Chapitre 10 — Pacte scellé
Tout était allé très vite une fois que Ludivine eut accepté de faire équipe avec James Potter. Fred, qui avait lu par-dessus l'épaule de James, l'avait félicité d'une voix forte, apprenant la nouvelle à William. Il n'en avait pas fallu plus pour que toute la table de Gryffondor s'intéresse au binôme du très sollicité James Potter. Et avec ça, le château entier.
Ludivine, qui avait reporté son attention sur Albus quand elle l'avait vu froncer des sourcils en réceptionnant une lettre, avait senti des regards se porter vers elle et les murmures s'intensifier. Son cocon s'était aussitôt brisé lorsqu'elle avait relevé la tête, consciente qu'il lui fallait maintenant affronter la réaction du château.
Elle avait croisé le regard narquois d'Evelyn et celui surpris de Liz, mais n'avait pas caché son rougissement quand Acca avait levé un pouce dans sa direction, avec un rire bruyant. Albus s'était penché vers elle quand les regards avaient commencé à s'intensifier, lui chuchotant un « bon courage » qui avait beaucoup fait rire Scorpius. Pas Ludivine. Elle s'était contentée de fusiller ses deux amis du regard avant de décider de se lever et d'aller en cours. Il était hors de question qu'elle reste plus longtemps dans cette pièce, sous les regards de tous.
Toute la matinée, elle avait évité James, et plusieurs fois, elle avait hésité à revenir sur sa décision. Lorsqu'elle en parla à Albus durant la pause déjeuner qu'ils passèrent dans le parc à sa demande, celui-ci eut un rire compatissant.
— Ne laisse pas le comportement des autres t'impressionner, lui conseilla-t-il.
— Je n'aime pas les regards qu'on me jette, avoua-t-elle en posant ses avant-bras sur ses genoux.
— Dis-toi, sourit Albus, que tout ce que tu vis avec moi sera multiplié par dix avec James. Les sorciers l'envient et les sorcières l'adulent.
— C'est censé me rassurer ? railla Ludivine.
— C'est bien de le savoir, se contenta-t-il de répondre.
— Pourquoi les chuchotements seraient pires qu'avec toi ? demanda-t-elle avec une curiosité non dissimulée.
— Parce que tu les entends, répliqua Albus comme si c'était une évidence.
Ludivine garda le silence. Elle avait bien compris ce qu'il sous-entendait. Elle avait franchi les portes de ce château pour la première fois sans en connaître réellement son passé. Sa mère s'était assuré qu'elle ne s'enferme pas dans l'univers sorcier étant enfant et Ludivine était donc arrivée plus ignorante que sachante de l'histoire du château et du monde de la sorcellerie.
Elle était devenue amie avec un Potter et un Malefoy, et n'y avait jamais vu un problème. Elle s'était mise à passer tout son temps avec eux, ignorante de cet univers rempli de préjugés et de traces du passé qu'était Poudlard. Elle n'avait jamais fait attention aux regards en biais dans leur direction, aux chuchotements sur leur passage. Ils n'étaient que des enfants, et Ludivine n'avait pas vu tout ça.
Elle était dévouée et ambitieuse, alors seulement seuls deux éléments lui avaient toujours importé dans ce château, ses amis et ses notes. Le monde de Poudlard n'existait pour elle qu'à travers ces deux critères, et elle n'avait jamais fait attention au reste. Elle n'avait jamais prêté attention au comportement des autres envers elle. Les sorcières ne l'aimaient pas à cause de sa relation avec Albus et Scorpius. Les sorciers ne l'approchaient pas à cause de sa distance. Poudlard s'était construit autour d'elle de cette façon, et elle n'avait jamais interrogé cet état de fait.
Aujourd'hui, la situation était différente. Elle était parfaitement consciente du monde qui existait autour d'elle, sa naïveté d'enfant l'avait quittée et sa peur d'être blessée l'avait poussée à porter beaucoup plus d'attention au comportement d'autrui. C'était pour ça qu'elle voyait les regards mauvais qu'on lui lançait, les expressions curieuses qui se tournaient vers elle à son passage, qu'elle entendait les chuchotements qui s'ébruitaient près d'elle. Et elle se sentait mal à l'aise.
— Je me demande si ce n'était pas une erreur, confessa-t-elle.
— Tu t'es engagée, Lud, répondit Albus avec plus de fermeté que de douceur, tu ne peux pas revenir en arrière pour des choses futiles.
— Ça n'a rien de futile ! s'exclama Ludivine.
— Bien sûr que si ! argua Albus. Ça ne concerne même pas James ! Si tu m'avais dit que tu reconsidérais ton choix à cause de lui - et Merlin sait que tu aurais mille raisons de le faire -, je l'aurais compris mais là, c'est futile.
Ludivine ne répondit pas. Elle était flattée de voir que son ami avait mis sa réticence de côté pour la soutenir. Elle n'en était d'ailleurs pas surprise, Albus l'avait toujours soutenue dans ses décisions, sans jamais y réfléchir à deux fois.
Elle reporta son attention sur lui, et vit qu'il s'était lui aussi perdu dans ses pensées. Seulement, il arborait un air plus grave que Ludivine, qui fronça les sourcils à cette idée.
— Et toi, tenta-t-elle, quelque chose te préoccupe ?
— A quel sujet ? demanda Albus avec une surprise feinte.
— Ne fais pas comme si tu ne comprenais pas.
Albus eut un sourire narquois. Il savait que Ludivine prenait sur elle pour ne pas s'irriter, elle qui partageait avec eux tout ce qui pouvait lui trotter dans la tête. Eux ne parlaient de leurs préoccupations qu'une fois gérées. Ludivine le savait, mais ça ne l'empêchait pas d'insister. Et elle avait bien constaté le silence d'Albus durant la matinée, depuis qu'il avait reçu une lettre tamponnée du sceau des Potter.
— Mon frère sera un grand soutien, reprit Albus.
— Tu changes de sujet, argua Ludivine en le fusillant du regard.
— Je finis seulement le précédent.
— Si tu le dis, soupira-t-elle, refusant de montrer que son silence la vexait. Ton frère prend tout à la légère, je me vois mal lui confier quoi que ce soit.
— Il faut juste que tu apprennes à le lire, rigola Albus, il n'en montre qu'une mais il sait ressentir plus d'une émotion.
Ludivine ne répondit rien, marmonnant des phrases dont Albus n'entendit que des bribes. Il éclata de rire quand il comprit « maudits Potter », décidant de passer son bras autour de ses épaules et de la tirer vers lui pour qu'elle pose sa tête contre lui.
— Donc je continue ? demanda Ludivine qui avait besoin d'une confirmation.
— Donc tu continues, affirma Albus avec un sourire confiant, et vous remportez ce concours.
Cette discussion n'avait pas calmé les murmures que Ludivine entendait sur son chemin. Elle l'avait cependant rassurée sur sa capacité à les affronter, même si elle ne s'y prenait pas de la bonne manière.
C'était ainsi qu'elle avait laissé son indifférence habituelle de côté et s'était retrouvée face à trois sorcières de Gryffondor et de Poufsouffle, lorsqu'elle les avait entendues chuchoter sur son passage en direction de son cours avancé de Sortilèges.
Elle s'était retournée avec violence, les défiant d'un regard brûlant qui changeait de son regard hautain habituel.
— Pourquoi ne parlerais-tu pas plus fort ? avait-elle cinglé froidement, qu'on s'assure que je t'entende bien.
La Gryffondor l'avait regardée avec surprise avant de se reprendre et de la fusiller du regard, retrouvant sa contenance. Ludivine ne s'était que rarement retrouvée dans une confrontation, et à cet instant, elle maudit James Potter pour sa popularité.
— On se demandait simplement si tu avais utilisé une potion ou un sortilège, dit la sorcière d'une voix teintée de moquerie qui fit sortir Ludivine de ses gonds.
— Pardon ? demanda-t-elle, interloquée.
— Pour que James accepte ce partenariat, continua la sorcière avec évidence, tu as bien dû le charmer d'une façon ou d'une autre.
Ludivine comprit enfin ce que la sorcière insinuait, et elle sentit ses origines moldues prendre le pas quand elle dut se retenir de lui mettre son poing dans le visage.
— Le sortilège, dit Ludivine narquoisement.
— Pardon ?
— Le sortilège, répéta-t-elle comme si c'était évident en s'approchant doucement de la sorcière, la main dans son dos, reposant sur sa ceinture. Je lui ai jeté un sortilège, dit-elle en haussant les épaules, j'y suis bien plus douée qu'en potions. Et si tu ne t'éloignes pas tout de suite, je vais te le montrer sans hésiter.
Ludivine dégainait sa baguette de sa ceinture lorsque James intervint, attrapant son avant-bras avec fermeté pour l'éloigner. Elle ne put opposer aucune résistance physique, mais ça ne l'empêcha pas de lâcher le reste de ses nerfs sur le Gryffondor.
— Lâche-moi Potter ! s'insurgea-t-elle.
— Pas tant que tu ne te seras pas calmée, répondit froidement James.
Il l'avait attirée dans la salle de Sortilèges où aucun élève ne se trouvait encore et l'avait menée à sa table avant de décider de la lâcher. A ce geste, Ludivine le fusilla du regard, rêvant d'effacer cet air narquois de son visage.
— Je fais bien ce que je veux, siffla-t-elle.
— Je pensais que tu avais un minimum de maîtrise de toi, commenta James.
Ludivine se ferma aussitôt, réalisant à l'instant qu'elle venait d'éclater de colère en plein couloir contre des sorciers qu'elle ne connaissait même pas. Ça ne lui ressemblait pas. Ludivine était habituellement d'une colère froide, elle se fichait des sorciers qui l'entouraient et ne prêtait attention à personne. Elle avait toujours vécu comme ça et ne s'en était jamais plainte.
— C'est ta faute, Potter ! accusa-t-elle en passant une main dans ses cheveux de colère. Personne ne faisait attention à moi avant !
James eut un rire moqueur qui donna des frissons à Ludivine tandis qu'il la jaugeait d'un regard narquois.
— Personne ne faisait attention à toi ? répéta-t-il comme si l'idée était absurde. Mais sur quelle planète vis-tu, Hendell ?
Il parcourut d'un œil désabusé le visage de la sorcière dont le regard était noir, irritée qu'il s'adresse à elle comme si elle était une enfant.
— Définitivement pas sur la même que la mienne, soupira James en secouant la tête avant de se tourner vers le bureau pour y poser son sac, mettant fin à la discussion.
Ludivine allait répliquer avec une remarque acerbe qui lui brûlait les lèvres, avant de réaliser ce que faisait le sorcier.
— Que crois-tu faire, Potter ? demanda-t-elle avec incrédulité.
— Je m'installe pour le cours.
— C'est la place de Liz, répliqua-t-elle avec dédain.
James ferma les yeux un instant, inspirant profondément. Ludivine savait qu'elle commençait à lui taper sur le système, mais elle n'en avait rien à faire. Elle avait besoin de s'en prendre à quelqu'un et le Gryffondor était la cible parfaite. Et plus elle voyait le contrôle dont il faisait preuve, plus elle voulait voir jusqu'où il pouvait aller. Il porta un regard inflexible sur Ludivine.
— On est partenaires, Hendell, dit-il comme s'il parlait à un enfant. On doit s'entraîner ensemble, je suis sûr que Walsh comprendra.
— Ça ne veut pas dire qu'on doit passer notre temps ensemble, répliqua Ludivine. Je te vois suffisamment à mon goût !
Ludivine devait reconnaître qu'elle était impressionnée par le calme et la résilience du sorcier. Elle avait conscience de son comportement immature mais elle décida qu'agir ainsi lui faisait du bien.
— Retourne avec Weasley, siffla-t-elle doucement.
James la regarda d'un air moqueur, croisant les bras sur son torse. Il la défiait de l'y forcer.
— Hum, Lud ? intervint une voix hésitante. Je pense qu'il a raison.
Ludivine releva la tête vers Liz, et son visage s'adoucit aussitôt. Cette dernière lui fit un sourire en posant son sac derrière James qu'elle salua poliment, attachant ses cheveux blonds d'un geste rapide.
— Je ne vois pas en quoi, maugréa Ludivine.
— Arrête de faire ta tête de mule, souffla Liz.
Ludivine n'eut pas le temps de prendre ses affaires pour les déplacer que Fred Weasley s'était déjà approché, un grand sourire sur les lèvres en voyant Liz assise à la place de James.
— Walsh ! s'exclama-t-il avec chaleur en s'installant à côté d'elle, tu m'honores de ta présence !
— Toujours dans l'exagération, marmonna Liz avec moquerie.
— On dirait vraiment Acca, intervint Ludivine.
Les deux sorcières échangèrent un regard complice, ce qui n'enleva rien au sourire de Fred qui passait son regard de l'une à l'autre. Quant à James, il jeta un regard à la dérobée à Ludivine que celle-ci vit. Elle remarqua son soupir et dut reconnaître qu'elle ne devait pas lui paraître facile.
— Alors Hendell, reprit Fred avec un grand sourire, ravie de ton binôme ?
— Je dois encore me faire mon avis, sourit Ludivine en ignorant le regard agacé du Gryffondor qui restait néanmoins silencieux.
— Tu verras, lui dit Fred avec un clin d'œil, une fois qu'on s'habitue à son caractère désagréable, on commence à l'apprécier.
Ludivine eut un petit rire, voyant très bien que Fred essayait de faire réagir son cousin. Ce dernier lui jeta un regard irrité qui accentua le rire de Fred. Elle appréciait beaucoup la taquinerie qui existait entre les deux sorciers, qui s'apparentait à celle qui existait entre Albus, Scorpius et elle.
Sans s'en rendre compte, la douceur de Liz et la légèreté de Fred l'avaient calmée. Sans compter la sérénité de James, même si elle ne l'aurait jamais admis.
— Moi tu vois, reprit Fred d'un ton plus dramatique cette fois, je suis un être simple à vivre. Mais ça n'a pas suffi à convaincre Walsh qui a préféré ma cousine.
Fred jeta un regard à Liz, lui faisant un grand sourire quand il la vit rougir de gêne. Il semblait apprécier mettre les gens mal à l'aise, même si son sourire atténuait toute pique qu'il pouvait lancer. Ludivine n'hésita pas à aller au secours de son amie dans un léger rire.
— Il faut beaucoup plus que de la simple gentillesse pour être à la hauteur de Liz, Weasley.
— Je l'ai bien compris, confirma Fred avec malice, aucune de mes techniques habituelles n'a marché ! J'ai pourtant tellement à te montrer, Walsh.
Liz jeta un regard sceptique à Fred qui lui fit un clin d'œil, lui signifiant par ce geste qu'il fallait prendre ce qu'il disait avec humour, et Liz, dans un élan d'audace, lui répondit.
— Dans ce cas, j'attends que tu me le montres.
Le sourire de Fred s'agrandit. Il adorait voir Liz répondre à son jeu et il devait sentir qu'elle pourrait lui donner du fil à retordre si elle le souhaitait. Ça ne faisait qu'attiser la curiosité de Fred, Ludivine en avait bien conscience.
— Défi relevé, murmura-t-il.
— Tu es incapable d'être à la hauteur d'une sorcière aussi bien, Fred, intervint James qui se tournait vers son cousin avec moquerie.
— Tu peux parler, ricana Fred qui semblait ravi de voir James finalement réagir, si tu crois en attirer d'intelligentes avec ton sourire charmeur et tes blagues toutes faites.
James éclata d'un rire discret tandis que Fred et lui échangeaient un regard complice. Ludivine, de son côté, se contrôlait pour ne pas poser un œil curieux sur le sorcier assis à côté d'elle. Elle avait en effet beaucoup de difficultés à imaginer James Potter charmeur et blagueur. Même si, après réflexion, elle réalisait qu'elle l'avait vu de nombreuses fois dans cette posture avec d'autres sorcières.
Ludivine ne vit pas James se pencher vers elle, un sourire amusé sur les lèvres.
— Ne te torture pas l'esprit sur des choses qui n'en valent la peine, Hendell, lui dit James avec malice avant de reporter son attention sur le professeur Flitwick qui entrait dans la salle.
James et Ludivine s'étaient donc entraînés ensemble pour la première fois durant ce cours, et Ludivine en avait gardé un goût amer.
La consigne du professeur Flitwick avait été simple. Ils devaient pratiquer le sortilège du bouclier sur des sortilèges offensifs. Le sortilège n'était pas difficile à lancer, mais la force qui lui était attribuée variait selon la puissance du sorcier. Ludivine savait que sa maîtrise serait essentielle pour le tournoi et elle avait été ravie de s'entraîner. Enfin, c'était ce qu'elle avait pensé jusqu'à qu'ils ne commencent à pratiquer.
Pour une fois, ce n'était pas le comportement du sorcier qui l'avait irritée, mais de voir à quel point il était fort. Elle l'avait senti quand il lui avait lancé un sortilège de confusion qu'elle eut beaucoup de mal à contrer et qui avait légèrement traversé sa protection. Elle l'avait compris quand il avait murmuré un protego qui n'avait absolument rien laissé passer de son sort, pourtant lancé avec beaucoup de puissance. Elle l'avait vu quand elle l'avait désarmé et qu'il avait rappelé sa baguette au sol simplement en tendant son bras.
Ludivine aurait pu prendre sur elle, si elle n'avait pas en plus senti que le sorcier l'observait, la jaugeait. Il avait gardé un visage fermé durant tout le cours, aucun humour ne traversant ses traits ou sa bouche, et Ludivine s'était demandé un instant s'il ne regrettait pas son choix.
— Tu réussis presque à me faire transpirer, remarqua James durant le cours, esquissant un très léger sourire.
Ludivine savait que la remarque du sorcier était un compliment, quelque chose au fond d'elle le lui disait, mais elle ne réussit pas à en voir le positif. Tout ce qu'elle entendait était que le nombre de sortilèges qu'elle lui lançait ne suffisait pas à le fatiguer.
A côté d'eux, Ludivine entendit le rire de Liz. Lorsqu'elle tourna la tête, elle vit Fred assis par terre, s'appuyant sur ses mains, légèrement sonné et le haut du corps trempé tandis que Liz s'approchait, lui tendant sa main tout en essayant de calmer son rire. Il accepta la main de Liz, lui rendant son sourire avant de se relever et de secouer ses cheveux de sorte à tremper la sorcière dont le rire s'accentua d'autant plus.
Ludivine ne put retenir un sourire, constatant que James faisait de même. Lorsqu'il reporta son regard vers elle, Ludivine ne sut lire ce qu'il pouvait bien penser.
Faisant face à des démons qu'elle n'aurait pas cru avoir, Ludivine était sortie en trombe du cours, refusant de se retrouver face au sorcier qui l'avait mise dans le doute.
Quelques heures plus tard, Ludivine s'était isolée dans un coin du parc. Elle avait observé durant une longue heure le ciel se complexifier, menaçant d'éclater à tout moment. Elle adorait ce temps d'automne, où il devenait impossible d'anticiper l'humeur du ciel.
Sous les nuages sombres, Ludivine avait commencé à récupérer des pierres de petite taille qu'elle avait réunies pour s'entraîner à la magie élémentaire.
Alors, baguette rangée, elle avait commencé à les faire bouger par la pensée. Les soulever n'avait pas demandé tant d'efforts. Les déplacer de sorte qu'elles forment un serpent de pierres, alignées les unes derrière les autres, s'était révélé plus compliqué. Faire avancer ce serpent lui avait néanmoins demandé de puiser dans sa magie. L'élever dans les airs pour faire un saut, cette fois, l'éreinta. Elle sentit son souffle se couper dans sa gorge alors que les pierres retombaient sur l'herbe avec fracas.
Ludivine grommela devant ce nouvel échec. Malgré ses entraînements, ses progrès étaient minimes. Il fallait beaucoup de concentration et d'énergie pour maîtriser un élément. La terre était, avec le feu, très difficile à contrôler, à dompter. Même en sachant cela, Ludivine ne pouvait pas contenir sa frustration, essoufflée au moindre effort. Elle manquait de pratique, ce qui accentua sa mauvaise humeur. Dans un soupir, elle se laissa tomber dans l'herbe.
En réalité, ce n'était pas cela qui la préoccupait. Elle pensa à James, à la facilité avec laquelle il avait rappelé sa baguette. Elle avait immédiatement su qu'il avait une grande force magique. Si Ludivine ne voulait pas être un poids dans ce concours, il lui fallait s'entraîner plus.
Elle savait qu'il était ridicule de se comparer à James, qui avait un an d'avance sur elle. Elle-même avait un très bon niveau, elle n'avait pas besoin qu'on le lui rappelle. Mais la facilité avec laquelle il avait rappelé sa baguette l'avait dérangée. Et puis, le regard inquisiteur de James l'avait oppressée. C'était comme s'il savait des choses qu'elle ignorait. Elle détestait ce sentiment.
— On a choisi la solitude, Hendell ? fit une voix moqueuse que Ludivine aurait reconnue entre mille.
Elle tourna la tête pour voir Scorpius s'affaler à côté d'elle dans un grand soupir tandis qu'Albus s'allongeait de l'autre côté, le visage fermé.
— Je préfère tout de même votre compagnie, Malefoy, sourit-elle.
Scorpius lui fit un sourire. Il avait les cheveux en pagaille et semblait légèrement essoufflé, ce qui n'était pas le cas d'Albus, et elle en déduisit qu'il était allé s'entraîner seul. Scorpius dut la surprendre dans son observation car il lui apporta une réponse.
— J'étais avec Rockwood, expliqua-t-il en passant une main dans ses cheveux, on a évalué nos niveaux.
— Alors ? demanda Ludivine avec un grand sourire.
— Elle se débrouille bien, jaugea Scorpius, très bien même mais elle ne sait pas totalement doser sa magie.
— C'est son point faible, mais elle travaille dessus.
— Je le sens bien, confessa Scorpius avec douceur, on peut aller loin. Et puis, on s'amuse bien avec elle !
Ludivine ne retint pas son rire, même si celui-ci fut coupé par un grognement venant d'Albus, attestant d'une moquerie. Ludivine lui porta un regard surpris et vit qu'il avait fermé les yeux, allongé, les mains derrière la tête. Scorpius lui fit un signe discret, lui indiquant de ne pas faire attention à lui.
— Tu sais que ça jacte pas mal dans le château ? lui dit-il.
— Je sais, bougonna-t-elle, je ne m'attendais pas à ça.
— Moi si, soupira Scorpius, mais c'est encore pire que ce que je croyais.
— J'ai failli en cogner une ce matin, admit Ludivine.
Scorpius lui jeta un regard surpris avant d'éclater de rire tandis qu'Albus se redressait à leur hauteur, une lueur de malice dans ses yeux.
— Qu'est-ce qui t'a retenu ? demanda Albus.
— Ton frère, maugréa Ludivine, il m'a tirée en cours de Sortilèges.
— Par Merlin, s'exclama Scorpius, j'aurais aimé être présent !
— Moi aussi, marmonna Albus.
— Albus pense qu'il vaut mieux ignorer les rumeurs, expliqua Scorpius avec entrain, qu'elles se tasseront d'elles-mêmes. Moi je pense qu'il faut frapper fort pour calmer le château. Rockwood est de mon avis.
Ludivine n'en doutait pas, elle ne retint pas son rire en voyant l'air vindicatif de Scorpius, et était contente de voir que ses amis s'entendaient bien. Elle n'avait eu bien évidemment aucun doute là-dessus, mais elle avait pensé pareil pour Acca et Albus quelques années plus tôt.
Ludivine tourna la tête vers le concerné. Le visage fermé, la lèvre pincée, il avait le regard tourné vers l'horizon et refusait de tourner la tête vers elle malgré l'observation insistante de Ludivine. Elle avait conscience qu'il n'avait rien dit depuis qu'il était arrivé, cette même expression mécontente sur le visage.
— Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda-t-elle de but en blanc.
— Lud, déplora Scorpius avec moquerie, tu ouvres la boîte de pandore, je te préviens.
Albus soupira, montrant son agacement devant la remarque de Scorpius. Il semblait que les deux sorciers avaient déjà eu une discussion à ce sujet, quel qu'il soit.
— La dernière fois que je t'ai vu si secret et agacé, dit-elle, c'était quand tu refusais de parler de Rimens. Ton plan de sauvetage n'a pas fonctionné ?
— C'est autre chose, se contenta-t-il de répondre avant de préciser, de bien plus important.
— Quidditch ? tenta Ludivine qui connaissait déjà la réponse.
Le visage d'Albus se ferma de nouveau, et elle sut qu'elle avait raison alors que Scorpius esquissait un sourire narquois.
— Raconte-nous tout, Al, dit-elle avec douceur.
Il était sur le point de la rembarrer, elle le lut dans ses yeux, mais il se ravisa lorsqu'il croisa son regard concerné.
— Mon père m'a écrit ce matin, expliqua Albus en passant une main nerveuse dans ses cheveux décoiffés. Flaquemare prévoit de publier une offre de sélection pour remplacer l'un de ses joueurs.
Ludivine ne cacha pas sa surprise. Ce n'était pas tous les jours qu'une équipe nationale faisait des sélections ouvertes, encore moins pour une équipe aussi cotée.
Le club de Flaquemare était l'une des meilleures équipes de la ligue de Grande-Bretagne et d'Irlande, et la plus ancienne. Leurs matchs étaient légendaires, avec leurs vingt-deux victoires en ligue nationale et leurs deux victoires européennes.
Ludivine savait qu'Albus avait été bercé toute son enfance par celles-ci. Il avait toujours admiré Flaquemare, traçant son chemin de carrière en fonction : rejoindre le Club, y devenir un joueur incontournable, puis intégrer l'équipe nationale pour représenter le pays dans les matchs internationaux.
Elle n'était pas sûre de comprendre son combat intérieur mais choisit de le laisser parler tandis que Scorpius l'observait d'un air impassible.
— Ils recrutent un poursuiveur, continua Albus, pour anticiper le départ en retraite de Wigley Chelton.
— Tu envisages d'y participer ? demanda-t-elle.
— L'offre sera diffusée la semaine prochaine, soupira Albus. Tout le Royaume-Uni va se ruer sur ces sélections, je compte bien tenter ma chance.
— Et tu es préoccupé parce que … ?
Il soupira de nouveau sans répondre, et Ludivine supposa qu'il stressait parce qu'il considérait que l'offre de sa vie se présentait devant ses yeux. Son premier réflexe fut alors de le rassurer.
— Tu sais que tu as toutes tes chances, Al ? lui dit-elle. Tu es l'un des meilleurs joueurs que je connaisse.
Albus leva les yeux au ciel, ce qui fit comprendre à Ludivine qu'il n'avait pas besoin de sa sensibilité. Elle ne parvenait cependant pas à saisir où se trouvait le problème.
— Il n'en doute pas, intervint Scorpius avec malice, demande à Albus ce qui le dérange réellement.
— Quoi donc ? interrogea-t-elle sans comprendre tandis que Scorpius ignorait le regard meurtrier d'Albus.
— Mon père m'a clairement indiqué qu'il refuserait de pousser ma candidature, maugréa Albus d'une voix si faible que Ludivine dut tendre l'oreille pour entendre.
— Pousser ta candidature ? répéta-t-elle, incrédule. Tu veux dire que tu lui as demandé de te pistonner ?
Albus frotta son crâne de malaise en hochant la tête, et Ludivine éclata de rire en se laissant tomber dans l'herbe tandis que Scorpius la regardait d'un air narquois. Elle ne doutait pas qu'il attendait qu'elle ait cette exacte réaction.
— Habitué aux privilèges, Potter, se moqua-t-elle avec désinvolture.
— C'est l'offre de ma vie, Lud ! s'irrita Albus.
— Et alors ? demanda-t-elle en se relevant sur ses coudes pour accrocher le regard d'Albus. Qu'est-ce que ça y change ?
— J'augmenterais mes chances d'avoir le poste, s'indigna Albus pour qui la réponse était évidente.
— Tu n'en as vraiment pas besoin.
— Où est passé ton orgueil de Serpentard ? le provoqua Scorpius avec dédain, ignorant le regard réprobateur de Ludivine.
— N'écoute pas Scorp, rétorqua-t-elle.
— Il sait que j'ai raison.
— Vous ne vous rendez pas compte du pouvoir du nom de mon père, répondit Albus en secouant la tête comme si les propos de ses amis n'avaient pas de sens pour lui. Et vous ne vous rendez pas compte du niveau attendu dans ces sélections.
— Je croyais que tu voulais faire ton petit bonhomme de chemin ?
— Scorp a raison, tu…
— Faut savoir, la coupa Scorpius avec malice, faut m'écouter ou pas !
Ludivine ne retint pas un léger rire, qui s'accentua quand elle vit Albus esquisser un sourire. Celui de Scorpius se renforça également en voyant qu'il les avait amusés.
— Tu n'as pas besoin du nom de ton père, reprit Ludivine, tes simples capacités feront le travail.
Elle lut le doute dans les yeux d'Albus, se doutant qu'il n'était pas d'accord. Elle devait bien reconnaître qu'elle n'avait aucune idée du niveau attendu dans ces sélections. Pourtant, elle ne comprenait pas qu'Albus envisage d'utiliser la renommée de son père pour augmenter ses chances de réussite. Ça ne ressemblait tellement pas au Serpentard qui avait toujours tenté de se distinguer de son nom au maximum.
— Vous ne comprenez pas, marmonna Albus pour lui-même.
Ludivine pensa au cours de Sortilèges, au sentiment d'infériorité qu'elle avait ressenti face à James, à la panique que le doute avait créée en elle. Si, elle pouvait comprendre sa peur.
Elle attrapa la main d'Albus, lui faisant un sourire rassurant. Elle savait que seul le doute pousserait le sorcier à prendre une telle décision. Pour elle, ce n'était plus le moment d'aller à contre sens.
— Peut-être que non, répondit-elle avec douceur, mais ne mélange pas tout. Avant d'utiliser le nom de ton père, montre d'abord tes compétences.
Comme convenu plus tôt, Ludivine finit par rejoindre James dans une salle de classe. La tête plongée dans un ouvrage, il la releva lorsqu'elle entra dans la salle. Il l'observa quelques secondes avant de fermer son livre.
— Tu es partie telle une bourrasque tout à l'heure, fit-il remarquer.
— Je n'étais pas d'humeur, rétorqua-t-elle alors qu'il se levait avec un sourire en coin.
Il ne répondit rien, s'approchant tout en posant sur elle un regard réfléchi qui l'interrogea.
— Tu sais sceller un pacte, Hendell ? demanda James avec curiosité.
— Tu me prends pour qui ? s'insurgea Ludivine, surprise par sa propre susceptibilité.
— Ce n'est pas une insulte.
— J'ai fait partie de l'équipe de Quidditch, Potter, se contenta-t-elle de répondre, bien sûr que je sais sceller un pacte.
James la regarda curieusement en retenant un soupir. Il ne semblait pas comprendre ses réactions mais ne dit rien, passant une main dans ses cheveux déjà ébouriffés. Ludivine pouvait cependant deviner ce qu'il pensait. Elle-même se trouvait un peu trop sur la défensive, sans parvenir à comprendre pourquoi elle agissait avec tant d'agressivité. Elle s'en voulait presque de le mettre autant à l'épreuve.
James s'approcha un peu plus d'elle, s'arrêtant à quelques centimètres avant de tendre son bras. Ludivine dut relever la tête pour regarder James dans les yeux, l'observant un instant avec suspicion avant de tendre son propre bras d'un geste mimétique.
Elle enroula ses doigts autour du poignet de James sans pour autant réussir à en faire le tour, ce qui fit sourire le sorcier lorsqu'il enserra à son tour son poignet, l'enveloppant de sa main large.
Ludivine sentit de la chaleur se propager au niveau de son torse lorsque la main de James vint s'agripper fermement à elle, mais elle tenta de cacher son trouble du mieux que possible quand elle leva à nouveau son regard. James la fixait d'un œil impassible et elle ne sut, comme souvent, interpréter son regard.
— C'est parti ? demanda-t-il à voix basse.
Ludivine hocha la tête, fermant les yeux pour se concentrer. Elle commença à vider son esprit, focalisée sur les doigts qui enserraient son poignet. Pourtant, la chaleur qu'elle sentait sous le toucher du sorcier l'empêchait de réfléchir.
Des flashs de sa journée se bousculaient dans son esprit. Sa discussion avec Albus et Scorpius résonnait dans son cerveau. La vision de James rappelant sa baguette sans effort lui traversait l'esprit. Le sentiment d'insécurité qui avait surgi au plus profond de ses entrailles refaisait surface. Toutes ces pensées se bousculaient dans sa tête, consciente que sa concentration était insuffisante.
Une lueur apparut au-dessus de leurs poignets, mais Ludivine ne la vit pas. Ce ne fut qu'à la remarque de James qu'elle réalisa que le charme avait été lancé.
— Va falloir y mettre du tien, Hendell, se moqua James.
Ludivine rouvrit les yeux et vit qu'entre eux était apparu un ruban violet dans une lumière claire, légèrement terne et lacéré à de multiples endroits. Le sortilège se rompit et le ruban tomba sur la main de Ludivine qui lâcha le bras de James pour le récupérer.
— Qui te dit que cela vient de moi ? s'indigna-t-elle en fronçant les sourcils.
— Parce que tu es un livre ouvert et qu'il est facile de voir que tu ne te sens pas à ta place, répondit James d'un ton goguenard. Pour créer un ruban parfait, il faut le vouloir.
— Je sais sceller un pacte ! s'irrita Ludivine.
Elle ne l'aurait jamais reconnu, mais le Gryffondor avait parfaitement réussi à la lire.
— Je le sais bien, répliqua sèchement James qui s'agaçait de sa susceptibilité, mais il va falloir faire du tri dans ta tête si tu veux qu'on arrive à sceller quoi que ce soit.
— Evanesco, chuchota Ludivine en regardant le tissu disparaître dans des flammes entre ses doigts.
Elle choisit de ne pas répondre, levant un regard orgueilleux qui sembla amuser James. Il la regarda d'un air railleur. Il savait parfaitement où appuyer pour l'énerver et ne se gênait pas pour en profiter.
Elle se contenta de tendre de nouveau son bras vers James qui l'attrapa avec la même fermeté qu'un peu plus tôt. Ils fermèrent de nouveau les yeux afin de relancer le charme. Ludivine se força à vider son esprit, et parvint à mettre de côté le trouble qu'elle avait ressenti un peu plus tôt.
Elle ne réussit cependant pas à balayer ce dernier sentiment d'incertitude, portant sans le vouloir un regard à James. Il émanait une telle assurance de lui, une telle quiétude, que Ludivine en fut perturbée. Elle vit avant James la lumière apparaître entre eux, et elle en connut très vite le résultat. Ce qu'elle vit, en effet, renforça sa frustration.
Le ruban qui était apparu était, comme le précédent, lacéré à plusieurs endroits, bien qu'il ait été plus brillant. Ils étaient encore bien loin d'obtenir un ruban parfait pour un pacte solide, et Ludivine sentit la colère monter en elle. Elle lâcha le poignet de James pour attraper le tissu avec une violence qui la surprit elle-même.
— Hendell ? l'interpella James doucement.
Silencieuse, Ludivine refusa de lever la tête. Toute son attention était portée sur le tissu, le faisant disparaître comme le précédent. Elle se sentait honteuse de ne pas parvenir à effectuer un simple rituel de pacte.
Ludivine sentit une pression sur son visage, et fut surprise de voir que James avait placé un doigt sous son menton pour lui relever la tête. Lorsqu'elle croisa son regard, elle y vit une bienveillance qui la surprit. Elle constata par ailleurs que le sorcier était bien plus proche qu'un peu plus tôt, et en rougit tout en se retenant de faire un pas en arrière.
— Respire, Hendell, chuchota James d'une voix rassurante, ce n'est pas compliqué.
— J'essaie ! répliqua Ludivine sur un ton irrité.
— Tu es trop crispée, lui dit-il, et même si j'apprécie l'idée qu'être proche de moi te perturbe, il faut que tu te détendes.
Ludivine fusilla James du regard en entendant sa blague, mais ne fit aucun commentaire. La raison qu'il donnait n'était peut-être pas la bonne, mais il avait raison. Il fallait qu'elle parvienne à se détendre si elle voulait réussir à aller au bout du charme. Quelque chose l'en empêchait et elle ne parvenait pas à savoir quoi.
— On pourrait sceller le pacte avec ces rubans, argua-t-elle dans un souffle.
— Peut-être, répondit James doucement en retirant son doigt du visage de Ludivine et en faisant un pas en arrière, mais je n'ai aucune envie de sceller un pacte si fragile et je pense que toi non plus. Alors arrête de douter.
— Ce n'est pas en toi que je ne crois pas, marmonna Ludivine avec honte, sentiment que le regard surpris de James accentua.
— Tu doutes de toi, Hendell ? demanda-t-il doucement et elle fut étonnée de n'entendre aucune moquerie.
Elle ne répondit pas, fuyant le regard du Gryffondor qui n'avait pas besoin d'en entendre plus. Un silence s'installa et lorsqu'elle releva la tête, Ludivine constata qu'il la regardait d'un air concentré et réfléchi.
— Dans ce cas, reprit-il doucement comme s'il ne voulait pas la brusquer, faisons-le ensemble. Fais-moi confiance, concentre-toi sur moi.
Ludivine était comme pétrifiée, elle était tout bonnement incapable de faire confiance à James Potter. Elle ne le connaissait pas suffisamment pour cela. Et puis, comment pouvait-elle faire confiance à quelqu'un d'autre lorsqu'elle doutait déjà d'elle-même. Pourtant, quelque chose dans le regard de James, dans sa présence, la rassura et elle sentit ses doutes s'alléger.
James avait de nouveau tendu son bras. Il n'avait pas quitté Ludivine des yeux, et elle lui rendit son regard tandis qu'elle attrapait une nouvelle fois le bras de James, serrant de ses doigts le poignet du sorcier qui refermait les siens sur son avant-bras.
Contrairement aux deux essais précédents, aucun des deux sorciers ne ferma les yeux. Chacun était concentré sur l'autre. Ludivine avait porté toute son attention sur James et fut presque surprise du sérieux qui habitait ses traits. Comme la veille lorsqu'il s'était ouvert sur les raisons qui le poussaient à participer à ce concours, il lui montrait à cet instant qu'ils s'engageaient à deux et qu'ils pourraient compter l'un sur l'autre.
Une lueur apparut sous leurs yeux, dans laquelle ils plongèrent le regard. Un ruban se dessina, violet et scintillant, virevoltant en parfait état. Ludivine sentit une légère pression sur son avant-bras, venant de James, et elle devina ce qu'il attendait d'elle. Échangeant un regard ferme, ils se mirent à réciter leur serment.
« Tempora mutantur et nos mutamur in ilis. Sic, nec spe, nec metu, ibi incipit et deficit orbis. »[1]
Comme s'il avait entendu les paroles prononcées par les deux sorciers, le tissu vint s'enrouler avec élégance autour de leurs deux poignets entremêlés. A cette vue, Ludivine ne put retenir un sourire fier et satisfait de se former sur ses lèvres. Elle sentit sa peau chauffer tandis que le tissu la pénétrait pour finalement disparaître.
Le charme prenait fin et le sourire de Ludivine était maintenant rayonnant. Elle adorait la belle magie, et l'ancienne magie avait quelque chose de transcendant et d'étourdissant qui la bouleversait. Lorsqu'elle releva la tête vers James, elle vit l'expression indéchiffrable qui s'était installée sur ses traits, cohérente avec le regard pénétrant qu'il posait sur elle. Il resta silencieux un instant avant que son expression ne change radicalement.
— Tu vois, dit-il avec un sourire maintenant narquois, il suffisait de faire un effort.
Ludivine ne répondit rien. Elle lâcha le bras du sorcier, lui faisant toutefois un sourire scintillant. James avait ressorti son ironie, mais elle l'ignora. Elle avait bien compris que le sarcasme était l'essence même de la carapace du sorcier, mais il l'avait suffisamment baissée devant elle pour qu'elle commence à entrevoir le vrai James Potter. Et ce sorcier n'hésitait pas à la soutenir lorsqu'elle en avait besoin.
Alors Ludivine lui partagea un sourire doux et délicat, qui montrait sa reconnaissance pour l'avoir aidée à sceller ce pacte, avant de relever ses remparts à son tour également.
— Tout avec toi est un effort, Potter.
Lorsque Ludivine se dirigea vers la Grande Salle pour dîner, son regard s'arrêta sur le tableau d'inscription. Son nom avait changé de place pour aller se positionner à côté de celui de James. Un sentiment étrange la parcourut quand elle réalisa dans quoi elle s'était engagée.
Elle sentait encore sa peau la picoter au niveau de son poignet gauche, et elle y porta inconsciemment sa main. La trace du serment resterait plusieurs jours, elle le savait, et elle continuerait de la sentir durant un moment.
Elle allait franchir l'entrée de la Grande Salle quand une personne fonça vers elle, attrapant sa main pour la tirer hors de la pièce. Ludivine se laissa porter par Acca qui l'éloignait avant de se tourner vers elle, sans s'arrêter de marcher.
— Non, pas ici, l'apostropha Acca avec un sourire, c'est la folie dans la Grande Salle.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Ludivine.
— Tu as vu le tableau ? rebondit Acca. Je ne sais pas si tu as une idée du nombre de propositions que Potter a reçues, mais savoir qu'il a trouvé sa partenaire fait des vagues.
Ludivine leva les yeux au ciel. Comment cela pouvait-il encore être d'actualité ? Elle réalisa qu'elle n'avait pas demandé à James comment il vivait ces réactions. Elle avait lâché ses nerfs sur lui, et il n'avait pas bronché, mais elle ne s'était pas intéressée à son cas. Pourtant, Ludivine avait vu pendant des années ce que cette célébrité non-voulue avait eu comme effet sur Albus. L'habitude n'avait pas rendu la chose plus simple à digérer.
— Tu m'emmènes où ? demanda-t-elle avec un soupçon qu'elle ne cachait pas.
— J'ai eu ordre de Malefoy de t'amener aux cuisines, répondit Acca avec malice.
— Et depuis quand tu passes par mon meilleur ami, dis donc ?
— Depuis que tu l'as poussé à faire équipe avec moi.
Ludivine ne cacha pas son sourire. Elle savait que son amie la connaissait suffisamment pour comprendre quand elle avait besoin de se changer les idées. Et à cet instant, un excès de jalousie ne faisait pas de mal à Ludivine.
— Je t'ai à l'œil, hein ! la gronda-t-elle faussement.
— Ne t'inquiète pas, sourit Acca en chatouillant la poire du portrait qui marquait l'entrée aux cuisines, mettant un pied à l'intérieur avant de se tourner vers Ludivine, il t'en restera toujours un. Je te laisse ce casse-pieds de Potter de bon cœur.
Ludivine rigola en suivant Acca dans les cuisines où de nombreux elfes s'attelaient à produire pléthores de plats.
Les cuisines étaient méconnues de nombreux élèves. L'architecture était particulière, avec des structures verticales triangulées à la façon d'une cathédrale. Les murs étaient habillés de dorures de siècles passés et s'élevaient en hauteur, quelques arcs encadrant le plafond avec élégance. Quatre grandes tables exactement disposées sous celles de la Grande Salle occupaient la pièce, et des centaines d'elfes s'affairaient dans tous les sens pour produire des plats qu'ils n'avaient plus qu'à envoyer par magie à l'étage du dessus.
Son attention fut attirée par les rares élèves présents à cette heure-ci. Albus écoutait Scorpius assis face à lui, tout en posant sur Acca un regard meurtrier alors qu'elle se dirigeait vers eux.
— Pourquoi cette tête, Potter ? se moqua Acca en s'asseyant à côté de Scorpius tandis que Ludivine prenait place face à elle.
— Tu sais que quand le portait est à moitié ouvert, on peut entendre ce que tu dis, Rockwood ? cingla Albus.
— Je n'ai rien dit que tu ne savais pas déjà, susurra Acca d'un ton acerbe, et puis je n'essayais pas particulièrement d'être discrète.
— Comme si tu savais l'être, marmonna Albus suffisamment fort pour qu'Acca l'entende.
— Pardon de ne pas avoir un nom qui fasse que tout le monde me remarque sans que je ne dise un mot.
— Par Merlin, intervint Scorpius, je comprends pourquoi Ludivine refuse toujours que vous soyez dans la même pièce.
Ludivine se contenta de sourire narquoisement à Scorpius en remerciant l'elfe qui lui apportait son plat. Elle adorait qu'en cuisine, il soit possible d'être en contact direct avec des elfes de maison.
— Tu le sauras maintenant, chantonna-t-elle avec amusement, ne jamais les mettre au même endroit.
Ludivine avait arrêté de tenter de les réconcilier plusieurs années auparavant. Certaines personnes n'étaient pas faites pour s'entendre, c'était leur cas. Ils ne s'en offusquaient d'ailleurs pas, lucides sur leur relation qui n'existait qu'à travers Ludivine. Albus regardait d'ailleurs la Gryffondor avec moquerie tandis que celle-ci lui montrait son majeur.
— L'un de vous ne survivra pas à ce concours, marmonna Ludivine.
— On te renvoie la remarque, se moqua Albus. J'ai entendu dire que tu passais ton temps à t'insurger contre mon frère.
— Tu devrais revoir tes sources.
— Mes sources sont le château entier, Lud, affirma Albus, tout le château parle de vous.
— On a déjà eu cette discussion, Al.
— Ignore-les tous, intervint Acca en empêchant Albus de continuer, c'est bien ce que fait Potter. Et je peux te dire que des remarques et des questions, il en reçoit un paquet.
— Il les ignore ? demanda Ludivine.
— Il n'est pas du genre à donner de quoi alimenter les rumeurs, répondit Acca en haussant les épaules tandis qu'elle se mettait à manger.
Ludivine soupira en s'installant plus profondément dans sa chaise. Elle savait très bien que les rumeurs ne faisaient qu'aller et venir sur elle, et que chaque action de sa part alimenterait de nouveau le débat.
— Je crois que des paris ont été pris entre Gryffondor et Poufsouffle sur un duel entre les frères Potter pour t'avoir, rigola Scorpius, les mises sont sur combien de temps.
— Par Merlin, sourit Albus, ce sont des gallions qui vont se perdre.
— Serdaigle parie plutôt sur la durée du binôme, ajouta Acca, ils ne croient pas que vous allez tenir.
— C'est si agréable quand des inconnus parient sur toi, siffla Ludivine avec irritation. Et Serpentard ?
— Oh Serpentard ne parie pas, dit Albus avec malice. La plupart te connaît mieux que le reste du château, ils savent que votre binôme a toutes les chances de gagner. Beaucoup d'élèves de notre maison se sont inscrits, et ils vous prennent pour de la concurrence solide.
— Seule maison intelligente, marmonna Ludivine.
— Ce n'est pas pour rien qu'on y est ! s'exclama Scorpius en tapant dans le dos d'Acca avec plus de force que voulu alors qu'elle s'étouffait à moitié avec son plat.
— Putain, Malefoy ! s'exclama-t-elle en buvant une gorgée d'eau. Je ne suis pas ton acolyte, contrôle-toi.
— Et pourtant si, sourit Scorpius, tu es mon troisième acolyte depuis hier, Rockwood ! On devrait d'ailleurs s'appeler par nos prénoms.
Acca jaugea Scorpius du regard. Ce n'était bien évidemment pas un souci pour elle, mais Ludivine savait qu'elle réfléchissait à la façon d'embêter au maximum le sorcier.
— Je vais y réfléchir, Scorpius.
Ce dernier partit d'un rire franc. Il s'amusait beaucoup de l'humour de la sorcière qui dégageait une bonne humeur constante. Puis son visage s'illumina en se tournant vers Albus.
— On devrait alimenter les paris ! s'exclama-t-il. Tu imagines les gallions qu'on se ferait en faisant croire que tu es jaloux de James ?
— C'est une idée de génie ! s'enthousiasma Albus en tapant dans la main que lui tendait Scorpius.
— Hé ! s'indigna Ludivine. Vous n'allez pas vous faire des gallions sur mon dos !
— Techniquement, c'est sur le mien, argumenta Albus.
— Et le mien !
— Oh mais ne t'inquiète pas Lud, répondit Albus en passant un bras autour de ses épaules, on partagera avec toi.
Ludivine lui jeta un regard désabusé. Ce qu'ils pouvaient être bêtes, mais c'était si simple de se chamailler avec eux.
Elle hésita un instant à leur partager ses doutes et inquiétudes. Elle hésita à interroger Albus sur sa décision au sujet de la sélection. Il croisa son regard hésitant, voulant s'exprimer avant que Ludivine ne décide que le moment ne se prêtait pas à de tels sujets. Elle lui fit donc un clin d'œil joueur avant de prendre la parole.
— Dix gallions sur la table et on s'arrange pour faire croire à tout le château qu'Albus et James se jettent sur la gueule avant Halloween.
[1] « Les temps changent et nous aussi changeons avec eux. C'est ainsi, sans espoir et sans crainte, qu'ici commence et finit le monde. »
