Chapitre 11 - Revêches et rebours

— Jeunes gens, commença le ministre Shacklebolt en s'avançant sur l'estrade de la Grande Salle, je vous félicite pour votre participation à ce concours. C'est un événement inédit pour le ministère de la Magie, sachez que nous avons souhaité en faire un moment mémorable pour chacun d'entre vous.

Ludivine ne retint pas un sourire ironique. Ce n'était pas le genre de phrase qui inspirait confiance dans un concours quand on avait une idée des épreuves qui avaient pu composer chaque Tournoi des Trois Sorciers. Ludivine était persuadée ne pas avoir été la seule à le penser en voyant des sourires s'afficher autour d'elle.

C'était le cas d'Acca et Liz, assises de part et d'autre d'elle, les yeux rivés vers le ministre. C'était également le cas de Scorpius. Ludivine choisit ce moment pour jeter un regard circulaire.

Tous les sorciers participant au concours avaient été réunis dans la Grande Salle un samedi matin. Parmi les élèves de Poudlard se trouvaient des étudiants étrangers qui avaient pris un portoloin le matin-même, et des sorciers déjà diplômés de second cycle. A première vue, elle estimait une centaine de participants, dont une trentaine ne venait pas de Poudlard.

Elle ne prit pas le temps d'observer les sorciers qui l'entouraient, cherchant son binôme du regard. Elle le trouva assis entre Fred et William qui discutaient en ricanant sans discrétion. Il intercepta son regard et lui fit un clin d'œil. Ludivine se sentit rougir à ce geste, et elle reporta aussitôt son attention sur le ministre.

Ce dernier avait continué de parler et elle rattrapa son discours en cours de route.

— Ce concours sera pour vous un tumulte d'émotions, car c'est face à ses émotions qu'un sorcier révèle sa vraie nature, sa vraie magie. Certains d'entre vous ont choisi de se présenter seuls, d'autres de faire équipe. Je suis ravi de voir que le tableau comporte de nombreux binômes, mélangeant jeunes femmes et jeunes hommes, mais surtout mélangeant les maisons.

A ces mots, le ministre arbora un sourire sincère tandis que la directrice McGonagall s'était redressée sur sa chaise avec fierté. Ludivine sentit une tape sur son épaule, et elle constata que Acca arborait le même sourire. Elle n'y avait pas pensé, mais il était vrai que de nombreuses équipes inter-maisons s'étaient formées, comme Liz et Rose, Acca et Scorpius, James et elle.

— Je ne doute pas, reprit le ministre, que chacun a fait un choix réfléchi. Que vous ayez choisi votre partenaire, ou non, en vous appuyant sur les mots que nous vous avions partagés, votre choix devrait être le bon.

Connaissance. Puissance. Confiance. Ludivine contrôla tout son être pour ne pas se tourner de nouveau vers James, même si elle sentit un picotement à l'arrière de sa tête, se doutant que lui avait dardé son regard sur elle.

Ludivine ressentait une étrange sérénité face à son choix. Même si elle ne pouvait pas encore faire confiance au sorcier, elle avait toutefois confiance en ses capacités. Il voulait la même chose qu'elle : gagner.

Puis, la vraie annonce avait été faite.

— Dans deux semaines aura lieu votre première épreuve, reprit le ministre Shacklebolt de son regard bienveillant. Celle-ci s'inspirera de la connaissance. Certains l'ont définie comme notre représentation de la réalité extérieure et la notion de vérité absolue qu'elle engage. Ce n'est pas seulement une croyance partagée mais une opinion raisonnée et universelle. Mais comment cette connaissance vient-elle se greffer à nos actions et notre vision, biaisée par notre expérience de ce monde ? N'en perd-elle pas son universalité ?

Le silence régnait lorsqu'il s'arrêta, observant son audience d'une expression amusée. Le discours philosophique dans lequel il s'était engagé avait égaré plusieurs sorciers. Ludivine se demandait où il voulait en venir, et s'interrogeait sur le contenu de l'épreuve à l'aube des nouvelles informations qu'il leur apportait. Elle ne parvenait pas à comprendre.

Elle porta son regard sur Acca, qui dégageait un sentiment de détente qui la rassura presque. C'était comme si rien ne pouvait l'atteindre ou l'inquiéter, et Ludivine se demanda si elle écoutait toujours.

Scorpius fixait le ministre avec sérieux. Ludivine s'était imaginé que le sorcier adopterait une nonchalance et une détente totale mais ce n'était pas le cas.

— Ce qu'il faut retenir, reprit le ministre, c'est que les termes et les concepts ont une signification propre, mais qu'il faut savoir les appliquer à notre expérience et notre réalité. La connaissance est une vérité universelle, mais elle ne s'applique pas de façon universelle.

A ces mots, Ludivine s'était finalement tournée vers James. Il réfléchissait à toute allure, dardant sur elle un regard froid. Elle s'était attendue à une expression accueillante, et constatait qu'elle s'était tendue face à sa réaction. Alors quand James lui fit un sourire confiant, elle ne réussit à lui rendre qu'à moitié.

Parfois, elle se demandait sur quelle voiture volante elle avait embarqué.


Connais-tu ces épis sans grâce,

Deux semaines. C'était le temps qui était passé entre le moment où Ludivine avait scellé son pacte avec James, et le lancement officiel du concours qui avait eu lieu le matin-même. Les deux sorciers avaient appris à mieux se connaître, et s'il y avait bien un élément central que Ludivine retenait de ces deux semaines, c'était bien ceci : James Potter était un sorcier déconcertant.

Contrairement à ce qu'elle avait pu penser, James n'était pas d'une personnalité exubérante. Il était joueur et aimait se faire remarquer, mais uniquement lorsqu'il le décidait. D'une manière générale, le Gryffondor privilégiait néanmoins le silence, arborant un sourire narquois qui indiquait à qui le voulait qu'il choisissait d'être silencieux et était en parfait contrôle. Puis, quand il estimait que la situation s'y prêtait, il adaptait son comportement. James analysait énormément, Ludivine en prenait conscience.

Au premier abord chaleureux et amical, son sourire était une façade que ses yeux n'aidaient pas à gravir. Son regard reflétait la sévérité de son jugement. Plus les jours passaient, et plus Ludivine faisait attention à ce que lui disaient ces iris noisette. Ils lui communiquaient souvent de l'impatience, parfois de l'agacement, occasionnellement de la douceur et de la bienveillance. Ils restaient quelques fois fixés sur ses mouvements, et d'autres fois évitaient son regard.

James Potter restait toutefois un paradoxe à lui-même, elle le voyait dans son calme, mais également dans ses moments de colère.

Qui, dans une manche glissés,

Il lui semblait généralement posé et réfléchi, analysant une situation avant de s'exprimer. Dans ces moments-là, il était capable de déceler les émotions des autres et même de les prendre en compte. Ludivine l'avait compris de nombreuses fois, notamment lorsqu'ils avaient scellé le pacte. Son impression avait été confirmée quelques jours plus tard, lorsqu'ils avaient passé une heure dans la Grande Salle à essayer de comprendre en quoi pourraient consister les épreuves et qu'ils avaient évoqué la possibilité qu'ils identifient leurs peurs pour les utiliser contre eux. James avait vu le mouvement de panique qui s'était créé chez elle. Il l'avait sentie se tendre, et il avait compris qu'elle n'était ni prête à les partager avec lui, ni prête à les identifier tout court.

Alors James était resté silencieux quelques secondes, jusqu'à ce qu'il pose sa main sur le poignet de Ludivine encore marqué par leur pacte. Rien que ce geste l'avait calmée, et elle avait arrêté de s'agiter inutilement.

— On n'est pas obligés d'aborder ce sujet maintenant, lui avait-il dit avec prudence.

Ludivine n'avait rien répondu, hochant la tête tandis qu'un petit sourire d'excuse se formait sur ses lèvres. Oui, son binôme était réfléchi.

Par leurs poils revêches hissés,

D'autres fois, James Potter pouvait être protecteur. Elle l'avait vu la semaine dernière lorsqu'un sorcier, à l'évidence plus âgé, s'était approché au dîner de Liz et Rose qui discutaient avec Lily à la table de Gryffondor. Ludivine avait tout de suite vu James se tendre quelques sièges plus loin, serrant son gobelet avec force tandis que le sorcier se penchait vers sa sœur avec une proximité qui n'avait visiblement pas été demandée par la sorcière au vu de son regard courroucé.

Le sorcier avait souri, passant un bras autour des épaules de Lily qui allait le retirer lorsque, tout d'un coup, le verre dans la main du sorcier avait explosé. Il avait reculé abruptement, le liquide se renversant sur sa chemise tandis que lui-même était presque tombé du banc et qu'un cri aigu avait raisonné dans la Grande Salle. Quant à Lily, elle était tout naturellement de la trempe des Potter : un sourire s'était formé sur ses lèvres avant qu'un rire amusé ne se déploie dans sa gorge.

Ludivine avait compris, au sourire qu'arborait James, qu'il était l'auteur du méfait. Il avait tourné la tête vers elle lorsqu'il avait senti un regard, et son sourire narquois s'était renforcé tandis qu'elle le mettait au défi d'afficher un air innocent. A ce moment-là, Ludivine s'était demandé à quel moment elle avait commencé à être amusée par les frasques de James Potter.

Elle ne s'était pas posé la question plus d'une seconde, s'interrogeant plutôt sur la façon dont il avait réussi son coup, étant donné qu'il avait gardé ses mains au-dessus de la table tout le long. Ludivine lui aurait posé la question si elle avait été près de lui, mais elle n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longtemps, Acca lui ayant attrapé le poignet pour lui partager quelque chose.

Grimpent d'autant plus qu'on les chasse ?

James Potter pouvait également être têtu et orgueilleux, comme pouvait l'être Ludivine, et c'était très souvent à celui qui aurait le dernier mot. Et peu importait qui avait raison.

— Tu es vraiment têtue, lui avait dit James après une session d'entraînement tardive en expirant fortement pour reprendre son souffle.

— Parce que je refuse de perdre ? s'était-elle moquée, s'asseyant sur le sol en s'appuyant sur les mains.

— Tu ne gagnes pas non plus, avait-il rétorqué en s'installant dans la même position.

— Parce que je n'essaie pas.

— Qu'est-ce que je disais, avait nargué James avec un sourire moqueur, têtue.

— Pas plus que toi, avait-elle répondu en faisant apparaître un coussin sous sa tête.

Ludivine avait étendu ses bras et avait fermé les yeux, tentant de récupérer un souffle régulier. Les sessions d'entrainement avec James étaient éprouvantes. Il avait une endurance qui l'impressionnait, mais qui ne la surprenait pas. James était d'une constance remarquable.

Perdue dans son souffle irrégulier, elle ne l'avait pas entendu se lever. Ce ne fut qu'une minute plus tard, lorsqu'elle avait senti une odeur particulière, qu'elle avait ouvert les yeux. James était concentré sur la cigarette moldue qu'il fumait à la fenêtre.

— Je ne crois pas que ce soit autorisé, Potter, s'était-elle moquée.

— Autant que sortir à Pré-au-Lard en semaine et en revenir alcoolisé, avait rétorqué James.

— Ce n'est arrivé qu'une fois.

— Une fois où j'ai sauvé vos fesses, avait dit James fièrement.

Encore une fois, c'était la bataille à qui aurait le dernier mot. Mais Ludivine le prit à la légère, choisissant d'en rigoler.

— Sacré monsieur le préfet-en-chef, avait-elle finalement susurré avec amusement.

L'entraînement avait été particulièrement intense, et l'effort physique avait allégé son esprit. Elle était parcourue d'une euphorie qui avait abaissé ses barrières, et son allégresse avait failli lui faire manquer le regard ardent que James lui avait lancé à cet instant, un regard qui lui aurait fait peur s'il n'avait pas disparu la seconde d'après, comme si Ludivine l'avait imaginé.

C'était l'une des rares fois où elle avait abaissé ses barrières avec le sorcier, se laissant porter par l'allégresse en rigolant ouvertement avec lui. Elle sut que c'était la seule fois où il avait également abaissé les siennes. L'un comme l'autre avait aussitôt relevé ses bâtisses.

Tels sont, contredisant toujours,

D'ailleurs, James Potter pouvait parfois être impulsif et sanguin. Ludivine le savait, mais elle se l'était rappelé quelques heures plus tôt lorsqu'un ancien élève, Logan Rowle avait-elle appris un peu plus tard, s'était approché d'elle lors du cocktail qui avait suivi le discours du ministre.

Elle avait rapidement senti qu'elle devait s'en méfier. Elle ne savait pas si c'était le regard prédateur qu'il avait posé sur elle ou son sourire canin, mais il était dangereux.

— Tu es l'équipière de James Potter ? lui avait-il demandé d'une voix rauque et grave qui impressionna légèrement Ludivine qui se contenta de hocher la tête. Intéressant, avait-il complété en la détaillant du regard.

— Que lui veux-tu ? avait-elle demandé avec une méfiance que Acca dut sentir car elle se positionna de l'autre côté du sorcier, comme pour l'encercler.

Règle numéro une apprise par leurs parents : ne jamais laisser la possibilité à un ennemi de tout voir dans son champ de vision. Au loin, Ludivine avait vu Scorpius interrompre sa discussion avec Lily pour la surveiller, mais Ludivine lui avait fait un clin d'œil amusé. Il n'y avait aucune raison d'inquiéter son ami.

— Tu étais avec lui lorsqu'il a attaqué Justin Selwyn, n'est-ce pas ? avait demandé Rowle en ignorant sa question.

Justin Selwyn, Ludivine se souvenait bien évidemment de ce nom. Elle avait senti ses épaules se tendre à l'idée que le sorcier s'adresse à elle dans une volonté de vengeance. C'était d'ailleurs très probablement le cas, alors elle n'avait laissé aucune émotion transparaître.

— Ce nom ne me dit rien, avait-elle dit avec un sourire insolent qui fit tiquer le sorcier, suffisamment pour qu'il se rapproche.

— Ne me force pas à faire en sorte que tu te souviennes du mien, lui avait-il susurré sur un ton menaçant.

Elle avait de nouveau senti ses muscles se tendre, mais avait refusé de montrer que ses mots pouvaient l'atteindre. Elle allait répliquer, mais elle n'en eut pas l'occasion car une personne s'était interposée. Les mains dans les poches, un sourire assuré sur les lèvres, James arborait une mine amusée tandis qu'il posait sa main sur l'épaule de Ludivine, mais celle-ci avait senti qu'il ne l'était pas.

— Que se passe-t-il ici ? avait-il demandé comme si la situation était cocasse. Essaierais-tu de me voler ma partenaire, Rowle ?

— Tiens, Potter, avait grincé Rowle, tu viens aider ta demoiselle.

A l'évidence, les deux sorciers se connaissaient. Ludivine s'était doutée qu'il s'agissait encore d'une histoire de famille, et elle avait maudit James pour son nom. Ce dernier avait gardé la même expression amusée, mais elle avait vu dans ses yeux qu'il avait entendu la menace.

— Ce n'est pas le genre à avoir besoin d'aide, avait lâché James d'une légèreté qu'il contrôlait difficilement, encore moins face à des sorciers comme Selwyn ou toi.

— Oh nous en reparlerons pendant les épreuves, avait ricané Rowle, il me faut bien venger mon ami de toujours d'une façon ou d'une autre.

Ludivine s'était tendue. La menace n'était plus simplement implicite, et elle savait qu'il lui fallait répliquer quelque chose, qu'il lui fallait montrer qu'elle n'avait pas peur et qu'elle en avait sous le coude. Face à ce genre de personne, le mépris était pour Ludivine la meilleure arme.

Mais elle n'eut pas le temps de répliquer car James avait déjà fait un pas en avant, attrapant l'épaule du sorcier d'une poigne ferme avant de se pencher vers son oreille. Ludivine l'entendit murmurer, sur un ton glacial « Ose tenter quoi que ce soit, et je fais de toi un sorcier mort ».

Rowle afficha un sourire narquois, peu impressionné par la poigne de James. Ludivine pouvait facilement comprendre pourquoi. James avait beau être grand et d'une carrure assez imposante, Rowle l'était encore plus. Ce n'était pas un gabarit bâti par le sport, mais une masse physionomique intimidante.

Ludivine maudit James Potter et son impulsivité. Pour elle, il s'était mis en position de faiblesse à partir du moment où il avait perdu son sang-froid. C'était tout ce qu'attendait le sorcier plus âgé, trouver le moyen de faire pression sur lui.

Ils avaient maintenu leur regard pendant de longues secondes, sans que personne ne parle. Ludivine sentait que la situation pouvait dégénérer à tout moment, et il était hors de question que son équipier se fasse remarquer en mettant un coup à un autre sorcier.

Alors elle fit le choix d'avancer d'un pas et d'attraper le poignet de James. Lorsqu'il sentit les doigts de Ludivine sur sa peau, il se retourna et croisa son regard. Il soupira avant de reculer d'un pas, acceptant de battre en retraite.

Leur discussion commençait à se faire remarquer, ils en avaient tous conscience. Alors chacun s'assura que toutes les tensions avaient disparu lorsque la directrice s'approcha d'eux pour leur demander de se réunir.

Et contrecarrant quoi qu'on fasse,

James Potter était devenu un interlocuteur quotidien dans la vie de Ludivine. Elle qui avait toujours restreint ce nombre au minimum, apprenait désormais à s'adapter à ce nouveau cas de figure. Elle avait beau apprendre à le cerner, leur relation n'en était pas moins conflictuelle, notamment lorsqu'il s'agissait de prendre une décision.

Sur plusieurs aspects, James lui faisait penser à Albus. Son meilleur ami était très semblable à son frère aîné. Cette indifférence aux autres, mais malgré tout ce besoin de montrer qu'ils étaient en contrôle. Là où James jouait d'un sourire, Albus avait un regard expressif qui disait la même chose que son frère.

Ludivine ne savait pas toujours quel James Potter était le vrai. Il lui semblait qu'il tentait de rester calme et silencieux face à elle, mais elle avait compris comment irriter le sorcier, et elle pouvait en abuser autant que possible selon ses humeurs. Elle voyait alors les éclairs qui passaient dans son regard, son langage corporel parlant pour lui.

Ludivine cherchait plus régulièrement son contact, et se surprenait à trouver un certain confort dans son regard, comme ça avait été le cas lors de l'annonce. Et d'autres fois, son ton ironique et son regard narquois étaient les dernières choses auxquelles elle avait envie de se confronter, comme cet après-midi.

Les fâcheux esprits nés rebours.[1]


Il avait été évident pour James que les propos du ministre les incitaient à étudier sans relâche. James n'avait pas perdu de temps et avait requis de Ludivine qu'elle le retrouve tous les soirs après dîner pour qu'ils étudient jusqu'à la fermeture de la bibliothèque. Elle lui avait ricané au nez, le regardant comme s'il était fou.

Ils s'étaient interrogés de nombreuses fois sur la forme que prendrait le concours. Devaient-ils réviser leurs connaissances, devaient-ils s'entraîner à attaquer, à se défendre ? Le lancement du concours était censé leur apporter des réponses, c'était du moins ce qu'ils avaient espéré. Mais une chose était certaine pour Ludivine qui repensait au discours du ministre, celui-ci n'avait pas apporté de réponse et avait même créé d'autant plus de questions. Et sans réponse claire, elle ne prévoyait pas de s'enfermer à la bibliothèque sans y réfléchir auparavant.

De toute façon, elle avait déjà décidé d'y passer son après-midi, choisissant de s'isoler pour écrire à sa mère. Elle n'avait pas eu de ses nouvelles depuis plusieurs semaines, et ce n'était pas dans ses habitudes de rester silencieuse si longtemps. Ludivine était inquiète, et l'inquiétude n'avait pas un bon effet sur elle.

Ma chère mère,

Même si ma dernière lettre est restée sans réponse, j'aime à croire que tu vas bien et que mes envois trouvent leur destinataire. Acca m'a dit que Rachel et Zach étaient rentrés quelques jours plus tôt, alors je suis surprise de ne rien recevoir de ta part.

Le concours a officiellement commencé ce matin. Tu ne l'as peut-être pas encore lu, mais je fais équipe avec James Potter, le frère aîné d'Albus.

Ludivine se doutait que sa mère l'identifiait très bien. Elle parlait d'Albus et Scorpius depuis des années, mais n'avait pas besoin de parler du reste de la famille Potter pour que sa mère en connaisse les membres.

Ludivine avait été étonnée, quelques années plus tôt, par la réticence de sa mère quand elle avait appris qu'elle s'était liée d'amitié avec le cadet des Potter. Ludivine avait supposé qu'elle ne connaissait juste pas la famille, sa mère ayant vécu en France jusqu'à sa majorité. Elle n'avait jamais démenti cette hypothèse, mais Ludivine avait réalisé au fil des années qu'elle connaissait justement très bien cette famille pour quelqu'un qui avait vécu en France et suivi la guerre de loin.

Tout le professionnalisme de sa mère, toutes ses compétences de renseignement semblaient disparaître quand il s'agissait des Potter. Comme la fois où Ludivine lui avait montré une photo de Scorpius, Albus et elle au repas de Noël de leur troisième année, et que sa mère avait lâché sans se contrôler qu'Albus était « le portrait craché de son père à son âge ». Oh bien sûr, elle n'avait pas interrogé sa mère qui lui aurait répondu d'un air impassible qu'Harry Potter faisait la une de tous les journaux depuis trente ans.

Mais Ludivine savait, elle sentait, qu'il ne s'agissait pas de cela. Elle avait longtemps essayé de comprendre ces incohérences. Elle avait fait d'innombrables recherches et avait tendu de nombreux pièges à sa mère mais celle-ci avait toujours trouvé un moyen d'ignorer le sujet ou de se rattraper. Après tout, elle mentait à tout le monde depuis vingt-cinq ans, cachant même à sa fille le vrai fondement de son travail, de ses missions. On ne la piégeait pas comme cela.

Je ne sais pas encore quoi penser de mon binôme. Il est téméraire et sûr de lui mais je ne suis pas encore persuadée que nous ferons une bonne équipe. Albus dit que son frère et moi sommes trop similaires pour être compatibles, mais je me considère bien moins obstinée que lui !

Acca et Liz participent également au concours, et j'espère ne pas avoir à les affronter au cours d'une épreuve. Acca prend toutes les annonces avec le sourire, et c'est la partenaire idéale pour Scorpius. Je regrette de ne pas les avoir incités plus tôt à passer du temps ensemble, entre la folie d'Acca et l'humour de Scorpius, on s'amuse bien.

Liz, en revanche, est un peu plus angoissée et je ne sais pas comment la détendre. Il est vrai qu'elle est excellente dans ce qu'elle fait, mais elle n'aime pas s'opposer aux autres. Les concours, les épreuves où il faut affronter d'autres personnes autrement qu'à l'écrit, ont tendance à la stresser.

Quant à Evelyn, elle est comme Albus, elle se voue corps et âme dans le Quidditch. Je pense qu'elle veut y oublier ses obligations mais je ne voudrais pas qu'elle oublie que les filles et moi sommes également là pour la soutenir. Je ne sais juste pas comment le lui montrer.

C'est plus facile avec Albus, même si je vois bien qu'il est tourmenté. Quant à Scorpius, je crois qu'il n'a pas reçu de bonnes nouvelles de la maison, mais il n'a pas souhaité en parler. Même si ce n'est qu'une façade, au moins il continue de rire. Peut-être que quand il n'y arrivera plus, il se confiera.

Au fait, comment nous organisons-nous pour Noël ? Si j'ai raison pour Scorpius, peut-être que le sortir de son cadre familial quelques jours pourrait lui faire du bien, il pourrait venir avec nous ? Je crois que Acca retourne aux États-Unis. Peut-être serait-il temps que tu rencontres Albus ?

J'attends de tes nouvelles, prends soin de toi. Je t'aime.

Ludivine signa la lettre avec incertitude. Elle avait beau être pressée que sa mère lise sa lettre, son inquiétude dominait ses pensées. Comment pouvait-elle s'assurer, sans ces cartes postales, qu'elle allait bien ? Elle ne pouvait jamais le savoir.

— Tu m'as l'air d'apprécier la solitude, Hendell.

Il y eut du mouvement autour de Ludivine et lorsqu'elle releva la tête, elle vit James Potter prendre place à côté d'elle. Elle ne retint pas son soupir, s'appuyant dans le dossier de sa chaise pour l'observer.

Il avait croisé les bras sur son torse et la regardait d'un air amusé, attendant sa réaction. Il semblait sortir de la douche, ses cheveux étaient trempés et son t-shirt collait à sa peau, à certains endroits où elle n'avait pas dû être suffisamment séchée. Ludivine laissa son regard se promener sur le torse du sorcier. Elle pouvait deviner ses muscles à travers le tissu mouillé, mais elle se reprit vite et reposa son regard sur le visage de James.

— Et peut-être que j'aimerais profiter un peu plus de sa compagnie, répondit-elle.

— Range ta carapace, se moqua James en décroisant les bras et en passant une main dans ses cheveux, je sais bien que ma présence ne te dérange pas tant que ça.

Ludivine lança un regard désabusé au Gryffondor qui rigola en comprenant le message. Bien sûr qu'il se moquait d'elle, à lui parler d'une carapace qu'il avait lui-même construite plus grosse que celle de Ludivine.

Elle ne répondit pas, peu encline à tergiverser, et retourna à sa lettre tandis que James attrapait le livre qu'elle avait emprunté en entrant dans la bibliothèque.

Mémoires de Tiberio Simolion et le Cercle de Brocéliande, lut-il en lâchant un léger sifflement, tu t'intéresses à de grands sujets, Hendell.

Ludivine ne retint pas, cette fois, un air agacé. Son silence n'en disait-il pas suffisamment sur son envie et sa capacité à tenir une discussion ? Elle récupéra le livre des mains de James et le posa à côté d'elle de sorte qu'il ne puisse plus y toucher, montrant son impatience par un regard irrité.

— Pourquoi ne te mêlerais-tu pas de ce qui te regarde, Potter ? demanda-t-elle avec distance.

— C'est un crime de m'intéresser à toi ? rétorqua James avec malice.

— Tu n'es pas en train de t'intéresser, dit Ludivine qui refusait de rentrer dans son jeu, tu te mêles de ce qui ne te regarde pas.

James se contenta d'un grand sourire alors qu'elle levait les yeux au ciel. C'était comme parler à un scroutt à pétard, se dit-elle en voyant la malice passer dans les yeux du sorcier.

— C'est dur de savoir de quel côté attraper une baguette avec toi, commenta James.

— Si tu crois que c'est plus simple te concernant, marmonna-t-elle en reportant son attention sur sa lettre.

Un silence s'installa, durant lequel Ludivine continua de relire sa lettre. James se balançait sur sa chaise, l'observant d'un œil discret. Ludivine s'en rendit compte quand elle finit sa relecture.

— Tu es encore là ? demanda-t-elle avec surprise.

— Tu préférerais que je m'en aille ? suggéra James avec un sourire.

Elle haussa les épaules, n'ayant pas de réponse à fournir au sorcier dont le sourire s'agrandit.

— Dire que je pensais qu'on avait franchi une étape, toi et moi, se moqua-t-il.

— Tenir une discussion civilisée avec toi ne veut pas dire que je veux en avoir une tous les jours.

— Moi qui pensais que je te faisais rire ! s'exclama James avec désarroi.

Une nouvelle fois, Ludivine ne répondit rien, le fusillant du regard. Pourtant, elle ne contrôla pas le sourire qui commençait à se former sur ses lèvres. Merlin qu'il pouvait l'importuner, mais elle commençait à s'habituer à ses frasques.

— Quelque chose me dit, reprit James, que tu es fâchée que je sois intervenu ce matin.

— Tu fais bien ce que tu veux, répondit-elle sèchement.

Ludivine hésita à relever la tête, et le regretta aussitôt quand elle vit le regard moqueur qu'il avait posé sur elle.

— Tu n'aimes pas qu'on intervienne pour toi, reprit James comme s'il était légèrement embêté par l'idée, c'est problématique.

— Tu as perdu ton sang-froid, cingla finalement Ludivine qui avait posé sa lettre dans un bruit sec sur la table. Tu as simplement confirmé ce qu'il pensait être un point faible pour toi.

— Et alors ? répondit James dans un claquement de langue agacé. Je me fiche de ça, Rowle est stupide, il ne va pas aussi loin dans sa réflexion. Ce qui m'importe, c'est qu'il sache que s'il cherche un adversaire, il en trouvera un de taille en ma personne.

Ludivine grinça des dents. Rempli d'ego, voilà un autre terme qui caractérisait James Potter. Bien sûr, c'était également son cas alors il n'y eut aucune surprise à ce que chacun maintienne son regard face à l'autre. Encore une fois, c'était à qui aurait le dernier mot.

Finalement, James eut un sourire, choisissant de battre en retraite.

— Tu t'essaies à la magie élémentaire, n'est-ce pas ? reprit-il avec une légèreté qui irrita Ludivine.

Comme elle ne répondait pas, il continua.

— Tiberio Simolion était un grand géomancien, il n'y aurait aucune raison d'emprunter un ouvrage sur sa vie passée si tu ne pratiquais pas le contrôle de la terre

— C'est pour un cours sur les druides, se contenta de répondre Ludivine.

— Ça m'étonnerait, dit James en secouant la tête de gauche à droite en arrêtant de se balancer sur sa chaise, tu es le genre de sorcière qui pourrait s'essayer à cette difficulté.

Il se stabilisa, approchant son visage de Ludivine comme s'il avait l'intention de lui partager un secret. Il était soudain très proche, elle pouvait presque sentir le souffle du sorcier sur elle, et elle se demanda un instant si elle rougissait de cette proximité.

— On pourrait s'y entraîner ensemble, suggéra James dans un murmure.

— En quoi ça t'intéresse ? demanda Ludivine alors qu'il affichait un sourire narquois.

— Moi aussi j'ai voulu gagner en puissance, expliqua James, et la magie élémentaire a été un bon moyen. Ça l'est toujours.

Ludivine savait lire entre les lignes. Il ne lui disait pas uniquement qu'ils pouvaient s'entraîner ensemble à cette magie ancestrale, mais également qu'il le faisait depuis un moment. Puis un éclair de compréhension passa sur le visage de Ludivine. Elle revoyait le Gryffondor en Sortilèges, et la facilité avec laquelle il avait rappelé sa baguette. Elle revoyait le Gryffondor dans la Grande Salle, et la façon dont le verre avait explosé au visage du sorcier qui draguait sa sœur. Elle revoyait le Gryffondor sur le terrain de Quidditch, se laissant porter par les bourrasques.

— Tu maîtrises l'air, réalisa-t-elle d'une voix blanche.

— Je m'y essaie, répondit James avec une malice discrète, comme s'il se retenait d'apprécier la surprise de Ludivine.

Elle pensa tomber de son siège. La magie élémentaire était une forme de magie rare et ancienne, dont Ludivine avait entendu parler à force de lire d'innombrables livres. Comment James Potter en avait-il, lui, entendu parler ? Elle pensa à la facilité qu'avait le sorcier à tenir dans les airs, à la prestance qu'il dégageait et à l'assurance qu'il manifestait. Elle ne doutait pas qu'il pratiquait l'aéromancie depuis des années.

Un sentiment la prit aux tripes quand elle comprit que James s'y exerçait pour augmenter ses pouvoirs. Elle aurait pu penser qu'il s'agissait d'un sentiment de jalousie à l'idée qu'il maîtrise une magie qu'elle ne parvenait pas à discipliner. Mais ce n'était pas ça. C'était un sentiment d'excitation. C'était une envie d'apprendre avec lui, de partager ses secrets, de formuler des propositions. Un sentiment étrange anima Ludivine alors qu'elle posait un regard nouveau sur James.

Ce dernier s'amusait de sa surprise. Il la regardait d'un air narquois, observant tout ce qu'il se passait dans ses yeux. C'était comme s'il avait réussi, pour la première fois, à trouver le vrai filon pour amener la jeune femme à s'intéresser à ce qu'il disait. Mais bien évidemment, rien ne devait être simple pour James Potter, il s'en assurait toujours.

— Je ne t'embête pas plus longtemps, lui dit-il en lui faisant un clin d'œil avant de se lever. Je venais simplement te dire que mon frère aurait besoin d'être raisonné, voilà maintenant trois heures qu'il s'entraîne sous ce vent glacial. Mais c'est toujours un plaisir de rigoler avec toi, Hendell.

Et sur ces derniers mots, il tourna les talons et sortit de la bibliothèque. Ludivine le regarda partir, plongée dans ses pensées. Elle avait tant de questions à poser, tant d'idées à partager, tant de propositions à faire. Mais elle se calma. Elle avait beau s'habituer au contact de James, ça ne voulait pas dire qu'elle lui faisait confiance et qu'elle était prête à révéler ses secrets.

Et pour l'instant, c'était Albus qui importait.


Ludivine avait donc pris la direction du terrain de Quidditch. Albus s'était isolé quelques heures plus tôt sur son balai et elle se doutait qu'il ne serait toujours pas revenu. Voilà plusieurs jours qu'il passait la majeure partie de son temps dans les airs, s'entraînant à des techniques ou bien réfléchissant à des tactiques.

Ludivine l'aperçut au loin, volant autour du terrain. Il filait à une vitesse impressionnante, et elle se demanda depuis combien de temps il tournait en rond sous ces nuages sombres qui menaçaient d'éclater à tout moment, et ce vent glacial qui s'infiltrait sous les tenues d'automne.

Elle regretta ses gants quand elle monta dans les gradins, s'installant sur un siège malgré le vent froid qui sifflait. Elle n'eut cependant pas le temps de sortir son livre de Botanique qu'Albus fonçait déjà vers elle à une vitesse ahurissante.

Il s'arrêta juste à côté d'elle, posant un pied au sol puis un second. Il passa une main dans ses cheveux, faisant un sourire authentique à Ludivine, le genre de sourire qu'elle n'obtenait du sorcier qu'après un enivrement de Quidditch. La passion de son meilleur ami lui ajoutait une certaine attractivité.

— Enfin un sourire, se moqua-t-elle, je pensais que tu ne savais plus comment faire.

— Tu vas attraper froid, la sermonna Albus en ignorant sa remarque.

— Ce n'est pas grave, le rassura-t-elle, j'avais envie de te voir.

Le sourire d'Albus se renforça tandis qu'il passait un bras protecteur autour de ses épaules pour la réchauffer.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive ? s'enquit Albus.

— Rien qui ne me concerne. Je m'inquiète pour toi.

L'air surpris d'Albus la fit sourire. Qu'il n'ait même pas conscience qu'il se renfermait la fascinait presque. Albus, comme Scorpius, choisissait parfois de ne voir que ce qu'il voulait voir.

— Tu ne devrais pas, la rassura-t-il.

— Scorpius et moi ne te voyons plus.

— Je t'assure que Scorpius me voit suffisamment pour en avoir marre, ricana Albus, et toi et moi nous voyons moins parce que nous sommes tous les deux occupés.

Ludivine fronça les sourcils. Depuis le début de leur année, les interlocuteurs de Ludivine s'étaient multipliés et elle n'était pas sûre d'avoir encore appris à répartir le temps qu'elle passait avec chaque personne. Elle avait bien conscience qu'Albus et elle se voyaient moins, d'autant plus que lui avait renforcé ses entraînements solitaires ces deux dernières semaines et qu'elle avait passé beaucoup de temps avec James à s'entraîner pour le concours.

— Ce n'est pas grave, tu sais, sourit Albus.

Il lui fit un sourire doux, frictionnant sa main sur le bras de Ludivine tandis que celle-ci laissait sa tête reposer contre la clavicule du sorcier. Aucun d'eux ne parlait, écoutant silencieusement le vent souffler.

Puis, au bout d'une longue minute, elle releva la tête.

— Comment prends-tu la nouvelle ?

Elle savait que ce n'était pas la question à poser, elle le sut à la façon dont le dos d'Albus se tendit. Il posa un regard distant vers elle, avant de soupirer de lassitude.

— Comme une trahison, cingla Albus.

— Il faut que tu acceptes que ton rêve ne soit pas celui des autres, Al.

— Comme ça a été ton cas ?

Ludivine vit une légère rancœur dans le regard d'Albus. Deux jours plus tôt, Olivia Flint avait annoncé son retrait de l'équipe pour se consacrer au concours. Sans aucune surprise, cela avait créé un esclandre dans l'équipe, où de nombreuses indignations avaient fusé. Quitter l'équipe alors que la saison avait commencé pénalisait l'équipe tout entière, d'autant plus qu'Olivia Flint jouait en tant que poursuiveuse et qu'il n'était pas facile de créer une complicité entre les membres à ce poste.

Ce n'était cependant pas un cas isolé. Toutes les équipes avaient perdu un joueur. Serdaigle et Gryffondor, dont le match approchait, avaient eu la chance de ne perdre que des remplaçants. Poufsouffle qui avait perdu un attrapeur et Serpentard un poursuiveur avaient plus souffert. C'étaient des pertes lourdes. Un poursuiveur devait pouvoir s'appuyer sur ses co-poursuiveurs, leur faire confiance et les comprendre. Une telle dynamique ne s'acquérait pas en quelques semaines. Un attrapeur n'avait pas besoin de s'intégrer à une équipe mais il était difficile d'en trouver un bon. Et ça, Ludivine le savait bien.

— Comme ça a été mon cas, confirma-t-elle finalement avec douceur.

Oh, Ludivine se souvenait parfaitement du traitement auquel elle avait eu droit à la suite de son départ. Scorpius et Albus lui en avaient fait voir de toutes les couleurs, en jouant de la froideur comme elle leur avait rarement connu. Ils n'avaient pas compris son choix, mais elle ne leur en avait pas réellement voulu. Elle ne leur avait jamais expliqué.

— Qu'as-tu décidé pour les sélections ?

— Je vais les faire tenir en début de semaine je pense, il nous faut quelqu'un très rapidement.

— Je ne parlais pas de celles-là.

Bien sûr, Albus l'avait déjà compris. Il savait que Ludivine se fichait du futur remplaçant d'Olivia Flint. Que l'équipe de Serpentard se débrouille comme elle le pouvait ! Non, elle parlait des sélections organisées par Flaquemare.

Albus avait d'abord insisté fortement auprès de son père pour qu'il pousse sa candidature, ce qui avait grandement surpris Ludivine. Ces sélections étaient une opportunité exceptionnelle pour Albus. S'il parvenait à obtenir le poste, il mettrait un pied dans le Quidditch professionnel avant même d'être diplômé de Poudlard. Elle n'avait pas envie que cela arrive parce qu'Albus aurait utilisé son nom de famille. Il avait des compétences bien plus grandes que son nom.

— Maintenant que l'offre a été diffusée, répondit Albus, je constate que même au sein de Poudlard, de nombreuses personnes sont intéressées.

— Des personnes qui auraient plus de chances que toi d'y arriver ? demanda-t-elle.

— Va savoir, éluda Albus, mais je m'inscrirai quand ce sera le moment et je tenterai ma chance.

— Que t'a dit ton père ?

— Un jour, sourit Albus, tu rencontreras mon père et il te fera un de ses grands discours sur la valeur d'un sorcier. Il te dira que dans de telles situations, il ne s'agit pas de faire l'impensable pour gagner, mais de donner tout ce que l'on a pour s'approcher de la victoire.

Ludivine fit un sourire à Albus. Elle savait que Harry Potter avait beaucoup de principes, et que ceux-ci avaient parfois effrayé Albus qui s'était souvent demandé s'il était à la hauteur des attentes paternelles. Peut-être, se dit-elle, que James avait déjà eu ces doutes également. Mais elle comprenait ce que lui disait Albus, s'appuyer sur nos compétences, sur nos capacités, et non jouer de mille stratégies pour gagner. Albus semblait avoir accepté l'idée, et elle était contente qu'il tente sa chance, acceptant la concurrence et la difficulté que cela pouvait représenter.

Puis le regard du sorcier changea, et Ludivine y vit une certaine mélancolie tandis qu'il éloignait ses yeux.

— Tu sais que mon père était le plus jeune attrapeur de son siècle ? reprit Albus, le regard perdu.

— Je sais qu'il était particulièrement talentueux, répondit-elle doucement, dans l'attente de voir où Albus voulait en venir.

— Ma mère a joué chez les pros pendant des années, continua Albus, mais on compare toujours mon talent à celui de mon père. On ne cherche pas à savoir à quel point je suis bon, on essaie simplement de savoir si je suis aussi bon que lui.

— Ce n'est pas obligatoirement une mauvaise chose.

— Pourtant, j'ai appris à me définir par ça, répliqua Albus. James me dit toujours que je devrais me détacher de l'image de notre père, que je devrais faire comme j'en ai envie, mais en vérité, ce dont j'ai envie, c'est montrer que je suis aussi bon que lui.

Albus posa un regard presque craintif sur Ludivine, comme s'il craignait que ces mots qu'il avait formulés ne le pourchassent à vie. Elle attrapa la main d'Albus, la serrant avec force malgré le vent qui lui brûlait la peau.

Dans leur amitié, ils ne parlaient jamais de ces sujets familiaux qui les hantaient tous les trois. Albus ne parlait jamais de ses doutes liés aux attentes que l'on avait de lui. Tout comme Scorpius ne parlait jamais de la maladie de sa mère qui avait failli l'emporter un jour et qui parfois refaisait surface pour tanner les Malefoy. De même, Ludivine ne parlait jamais de son cadre familial détruit par des questions qu'elle n'avait jamais posées et des réponses que sa mère n'avait jamais arrêté de chercher.

— Ce n'est pas un problème d'avoir cette envie, Al, lui dit Ludivine. Ce qui compte, c'est que tu fasses ton petit bonhomme de chemin sans t'identifier à ton père. Ce que tu as toujours bien réussi à faire jusqu'ici.

— Les gens continuent de m'identifier à lui.

— Malheureusement, répondit-elle avec douceur, ils n'arrêteront probablement jamais.

— James a pourtant réussi à…

— Tu n'es pas James, le coupa-t-elle fermement. Ton frère n'a pas ta passion pour le Quidditch. Il a peut-être réussi à se détacher de ce sport pour ne pas continuer dans les pas de votre père, mais que crois-tu qu'il fasse en tentant de devenir auror ?

Albus ne répondit pas, la jaugeant du regard. Ludivine savait qu'il réfléchissait, mais ses mots ne semblaient pas suffire au sorcier. Alors elle choisit d'aller plus loin dans son raisonnement, de s'ouvrir suffisamment pour que ses mots lui parlent.

— C'est normal de ne pas réussir à se détacher de sa famille, Al, lui dit-elle d'un ton bas. Regarde-moi, reprit-elle après quelques secondes de silence, j'ai été incapable de faire confiance à une nouvelle personne en six ans parce que j'ai toujours vu ma mère se méfier de tout le monde. Je crains les secrets de mes proches parce que j'en ai connu toute ma vie, et je suis hantée par la crainte qu'on ne me quitte du jour au lendemain comme mon père a pu le faire.

— Ton père ne t'a pas quittée.

— Il n'est plus là, c'est pareil.

Ludivine n'en parlait jamais. Papa était un mot qu'elle n'utilisait pas, c'était une notion qu'elle ne connaissait plus, c'était une pensée qu'elle n'avait jamais. Elle n'en avait parlé uniquement pour montrer à Albus qu'il n'était pas le seul à être rattrapé par sa famille, que chacun était marqué par son passé, dans ses relations aux autres et dans son rapport à soi-même. Mais sinon, Ludivine n'en parlait jamais. Et Albus le savait, ce fut pour ça qu'il choisit d'alléger la discussion.

— Par rapport à ce que tu disais sur James tout à l'heure, reprit Albus avec une moquerie feinte mais suffisante, tu sais que James est aussi passionné que moi par le Quidditch ?

— Que Merlin m'en préserve alors, s'exclama Ludivine avec un petit rire, il en parle en tout cas moins que toi !

Albus eut également un petit rire. Il lui semblait que son avenir se jouait ces prochaines semaines, comme celui de Ludivine, et il ne comprenait pas pourquoi il était tant bloqué sur ce que les autres attendaient de lui et non sur ses propres attentes. L'échec n'existait pas chez les Potter, et ça effrayait Albus qui, maintenant plus que jamais, n'avait pas le droit d'échouer.

Il sentit Ludivine s'agiter sur son siège, et il regretta qu'elle ait eu à parler de son père. Elle ne l'avait pas fait depuis la fin de leur quatrième année, lorsqu'ils avaient dû soutenir Scorpius. Le regard plongé sur le terrain, que le vent d'automne avait terni, Albus se dit que l'été les avait définitivement quittés, et une certaine mélancolie avait touché le château, même si ce dernier était animé de l'excitation générée par le concours et le Quidditch. Un début de mois d'octobre normal à Poudlard.

— Le meilleur moyen de te démarquer de ton père, reprit Ludivine avec douceur, c'est en te détachant de son nom et en ne comptant que sur tes compétences, uniquement sur ça. C'est une chose que ton frère a comprise.


— Tes pensées me rendent morose, Ludivine.

Pourtant, elle n'avait pas dit un mot. C'était peut-être ce qui avait poussé Rose à lui faire cette remarque, tandis qu'elles empruntaient un escalier dans la tour d'astronomie. Il était assez rare que les deux sorcières aient des missions de préfètes ensemble, mais Ludivine appréciait la tranquillité qui l'accompagnait quand c'était le cas. Avec Rose, il n'y avait pas besoin de faire semblant. La Gryffondor était d'un calme à toute épreuve, et Ludivine le ressentait.

— Désolée, grimaça-t-elle, je pensais au concours.

— Les propos de Kingsley t'ont mis le doute, toi aussi ? demanda Rose avec gentillesse.

— Difficile d'y voir clair avec ses tirades philosophiques, répondit Ludivine. À croire qu'il a pris une bièraubeurre avec Platon la veille.

Rose eut un rire discret, amusée par le ton sec de Ludivine. Rose était la seule Potter-Weasley à la connaître un peu. Jusqu'à quelques semaines plus tôt, cette dernière n'avait jamais adressé un mot à Fred et James, et avait rarement échangé avec Lily. Elle n'avait réellement connu que Rose, qui avait très rapidement saisi son caractère.

— Je pense, supposa Rose, qu'il ne faut pas trop essayer de deviner le contenu des épreuves. Ils espèrent recruter des aurors à la fin du concours, alors ils s'assureront que rien ne soit prévisible.

— C'est ta mère qui t'a dit ça ? sourit Ludivine qui hésitait à l'embêter sur le fait qu'elle n'avait pas le droit de recevoir des informations de l'intérieur du ministère.

— Contrairement à bien d'autres, rigola Rose, ma mère sait dire beaucoup de choses avec peu de mots.

— Comme toute personne intelligente, répliqua Ludivine.

— Comme toute femme intelligente ! renforça Rose.

Les deux sorcières échangèrent un rire discret tandis qu'elles tournaient à un angle de couloir.

— Je ne savais pas que Liz était ton amie, fit remarquer Rose.

— On ne l'avait jamais montré avant cette année, admit Ludivine, mais on est amies depuis longtemps.

— C'est ce qu'elle m'a dit, répondit Rose en rigolant. Ce n'est pas facile d'obtenir des informations de sa part, mais j'y arrive petit à petit.

— Liz est discrète.

— Liz est secrète, corrigea Rose, mais je crois qu'elle a ça en commun avec toi.

— Ce doit même être la seule chose que nous ayons en commun, dit Ludivine dans un rire léger.

— J'étais persuadée que tu n'appréciais personne en dehors de mon cousin et de Malefoy, sourit narquoisement Rose.

— En vérité, confia Ludivine, je n'aurais jamais pu tenir six ans d'amitié avec ces deux-là sans avoir d'autres personnes à qui me plaindre d'eux.

— Je veux bien te croire ! ricana Rose en commençant à prendre une voix grave pour imiter les deux sorciers. Scorpius, on mange et on boit Quidditch ? Avec plaisir Albus, respirons également Quidditch afin de s'assurer qu'on s'étouffe bien sur nos tactiques de Souafle !

Ludivine éclata d'un rire fin. C'était la première fois que quelqu'un d'autre se moquait avec un tel humour de l'obsession de ses deux amis, et elle était à l'aise à l'idée que ce soit la cousine d'Albus. Même si Ludivine connaissait peu Rose, il lui avait toujours semblé que celle-ci était d'une bienveillance et d'une sincérité évidente.

— Ils se sont bien trouvés, dit Ludivine.

— Ah ça ! sourit calmement Rose comme si elle réfléchissait à ce qu'avait dit Ludivine. Albus se cherchait beaucoup avant de vous rencontrer. Il était proche de ses cousins, mais aucun d'entre nous n'avait la folie qui correspondait à la sienne comme c'est le cas avec Scorpius, et il n'acceptait la douceur ou les critiques de personne autant qu'il les accepte venant de toi.

Ludivine ne répondit rien, se contentant d'échanger un sourire avec Rose. Cette dernière lui avait déjà confié une fois qu'elle était contente qu'Albus les ait trouvés, Scorpius et elle.

— Tu sais que tu as créé un sacré boucan chez nous ? reprit Rose avec un sourire.

Ludivine porta un regard interrogateur sur la sorcière dont le sourire s'agrandit.

— Personne n'aurait pensé que James pourrait faire équipe avec une personne extérieure à la famille, en dehors de William, expliqua Rose. Tous les cousins se demandent comment ça a pu arriver, et je ne te parle même pas des adultes.

— Votre famille et sa propension à se mêler de tout, grinça Ludivine qui n'avait jamais apprécié cet aspect.

— Nous sommes une famille unie, dit Rose en haussant les épaules, comme si elle ne comprenait pas l'agacement de Ludivine, on se soutient beaucoup et ça implique parfois de se mêler de la vie des autres.

C'était bien un principe que Ludivine ne comprenait et n'acceptait pas, même si ce qui la surprenait d'autant plus était l'abnégation des membres de cette famille. Ils avaient tous admis que la transparence était normale entre eux et donc ne s'indignaient pas que tout le monde soit au courant de tout.

— James aussi est très secret, reprit Rose d'un air pensif.

— Vraiment ? demanda Ludivine avec dérision. Je le trouve un peu trop expansif.

— Rarement sur ce qu'il pense réellement, la contredit Rose. Il dit beaucoup de choses avec humour et ironie mais ne partage jamais ce qu'il pense, et je ne suis pas sûre que même Fred, parfois, sache ce que James a dans la tête.

— Pourtant, cingla Ludivine, ça ne l'empêche pas d'avoir un avis et de l'affirmer, toujours à la recherche d'une contradiction.

Rose posa un regard pensif sur Ludivine, comme si elle réfléchissait à ce qu'elle lui disait, et Ludivine sentit un pic de stress monter en elle. Pourquoi avait-elle l'impression que Rose comprenait quelque chose qu'elle-même n'arrivait pas à saisir ?

— Sais-tu pourquoi j'ai proposé à Liz de faire équipe avec moi ?

— Parce que c'est une bonne sorcière ? proposa au hasard Ludivine.

— Parce que j'ai estimé que c'était la sorcière qui me correspondait le mieux pour m'imaginer gagner.

Ludivine ne répondit rien, interrogeant Rose du regard. Cette dernière sourit avec amusement avant de reporter son attention sur les couloirs vides qu'elles traversaient.

— Et donc connaissant James, reprit-elle, je me demande bien ce qui l'a convaincu de te proposer de faire équipe.

De nouveau, Ludivine sentit sa nuque la picoter de nervosité. Elle n'aimait les commentaires qu'elle recevait, ayant le sentiment qu'on se mêlait de sa vie tout en se mêlant de celle de James.

Néanmoins, elle comprenait l'interrogation de Rose. Qu'est-ce qui avait convaincu James Potter de faire équipe avec elle ? Elle avait entendu de nombreuses choses ces dernières semaines, qu'elle n'avait pas particulièrement bien vécues, notamment qu'elle avait charmé James, grâce à un sortilège, à une potion, ou bien simplement à force de le côtoyer. Quelle chance avait-elle d'être amie avec Albus et maintenant binôme de James, elle a dû faire quelque chose ! avait-elle entendu.

Ludivine eut un sourire à cette pensée. Personne n'avait compris. Ce n'était pas une question d'ensorcellement, ni d'attirance ou d'affection. C'était la seule chose dont Ludivine était sûre, la seule chose qui faisait sens pour elle. James avait fait son choix lorsqu'il l'avait vue manier sa baguette avec contrôle. Cette idée, qui faisait tout son sens pour elle, semblait cependant incompréhensible pour les autres.

Mais Ludivine ne prévoyait pas de l'expliquer, ça ne regardait personne.

— N'hésite pas à lui demander la prochaine fois que tu le verras, souffla-t-elle.


Lorsque Ludivine retourna dans sa salle commune à une heure tardive, elle constata qu'il n'y avait plus grand monde. Albus et Scorpius n'étaient pas dans les parages, probablement dans leur dortoir. Elle décida de faire de même, avant qu'on ne l'interrompe.

— Hendell, la héla-t-on.

Ludivine se figea une demi-seconde, cachant sa surprise à l'idée qu'Ethan Nott l'interpelle. D'un air poli mais sec, elle se tourna vers le sorcier. Il était installé dans l'un des fauteuils Louis XIV qui peuplaient la salle commune, au dossier haut et légèrement incliné vers l'arrière, couverts d'étoffe de velours vert.

Il la fixait d'un air inflexible, mais elle aurait juré voir ses pupilles s'agiter. Elle hésita un instant à s'approcher. Il était rare de le voir sans son acolyte, Lucas Zabini, et elle était perplexe à l'idée qu'il souhaite échanger des mots cordiaux.

— Arrête d'hésiter, Hendell, lui dit Nott avec moquerie, plus vite je t'aurai parlé, plus vite je te laisserai tranquille.

Ludivine ne retint pas un regard froid face au ton ironique, mais décida toutefois de s'installer sur le fauteuil d'à côté, prête à entendre ce qu'il avait à lui dire.

— Lucas m'a dit que tu t'étais gentiment fait aborder par Logan Rowle.

— Il a cherché à me faire peur, répondit-elle, à cause d'un historique entre sa famille et les Potter je suppose.

— Comme pour un grand nombre de familles de sang-pur, répondit Ethan.

— Que veux-tu, Nott ? demanda Ludivine d'un ton sec qui l'aidait à garder son calme.

Elle sut, au sourire amusé d'Ethan, qu'il appréciait sa franchise, mais Ludivine se méfiait toujours de lui. Comme elle l'avait répété plusieurs fois à Evelyn, Ethan Nott était un sorcier respectueux et peu intéressé par les histoires de sang, mais ça ne l'empêchait pas de se méfier.

— Dis-moi, Hendell, reprit Ethan d'un air pensif, penses-tu que ton amie annulerait les fiançailles si elle le pouvait ?

Ludivine ne cacha pas sa surprise. Ce n'était pas tant la question posée que l'air sérieux du sorcier qui l'interrogeait.

— Pourquoi me demandes-tu cela ?

— De la simple curiosité, répondit Ethan d'un air narquois, j'essaie d'en apprendre plus sur ma fiancée.

— Dans ce cas, rétorqua-t-elle, tu devrais passer plus de temps avec elle.

Ethan se contenta d'un sourire mystérieux, et Ludivine se demandait pourquoi il posait cette question à laquelle il savait qu'elle ne répondrait pas. Il était hors de question qu'elle dise quoi que ce soit qui pourrait causer un potentiel tort à Evelyn, même par inadvertance.

Ethan posa un regard pensif sur elle, se caressant le menton dans sa réflexion. Puis il se pencha abruptement, approchant son visage de Ludivine qui retint un mouvement de recul.

— Tu devrais te méfier de Rowle, lui dit-il avec sérieux.

— Je l'avais compris lorsqu'il m'a menacée, maugréa Ludivine.

— Pourquoi crois-tu que certains sorciers participent à ce concours, Hendell ? demanda soudain Ethan sur un ton de confidence.

Ludivine ne répondit pas, se demandant où le sorcier voulait en venir. Pour elle, certains participaient pour atteindre leurs objectifs, comme James, Liz ou elle, et d'autres participaient pour relever un défi, comme Acca et Scorpius. Elle n'avait pas réfléchi à d'autres motifs.

— Pour des sorciers comme Rowle, reprit Ethan, ce concours est un moyen de mettre un pied dans le ministère. Parce qu'il n'y a que de l'intérieur que l'on connaît réellement son ennemi.

— Tu penses que Rowle est un mauvais sorcier ?

Ethan fit un sourire mystérieux, reculant dans son fauteuil tandis qu'il gardait son regard amusé sur elle.

— Je pense que toutes ces attaques ont un auteur, se contenta de répondre Ethan, et qu'on n'a pas éradiqué les mauvais sorciers en détruisant Voldemort.

— Et toi, demanda-t-elle, qu'es-tu ?

— J'aime à croire que je suis la meilleure version de moi-même.

Ludivine jeta un regard suspicieux au sorcier. Ses propos avaient-ils même un sens, elle en doutait. Oh bien sûr, elle avait compris le message. Ce n'était pas en posant la question qu'elle aurait une réponse. Mais ça lui convenait. Elle était de toute façon de ceux qui pensaient que seuls les actes révélaient la vraie nature de l'Homme.

— Pourquoi me conseilles-tu ?

— Je préfère t'avoir de mon côté, sourit Ethan, le jour où les amies d'Evelyn donneront leur avis sur l'une de nos disputes.

— C'est joyeux, se moqua Ludivine, si tu imagines déjà les disputes que vous aurez.

— Je serais un idiot de penser qu'Evelyn m'écoutera docilement, lui répondit Ethan avec amusement.

Sur cela, Ludivine approuvait. Qu'il en ait conscience la fit sourire. Ethan Nott n'était pas idiot, et il semblait avoir décidé de considérer Evelyn comme son égal. Cette idée la conforta dans son avis que le sorcier n'était pas le pire héritier de sang-pur sur lequel son amie aurait pu tomber.

Ludivine entendit un léger piaillement qui détourna son attention d'Ethan Nott. Lorsqu'elle aperçut une petite chouette à la fenêtre semi-enterrée de la Salle commune, elle se leva à vitesse de l'éclair pour débloquer la fenêtre d'un coup de baguette. La chouette s'engouffra aussitôt à l'intérieur, déposant une lettre dans les mains de Ludivine qu'elle regarda aussitôt.

Quelques mots étaient inscrits, qui lui firent oublier Ethan Nott et ce qu'il pouvait lui dire. Une seule chose importait : sa mère lui apportait des nouvelles. Sa mère allait bien.


[1] Les esprits revêches, Henri-Frédéric Amiel, extraits du recueil Il penseroso (1858)