Chapitre 12 – La Connaissance, Partie A
Ludivine n'oublierait jamais la première fois qu'elle avait réalisé que l'on pouvait perdre un être cher en un instant.
Elle n'oublierait jamais l'instant où elle avait réalisé cela. Elle avait douze ans, et se souvenait du soleil radieux qui commençait à décliner alors qu'elle marchait dans les rues piétonnes du Paris moldu. Acca se tenait à côté d'elle, lui montrant l'arc-en-ciel qui s'était formé une fois que la pluie s'était arrêtée.
Rachel et Zach, les parents d'Acca, se tenaient plus loin, et rigolaient avec la mère de Ludivine qui mettait un pied hors du restaurant asiatique où ils avaient tous dîné. Acca et Ludivine avaient commencé à avancer, marchant sur les rues pavées avec insouciance. Acca avait lancé un défi, à savoir laquelle sauterait le plus fort dans les flaques d'eau formées par la précédente pluie, et provoquerait le plus d'éclaboussures.
Acca gagnait, de façon incontestable. Elle était trempée et éclatait de rire tandis que sa mère la grondait d'un peu plus loin. Ludivine regardait son amie taper dans ses mains d'excitation, lorsqu'elle avait senti un regard. À partir de là, tout était allé très vite. Elle ne se souvenait pas de tout, mais certains flashs n'avaient jamais quitté son esprit.
Un éclair avait volé vers Acca et elle, mais n'avait jamais atteint sa cible. Il avait été dévoyé vers un vélo garé à côté, et Ludivine revoyait encore l'aspect carbonisé de l'objet moldu après que le sort l'a touché. A cet instant, elle avait eu peur. Elle avait entendu son nom être hurlé, celui d'Acca également. C'étaient leurs mères, mais leur cri n'était pas teinté d'inquiétude. Il y résonnait une détermination, une volonté de les protéger que Ludivine n'oublierait jamais.
Elle ne se souvenait pas du visage de l'attaquant. Était-il seul ou y en avait-il une dizaine, elle n'en savait rien. Était-ce un homme ou une femme, elle ne s'était jamais posé la question. Elle n'avait plus aucune image de ces détails. Elle se souvenait qu'un bras masculin était passé autour de son estomac, celui de Zach qui les attrapait par la taille, Acca et elle. Alors qu'il les éloignait, Ludivine avait vu sa mère s'avancer pour engager le duel.
Ludivine n'oublierait jamais son regard déterminé, la main ferme qu'elle avait levée pour lancer un sortilège offensif, la posture défensive et inflexible qu'elle avait tenue. Sa mère lui avait semblé si forte à cet instant, Ludivine ne l'oublierait jamais.
Elle ne se souvenait plus des témoins, ou des actions de son ou ses attaquants à ce moment-là. Elle se souvenait uniquement d'avoir vu un éclair foudroyant voler en direction de sa mère, la touchant de plein fouet. Mère et fille hurlèrent à l'unisson tandis que cette première tombait à genoux. C'était sa dernière vision avant de sentir qu'elle transplanait.
Elles avaient atterri dans la maison familiale. L'enfant qu'elle était se souviendrait toujours du sentiment d'éternité qu'elle avait ressenti durant la minute qui avait suivi et qui n'avait montré aucun signe de sa mère. Tant de choses étaient passées dans son esprit durant cette minute. Tant d'horreurs. Et elle avait ressenti tant de solitude.
Finalement, sa mère était apparue, soutenue par Zach. Ils étaient tous les deux blessés, elle à l'estomac, et lui à la tête. Leurs blessures semblaient profondes, et dans ce grand salon dans lequel Ludivine aurait dû se sentir en sécurité, elle avait connu l'un des pires instants de sa vie.
Ça avait été la cohue. Inquiet, Zach avait hurlé aux deux jeunes sorcières d'aller ailleurs. Sa mère s'était allongée dans le canapé, le souffle court et Ludivine avait dardé son regard sur le sang qui s'écoulait d'elle tandis que Rachel accourait pour la soigner.
Ludivine avait douze ans. Le geste le plus utile qu'elle avait eu à ce moment avait été d'attraper la main d'Acca et de la serrer avec force. Durant les premières secondes, elle avait pensé perdre sa mère, jusqu'à ce que Rachel soupire de soulagement, quelques minutes plus tard. Aucun adulte ne faisait attention à Acca et elle maintenant.
Ce n'était pas un sentiment de solitude que Ludivine avait ressenti, non, Acca était là. Ce n'était pas non plus un sentiment de peur à l'idée de perdre sa mère, non, cette dernière respirait encore. C'était un simple sentiment d'impuissance, en constatant que la situation pouvait lui échapper des mains en un instant, qu'elle pouvait y perdre une personne qu'elle aimait, et qu'elle ne pouvait rien faire pour y changer quoi que ce soit. Rien faire pour sauver les meubles quand tout s'effondrait.
Elle n'était pas sûre d'avoir été traumatisée par ce sang qui s'était écoulé du corps de sa mère, mais Ludivine aurait peut-être reconnu être dans le déni si on le lui avait pointé du doigt. Cependant, alors qu'elle revoyait sa propre impuissance, elle repensait à la détermination de sa mère, à son courage et sa fermeté lorsqu'il avait fallu affronter le danger.
Pour l'enfant qu'elle était, qui avait été élevée par une femme courageuse et déterminée, ce sentiment d'impuissance représenterait toujours le plus grand moment de faiblesse qu'elle avait pu vivre. Pour la fille qu'elle était, qui avait toujours admiré sa mère, ce risque de ne pas la voir se relever représenterait toujours son pire cauchemar. Pour la sorcière qu'elle était, à qui l'on avait toujours dit de ne pas baisser les bras, ce duel représenterait toujours une inspiration. Les bras étaient faits pour attaquer et se défendre, et non pour être baissés.
« Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse. » Nelson Mandela
— Toutes les équipes peuvent se mettre en place.
Ludivine n'oublierait jamais la première fois qu'elle avait réalisé que l'on pouvait perdre un être cher en un instant. Elle avait ressenti de la peur, mais n'oublierait jamais que la détermination de sa mère avait vaincu cette peur, et elle s'était fait la promesse de ne plus jamais se retrouver dans une situation où sa plus grande compagne serait son impuissance.
— C'est à nous, Hendell, signala James à côté d'elle pour la sortir de ses pensées. Avance-toi.
Ludivine reprit conscience du monde autour d'elle et posa son regard sur James qui se tenait à ses côtés. Le dos droit, le visage fermé, il ne la regardait pas, concentré sur son environnement qu'il analysait avec minutie. Le Gryffondor se tenait avec allure. Il se dégageait une telle force de lui, prêt à affronter tout ce qui lui ferait front, que Ludivine se sentit presque chanceuse de ne pas avoir à s'opposer à lui.
Une centaine de sorciers se tenait autour d'eux, alors qu'aujourd'hui avait lieu la première épreuve du concours. Toutes les équipes avaient été réunies dans le parc de Poudlard, à la lisière de la forêt interdite.
C'était le grand jour, James était silencieux, Ludivine était pensive. Ils ne ressemblaient en rien aux équipes qui se tenaient autour d'eux. Plusieurs chuchotaient, certains ricanaient silencieusement, d'autres rigolaient sans s'en cacher. Mais James et Ludivine n'échangeaient pas un mot.
Ludivine n'avait pas écouté le discours de Gawain Robards, ancien Chef du Bureau des Aurors avant que Harry Potter ne prenne sa suite à ce poste, mais en avait saisi les grandes lignes. Ils seraient livrés à eux-mêmes lors de cette épreuve. Personne n'aurait de vision sur ce qu'il se passerait dans la forêt et c'était à chaque équipe de se débrouiller pour en sortir.
Chaque équipe devait récupérer trois flammes pour réussir l'épreuve. Comment trouver ces flammes, c'était la question que tous les participants se posaient. Le seul indice qu'ils avaient eu était le suivant : utilisez vos connaissances, mais faites avant tout preuve de sagesse.
Comme toutes les autres informations qui leur avaient été données concernant cette première épreuve, Ludivine avait du mal à en discerner l'essentiel. Utiliser ses connaissances, encore fallait-il les avoir. Et comment savoir lesquelles seraient utiles dans la forêt interdite ? Quant à la sagesse, comment se couplait-elle aux connaissances ?
Ludivine soupira. Elle n'aimait pas manquer d'informations, et pour rien au monde aurait-elle posé de question à James qui affichait un regard dur et déterminé qui ne lui inspirait aucun confort. Bien sûr, elle n'avait aucun doute que son expression à elle devait être aussi fermée que celle du Gryffondor.
Ludivine s'avança, suivie par James, jusqu'à un cercle qui avait été tracé à la baguette dans l'herbe. Il s'y tenait un objet en lévitation à hauteur de poitrine, une miniature de la forme d'étoiles en collision. Toutes les équipes avaient ainsi un objet différent. C'était un portoloin qui les amènerait au cœur de la forêt.
Des étoiles en collision, Ludivine ne retint pas son sourire en les voyant. Elle leva son regard sur James. Ce dernier était imperturbable et elle pouvait sentir dans la sévérité de son expression toutes les pensées qui se promenaient dans son esprit. Il était impressionnant.
James dut sentir son regard car il releva la tête. Leurs regards se croisèrent et toute l'expression de James changea aussitôt, passant d'une concentration absolue à une ironie forcée.
— Tu m'as l'air tendue, Hendell, sourit-il.
— Concentrée, se contenta-t-elle de répondre, comme toi apparemment.
James ne répondit rien, mais Ludivine vit son regard se durcir de nouveau à l'idée qu'elle puisse sentir son stress. James, comme elle, n'aimait pas montrer ses faiblesses, et l'idée qu'une autre personne puisse comprendre et interpréter ses émotions en était déjà une. Pourtant, l'un comme l'autre n'affichait rien d'autre que de la concentration.
La concurrence était élevée, mais ça n'inquiétait ni James, ni Ludivine qui savaient que la forêt regorgeait de créatures plus dangereuses que les participants. Ils se demandaient surtout ce qu'ils allaient affronter. Il n'y aurait pas de dragon dans cette épreuve, mais chacun savait qu'il y avait bien pire qu'affronter des créatures effrayantes. Comme affronter ses peurs et découvrir qui l'on est face à elles.
Ludivine posa sa main sur l'objet, ce que fit également James. Aucun des deux ne réagit lorsque leurs mains se touchèrent, créant une vague de chaleur qui se propagea bien au-delà de leur toucher. Aucun des deux ne parla lorsque l'auror Robards demanda si les participants étaient prêts. Aucun des deux ne protesta lorsqu'un gong se fit entendre et que le portoloin s'activa, les transportant dans un mouvement de vent.
« La connaissance parle mais la sagesse écoute. » Jimi Hendrix
En quelques secondes, James et Ludivine avaient été transportés dans la forêt interdite. L'atterrissage se fit en douceur, et Ludivine lâcha aussitôt la main de James. En un simple coup d'œil, elle comprit qu'ils avaient été déposés à une croisée des chemins.
Sombre et profonde, la forêt s'étendait d'un côté dans l'obscurité. Elle était dense, constituée d'innombrables arbres, aux troncs hauts et aux souches épaisses. La verdure n'avait plus de place dans cet espace où la terre dominait. La lumière du jour n'avait pas réussi à se frayer un chemin dans cette partie de la forêt, et Ludivine dut plisser les yeux pour voir au loin, et quelque chose en elle l'incitait à s'éloigner de cette pénombre mystérieuse.
Lumineuse et paisible, l'autre versant de la forêt s'opposait à ses profondeurs inquiétantes. Les arbres bas et peu feuillus servaient d'habitacle à une grande biodiversité, et Ludivine pouvait apercevoir au loin une large clairière, somptueuse. Cette partie de la forêt était emplie d'une clarté qui lui inspirait confiance.
C'était décidé, Ludivine voulait aller vers la lumière. C'était sans compter sur James, qui se mettait en marche silencieusement vers les profondeurs de la forêt, sans lui demander son avis. Ludivine l'alpaga avant qu'il n'ait pu faire un pas de plus.
— Où vas-tu, Potter ? demanda-t-elle d'un ton désapprobateur.
— Je m'éloigne de la lisière, lui répondit James, nous aurons plus de chances au cœur de la forêt.
— Le cœur de la forêt est dangereux, argua-t-elle, pourquoi nous compliquer la tâche ?
— Toutes les équipes se dirigeront vers la lisière, où elles seront plus en sécurité, rétorqua James comme si c'était une évidence, il faudra se battre pour toute flamme à trouver.
Ludivine soupira, évitant le regard de James tandis qu'elle reconnaissait mentalement qu'il avait raison. Ils n'avaient aucune idée de la façon d'obtenir ces fameuses flammes, et c'était une stratégie de s'éloigner des autres participants pour ne pas avoir de concurrence. Elle tut sa crainte, ce sentiment profond qui lui signifiait que les créatures qui peuplaient le cœur de la forêt pouvaient être bien plus dangereuses que leurs concurrents, et suivit James d'un pas silencieux.
Ils marchèrent un bon quart d'heure, dans un silence qui ne dérangeait ni Ludivine, ni James. Au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient plus profondément dans la forêt, l'air se rafraichissait et une brume commençait à se former. Les arbres paraissaient de plus en plus hauts, cachant le ciel qui se composait maintenant uniquement de feuilles grises.
Ils marchaient sans réellement savoir ce qu'ils recherchaient, tandis que leur environnement devenait de plus en plus sombre. Ludivine commençait à entendre des bruits qu'elle ne parvenait pas à identifier, tandis que James avançait avec ce même air impassible, renforçant sa vigilance au fur et à mesure que leur champ de vision se réduisait. Il devenait progressivement difficile de voir quoi que ce soit autour d'eux, et Ludivine hésita à proposer à James de s'arrêter.
— Lumos, lâcha James silencieusement.
— Potter, l'interpella Ludivine, tu es sûr qu…
Ludivine s'interrompit, tandis qu'un bruit fracassant se faisait entendre. Un hurlement strident, qui semblait appartenir à un homme, résonna et Ludivine sentit son cœur se serrer à l'entente de sa douleur. Elle distingua toute la souffrance dans ce cri. Aussitôt, des bruits de combat retentirent, qui ne semblaient pas se tenir loin d'eux, et Ludivine et James se demandèrent d'un regard s'ils devaient en trouver la source.
Finalement, ils entendirent des piétinements. Des piétinements sourds et imposants de créatures qui se rapprochaient de leur position à une vitesse foudroyante. Au fil des secondes, ce bruit ravageur s'accentua et ce fut James qui réagit le plus vite. Il attrapa Ludivine par le bras, la plaquant violemment contre un tronc d'arbre suffisamment large pour les cacher et posa une main sur la bouche de la sorcière qui commençait déjà à protester tandis qu'il murmurait un finite pour éteindre sa baguette dans son autre main.
La lumière disparut autour d'eux, et Ludivine l'en remercia mentalement alors que les piétinements s'arrêtaient à proximité. Un hurlement de colère résonna, et elle constata d'un mouvement des yeux qu'il s'agissait non pas d'êtres humains mais d'un troupeau de centaures.
Six centaures se tenaient à quelques mètres d'eux, et l'un d'entre eux était visiblement blessé. Cachés par le large tronc d'arbre, James et Ludivine restèrent silencieux plusieurs minutes, attendant de voir ce que les créatures faisaient. Elles étaient toutefois trop concentrées sur leur camarade blessé pour s'enquérir de ce qu'il se passait autour d'elles.
— Tu m'écrases, Potter, grinça Ludivine dans un murmure au bout de plusieurs minutes.
— Réjouis-toi que ce soit mon torse et non un sabot de centaure, argua James
— Je m'en serais moins plainte, marmonna-t-elle en tentant de se dégager de la poigne du sorcier.
— Tu n'aurais pas eu l'occasion de te plaindre ! siffla-t-il en attrapant les deux poignets de Ludivine pour l'empêcher d'attirer l'attention sur eux avec ses mouvements.
Malgré la pénombre, Ludivine savait que James avait deviné son regard noir, tout comme elle devinait son sourire narquois. Il était particulièrement proche d'elle, et elle sentait ses joues chauffer. Cette proximité toute nouvelle avec James la dérangeait. Elle sentait le souffle chaud du sorcier sur son visage, et si dans le noir, il ne pouvait pas voir son rougissement, il pouvait, cependant, sentir son rythme cardiaque s'accélérer. A cette idée, son rougissement s'accentua.
— Allons les aider, suggéra-t-elle en entendant l'énième plainte lancinante du centaure.
— Il en est hors de question, répliqua James, ils nous tueront.
— On ne leur veut aucun mal, cingla Ludivine qui n'aimait pas qu'on lui dise quoi faire.
— Ils ne le savent pas, rétorqua James en relâchant sa pression sur ses poignets. Regarde-les bien, l'un des leurs a été blessé par un sortilège magique. Si ça se trouve, ils penseront qu'il s'agit de nous.
— Il suffit de leur dire qu'on veut les aider, dit Ludivine sur un ton obtus en se décalant de l'arbre.
De nouveau, James l'attrapa par le coude, la plaquant de nouveau contre l'arbre. Elle aurait lâché un cri qui aurait attiré les centaures si James n'avait pas de nouveau couvert sa bouche de sa main. Sa poigne était plus forte qu'auparavant, l'empêchant de bouger, et Ludivine n'appréciait pas la démonstration de force dont le Gryffondor faisait preuve. Elle se contenta cependant de le fusiller du regard tandis qu'il approchait dangereusement son visage du sien.
— Le thème de l'épreuve est la connaissance, Hendell, dit James d'un calme imperturbable. Il ne s'agit pas uniquement de vérités universelles mais également de croyances s'appuyant sur de bonnes raisons.
James s'interrompit, la fixant d'un regard sévère. Il retira sa main de sa bouche, et elle se retint de lui hurler dessus. Pour qui se prenait-il, à faire preuve d'autorité et de force physique sur elle ? Mais avant tout, pour qui se prenait-il, à lui dire ce qu'elle devait faire ? Elle n'eut cependant pas le temps de partager sa pensée.
— S'ils croient qu'on les a blessés, reprit James, et que l'on représente une menace, c'est alors une connaissance pour eux que nous tuer garantira leur sécurité.
— Je n'aime pas l'idée de laisser une créature blessée, Potter, protesta Ludivine avec véhémence, aussi dangereuse puisse-t-elle être !
— Mais c'est qu'un cœur se cache derrière cet air distant.
James contint un rire discret et narquois, tandis que Ludivine le fusillait du regard. Cette discussion risquait de très mal finir s'il décidait de ne pas la prendre au sérieux.
— Ne t'en fais pas, Hendell, reprit-il sur ton plus doux, je n'aime pas ça plus que toi. Faisons-le juste de façon intelligente.
— Et que suggères-tu, avec ton esprit brillant ? demanda-t-elle avec ironie.
James renforça son sourire narquois alors qu'il l'examinait d'un œil railleur. Ludivine soupira, se décalant de l'arbre pour retrouver une distance acceptable. Puis, une idée éclaira ses pensées, une idée qui provoqua chez elle une euphorie frénétique.
— Je peux faire un cataplasme puissant si tu me trouves les bons ingrédients, chuchota-t-elle en regardant autour d'elle.
— Énumère, lui indiqua James, et je trouverai.
Ludivine partagea la liste d'ingrédients que lui avait confiée le professeur Slughorn à la fin de son entretien d'orientation pour la concoction pour les créatures de Hagrid. Elle n'avait pas les ingrédients nécessaires pour reproduire le même mélange, mais elle pouvait en faire un dérivé efficace.
James se mit aussitôt à chercher les ingrédients, utilisant sa baguette pour lancer des accio informulés. En quelques secondes, il disparut de son champ de vision. De son côté, Ludivine reporta son attention sur le troupeau de centaures, prise d'inquiétude pour cette pauvre créature. Les cinq autres centaures s'étaient légèrement calmés, mais discutaient avec animation, cherchant probablement un moyen de calmer la douleur de leur camarade.
Lorsque James revint, Ludivine avait perdu la notion du temps. Elle avait, d'un sort, fabriqué un bol à partir d'écorces éparses, et récupéré une branche solide pour en faire un pilon.
Ludivine attrapa les brindilles d'aconit, s'assurant de ne pas toucher aux feuilles, toxiques, et de n'en récupérer que les fleurs. Elle prit les épines et les pétales des roses qu'il avait posées à côté d'elle, et en fit de la poudre grâce à un sortilège. Elle s'arrêta un instant, observant les ingrédients que James avait réunis. Quelque chose manquait, mais elle ne parvenait pas à savoir quoi.
— Ne me dis pas que je me suis trompé, Hendell, prévint-il.
— Je ne…
Ludivine ne finit pas sa phrase, réalisant ce qui la dérangeait. Elle s'éloigna, ignorant le sorcier avant de revenir quelques minutes plus tard. Elle fit un sourire à James qui la regardait d'un air excédé.
— De l'armoise, lui signifia-t-elle en montrant la plante en question dans sa main, une plante commune qui réagit si elle est mélangée à des produits toxiques.
— Quelle utilité ? demanda James.
— C'est la preuve pour un centaure que le cataplasme n'est pas nocif.
James ne répondit pas, irrité. Ludivine avait bien conscience qu'il n'appréciait pas ne pas avoir le contrôle, mais elle retourna à sa composition sans un mot. Il lui fallut quelques minutes de plus pour compléter le reste de sa concoction.
A côté d'elle, James s'impatientait et ne le cachait pas.
— On perd un temps précieux, finit-il par exprimer.
— Je ne peux pas aller plus vite, cingla Ludivine.
— Je sais, rétorqua James avec frustration, je ne sous-entendais rien.
— J'en ai conscience, reconnut-elle d'un ton bas en rebondissant sur la remarque première du sorcier, j'ai bien conscience que l'on perd du temps, mais on ne peut pas les laisser sans les aider.
— Je sais, marmonna James avec plus de douceur, ne fais pas attention à mes jérémiades.
Ce fut à cet instant que Ludivine se rendit compte de la proximité du sorcier. Il s'était agenouillé près d'elle, et son visage était à quelques centimètres du sien alors qu'il observait d'un œil précis chacun de ses gestes. Lorsqu'elle releva la tête, Ludivine lui sourit doucement, plongeant son regard dans celui observateur du sorcier.
— C'est prêt, murmura-t-elle.
James hocha la tête, la remerciant silencieusement avant d'attraper le bol.
— Wingardium leviosa.
Le cataplasme s'éleva dans les airs, et James le guida de sa baguette jusqu'aux centaures. Concentrés sur leur camarade blessé, ils ne firent pas attention à ce bol de bois qui se posa juste à côté de leurs sabots, et il leur fallut une bonne minute avant que l'un d'eux ne bouscule ledit bol.
Ludivine maintint son regard sur le centaure qui attrapait maintenant le cataplasme après avoir regardé autour de lui avec méfiance. Elle les entendit murmurer entre eux, l'un d'eux voulut taper dans le bol pour en jeter le contenu, mais le centaure qui l'avait attrapé l'en empêcha. Ils échangèrent de nouveau avec véhémence, avant que le centaure le plus âgé n'attrape le bol avec autorité. Il prit une quantité du mélange, le sentant avec précaution avant de l'appliquer sur la blessure du centaure qui continuait d'émettre des petits cris de peine.
En trente secondes à peine, les gémissements de douleur se calmèrent, et Ludivine sentit un poids quitter sa poitrine tandis qu'elle inspirait une nouvelle bouffée d'air.
— Rassurée ? murmura James avec douceur.
Elle releva le regard vers le sorcier, hochant la tête en signe d'approbation tandis qu'il souriait d'un air attendri.
Par un regard, Ludivine le remerciait de ne pas avoir uniquement pensé au concours. Elle n'aurait jamais fait la paix avec elle-même si elle avait laissé cette pauvre créature à sa souffrance, et le Gryffondor avait respecté sa volonté.
— Tant mieux, dit-il doucement en s'approchant d'elle d'un pas.
Comme pour confirmer les propos de James, une lueur apparut entre eux. Ils baissèrent la tête et virent une flamme de la taille d'une paume virevolter devant leurs yeux. Ce n'était pas une réelle combustion, mais plutôt une lumière incandescente d'un rayonnement faible, d'une couleur orangée complexe. Sa forme virevoltait sous l'emprise d'un vent imperceptible, et sa vision en était envoûtante.
— Pourquoi est-elle apparue ? interrogea Ludivine.
— J'ai tendance à penser, sourit James, que tu as utilisé tes connaissances en botanique à des fins plus vertueuses que notre simple objectif.
— Et tu as joué de sagesse pour m'empêcher de foncer au risque de finir piétinée, marmonna Ludivine.
James lui fit un sourire, qu'elle lui rendit avec douceur avant que son attention ne se porte de nouveau sur la flamme.
— Notre première flamme, marmonna-t-elle avec fascination.
— Il semblerait que l'on n'ait pas tant perdu notre temps que ça.
James attrapa la main de Ludivine tandis que la flamme venait se loger dans la paume qu'il avait ouverte. La main du Gryffondor était large et chaude. Si son geste ne semblait pas naturel, le toucher, lui, l'était et Ludivine resta interdite aux picotements qu'elle ressentait sur sa peau, se concentrant sur le remuement qu'elle détecta dans son estomac lorsque la flamme les transporta dans un autre lieu.
Ludivine vit son environnement changer, des images floues d'arbres et de noirceur vrillaient autour d'elle quand un choc se fit ressentir. Une barrière invisible l'empêchait d'aller plus loin. Elle chuta et sentit sa baguette lui échapper des mains tandis que son corps rentrait violemment en contact avec un sol feuillu.
— Tout va bien, Hendell ? entendit-elle.
Ludivine se redressa très doucement, déboussolée. Elle replaça ses cheveux qui lui étaient tombés devant le visage et lui bloquaient la vue, puis observa les alentours.
Ils se trouvaient toujours dans une zone très sombre de la forêt. Les arbres étaient plus denses et imposants encore. D'une si grande hauteur que Ludivine devait entièrement lever la tête pour apercevoir leur cimes inatteignables.
Cette partie de la forêt était particulière. Ils étaient encerclés par une dizaine d'arbres, dans un espace restreint dont il semblait impossible de sortir. Les troncs étaient incroyablement larges, proches les uns des autres, leurs racines entrelacées. Il semblait impossible d'accéder au reste de la forêt.
Il faisait particulièrement sombre, mais Ludivine parvenait tout de même à distinguer James, un mètre plus loin, qui se relevait, époussetant son pantalon tout en la cherchant du regard.
— Je vais bien, Potter, répondit-elle en regardant autour d'elle, les mains perdues entre les feuilles séchées, mais j'ai perdu ma baguette.
— Moi aussi, lui signala James, un charme a dû nous les enlever.
Ludivine soupira tandis que James s'approchait prudemment d'elle, lui proposant une main qu'elle accepta pour l'aider à se relever. Il regarda autour de lui, les lèvres pincées.
— Il va nous falloir nos baguettes pour sortir d'ici, constata James.
— Il nous les faudra de toute façon pour continuer.
D'un regard entendu, ils se mirent à les chercher. James retourna à l'endroit où il avait atterri tandis que Ludivine s'était penchée sur place. Le sol jonché de feuilles mortes et de boue séchée et la faible luminosité ne rendaient pas la tâche facile. Ludivine lâcha un grognement, n'appréciant pas d'être privée de sa baguette.
— Où crois-tu qu'on ait atterri ? demanda-t-elle.
— Dans le seul endroit de la forêt dont il semble impossible de sortir, soupira James.
— Tu crois que cela veut dire qu'une flamme se trouve entre ces arbres ?
— C'est possible, maugréa-t-il, ou bien ça veut dire qu'on n'en sortira pas.
Ludivine sentait que James la cherchait du regard, sans voir autre chose que la forme de son corps qui se mouvait, mais elle restait concentrée sur sa recherche. Sans leur baguette, ils n'avaient aucune chance de sortir de cet endroit et plus les minutes passaient, plus Ludivine sentait un stress monter en elle à l'idée de ne pas la retrouver.
— J'ai trouvé la mienne ! s'exclama soudain James.
Ludivine soupira, constatant étrangement que cette information l'irritait plus qu'elle ne la rassurait. Une baguette était toujours mieux qu'aucune, mais c'était la sienne qu'elle désirait ! Il était hors de question qu'elle reste sans moyen de défense. Alors elle accéléra ses mouvements, balayant négligemment le sol jonché de feuilles sèches, consciente que des projections de boue séchée allaient sur elle, ce dont elle se fichait.
— Je peux sentir ta frustration à des mètres, ricana James.
— Je n'aime pas me retrouver sans baguette, maugréa-t-elle.
— Je comprends, compatit James qui avait quitté sa posture stoïque pour retrouver sa personnalité moqueuse que Ludivine commençait à bien connaître, ça impliquerait que je doive te défendre. J'imagine l'enfer que ça représente pour toi, rigola-t-il.
— Arrête de supposer me connaître, grommela-t-elle.
— Je n'aurais pas cette prétention, marmonna James avec moquerie.
Il murmura un accio, mais rien ne se passa alors il se pencha de nouveau vers le sol pour reprendre sa recherche.
Ludivine ne disait rien, mais elle sentait la colère monter en elle. Elle réalisait que, malgré ce qu'elle pouvait dire, le sorcier la connaissait mieux qu'elle ne le connaissait. Il avait d'ailleurs tout à fait raison. L'idée de dépendre du Gryffondor pour se défendre l'angoissait. Elle ne pouvait pas imaginer que l'épreuve prenne fin grâce à James et sa baguette.
— On a plus de chances de réussir avec deux baguettes, s'exclama-t-elle au bout d'une courte minute, ressentant le besoin de justifier son mécontentement.
— Je me demande si tu serais aussi dérangée si c'était ma baguette qu'on ne trouvait pas, ironisa James.
— Quel est le problème à ne pas vouloir dépendre de toi ? grinça-t-elle.
— Les serpents et leur orgueil, marmonna James qui ne semblait plus l'écouter, c'est incroyable.
— Arrête de penser me connaître, cingla Ludivine !
Elle s'était relevée avec fureur, lâchant la boue séchée qu'elle avait attrapée dans sa main. Elle se tourna vers la localisation de James, sans réaliser que plus les minutes passaient, et moins elle parvenait à distinguer le sorcier parmi les arbres. Il ne pouvait pas non plus la voir et n'essayait d'ailleurs pas tandis qu'il continuait à chercher frénétiquement la baguette de Ludivine. Il se contenta d'un éclat de rire, puissant et bruyant.
— C'est trop facile de t'énerver, Hendell.
Ludivine ne répondit pas, retenant un cri de frustration avant de s'agenouiller de nouveau dans la boue. Ce qu'il pouvait parfois lui taper sur le système, avec son air arrogant et son rire impertinent.
— Même dans de telles situations, maugréa-t-elle, tu restes insup…
Ludivine s'interrompit tandis qu'elle tâtonnait des écorces sèches jusqu'à atteindre les racines d'un arbre. A l'instant où elle toucha ce qu'elle pensait être une souche, quelque chose vint agripper fermement son pied. Malgré le tissu de son pantalon, Ludivine sentit sa jambe la brûler vivement, lui arrachant un cri qui inquiéta James.
— Hendell ?
— Quelque chose m'attaque, grinça-t-elle en réalisant que cette chose s'était enroulée autour de sa cheville.
La panique commençait à monter en elle, consciente qu'elle n'avait aucun moyen d'identifier son attaquant sans lumière, ni de se défendre sans sa baguette. Elle n'entendit pas James accourir vers elle, mais vit un rayon de lumière s'approcher. Lorsque le Gryffondor ne fut qu'à quelques centimètres d'elle, Ludivine réalisa que c'étaient des tentacules qui s'étaient enroulés autour de sa jambe. Des tentacules couverts d'épines qui la troublèrent pour de bon.
— Putain, Hendell, s'exclama James en s'agenouillant avec précipitation.
— Ne touche pas, prévint-elle en l'arrêtant d'une main, les tentacules brûlent.
Elle entendit James jurer dans sa barbe tandis qu'il essayait d'en identifier la source. Ils semblaient sortir d'une souche d'arbre, mais Ludivine était incapable de suivre ce qu'il se passait sous ses yeux tant sa jambe la brûlait. Sa vision commençait d'ailleurs à s'altérer.
— Reducto, entendit-elle James dire d'une voix rauque.
Rien ne se passa alors que le sortilège touchait la créature, et Ludivine se tourna violemment vers James après avoir vu le sort manquer sa peau de quelques millimètres.
— Je te préviens, Potter, tu n'as pas intérêt à rater ta cible !
— Tu ferais bien de ne pas trop te plaindre, Hendell, maugréa James tandis qu'il tentait un sortilège de brûlure. Cette saleté ne bouge pas.
— Comment un arbre peut m'attaquer, cria Ludivine avec frustration.
— Qu'est-ce que je peux en sav… répondit James avec effroi avant de s'interrompre et de regarder vers l'arbre en question. L'arbre…
Ludivine entendait James marmonner mais elle ne l'écoutait déjà plus. Les tentacules remontaient sur sa jambe et la tiraient progressivement vers la souche. Sa tête tournait, et même si elle distinguait qu'on prononçait son nom, elle ne parvenait pas à comprendre ce qu'on lui disait.
— Je crois que la plante est vénéneuse, geignit-elle doucement tandis que ses yeux commençaient à se fermer.
Une nouvelle fois, elle entendit son nom. Mais Ludivine était dans l'incapacité de réagir. Elle se sentait glisser petit à petit vers la cavité de la plante, dont les tentacules atteignaient sa cuisse, mais elle n'avait plus aucun moyen de se défendre.
— Hendell, reste avec moi !
Ce n'était pas tant la voix forte et dominante qui ramena Ludivine à la réalité, mais la main chaude que James avait placée dans sa nuque, la secouant doucement pour attirer son attention. A son contact, Ludivine rouvrit les yeux, constatant que James s'était tellement rapproché d'elle que son visage ne se tenait plus qu'à quelques centimètres d'elle. Si Ludivine avait été en pleine possession de ses moyens, elle aurait rougi de cette proximité qu'elle n'avait pas choisie.
— Reste éveillée Hendell, l'intima James, j'ai compris ce qu'est la chose qui t'attaque.
— Com-ment-tu-la-tues ? demanda Ludivine avec difficulté.
— Quand je te ferai signe, lui indiqua-t-il avec concentration, tu jetteras un sortilège de coupure sur la souche d'arbre. C'est le seul sortilège qui la forcera à ouvrir ses tentacules !
— Et toi ? protesta Ludivine.
— Fais-moi confiance, Hendell, répondit James d'un ton impérieux, conscient que le temps leur manquait en voyant Ludivine à moins d'un mètre de l'arbre.
Ludivine n'avait, de toute façon, plus la capacité de s'exprimer, mais James n'y prêtait de toute façon aucune attention. Il se relevait déjà pour attraper un morceau de bois sur le sol qu'il aiguisa d'un coup de baguette. Il attrapa ensuite la main de Ludivine, aidant la sorcière à détendre ses muscles pour ouvrir la paume avant qu'il ne mette sa baguette dans sa main.
Ludivine sentit quelque chose se soulever en elle lorsqu'elle prit possession de la baguette de James. D'un diamètre plus épais que la sienne et d'une longueur plus grande, le bois de chêne rouge était plus clair et rugueux que son bois de cèdre. La baguette ne lui appartenait pas, et cette dernière le manifesta en vibrant légèrement. Ludivine resserra son emprise, c'était elle qui avait le contrôle, et la baguette sembla l'accepter en arrêtant ses vibrations.
James fût satisfait en voyant la pointe au bout du morceau de bois. Il jeta un regard si confiant et déterminé à Ludivine qu'elle sut, sans réellement comprendre pourquoi, que sa douleur prendrait bientôt fin.
— Maintenant, Hendell !
— Diffindo, parvint-elle à formuler avec la baguette de James.
Le sortilège toucha de plein fouet l'un des tentacules, fendant celui-ci dans toute sa longueur jusqu'à sa souche. Un liquide blanc, presque jaunâtre, en jaillit et les autres tentacules lâchèrent aussitôt la jambe de Ludivine pour se rétracter autour d'une cavité qui semblait cacher quelque chose de précieux.
Ludivine retint un geste d'écœurement tandis que James, sans une once d'hésitation, plantait l'extrémité de son morceau de bois au cœur de la cavité, éclatant des gousses vertes dont s'extrayaient des asticots de la même couleur.
La plante émit comme un cri de douleur tandis qu'elle se rétractait entièrement autour de la cavité pour disparaître derrière un tronc d'arbre, un peu plus loin. Aussitôt, James se précipita vers Ludivine, se penchant sur sa blessure.
— Comment tu te sens ? s'enquit-il.
— Mieux, dit-elle en recouvrant progressivement ses esprits.
— Je n'ai pas l'impression qu'elle t'ait empoisonnée, mais tu as de belles brûlures au niveau de la cheville.
James posa son regard sur elle, vérifiant qu'elle retrouvait des couleurs Il posa le revers de sa paume sur son front, approchant son visage pour observer ses pupilles. Il ne dit rien, mais sa mine pincée interrogea Ludivine.
— Tu te sens de continuer ? demanda-t-il.
— Bien évidemment ! siffla-t-elle.
Le regard de James se durcit à son ton. Sans un mot, il récupéra sa baguette des doigts de Ludivine avant de murmurer un léger episkey qui referma de légères plaies sur sa jambe, s'assurant ne pas toucher aux brûlures.
James se releva, toujours silencieux tandis qu'il lui proposait sa main. Elle s'en saisit, mais lorsqu'elle fut sur ses jambes et que James s'apprêtait à relâcher son étreinte, elle l'en empêcha.
Il posa un regard surpris sur elle, mais toujours aussi dur, et Ludivine s'en sentit presque insignifiante. Elle savait qu'il l'avait sortie d'un sacré pétrin, et qu'il était ingrat de sa part de ne pas le reconnaître.
— Merci, murmura-t-elle avec une gêne qu'elle ne cacha pas.
La surprise se renforça dans les iris noisette de James. Il lâcha la main de Ludivine, portant la sienne dans les mèches de la sorcière dont il enleva plusieurs feuilles mortes. Elle ne dit rien tandis qu'elle le laissait faire, maintenant son regard sur le visage du sorcier.
— Je ne doute pas que tu t'en serais parfaitement sortie sans moi, nargua James avec douceur, mais ravi d'avoir pu aider.
Cette fois-ci, le sourire qu'elle arbora était sincère et chaleureux, sans filtre. James ne lui faisait pas ressentir que c'était grâce à lui qu'ils s'en étaient sortis. Non, il avait compris comment elle fonctionnait, et il allait dans son sens.
— Qu'est-ce qui nous a attaqués ? demanda-t-elle.
— Un Snargalouf, répondit James, une plante magique carnivore qu'on étudie en fin de sixième année.
— Il semblerait que cette fois, ce soient tes connaissances qui nous aient aidés.
James lui fit un sourire fin, puis attrapa de nouveau la main de Ludivine pour glisser dans sa paume une baguette. Le toucher fut si naturel qu'elle sut immédiatement qu'il s'agissait de la sienne. Même si la baguette de James s'était très rapidement adaptée à elle, Ludivine devait reconnaître qu'aucun sentiment ne s'approchait de celui qu'elle ressentait lorsqu'elle reprenait possession de sa baguette à elle.
— Je l'ai trouvée dans le chaos, sourit James, elle était coincée sous une racine.
Un silence complice s'installa tandis qu'elle le remerciait d'un sourire. Un silence profond mais agréable, qu'aucun des deux sorciers n'eut le sentiment de devoir combler. Alors que James lâchait ses doigts avec une lenteur qu'elle pensa calculée, Ludivine sentit ses joues chauffer, réalisant que ce silence lui était confortable.
Ce sentiment se renforça lorsqu'un éclat apparut au-dessus de leurs têtes, un éclat qu'ils reconnurent comme celui d'une flamme. Ils rompirent leur échange pour lever la tête. Avec un naturel qui n'interrogea ni James, ni Ludivine, cette dernière leva la main afin que la flamme s'y loge, un sourire éclatant sur les lèvres tandis que James attrapait sa main de nouveau, avec une douceur qu'elle choisit d'ignorer.
Et dans ce silence toujours aussi serein, ils transplanèrent.
Cette fois-ci, l'atterrissage se fit plus en douceur. Ludivine sentait que sa cheville était affaiblie et elle remercia Merlin de prendre cet élément en considération tandis que ses pieds touchaient l'herbe verdoyante.
James avait également atterri sur ses deux jambes. Autour d'eux, le décor avait totalement changé. Les arbres hauts, larges et sombres, avaient disparu pour laisser place à une verdure foisonnante. La lumière n'avait plus besoin de se frayer un chemin parmi les feuillages, elle était présente partout autour d'eux. Ils comprirent à l'aspect de la forêt, qu'ils avaient quitté son cœur pour son orée.
— Comment va ta chev… commença James.
— Arrête tes faux-semblants, Malefoy ! entendirent-ils. Ça se voit que tu n'as jamais pris un coup !
Ludivine et James échangèrent un regard confus à l'entente de l'exclamation remplie d'animosité. Il n'y avait qu'un Malefoy dans l'enceinte du château, et Ludivine se demanda quel élève se permettait de s'adresser ainsi à Scorpius avec tant de colère et de haine.
Bien évidemment, c'était sans compter qu'ils participaient à un concours, et que la pression et l'envie de réussir poussaient parfois les sorciers à faire des choses étranges. Alors Ludivine se retourna et constata qu'ils avaient atterri en plein duel, et pas avec n'importe qui.
Scorpius et Acca se tenaient à quelques mètres d'eux en position défensive, et faisaient face à Rowle, dont Ludivine n'avait pas retenu le prénom, et son équipier. Il ne fallut pas plus d'une seconde à Ludivine et James pour sentir l'animosité et la tension qui régnaient entre les quatre sorciers.
Une flamme virevoltait entre les deux équipes, et Ludivine comprit aussitôt, au regard glacial et à la posture méfiante d'Acca, que Rowle et son partenaire tentaient de la voler. Elle ne savait depuis combien de temps les sorciers s'opposaient, mais Ludivine s'inquiéta pour ses amis. Rowle se comportait comme s'il dominait la situation. Ce qui était probablement le cas. Ludivine l'avait bien compris à la baguette que les anciens élèves avaient pointée sur Acca et Scorpius qui semblaient sans défense.
L'épreuve venait de prendre une tout autre tournure.
