Chapitre 19 – Malgré le déluge et le chaos

Des cris s'élevaient dans les airs, mais ce n'étaient pas des cris de joie. En quelques secondes, Ludivine ressentit toute la détresse qui se dégageait des cœurs, toute la peur qui émanait de ces voix qui s'entrechoquaient.

Tout à coup, elle réalisa à quel point la rue centrale du village, dans laquelle elle se trouvait, était pleine de sorciers. Toute cette foule s'arrêta un instant, intriguée par ces cris qui semblaient lointains et en même temps si proches. L'inquiétude commençait à gagner la foule.

Les lumières de Noël suspendues clignotèrent, et un nouveau bruit assourdissant se fit entendre. Puis Ludivine comprit. Il s'agissait d'une explosion. Une explosion qui vrilla les tympans de toutes les personnes présentes autour d'elle.

— Lud !

Ludivine n'eut pas le temps de se retourner lorsqu'elle entendit Liz l'appeler, car un nouveau bruit d'explosion se fit entendre. Cette fois-ci, bien plus proche que le précédent. La force de la déflagration poussa Ludivine à protéger sa tête de ses mains, par réflexe. Autour d'elle, la panique avait gagné. En quelques secondes, une foule agitée et désordonnée se forma. Ludivine fut brutalement bousculée, mais elle n'y prêta pas attention tandis qu'elle cherchait Liz du regard.

Elle parvint à distinguer la chevelure blonde de son amie, mais son attention fut attirée par des éclairs qui commençaient à fuser autour d'elle. Une jeune femme, à quelques mètres d'elle, tomba au sol en se tordant de douleur lorsqu'un éclair bleu la toucha. Ce ne fut qu'à ce moment-là que Ludivine réalisa ce qu'il se passait.

Des sorciers attaquaient la foule, touchant toutes les personnes à leur portée. Ils avaient choisi leur zone d'attaque, car les rues centrales des villages sorciers étaient interdites de transplanage et la zone non-autorisée s'étendait sur plusieurs rues. Pour s'enfuir, il fallait se bousculer et se protéger. Si on n'était pas mort avant.

Ludivine attrapa sa baguette rangée le long de sa ceinture dans le dos, mais même la baguette à la main, elle resta immobile. Un sentiment étrange la parcourut en voyant la jeune femme en position de chien de fusil, hurlant comme si ses cris atténueraient la douleur qui traversait tout son corps. C'était un cri de désespoir et malgré sa proximité physique, Ludivine se sentait impuissante face à cette peine. Ce sentiment ne lui était pas inconnu.

Il se renforça lorsqu'un nouvel éclair passa tout près d'elle jusqu'à toucher un sorcier plus âgé. Ce dernier hurla de douleur. Ludivine voyait des coupures et taillades se former à plusieurs endroits sur son corps d'où commençait à s'écouler du sang. Une mare se forma en à peine quelques secondes tandis qu'à côté de lui, une adolescente ne bougeait plus.

A cet instant, quelque chose se bloqua chez Ludivine. Elle ne voyait plus l'agitation autour d'elle, elle n'avait plus aucune idée d'où se trouvait Liz. Elle, en tout cas, était ailleurs. Elle commençait à sentir de la sueur perler sur son front et son souffle s'accélérer. Sa vision se floutait et un étau se refermait autour de sa gorge. Bientôt, elle ne pourrait plus respirer.

Quand un nouvel éclair toucha une sorcière et que cette dernière tomba au sol, le corps raide, Ludivine sentit ses propres jambes fléchir. Alors quand on la bouscula dans la cohue, elle ne put se retenir de tomber sur ses genoux tandis que des larmes commençaient à dévaler ses joues. Elle était à deux doigts de lâcher sa baguette et de s'effondrer au sol.

Puis elle comprit. Ludivine avait peur. Elle était tétanisée, incapable de bouger, incapable de se défendre. Un genou cogna son épaule violemment, mais elle n'y prêta pas attention. Elle ne voyait plus toutes les jambes autour d'elle, qui couraient dans tous les sens. Elles ne semblaient jamais diminuer, comme si les gens s'éparpillaient pour revenir sur leurs pas, incapables de décider où aller. Une cohue terrifiée. Comme Ludivine.

Des dizaines de sorciers s'affalaient sous ses yeux, mais eux non plus, elle ne les voyait pas. Pourtant, elle avait déjà compris que les attaquants lançaient des sorts à la volée, dans la volonté de décimer la foule. C'était un carnage, et il était voulu.

Et au milieu de tout ça, Ludivine restait pétrifiée. Pourquoi ne parvenait-elle pas à se reprendre ? Elle pouvait intervenir, elle pouvait répliquer et protéger ne serait-ce qu'une seule personne, alors pourquoi ne le faisait-elle pas ? Elle voulut se relever, mais ses jambes le refusèrent. C'était comme si ses muscles avaient lâché, comme s'ils l'avaient abandonnée. Et l'étau autour de sa gorge continuait de se resserrer.

— Hendell !

Ce furent les deux mains qui se posèrent sur ses bras, plus que l'entente de son nom, qui sortirent Ludivine de sa torpeur. Elle sentit qu'on la soulevait sans difficulté, réalisant qu'elle faisait maintenant face à James. Ce dernier était inquiet et alerte. Il jeta un regard autour de lui pour analyser la scène, observant les sorciers et sorcières qui couraient dans tous les sens, avant de reporter un regard alarmé sur elle.

— Tu n'es pas blessée ? s'enquit-il en l'éloignant de la cohue.

Ludivine secoua la tête négativement tandis qu'elle recouvrait ses esprits. Elle constata qu'Albus et Scorpius accompagnaient James, portant un regard tout aussi inquiet sur elle. Elle ne devait pas être très rassurante, avec ses tremblements et ses larmes. Puis Ludivine pensa à Liz !

Un mouvement de panique la prit tandis qu'elle portait son regard au dernier endroit où elle l'avait vue. Liz n'avait pas bougé et Ludivine voulut la rejoindre mais elle en fut empêchée par un bras qui s'enroula fermement autour de son ventre pour la tirer contre un torse.

— C'est de la folie, Hendell, murmura James à son oreille, Liz n'est pas seule.

Ludivine remarqua à ce moment que Fred se tenait en effet avec son amie. Il portait une expression qu'il ne lui avait que rarement connue, tandis qu'il passait un bras autour des épaules de Liz pour empêcher un sorcier de la bousculer.

Parmi la foule commençaient à s'éparpiller un plus grand nombre de sorciers qui lançaient des sortilèges létaux. Lorsque l'un d'eux s'approcha de l'endroit où se trouvaient Liz et Fred, ce dernier s'avança devant Liz, faisant rempart avant de jeter un sort au sorcier, l'immobilisant. Sans y réfléchir plus longtemps, Fred attrapa la main de Liz et l'éloigna.

— Hendell, la réveilla James, il faut qu'on s'éloigne d'ici.

Ludivine hocha mécaniquement de la tête, mais en réalité, elle était incapable de bouger. Rien que cette idée fit flancher ses jambes et elle sentit de nouveau cet étau, autour de sa gorge.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Lud ? demanda Scorpius d'une voix calme et prudente.

Il avait compris sa tétanie. Et à cet instant, elle se sentit plus exposée que jamais aux trois sorciers qui lui faisaient face. Elle était incapable de formuler un son, une boule enserrant sa gorge. Et Ludivine se sentit faible. Mais James n'avait pas le temps de prêter attention à ses états d'âme. Lorsqu'il vit une ouverture pour s'éloigner, il la saisit par le bras.

— Allons-y ! intima-t-il.

Mais Ludivine ne réussit pas à bouger. La colère traversa le visage de James lorsqu'il comprit ce qu'il se passait. Un juron franchit ses lèvres tandis qu'elle posait un œil hagard et apeuré sur lui. Elle ne savait pas quoi faire, son corps ne répondait pas et son esprit semblait éteint. C'était comme s'ils l'avaient abandonnée, et rien n'avait fait plus peur à Ludivine dans sa vie que cette pensée.

Un sorcier s'approcha d'eux, la baguette levée, et elle comprit que leur cachette n'en était plus une. James et Albus prononcèrent mimétiquement un reducto qui projeta le sorcier plusieurs mètres plus loin.

Lorsque James reposa son regard sur Ludivine, il était inflexible.

— Al, Scorp, intima-t-il, allez chercher les filles et retrouvez Fred. Il ne transplanera pas sans tout le monde.

— Et vous ? demanda Albus avec une expression qui ne cachait pas qu'il n'aimait pas cette idée.

— Je m'occupe d'elle, assura James devant la réticence des deux sorciers à laisser leur amie.

Malgré l'hésitation, Albus et Scorpius finirent par hocher la tête. Ils n'avaient pas le temps de réfléchir plus longtemps.

— Trois étincelles bleues quand vous avez tout le monde, leur indiqua James.

— De même pour vous dès que vous trouvez une zone de transplanage.

Albus et Scorpius s'éloignèrent d'un pas rapide, mais Ludivine ne les voyait pas vraiment. Elle ne sentait déjà que très légèrement les mains que James avait posées sur ses épaules.

— Hendell, j'ai besoin que tu reprennes tes esprits, lui dit-il doucement.

Ludivine n'eut pas le temps de répondre car plusieurs sorciers s'étaient approchés d'eux, jetant des sortilèges à la volée. James lâcha un nouveau juron en pointant sa baguette sur ses opposants. Contrairement à Ludivine, il ne semblait pas vouloir rester inactif.

Ludivine le regarda faire, la baguette abaissée le long de sa jambe. Il lui semblait impossible de la lever pour l'utiliser, et un sentiment de terreur la prit au sternum. Elle se fit bousculée par plusieurs personnes qui tentaient d'échapper aux sortilèges. Elle ne réalisa pas qu'elle s'était éloignée de James qui continuait d'attaquer, et se trouvait maintenant isolée dans la foule.

Tout changea lorsqu'elle croisa le regard d'un des attaquants. Il était jeune, presque autant qu'elle, ce qui la choqua. Jusque-là, elle n'avait même pas pensé aux eux, à qui ils pouvaient être, à ce qu'ils pouvaient lui faire. Il dut lire la panique dans son regard car un sourire prédateur se forma sur ses lèvres tandis qu'il s'approchait.

En temps normal, Ludivine aurait renvoyé un regard défiant. Elle aurait levé sa baguette et aurait menacé le sorcier de lui jeter un sortilège. Elle se serait défendue et aurait attaqué. Mais à cet instant, c'était comme si toute rationalité l'avait quittée alors qu'elle réalisait, du coin de l'œil, que le sorcier ensanglanté ne bougeait plus.

Lorsque son opposant fut suffisamment proche d'elle, Ludivine vit la lueur de folie qui habitait son regard. Cette folie dansait dans ces iris gris, et le sourire carnassier sur ses lèvres la renforçait. Mais Ludivine se sentait toujours incapable de réagir, toujours incapable de respirer correctement. D'ailleurs, elle n'était même pas sûre d'avoir inspiré cette dernière minute passée.

— Oh, commença le sorcier en levant sa baguette, tu vas me rendre la tâche si faci…

Il n'eut pas l'occasion d'aller au bout de sa phrase, car il se prit un coup de poing dans la joue qui l'assena au sol. Ludivine entendit le bruit de craquement de la mâchoire avant que le sorcier ne chute, et elle sut que le coup avait été mis avec toute la hargne du monde.

Ludivine posa ses yeux sur James qui posait sur elle un regard sombre. Il se tenait si droit, avec son souffle erratique et ses poings serrés qu'elle eut presque peur de lui. Il était imposant. Elle faillit d'ailleurs reculer d'un pas lorsqu'il s'approcha d'elle, lui attrapant les épaules avec brusquerie.

— Putain, Ludivine ! s'énerva-t-il avec rage. Depuis quand tu restes immobile alors qu'on pointe une baguette sur toi ?!

— Je ne…

— Ressaisis-toi, merde ! Ou on est morts !

Morts. Ludivine réalisa à cet instant ce qu'il se passait. Elle réalisa à cet instant que des sorciers avaient attaqué un village rempli de personnes en pleines fêtes et avaient lancé des sortilèges dans tous les sens afin de blesser et tuer. Elle avait de la chance de ne pas avoir été touchée jusqu'ici. De la chance, parce qu'elle n'avait rien fait. Que ce soit pour se défendre ou protéger les autres. Une action de sa part aurait-elle pu sauver cet homme qui s'était tu à jamais ?

Personne n'était venu les aider. Il n'y avait aucune aide médicale, aucun secours. Aucune aide médicale. Ludivine réalisa que c'était sur ce genre de théâtre que son métier l'amènerait à intervenir. Et elle, elle était restée figée. Immobile. Impuissante. Inutile.

A cette réalisation, elle sentit sa poitrine la faire souffrir. Elle se sentait si faible, si misérable. Elle n'avait rien fait. Elle qui avait toujours clamé être courageuse et déterminée, elle s'était laissé porter par la terreur. Impuissante et vaine.

Quelque chose se brisa en elle. Un cri de douleur quitta sa gorge tandis qu'elle s'accrochait au t-shirt de James. La douleur n'était pas physique, elle était mentale. Elle avait si mal de voir qu'en cas de nécessité, elle n'était pas capable de se protéger, de protéger les autres. Elle qui se pensait si forte.

James posa ses mains sur les siennes, lui montrant qu'il était là, mais son regard restait d'acier. Une colère incontrôlable se dessinait dans ses yeux, et Ludivine devinait sa déception.

Elle n'eut cependant pas le temps de dire quoi que ce soit. Des étincelles bleues s'élevaient dans les airs, et James reconnut le signal. Les autres étaient à l'abri, il était temps qu'ils en fassent de même. Il attrapa la main de Ludivine, l'éloignant de la foule. Il leur fallait trouver une zone de transplanage.

— Et les autres ? réussit-elle à demander d'une voix faible en se tournant vers la scène qu'ils quittaient.

— Tu te sens en état de les protéger ? demanda sèchement James en se tournant vers elle.

Ludivine resta silencieuse, accablée par la froideur du sorcier. Non, elle était incapable de les protéger. Elle était incapable de se protéger. Elle était non seulement d'aucune aide, mais était en plus un poids pour les autres, pour James.

— C'est bien ce que je pensais, siffla James, alors mettons-nous en sécurité. Les aurors sont en route.

James lâcha la main de Ludivine et passa son bras autour de ses épaules pour l'inciter à le suivre. Lorsque deux sorciers faillirent rentrer en collision avec eux, James plaqua Ludivine contre son torse pour la protéger, et cette dernière se laissa faire tandis que James continuait à avancer.

Collée au torse de James, Ludivine ne voyait plus grand-chose du chaos autour d'elle. Elle sentait la chaleur du corps du sorcier, la fermeté de ses muscles, l'odeur de ses vêtements, et à cet instant, pour la première fois, elle se sentait en sécurité. Jusqu'à ce que son estomac soit remué.

La seconde d'après, elle se trouvait dans la chambre de James. Jetant un regard autour d'elle, Ludivine sentit son corps trembler. Ses expirations s'accompagnèrent très vite d'un sifflement. Elle suffoquait. Elle était dans l'incapacité de se contrôler, elle était prise d'une crise de panique.

James, qui s'était éloigné lorsqu'ils avaient transplané, s'approcha de nouveau d'un pas rapide.

— Ludivine, murmura-t-il d'une voix douce.

Elle ne l'entendait pas. Comme précédemment, elle s'accrocha à James tandis que ses jambes fléchissaient. James la rattrapa, passant un bras autour de sa taille pour la coller contre lui. Il tenta de la calmer, caressant son dos doucement et murmurant des « shhh » qui la bercèrent.

Finalement, Ludivine se calma. Ses tremblements s'arrêtèrent et ses muscles finirent par se détendre. Drainé de toute énergie après ces événements, son corps était entièrement soutenu par les bras de James, mais Ludivine n'en avait pas conscience.

Ses yeux commençaient déjà à se fermer, et elle ne tenta pas d'y résister. Elle s'endormit sur place et cessa de lutter.


Ludivine ouvrit les yeux un peu plus tard. Elle se trouvait dans un lit qui n'était pas le sien, et elle en reconnut immédiatement le propriétaire à l'odeur de James dont étaient imprégnés les draps.

L'esprit embrumé et nébuleux, elle se sentait nauséeuse. Des images de l'attaque se mirent aussitôt à défiler dans sa tête, et une douleur apparut au niveau de sa poitrine. Elle cligna plusieurs fois des yeux pour qu'elles disparaissent, mais ce furent les voix qui s'élevaient dans son dos qui y parvinrent.

— Tu devrais aller manger quelque chose, conseilla Albus d'une voix fatiguée.

— Je vais attendre encore un petit peu, répondit Acca dans un souffle.

— Je t'appellerai si elle se réveille, insista Albus.

— La seule façon de te débarrasser de moi, Potter, c'est si, toi, tu sors de cette pièce.

Albus soupira d'agacement, et un minuscule sourire parvint à se former sur les lèvres de Ludivine. Ses deux amis veillaient sur elle, faisant fi de leurs différences. Elle s'efforça, durant les minutes qui suivirent, de ne pas trop bouger. Elle ne voulait pas faire savoir qu'elle était réveillée, incapable à cet instant d'affronter leur regard.

— La Gazette parle d'un vrai carnage, soupira Acca dans un bruit de parchemin plié. Pauvres Lud et Liz qui y ont assisté.

— James dit qu'elle est restée figée, souffla Albus d'une voix faible, ce n'est pas son genre de ne rien faire dans un duel.

— Ce n'était pas un duel, argua Acca, c'était un massacre.

Figée. Oui, Ludivine était restée figée. Elle ferma les yeux, consciente que le sorcier avait raison. Elle était du genre à répliquer, et non à s'immobiliser de la sorte. Que lui était-il donc arrivé ? Sans l'admettre, elle le savait déjà. Elle qui n'avait jamais vu de gens mourir de ses yeux.

Albus ne répondit rien, mais lorsque Acca rajouta quelque chose, Ludivine se douta qu'elle évaluait le sorcier.

— Tu serais surpris du nombre de choses qui peuvent tétaniser Ludivine, reprit finalement Acca.

— Arrête ça, siffla aussitôt Albus.

Ludivine n'avait pas besoin de se retourner pour deviner le regard surpris d'Acca face au ton agressif d'Albus.

— De quoi tu parles, Potter ?

— De sous-entendre que je ne connais pas Ludivine aussi bien que toi.

— Pourtant c'est le cas, répondit Acca avec nonchalance. Sur certains plans, je la connais mieux que toi et je pense, Potter, que c'est pour cette raison que tu ne m'apprécies pas particulièrement.

Albus garda le silence mais Ludivine devinait son regard noir. L'idée n'était pas impensable, mais elle doutait de la capacité d'Albus à être réellement jaloux. Il était bien trop rationnel pour l'être d'une amitié vieille de quinze ans.

— Je ne dirais pas que je ne t'apprécie pas, finit-il par répondre dans un souffle, c'est juste que… tu parles très fort.

Acca ne retint pas un rire discret tandis qu'un bruit de froissement se faisait entendre, et Ludivine se demanda si elle n'avait pas effectué un mouvement vers Albus.

— Pardon de ne pas convenir à tes codes de Serpentard distant, se moqua-t-elle d'une voix doucereuse, mais as-tu déjà entendu plusieurs membres de ta famille parler dans une même discussion ?

Cette fois-ci, un rire échappa des lèvres d'Albus, et Ludivine pouvait y déceler de l'amusement. Il avait finalement appris à accepter Acca, son humour et sa répartie, et au milieu de tout ce chaos, ce constat réchauffa le cœur de Ludivine. Elle aurait tout donné pour que ses deux amis s'entendent. A un certain niveau, c'était maintenant le cas.

Un nouveau silence s'installa, durant lequel Ludivine sentit le sommeil l'atteindre de nouveau. Elle avait hésité un instant à se tourner vers ses amis, leur signaler qu'elle était réveillée. Mais elle avait réalisé qu'elle n'avait pas la force de parler, de croiser leurs regards emplis de pitié, de tenir la face. Elle préférait se réfugier dans ces draps dont se dégageait cette odeur familière qui l'enivrait et la rassurait.

— Ton père a été appelé sur les lieux ? demanda Acca après quelques minutes de silence.

— Il va y passer la nuit.

— J'espère qu'il ne lui arrivera rien, souffla-t-elle.

Albus garda le silence, et Ludivine aurait donné beaucoup pour voir leurs expressions. Elle se sentait intrusive, mais elle préférait se concentrer sur leur discussion plutôt que ses pensées.

— Tu sais pourquoi elle est restée figée, n'est-ce pas ? demanda finalement Albus.

— J'ai ma petite idée, marmonna Acca avant de soupirer. Heureusement, ton frère était là.

Une nouvelle fois, Albus ne répondit rien, perdu dans ses pensées. Ludivine se demanda depuis combien de temps ils étaient là, tous les deux, à faire la discussion en attendant qu'elle se réveille.

— James est quelqu'un de très dur, finit par répondre Albus d'un ton hésitant, envers lui et envers les autres.

— J'ai cru le comprendre en voyant son coup de colère contre votre mère tout à l'heure, répondit Acca avec ironie.

La curiosité piqua Ludivine qui sentait son sternum se resserrer. Pourquoi était-elle si stressée à l'idée d'imaginer la réaction de James ? Il semblait déjà si énervé, dans le village, en constatant qu'elle ne faisait rien, en constatant qu'elle n'était peut-être pas aussi forte qu'elle aimait le faire croire. Elle ne doutait pas de l'avoir déçu, elle n'en doutait absolument pas.

— Tu n'es pas comme ça, pointa Acca d'un ton curieux, aussi intransigeant.

— Personne ne m'a demandé d'être la représentation même de la nouvelle génération des Potter, répondit Albus avec sarcasme, simplement d'être bon dans ce que je faisais.

— Tu as tout de même choisi une voie similaire à tes parents, continua Acca dont la curiosité ne faisait que grandir à mesure des réponses d'Albus.

— Lorsque j'aurais rejoint une équipe professionnelle, on ne pourra plus me comparer à mon père car il n'a pas choisi cette branche, expliqua Albus. Et personne ne me compare à ma mère. James, lui, sera toujours comparé à notre père.

— C'est pour ça que je me refuse d'intégrer la Coordination, avoua Acca d'une voix un peu plus basse. J'en ai développé un certain blocage dans mon orientation mais je me suis persuadée de ne pas suivre les pas de mes parents.

Un silence s'installa, et Ludivine devinait le regard interrogateur d'Albus, ainsi que l'air fuyant d'Acca. Cette discussion, Ludivine la connaissait très bien. Pour l'un comme pour l'autre.

— Mes parents embrassent cette vie d'espionnage, continua Acca dans un soupir, et n'attendent qu'une chose, que je fasse mieux qu'eux. Mais en réalité, rien ne m'angoisse plus que de suivre leur voie.

— Il n'y a aucun confort à être sans cesse comparé, marmonna Albus, se perdant dans ses pensées.

— C'est ça, approuva Acca à voix basse, et puis, je veux une vie simple. Loin des inquiétudes.

— Inconsciemment, admit Albus, j'ai certainement choisi le Quidditch pour cette raison également. Pour suivre les pas de mes parents dans la voie la moins risquée.

Ludivine entendit un mouvement se faire, et elle se doutait qu'Albus s'était tourné vers Acca. Elle se demanda si l'un de ses amis n'avait pas fait un geste envers l'autre.

— Je suis surpris, reprit Albus, que ta mère soit enthousiaste à l'idée que tu t'engages dans cette vie quand on voit les risques qu'elle-même prend.

— Le danger, tu finis par y prendre goût, souffla Acca. Quand tu crois en la cause que tu défends, il n'en a que meilleure saveur. C'est pour cette unique raison que la mère de Lud, par exemple, continue de vivre cette vie. Elle a vécu de ses yeux et de son cœur la peine que pouvait causer ce métier, mais elle ne pourra jamais s'en détacher. Et ça même si elle se persuade qu'elle arrêtera une fois qu'elle aura trouvé ses réponses.

— Au sujet du père de Lud, affirma Albus d'un ton rhétorique.

Acca hésita à répondre, et Ludivine sentit son cœur accélérer dans sa poitrine en espérant que son amie parlerait un peu plus. Elle pouvait sentir le regard de sa meilleure amie dans son dos. Finalement, Acca se résolut à parler.

— Le père de Ludivine a disparu en Europe de l'Est. C'est là-bas que Johanne est allée infiltrer une organisation pour faire sortir ma mère, et il y a toutes les chances qu'elle choisisse d'y rester, si elle pense y trouver ses réponses. Mais elle n'y trouvera rien, marmonna Acca, car il n'y a rien à trouver.

De nouveau, un silence s'installa. Ludivine savait très bien ce que voulait dire Acca en disant qu'il n'y avait rien à trouver. Son père avait disparu depuis sept ans. Il était un agent mort en mission, et rien d'autre. Il n'y avait aucune autre réponse à attendre. Il était simplement temps qu'elle, mais surtout sa mère, l'accepte. Il était temps qu'elles tirent un trait dessus.

— On devrait peut-être la réveiller, suggéra Acca à voix basse.

— Mes parents l'ont déconseillé, il faut qu'elle se repose.

Ludivine entendit le raclement d'une chaise contre le sol.

— Je vais voir si ma mère a pu soigner les blessures de Scorpius, signala Albus.

— Si c'est Rose qui le soigne, ne les dérange pas !

— Pas besoin de tes conseils, répondit Albus en fermant la porte derrière lui.

Lorsqu'Albus sortit de la pièce, Ludivine sentit une main lui caresser les cheveux avec affection.

— Je sais que tu n'as pas envie d'ouvrir les yeux, murmura Acca d'une voix douce, mais sache qu'on te soutient et qu'on t'aime.

Le cœur de Ludivine se serra. Elle ne faisait plus semblant de dormir, mais elle n'ouvrit toutefois pas les yeux. Elle se laissa bercer par la main qui continua à caresser ses cheveux avec douceur. Jusqu'à ce qu'elle se rendorme.


Ludivine sortit de son sommeil pour la deuxième fois de la soirée. Elle pouvait dire qu'il était très tard, mais son attention fut vite attirée par du bruit. Lorsqu'elle tourna la tête, son regard tomba sur James qui fouillait dans son armoire.

— Potter ? demanda-t-elle avec prudence.

Ludivine vit le dos de James se tendre tandis qu'il se figeait. Il se retourna avec réticence, et Ludivine lut toute la fatigue dans son regard. Ce regard qu'il osait à peine porter sur elle.

— Je ne voulais pas te réveiller, marmonna-t-il.

— Tu restes ? demanda Ludivine, la gorge serrée.

James soupira, passant une main dans ses cheveux tandis que son visage se tordait de réticence. Ludivine pouvait sentir son conflit intérieur à des kilomètres. Finalement, il lui tourna le dos, reportant son attention sur son armoire.

— Je venais simplement récupérer des affaires pour dormir ailleurs, répondit James en attrapant un jogging et un t-shirt. Rendors-toi.

Ludivine soupira, et James lui porta finalement un regard, son visage se tordant de colère en voyant la détresse dans le regard de la sorcière. Sa réaction renforça le mal-être de Ludivine qui ne parvenait pas à contrôler ses émotions. Elle était épuisée, et un rien lui donnait envie d'éclater en sanglots.

James soupira une dernière fois, s'éloignant en direction de la porte.

— James, marmonna Ludivine d'une voix si faible qu'il se demanda s'il l'avait vraiment entendue. Ne me laisse pas seule, supplia-t-elle.

James se figea. Lorsqu'il se tourna vers elle, Ludivine vit l'indécision se dessiner sur ses traits, et la grimace qu'il fit lui signifiait qu'il n'avait définitivement pas envie de rester. Il n'avait pas envie d'être là, n'avait pas envie de supporter ça.

Ludivine sentait son cœur se tordre de peine. Pourtant, elle resta immobile, attendant qu'il se décide.

Dans un soupir, James jeta finalement un dernier regard à Ludivine avant de secouer légèrement la tête de droite à gauche, comme pour lui-même, et de s'approcher. Seulement, il ne se rassit pas sur la chaise. Au lieu de ça, il grimpa sur le lit, prenant position derrière Ludivine, et s'allongea contre elle en collant son torse contre son dos.

Ludivine frissonna à ce contact. Elle était sûre que James l'avait senti, mais il l'ignora tandis qu'il passait son bras autour de sa taille, la tirant contre lui avant d'attraper sa main qui reposait devant elle.

— Tu ne… commença Ludivine avec gêne.

— Endors-toi, l'interrompit-il d'une voix rauque.

Comment allait-elle bien y parvenir, alors qu'elle sentait la poitrine du sorcier se soulever dans son dos, qu'elle sentait la chaleur de son souffle dans ses cheveux. Le corps de James embrassait parfaitement le sien, et il tenait fermement sa main, de façon possessive, comme s'il craignait qu'elle ne disparaisse.

Ludivine sentait son cœur se serrer en constatant la tension dans le corps de James, marqueur de sa colère. Il dut sentir sa propre agitation, car il déposa un baiser dans ses cheveux, si léger, si furtif, que Ludivine crut l'inventer. Pourtant, cela suffit pour qu'elle s'endorme.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Ludivine était de nouveau seule dans le lit. Il lui fallut plusieurs minutes pour comprendre pourquoi les draps n'étaient pas les siens, et pourquoi la pièce semblait si masculine. Jusqu'à ce que les souvenirs affluent.

Toute la soirée se rejoua dans son esprit, et Ludivine réalisa qu'elle avait attrapé les draps du lit avec force qu'une fois qu'elle sentit un morceau de parchemin dans sa main. Il s'était trouvé sur le lit, ouvert, et elle sut immédiatement de quoi il s'agissait. Un indice.

Attrapant le parchemin, elle lut les quelques lignes qui y étaient inscrites à la plume, d'une écriture élégante. « La confiance est le ciment invisible qui conduit une équipe à gagner. ».

Elle pinça les lèvres devant ce nouvel indice. La confiance, dans une équipe. C'était ironique de recevoir cela à cet instant, après les événements de la veille. Mais pour la première fois, le concours était le dernier de ses soucis.

Ludivine regarda autour d'elle, posant le morceau de parchemin sur le lit. Il faisait jour et elle rechignait à l'idée de descendre mais s'obligea à sortir du lit. Elle se dirigea aussitôt dans sa chambre, attrapant quelques vêtements avant de foncer sous la douche. Lorsqu'elle en sortit, ses idées étaient déjà un peu plus claires.

Elle descendit les escaliers, surprise de ne croiser personne. Elle n'avait aucune idée de l'heure, mais le manoir semblait vide. Jusqu'à ce qu'elle ne croise Lily dans la cuisine. Assise sur une chaise de bar, elle mangeait des céréales, les yeux rivés sur le journal. Lorsqu'elle vit Ludivine, un sourire chaleureux se forma sur ses lèvres.

— Comment vas-tu ? demanda-t-elle d'une douceur qui rappelait sa mère.

— Misérable, reconnut Ludivine avec gêne.

— Si ça peut te rassurer, la réconforta Lily, nous le sommes tous.

Ludivine accepta de croiser le regard de Lily, constatant son regard vitreux.

— Tu as l'air d'avoir peu dormi, fit-elle remarquer.

— J'ai eu du mal à fermer les yeux, expliqua Lily en passant une main dans ses cheveux roux, je suis allée dormir avec ma mère.

Ludivine sourit à Lily, et elles échangèrent un regard amical. Elles avaient probablement passé la même nuit agitée, et aucune des deux sorcières n'avait envie d'en parler.

— Tu as vu Albus ou Scorpius ? demanda Ludivine.

— Mon frère dort encore et je suis certaine que Scorpius rêve encore de la façon dont Rose s'est occupée de son bras, hier soir.

Ludivine ne cacha pas sa surprise tandis qu'un sourire amusé se formait sur ses lèvres. Elle constata que Lily avait la même expression, prête à éclater de rire. Ce qu'elles firent au bout de quelques secondes.

— C'est si évident ? rigola Ludivine.

— Oh tu sais, dans cette famille, tout se sait.

Le rire de Ludivine se calma légèrement. Elle avait en effet compris, bien avant de venir dans cette maison, que tout se savait chez les Potter. Elle demanda des détails à Lily qui s'empressa de lui en fournir.

Ce fut ainsi qu'elle apprit qu'hier, des sorciers avaient pénétré dans le bar en jetant des sorts dans tous les sens mais qu'ils avaient toutefois été rapidement neutralisés, que Scorpius avait été entaillé au bras en protégeant Fred et James qui s'étaient précipités à l'extérieur du bar.

Lily lui expliqua que Liz avait préféré rentrer chez elle hier soir afin de ne pas déranger les Potter, tout comme Acca dès que Harry avait pu lui obtenir une dérogation pour utiliser les cheminées internationales qui avaient été fermées à la suite de l'attaque. Ludivine se promit de leur écrire dans la journée.

Puis, Lily commença à lui confier les pensées qui la taraudaient ces derniers temps. Le regard fuyant et le mot bégayant, elle lui expliqua ce qu'elle pensait ressentir envers Myra Vortier, sa vieille amie de Poufsouffle. Il semblait difficile pour Lily d'admettre ces nouvelles émotions et il lui semblait d'autant plus impossible de les partager avec son entourage.

Lily commença à jouer avec ses mains, nerveuse. Prise d'une affection particulière, Ludivine posa sa main sur celles agitées de Lily et la rassura d'un sourire doux. Elle comprenait l'inquiétude de la sorcière à l'idée de ne pas rentrer dans une case qu'on avait probablement définie pour elle depuis sa naissance, alors elle lui conseilla d'écouter ses sentiments sans hésiter et de ne pas s'enfermer dans les schémas construits si ceux-ci ne lui correspondaient pas.

Les deux sorcières échangèrent un regard d'une complicité nouvelle, et Ludivine réalisa que ses pensées étaient plus légères. La personnalité chantante de Lily lui avait changé les idées. Elle remercia la jeune fille en quittant la cuisine. Même si elle n'en avait aucune envie, il fallait maintenant qu'elle trouve James.

Elle marcha longtemps dans le manoir à la recherche du sorcier, pensant qu'elle le croiserait s'il était levé. Mais elle ne le trouva pas. Au bout d'un quart d'heure, elle se résigna à retourner dans la cuisine où se trouverait probablement Ginny mais se stoppa net lorsqu'elle entendit des voix.

— Elle n'est pas prête pour la troisième épreuve, entendit-elle depuis une porte ouverte.

Ludivine fronça les sourcils, se rapprochant de la pièce d'où émanait la voix. Il s'agissait de la bibliothèque, et un regard discret à l'intérieur lui apprit que James était assis dans l'un des fauteuils, le regard perdu dans le vide. Il était nerveux, son pied n'arrêtait pas de taper le sol.

— Comment pourrait-on gagner si elle reste clouée au sol durant toute l'épreuve ? demanda-t-il d'un ton frustré.

Ludivine sentit tout à coup une bouffée de colère monter en elle. James semblait énervé et soucieux, mais surtout, il la pensait incapable de gagner le concours. Ludivine soupira, posant sa tête contre le mur derrière elle.

Elle ne pouvait pas le blâmer de penser ainsi, n'est-ce pas ? Après tout, elle était restée figée sur place hier, incapable de se défendre ou de protéger qui que ce soit. Les choses auraient-elles été différentes si ça n'avait été qu'un exercice ?

— Aucun sorcier de votre âge n'est censé être préparé à de telles choses, répondit une voix calme que Ludivine reconnut comme celle de Harry.

Elle était surprise de constater qu'il était au manoir. Elle avait imaginé que les aurors avaient été réquisitionnés en situation de crise pour mettre fin à l'attaque, prendre en charge les blessés et sécuriser les lieux.

— Il y a une différence entre ne pas y être préparé et rester figé face au danger, répondit sèchement James.

— Ne sois pas trop dur avec ta partenaire, James, tu ne sais pas quels sont les démons de chacun.

— Je connais les siens, réfuta James en secouant la tête négativement, et je pensais la connaître.

La déception s'entendait dans sa voix, et Ludivine sentit les larmes lui monter aux yeux. James était déçu d'elle, et à raison. A raison, se dit-elle en fermant les yeux, à raison. Elle était tellement en colère, contre James pour penser de la sorte, contre elle pour avoir agi de la sorte.

— Ludivine est une sorcière forte, formula Harry avec le calme qu'elle lui connaissait.

— Oh elle l'est, approuva James, mais pas autant que je ne l'aurais pensé.

Cette fois-ci, Ludivine retint un sanglot. Les mots de James étaient durs, si durs pour elle qui doutait déjà suffisamment d'elle après les événements de la veille. Elle ne voulait pas en entendre plus, il fallait qu'elle quitte cet endroit. Alors elle s'éloigna d'un pas rapide, retenant ce sanglot qui s'était coincé dans sa gorge. Il fallait qu'elle se calme.

Elle monta les escaliers d'un pas rapide, atteignant sa chambre et en claqua la porte. Personne ne viendrait la déranger s'ils pensaient qu'elle dormait toujours. Seulement, elle n'avait pas remarqué la présence d'une personne dans la pièce.

Ginny releva un regard surpris vers Ludivine tandis qu'elle déposait du linge sur son lit. D'un regard, elle comprit sa détresse. Elle tapota le lit en s'installant dessus tandis que Ludivine y fonçait pour s'y allonger.

Elles restèrent silencieuses durant plusieurs minutes, et si Ludivine se refusait à éclater en sanglots devant la sorcière, elle ne cachait cependant pas ses larmes. Ginny s'était rapprochée d'elle, caressant doucement ses cheveux.

— Je n'ai rien fait, finit par formuler Ludivine à voix basse.

— Personne n'attend d'une sorcière de seize ans d'intervenir durant un tel massacre, répondit Ginny d'une voix douce en devinant de quoi elle parlait. Il y avait des centaines de sorciers qui n'ont rien fait, hier.

— J'aurais dû répliquer, continua Ludivine sans écouter Ginny, j'aurais dû réagir et faire quelque chose. J'aurais dû l…

— Que s'est-il passé, Ludivine ? demanda Ginny d'une voix plus forte, plus autoritaire, qui la calma aussitôt.

— James est déçu, avoua Ludivine.

Ginny soupira, rangeant sa main sur sa cuisse. Elle se pinça la lèvre, hésitant sur le choix de ses mots.

— James ressemble bien plus à son père qu'il ne le pense, siffla-t-elle finalement avec irritation. Il n'aime pas la pression qu'il a sur les épaules mais en met tout autant sur celles des personnes qu'il aime.

Ludivine garda le silence, se mordant la lèvre pour empêcher de nouvelles larmes de couler. Les mots de Ginny ne la réconfortaient pas, enfermée dans l'idée qui tournait en boucle dans sa tête, celle qu'elle avait déçu tout le monde.

— La déception de James passera, lui assura Ginny.

— Pas la mienne, souffla Ludivine avec frustration. Je ne suis pas à la hauteur de mes propres attentes !

— James est comme son père, reprit Ginny avec amusement. Et toi, je crois comprendre que tu as hérité de ta mère.

Cette fois-ci, Ludivine releva un regard confus vers Ginny qui avait toujours le même sourire. Un sourire calme et rassurant, un sourire apaisé et apaisant.

— A être trop exigeant envers soi-même, continua Ginny sur ce même ton doux, on s'oublie dans la difficulté. Et lorsque notre tête ne suit plus et que tout implose, il est déjà trop tard. Je crois que ta mère l'a appris de la dure façon en rejoignant la Coordination.

— Vous la connaissez, constata Ludivine avec hésitation.

— Je l'ai rencontrée plusieurs fois, expliqua Ginny. La Coordination et le Bureau des Aurors travaillent en étroite collaboration parce que Harry et ta mère se connaissent très bien.

Le sourire de Ginny se renforça. Elle était consciente du regard interrogateur de Ludivine. Cette dernière n'osait poser aucune question, apeurée d'entendre les réponses. Mais Ginny lui en apporta tout de même.

— Je n'avais jamais cru aux rumeurs disant que Harry avait rencontré quelqu'un durant ses deux années d'absence avant que je ne découvre leur complicité, sourit nostalgiquement Ginny.

Les yeux de Ludivine s'écarquillèrent tandis qu'elle relevait brusquement le haut de son corps du lit.

— Ma mère, réussit-elle à formuler, et Harry ?

— Je te laisse imaginer notre tête lorsque l'on a reçu la première lettre d'Albus de Poudlard disant s'être lié d'amitié avec un Malefoy et une Hendell, rigola Ginny.

Ludivine ne put retenir un sourire, bien que perplexe. Ginny était-elle en train de lui dire à demi-mots que Harry Potter et sa mère avaient eu une relation ? Ce n'était pas possible, se dit-elle en frottant ses paupières. Elle leva un regard hagard vers Ginny qui éclata de rire en passant un bras autour de ses épaules.

— Je ne comprends pas, balbutia Ludivine.

— Après la guerre, Harry a disparu, lui raconta Ginny. Ça n'a surpris personne, il n'était plus le même. Il ne dormait plus, se réveillait la nuit avec des hurlements, pleurait parfois sans même le réaliser. Il était traumatisé par la guerre, par les morts. J'étais incapable de gérer sa peine et notre relation se dégradait de jour en jour. Il refusait de m'écouter lorsque je lui demandais d'aller voir quelqu'un, de se faire aider, et moi j'étais démunie, incapable de lui apporter l'aide dont il avait besoin. Un jour, Harry a tout lâché, il a disparu.

— Albus m'a expliqué qu'il avait fait un tour du monde.

— Il est allé voir autre chose que notre communauté qui tentait de se reconstruire, confirma Ginny. Il en a toujours peu parlé mais je pense qu'il a vu d'autres cultures, d'autres problématiques, d'autres tristesses de la vie. Dans de nombreux pays, la guerre est le dernier des soucis. Avant la guerre passent la nourriture et l'eau, la nature dégradée et les inégalités sociales. La magie ne résout pas ce genre de problématiques.

Ludivine se mordit la lèvre. Elle ne s'était jamais posée de telles questions. La magie ne faisait en effet pas apparaître nourriture et argent. Elle avait toujours eu le confort d'avoir les deux, et elle pouvait imaginer l'effet que ce voyage avait pu avoir sur Harry.

— Durant ce voyage, continua Ginny, il a rencontré ta mère. Quelques mois plus tard, il est revenu, reconstruit et fort. Il m'est revenu, convaincu du futur qu'il voulait.

— Il avait vaincu ses démons ?

— Il avait fait la paix avec eux, sourit Ginny, et je crois que ta mère l'y a grandement aidé.

Ludivine posa sa tête dans ses mains. Toutes ces informations bourdonnaient dans son esprit et elle était incapable d'en faire quelque chose. Elle pensa à l'accueil de Ginny lorsqu'elle était arrivée, à son comportement envers elle, sa gentillesse, sa bienveillance.

— Leur histoire ne vous dérange pas ? demanda timidement Ludivine. De m'avoir ici ne vous dérange pas ?

Ginny lui sourit tendrement, et Ludivine sentit son cœur se serrer face à la douceur que lui montrait la sorcière.

— Nous avons vécu une période très compliquée, lui expliqua-t-elle sur ce même ton doux qui la caractérisait, et nous avons chacun tenté au mieux de tourner le dos à nos démons.

— Mais vous avez tant donné à Harry…

— L'amour, répondit Ginny, c'est parfois trouver la personne qui correspond à qui nous sommes et d'autres fois, c'est trouver la personne qui correspond à ce dont nous avons besoin. Ta mère était ce dont Harry avait besoin à une période, et inversement. Je ne les blâmerai pas pour cela.

Ludivine était impressionnée par l'abnégation de la femme qui se tenait devant elle. Ginny Potter était si forte, si respectueuse.

— Je crois, continua Ginny, que ta mère a apporté à Harry ce dont il avait besoin pour se reconstruire et me retrouver. Quand il m'est revenu, je me suis vu construire une famille avec lui. Ce n'était pas le cas avant son départ. Quant à ta présence, je l'attendais depuis des années. Albus ne fait confiance à personne en dehors de notre famille, à l'exception de Scorpius et toi, et la confiance est un vaste sujet dans notre famille. Je crois savoir que dans la tienne également.

Ginny se leva. Son attitude était si sereine, son regard si délicat. À cet instant, cependant, son regard était aussi taquin que celui d'Albus et son sourire aussi malicieux que celui de James.

— De plus, conclut-elle, tu as pris une telle place dans le cœur de mon aîné que je n'aurais pas pu attendre plus longtemps pour te rencontrer.


Les heures qui suivirent avaient épuisé Ludivine. Elle n'avait pas réussi à penser à autre chose qu'aux paroles de Ginny. Elle comprenait enfin tant de choses concernant sa mère. Pourquoi cette dernière pouvait si facilement remarquer les ressemblances entre Albus et son père, pourquoi elle se tendait dès que le nom Potter était évoqué, pourquoi elle avait pu dire avoir une confiance absolue en cette famille. Pourquoi elle était si inhabituellement contradictoire.

Harry avait disparu durant deux ans. Il avait parcouru le monde et avait rencontré sa mère en chemin. Ils avaient partagé quelque chose et s'étaient séparés. Chacun avait fait sa vie ailleurs. Tout à coup, elle pensait à James. Si elle était tant comme sa mère, et lui comme son père, étaient-ils réellement faits pour être ensemble ?

Refusant de voir qui que ce soit, Ludivine s'était réfugiée dans le jardin. Elle s'était assise près d'un saule-pleureur où de nombreuses plantes et fleurs avaient poussé malgré le froid, et s'était installée sur l'herbe après avoir fait apparaître un plaid chaud. Et elle s'était entraînée à la magie élémentaire.

Albus et Scorpius étaient venus la voir un moment. Ils s'étaient installés à côté d'elle et l'avaient observé se concentrer sur une fleur. Ils n'avaient pas tenté de lui parler, échangeant quelques rares paroles entre eux. Ils étaient surtout restés là, à côté d'elle. Lorsque Lily les avait appelés à l'intérieur, Ludivine s'était de nouveau retrouvée seule.

Ça ne l'avait pas dérangée. Elle était de toute façon complètement absorbée. Une nouvelle heure passa, durant laquelle elle focalisa toute son attention sur une jonquille. Elle essayait de faire germer la fleur, mais cette dernière le refusait.

Lorsqu'un nouveau bulbe prit finalement forme sur la jonquille, Ludivine sentit une once de fierté la traverser, le souffle court.

— Cette fleur te résiste, indiqua une voix derrière elle.

Ludivine releva la tête avec surprise, constatant que Harry se tenait près d'elle. Il l'observait d'un air calme, les mains dans les poches, lui rappelant James dans sa posture. Ludivine ne répondit rien, et Harry ne cacha pas son sourire tandis qu'il s'installait à côté d'elle contre le saule.

— Ton action t'a épuisée, constata Harry.

— C'est parce que je ne m'entraîne pas assez.

— Un élément n'est pas censé te résister, lui dit Harry avec un sourire. Que tu le contrôles de façon brouillonne est normal mais pas qu'il te résiste.

Ludivine pinça les lèvres. Il était vrai que sa maîtrise était instable, mais elle n'appréciait pas particulièrement de se l'entendre dire. D'autant plus que Harry avait raison, elle le savait, cette fleur lui avait beaucoup résisté.

— Vous pensez que la terre n'est pas mon élément ? osa-t-elle demander.

— Soit ça, répondit Harry avec taquinerie, soit que ta magie n'est pas suffisamment forte pour maîtriser un élément. Mais ça, continua-t-il en voyant son air décomposé, j'y crois difficilement.

Ludivine garda une nouvelle fois le silence. Elle ne s'était jamais posé la question de l'élément. Elle avait commencé à s'entraîner à la maîtrise de la terre sans vraiment savoir pourquoi. Elle s'était juste lancée. Puis elle pensa à la seconde épreuve, à James qui lui expliquait, après être ressorti de la rivière, qu'en magie élémentaire, c'était l'élément qui choisissait le sorcier.

— James m'a raconté plusieurs fois vos épreuves, reprit Harry d'une voix plus sérieuse. Il est si impressionné par ce que vous avez accompli, par toi.

Ludivine attendit que Harry continue, malgré sa pause. Elle savait qu'il avait autre chose à lui dire.

— Il m'a notamment partagé sa surprise, lorsqu'il t'a retrouvée sous l'eau après que vous êtes tombés du viaduc. Il avait pensé te trouver inconsciente, mais tu continuais de respirer, même privée d'air.

Les yeux de Ludivine s'écarquillèrent tandis qu'un sourire amusé fendait de nouveau les lèvres de Harry.

— Vous pensez que l'eau serait mon élément ?

— Je pense, répondit-il vaguement, que tu devrais creuser cette piste.

Ludivine pinça les lèvres, préoccupée. Elle fuit soudain le regard de Harry, et ce dernier sut immédiatement ce qui l'inquiétait.

— Ce qu'il s'est passé hier n'est pas représentatif de ce que tu peux faire, Ludivine, lui dit Harry avec douceur.

— Visiblement, répondit-elle amèrement, c'est suffisamment représentatif pour que James ne révise son jugement à mon sujet.

— James est un jeune homme qui aime avoir le contrôle, argua Harry. Il était impuissant face à ta peur, c'est ce qui l'a le plus énervé.

Le bulbe que Ludivine avait fait apparaître sur la jonquille fana soudain, et elle sentit une nouvelle vague de tristesse la parcourir. Elle se sentait envahie par un sentiment d'impuissance, d'incapacité. Et elle en était complètement déboussolée !

— C'est normal d'avoir peur au combat, continua Harry sur un ton rassurant.

— Je suis la seule à avoir réagi comme ça ! s'énerva Ludivine.

— Peut-être devrais-tu discuter avec ton amie Liz, sourit Harry alors que Ludivine posait un regard interrogateur sur lui. Personne ne vous a envoyées là, personne ne vous a demandé d'agir. Ce n'était pas à vous de le faire. Voir des corps tomber, c'est notre équilibre qui se détruit, termina-t-il d'un ton absent.

Ludivine sentit des tremblements au niveau de ses mains en écoutant le discours de Harry. Son souffle s'était imperceptiblement accéléré, mais elle se força à recouvrer son calme, fermant les yeux et inspirant un grand coup. Harry l'observait d'un œil protecteur, d'un œil compréhensif.

— Ces images resteront dans ta tête, lui dit-il, c'est à toi d'en faire une force pour que cette situation ne se reproduise pas de nouveau.

De nouveau, il sous-entendait qu'une telle attaque pouvait se reproduire à tout moment. Sentant la panique la gagner, Ludivine se sentait incapable de continuer cette discussion et choisit d'en changer le sujet.

— Ginny m'a raconté votre passé avec ma mère, dit-elle d'une voix blanche.

A sa surprise, le sourire de Harry ne s'atténua pas. Il se renforça même un peu plus, et Ludivine réalisa que les adultes avaient probablement fait la paix avec leur passé des années auparavant.

— Vous avez aimé ma mère ? osa-t-elle demander.

— Je lui ai donné tout ce que j'avais à offrir à une époque, sourit Harry avec nostalgie. J'étais un jeune homme traumatisé, ce que j'avais à donner n'était pas beaucoup, mais elle l'a accepté et m'a rendu tout ce qu'elle pouvait. Ta mère m'a montré qu'il fallait se battre et vaincre ses démons pour changer quelque chose dans ce monde.

— Vous aviez déjà changé beaucoup de choses dans ce monde.

— C'est ce que je me disais, sans réaliser qu'il me restait encore tant de choses à faire pour rendre ce monde chaque jour un peu plus juste.

Un sourire ému se forma sur les lèvres de Harry, et Ludivine devina l'affection qu'il devait avoir toujours porté à sa mère.

— Mais, reprit-il, mon cœur appartenait à Ginny et les rêves de ta mère n'appartenaient qu'à elle. Alors j'ai guéri avec son innocence, je suis retourné auprès de Ginny. Johanne a suivi ses ambitions en intégrant la Coordination des Mondes qui venait de se créer dans le plus grand secret.

Ludivine savait que sa mère avait rencontré son père peu après avoir intégré la Coordination. Ils s'étaient retrouvés sur une mission commune et avaient construit quelque chose à ce moment-là. Mais, avant cela, sa mère avait suivi ses rêves. Cette pensée rassura Ludivine, la convainquant qu'elle aurait raison de suivre les siens.

— Ma mère ne m'a jamais rien dit, marmonna-t-elle.

— Notre passé vous a suffisamment suivi, soupira Harry. Lorsque Albus et toi êtes devenus amis, nous nous sommes mis d'accord pour ne rien dire.

— Vous êtes toujours en contact ?

— Comme de vieux amis le seront toujours, sourit Harry.

Ce même sourire se forma sur les lèvres de Ludivine. Elle ne savait pas quoi faire de ces informations, mais il lui semblait qu'elles lui allégeaient l'esprit.

Ludivine admirait sa mère. Lorsqu'elle était plus jeune, elle voulait tant lui ressembler. Elle avait toujours vu sa dévotion pour son travail, et ne lui en avait jamais voulu pour ses absences et ses silences. Elle l'avait admirée, pour son dévouement, pour continuer de se battre pour la paix, même quand la douleur était trop grande. Il restait du chemin à Ludivine pour devenir cette sorcière.

Néanmoins, elle l'avait toujours vue en tant qu'agent, en tant qu'espionne. Pour la première fois depuis des années, sa mère ne lui semblait rien de plus qu'une sorcière qui s'était construite d'amour et d'ambition à son âge.

Harry ne l'avait pas quittée du regard, et un sourire tendre se forma sur ses lèvres.

— N'en veux pas à mon fils pour sa dureté, il ne fait que reproduire des schémas.

Ludivine se pinça les lèvres.

— Votre fils est un idiot, monsieur Potter.

Harry ne put retenir un léger rire, se levant avant de proposer une main à Ludivine qu'elle prit sans hésiter. Il l'intimait à retourner auprès des autres.

— Ne le sommes-nous pas tous devant l'amour ?


Ces mots résonnèrent dans l'esprit de Ludivine plus violemment qu'elle ne l'aurait pensé. L'amour, était-ce réellement ce qui existait entre James et elle ? Face aux réactions de James, elle avait tendance à en douter. Il n'était pas là pour la soutenir, trop occupé à juger ses actions. Était-ce réellement ce qu'elle voulait, elle connaissait déjà la réponse.

Sans le réaliser, elle s'était retrouvée devant la chambre de James. Elle hésita à frapper, son instinct de protection l'intimant d'éviter toute confrontation avec le sorcier. Mais elle avait besoin d'éclaircir les choses avec lui.

Lorsqu'elle entendit l'incitation à entrer, elle ouvrit la porte d'un geste hésitant. James était assis à son bureau, concentré sur un parchemin. Lorsqu'il releva la tête et croisa le regard de Ludivine, cette dernière y lut de l'incertitude.

— Comment vas-tu ? demanda-t-il en parcourant son regard sur elle.

— Mieux qu'hier, répondit-elle avec toujours cette même hésitation.

— Tu as lu l'actualité sur l'attaque d'hier ?

— J'ai évité.

James se leva et s'approcha d'elle, lui tendant le parchemin qu'il lisait.

Ludivine attrapa la Gazette, effrayée de ce qu'elle pourrait y lire. Elle ne le voulait d'ailleurs pas, mais le regard de James était écrasant de dureté, sa posture imposante. Alors elle commença à lire.

« Deux attaques coordonnées, l'une au village sorcier de Godric's Hollow et l'autre dans le quartier magique de Manchester, ont fait au moins 62 morts et 86 blessés, hier soir. Onze attaquants ont été appréhendés, trois sont morts. Voici les informations dont nous disposons depuis le début de la journée. »

Ludivine refusa d'en lire plus. Elle rendit le journal à James en tentant de cacher le picotement au coin de ses yeux. Mais James ne récupéra pas tout de suite le journal, l'observant d'un regard dur.

— C'est le futur que tu choisis, lui dit-il d'un ton distant, et que je choisis également.

— Je sais… souffla Ludivine.

— Je me demande si tu en as tant que ça conscience, répondit James.

Cette fois, Ludivine releva un regard sévère vers James. Elle avait bien remarqué la distance du sorcier, son expression critique. Il contenait une colère tandis que celle de Ludivine grandissait.

— Si tu as quelque chose à me dire, Potter, cingla-t-elle, sois clair.

James recula aussitôt, le visage fermé en attrapant le journal sèchement. Son regard était défiant, mais elle refusait de baisser les yeux. Elle refusait de s'écouter et d'aller se cacher dans sa propre chambre.

James, cependant, resta silencieux, et Ludivine ne retint pas un soupir. Il était si hostile, elle se sentait seule et faible.

— Tu es déçu de ma réaction durant l'attaque, formula-t-elle.

— Je ne comprends pas, répondit James abruptement, pourquoi tu n'as pas bougé.

— Je… commença Ludivine avant de s'arrêter.

Comment expliquer à James que la vue de ces sorciers se tordant de douleur, tombant sans vie sur le sol l'avait entaillée au plus profond de son être ? Comment lui faire comprendre qu'elle avait revu sa mère devant ses yeux, la façon dont elle avait chuté face à ses attaquants, les blessures apparentes ? Comment lui partager que son esprit l'avait quittée, incapable d'affronter ces peurs, ces horreurs ?

— Que voulais-tu que je fasse ? soupira-t-elle, dépourvue d'énergie.

— Que tu lèves ta baguette, grinça James. Que tu t'opposes ! Que tu sois la sorcière que je connais, fière et forte !

Fière et forte. L'était-elle toujours ? Il fallait qu'elle s'en persuade. De toute évidence, personne ne le ferait pour elle.

— Je le suis toujours, protesta-t-elle sans conviction aucune.

— Pas quand il le faut.

La voix de James était teintée d'une déception qui brisa le cœur de Ludivine. Jusqu'à ce que la colère ne la gagne. Sa posture changea aussitôt. Elle n'était plus en retrait, le regard fuyant. Quelque chose dut bouger en elle, car elle leva un regard féroce vers James, raidissant son dos.

— Je ne te permets pas de me juger, cingla-t-elle en ignorant la surprise qui s'affichait sur les traits de James. Ne me parle pas comme si l'attaque d'hier était une situation normale.

— Elle est censée l'être dans le futur que l'on a choisi ! répliqua James avec une irritation qu'il ne cachait plus.

— Ce futur n'est pas demain ! s'énerva Ludivine.

— Pour moi, si !

Ludivine allait répliquer, mais elle referma la bouche en voyant la frustration de James. Il avait porté ses mains à ses cheveux, qu'il tirait avec force.

— J'aurais pu faire bien plus hier, continua-t-il d'une voix colérique, et je pensais que toi aussi. Toi qui es d'habitude tant dans le contrôle !

— J'ai eu peur, souffla Ludivine d'une voix cassée.

— Moi aussi j'ai eu peur ! continua James avec la même véhémence. J'étais terrorisé mais j'ai mis ces sentiments de côté. Tu crois peut-être qu'étant un Potter, je suis habitué à voir la mort ? demanda-t-il avec dérision.

Les mots de James avaient un effet tranchant sur Ludivine, qui commençait de nouveau à se sentir accablée. Pourquoi ne la soutenait-il pas ? Pourquoi n'essayait-il pas d'être compréhensif ? Était-ce tant demander ?

— Mais toi, continua James, tu n'as pas bougé. Tu n'as même pas su te mettre en sécurité. Tu as failli te prendre un sortilège et tu n'as rien fait. Qu'aurait eu le temps de te faire ce sorcier avant que tu ne réagisses ? MERDE je l'aurais tué de mes poings !

Les larmes montaient aux yeux de Ludivine. Il était si juste, ça la détruisait d'être mise face à ses failles. Mais surtout, il était impitoyable dans son jugement et ça, en revanche, la mettait dans une colère folle. Elle s'était attachée à un homme au jugement dur.

— Désolée d'avoir failli à tes attentes, Potter, répondit-elle d'une voix sèche.

James soupira. L'attitude de Ludivine changeait, elle retrouvait son énergie. Si la colère n'avait pas pris le pas sur ses émotions, il aurait souri. Mais James était loin d'être amusé.

— Tu sais bien que je te respecte tout autant, Hendell, soupira-t-il

— Tout autant, répéta Ludivine froidement, jusqu'à ce que je ne sois plus à la hauteur de tes exigences.

James ne répondit rien, gardant son regard inflexible sur elle. Il était incapable de la contredire, même si son regard s'adoucissait. Ludivine pinça les lèvres, montrant qu'elle était vexée.

Alors qu'elle sentait le chagrin l'envahir, elle tourna les talons. Cependant, James ne semblait pas d'accord. Il l'arrêta dans son mouvement, lui attrapant le coude.

— Lâche-moi, s'énerva Ludivine en refusant de se tourner vers lui.

— Tu fuis, maugréa James.

— Je fais bien ce que je veux ! répondit-elle sèchement en tentant de dégager son bras que James tenait avec fermeté.

— Arrête de te p…

Et cette fois, Ludivine vrilla. Elle se retourna avec violence vers James.

— Tu es censé ME SOUTENIR ! hurla-t-elle d'une voix étranglée.

Elle était à deux doigts d'éclater en sanglots et tout son corps était tendu de colère, mais elle défiait James du regard. Ludivine était ivre de colère. Contre James, contre elle. Elle le détestait pour ses actions, elle se détestait pour ses réactions.

Face à elle, le visage de James se défit. Mais Ludivine venait d'ouvrir les vannes.

— Tu es tellement centré sur tes attentes que tu n'essaies pas de comprendre ce que j'ai pu ressentir hier, ce que je ressens encore aujourd'hui ! Ces gens sont MORTS sous nos yeux !

— Je sais…

— Le sais-tu vraiment ? cingla Ludivine. Ton ambition t'aurait-elle glacé le cœur ? Car tu es le seul à ne rien ressentir devant ces morts.

— Je ressens de la COLÈRE ! s'énerva James. De la colère parce que ces animaux ont tué des innocents et que je n'ai rien pu faire ! Je quitte Poudlard dans six mois, Ludivine, je suis censé faire QUELQUE CHOSE !

— Tu me blâmes comme si j'étais responsable de ces morts, répondit Ludivine à demi-voix, cachant de quelques mèches ses yeux qui se remplissaient de larmes. Je sais que je suis restée figée, y repenser me tue. Mais je mérite de la compréhension devant ces horreurs.

— Je ne…

— Comment peux-tu prétendre t'attacher à moi et me déclarer la guerre pour n'avoir rien fait ? lâcha-t-elle dans un souffle. Est-ce que je dois cocher chacune de tes cases pour avoir ton affection ?

Ludivine releva la tête, ne cachant plus ses larmes silencieuses. Quelque chose se fragilisa dans le regard de James en voyant sa peine, et elle sut qu'il réalisait sa distance, sa froideur, et qu'il s'en voulait.

— Sois exigent, continua-t-elle sur le même ton, mais ne sois pas impitoyable dans ton jugement.

Impitoyable, ce mot fit frémir James. Il réalisait la dureté de ses propos, elle le savait. Il tenait toujours son bras mais il n'exerçait plus aucune pression dessus. Il leva son autre main d'un geste hésitant, l'approchant prudemment de Ludivine avant de serrer le poing. Elle le regarda faire lorsqu'il le desserra de nouveau pour caresser sa joue et essuyer ses larmes de ses doigts.

— Ce n'était pas mon but, murmura James en plantant son regard dans le sien. Je… je l'imagine vraiment ce futur, Ludivine. Toi en tant que médicomage d'intervention. Moi en tant qu'auror. Sur un champ de bataille. Je nous y vois tellement que ta réaction hier a brisé cette image dans laquelle je me projette tant. Et j'ai eu peur.

Les yeux de Ludivine s'écarquillèrent sous cette déclaration. C'était ce que représentait la tirade de James, une déclaration. Il s'engageait avec elle pour l'avenir, côte à côte, et malgré sa colère et sa peine, Ludivine en fut attendrie.

— J'ai eu peur, continua-t-il. Pour ta vie. Pour la mienne. J'ai eu peur que tout s'arrête à cet instant. J'ai… j'ai eu peur. J'ai eu peur et je suis désolé.

James déplaça la main qu'il avait laissée sur la joue de Ludivine pour la poser dans sa nuque. Il franchit les quelques centimètres qui les séparaient d'elle, tandis que son autre main rejoignait la première, et approcha son visage du sien. Le souffle de James s'était approfondi, comme celui de Ludivine, tandis qu'il posait son regard sur ses lèvres. Ludivine comprit. Il lui demandait la permission de l'embrasser.

Ludivine n'osa bouger son visage pour initier le mouvement. Elle s'accrocha au t-shirt de James et serra le tissu de son poing. Le message était passé. Dans un sourire, James pencha la tête et posa ses lèvres sur les siennes avec force. La réponse de Ludivine n'attendit pas, elle passa un bras autour des épaules du sorcier pour glisser sa main dans ses cheveux alors qu'il raffermissait sa pression dans sa nuque.

C'était un baiser fougueux, transparent de la frustration que les événements de la veille avaient créée, de l'envie que leur jeu de ces dernières semaines avait renforcée, de la passion qu'ils avaient cherché à contenir. Ce baiser était comme une décision mutuelle de paix et d'entente. De paix pour lui qui passait doucement une main sous le pull de Ludivine, caressant le bas de son dos. D'entente pour elle qui renforçait sa prise dans les cheveux de James tandis qu'une fièvre nouvelle prenait contrôle de son corps.

James fit un pas en avant, faisant reculer Ludivine jusqu'à ce que ses jambes buttent contre le lit. Elle suivit le mouvement de James lorsqu'il l'incita à s'allonger en se positionnant au-dessus d'elle. Il commença à embrasser la ligne de sa mâchoire jusqu'à descendre petit à petit dans son cou, et Ludivine laissa échapper un soupir de plaisir alors qu'il embrassait avec sensualité chaque parcelle de sa peau.

Lorsque les baisers de James remontèrent vers sa bouche, Ludivine répondit avec fougue tandis qu'il resserrait sa prise autour de sa taille. Ils s'embrassèrent longtemps ainsi, allongés dans le lit, pris d'une passion non contenue. Puis les baisers se calmèrent.

James l'enlaça, la serrant si fort tandis qu'il nichait sa tête dans son cou qu'il aurait pu être difficile pour elle d'inspirer de réelles bouffées d'air. Elle ne dit rien, cependant, laissant le sorcier la serrer comme si sa vie en dépendait. Elle ferma les yeux, passant ses bras autour du torse de James. Une vague de fatigue la parcourait, couplée au plaisir qu'elle ressentit quand James la submergea de baisers.

Allongée sous James, elle ressentait toute la chaleur qui irradiait de son corps. Prise entre les draps et les vêtements du sorcier, elle était inondée de son odeur et s'en délectait. Il la tenait d'une telle force, et déposait des baisers d'une telle douceur. A cet instant, le danger n'existait plus. La peine et la douleur avaient disparu. Elle était en sécurité.

Ce fut avec ces pensées que Ludivine s'endormit.

L'attaque avait eu des conséquences sur la relation de James et Ludivine. Des conséquences que Ludivine saluait après coup.

Elle s'était réveillée quelques heures plus tard, avec James qui s'était décalé sur le côté et la regardait dormir. Il avait refusé de la laisser partir lorsqu'il avait fallu aller dîner.

— Je ne veux pas que tu penses, lui avait-il confié dans un murmure, que mon exigence prend le pas sur l'affection que je te porte.

— J'aime le futur que tu as dépeint, avait-elle confié sur le même ton, je travaillerai sur moi pour qu'hier ne se reproduise plus.

— On le fera ensemble, murmura James en embrassant son front avec douceur.

Ils avaient échangé un sourire complice avant de descendre, main dans la main. Le dîner s'était d'ailleurs fait sans Harry qui n'était pas revenu durant 48 heures. Il n'avait pas dit un mot sur la situation extérieure à son retour, refusant de parler de telles choses le soir de Noël.

C'était en effet le 28 décembre, jour de Noël chez les Potter. Et on pouvait le qualifier d'agité.

Ron et Hermione étaient arrivés en milieu de matinée, avec Rose et Hugo ainsi que les grands-parents, Molly et Arthur. Les deux adolescents avaient rejoint le reste de leurs cousins dans le salon où tout le monde était installé tandis que les adultes discutaient dans la cuisine. Fred et Roxane s'étaient également joints à eux et Angelina et George, leurs parents, avaient salué chaque enfant avant de rejoindre les adultes.

Ne voyant pas James et Albus revenir avec le verre qu'ils lui avaient promis, Ludivine se dirigea vers la cuisine. Là, elle avait rencontré un nouveau membre de la famille Potter.

— C'est que James les choisit bien ! s'était exclamé un sorcier un peu plus âgé qu'elle, dont les cheveux bruns tournaient au vert foncé tandis qu'il s'approchait et attrapait la main de Ludivine.

Cette dernière resta bouche-bée tandis que le sorcier déposait un baiser sur le revers de sa main, un sourire espiègle sur les lèvres. Il se dégageait une telle assurance de ces yeux rieurs et de ce sourire malicieux. Il se dégageait un tel charme du sorcier d'une vingtaine d'années que Ludivine en rougit immédiatement.

— Teddy Lupin à votre service, jeune demoiselle, se présenta-t-il.

Le rougissement de Ludivine se renforça lorsqu'il tira légèrement sur son bras et qu'elle se sentit avancer d'un pas vers lui tandis qu'il se penchait vers elle.

— Je n'avais jamais vu James bégayer avant de l'entendre parler de toi, Ludivine, chuchota-t-il avec taquinerie.

— Ne raconte pas n'importe quoi ! s'offusqua James en s'approchant, passant un bras autour des épaules de Ludivine pour la faire reculer d'un pas. Et arrête avec ce ton charmeur, tu la mets mal à l'aise.

— Jaloux, Jamie ? demanda Teddy en rentrant les mains dans ses poches avant d'éclater de rire.

— Ne fais pas trop le malin, menaça James, ou je parle de l'Espagne à Victoire.

Le visage de Teddy se défit aussitôt tandis que le rire de James se renforçait. Lorsque Harry appela Teddy, James accompagna Ludivine dans le salon où les adolescents discutaient avec animation.

Animation, c'était le mot qui caractérisait le manoir. Le repas avait été animé, plusieurs discussions se chevauchant. Ludivine avait été relativement silencieuse, observant cette famille unie. Lorsqu'il avait été l'heure d'ouvrir les cadeaux, elle avait découvert la montagne de paquets qui avaient été déposés près du sapin.

Pour Ludivine, qui ne se souvenait pas avoir fêté Noël à plus de cinq, cette soirée était particulière. L'effervescence qui avait gagné tout le monde la faisait sourire. Oubliés les événements récents, oubliées les horreurs de ce monde, rien ne comptait à part l'unité familiale. Ce sentiment lui plut.

Elle réalisa que de nombreux cadeaux lui étaient destinés. Elle échangea un sourire complice avec Albus et Scorpius lorsqu'elle découvrit un kit de fabrication de potions qu'elle avait repéré quelques mois plus tôt pour la concoction de cataplasmes. Scorpius lui fit un clin d'œil en lui montrant le livre d'histoire des guerres magiques du 20ème siècle qu'ils lui avaient offert tandis qu'Albus s'extasiait devant sa trousse de nettoyage et polissage du bois de balai.

Ludivine ne put retenir un sourire devant le cadeau de Ginny, une robe vert émeraude qu'elle posa à côté du pull en laine vert que Molly lui avait tricoté. L'émotion la prit, cependant, lorsqu'elle découvrit une photo encadrée de sa mère, adolescente, qui souriait de conquête en haut d'une montagne enneigée. Elle était si jeune, si confiante et si belle. Ludivine savait qui lui offrait ce cadeau, et croisa le regard complice de Harry.

Parmi les autres cadeaux, ce fut le plus petit qui l'intrigua. Elle attrapa l'écrin de velours vert, discret mais élégant, et l'ouvrit. Un bracelet fin doré s'y trouvait, avec une pierre verte, fine et longue, qui composait la moitié du bracelet. C'était un bijou magnifique, qui coupa le souffle à Ludivine tandis qu'elle cherchait qui en était à l'origine.

James la scrutait d'un regard attentif, et Ludivine mima un merci des lèvres avant d'échanger un sourire complice avec lui. Son cadeau était osé et significatif, et Ludivine l'accepta chaudement.

C'était comme si les événements récents et leur altercation les avaient aidés à franchir un pas. Ils avaient quitté les murs protecteurs de Poudlard et avaient fait face à la réalité, celle d'un monde instable où le danger était omniprésent. Ils choisissaient tous les deux ce futur, il était temps qu'ils acceptent d'avancer ensemble.

Cette idée se confirma quelques jours plus tard, lors du réveillon de la nouvelle année. Une bonne partie de Poudlard s'était réunie chez Lysander et Lorcan Scamander, les jumeaux de Luna Lovegood de son nom de jeune fille. Ludivine avait retrouvé Acca, Liz et Evelyn, et les avait chacune serrées dans ses bras avec toute sa force. Lorsqu'Evelyn tressaillit sous son étreinte, portant une main sur son épaule gauche couverte par sa robe, Ludivine fronça les sourcils. Elle se contenta cependant de pincer les lèvres quand Evelyn lui fit comprendre d'un regard qu'elle ne dirait rien.

Un peu avant minuit, une musique douce se fit entendre. Plusieurs couples s'étaient formés sur la piste de danse. Lorsque James s'approcha de Ludivine, lui tendant sa main, elle fut prise d'une hésitation avant de comprendre qu'il l'invitait à danser.

Elle jeta un regard circulaire autour d'elle. Plusieurs personnes avaient déjà tourné la tête vers eux, et elle réalisa ce que faisait James. Il marquait un territoire. Malgré l'hésitation, elle posa sa main dans la sienne, se laissant porter jusqu'au centre de la pièce.

Il la rapprocha de son corps avant de poser ses mains sur sa taille, et comme un réflexe, Ludivine passa ses bras autour de la nuque du sorcier.

— Tu sais qu'il n'y a pas de retour en arrière après ça ? chuchota-t-elle.

— Je ne suis pas du genre à reculer, Ludivine.

Ludivine. Un sourire se forma sur ses lèvres. Ils partageaient une intimité nouvelle, et elle aimait ça.

— James, murmura-t-elle avec un sourire pour voir ce que cela faisait d'appeler le sorcier par son prénom.

Aussitôt, James resserra sa prise autour de sa taille, l'embrassant de son corps tandis que Ludivine laissait sa tête reposer sur son torse. Ils ne passaient pas inaperçus au milieu de la foule de danseurs, mais à cet instant, toute l'attention de Ludivine était portée sur James, et toute l'attention de James était portée sur elle. C'était tout ce qui comptait.