Chapitre 13 – La connaissance, Partie B

— Donne-nous cette flamme, Malefoy, ça évitera d'avoir des blessés.

D'un regard concis, Ludivine balaya la scène qui se déroulait sous ses yeux.

Elle ne l'avait vu qu'une fois, mais Ludivine n'eut aucune difficulté à identifier Logan Rowle. Bâti d'une carrure qui pouvait faire des dommages, le sorcier tenait une posture assurée et offensive, et un simple coup d'œil à la situation permettait de voir qu'il la dominait. Il avait pointé une baguette nonchalante sur Acca et Scorpius, leur montrant qu'il n'était pas réellement inquiet d'une quelconque riposte de leur part, appuyé par son coéquipier qui faisait de même.

Face à lui, Scorpius et Acca semblaient en difficulté. Scorpius arborait une expression froide et impassible, mais sa posture raide parlait pour lui. Il tenait fermement sa baguette, mais ne la dirigeait contre personne, la gardant tournée vers le sol. C'était comme s'il n'osait pas la pointer en direction des deux sorciers. Quant à Acca, elle était en retrait, ce qui était surprenant venant de la sorcière. Elle arborait une expression contrariée, presque inquiète, et Ludivine sentit la colère monter en elle devant cette scène.

— Je n'ai aucune intention de te laisser voler cette flamme, répliquait froidement Scorpius.

— Dans ce cas, ricana Rowle, il va falloir que tu te défendes un minimum si tu veux protéger ton amie !

La mâchoire de Scorpius se contracta un peu plus devant l'ironie de son aîné, il était visible qu'il se contrôlait pour ne pas l'attaquer. Cette envie démangeait également Ludivine, mais ils avaient tous entendu les règles avant que l'épreuve ne commence. Quiconque utiliserait sa baguette dans un sort offensif contre d'autres participants se verrait perdre des points, voire éliminé.

C'était d'ailleurs bien pour cette raison que Rowle et son équipier jouissaient d'une telle assurance, parce qu'ils savaient que Scorpius et Acca ne prendraient pas ce risque.

Ce ne fut qu'à cet instant que Ludivine constata la posture d'Acca, qui se tenait la taille comme si elle souffrait. Elle était blessée à la hanche, et son jean commençait à se teinter d'une couleur sombre. Cette réalisation mit Ludivine dans une colère profonde, et il était hors de question qu'elle ne laisse cette situation continuer.

Elle choisit d'intervenir mais en fut aussitôt empêchée. James s'était approché d'elle et lui avait discrètement mais fermement attrapé le poignet. Personne ne les avait remarqués, lui signifiait-il par ses actions silencieuses.

— Si on les attaque, lui signala-t-il, on risque l'élimination.

— Comme tu peux le constater, cingla Ludivine sur un ton bas, ça n'a pas l'air de les arrêter.

— Je ne prendrai pas ce risque, gronda James d'une voix qui la fit presque frissonner.

— Je ne resterai pas sans rien faire, Potter, prévint-elle froidement, refusant de se laisser démonter.

James soupira bruyamment, jetant un regard à la scène qui se jouait sous ses yeux. Il était évident, par sa posture rigide, qu'il ne cautionnait pas ce qui se déroulait. Seulement, James voulait préserver leurs chances de gagner. Il voulut dire quelque chose, qui de toute évidence ne plairait pas à Ludivine, mais un regard vers elle le ravisa. L'expression de Ludivine était limpide, il ferait mieux d'agir avant qu'elle ne le fasse, car les conséquences ne lui importaient que peu, à cet instant.

— Laisse-moi m'en occuper, siffla James avec autorité.

Ludivine allait protester, constatant qu'une nouvelle fois, le sorcier tentait de lui dicter ses actions. Elle fut néanmoins arrêtée par la douleur qu'elle ressentait au niveau de sa cheville. Elle sut que James avait vu sa grimace car elle le sentit se tendre avant de soupirer. Finalement, il lâcha son bras pour se tourner vers l'échange envenimé devant lui, s'approchant de quelques pas avant de s'exclamer d'une voix forte.

— Aucune surprise à te voir tricher, Logan, intervint-il avec une moquerie flagrante, si décevant.

Le ton moqueur de James n'était pas la meilleure entrée pour adoucir la situation, Ludivine le réalisait bien en voyant la posture de Logan Rowle se rigidifier tandis qu'il se tournait avec lenteur vers James. L'étonnement qui s'affichait sur son visage disparut aussitôt, au profit d'un sourire sardonique. Ludivine avait le sentiment qu'il en fallait bien plus à Logan Rowle pour l'inquiéter. Néanmoins, James avait réussi son coup. Il avait détourné l'attention du sorcier des amis de Ludivine.

Scorpius, malgré l'arrivée de James, n'avait jamais quitté son expression glaciale, et Ludivine se surprit à ressentir un certain malaise. Il était si rare de constater une telle froideur, une telle colère se dégager du sorcier, qu'elle pouvait parfois en oublier qu'il était le digne héritier de la maison Malefoy. Il émanait une infinie prestance de lui, et Ludivine aurait tout donné pour obtenir un sourire de son meilleur ami.

Un éclair de soulagement traversa les yeux d'Acca lorsque leurs regards se croisèrent. C'était imperceptible, sauf pour elles et il sembla impossible à Ludivine de rester à sa place alors qu'elle pouvait apporter un appui physique et mental à sa meilleure amie, à ses meilleurs amis.

Alors elle s'avança d'un pas rapide vers Acca, ignorant sa douleur à la cheville, ignorant la baguette que l'équipier de Rowle pointait maintenant vers elle, et le regard colérique de James lorsqu'il entendit un mouvement dans sa direction. Elle n'eut cure de tout cela alors qu'elle accourait vers sa sœur de cœur, attrapant sa main avec force.

— Tu es blessée, constata-t-elle en approchant une main de la taille d'Acca.

— Je m'en occuperai plus tard, la rassura Acca en éloignant la main de Ludivine dans un sourire, vous feriez bien de vous en aller avant que la situation ne dégénère.

— Tu te doutes bien qu'on n'ira nulle part, répondit Ludivine presque trop sèchement.

Acca ne retint pas un léger sourire. Elle la connaissait suffisamment pour le savoir.

— Ce sont eux qui t'ont blessée ? demanda Ludivine.

Acca ne répondit rien, jetant un regard à la dérobée à Scorpius. Il n'avait pas détourné un seul instant son attention des sorciers qui s'affrontaient, même lorsque Ludivine était apparue à côté de lui. Lorsqu'elle posa toutefois sa main sur son bras, Scorpius porta finalement son regard vers elle, rapide et éphémère, avant de reporter son attention sur les sorciers face à lui.

Il était en colère, contre Rowle et de son équipier pour avoir blessé Acca, contre lui-même pour ne pas l'avoir protégée. Elle savait parfaitement ce qu'il se tramait dans sa tête. Sa main crispée sur sa baguette indiquait qu'il maîtrisait tout son être pour ne pas l'utiliser. Son regard rivé sur celle de son ennemi indiquait qu'il surveillait toute potentielle attaque. Sa posture rigide indiquait qu'il n'hésiterait pas, à tout instant, à se précipiter pour protéger Acca s'il le fallait.

— Reste en dehors de ça, James, conseilla Scorpius placidement.

— On n'est jamais trop nombreux pour affronter de la vermine, Scorpius, répondit James d'un ton débonnaire.

— Ecoute le Serpentard, s'exclama Rowle avec moquerie. Dégage, Potter.

— Tu peux rêver, siffla James, j'attends de te regarder prendre la fuite. On sait tous que c'est ce que tu fais de mieux.

Le visage de Logan Rowle se tordit de colère tandis qu'il déviait totalement son attention de Scorpius et Acca pour la porter sur James. Il s'avança de quelques pas, faisant signe à son acolyte de continuer à surveiller la flamme. Ce dernier pointa plus ardemment sa baguette sur Scorpius qui grinça des dents. Plus les minutes passaient, et plus leurs chances de récupérer la flamme s'amenuisaient.

Ludivine observa Rowle s'avancer vers James, se demandant à quel point les deux sorciers pouvaient bien se connaître. A en voir la familiarité de leurs échanges, elle était persuadée qu'ils n'avaient pas fait connaissance le jour du lancement du concours. Non, les ressentiments ne dataient pas d'hier.

— Comme toujours, siffla Rowle, tu as tendance à trop faire le malin, Potter.

— Vraiment ? le provoqua James dans un rire jaune. J'imagine que je devrais plutôt m'inquiéter de la baguette pointée vers moi alors que tu sais que je ne ferai pas de même ?

— Ne me fais pas perdre patience, maugréa Rowle.

— Effrayant, se moqua James avec lenteur.

James semblait refuser de montrer une autre émotion que de l'indifférence, ce qui accentuait la colère de Rowle. Ce dernier s'approcha de James à une vitesse surprenante, pointant aussitôt sa baguette entre les deux yeux du Gryffondor. La carrure du sorcier était toujours aussi imposante, suffisamment pour que Ludivine se surprenne à s'inquiéter pour son équipier, qui pourtant n'était pas particulièrement maigrichon non plus.

Ludivine sentit Scorpius s'agiter. Un coup d'œil dans sa direction suffit pour constater que Scorpius avait levé sa baguette pour la pointer sur Rowle, conscient qu'ils ne parviendraient pas à s'extirper de la situation sans l'utiliser, et qu'il faudrait réagir si la situation venait à dégénérer. Il ignorait le coéquipier de Rowle qui s'approchait maintenant de quelques pas, laissant un sourire provocateur franchir ses lèvres.

— Tente donc quelque chose, Malefoy, provoqua le sorcier.

James dut également voir le mouvement de Scorpius, car il intervint malgré la baguette pointée entre ses deux yeux.

— Scorpius, l'interpella-t-il sans quitter Rowle des yeux, dès que ce sera possible, Rockwood et toi attraperez la flamme.

— Si tu crois que je vais te lais… commença Scorpius avec colère.

— Il est hors de question, siffla James, que Rowle et Travers s'emparent de cette flamme, tu m'entends ?

James échangea un regard avec Scorpius qui soupira avant de hocher la tête et de reporter son attention sur l'équipier de Rowle. Scorpius semblait prêt à lui sauter dessus, la colère irradiait de tous ses pores et Ludivine sut que Acca était la seule chose qui le retenait.

Cette dernière semblait souffrir et luttait contre toute sa personne pour ne pas s'asseoir sur le sol et expirer un grand coup. Ludivine s'approcha un peu plus, lui suggérant silencieusement de s'appuyer sur elle pour soulager sa douleur. Ils semblaient tous impuissants, et Ludivine se demandait si l'épreuve en valait le coup.

Logan Rowle n'avait toujours pas bougé. Sa baguette se tenait à quelques centimètres du front de James mais ce dernier se refusait de perdre la face. James, comme Scorpius avant qu'ils n'arrivent, tenait tête au sorcier, malgré son absence de baguette.

— Tu m'as l'air tendu, provoqua-t-il d'un ton moqueur, je m'en voudrais presque d'avoir interrompu tes desseins.

— Dis-moi ce qui me retient de te lancer un doloris, grinça Rowle.

— Tu n'oserais pas si je décidais d'utiliser ma baguette, répliqua James avec assurance.

— Tu as raison, Potter, siffla Rowle avec dédain, suis les règles comme un bon petit soldat.

— Tu sais ce que c'est, Logan, de suivre les ordres comme un bon petit soldat, siffla James d'une voix glaciale que Ludivine lui avait rarement connue. Papa t'a bien appris.

Il était évident que James provoquait Rowle, et il y parvenait. Un grognement franchit les lèvres de Rowle, tandis que sa posture se tendait. Il retenait visiblement sa colère, et Ludivine comprit que James jouait sur un tout autre plan que la magie. Il jouait la guerre du nerf, il tentait de faire sortir Rowle de ses gonds. A quel bénéfice, elle ne le comprenait pas.

— Il allume une mèche, marmonna Acca tandis qu'elle portait une main au niveau de son estomac.

— Les Gryffondor et leur impulsivité, souffla Ludivine en ignorant le regard réprobateur d'Acca, ça doit couler dans votre sang de jouer aux héros.

— Potter est intelligent, répliqua Acca, et je crois comprendre ce qu'il a en tête.

— Il a l'air de vouloir se prendre un sortilège impardonnable, marmonna Ludivine.

— Il veut les pousser à commettre une faute.

— Reste prête à te défendre, Lud, la mit en garde Scorpius.

— Ne t'inquiète pas pour moi, Scorp, fais ce que tu as à faire.

— Je détruirai Potter s'il t'arrive quoi que ce soit.

Ludivine resta silencieuse, échangeant un sourire discret avec son meilleur ami avant de se tourner de nouveau vers Rowle et James. Ce dernier échangea un regard avec Scorpius, un signal muet, avant de reporter son attention sur son ennemi.

— Ce concours te rappelle de bons souvenirs, s'amusa James, n'est-ce pas, Logan ?

— Tu es toujours aussi arrogant, siffla Rowle avec un mépris visible.

— Je suis simplement meilleur que toi, ricana James, tu n'as juste jamais pu l'accepter. La preuve, je ne m'en prends pas à des sorciers de trois ans mes cadets.

Soudain, un bruit sourd retentit. Un morceau de pierre, de la taille d'un poing, avait fendu l'air dans un sifflement pour frapper l'arrière du crâne de Travers qui s'effondra au sol, assommé par la force de la pierre décuplée par la vitesse.

Il n'en fallut pas plus pour que la situation dégénère. Rowle, qui avait gardé sa baguette sur James, la retira avec cette même rapidité qui impressionna Ludivine. À la place, ce fut un poing qui entra en contact avec la mâchoire de James. Le coup n'était pas planifié, elle le comprit immédiatement. Il englobait toute la force de Rowle, et elle s'inquiéta pour James quand un craquement se fit entendre et qu'il s'effondra à terre.

Rowle semblait avoir oublié l'utilisation de sa baguette alors qu'il grimpait à califourchon sur James, le tabassant avec une violence qui fit pâlir Ludivine. Cette dernière fulminait, et sa colère augmenta lorsqu'elle constata que James ne se défendait pas.

Le Gryffondor encaissait les coups. Il aurait pu en contrer, mais n'en faisait rien. Ludivine confia donc Acca à Scorpius qui passa un bras sous ses épaules, et sortit sa baguette pour la pointer avec assurance sur les deux sorciers au sol. Elle échangea un dernier regard avec Acca et Scorpius, les intimant d'un mouvement de menton de s'emparer de la flamme. Elle les vit hésiter tous les deux, ne souhaitant pas laisser James et Ludivine dans ce combat, et ce fut pour cette raison qu'elle cingla un « MANIEZ-VOUS » qui attira l'attention de Rowle.

Scorpius soupira avec force, renforçant sa prise sous les épaules d'Acca avant de passer une main sous ses genoux, la soulevant avec facilité avant de se diriger vers la flamme. Lorsqu'il attrapa celle-ci, Ludivine les vit disparaître dans un rayon blanc.

Ses amis étaient en sécurité, souffla-t-elle, rassurée. Ce n'était cependant pas leur cas. La baguette pointée sur Rowle, Ludivine ne pensait plus à leur potentielle élimination.

Expellia…

Elle n'eut cependant pas le temps d'aller au bout de son sortilège. Sa baguette lui échappa des doigts, comme happée par une force qu'elle ne contrôlait pas tandis qu'elle finissait au sol, à un mètre d'elle.

L'attention de Rowle était déjà portée sur elle, et cette seconde d'hésitation suffit à James. Ce dernier semblait n'avoir attendu que la disparition d'Acca et Scorpius pour réagir.

Dans un élan de fureur, James se dégagea et le cogna de toutes ses forces, l'étourdissant avant de lui mettre un coup de pied dans les parties inférieures qui fit tomber le sorcier au sol. Rowle n'eut pas l'occasion de réagir, et James profita de la douleur du sorcier pour se relever aussitôt, assénant un nouveau coup qui l'assomma pour de bon.

James s'assura que le sorcier ne se relevait pas avant de regarder autour de lui. Il semblait savoir où chercher la baguette de Ludivine, qu'il trouva au premier coup d'œil. Il la récupéra avant de s'approcher d'elle mais ne la lui tendit pas. Au lieu de ça, il posa un regard glacial sur elle.

— Tu as failli rentrer dans son piège ! s'exclama-t-il d'une voix rauque.

— Il allait te démolir ! lui signala Ludivine comme si le sorcier perdait la tête.

— C'était exactement son but, siffla James, qu'on réagisse et qu'on l'attaque ! Et tu allais tomber dans le panneau !

— Tu as donc préféré te faire casser la gueule ? s'énerva Ludivine.

— C'est un risque que je prends sans hésiter, répliqua-t-il sèchement, comme toi lorsque tu laisses tes états d'âmes entraver notre épreuve !

La voix de James était rocailleuse, sa mâchoire crispée, son souffle erratique, son regard noir. Il venait de prendre de sacrés coups, pourtant il se tenait toujours avec la même allure, la même force.

Ludivine était surprise par l'animosité du sorcier. Elle lui était dirigée mais elle refusait d'être un exutoire à sa colère. Elle était peut-être responsable de ce qu'il venait de se passer en souhaitant intervenir, mais c'était James qui avait provoqué Rowle en premier lieu ! Il avait réussi son coup, détourner l'attention du sorcier d'Acca et Scorpius qui avaient pu récupérer leur flamme, mais il ne pouvait pas lui reprocher d'avoir voulu le défendre. Si sa baguette… Et elle comprit. Le Gryffondor avait utilisé la magie élémentaire pour interrompre son sort.

Ludivine comprit combien James était déterminé à gagner. Elle comprit qu'il ne laisserait personne entraver son chemin et qu'il lancerait corps et âme dans l'atteinte de son objectif. Le Gryffondor voulait gagner cette épreuve, et à cet instant Ludivine était une nuisance à cet objectif.

Elle se surprit à ressentir un léger pincement au cœur, consciente qu'elle n'était qu'un moyen pour le sorcier d'atteindre plus facilement son but. Alors face au regard colérique de James, elle garda le silence. Elle avait également conscience que, malgré la volonté du sorcier de gagner, il avait accepté ses requêtes à chaque fois, même si elles impliquaient de perdre du temps. Il l'avait aidée à soigner le centaure. Il l'avait aidée à défendre Scorpius et Acca. Il avait accepté ses requêtes à chaque fois.

James dut sentir le conflit dans son regard car il finit par expirer, passant une main dans ses cheveux comme s'il réfléchissait lui-même à ce qu'il venait de dire.

— Tu sais bien que ça ne me dérange pas, soupira-t-il avec remords.

— C'est bien le problème avec toi, Potter, dit Ludivine d'une voix étonnamment étranglée, c'est que je ne sais justement ri…

Diffindo.

Elle fut interrompue par un sortilège qui toucha James de plein fouet. Lancé avec une force et une précision surprenantes, le sort traça une entaille profonde le long du bras de James d'où du sang jaillit abruptement. Ludivine voyait rouge tandis que James la bousculait sous l'impact.

Elle n'eut pas le temps de répliquer qu'il lui avait attrapé la main, et elle sentit de nouveau son estomac se retourner tandis que son environnement devenait flou.

Avant qu'elle ne comprenne ce qu'il se passait, Ludivine se sentit chuter violemment sur de l'herbe épaisse, le visage face au sol. Lorsqu'elle releva la tête, Ludivine constata qu'ils avaient atterri dans une clairière si lumineuse que son regard mit quelques secondes à s'y habituer.

L'herbe était sauvage, avec de grandes étendues de verdure, et quelques arbres fruitiers et buissons fleuris parsemaient l'horizon. Un sentiment de sérénité régnait dans ce lieu magique, et Ludivine se laissa bercer par le bruit d'un ruissellement d'eau qui laissait deviner une rivière à quelques mètres.

Cependant, une complainte la ramena à la réalité. James se tenait un peu plus loin et se mettait en position assise, une main sur son biceps ensanglanté.

— Potter ! s'alarma-t-elle en regardant sa blessure.

— Ce n'est rien, maugréa James en éloignant son bras de la main de Ludivine.

Elle le fusilla du regard, mécontente qu'il refuse son aide.

— Si tu ne soignes pas ça, tu vas te vider de ton sang ! cingla-t-elle froidement, comme si elle s'adressait à un enfant mal élevé.

— Je ne suis pas Albus, Hendell, s'énerva James, je n'ai pas besoin qu'on prenne soin de moi !

— Arrête d'être si buté !

La dispute continua silencieusement, par le regard désagréable de James et celui colérique de Ludivine.

Elle comprenait bien qu'il refusait son aide car il ne souhaitait pas montrer ses faiblesses. Elle se retint d'en faire un commentaire, mais ne se laissa pas démonter.

Ça n'avait rien à voir avec le sorcier. Il lui était juste impensable de laisser une personne blessée sans soins si elle pouvait les prodiguer. Elle en avait même oublié la douleur dans sa propre cheville. En revanche, James n'avait pas oublié la sienne, elle le sut à sa grimace.

Finalement, il soupira de résignation, passant une main dans ses cheveux avant de tourner son bras gauche vers elle.

— Ne crois pas que je t'aurais laissé faire si j'avais eu le choix, maugréa-t-il.

— Ne crois pas que je le fais pour une autre raison que gagner cette épreuve, répliqua Ludivine en s'agenouillant près de James tandis qu'il se laissait manipuler.

Elle commença à examiner la blessure, dans un silence qu'elle trouva agréable avant que James ne décide de poser son regard sur elle. Concentrée, elle réalisait toutefois leur proximité et n'aurait relevé la tête pour rien au monde.

James avait également pris des coups au visage, comme en attestaient sa lèvre ouverte et le bleu qui commençait à se dessiner au niveau de sa mâchoire, mais elle ne dit rien à ce sujet, préférant parer au plus urgent.

— Je croyais qu'on ne pouvait pas transplaner au sein de Poudlard, fit-elle remarquer.

— L'interdiction sur la forêt a sauté avec le décès du professeur Dumbledore, expliqua James en retenant une grimace. On n'aurait pas pu en sortir mais je voulais simplement m'éloigner d'eux.

— Tu as utilisé la magie élémentaire, n'est-ce pas ? demanda Ludivine d'un ton qui n'amenait pas de réponse. Pour assommer Travers.

— L'air est un élément pratique, se contenta de répondre platement James.

Un silence s'installa, et Ludivine échangea un regard amical avec lui. Il venait de les sortir d'une sacrée pétrin. Elle était impressionnée par le tempérament du sorcier, qui avait su rester calme et maître de lui-même, même lorsqu'il se faisait tabasser. Alors qu'elle n'avait pas su quoi faire d'elle-même.

— Il m'a bien fracassé la gueule, marmonna James.

Ludivine ne dit rien. En effet, il avait pris de multiples coups, d'une force incontestable. Mais approuver équivaudrait à reconnaître qu'il s'était fait battre par Rowle, et ce n'était pas ce qu'elle souhaitait sous-entendre. Mais lorsqu'il posa sa main sur son genou, Ludivine décida de lever la tête avant que le trouble ne la gagne.

— Tu sais, reprit James, que j'ai choisi de ne pas répondre quand il a commencé à me frapper ?

— Bien sûr que je le sais, murmura-t-elle avec douceur, consciente qu'elle dirait tout ce que le sorcier voudrait entendre à cet instant.

— Tu sais que si je l'avais fait, je l'aurais détruit ?

— Je le sais, Potter.

— Tu sais que je ne l'aurais pas laissé t'approcher ?

Cette fois-ci, elle ne répondit rien. Même pour rassurer le sorcier, elle ne s'y engagerait pas. Son regard toutefois, dut contenir une once de certitude, car un léger sourire se forma sur les lèvres de James avant qu'il ne ferme les yeux.

Ludivine contint un soupir de soulagement avant de reporter son attention sur la blessure. Elle se retenait de clamer qu'elle n'avait pas besoin qu'on la protège, qu'elle se serait très bien défendue toute seule, mais elle choisit de ne rien dire, consciente que ça n'apporterait rien à la situation.

— C'est profond, expira-t-elle.

— Tu peux me soigner ? demanda James.

— Ne me sous-estime pas.

Ludivine sortit sa baguette, murmurant un puissant episkey. Pourtant, rien ne se passa. Lorsqu'elle retenta et qu'aucune magie n'apparut, elle sentit la colère monter.

— Je t'ai vue faire mieux avec mon frère, se moqua James, mets-y un peu de cœur.

— Il y a un problème, répondit-elle en ignorant la pique du sorcier.

— Ils ont dû trafiquer quelque chose.

Ludivine ne fit pas attention à la supposition de James, concentrée sur la recherche d'une explication. Puis, quelque chose cliqua dans sa tête. Elle repensa à la façon dont ils avaient chuté durant le transplanage, comme si la magie de James avait buté contre quelque chose.

Souhaitant confirmer son hypothèse, elle dirigea sa baguette vers un buisson derrière James, murmurant un inflammare. Ce dernier éloigna son visage avec inquiétude, mais rien ne se passa au bout de la baguette.

— Il n'y a pas de magie ici, comprit Ludivine

— Pas besoin de te justif…

— La clairière est dénuée de magie, l'interrompit-elle avec impatience. On ne peut pas pratiquer de magie ici !

Le regard de James changea, exprimant de l'incompréhension avant qu'un sourire ne fende ses lèvres.

— C'est incroyable ! commença-t-il à s'exciter.

— Je ne peux PAS te soigner ! s'énerva soudain Ludivine en se laissant tomber dans l'herbe.

Une vague de frustration cogna ses tympans, consciente de son impuissance. Elle ferma les yeux, refusant de laisser ce sentiment la gagner, mais c'était si dur. Son équipier était blessé et elle ne pouvait rien faire pour la soigner. Ça ne devait pas arriver !

— Tu n'aimes pas être impuissante, entendit-elle James dire sur le ton du constat.

— Comme toi, tu n'aimes pas paraître faible.

— C'est vrai, reconnut James placidement. J'ai peur que si une personne me voit fragilisé, elle garde toujours l'image d'un sorcier faible.

— Même affaibli, tu restes puissant, Potter, marmonna Ludivine.

Elle rouvrit les yeux, constatant d'un mouvement de tête que le sorcier avait souri discrètement.

— Je m'en veux de t'avoir conduit dans une telle mésaventure, admit-elle avec résignation.

Elle n'eut pas l'occasion de se perdre dans ses pensées. James lui attrapa fermement le poignet, la relevant d'une force qui lui coupa presque le souffle. Son visage se trouvait maintenant à quelques centimètres de celui de James, qui la regardait avec détermination.

— Je me suis moqué plusieurs fois de ton indifférence, murmura-t-il, mais je découvre que tu es bien plus sensible que tu ne le laisses paraître.

— Vois-tu la sensibilité comme une faiblesse, Potter ? demanda-t-elle sur le même ton faible et secret.

— Je pense que lorsqu'elle sert à penser à l'autre et à l'aider, c'est une force.

Ludivine s'abstint de parler. Elle essayait de comprendre ce qu'il se passait dans les iris noisette qui se tenaient si proche des siennes. Elle y lisait plusieurs émotions contradictoires, indéchiffrables.

— J'ai peur que ta blessure ne s'infecte si on ne la soigne pas, reprit-elle finalement, souhaitant mettre fin à son malaise.

— Ne me sous-estime pas, dit James à son tour d'une voix amusée. On va avancer et voir quelle flamme on trouve.

— Comme si on les avait trouvées en les cherchant, soupira Ludivine.

— On va trouver la dernière qu'il nous manque, lui répondit James avec aplomb.

Ludivine soupira une nouvelle fois, échangeant un regard avec James qui l'apaisa. Ce n'était pas le moment de se laisser abattre, il avait raison. Alors elle hocha la tête, se relevant avec entrain.

La douleur de sa cheville refusant de se taire, elle fut contrainte d'avancer doucement tandis que James déchirait un morceau de son t-shirt pour l'attacher autour de son bras pour arrêter l'écoulement de sang.

— On a l'air fin avec nos blessures, maugréa Ludivine.

— Vaut mieux être blessé que sans honneur comme d'autres, marmonna James.

Ils marchèrent un certain temps, écoutant l'écoulement d'une rivière qui se frayait tant bien que mal un chemin parmi la végétation. Ils ne croisèrent aucun sorcier, aucune créature et le silence qui régnait était serein. Puis Ludivine entendit une branche craquer.

Elle s'immobilisa, posant une main devant James qui s'arrêta également. Il lui jeta un regard d'incompréhension, et elle posa un doigt devant sa bouche en signe de silence avant de montrer quelque chose du menton.

Devant eux se trouvait une biche, une belle biche au museau long et fin et au pelage noisette tacheté de points blancs. Elle grapillait dans un buisson à la recherche de baies jaunes et de baies vertes tandis que se trouvaient également, de façon parsemée, des baies blanches.

Ludivine l'observa mordre dans une baie blanche, et une idée fulgurante lui traversa l'esprit.

— Elle se nourrit des baies, marmonna-t-elle.

— Tu as faim, Hendell ? se moqua James.

— Les blanches sont des baies de gui, l'intima-t-elle à se taire avec irritation, c'est un antidote pour ton bras !

— Je n'en mangerai pas, prévint James.

— Potter, s'énerva Ludivine en agrippant un morceau de son t-shirt, il nous reste encore une flamme à trouver. On ne peut pas être tous les deux blessés !

— Qu'est-ce qui me dit que ces baies ne vont pas m'intoxiquer ? la défia-t-il.

— Regarde la biche en manger, sourit Ludivine.

James la jaugea du regard, un regard qu'elle trouva presque dédaigneux mais devant lequel elle refusa de baisser les yeux. Elle pouvait voir le tissu gris autour du bras du sorcier se teinter progressivement de rouge tandis que le Gryffondor perdait progressivement ses couleurs. Elle refusait de baisser le regard, et James l'avait bien compris.

— Très bien, soupira-t-il en passant sa main valide dans ses cheveux, va me chercher tes baies de malheur.

— Si ça peut te rassurer, tu n'auras pas à les manger.

Ludivine se dirigea vers la haie, attrapant une baie blanche, luisante, qu'elle ouvrit en deux. Un liquide tout aussi blanc en sortit, et Ludivine sourit de satisfaction. Elle en cueillit une pleine poignée avant de retourner auprès de James qui l'avait suivie d'un regard impassible.

Il la laissa faire tandis qu'elle lui attrapait le poignet. Ils s'installèrent au bord de la rivière, et Ludivine s'enquit de détacher le morceau de tissu. James porta sur elle un regard profond tandis qu'elle attrapait de l'eau pour rincer la plaie.

Le sang séché commençait à disparaître, et elle pinça ses lèvres de colère en voyant les coupures profondes créées par l'entaille. Le sortilège avait été lancé pour blesser sévèrement, et James pouvait s'estimer chanceux de l'avoir en partie dévié.

Elle approcha le jus de baie de la blessure où s'écoula le liquide, se frayant un chemin dans les fissures provoquées par la coupure. Il finit par se solidifier, formant une couche blanche qui soulagea James, au soupir qui franchit ses lèvres.

— Tu sens son pouvoir de cicatrisation ? demanda-t-elle.

— C'est limite agréable, s'étonna James, bien plus que les sortilèges de guérison qui tirent la peau.

— C'est normal, c'est une magie naturelle.

Ludivine regardait ce pansement se créer, émerveillée par la magie qui habitait la nature de la forêt. C'était une magie si belle, si vertueuse. Elle ne voyait pas le regard que James avait porté sur elle. Enfin, elle le sentait, mais agissait comme si elle ne voyait rien.

— La guérison est un art qui te fascine, marmonna-t-il.

— C'est la magie qui me fascine, le corrigea-t-elle doucement.

Ludivine releva la tête, partageant un sourire amical avec James. Il allait répliquer quelque chose, mais s'interrompit lorsqu'un rayon de lumière apparut plus loin, près de la haie. Ludivine suivit son regard, et un sourire se forma à cette vision.

— La dernière flamme, marmonna-t-elle avec ébahissement.

— On l'a trouvée, sourit James avec fierté, encore une fois tes connaissances nous ont sauvés, Hendell.

Ludivine gratifia le sorcier d'un regard doux tandis qu'il se levait. Elle n'avait pas eu le temps d'appliquer les baies à ses propres brûlures et au visage du sorcier, mais elle consentit à attendre. James lui tendit une main, qu'elle prit cette fois sans aucune hésitation. Elle le laissa utiliser sa force pour la relever avec aisance avant de la guider vers la flamme.

— A toi l'honneur, Potter, sourit-elle, car tu as eu la sagesse d'accepter de te faire soigner.

James choisit d'ignorer la moquerie qui teintait sa voix, portant sa main sous la flamme tandis que Ludivine glissait ses doigts dans ceux de James. Ils attendirent quelques secondes, mais rien ne se passa. La flamme, dont la lumière ne pouvait être plus éblouissante, ne semblait pas réagir. Le regard de James changea tandis qu'il lâchait la main de Ludivine.

— Il n'y a pas de magie, grinça-t-il.

— Pourtant, la flamme est apparue, protesta Ludivine.

— Elle est apparue, siffla James avec impatience, mais sa magie ne fonctionne pas ici.

— Et que fait-on maintenant, maugréa-t-elle, on ne peut pas la déplacer.

— Je n'en sais rien, Hendell ! s'exclama James avec colère. Si proche du but, merde !

Ludivine l'empêcha de continuer, posant une main ferme sur sa bouche pour l'inciter à se taire. Ce qu'il fit immédiatement sous la surprise. Ce ne fut que lorsqu'il suivit du regard l'endroit qu'elle indiquait qu'il comprit.

La biche, qui auparavant se délectait de baies, avait disparu, laissant place à une licorne. Une licorne argentée, majestueuse, dont la robe indiquait la jeunesse. Sa crinière, soyeuse et moirée, se mariait parfaitement avec sa corne de la même couleur. Elle était étincelante.

— Elle est magnifique, marmonna Ludivine avec fascination.

— Que fait-elle ici ?

— Cette clairière non-magique doit être un sanctuaire.

— Les licornes sont sources de magie, se souvint James.

Son regard changea alors que la licorne commençait à sentir les différentes baies qui se trouvaient dans le buisson. IL choisit de s'approcher, mais fut interrompu par Ludivine qui l'arrêta en attrapant son avant-bras.

— C'est une créature sacrée, Potter, elle n'est pas là pour servir nos intérêts !

— Je ne lui veux pas de mal, protesta James en se dégageant de son emprise.

— Toucher une licorne se mérite ! le récrimina-t-elle en tentant d'attraper de nouveau le bras du sorcier qui l'évita.

Ludivine fulminait. Elle n'arrivait pas à croire que le Gryffondor serve son intérêt auprès d'une créature aussi pure, aussi magique qu'une licorne.

James avançait de nouveau avec agilité. Son pas était léger, ses mouvements minutieux, et elle se souvint soudain qu'elle faisait face à l'un des meilleurs joueurs de Quidditch de la décennie. Cependant, lorsqu'il tenta de caresser la licorne, celle-ci recula d'un pas, plantant son regard bleu dans celui noisette du sorcier. Elle refusait de se laisser approcher.

— Elle doit sentir que tu veux sa magie, ricana Ludivine en s'approchant prudemment, que tes intentions ne sont pas assez pures.

— Les tiennes le seraient-elles plus ? siffla froidement James.

Ludivine ne répondit rien, continuant d'avancer vers la licorne. Elle était hypnotisée par sa beauté de la créature. La façon dont l'air virevoltait autour d'elle la fascinait. C'était comme si l'espace et le temps avaient ralenti, comme si les particules mettaient plus de temps à se déplacer. C'était de la pure magie qu'elle avait sous les yeux, elle n'en avait jamais vu de telle.

Elle s'approcha encore légèrement, craignant que la licorne ne recule comme elle l'avait fait avec James, mais il n'en fut rien. Elle resta immobile devant Ludivine qui se tint fébrilement. La créature abaissa sa crinière argentée, indiquant à la sorcière qu'elle se laissait caresser.

Ludivine hésita à s'approcher de nouveau, mais l'immobilité de la licorne l'incita à tendre le bras. Elle posa ses doigts sur la crinière argentée, et un sentiment d'exaltation la parcourut. Un sourire sincère franchit ses lèvres, se transformant en rire épanoui. La créature venait de lui faire confiance.

Ludivine allait reculer, retirant sa main, mais la licorne l'en empêcha. Elle mit sa corne en avant et Ludivine comprit le message. Elle la caressa d'un geste prudent et délicat, et sa main se teinta d'une poudre blanche qui illuminait ses doigts.

— De la magie, marmonna-t-elle.

Lorsqu'elle releva la tête vers James, elle constata que ce dernier n'avait pas porté son attention sur sa main brillante. Il l'avait observée interagir avec la licorne, le regard rivé sur Ludivine. Elle était incapable de déchiffrer ce regard, ou peut-être se le refusait-elle. L'intensité de ses iris noisette était si profonde, si ardente, qu'elle sentit des palpitations au niveau de sa poitrine.

— Elle t'a acceptée, constata-t-il.

— Elle a vu que je ne voulais pas sa magie, marmonna Ludivine.

— Alors elle t'en a donné.

Le regard de James changea, retrouvant une lueur de détermination que Ludivine lui connaissait si bien. Ils avaient retrouvé de la magie, et pouvaient maintenant utiliser la flamme. D'un signe de tête, il lui indiqua qu'il était temps pour eux de retourner vers celle-ci.

Cependant, il ne restait plus rien de la flamme qu'ils avaient laissée. Elle avait perdu sa lumière orangée, et rayonnait maintenant d'un étincellement doré. Plus petite, elle était d'autant plus éblouissante et dégageait une chaleur qui remplit leur cœur d'un sentiment de légèreté.

— Une flamme dorée, s'exclama James avec fascination.

— Qu'est-ce qu'elle signifie ?

— Je n'en ai pas la moindre idée, admit-il en lui prenant délicatement la main, mais laissons-la nous ramener à la maison. À toi l'honneur, Hendell.

Ludivine échangea un sourire entendu avec James. Sa main brillante de poussière de licorne entra en contact avec la flamme dorée, les transportant dans un halo de chaleur.


Lorsque Ludivine aperçut la lisière de la forêt interdite, ses pieds prenant contact avec l'herbe du parc, un sentiment de soulagement la submergea. James était à côté d'elle, et d'un regard circulaire, elle constata que plusieurs équipes étaient déjà arrivées. Parmi elles, Scorpius et Acca.

Après un regard entendu avec James, elle se précipita vers son amie qui était assise sur une chaise, prise en charge par une médicomage. Elle courut si vite, ignorant la douleur de sa cheville, qu'elle eut du mal à freiner tandis qu'elle s'agenouillait abruptement près d'Acca.

— Comment vas-tu ? s'enquit-elle.

— Je vais bien Lud, répondit Acca dans un rire, je n'ai rien qui ne se soigne pas.

— Tu devrais dénoncer Rowle.

— Hors de question, répliqua Acca, je n'accepterais pas qu'on me pense faible !

Ludivine garda le silence, consciente qu'elle ne pourrait pas forcer son amie à aller dénoncer le gredin, même si ce n'était pas l'envie qui lui manquait de le faire elle-même. Elle imaginait qu'ils avaient dû jouer le coup à plusieurs équipes, et qu'ils en ressortaient gagnants si personne ne les dénonçait.

Ignorant cette pensée, Ludivine sourit tendrement à son amie tandis qu'autour d'elles, le nombre d'équipes présentes augmentait au fil des minutes.

— On a réussi l'épreuve, sourit Acca.

— Pas suffisamment rapidement, maugréa Ludivine. Potter et moi n'entrons même pas dans les dix premiers.

— L'écart de temps entre les équipes est très faible, lui dit Acca pour la rassurer, ce n'est pas dans cette épreuve qu'on verra un réel différentiel de points.

Ludivine garda le silence, ne souhaitant pas expliquer à son amie qu'elle se fichait que l'écart soit faible, tant qu'elle n'était pas parmi les premiers. Mais elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même, un grand nombre des décisions inutiles était de son fait.

— C'est Potter qui a utilisé de la magie sans baguette pour attaquer Travers, n'est-ce pas ? demanda Acca d'un ton qui n'attendait pas de réponse.

— Il peut être surprenant, se contenta de sourire Ludivine.

— On ne serait pas arrivés au bout de l'épreuve sans votre aide.

Acca échangea un regard doux avec Ludivine, qui le lui rendit sans hésitation.

— Où est Scorp ? demanda Ludivine.

Acca releva la tête, le montrant d'un mouvement de menton. Scorpius approcha d'un pas rapide, et un sourire enchanté s'installa sur ses lèvres lorsqu'il vit Ludivine se tourner vers lui.

Il ouvrit ses bras à Ludivine qui s'y logea sans hésitation. La force que Scorpius mit dans leur câlin la détendit, c'était comme si les choses ne pouvaient qu'aller mieux maintenant.

— Tout va bien ? demanda-t-il d'un ton bas.

— C'est le cas maintenant que je t'ai vu sourire, rigola-t-elle.

Scorpius éclata d'un rire fin, s'éloignant de la sorcière pour passer une main dans ses cheveux blonds. Il semblait bien plus apaisé qu'auparavant et elle était rassurée de retrouver l'expression sereine de son ami.

Plusieurs équipes revinrent d'un coup. Parmi elles, Liz. Elle repéra Ludivine et accourut vers elle après avoir murmuré quelque chose à Rose qui essuyait du sang sur sa main.

Liz attrapa les mains de Ludivine, analysant chaque trait de son visage avec attention. Constatant qu'elle n'avait pas de blessure visible, Liz se tourna vers Acca, s'agenouillant à côté d'elle.

— Tout va bien, Lizzie, rigola Acca, arrête de t'inquiéter !

— Des participants ont tenté de voler l'une de nos flammes, informa Liz avec irritation, et j'ai cru comprendre que nous n'étions pas les seules.

— Que s'est-il passé ? s'enquit Acca qui se leva aussitôt de sa chaise pour s'assurer, à son tour, que son amie n'était pas blessée.

— Je vais bien, affirma Liz. Rose et moi avons réussi à nous enfuir avec l'aide de Fred Weasley.

La discussion tourna aussitôt sur les embuscades fomentées par certains sorciers, et Ludivine fut happée par l'échange alors que Acca racontait leur propre expérience.

Un bon quart d'heure passa avant que les dernières équipes ne soient rappelées une fois le temps imparti écoulé. Certains participants étaient en meilleur état que d'autres, et plusieurs médicomages prenaient déjà soin des plus grands blessés.

— Jeunes gens, s'exclama soudain l'auror Robards, nous constatons que les équipes sont maintenant toutes de retour et allons donc bientôt annoncer le classement de cette épreuve.

Ludivine se mit à chercher James. Il rigolait à gorge déployée avec Fred et William qui semblaient en plein récit palpitant, mais il détourna son attention d'eux quand il sentit le regard de Ludivine. Les médicomages avaient bien fait leur travail sur lui, il avait retrouvé toute sa beauté.

James l'incita d'un signe de tête à le rejoindre, ce qu'elle fit en ignorant l'expression amusée de Liz et Acca.

— Je crains bien que nous n'ayons pas été si bons, déplora-t-elle avec prudence alors qu'elle approchait.

— Je suppose que nos choix en valaient le coup, répondit James avec un sourire prévenant.

— Je promets de ne pas laisser mes états d'âme prendre le pas sur notre objectif durant la deuxième épreuve, dit Ludivine dans un petit rire.

— Quel dommage, marmonna James avec humour, je commençais pourtant à apprécier la sorcière attentionnée que j'ai découverte.

Ludivine se sentit rougir tandis que James arborait un air narquois. Il allait ajouter autre chose mais fut interrompu par l'auror Robards qui faisait apparaître un immense panneau sur lequel étaient affichées les 46 équipes. Ludivine repéra rapidement son nom et celui de James.

— Jeunes gens, reprit-il, comme nous l'avons expliqué en début d'épreuve, l'objectif était de revenir avec trois flammes. Chacune de ces flammes représente 50 points comptabilisés pour le classement.

A cet instant, des chiffres défilèrent à côté de chaque équipe. Au fil des secondes, les chiffres finirent par s'arrêter au nombre 150 pour 39 équipes.

— Vous êtes nombreux à avoir obtenu les trois flammes, constata l'auror Robards avec un sourire. Ensuite, un classement a été effectué sur le temps d'arrivée, indépendamment du nombre de flammes récupérées. Pour chaque temps inférieur au suivant, 10 points ont été attribués.

Ludivine regarda les chiffres défiler de nouveau, retenant son souffle tandis que le classement se redéfinissait. Étant arrivés parmi les quinze premiers, c'était plus de 280 points qu'ils gagnaient. Mais ce n'était pas suffisant. Lorsque le nombre à côté de leurs noms s'afficha, Ludivine sentit un pincement au cœur tandis que James posait une main sur son épaule. Autour d'eux, des exclamations de joie commençaient à se manifester.

— Douzièmes avec 430 points, constata James placidement.

— On ne…

— Félicitations à toutes les équipes ! s'exclama l'auror Robards. Nous ne nous arrêtons bien évidemment pas maintenant, car nous avions établi des règles qui n'ont pas été respectées par toutes les équipes. Nous déduisons donc 20 points pour chaque transgression par équipe.

Ludivine vit certaines équipes perdre des points, 20 pour certaines, 40 pour d'autres, redéfinissant le classement. Ludivine grinça des dents en constatant qu'une seule infraction avait été relevée pour Rowle et Travers qui perdaient seulement 20 points.

Aux discussions qu'ils entendirent autour d'eux, cela pouvait concerner autant une attaque inexpliquée envers une créature de la forêt qu'un manque de respect de la forêt en elle-même. Mais Ludivine et James n'écoutaient pas réellement. Tout ce qu'ils voyaient, c'était le classement qui retirait deux des équipes devant eux pour les faire remonter, eux, dans les dix premiers avec toujours 430 points.

— Dixièmes, réagit Ludivine d'une voix enrouée, on n'était pas si loin.

— Le classement commence à prendre sa forme finale, sourit l'auror avec engouement, mais il reste encore quelques points à distribuer qui devraient marquer une différence. Certains d'entre vous ont obtenu une flamme argentée. Cette flamme s'est présentée à ceux qui avaient fait preuve d'une intelligence particulière durant cette épreuve. Pour ceux qui l'ont récupérée, elle représente 100 points.

De nouveau, les chiffres défilèrent mais uniquement à côté de six équipes, dont celle de Liz et Rose qui passait de la 17ème à la 7ème place. Ludivine ne put retenir un sourire de fierté, même si cela signifiait qu'elle passait maintenant à la onzième place.

— Et enfin, certains ont obtenu une flamme dorée. Cette flamme s'est présentée à ceux qui avaient fait preuve d'une force magique particulière durant cette épreuve.

Un silence s'installa tandis que l'auror Robards souriait avec malice. Ludivine et James, conscients qu'ils avaient eux-mêmes obtenu une flamme dorée, échangèrent un regard rempli d'un espoir dont ils auraient presque pu avoir honte.

— Cette flamme, conclut l'auror, représente 150 points.

A l'instar de deux autres équipes, les chiffres se mirent à défiler. Le 430 franchit en quelques secondes la barre des 500 jusqu'à atteindre 580. Ils venaient de passer devant l'équipe de Lucas Zabini et Ethan Nott ! Ils leur étaient passés devant, de dix points.

— Et bien, je crois que nous tenons notre classement, s'exclama l'auror Robards, félicitations à tous !

Des applaudissements retentirent dans tout le parc, mais Ludivine ne les entendait pas. Les yeux rivés sur le panneau, elle continuait de regarder la position de leurs noms, tout en haut du tableau. Ils étaient premiers.

À cette réalisation, un rire nerveux et incontrôlable franchit ses lèvres. C'était un rire rempli de fierté, rempli de joie. Un rire de satisfaction et de réalisation. L'ascenseur émotionnel redescendait, tout comme la pression, et son rire était radieux.

Avant qu'elle ne le comprenne, des bras vinrent entourer ses épaules, et elle reconnut aussitôt la carrure de James. Lui aussi rigolait avec euphorie, accompagné par Fred et William, et Ludivine s'autorisa à accompagner cet enthousiasme en répondant à l'étreinte. Alors elle posa sa tête dans le creux de l'épaule de James et passa ses bras autour de son torse.

James resserra une dernière fois sa prise avant de la lâcher, portant sur elle un regard indéchiffrable, dans lequel elle décela presque de la tendresse. Scorpius, Acca et Liz s'étaient approchés d'eux et discutaient avec Fred et William dans une euphorie qui allégeait les cœurs, mais aucun de leurs amis ne vint interrompre leur échange.

— C'était agréable de relever ce défi avec toi, lui dit-il avec douceur.

— On a fait preuve d'une fluidité dont je ne nous aurais pas crus capables, reconnut-elle.

— Moi, je n'en avais aucun doute, affirma James.

Ludivine afficha un regard surpris, même si elle ne pouvait pas retenir le sourire amusé qui s'installait sur ses lèvres. L'assurance du Gryffondor la touchait, mais elle n'était pas naïve. Ils n'étaient pas faits pour s'entendre et rien ne garantissait au départ que ça aurait été le cas.

— Peut-être un léger doute en découvrant ton caractère d'Hippogriffe, rigola finalement James après quelques secondes de silence, mais très léger.

Ludivine éclata d'un rire chantonnant. Elle sentait une telle allégresse la parcourir qu'elle pourrait ne jamais s'arrêter de rire. Ils étaient arrivés premiers. Et aussi étrange que cela pouvait paraître, aucune de leurs décisions ne s'était faite dans la contrainte pour l'un, ou le désaccord pour l'autre. Ils s'étaient soutenus et avaient avancé ensemble.

Ils échangèrent un regard complice, avant que leur moment ne soit interrompu par leurs amis. Liz et Acca s'étaient approchées de Ludivine, la félicitant avec enthousiasme avant de la prendre chacune dans leurs bras. Fred et William firent de même avec une tape dans l'épaule de James, affirmant avec force qu'ils n'avaient jamais douté de lui. Scorpius se joignit au mouvement général, prenant une nouvelle fois Ludivine dans ses bras en chuchotant des félicitations.

— Je n'avais aucun doute, lui murmura-t-il dans l'oreille, et ça me rend encore plus fier de toi.

Ludivine le remercia avec émotion alors qu'il la relâchait. Scorpius lui fit un sourire, passant une main dans les cheveux de Ludivine pour les ébouriffer. Ce geste, si naturel pour Scorpius et marque de son affection pour elle, la combla.

— Et si on allait annoncer la nouvelle à Al et fêter ça avec lui ? proposa Scorpius.

Le sourire de Ludivine se renforça en pensant à Albus. Il allait être si fier d'elle !

Elle hocha la tête, faisant un signe à Liz et Acca de venir avec eux avant de saluer les trois Gryffondor d'un geste de la main. Ils se mirent en marche, et Ludivine commença à écouter ce qu'il s'était passé pour Scorpius et Acca une fois la flamme récupérée.

— Hendell !

Ludivine s'arrêta tandis que Scorpius, Acca et Liz continuaient d'avancer et elle se tourna vers James qui approchait d'un pas rapide. Il arborait un sourire narquois, et elle se demanda ce qu'il avait en tête.

— Je t'écoute, Potter.

— Tu te souviens, demanda James avec une légère hésitation, t'avoir dit que je n'aurais pas la prétention d'affirmer te connaître suffisamment ?

Ludivine hocha la tête, l'interrogeant du regard. James sourit de nouveau, jetant un regard circulaire autour de lui avant de s'approcher dangereusement d'elle. Il ne se tenait plus qu'à quelques centimètres, et Ludivine sentit ses joues chauffer quand le souffle brûlant de James caressa sa peau.

— Je retire ce que j'ai dit, lui murmura-t-il sur le ton de la confidence, maintenant que je t'ai vue passer par toutes les émotions imaginables.

— Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Ludivine dans un froncement de sourcils car elle ne comprenait pas où le sorcier voulait en venir.

— Je savais bien que tu cachais de la sensibilité derrière cet air indifférent, souriait James avec assurance. Durant cette épreuve, je t'ai vue t'inquiéter pour une créature qui pouvait te vouloir du mal, t'énerver parce que l'on touchait à ceux que tu aimes, être frustrée d'être impuissante devant la douleur de quelqu'un, énuméra-t-il, et je pense maintenant pouvoir dire que je te connais.

— On ne connaît jamais vraiment les gens, Potter, argua Ludivine qui sentait une boule se former dans son estomac à l'idée qu'il puisse penser qu'elle était sensible.

— Mais on révèle tous notre vraie nature devant un symbole de magie aussi pure qu'une licorne.

Ludivine garda le silence. Elle pensa au mouvement de recul que la créature avait eu devant James, à sa démonstration de refus devant la détermination du sorcier. Elle pensa à sa propre ambition, à son envie d'un jour maîtriser suffisamment la magie de soin pour ne plus jamais connaître ce désespoir qui l'avait parcourue face aux blessures de sa mère. Rien que pour ces motivations si profondes qui lui étaient inconnues, elle considérait que James Potter ne pouvait pas prétendre la connaître.

Elle réalisait cependant qu'elle était également loin de connaître le Gryffondor, qui avait fait preuve d'une ambition dont elle n'avait pas douté, mais qu'elle n'avait certainement pas correctement mesurée. Un niveau de détermination qui avait fait reculer ce symbole de magie si pure.

Au regard qu'il posait sur elle, Ludivine comprit que James se disait la même chose.

— Ta vraie nature est ambitieuse, constata-t-elle placidement.

— Je ne te l'ai jamais caché, affirma James d'un air qu'elle trouva presque provocateur.

— En effet, se contenta-t-elle de répondre, la mine pincée.

— Mais, reprit James, je suis content de constater que c'est moins ton cas que je ne le pensais.

— Comment ça ? demanda Ludivine dans un froncement de sourcils.

— On l'a vu durant cette épreuve, lui expliqua-t-il avec malice, la magie et la détermination ne font pas tout. Il faut savoir rester humain. Et toi, tu apportes cette humanité dans notre binôme.

Ludivine ne répondit pas, mais garda une mine pincée qui renforça le sourire de James.

Elle ne savait pas comment interpréter les propos du sorcier. Elle n'estimait pas qu'il associait sa sensibilité à de la faiblesse, mais elle n'aimait pas l'idée qu'on la pense sensible. Elle aimait l'image qu'elle se faisait d'elle-même, d'une sorcière froide et distante. C'était le rempart qu'elle avait toujours réussi à construire, et l'idée qu'on parvienne à voir au-delà l'angoissait tout particulièrement.

— Ne te torture pas trop l'esprit, Hendell, dit-il en rigolant avec amusement, et apprends à reconnaître de l'affection quand on t'en montre, ça t'économiserait de l'énergie.

Sur ces paroles, James fit un geste qui ne lui ressemblait absolument pas. Il approcha sa main du visage de Ludivine, lui ébouriffant les cheveux comme Scorpius avait l'habitude de le faire avant de replacer délicatement une mèche derrière son oreille.

Puis il lui fit un dernier sourire avant de se tourner vers Fred et William, à qui il indiqua d'un regard qu'il retournait au château, les deux sorciers sur ses pas.

Quant à Ludivine, elle resta abasourdie avant de reprendre ses esprits. Elle se tritura les méninges quelques secondes, avant de secouer sa tête comme si elle souhaitait retirer les propos du sorcier de sa tête. Autour d'elle, le parc s'était déjà vidé, et Ludivine suivit le mouvement général alors qu'elle reprenait sa marche en direction du château. Elle était bien décidée à ne pas laisser son partenaire semer le doute dans son esprit.