux trois sorcières pour leur proposer de l'y retrouver. Elle n'avait finalement pas pu discuter avec Evelyn de son déjeuner et si elles pouvaient le faire toutes ensemble, ça n'en était que mieux.

— On est là pour parler de ton déjeuner, répondit Ludivine avec un sourire.

— Ne détourne pas le sujet, siffla Evelyn, et dis-nous ce qui te préoccupe suffisamment pour te créer des rides.

Ludivine hésita à argumenter de nouveau mais elle savait, en voyant ses trois amies tournées vers elle dans l'attente, qu'elle n'échapperait pas à l'interrogatoire.

— James Potter m'a proposé de faire équipe avec lui pour le concours, dit-elle platement.

La surprise qu'elle lut sur le visage de ses amies lui confirma que cette situation était lunaire. Elles échangèrent un regard et Ludivine soupira. Même si sa discussion un peu plus tôt avec Scorpius l'avait détendue, elle sentait un poids qu'elle ne parvenait pas à alléger. C'était d'autant plus frustrant qu'elle n'arrivait pas à expliquer ce qui la dérangeait tant.

— Hier soir, quand je vous ai croisés ? demanda Acca qui rassemblait les pièces de puzzle dans son esprit.

Ludivine hésita un instant à leur relater les événements de la veille, mais la question d'Acca avait déjà suscité suffisamment de curiosité chez Evelyn et Liz. Alors Ludivine leur raconta sa rencontre avec James.

Liz et Evelyn eurent un même air surpris tandis qu'une expression de compréhension s'installait sur les traits d'Acca. Ce fut Liz, rationnelle, qui prit la parole en premier.

— Et qu'est-ce que tu penses faire ? demanda-t-elle. Tu comptes accepter ?

— A l'inverse ! dit Ludivine comme si la réponse était évidente. Je prévois de refuser.

Les trois sorcières restèrent interdites et Ludivine sut qu'elles se retenaient de dire quelque chose lorsqu'elle vit le regard qu'elles échangeaient.

— Vous n'êtes pas d'accord, affirma-t-elle.

— L'idée même d'accepter a l'air de te sembler absurde, tenta Liz.

— Bien sûr qu'elle me semble absurde, se justifia Ludivine, tout comme sa proposition ! On ne se connaît même pas ! s'exclama-t-elle.

— Et alors ? argua Acca. Malefoy et moi ne nous connaissons pas plus que vous et pourtant nous faisons équipe.

— Rien ne me dit qu'il est encore de cet avis aujourd'hui, continua Ludivine qui n'appréciait pas la tournure que prenait cette discussion.

Acca voulut répondre mais Evelyn l'en empêcha d'une main, fixant Ludivine d'un air hésitant. Elle avait bien compris que convaincre Ludivine n'était pas la bonne méthode à adopter. Le regard qu'elle avait échangé avec Liz avait confirmé à Evelyn qu'il fallait employer une autre stratégie.

— Qu'est-ce qui te fait peur ? demanda Evelyn avec prudence, comme si elle ne souhaitait pas la brusquer.

— Je ne le connais pas, admit Ludivine avec hésitation. Qu'est-ce qui me dit que je peux lui faire confiance ? En dehors de son lien de parenté à Albus, rien ne me pousse à me fier à lui.

— Dans ce cas, répondit Liz avec douceur, pourquoi n'essaies-tu pas de faire plus ample connaissance avec lui ?

Ludivine haussa les épaules en soupirant. Elle n'avait pas besoin de le dire pour qu'elles le sachent. Elle avait tout simplement peur de s'ouvrir à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Elle ne l'avait pas fait en six années, en dehors d'Albus et Scorpius. Elle s'entendait bien avec Mila car elle la côtoyait au quotidien, ainsi qu'avec Rose car elles se connaissaient par leur obligation de préfètes. Mais Ludivine n'avait jamais fait l'effort - jamais pris le risque - de s'ouvrir à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas ou peu. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle son cercle d'amis était si restreint et qu'elle n'avait eu presque aucune relation amoureuse.

Elle n'était ni Acca qui avait une aisance impressionnante avec tout le monde, ni Evelyn qui avait un cercle de connaissances élargi par le Quidditch et ses obligations familiales, ni Liz dont la douceur attendrissait quiconque s'approchait.

Ludivine se ferma à la discussion en se penchant pour récupérer des fleurs d'aconit, et ses trois amies comprirent le message. Il n'y avait aucun intérêt à insister. Ce fut pour cette raison que Liz se tourna vers Evelyn, lui demandant comment s'était passé son déjeuner.

Evelyn soupira en entendant la question, passant une main dans ses longs cheveux noirs.

— C'était très… plat, hésita Evelyn. On a discuté de façon très cordiale de nos vies respectives, mais rien de particulier n'est ressorti de cette discussion.

— Il était agréable ?

— Est-ce qu'il était aussi réticent que toi ?

— Tu comptes faire quoi ?

Les questions fusèrent dans tous les sens, et Evelyn eut un sourire attendri. Elles prenaient toutes très à cœur sa situation.

— On s'est engagé à faire plus ample connaissance, dit-elle. Je pense que d'ici là, rien d'extraordinaire ne sortira de cette relation.

— Nott n'est pas quelqu'un qui s'exprime beaucoup, informa Ludivine, ça ne me surprend pas qu'il se soit montré peu expressif.

— Tout Serpentard est comme ça au premier abord, se moqua Acca.

— Peut-être, répondit Ludivine, mais il faut simplement faire confiance à son interlocuteur.

— Simplement, ironisa Evelyn, c'est Ste Mangouste qui se fout de la charité !

— Tout ce que je veux dire, conclut-elle, c'est qu'il lui faudra du temps pour s'ouvrir à toi, mais ce sera également ton cas. Apprenez à vous connaître en tout premier lieu.

Evelyn ne répondit rien, toujours un air sceptique sur le visage. Concentrée sur sa situation, elle ne fit aucun commentaire sur le conseil que son amie refusait par ailleurs d'appliquer à elle-même. Evelyn avait beau vouloir tout plaquer, elle devait tout de même être honnête avec elle-même. Elle n'avait aujourd'hui aucune force pour tenir tête à ses parents et rejeter ce mariage. Et tout ce qu'elle pouvait se dire au quotidien n'y changeait rien.

La panique qu'elle avait ressentie la veille après son déjeuner s'était calmée après une session de vol puis en croisant le regard d'Ethan Nott le matin-même au petit-déjeuner. Ce dernier l'avait saluée d'un petit sourire, qu'Evelyn vit comme un premier pas. Le rendez-vous ne s'était pas mal passé, elle le reconnaissait avec du recul, mais il n'y avait aucun coup de foudre.

— Au moins, soupira-t-elle, ce n'est pas quelqu'un de mauvais. Et puis, les rares blagues qu'il a initiées étaient drôles.


Lorsque Ludivine arriva à la lisière de la forêt après avoir vagabondé une petite heure à la recherche du reste des ingrédients, elle fut étonnée de voir que quelqu'un l'attendait. Appuyé patiemment contre un arbre, Albus avait le regard rivé sur son carnet de stratégie et semblait concentré, ce qui ne l'empêcha pas de relever la tête vers Ludivine quand elle approcha.

— Que fais-tu là ? demanda-t-elle avec un sourire qui ne cachait pas sa surprise.

— J'ai vu ton nom sur la carte et je me suis dit qu'un peu d'air frais ne me ferait pas de mal.

Ludivine hocha la tête, arborant un petit sourire qu'Albus ne lui rendit qu'à moitié tandis qu'ils se mettaient à marcher en direction du château.

— James est venu me voir au petit-déjeuner, dit Albus sans tourner autour du pot.

Le ton d'Albus était neutre et Ludivine se raidit à l'entente du prénom du Gryffondor. Scorpius lui avait déjà expliqué la situation, et elle préféra ne rien dire et attendre qu'Albus parle, ce qu'il fit au bout de quelques secondes.

— Il m'a raconté votre rencontre hier soir et m'a partagé l'idée intéressante, reprit Albus en insistant sur ce mot avec ironie, qu'il aurait eue de se mettre en équipe avec toi.

— Ton frère a réagi sur le coup de l'adrénaline, argua Ludivine qui n'aimait pas l'expression troublée du sorcier.

— Oh je pense qu'il était très sérieux, répondit Albus en secouant la tête. Il ne serait pas venu m'en parler si ce n'était pas le cas.

L'expression dubitative de Ludivine fit sourire Albus qui se sentit obligé de lui expliquer ce qu'il insinuait par-là. Il était conscient qu'elle avait toujours pris soin de ne pas être impliquée dans les histoires du clan Potter-Weasley et, de ce fait, connaissait peu comment ils fonctionnaient.

— James est du genre à préférer mettre les pieds dans le plat plutôt que de laisser planer des doutes, expliqua Albus. Tu es ma meilleure amie alors il voulait s'assurer que ça ne me dérangeait pas.

Ludivine ne cacha pas sa surprise. Il lui semblait en effet qu'elle connaissait très mal le frère d'Albus et leur relation fraternelle, mais elle apprécia la franchise et la transparence du sorcier, admettant à elle-même qu'elle n'avait pas eu ce courage.

— Tu lui as répondu quoi ? demanda-t-elle

— Quand il m'a dit qu'il envisageait de se mettre avec toi ? demanda Albus en haussant les épaules. Que c'était à toi de décider et que je n'avais pas à rentrer dans l'équation.

— Tu le penses ? demanda Ludivine d'un air sceptique.

— Et toi, tu l'envisages ? demanda Albus avec curiosité.

— Et bien, rougit Ludivine tandis qu'elle commençait à s'agiter, j'en ai discuté avec les filles qui pensent que ce ne serait pas une si mauvaise idée.

— Mais toi ? insista Albus. Tu en penses quoi ?

— J'en pense, répondit-elle après un temps de réflexion, qu'il a un bon niveau et qu'on s'est bien débrouillé hier pour deux personnes qui n'avaient jamais combattu ensemble.

— Je croyais que tu ne pouvais pas le supporter, argua Albus.

— C'est le cas.

— Alors comment tu pourrais lui faire même un minimum confiance ? demanda-t-il comme si l'idée lui était inconcevable.

— Je ne lui fais pas confiance, répondit Ludivine pour qui c'était une évidence, et je reste encore très sceptique à l'idée de ce binôme. Mais je ne peux pas te cacher que je réfléchis beaucoup à ce qu'il m'a dit.

Albus fixa la sorcière du regard avant de tourner la tête, la lèvre pincée. Il n'était pas content et Ludivine n'avait aucune difficulté à le voir.

— L'idée ne te plait pas, constata Ludivine.

— Pas vraiment, admit Albus.

— Pourquoi ? demanda-t-elle.

— Je connais mon frère, répondit sèchement Albus avant de se mordre la lèvre d'hésitation, mais Ludivine ne fit pas attention à son ton.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Albus s'arrêta et la regarda.

— Mon frère aime les défis, Ludivine, reprit Albus. Tout ce qui représente un défi pour lui est intéressant à relever.

Albus la scrutait d'un œil expectatif, mais Ludivine ne parvenait pas à savoir quelle information il cherchait. Elle pouvait sentir qu'il y avait plus à cette histoire que ce qu'elle savait mais n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

— C'est comme ça que tous les participants voient ce concours, Al, je ne vois pas le problème à ça.

Albus ne cacha pas son agacement en éloignant son regard, ignorant l'air perplexe de Ludivine. Elle ne comprenait pas son irritation, et Albus, malgré sa contrariété, s'adoucit devant l'innocence de son amie, choisissant d'aller dans son sens.

— Tu as raison, ma Lud, il n'y a aucun mal à ça.

Ludivine ne dit rien, cherchant le regard d'Albus. Quelque chose le dérangeait et elle ne parvenait pas à déterminer quoi. Elle ne savait pas précisément ce que son frère avait pu lui dire mais elle comprenait bien que l'idée de ce binôme ne lui plaisait pas.

— Est-ce que tu veux que je refuse ? demanda-t-elle avec un sourire bienveillant.

Albus ne cacha pas sa surprise, lui jetant un regard à la dérobée. Ludivine eut un petit rire. Elle commençait à avoir une légère idée de ce qu'il se passait, l'expression pincée d'Albus confirmant ses doutes.

— Tu n'aurais pas d'intérêt à refuser, répondit-il avec neutralité.

— J'en aurais si ce binôme te dérange.

Albus réfléchit d'un air impassible, sans la quitter du regard. Ludivine lui fit un sourire doux. Elle n'hésiterait pas à faire ce choix si son ami le lui demandait. Peut-être même, reconnut-elle, que la volonté d'Albus le lui faciliterait.

— Est-ce-que tu préfèrerais, Al ? insista Ludivine avec sérieux.

— Je te soutiens dans tout, Lud, dit finalement Albus d'un ton fataliste mais avec un petit sourire après un moment de silence, si tu penses que faire équipe avec James te permettra de gagner, je ne serai pas un frein.

Ludivine rendit son sourire à Albus. Elle n'avait pas besoin d'insister. Ils avaient beau être particulièrement dévoués l'un à l'autre, elle savait également qu'Albus pensait suffisamment à lui pour ne pas hésiter à lui dire si jamais l'idée le dérangeait réellement.

— Je pense que mon envie irrationnelle de dire merde au Quidditch et de m'inscrire pour faire équipe avec toi devrait me passer, Hendell, confessa Albus sur le ton de l'amusement.

Albus avait choisi l'humour pour faire passer le message et Ludivine lui rendit son sourire. Elle se disait parfois qu'il était en effet resté plus de traces qu'elle ne le pensait de ce qu'ils avaient un jour partagé tous les deux et sur quoi ils avaient décidé de tirer un trait. Ces élans de possessivité, rares mais qui avaient le mérite d'exister, en étaient la preuve. Mais Ludivine voyait que le sourire d'Albus était plein d'une tendresse amicale, d'un sentiment de protection qui allait au-delà de toutes ces histoires.

— Et tu oses dire que tu n'es pas possessif, Potter ? dédramatisa-t-elle avec un sourire moqueur. Il faut te reprendre, ce n'est pas Serpentard de ne pas contrôler ses émotions !

Albus éclata d'un rire léger tandis qu'il passait son bras autour de ses épaules et qu'ils reprenaient doucement leur marche vers le château.

— Je dois reconnaître, dit Albus avec un sourire, que je ne sais pas auquel des deux je dois souhaiter bonne chance.


Avant le dîner, Albus était allé s'excuser auprès de Mila pour son comportement. Elle avait été très réticente, mais l'insistance d'Albus avait eu raison de sa colère et elle avait fini par accepter les excuses du sorcier.

Ludivine avait passé le dîner à écouter Scorpius et Albus lui raconter leur fin de soirée. Elle avait plusieurs fois ri aux larmes devant leurs anecdotes. Elle avait notamment appris que Scorpius n'était jamais allé parler à Michelle Oxlay car celle-ci avait détourné les yeux quand il s'était approché. Mais orgueilleux Serpentard qu'il était, il n'avait pas voulu tourner les talons et avait donc feint d'être venu pour la meilleure amie d'Oxlay et l'avait draguée pendant un quart d'heure avant qu'Oxlay ne décide qu'elles devaient partir.

— Elle avait l'air jalouse, au moins ? demanda Ludivine au bord des larmes.

— J'aime à penser que oui, répondit Scorpius en prenant une part de tarte à la citrouille, mais franchement, elle avait l'air bien énervée.

Ludivine en déduisit qu'il s'agissait de jalousie, mais ne dit rien, ne voulant pas mener Scorpius vers une potentielle fausse piste. La scène d'hier semblait l'avoir définitivement découragé de tenter quoique ce soit.

— Franchement, dit Scorpius à Albus, ça ne vaut pas le coup de lutter.

— Elle essaie peut-être d'attirer ton attention de cette façon, suggéra Albus sans grande conviction.

— Peu importe, répliqua Scorpius, c'était trop gênant.

Parlant de gêne, ce fut à Albus de raconter la suite de sa soirée. Il avait discuté un long moment avec Roxanne avant que Souhad Rimens ne choisisse de se joindre à eux. Albus en avait été ravi car c'était la première fois que la sorcière faisait un pas vers lui en public depuis qu'il avait mis fin au semblant de relation qu'ils avaient partagé, mais Roxanne n'avait pas été de cet avis. Connaissant parfaitement l'historique de cette histoire et appréciant particulièrement le petit-ami de Rimens, elle n'avait pas rangé sa langue dans sa poche quand sa camarade de maison avait commencé à parler de façon charmeuse à son cousin. L'échange avait fini avec Roxanne qui lâchait un aguamenti au visage de Rimens.

— J'ai tenté de lui expliquer que ce n'était pas contre elle…, raconta Albus.

— Non, absolument pas contre elle, rigola Scorpius, c'était ce qu'on appelle un malentendu !

— Mais, continua Albus en ignorant Scorpius et le rire de Ludivine, elle n'a rien voulu entendre. Pour elle, Weasley égale Potter.

— Ça lui passera, lui dit Ludivine avec gentillesse.

— Tu ne le penses pas, n'est-ce pas ? demanda Albus, désabusé.

— Et bien, avoua Ludivine en réprimant un rire lorsque Scorpius leva les yeux au ciel, ce n'est peut-être pas plus mal ! Ta cousine n'avait pas tort.

— Tu apprendras qu'on n'énerve pas Roxanne Weasley, dit Scorpius avec un sourire.

— Alors ça, s'exclama Ludivine en rigolant, je n'avais pas besoin qu'on me l'explique !

Albus fusilla ses deux amis du regard quand ils éclatèrent de rire, décidant qu'il n'avait aucun soutien de sa famille qui n'hésitait pas à l'enfoncer dans le trou qu'il commençait à se creuser seul, ni de ses amis qui l'achevaient lorsqu'il était déjà à terre.

— Qu'est-ce qu'il ne vous arrive pas quand je ne suis pas là, plaisanta Ludivine en posant son menton dans sa main.

— Tu peux parler, argua Albus, tu t'es retrouvée dans un duel à six sorciers.

— Et tu en as mis trois à terre ! compléta Scorpius

— Hé, s'offusqua Ludivine, je n'avais rien demandé moi !

— Tu es une tueuse quand on n'est pas là, se moqua Albus.

— Et vous, des boulets !

Ludivine, Albus et Scorpius échangèrent un regard complice, et Ludivine sentit son cœur se réchauffer. Elle n'était pas habituée à ce qu'il y ait de la tension entre eux, c'était tellement rare, et elle se sentait soulagée de savoir que ça n'avait pas duré. Elle savait qu'ils se disaient la même chose quand ils échangèrent un sourire de connivence.

Ce moment prit fin quand une personne s'installa à côté d'eux et qu'un brouhaha commença à résonner autour d'eux. James Potter venait de saluer son frère et Scorpius d'un mouvement de tête avant de poser un regard amusé sur Ludivine qui le fixait avec incrédulité.

— Que fais-tu là, Potter ? demanda-t-elle en jetant un regard circulaire pour voir qui écoutait leur discussion.

— Je viens voir mon petit frère, Hendell, répondit narquoisement James en croisant les bras pour se pencher légèrement au-dessus de la table. Tu aurais préféré que ce soit pour toi ?

Ludivine le fusilla du regard tandis que Scorpius souriait avec humour et qu'Albus jetait un regard surpris à son frère. Ce dernier se tourna vers Albus, ignorant les réactions qu'il avait provoquées avec sa remarque.

— Papa voudrait que tu lui partages les dates de match de cette année, dit James à Albus, qu'il les bloque dès maintenant. Tu sais comment c'est avec lui.

— Pourquoi il ne m'a pas écrit directement ? demanda Albus avec surprise.

— Va savoir, balaya James d'un revers de main, il tenait probablement à tout prix à m'écrire pour me rappeler à quel point ce concours était une chance inouïe pour moi et qu'il fallait que je la saisisse, finit-il en posant son regard sur Ludivine une seconde avant de se tourner de nouveau vers son frère. Et deux lettres, ça relèverait de l'exploit.

Les deux frères échangèrent un regard et un sourire entendu qui se passaient de mots. James se leva, saluant son frère d'une tape dans le dos avant de s'éloigner pour sortir de la Grande Salle. Quand il fut suffisamment loin, James se tourna de nouveau vers le trio.

— Au fait, Hendell, dit-il d'une voix suffisamment forte pour être entendu de tous, j'attends toujours ta réponse !

Et il tourna les talons. Ludivine, de son côté, devint rouge quand elle vit de nombreuses têtes se tourner vers elle. Elle était à deux doigts de se lever et de suivre le sorcier dans le couloir pour lui hurler dessus, mais elle savait que ça n'aurait fait qu'accentuer les rumeurs qui étaient sûrement déjà bien entamées.

— Quel enfoiré, murmura-t-elle en fusillant l'entrée de la Grande Salle du regard bien qu'il l'ait déjà franchie.

— Mon frère a bien compris comment te faire sortir de tes gonds, dit Albus avec amusement.

— Ton frère est un idiot, marmonna Ludivine qui avait le sentiment de chanter une vieille rengaine.


Allongée dans son lit, Ludivine fixait le plafond depuis une bonne heure. Elle remuait en boucle dans sa tête les discussions qu'elle avait eues depuis la veille. Elle avait repensé au regard féroce du Gryffondor lorsqu'il lui avait fait sa proposition. Elle avait revu l'expression dubitative de ses amies devant sa réticence. Elle avait ressenti le combat intérieur d'Albus. Ce concours occupait l'esprit de Ludivine depuis plusieurs jours, et elle commençait à avoir la tête qui bourdonnait à force d'y penser.

Malgré tous les doutes qui persistaient dans sa tête, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine excitation à l'idée de se lancer dans ce concours. C'était la même excitation qu'avant un match quand elle jouait encore, avant qu'elle ne se découvre une aversion pour le Quidditch. C'était la même excitation qu'à l'idée de revoir Albus et Scorpius après plusieurs semaines d'absence.

C'était un sentiment d'inconnu mais en même temps de sérénité. Elle avait tant de confiance en elle-même, Ludivine ne doutait pas de ses capacités. Elle doutait parfois de son physique, se demandant ce qu'elle avait de plus que d'autres, si elle pouvait d'une façon ou d'une autre avoir plus de charme. Elle doutait aussi de son caractère, se demandant si elle pouvait travailler sur ce qu'elle dégageait pour être moins hostile. Parfois, elle avait encore du mal à s'accepter comme elle était.

Mais une chose dont elle ne doutait pas, c'était de ses capacités. C'était notamment pour cela qu'elle n'était pas inquiète à l'idée de se présenter seule, l'option parfois la soulageait d'ailleurs car elle n'aurait aucun compte à rendre à personne, et elle n'aurait rien à attendre des autres.

L'esprit de Ludivine dériva vers James Potter. Elle avait maintenant une proposition très sérieuse, à laquelle elle devait donner une réponse. Ludivine s'était rendu compte que sa plus grosse réticence à faire équipe avec lui venait de l'avis d'Albus. Ça, et la confiance qu'elle portait au sorcier. L'approbation d'Albus l'avait amplement soulagée et elle s'imaginait pour la première fois prendre au sérieux l'offre du Gryffondor.

« Mon frère aime les défis ».

Quelque chose dérangeait encore Ludivine. Elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus, mais elle restait réticente sans pouvoir en expliquer la raison. Si Ludivine y réfléchissait vraiment, elle pourrait facilement déterminer de quoi il s'agissait, mais elle savait que les réponses à ses questions ne viendraient pas d'elle.

Finalement, elle ne parvint pas à trouver le sommeil et une idée lui vint. Elle se releva pour se pencher vers sa table de nuit. Ludivine avait gardé la carte du Maraudeur, qu'Albus lui avait confiée deux jours plus tôt. Murmurant « je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises », qu'aucune de ses camarades n'aurait pu entendre avec le sortilège d'assourdiato lancé autour de son lit, elle vit des noms apparaître alors que Poudlard se dessinait sous ses yeux.

Son œil se balada habilement, constatant que Scorpius et Albus ne dormaient pas, s'agitant dans leur dortoir. Elle chercha directement la personne qu'elle voulait voir, son regard s'attardant sur la salle commune de Gryffondor. La plupart des élèves étaient dans leur dortoir, mais la personne qui intéressait Ludivine était justement dans la salle commune et elle se sentit chanceuse. Il n'était pas seul dans la pièce, mais elle n'était plus à ça près.

Elle sortit de son lit pour enfiler un jogging vert sapin qui avait appartenu à Scorpius en troisième année, un sweat noir et des baskets de la même couleur avant de sortir du dortoir. Ludivine avait l'habitude de se balader la nuit. D'un pas léger et d'un œil observateur, elle avançait avec rapidité, atteignant la salle commune de Gryffondor en quelques minutes.

Elle prononça le mot de passe que Acca lui avait partagé en début d'année, et entra dans la pièce, où James restait maintenant le seul élève présent. Il entendit du bruit et releva la tête de son ouvrage, repositionnant de fines lunettes sur son nez qui ne cachèrent pas sa surprise en la voyant arriver.

— Hendell, constata James en la dévisageant de haut en bas, jolie tenue.

Ludivine s'approcha, ignorant la remarque du sorcier alors qu'elle s'installait dans un fauteuil face à lui. Elle se demandait ce qu'elle faisait là, ses yeux la brûlaient et sa tête bourdonnait, mais elle ne se démonta pas.

— J'ai beaucoup réfléchi à ta proposition, commença Ludivine qui sut qu'elle avait l'attention du sorcier quand il ferma son livre pour le poser à côté de lui.

— Tu ne...

— Pour moi, l'interrompit-elle en évitant son regard, et James comprit qu'il ferait mieux de la laisser s'exprimer, c'était inenvisageable sans l'approbation d'Albus. En fin de compte, j'ai l'impression que l'idée ne le dérange pas particulièrement.

— J'ai cette impression également.

— Mais, reprit Ludivine comme si James n'avait pas parlé, je reste quand même sceptique à l'idée que l'on fasse équipe.

— Qu'essaies-tu de me dire, Hendell ?

— J'ai besoin de savoir pourquoi tu m'as proposé de faire équipe avec toi.

Lorsqu'elle leva la tête, elle vit qu'il la fixait avec attention, sans jamais détourner son regard du sien. Finalement, il soupira, retirant ses lunettes de ses yeux pour se frotter les paupières avant de reporter son attention sur elle.

— Je pensais que c'était suffisamment clair, répondit-il d'un ton calme, tu es une bonne sorcière.

Il hésitait à continuer mais il vit bien à l'expression de Ludivine qu'il allait devoir en dire plus s'il voulait la convaincre.

— Pendant le duel, reprit-il, tu es restée calme et composée. Tes sorts étaient précis et suffisamment dosés pour mettre hors d'état de nuire sans blesser. C'est signe d'une bonne maîtrise de sa magie. Et tu pratiques la magie sans baguette, ce qui renforce mon idée.

— Il y a pleins de sorciers dans ce château qui ont mon niveau, répliqua Ludivine.

— Pas dans la maîtrise de leur magie, argumenta James en balayant sa réflexion d'une main. La moitié ne dose pas suffisamment parce que leur magie n'est pas assez puissante, tandis que l'autre moitié ne la contrôlent pas suffisamment. La puissance, c'est l'une des valeurs de ce concours. Et puis, dit-il finalement, j'ai cru comprendre que tu avais la même ambition de gagner que moi.

Ludivine jaugea le sorcier d'un œil attentif. Il avait une expression très sérieuse et elle avait le sentiment qu'elle pouvait presque lui faire confiance. Presque. Il y avait quelque chose chez le Gryffondor qui la restreignait, quelque chose qui l'empêchait de pleinement se fier à lui. Alors elle se risqua à poser la question qui lui brûlait la langue.

— Tu ne joues à aucun jeu, Potter ?

L'attitude de James changea, pinçant ses lèvres, et Ludivine sut que la question ne lui avait pas plu. Il posa sur elle un regard sévère, qui la fit presque frissonner, mais elle maintint le regard

— A quel jeu pourrais-je jouer, Ludivine ? demanda James avec rudesse, sans remarquer l'expression surprise de la sorcière quand elle l'entendit prononcer son prénom. Ce concours, c'est ma chance de faire ma place et je ne me risquerai pas à la saboter avec des futilités.

James se tut, attendant une réaction de Ludivine qui ne vint pas. Elle se sentait puérile de douter autant du sorcier quand il semblait mettre autant de bonne volonté, mais elle devait en avoir le cœur net. Elle ne pouvait pas revenir en arrière maintenant.

— Nos noms, reprit James d'un ton plus confidentiel en posant ses coudes sur ses genoux pour se pencher vers elle, ont une histoire qui nous précède et qui ne nous appartient pas. Je ne serai pas « le fils aîné du Survivant » toute ma vie, je refuse de l'être, ce concours est l'opportunité pour moi d'être James Sirius Potter, je veux être reconnu pour mes capacités.

Il la fixait d'un regard flamboyant et Ludivine sentit qu'il lui parlait avec son cœur, la faisant rougir.

— Je sais qu'on ne s'entend pas, conclut James, mais je suis sûr qu'on peut apprendre à travailler ensemble. Je ne suis pas là pour m'amuser, et encore moins avec toi. Je n'ai pas ce temps.

Ludivine observait le sorcier, qui ne bougeait pas en attendant une réaction. Elle hésita à poser la question qui lui brûlait les lèvres, jusqu'à se lancer.

— Tu as quelque chose à prouver à ton père, Potter ?

Le visage fermé de James fut une réponse pour Ludivine qui n'insista pas. Elle avait compris qu'il considérait s'être suffisamment ouvert à elle, et qu'elle devrait également lui donner un peu d'elle-même avant qu'il ne partage plus avec elle.

— Moi aussi, je veux être connue pour mes capacités, confia-t-elle d'une voix faible.

Ils échangèrent un sourire entendu, qui n'avait rien de complice mais Ludivine sentait que c'était un premier pas. Elle n'avait pas de réponse à donner, et elle savait qu'il n'en attendait pas. Il préférait lui laisser du temps pour réfléchir.

— Et puis, ajouta James avec un léger rire, Al me casserait la gueule si j'osais te blesser.


Le lendemain, au petit-déjeuner, Ludivine avait les réponses à ses questions. A côté d'elle, Albus expliquait à Scorpius la tactique qu'il comptait mettre en place pour retourner dans les grâces de Souhad Rimens, mais elle n'écoutait pas. Elle était perdue dans ses pensées, et sa décision était prise.

Elle s'autorisa à fixer avec insistance James, assis à la table de Gryffondor. Il discutait avec plusieurs sorciers, et semblait diriger la discussion qui animait le groupe entier. Elle en eut la confirmation lorsque James finit de dire quelque chose et que tout le monde éclata de rire tandis qu'il les regardait avec satisfaction. Ludivine l'observa faire, et ne put retenir un sourire en se demandant quelle facette du sorcier était sa vraie nature. Elle savait qu'elle en avait appris plus sur lui la nuit dernière qu'en sept années, mais elle doutait pouvoir un jour réellement le cerner.

Un petit hibou vint se poser avec douceur sur l'épaule de James. Cavan était encore tout petit et Ludivine eut peur un instant qu'il ne le balaye d'un revers de main. Elle fut agréablement surprise lorsqu'il pencha sa tête avec un léger sourire sur les lèvres. Il mit sa main devant son épaule, proposant au petit hibou d'y monter tandis qu'il attrapait le morceau de papier que l'oiseau portait. James prit un bout de pain qu'il proposa au hibou, celui-ci faisant un petit bruit de contentement avant de s'installer plus confortablement sur la main du sorcier. L'oiseau ne semblait pas prêt à partir de sitôt et Ludivine leva les yeux au ciel.

Finalement, James ouvrit le morceau de papier, et Ludivine observa sa réaction. Elle savait parfaitement ce qu'il y avait d'écrit dessus, mais elle était curieuse de sa réaction. James finit de lire les quelques lignes avant de relever la tête vers la table de Serpentard. Il trouva Ludivine rapidement, lui jetant un regard espiègle et taquin qui la fit sourire.

Le sourire qu'il partagea était sincère, chaleureux, et Ludivine fut soulagée en voyant sa réaction. Pour elle, accepter d'être la partenaire de James Potter signifiait lui confier une énorme part d'elle-même, et il pourrait faire n'importe quoi de cette partie d'elle. La respecter ou la détruire.

Elle n'aurait pas pensé que le sorcier réagirait aussi spontanément et elle en fut agréablement surprise. Elle observa James faire apparaître une plume pour écrire quelque chose sur le morceau de parchemin avant que ce dernier n'apparaisse dans la main de Ludivine. A côté du texte « J'accepte d'être ta partenaire pour le concours, Potter. Maintenant, montre-moi que je peux compter sur toi » avaient été griffonnés les mots « J'y compte bien, Hendell ».