Chapitre 14 – Un instant de lucidité
Quatorze. C'était le nombre d'élèves qui avaient candidaté au poste vacant de poursuiveur de Serpentard. Sept. C'était le nombre de candidats qui avaient été retenus lors de la première phrase de sélections. Six. C'était le nombre de joueurs qui étaient revenus pour la deuxième phase. Trois. C'était le nombre de concurrents qu'Albus avait souhaité revoir pour son choix final et qui se tenaient à cet instant au-dessus de Ludivine.
Les deux sorciers et la sorcière virevoltaient dans les airs, dans l'attente des prochains mots d'Albus. Ce dernier venait de se positionner face aux trois candidats. Son visage était fermé, et elle avait conscience que la clarté des iris verts du jeune Potter renforçait la dureté de son expression.
A côté de lui, le sourire carnassier de Scorpius montrait son impatience de voir comment finirait ce qu'il avait qualifié la veille de « carnage ». Maximilien Miller se tenait de l'autre côté d'Albus, sa batte à la main tandis qu'il analysait chaque joueur d'un air circonspect. Ce n'était pas un jury chaleureux qui accueillait les candidats, mais c'était une façade.
Assise dans les gradins, Ludivine observait à moitié les sélections. Elle était venue pour faire plaisir à Albus et Scorpius, qu'elle attendait pour aller déjeuner ensuite à Pré-au-Lard, mais elle était principalement absorbée par les Mémoires de Tiberio Simolion, géomancien reconnu.
Depuis que la première épreuve avait pris fin, deux semaines plus tôt, elle avait passé une bonne partie de son temps à lire des ouvrages pour étoffer sa culture générale, ses connaissances, son savoir. Elle avait passé la majeure partie de son temps à étudier et à pratiquer la magie élémentaire, consciente qu'il lui fallait renforcer sa puissance magique et ses réflexes. Et même si les progrès étaient encore minimes, ils avaient le mérite d'exister.
— Merci à tous d'être présents, commença Albus d'une voix claire et forte. Maintenant que nous sommes tous échauffés, nous allons pouvoir rentrer dans le vif du sujet. Les deux dernières fois, nous avons testé vos compétences, vos réflexes et votre endurance physique. Cette fois, nous allons voir comment vous vous adaptez à une équipe constituée sur le tas, soit vous trois.
Les trois sorciers échangèrent un regard surpris à l'idée de devoir faire équipe plutôt que de s'opposer, et Albus afficha un sourire mutin en constatant qu'il obtenait les réactions attendues.
— Comme les autres fois, reprit-il, Scorpius s'assurera que vous vous ridiculisiez en essayant de marquer des points, et Maximilien fera tout pour que vous rentriez au château en boitant. Dans cette équipe, on se soutient, mais tant que vous n'en ferez pas partie, il n'y aura pas de quartier.
Ludivine leva les yeux au ciel en entendant la sécheresse d'Albus. Elle oubliait que le capitaine qui sommeillait en lui pouvait être impitoyable. Il était autoritaire et intraitable, et les trois candidats le sentirent car ils échangèrent un regard déterminé et compétitif. Elle sentait que ces essais allaient donner lieu à de belles performances.
— Il en fait trop, n'est-ce-pas ?
Ludivine ne cacha pas sa surprise quand elle se tourna et reconnut Lily Potter. D'une taille moyenne, la jeune sorcière avait couvert ses cheveux roux d'un bonnet noir et avait rentré ses mains dans les poches de sa veste. Elle rayonnait par son regard vif et son sourire amical, mais Ludivine savait reconnaître la méfiance dans les yeux d'une personne. La sorcière, du haut de son mètre soixante, l'analysait.
— L'insigne fait de lui une autre personne, continua Lily.
— C'est le terrain qui fait de lui une autre personne, corrigea Ludivine en reportant son attention sur les joueurs qui discutaient de la tactique à tenir face à Scorpius qui prenait place devant les anneaux.
Elle sentit le sourire de Lily plus qu'elle ne le vit, et elle se demanda ce qu'elle lui voulait. Elles avaient certes déjà interagi dans des dynamiques de groupe, mais Lily Potter n'avait jamais fait un pas vers Ludivine, et inversement.
Lily s'installa à côté d'elle, portant également son attention sur les sélections. Les trois sorciers se passaient le Souafle, évitant le Cognard, jusqu'aux anneaux où Scorpius attendait avec concentration tandis qu'Albus analysait le jeu d'un regard inflexible.
Un silence s'installa, et Ludivine se retint de soupirer. Petite sœur d'Albus ou non, elle n'était jamais à l'aise avec quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
— Tu dois en avoir marre de l'entendre, reprit Lily tandis que Scorpius interceptait un lancer avec son pied, mais félicitations pour l'épreuve. Mon frère et toi avez assuré.
— Merci, répondit Ludivine en constatant que Lily la regardait maintenant avec retenue. Je préfère ça aux regards désagréables que je reçois depuis que James et moi nous sommes mis en équipe.
Il était vrai qu'elle avait reçu de nombreuses félicitations, par la directrice, par certains professeurs en début de classe, et par de nombreux élèves. Chaque fois était plus gênante que la précédente, mais ce n'était rien par rapport aux regards hostiles et aux chuchotements qui n'avaient cessé à leur passage. Ils s'étaient même renforcés, et Ludivine savait pourquoi. Parce que James avait changé son comportement vis-à-vis d'elle.
Le Gryffondor gardait toujours cette retenue qui le caractérisait tant, mais il semblait avoir décidé qu'ils étaient officiellement partenaires. Il semblait avoir franchi un stade de confiance, car il n'hésitait plus à l'aborder et à discuter avec elle, du beau temps comme du concours, que cela se fasse en privé ou en public. Il ignorait les regards tournés vers eux, et faisait l'impasse sur la gêne de Ludivine qui ne semblait voir que ça.
Elle n'avait jamais fait aucune remarque, car elle appréciait échanger avec le sorcier qui était un fin stratège. Comme son frère, il analysait, déduisait, et élaborait des stratégies imbattables. Ludivine, qui n'avait pas de telles compétences, appréciait cet aspect. Ce qu'elle appréciait moins était les barrières qui semblaient avoir sauté entre eux, et les conséquences que cela impliquait pour elle.
— Ça ne semble pas déranger James, dit Lily en haussant les épaules.
— C'est parce que ton frère est arrogant, maugréa Ludivine, il aime l'attention qu'on lui porte.
Un sourire amusé fendit les lèvres de Lily, et Ludivine sentit qu'elle venait de marquer des points.
— Tu sais qu'il n'a que des éloges à ton sujet ?
— Pourtant, il ne me cache pas à quel point je peux lui être pénible.
— Lui aussi peut l'être, approuva Lily.
— Oh que oui ! s'exclama Ludivine, et je ne me cache pas pour le lui dire également.
Lily sourit discrètement tandis que Ludivine reportait son attention sur l'un des candidats qui venait de se prendre le Cognard au poignet, lâchant le Souafle que la sorcière récupéra. Impassible, Albus regarda le sorcier gémir quelques secondes avant de se reprendre et de faire signe aux deux autres de continuer tandis qu'il se repositionnait. Ludivine ne retint pas un sourire, appréciant le comportement du candidat.
— En quoi puis-je t'aider ? demanda-t-elle finalement.
— Tu l'as déjà fait ! s'exclama Lily avec entrain, je reste par curiosité.
— Tu venais t'assurer que je trouvais bien ton frère pénible ?
Le sourire de Lily montrait une douceur que Ludivine avait déjà vue chez elle, mais elle décelait également de la prudence dans son regard. Il n'y avait pas d'animosité, et Ludivine estimait qu'il n'y aurait aucune raison d'en avoir, mais il régnait une atmosphère incommodante qu'elle ne comprenait pas.
— Mes frères et moi sommes nos propres garants, lui expliqua Lily d'une voix distante.
— Aurais-tu le moindre soupçon que je n'abuse de James, répondit Ludivine avec perplexité, alors qu'Albus est mon meilleur ami depuis cinq ans ?
— Je ne te connais pas suffisamment pour ne pas avoir ce soupçon, confia Lily. Et l'amitié n'a pas empêché mes grands-parents de mourir par trahison.
Le regard de Ludivine se durcit face au sous-entendu de la jeune Potter. Elle décelait une hostilité qu'elle ne lui avait jamais connue et Ludivine eut le sentiment d'être la première venue. Mais après tout, n'était-ce pas le cas compte tenu de la distance qu'elle avait toujours mise entre elle et les Potter ?
— Ne te méprends pas sur mes intentions, reprit Lily, je ne me méfie pas de toi. Je me disais simplement qu'il était temps que l'une de nous deux fasse le premier pas vers l'autre.
Ludivine garda le silence, consciente qu'elle jetait maintenant un regard désobligeant à la jeune sorcière qui ne semblait pas s'en incommoder. Son expression s'était adoucie, et Ludivine se força à faire de même tandis que Lily reprenait la parole.
— Nous étions tous très jeunes quand tu es devenue amie avec Albus, et toute la famille a respecté ta volonté de ne pas être associée à nous. Je peux te dire que ça en a titillé plus d'un de ne pas pouvoir jauger cette sorcière en qui Albus plaçait toute sa confiance.
— Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui ? demanda Ludivine.
— Nous ne sommes plus des enfants, répondit Lily placidement, et il devient difficile de comprendre pourquoi personne dans notre famille ne te connaît.
— Je n'ai pas à justifier mon choix, argua Ludivine dans un souffle, et ton intervention me le confirme. Votre manie de vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ne me plaît pas.
— Tu ne peux, dans ce cas, te surprendre de ma méfiance, répondit Lily en haussant les épaules comme si l'avis de Ludivine ne l'affectait pas.
Ludivine voulut répondre quelque chose, mais elle fut interrompue par une exclamation enjouée au-dessus d'elle. Elle releva la tête pour constater que les trois candidats avaient réussi à marquer des points et que Scorpius et Albus échangeaient maintenant un sourire complice. Les sélections étaient terminées, Albus avait fait son choix. Quant à Lily Potter en face d'elle, elle s'était fait son avis.
— James n'est pas du genre à faire des éloges, reprit Lily avec sérieux, mais surtout, il ne fait confiance à personne. Personne.
Un sentiment étrange traversa Ludivine à l'idée d'entendre que James Potter faisait difficilement confiance. Elle n'avait jamais eu besoin d'échanger avec lui pour le savoir. C'était de famille. Tout ce qu'elle savait, c'était que ses intentions à elle n'avaient jamais changé entre le jour où elle était devenue amie avec Albus et celui de sa victoire avec James.
Ce besoin de se justifier dérangeait Ludivine. Elle ne devait aucune explication, et Lily dut le comprendre lorsque Ludivine se leva, récupérant son livre avant de se tourner vers la Gryffondor.
— Ton frère me fait confiance car il a compris que je veux autant remporter ce concours que lui, dit-elle d'une voix implacable.
— Tu n…
— Potter ou non, l'interrompit Ludivine, je ne te dois aucune explication. Je comprends tes intentions, et te laisse comprendre ma réaction.
Une seconde plus tard, elle s'était déjà éloignée.
Ludivine n'était pas partie loin. Elle s'était installée à côté des vestiaires et attendait patiemment qu'Albus et Scorpius se changent. Plongée dans son livre, elle s'efforçait d'éloigner de son esprit les paroles qu'elle venait d'échanger. Elle était consciente que son comportement n'avait pas joué en sa faveur et que la sorcière devait maintenant lui être réellement hostile, mais elle s'en fichait. Elle se protégeait.
— Pensive, Lud.
Ludivine releva la tête, constatant que Scorpius s'était approché et la surplombait d'un regard narquois. A côté de lui, Albus passait une main dans ses cheveux pour les essorer. Lorsque leurs regards se croisèrent, un sourire authentique s'afficha sur les lèvres du brun tandis qu'il s'approchait d'elle, passant un bras autour de ses épaules avant d'embrasser ses cheveux avec affection.
— Tu es restée durant toutes les sélections, lui dit-il avec une surprise non feinte.
— Je voulais voir si tu faisais le bon choix, sourit Ludivine, même si j'appréciais quand même la parité qu'il y avait dans l'équipe auparavant.
— On se rattrapera en septembre, s'engagea Albus.
Le sourire de Ludivine s'agrandit tandis qu'Albus et Scorpius échangeaient un regard amusé avant de décider qu'il était temps de rejoindre le reste des élèves qui profitaient d'Halloween au village sorcier.
Albus ajusta le bras qu'il avait passé autour des épaules de Ludivine tandis que Scorpius marchait à côté d'eux.
— Je vous préviens, dit celui-ci, je veux un gros burger ! Je suis affamé.
— Tu l'es tout le temps, se moqua Ludivine.
Scorpius se contenta de sourire tandis qu'Albus commençait à expliquer les raisons derrière son choix. L'observation et la résilience, expliqua-t-il. Le temps que le sorcier prenait pour observer son environnement, l'œil qu'il gardait toujours sur Maximilien et son Cognard, sa mobilité constante, étaient des réflexes nécessaires à un bon poursuiveur. Sa rigueur malgré son essoufflement, son silence malgré son poignet foulé, sa détermination à marquer un but, c'était un état d'esprit essentiel à un joueur de Quidditch.
Ludivine approuvait son choix, même lorsque Scorpius regretta le manque de souplesse et d'endurance du sorcier. La souplesse et l'endurance se travaillent, argumentait Ludivine tandis qu'Albus et Scorpius ricanaient en confirmant vigoureusement que c'était bien ce qu'ils prévoyaient de faire.
Pré-au-Lard était décoré pour l'occasion, et Ludivine se perdit dans son observation tandis qu'Albus et Scorpius débattaient avec animation sur les avantages d'avoir un nouveau poursuiveur en pleine saison dont les adversaires ne connaîtraient pas le jeu.
A cet instant, elle ne pouvait que se réjouir de voir l'excitation sur son visage. Disparu, le désespoir qu'il avait ressenti lorsque Olivia Flint avait quitté l'équipe. C'était maintenant de l'impatience et de l'engouement à l'idée d'utiliser l'effet de surprise d'un nouveau joueur, notamment contre le futur vainqueur du match Gryffondor-Serdaigle qui aurait lieu dans quelques jours.
— Je ne sais pas à quand remonte la dernière fois que tu as parlé Quidditch pendant aussi longtemps, se moqua Scorpius tandis qu'ils s'installaient à l'intérieur du Gallion Chauffant qui abritait de nombreux sorciers pour le déjeuner.
— Je vous écoute principalement, argumenta Ludivine.
— Mais je ne t'ai pas encore vue lever les yeux au ciel, ricana Scorpius en attrapant la carte qui venait d'apparaître sur la table en bois.
— C'est une stratégie pour que vous m'invitiez à manger, sourit-elle.
Albus et Scorpius éclatèrent de rire, et elle sentit le contentement la gagner à l'idée de faire rire ses deux meilleurs amis. Le quotidien était tellement simple quand il n'était question que d'eux trois qu'il lui arrivait de regretter l'époque où rien ne comptait à part eux.
A la suite de leur victoire, James et elle avaient passé beaucoup de temps à s'entraîner. Albus et Scorpius s'étaient, eux, concentrés sur le recrutement d'un nouveau joueur, procédure de plusieurs semaines chez les Serpentard. Scorpius avait passé le reste de son temps en compagnie d'Acca, à s'entraîner également. Quant à Albus, les sélections de Flaquemare, prévues après les vacances de Noël, étaient son principal objectif.
Tous les trois avaient de nombreuses obligations, et les moments comme celui-ci étaient précieux.
— Arrête de réfléchir à la vie, Hendell, la ramena Albus à la réalité.
— Il faut bien que l'un de nous trois le fasse.
— Mais c'est qu'elle est enflammée aujourd'hui, rigola Scorpius.
Ludivine éclata d'un rire discret, consciente du regard amusé qu'ils portaient sur elle. Elle fit son choix dans la carte, et ils passèrent leur commande au serveur qui se présenta à eux. Ludivine ne fit aucun commentaire lorsque Scorpius demanda un triple burger aux quatre viandes et qu'Albus commanda trois bièraubeurres, mais elle s'assura qu'ils voient son sourire moqueur.
— Souhad Rimens te cherchait du regard ce matin, s'adressa-t-elle à Albus d'un ton nonchalant.
Ce dernier et Scorpius échangèrent un regard amusé, et Ludivine sut qu'elle n'était pas au courant de tout, alors elle attendit une réponse tandis qu'Albus cherchait quelque chose dans sa poche. Il en sortit un parchemin froissé qu'il lui tendit.
— Je l'ai reçu en début de semaine, lui expliqua-t-il. Elle m'explique qu'elle n'est plus avec Lams et qu'elle souhaite qu'on se revoie.
— Ce que tu as fait ?
— Hier soir, répondit Albus avec un petit sourire qui en suggérait bien plus, et je lui ai expliqué que je ne comptais pas la revoir.
Ludivine releva la tête avec précipitation, affichant un regard surpris. Scorpius arborait un sourire amusé, légèrement fier, tandis qu'Albus s'installait avec plus de nonchalance dans son siège.
— Je croyais que tu n'attendais que ça, demanda-t-elle, qu'elle quitte son copain ?
— C'était vrai, affirma Albus, il y a deux mois ! Je n'ai pas le temps pour quelqu'un qui hésite, j'ai d'autres priorités.
— Le Quidditch ! s'exclama Scorpius en tendant sa main.
— Le Quidditch ! confirma Albus en tapant dans la main tendue.
Ludivine leva les yeux au ciel, exaspérée par cette dévotion qu'ils vouaient à ce sport.
— Je ne vois pas ce qui change avec un mois plus tôt, poursuivit-elle.
— Tout, ma Lud ! sourit Albus. Jusqu'ici, j'avais l'ambition d'un jour percer dans le Quidditch professionnel alors j'ai suivi mon parcours : avoir une bonne équipe, gagner des matchs, devenir capitaine, me faire repérer. C'était l'éthique de la réussite qui me démarquait. Aujourd'hui, j'ai un objectif, défini et précis, intégrer Flaquemare et je prévois d'y consacrer toute mon énergie.
— Tu devrais comprendre de quoi il parle, Lud, intervint Scorpius, James et toi vivez la même chose.
— Exact ! surenchérit Albus. Le concours, c'est la concrétisation de votre ambition, et rien ne compte à part ça. Votre objectif définit votre quotidien, c'est pour ça que tu passes ton temps la tête dans les bouquins ou la main sur la baguette. Quant à James, je n'en parle pas, il te vénère à chaque fois qu'il repense à cette flamme dorée.
Cette idée perturba Ludivine, mais elle ne releva pas tandis qu'elle réfléchissait à ce que lui disait Albus. Elle comprenait parfaitement qu'il ne souhaite pas s'attarder sur Souhad Rimens qui l'avait fait tourner en bourrique durant plus d'un mois et dont l'éthique relationnelle n'était pas la meilleure.
— Si je dois me concentrer sur une fille, conclut Albus, je préférerais qu'elle ne me fasse pas perdre mon temps avec son indécision.
— De toute façon, s'exprima Ludivine avec une moue, je ne l'aimais pas.
— Elle ne t'a rien fait, se moqua Albus.
Ludivine émit un petit bruit de dédain, exprimant qu'elle se fichait bien de ne pas connaître la jeune femme. Son jugement était fait. Scorpius ricana tandis qu'Albus souriait discrètement.
Le serveur leur apporta leur commande, et Ludivine commença à manger en écoutant religieusement Albus et Scorpius discuter des vacances de Noël lorsque Scorpius demanda si Albus avait reçu une réponse de sa mère concernant sa venue chez les Potter.
— Je n'en ai pas besoin pour savoir que c'est bon, répondit Albus en mangeant ses frites.
— Je préfère tout de même avoir sa réponse.
— Il n'y a aucune différence pour mes parents, argua Albus, que tu restes trois ou sept jours. Tu pourrais informer la veille de notre départ que tu viens les deux semaines que ça ne les dérangerait toujours pas.
Scorpius ne répondit pas, mais ne cachait pas son mécontentement. Il préférait avoir une réponse directe de la mère d'Albus, et Ludivine pouvait le comprendre. Après tout, ni elle, ni lui n'avait grandi dans une famille nombreuse, avec un si grand entourage familial. Ils ne pouvaient pas imaginer une maison si remplie, avec tant d'allées et venues qu'une venue sans allée ne se remarquait pas.
— Tu as eu des nouvelles de ton père ? demanda-t-elle.
— Il est pratiquement sûr qu'ils ne seront pas au Royaume-Uni pour les vacances, répondit Scorpius, et je préférerais leur assurer qu'ils n'auront pas à se prendre la tête pour ma personne.
— La question ne se pose même pas, Scorp, protesta Albus, chez moi, tu es chez toi.
— Tu ne prévois pas d'aller avec eux ? demanda Ludivine.
— Ils pensent que c'est mieux pour moi si je reste ici.
La lèvre pincée, Scorpius plongea son regard dans le bois de la table, et Ludivine et Albus le laissèrent à ses pensées, respectant son intimité.
Quelques jours plus tôt, Scorpius avait eu confirmation par son père que la santé de sa mère se dégradait, et il s'était enfin ouvert à eux sur sa situation familiale. Ce n'était pas la première fois que l'état de santé de sa mère se dégradait en six années. Atteinte d'une malédiction du sang qui remontait à plusieurs générations et qui avait déjà touché plusieurs femmes de la famille Greengrass, Astoria Malefoy avait failli perdre la vie à plusieurs reprises. Et même si son état s'était amélioré à chaque fois, l'idée qu'il existe une fois de trop ne quittait l'esprit de personne. C'était bien le seul sujet qui pouvait inquiéter Scorpius dans ce monde.
Astoria se faisait suivre par un médecin aux Etats-Unis, où elle suivait un traitement à chaque fois que son état se détériorait. C'était l'utilisation de certains produits prohibés au Royaume-Uni qui amélioraient sa condition, et Astoria et Drago Malefoy prévoyaient déjà d'y passer le reste de l'année s'il n'y avait pas d'amélioration d'ici décembre.
Albus se tourna finalement vers Ludivine, conscient que Scorpius s'adresserait à eux quand il le choisirait.
— Mes parents t'invitent d'ailleurs à passer quelques jours à la maison, lui signala-t-il.
— Comme tous les ans, sourit-elle.
— Ils finiront par mal prendre ton refus.
— Ce que je peux comprendre, répondit Ludivine, mais les moments avec ma mère sont précieux.
— Tu pourrais venir un ou deux jours uniquement, suggéra Albus, en même temps que Scorpius si tu ne veux pas être au centre de l'attention.
Ludivine garda le silence, consciente qu'aucune de ses réponses ne plairait à Albus. Elle repensa à la discussion qu'elle avait eue avec Lily, qui lui avait partagé qu'elle se méfiait d'elle parce qu'elle ne la connaissait pas. Elle se demanda un instant si sa volonté de se distancier des Potter-Weasley ne donnait pas l'impression à ces derniers qu'elle avait quelque chose à cacher, à commencer par ses intentions.
— Tu penses que ta famille se méfie de moi ? demanda-t-elle soudainement.
— Parce qu'ils ne t'ont jamais rencontrée ? réfléchit Albus avant de finalement hausser les épaules. Pourquoi penserais-tu ça ?
— C'est ce que ta sœur a sous-entendu ce matin.
Albus fronça les sourcils, jetant un regard discret à Scorpius pour s'assurer que ses pensées ne le noyaient pas, avant de reporter son attention sur elle.
— Ma famille est de nature méfiante, Lud, ce n'est pas nouveau.
— Depuis quand l'est-elle avec moi ?
Albus soupira, passant une main dans ses cheveux, et Ludivine se demanda ce qu'il pensait. Il n'était pas du genre à laisser planer le doute. Puis, le regard d'Albus croisa celui de Scorpius, et elle sentit que quelque chose passait entre eux avant que le blond n'intervienne.
— C'est comme si tu oubliais parfois que tu côtoies des Potter, Lud, se moqua Scorpius, et pas un mais maintenant deux ! Tu devrais venir à Noël, suggéra-t-il, ça règlerait le sujet.
Albus sourit avec malice en constatant que Scorpius appuyait son idée, mais Ludivine hocha la tête négativement.
— Je passerai les vacances de Noël avec ma mère, dit-elle fermement, fin de la discussion.
Scorpius leva les mains en signe d'innocence en reportant son attention sur son burger, mais l'esprit de Ludivine avait déjà navigué vers d'autres horizons.
L'envie lui venait, comme de nombreuses fois ces derniers jours, de demander à Scorpius comment il se sentait, ce qu'il ressentait face aux nouvelles de ses parents, de sa mère. Elle voulait lui rappeler qu'elle était là, comme Albus, s'il souhaitait partager ses pensées, montrer sa peine, se changer les idées. Mais elle ne dit rien, consciente que son ami balayerait ses propos d'un revers de main en lui affirmant que tout allait très bien. Il s'agissait de Scorpius, après tout.
— Tu es sûre de ne pas vouloir venir boire un verre avec l'équipe ? demanda Scorpius.
— Et entendre parler Quidditch tout l'après-midi ? ricana-t-elle. On a déjà atteint mon niveau de tolérance, Malefoy.
— Tu dis ça comme s'il était haut de manière générale, se moqua Albus.
Ludivine fusilla du regard les deux sorciers qui ricanaient ouvertement.
— Désolé Lud, lui dit Albus, mais même lorsque tu faisais partie de l'équipe, tu ne supportais personne.
Ludivine ignora la remarque d'Albus pour se concentrer de nouveau sur son repas. Ce qu'il disait était vrai, et c'était bien pour cela qu'elle n'avait pas créé de nouvelles amitiés en six années. Elle ne côtoyait d'autres personnes que ses amis seulement par circonstance.
Ludivine se méfiait des autres, et n'accordait pas le bénéfice du doute aux sorciers qu'elle ne connaissait pas. Il leur fallait faire leurs preuves, et elle ne facilitait la tâche de personne. Mais elle était très lucide sur qui elle était, sur comment elle était, et d'où cela venait. Après tout, sa mère lui avait appris à garder toute information pour elle et à ne pas montrer ses émotions si elle avait le moindre doute qu'on puisse les utiliser contre elle.
Ludivine ne choisissait jamais de son plein gré de passer du temps avec des gens dont elle se méfiait, et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait changer ses croyances. Certainement pas pour faire plaisir aux autres.
— Tu viens au moins ce soir ? demanda Scorpius.
— Tu sais bien que non, soupira-t-elle, je vois Potter.
— Ah, sourit Albus, ton défi perdu !
— Je ne l'ai pas perdu ! s'exclama Ludivine avec mauvaise foi.
— Pourquoi tu ne veux pas le reconnaître ? dit Albus d'un ton railleur. Ce n'est pas si grave.
Ludivine fit la moue, refusant d'admettre sa défaite. Voilà deux semaines que les deux sorciers se défiaient, généralement en duel. Ce n'était qu'une simple compétition, mais cette fois, ils avaient parié un gage. Alors Ludivine n'avait pu qu'accepter lorsque James lui avait dit de réserver sa soirée d'Halloween.
— Si je l'admets à voix haute, répondit-elle, il l'utilisera contre moi dès que possible.
— Il n'est pas si tyrannique, répondit Albus avec un sourire qui disait le contraire.
— A quoi il joue, intervint Scorpius, à te faire rater la soirée d'Halloween ?
Ludivine haussa les épaules. Tenter de comprendre ce qu'il se tramait dans l'esprit de James Potter n'était pas une activité qu'elle appréciait particulièrement. Alors quand Scorpius émit l'idée que les enfants Potter étaient dérangés, Ludivine ne perdit pas de temps à renchérir sur cette idée, ignorant les protestations d'Albus.
Deux heures passèrent, durant lesquelles les trois sorciers discutèrent comme si rien d'autre n'existait. L'après-midi était déjà bien entamé lorsqu'ils décidèrent de se séparer. Albus et Scorpius prirent le chemin des Trois Balais où le reste de l'équipe les attendait pour fêter l'arrivée de la nouvelle recrue, et Ludivine partit en direction de Gaichiffon.
— Hendeeeeeeell ! entendit-elle sur son chemin.
Elle n'eut pas besoin de se retourner pour reconnaître la voix qui l'avait interpellée, le seul sorcier se permettant de chantonner son nom de cette façon étant Fred Weasley, deuxième du nom. Ce dernier lui fit un immense sourire lorsqu'elle se tourna vers lui.
Assis à la terrasse d'un restaurant avec James, il lui fit signe de s'approcher, ce qu'elle fit en les observant. Il n'y avait personne d'autre à cette terrasse, tous les sorciers ayant probablement préféré s'installer à l'intérieur compte tenu du vent froid d'automne qui soufflait. Les deux Gryffondor ne semblaient cependant pas se préoccuper de la température, vêtus d'une simple veste ouverte, une bièraubeurre à la main.
— Installe-toi un peu avec nous, Hendell, proposa Fred en tirant la chaise à côté de lui.
— Il fait neuf degrés, Weasley.
— On saura te tenir chaud, sourit James. Avec un chocolat chaud, ajouta-t-il avec amusement en voyant Ludivine lui jeter un regard outré.
James rigola légèrement, suivi de Fred tandis qu'elle les fusillait du regard. Au fil des semaines, elle s'était habituée aux remarques narquoises et au ton moqueur de son partenaire, qui semblait de plus en plus apprécier la mettre mal à l'aise, mais elle l'ignorait toujours royalement.
— Un jour, répondit Ludivine en s'installant toutefois, il faudra qu'on travaille ta verve pour faire rester une fille, Potter.
Le sourire de James se renforça alors qu'ils échangeaient un regard perçant, puis Ludivine reporta son attention sur Fred. Ce dernier la regardait avec la même lueur d'amusement, et elle réalisa qu'elle avait développé une certaine aisance avec les deux Gryffondor.
— M'as-tu interpellée parce que tu sais que je vais rejoindre Liz ? sourit-elle.
— Sous-entendrais-tu que j'ai souhaité te parler uniquement par intérêt ? s'offusqua Fred.
Ludivine n'était pas dupe. Elle voyait le sourire de Fred se renforcer, et son jeu d'acteur qui consistait à poser une main sur sa poitrine d'un air vexé ne fonctionnait pas. Alors ce fut un rire amusé qui franchit ses lèvres.
— Tu es un livre ouvert, Weasley.
— Je ne sais pas comment je dois le prendre, s'offusqua de nouveau Fred.
— D'aucune manière, répondit-elle en balayant sa propre remarque d'un revers de main. Viens-en au but.
Fred haussa un sourcil, amusé par la franchise de la sorcière. Il se tut un instant, avant de reporter son attention sur James qui les observait silencieusement, avec amusement.
— Si je ne connaissais pas ton caractère d'Hippogriffe, dit Fred à James, j'aurais demandé comment tu fais pour la supporter.
— La question reste légitime, répliqua James narquoisement.
— C'est vous qui avez demandé ma présence, répliqua Ludivine, et je constate que je n'ai toujours pas mon chocolat chaud.
L'aisance de Ludivine la surprenait elle-même, et elle mit ça sur le compte de la bièraubeurre qu'elle venait de boire. Toutefois, son comportement semblait ravir les deux sorciers qui choisissaient de se prêter au jeu. James la jaugea du regard et elle ne parvint pas à retenir son sourire.
Au bout de quelques secondes, il se leva sans un mot avant de se diriger à l'intérieur du restaurant. Surprise qu'il ait écouté sa demande qui n'était qu'une taquinerie, Ludivine le suivit du regard, ne le quittant pas des yeux même lorsque la porte se referma. Ce fut un sifflement qui la ramena à la réalité.
— Voilà quelque chose que je n'aurais jamais cru voir, dit Fred sur un ton impressionné.
— Je suis sûre qu'il fait ça pour m'embêter, marmonna Ludivine en ignorant l'éclat de rire de Fred à côté d'elle.
— Ma chère Hendell, s'esclaffa-t-il, il va falloir que je t'explique une ou deux choses.
— A commencer par ce que tu voulais me dire quand tu m'as interpellée, enchaîna Ludivine.
— Obstinée, constata Fred, tu ne perds pas le nord !
Ludivine se contenta de sourire en refusant de détourner le regard, persuadée qu'elle avait raison. Mais Fred n'essayait pas de jouer un rôle, ni de lui faire croire quoi que ce soit. Ce fut pour cette raison qu'elle maintint son regard avec audace, jusqu'à ce que Fred soupire, levant ses bras en signe de défaite.
— Walsh, admit-il finalement, je voulais savoir si elle comptait venir ce soir.
— Pourquoi ne lui demandes-tu pas directement ?
— Je l'ai déjà fait hier en Sortilèges et elle a éludé ma question avec un rire, répondit Fred en haussant les épaules. Je ne veux pas paraître insistant.
— Elle ne te prend pas au sérieux, répondit Ludivine, elle pense que tout ce que tu lui dis a pour but de l'embêter et que tu ne t'intéresses pas réellement à sa réponse.
— Pourtant, je m'intéresse à elle ! s'exclama Fred, mais je ne sais pas comment le lui montrer.
— Tu es trop joueur, Weasley.
— Même mon cœur de joueur ne lui résiste pas.
Ludivine ne dit rien, jaugeant le sorcier du regard. C'était la première fois qu'il admettait être joueur, et elle s'interrogea sur le sens de ces mots. Était-il en train de lui dire qu'il prenait la vie à la légère ou bien qu'il ne prenait pas au sérieux ses émotions et relations avec les autres. En fin de compte, est-ce que cela ne revenait pas au même ? Ludivine était partagée entre l'idée d'indiquer au Gryffondor qu'elle le stupéfierait jusqu'en enfer s'il venait à jouer avec Liz et l'idée de le conseiller sur la façon d'aborder son amie.
Elle n'eut cependant pas le temps d'y réfléchir, car James revenait avec une tasse dans la main dont se dégageait de la fumée. Il la posa devant elle, la toisant d'un regard amusé alors qu'il se rasseyait.
— En espérant que madame soit satisfaite.
— Merci Potter, marmonna-t-elle avec une gêne qui renforça le sourire de James.
— Je t'en prie, j'ai déjà une idée de la façon dont tu pourras me remercier ce soir.
Ce fut au ricanement de Fred que Ludivine réalisa le sous-entendu de James, et elle faillit en renverser sa tasse tandis qu'elle sentait ses joues chauffer.
— Continue, le menaça-t-elle, et je te dirais où tu peux te mettre ton gage.
James se contenta d'un rictus en échangeant un regard amusé avec Fred, et Ludivine sentit l'irritation monter en elle. Elle regretta sa tasse, qui l'empêchait de s'en aller dès maintenant.
— Tu sauras, lui dit James, que je suis impatient d'être à ce soir.
— On peut dire que tu as bien choisi ton moment, marmonna Ludivine.
— Je ne te croirais pas si tu me dis que tu avais à cœur d'assister à cette soirée, ricana James, je sais que c'est Albus qui te traîne à chaque fois !
— Ça me tenait à cœur de voir Weasley bégayer en demandant à Liz de danser avec lui, répondit-elle.
Un silence s'installa, avant que les deux sorciers n'éclatent de rire.
— Par Merlin, Hendell, s'exclama Fred, tu m'impressionnes de jour en jour !
Ludivine se contenta de sourire, buvant une dernière gorgée de son chocolat avant de décider qu'il était temps pour elle de s'en aller. Elle remercia une nouvelle fois James, qui hocha la tête avec malice, puis se tourna vers Fred.
— Même si je me méfie encore de tes intentions, lui dit-elle, je suppose que je ne prends pas de risque en te disant que Liz prévoit bien d'être présente ce soir.
Un sourire fendit les lèvres de Fred, et Ludivine lui rendit un petit sourire avant de se lever. Elle se dirigea vers Gaichiffon, magasin de prêt-à-porter où Evelyn, Liz et Acca choisissaient un costume pour la soirée.
Ludivine poussa la porte de la boutique qui n'abritait pas beaucoup de sorciers à cette heure-ci. Lumineuse, aux couleurs très féminines, la boutique était remplie de portants dont débordaient toutes sortes de vêtements.
— Ludivine Elyana Hendell, on ne t'attendait plus.
— Désolée, sourit Ludivine à Evelyn, j'ai été retenue.
— Je n'ose plus te demander par qui, ces derniers temps.
Evelyn lui fit un clin d'œil avant de lui attraper la main, la dirigeant vers le fond de la boutique où Liz était installée dans un fauteuil face à une cabine où devait se trouver Acca.
— Tu ne sauras jamais qui est impatient de te voir ce soir, dit-elle à Liz.
— La même personne qui m'a demandé deux fois si je venais cette semaine ?
— Je vais finir par croire qu'il est vraiment intéressé, intervint Evelyn.
— C'est bien le problème avec lui, répondit Liz avec détachement, c'est qu'il joue sur l'ambiguïté.
— Et ça, ajouta Ludivine, notre Liz n'aime pas.
Liz haussa les épaules, montrant son détachement pour le sujet. Elle était trop rationnelle pour se préoccuper d'intentions qui n'étaient pas les siennes et qu'elle ne pouvait deviner.
— Vous avez choisi vos costumes ? demanda Ludivine.
Evelyn attrapa le sac à ses pieds et en sortit un bracelet en bronze. Large de plusieurs centimètres, il était incrusté de six pierres précieuses, chacune d'une couleur différente, qui en faisaient le tour. Devant la beauté du bijou, Ludivine ne retint pas un sifflement.
Evelyn enfila le bracelet qui s'illumina. La seconde d'après, elle était habillée d'une longue robe bleu ciel, au tissu écaillé, qui s'évasait au niveau des genoux. La robe mettait parfaitement en avant le corps svelte d'Evelyn, et son visage était entièrement couvert d'un maquillage méticuleusement construit. En un mot, Evelyn était magnifique.
— Incroyable, marmonna Ludivine.
— Ah ! s'exclama une voix qu'elle reconnut comme celle d'Acca, je pensais bien avoir entendu ta voix.
Acca qui avait tiré le rideau de sa cabine, était méconnaissable. Elle était habillée d'un corset noir lacé en cuir, et d'une longue jupe de la même couleur qui lui descendait aux chevilles, ainsi que de talons noirs. Une partie de ses cheveux bouclés avait été attachée au-dessus de sa tête, et Ludivine resta bouche-bée.
— Alors, demanda Acca avec excitation, qu'en pensez-vous ?
— Bellatrix Lestrange ? s'étonna Evelyn. On peut dire que c'est original.
— Pour ne pas dire déplacé, marmonna Liz.
— Tu rigoles ! s'offusqua Acca. Halloween est censé faire peur, et je peux te dire que je vais traumatiser plus d'un première année ! C'est Scorpius qui m'a suggéré l'idée.
Ludivine éclata de rire. Acca était bien fidèle à elle-même, et elle n'eut pas le cœur d'aller à contre-sens de son amie. Quand elle se tourna vers Liz, cette dernière lui indiqua qu'elle avait choisi un simple costume de scientifique.
— On a tenté de lui faire prendre un costume sexy, expliqua Acca, mais elle a refusé.
— Ce n'est pas à moi d'être sexy ce soir, répondit Liz en balayant l'idée d'Acca, le regard posé sur Evelyn.
— Contrairement à ce que vous pensez, protesta Evelyn, je n'ai pas l'intention de me jeter dans les bras de Nott.
— Tu avais reçu l'info, Lud ? demanda Acca avec excitation. Nott a officiellement invité Evelyn à la soirée.
— Il est très procédurier, défendit Evelyn en voyant la surprise de Ludivine.
Ludivine n'en doutait pas, et son sourire en disait autant. Même si elle restait très prudente vis-à-vis du Serpentard, notamment parce que son expression fermée et distante rendait impossible la lecture de ses pensées réelles, elle devait toutefois admettre que son comportement envers Evelyn était irréprochable. Peut-être était-ce le sourire poli, presque amical, qu'il lui montrait toujours, son regard avenant quand il discutait avec elle, ou bien l'impression qu'il donnait de vouloir faire les choses à sa façon dans ces fiançailles, et non comme ses parents le demandaient.
— Qu'il soit procédurier n'enlève rien à son charme, répondit simplement Ludivine.
— Ou à son sex-appeal ! s'exclama Acca. Il a un charme très sensuel.
— Ce ne sont pas les rêves d'Evelyn qui te diront le contraire, marmonna Liz d'un sourire mutin.
Le regard prostré d'Evelyn n'était pas de taille face au choc qui se lisait sur les traits de Ludivine, l'exclamation d'excitation d'Acca et le rire de Liz. Une seconde plus tard, Evelyn tentait de se dépêtrer de Ludivine et Acca et leur pluie de questions, la première étant de savoir comment elle envisageait la fin de soirée avec Ethan Nott.
Le repas d'Halloween était, chaque année, festif et mélangeait toutes les maisons pour l'occasion. Ainsi, Acca avait répondu favorablement à la proposition de Scorpius de dîner à la table de Serpentard. Elle faisait face à Ludivine tandis qu'Albus s'installait à côté d'elle avec une réticence qu'il ne cachait pas.
Evelyn dînait également chez les Serpentard, mais accompagnait Zabini et Nott, à la demande de ce dernier qu'elle n'avait pas osé refuser. Nott lui suggéra d'un signe de main de s'installer sur le banc avant qu'il ne fasse de même à côté d'elle. De sa place, Ludivine pouvait voir le regard intimidé de son amie lorsque Nott lui murmura quelque chose à l'oreille.
Liz, elle, s'était installée avec Rose chez les Gryffondor. Lorsque Fred pénétra la Grande Salle, il accéléra le pas pour prendre place à côté d'elle, ce qu'elle accueillit avec un sourire amical. Derrière lui s'approchait James.
— J'adore les ambiances festives ! s'exclama Acca en tapant dans ses mains lorsque tout le monde s'était servi.
Maximilien Miller, assis à côté d'elle, sembla remarquer sa présence. Il s'étonna de voir une Gryffondor à la table, mais répondit toutefois lorsqu'elle lui demanda s'il faisait bien partie de l'équipe de Serpentard comme elle le supposait.
Les deux sorciers commencèrent à discuter, et Ludivine porta son attention sur Albus, constatant qu'il se tenait étonnamment proche de Mila Stones, assise à côté de lui. Il avait passé un bras sur le banc derrière elle et lui chuchotait quelque chose à l'oreille, qui la fit rire discrètement.
Ludivine se pencha vers Scorpius qui avalait son plat avec enthousiasme.
— Depuis quand Mila et Albus sont-ils aussi proches ? demanda-t-elle.
— Tu trouves qu'ils le sont ? interrogea Scorpius en levant les yeux vers eux.
— Bien plus qu'il ne s'est jamais permis de l'être avec un joueur depuis qu'il est capitaine.
— Maintenant que tu le dis, dit Scorpius en réfléchissant, ils étaient très complices au bar.
Ludivine haussa un sourcil. Elle avait toujours su que Mila était attirée par Albus, elle l'avait toujours senti, même si la sorcière n'avait jamais fait aucune réflexion en ce sens. Mais elle savait qu'Albus n'avait jamais renvoyé le sentiment Ils étaient coéquipiers. Pour Albus, c'était un engagement à ne pas rompre.
— Et toi ? demanda soudain Ludivine. Tu ne parles jamais de tes histoires.
— Aucun de nous trois ne le fait, répondit Scorpius en haussant les épaules, tout simplement parce qu'il n'y a rien à raconter.
— Tu passes beaucoup de temps avec Acca, constata-t-elle d'une voix qu'elle voulut détachée.
— Je te renvoie la remarque concernant James.
Ludivine sentit des joues chauffer, et elle ne rata pas le regard narquois de Scorpius qui eut la gentillesse de ne pas continuer sur cette pente.
— Ne t'inquiète pas pour moi, lui sourit-il, je m'occupe bien plus que je ne vous le dis.
— Je me doute, mais je parlais de quelque chose de plus sérieux que du simple amusement.
Scorpius garda le silence, et Ludivine vit la lueur d'hésitation qui apparut dans son regard pour disparaître aussitôt. Elle connaissait parfaitement Scorpius, et il ne lui disait pas tout.
— Lorsque j'aurai quelque chose qui vaut la peine d'être discuté, finit-il par répondre en ébouriffant les cheveux de Ludivine, je t'assure que tu seras la première à le savoir.
Ludivine se contenta de sourire. La curiosité la brûlait de l'intérieur, et elle ne pouvait retenir un pincement au cœur à l'idée qu'il ne lui dise pas tout. Elle avait cependant conscience qu'elle ne pouvait pas insister, alors elle rongea son frein et reporta son attention sur Acca qui venait de s'adresser à Scorpius.
Au bout de quelques secondes, l'attention de Ludivine s'envola, son regard se baladant dans la Grande Salle. Elle ne s'attarda pas longtemps sur Albus qui venait de passer un bras autour des épaules de Mila, lui partageant ses prévisions sur le prochain match. Elle survola une nouvelle fois Scorpius et Acca qui rigolaient à une phrase de cette dernière, avant de porter son regard un peu plus loin sur la table.
Lucas Zabini était en train d'expliquer quelque chose à Evelyn, qui malgré son expression neutre, semblait accorder une attention particulière à ce qu'il disait. Lorsqu'il finit de parler, elle secoua la tête, visiblement en désaccord avec ce qu'il disait, et partagea son point de vue. A côté d'elle, Ethan Nott les observait, un sourire un coin sur les lèvres.
Lorsque Ludivine détourna son regard vers la table de Gryffondor, elle identifia Liz qui avait fait apparaître un parchemin et une plume et dessinait quelque chose pour Fred qui l'observait attentivement. Rose pointait quelque chose, que Liz approuva, mais il était évident que Fred n'écoutait pas. Il regardait Liz avec une telle intensité, que Ludivine fut surprise que son amie n'en prenne pas conscience.
Mais son observation prit fin lorsque son regard se posa sur James. Il tournait le dos à Fred et discutait avec une jolie sorcière, que Ludivine identifia sans connaître son nom. Il avait posé son bras sur la table et lui racontait quelque chose avec un sourire passionné qui fit tiquer Ludivine. Lorsqu'il finit de parler, ricanant légèrement, la sorcière éclata de rire.
C'était une discussion normale, bien qu'intime compte tenu de leur proximité, et Ludivine se sentait intrusive. Ce sentiment se renforça lorsque la sorcière se pencha vers James, posant sa main sur son avant-bras pour lui murmurer quelque chose. James observa une seconde la main qu'elle avait posée sur lui, avant qu'un sourire espiègle ne s'installe sur ses lèvres.
Le regard de Ludivine se voila, une émotion la prenant à la poitrine sans qu'elle ne le réalise. C'était comme si elle ne supportait pas la proximité que les deux sorciers partageaient, l'aisance de James dans ce jeu de la séduction, et sa propre solitude.
Perturbée par ce qu'elle venait de voir et par le sentiment que cela avait provoqué chez elle, elle balaya néanmoins ces idées lorsque Scorpius, révolté, lui demanda son avis sur la politique antiterroriste du gouvernement magique.
A partir de là, elle mit toute son énergie dans cette discussion, à laquelle se joignirent Albus et Mila. Lorsque le repas prit fin, une petite note apparut devant elle. Devinant l'émetteur, elle l'ouvrit en lisant les mots « terrain de Quidditch, dès que tu auras fini ». Dans un soupir, elle releva la tête vers la table de Gryffondor, constatant que James n'y était plus.
Ludivine se leva en même temps que Scorpius et Albus, suivis par l'équipe de Quidditch dans l'idée de continuer leur cohésion. Lorsque leurs chemins se séparèrent, Albus embrassa le crâne de Ludivine tandis que Scorpius lui ébouriffait les cheveux, et ce furent ces gestes qui réussirent à la détendre alors qu'elle se dirigeait discrètement vers l'extérieur du château.
Ludivine repéra rapidement James. Les mains dans les poches, il se tenait avec assurance au centre du terrain et la regardait s'avancer vers lui avec amusement.
— J'ai presque eu un doute sur ta présence, l'apostropha-t-il avant qu'elle n'ait eu le temps de s'approcher.
— Je sais admettre une défaite, Potter, sourit-elle.
Ce n'était pas si vrai, mais elle se retint bien de le dire. Il n'y avait que la luminosité de la lune pour éclairer le terrain, et elle attrapa sans difficulté le regard amusé du Gryffondor.
— Pourquoi ne m'expliquerais-tu pas ce que l'on fait ici ? suggéra-t-elle.
— Tu dois savoir, répondit James, que Gryffondor affronte Serdaigle la semaine prochaine.
— J'en ai vaguement entendu parler, se moqua-t-elle, faisant sourire James.
— Ce sera un gros match, dit-il avec une hésitation si légère que Ludivine faillit la manquer.
— Inquiet, Potter ?
Le visage du sorcier se ferma aussitôt à l'idée qu'elle puisse déceler de l'inquiétude. Mais le sourire de Ludivine était avenant, il n'y avait aucune moquerie chez elle et James dut le comprendre car son expression s'adoucit. Il s'éloigna de quelques pas, observant les gradins vides.
— J'adore ce sentiment avant un match, confia-t-il, cette envie de vaincre, cet esprit de compétition. Cette soif d'être le meilleur, elle m'anime.
Ludivine garda le silence. Le sorcier se confiait à elle, et elle se demanda à quel moment elle avait gagné ce début de confiance dont avait parlé sa petite sœur. Cependant, elle le laissa parler, ne partageant pas ces pensées. Cette atmosphère de compétition, cette volonté de gagner, Ludivine ne les avait jamais partagées sur un terrain. Tout ce qui lui importait, c'était de se surpasser. Et ça n'impliquait qu'elle et elle-même.
James se tourna vers elle, l'observant un instant avant de s'approcher de nouveau. Ludivine n'avait pas bougé, immobile alors que James s'arrêtait à quelques centimètres d'elle et qu'elle était obligée de relever la tête.
— Ces sentiments, reprit-il sur le ton de la confidence tandis qu'il attardait son regard sur la chevelure de Ludivine, n'ont plus la même saveur depuis que j'ai rendu mon badge de capitaine.
— Et pourquoi l'as-tu fait si ça te plaisait tant ? souffla-t-elle.
— J'ai dû faire des choix, s'enhardit James en attrapant une mèche de la chevelure de Ludivine qu'il passa derrière son oreille, comme toi.
Une nouvelle fois, Ludivine resta silencieuse, laissant le sorcier faire. Le regard de James ne l'avait pas quittée, et elle avait l'impression qu'il pouvait lire en elle. Ce sentiment, même s'il continuait de la perturber, la dérangeait moins qu'auparavant. Mais James n'attendait pas de réponse, du moins pas dans l'immédiat.
— Donc, reprit-il avec plus d'aplomb tandis qu'il sortait sa baguette, mon défi est le suivant : affrontons-nous dans les airs.
Ludivine perdit des couleurs, et elle se demanda un instant si le sorcier se moquait d'elle ou s'il lui restait encore des parts d'elle à découvrir. Au regard convaincu de James, elle réalisa qu'il y avait des réactions chez elle que le Gryffondor ne pouvait pas encore comprendre.
— C'est bien la dernière chose que je compte faire ce soir, répondit-elle placidement en ignorant la déception qu'elle lut dans le regard du sorcier.
— Je croyais que tu aimais la compétition, dit James.
— Pas celle-ci, expliqua Ludivine, et c'est bien pour cette raison que j'ai arrêté le Quidditch.
— Parce que tu craignais de perdre ? la provoqua James en ignorant son regard froid.
— Parce que le vol était un exutoire qui s'est envolé avec l'envie de gagner et la pression de la compétition.
Ludivine n'alla pas plus loin dans son explication. Elle n'expliqua pas à James que le Quidditch avait presque réussi à la dégoûter du vol, que la stratégie avait ruiné l'ingénuité du jeu, qu'elle avait découvert sa plus grande peur dans les airs. Pour lui et le reste du château, elle avait quitté l'équipe pour se concentrer sur ses cours, et ça lui convenait parfaitement. James n'insista pas.
— Je me souviens des semaines qui ont suivi ton départ, reprit-il avec détachement, Al était fou.
— Je sais, soupira Ludivine, il me l'a bien fait payer.
— Les Gryffondor étaient tous persuadés que vous vous étiez disputés.
— Je ne doute pas que vous avez dû longtemps discuter de mon départ, ironisa Ludivine en ignorant la remarque sur Albus et elle.
— Evidemment, répondit James sur le ton de l'évidence, ignorant la surprise de Ludivine, c'est très difficile d'analyser le jeu d'un attrapeur. Ton départ a perturbé notre stratégie entière, que j'avais passé l'entier été à construire. Je t'ai détestée pour ça.
James était amusé. Il en rigolait, ne prenait pas le sujet au sérieux, mais Ludivine ne put retenir le léger pincement au cœur qu'elle ressentit. C'était la deuxième fois dans la soirée qu'un tel sentiment la prenait, et il lui fut plus difficile cette fois-ci de balayer ce constat.
— Alors, Hendell, reprit James en agitant sa baguette, juste une session de vol ?
— Il fait nuit, Potter, répondit-elle.
— Ne me fais pas croire que vous n'avez jamais volé la nuit, argua James en la regardant d'un œil dubitatif.
— Qu'en sais-tu ? finit-elle par répondre avec un sourire, constatant qu'elle avait un plaisir particulier à contredire le sorcier, mais ce dernier n'était pas dupe.
— D'un, Al adore voler la nuit. De deux, Scorpius le suivrait sur n'importe quel délire de ce genre. De trois, je t'ai déjà vue voler, tu adores ça. De quatre, je te rappelle que je dispose la moitié du temps de la carte du maraudeur.
Ludivine garda le silence, consciente qu'elle n'avait pas d'argument à donner. Elle vit son balai, ainsi que celui de James, arriver vers eux et se poser sur le sol juste à côté d'elle. Lorsque son regard se posa dessus, Ludivine sentit une vague d'exaltation monter en elle. Elle avait beau ne plus aimer le Quidditch, elle n'avait jamais perdu sa passion pour le vol.
— Donne-moi une réponse positive, Hendell, demanda James avec un sourire qui l'attendrit.
— J'ai peur qu'en acceptant ta requête, tu ne prennes mon oui pour acquis.
— Je n'aurais jamais l'arrogance de penser que ton approbation est acquise, ne t'en fais pas.
Le sourire de James était candide. Ludivine pouvait sentir son excitation et elle fut frappée de constater qu'il souhaitait réellement voler avec elle. Elle n'était définitivement pas la seule à se sentir de plus en plus à l'aise en la présence de l'autre. Pour cela, elle ne protesta pas plus longtemps, attrapant son balai d'une main ferme.
Un sourire enjoué fendit les lèvres de James tandis qu'il faisait de même. Ils échangèrent un regard, et la minute d'après, ils s'élevaient dans les airs, filant en pointe vers les nuages. Il fallut quelques secondes à Ludivine pour laisser un sentiment d'allégresse la transporter, tandis qu'elle commençait à voir le château depuis le ciel. James la suivit, jusqu'à finalement accélérer d'un coup, passant devant elle dans un courant d'air.
Ludivine l'observa filer telle une flèche hermétique au vent qui tapait son visage. Puis, piquée dans son orgueil, elle tapota son balai de son pied et ce dernier tressauta sous le coup de l'accélération. Il lui fallut pousser la capacité de son balai au maximum pour rejoindre le sorcier qui filait à une rapidité déconcertante.
Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas volé à cette vitesse, c'était comme si toutes les pensées qui saturaient quotidiennement son esprit s'étaient envolées, comme s'il n'existait rien d'autre qu'elle et la vision de James qui lui souriait, comme si le ciel renfermait un secret qu'ils étaient seuls à partager.
James et Ludivine se retrouvèrent dans une course de vitesse, et cette dernière sentit un rire irrépressible la gagner tandis qu'elle voyait le sorcier la distancer. Elle s'en fichait, prise dans l'adrénaline qui montait en elle et se propageait dans l'ensemble de son corps.
— L'euphorie te va bien, Hendell ! s'écria James.
Le rire de Ludivine se renforça, et elle ignora la chaleur qu'elle sentait monter en elle. Elle ne savait pas depuis combien de temps ils volaient. Perdus dans ce moment, ils n'avaient plus de notion du temps. Ce fut uniquement lorsqu'elle s'essouffla qu'elle fit signe à James de redescendre, ce qu'il approuva d'un mouvement de tête avant de piquer vers le sol.
Lorsque Ludivine descendit de son balai, un rire incontrôlable la parcourut. La vitesse lui était montée au cerveau, des frissons avaient parcouru chaque parcelle de sa peau, l'adrénaline battait si fort dans ses tempes qu'elle n'entendait rien autour d'elle. C'était un mélange d'émotions qui la submergeaient et s'exprimaient par un rire irrépressible.
Elle se laissa chuter à terre et son rire se renforça. A côté d'elle, James posait son balai au sol avant de s'asseoir, à quelques centimètres d'elle. Il la regardait avec le même sourire euphorique, mais Ludivine constata, lorsque son rire commença à se calmer, qu'il était en parfait contrôle.
James posa ses coudes sur ses genoux, observant silencieusement la sorcière qui reprenait ses esprits.
— Je n'avais pas volé à cette vitesse depuis longtemps, confia-t-elle d'une voix saccadée, je suis essoufflée.
— J'ai l'impression de découvrir une nouvelle facette de toi, sourit James, c'est agréable.
— Il te reste encore beaucoup de choses à découvrir sur moi, rigola-t-elle doucement.
— C'est ma seule hâte, souffla James d'une voix profonde qui perturba Ludivine, car elle avait conscience que son murmure n'avait pas pour but d'être entendu.
Lorsqu'elle releva la tête, elle croisa le regard pénétrant de James. Son visage se tenait à quelques centimètres du sien, et elle jura voir les yeux de James se diriger vers le bas de son visage le temps d'une seconde. Mais il pinça aussitôt ses lèvres, détournant son attention d'elle, et Ludivine sut qu'elle s'était méprise.
— Je pense qu'il est temps de rentrer, lui dit-il en se relevant, on pourrait même rejoindre la soirée si tu le souhaites.
Ludivine ne dit rien, perturbée par ses pensées tandis que James époussetait son pantalon avant de tendre sa main qu'elle attrapa. Elle n'avait cependant pas suffisamment anticipé la force que le sorcier mettait, car elle se sentit éjectée sur ses jambes, jusqu'à en perdre l'équilibre. C'était sans compter sur James qui passa un bras autour de sa taille pour l'aider à se stabiliser.
— Je savais bien que le temps ferait les choses, sourit-il d'un air taquin.
Ludivine s'offusqua face au sous-entendu, tapant l'épaule du sorcier avec une force qui le fit rire. Cependant, il n'enleva pas son bras, renforçant même sa prise sur elle et Ludivine se sentit rougir de cette proximité. Elle pouvait sentir la poitrine de James se soulever contre la sienne, et son rougissement s'accentua. Il était si proche d'elle.
Le terrain était éclairé par la lune, mais les alentours restaient sombres. Il n'y avait aucun bruit autour d'eux, ils étaient seuls. Ludivine voyait parfaitement la façon dont les pupilles de James bougeaient pour détailler chaque partie de son visage. Elle sentait la poitrine de James se soulever avec plus d'intensité, et elle réalisa que leurs respirations s'étaient approfondies. Il n'y avait qu'eux, ce silence et leurs regards. Et Ludivine paniqua.
Une pensée traversa son esprit, elle repensait maintenant aux propos de Lily. Tout à coup, la douceur de James la perturba, ce sentiment de sérénité l'inquiéta, et Ludivine fit ce qu'elle pensait être le plus rationnel. Elle recula d'un pas, constatant que le sorcier ne mettait aucune force pour la retenir alors que son bras glissait d'elle. L'atmosphère était chargée, et Ludivine regretta presque son geste. Presque.
— As-tu parlé de moi à ta sœur ? demanda-t-elle.
— Quelques fois, répondit James avec hésitation, comme s'il se retenait de demander d'où sortait cette question.
— Elle est venue me voir ce matin, expliqua Ludivine d'un ton soudain irrité, et j'ai eu le droit à une hostilité qui m'a prise de court.
James fronça les sourcils, silencieux. Il essayait de comprendre pourquoi elle abordait un tel sujet, mais il dut répondre à sa propre question car il soupira sans retenue en remettant les mains dans ses poches. Il semblait maintenant blasé.
— Dans notre famille, nous sommes très protecteurs.
— C'est ce qu'Albus a également dit, murmura-t-elle d'un ton distant, mais ça ne m'explique rien.
— Parce qu'il n'y a tout simplement rien à expliquer, Hendell. Pourquoi t'y attarder ?
James s'approcha d'elle, jusqu'à se tenir de nouveau à quelques centimètres. Il ignora le fait qu'elle s'était reculé à l'instant, qu'elle avait fui son toucher et que son corps venait de se tendre lorsqu'il s'était rapproché. Il portait ce regard contrit, animé d'une lueur qu'elle ne parvenait pas à lire. C'était comme s'il se retenait. De quoi, elle n'en savait rien.
— Ça me trotte dans la tête depuis ce matin, expliqua-t-elle.
— Je ne vois pas pourquoi.
— La seule explication que je vois à un tel comportement est qu'elle pense que je suis intéressée par toi et que je profite du concours pour me rapprocher de toi.
— Et ce n'est pas le cas ? interrogea James d'un ton moqueur.
Il la toisait d'un regard amusé, et Ludivine sentit une bouffée de colère monter en elle tandis que ses mécanismes de défense se réveillaient. Il ne semblait pas comprendre sa colère, ce qu'elle cachait, ce qu'elle représentait. Oh, Ludivine avait conscience que James et elle s'étaient rapprochés. Elle avait conscience qu'un infime sentiment avait changé en elle depuis l'épreuve, et elle ne doutait pas que cela devait être le cas pour le Gryffondor également.
Avec la confiance était venue la sérénité, et l'adrénaline qu'elle ressentait à cette réalisation était bien différente de celle qui l'avait traversée un peu plus tôt. Ce sentiment-là l'inquiétait et Ludivine avait besoin d'être rassurée. Elle aurait souhaité que James lui dise que leur rapprochement n'était pas mal interprété. Elle souhaitait qu'il lui confirme qu'elle n'avait aucune raison d'ériger de nouvelles barrières. Elle n'en avait aucune envie, mais elle n'hésiterait pas si leur rapprochement laissait sous-entendre de telles choses.
Finalement, James le comprit peut-être, car son visage se ferma et son regard perdit cette lueur d'amusement. Il réduisit l'infime espace qui restait entre eux, penchant sa tête vers elle alors qu'il posait ses deux mains sur ses épaules.
— Je t'assure que personne dans ma famille ne pense que tu profites de la situation, lui affirma-t-il avec douceur. Tout le monde sait très bien que c'est moi qui t'ai proposé de faire équipe.
— Alors pourquoi cette méfiance ? demanda-t-elle de nouveau.
— Lily pense juste me protéger.
— De mes mauvaises intentions ? supposa-t-elle avec irritation.
— Tu n'as pas idée du nombre de sorcières qui ont essayé de me piéger, dit James à voix basse.
— Et tu penses que c'est mon cas ? s'écria-t-elle.
— Bien sûr que n…
— Je ne suis pas intéressée par toi ! scanda Ludivine avec force.
Elle avait conscience que le regard de James s'était voilé. Elle avait conscience que ses mots étaient durs. Étaient-ils d'ailleurs vrais, c'était une question qu'elle balaya de son esprit tandis que James lâchait ses épaules.
— Ne t'en fais pas, répondit-il froidement, je l'ai parfaitement intégré.
Ludivine crut déceler une certaine acrimonie dans la voix de James, mais elle choisit de ne pas y prêter attention. Il lui avait fallu se protéger, il lui avait fallu se préserver. Pourtant, elle regrettait déjà cette distance qu'elle venait de créer.
— Rassurée ? demanda-t-il d'un ton narquois et presque méprisant.
Ludivine garda le silence, se demandant un instant si elle avait blessé son ego. Puis elle repensa au dîner, à la façon dont la sorcière avait posé sa main sur son avant-bras, à la façon dont elle s'était penchée vers lui, au sourire complice qu'il lui avait lancé. James Potter n'avait pas besoin d'elle pour rassurer son ego.
Alors Ludivine hocha la tête par automatisme, se pinçant la lèvre devant le regard distant de James. Un silence s'installa, durant lequel elle attendit un geste, une parole du sorcier. Ce dernier se contenta de la regarder, parcourant son visage de ses yeux noisette. Il était si proche d'elle qu'elle pouvait sentir son souffle sur elle. Il ne fallait qu'un geste.
James leva sa main vers son visage, caressant de quelques doigts sa joue avant de laisser sa main froide à moitié fermée reposer dans sa nuque. Il se pinça la lèvre inférieure, parcourant de nouveau le visage de Ludivine qui se sentait incapable de réagir sous le regard profond du sorcier.
— Tu as l'orgueil des Serpentard, marmonna-t-il sur un ton doux mais presque défaitiste, et même si je respecte ce trait de caractère, j'aurais aimé qu'il soit moins un obstacle.
Ce furent les derniers mots qu'ils échangèrent sur le terrain. Ludivine sourit timidement à James, cachant sa perplexité face à ses propos. Mais ses mécanismes de défense étaient solidement construits, son esprit mit automatiquement de côté l'interprétation des propos du sorcier.
James retira sa main de la nuque de Ludivine, ne quittant pas son regard alors qu'il expirait et reculait d'un pas. Il agita sa baguette, et les deux balais regagnèrent les casiers avant qu'il ne lui suggère d'un mouvement de tête de retourner au château.
Le retour fut silencieux, mais lorsqu'ils se séparèrent, James se permit toutefois de replacer une mèche de cheveux de Ludivine derrière son oreille avec un sourire affectueux. Par ce geste, il lui indiquait que leur échange ne changeait rien à ce qu'ils avaient construit jusqu'ici. Et elle le remercia du bout des lèvres, consciente que le sorcier était bien plus mature qu'elle.
Dans son lit, elle pensa une dernière fois à la façon dont le regard de James avait parcouru son visage, au tracé de ses doigts sur sa peau, au sentiment d'adrénaline qui l'avait parcourue face à leur proximité. Cette douceur, c'était une facette de James qu'elle ne connaissait pas jusque-là, et elle ne savait pas quoi penser de cette découverte. Il lui fallut du temps pour imposer à son esprit de balayer ces idées, d'écarter toutes ces pensées. Mais elle finit par y arriver, et parvint enfin à s'endormir.
