Chapitre 20 - Construire sur des ruines
— C'est l'amour fou, il semblerait.
Ludivine hocha la tête pour confirmer les propos de Liz, observant la tour de Gryffondor autour de laquelle Acca et Albus volaient, un sourire s'échappant de ses lèvres quand ce dernier fit un virage aussi serré qu'impromptu qui surprit Acca. Il n'y avait néanmoins aucune chance qu'elle tombe, les bras d'Albus l'enserrant fermement sur ce balai qu'il maîtrisait parfaitement.
Liz murmura quelque chose à Evelyn qui émit un rire fin. Ludivine savait qu'elles se moquaient du couple qui se formait dans les airs, elle-même ne pouvait retenir un sourire face à ce spectacle.
Acca s'agitait dans tous les sens sur le balai, son excitation perceptible depuis le sol. Albus, malgré les perturbations, tentait de rester concentré sur sa trajectoire, mais plus les minutes passaient, et plus la tâche se révélait compliquée. Ludivine était certaine d'une chose. Il regrettait très probablement sa proposition.
Lorsqu'Albus avait appris que la mère d'Acca était rentrée blessée et qu'il avait vu son visage inquiet, il avait demandé s'il y avait quelque chose qu'il pouvait faire pour alléger les pensées de la Gryffondor. Ludivine avait alors eu l'idée d'emmener Acca voler, connaissant sa réticence à se retrouver seule au-dessus du vide et le plaisir qu'elle avait déjà eu à monter avec quelqu'un.
Qui aurait cru, une semaine plus tôt, qu'Albus et Acca rigoleraient ensemble sur un balai ? Eux qui s'étaient si peu appréciés pendant tant d'années. En ce moment, ils flirtaient sans restriction et Ludivine savait que ses deux amis avaient franchi une étape durant les vacances, à la suite de l'attaque.
— Ça va finir en accident, prédit Evelyn.
Survolant le terrain, Acca criait sur Albus, tapant la cuisse du sorcier comme si elle la dérangeait. Il semblait hermétique à ses agitations mais Ludivine voyait le balai vibrer et tanguer. A ce rythme, ils finiraient bientôt au sol.
La prédiction se réalisa plut tôt que prévu, lorsque Acca tourna son buste entier vers Albus, éclatant de rire en voyant les traits irrités de ce dernier. Leurs visages étaient très proches, lorsque Albus le réalisa en levant le regard vers elle, il y eut un temps de latence. Puis le balai piqua vers le sol, et Ludivine eut juste le temps de voir Albus retourner le balai pour finir sur le dos avant qu'ils n'atterrissent dans un fracas.
La chute fut brève mais les trois sorcières se précipitèrent pour voir si tout allait bien.
Les corps d'Albus et Acca étaient entremêlés, et le rire de cette dernière résonnait tandis qu'elle relevait le haut de son corps et surplombait Albus allongé sous elle. Il semblait avoir pris un plus gros coup qu'elle, se tenant le crâne avec une grimace.
— Putain, Rockwood ! s'exclama-t-il avec colère en se frottant le crâne.
— Tu m'as protégée de la chute, ricana Acca, enivrée par l'adrénaline, quel gentleman !
— Je n'avais jamais chuté d'un balai, grogna Albus en la fusillant du regard, ignorant sa remarque.
Il était irrité, mais il balaya toutefois son regard sur Acca pour s'assurer qu'elle n'était pas blessée, avant de se relever sans la brusquer, lui tendant une main qu'elle attrapa. Le sourire qu'ils échangèrent était amical.
— Je suis la reine des premières fois, Potter, ricana Acca avant de se tourner vers ses amies. Et bien tu avais raison, Evy, voler est génial !
— Voler avec un bon joueur, corrigea Evelyn avec un petit sourire.
— Oh, sourit Acca avec malice, je pourrais faire aussi bien qu'Albus !
Le concerné la fusilla du regard, aucune émotion ne transparaissant face au fait qu'elle l'avait appelé par son prénom.
— Tu es trop agitée pour rester stable sur un balai, cingla-t-il.
— Je suis sûre que mon atterrissage aurait été plus réussi, provoqua Acca.
Albus restait silencieux, jetant un regard exaspéré à Ludivine tandis que Acca éclatait de rire et que Liz affichait un sourire amusé.
— C'est la dernière fois que je fais un truc avec ta copine, dit Albus à Ludivine.
— Mais non Potter, répondit Acca en s'approchant de lui, posant une main sur son torse avant de poser un regard joueur sur lui, ce n'est que la première fois.
Les joues d'Albus se teintèrent imperceptiblement tandis qu'il posait un regard neutre sur Acca dont le sourire était charmeur. Un instant passa, puis elle éclata de rire, se mettant sur la pointe des pieds pour embrasser la joue d'Albus avant de se tourner vers ses amies.
— Je crois qu'il est l'heure de notre soirée entre filles !
Liz tapa dans ses mains d'excitation et Evelyn lâcha un petit rire quand Albus passa une main dans ses cheveux en murmurant un « bon débarras ». Il s'approcha de Ludivine, une main sur son balai, et lui embrassa les cheveux avant de s'envoler dans les airs.
— Je n'ai jamais vu Al s'irriter aussi facilement qu'en ta présence, dit Ludivine à Acca alors qu'elles prenaient la direction de la tour d'astronomie.
— Oh il a été très patient. J'ai tiré sur la corde, admit Acca dans un rire, je l'ai eu à l'usure.
— J'ai du mal à comprendre ce que tu apprécies à faire sortir Potter de ses gonds, fit remarquer Evelyn tandis qu'elles montaient les marches de la tour.
— Va savoir, répondit Acca en haussant les épaules, il est sexy quand il s'énerve.
Ludivine haussa un sourcil en direction d'Acca et le rire de cette dernière se renforça avant de passer un bras autour des épaules de la Serpentard.
— Tu dois comprendre de quoi je parle, renchérit Acca, c'est de famille !
— Je t'assure que James s'énerve bien trop facilement pour que ça en soit sexy, sourit Ludivine en ouvrant la porte de leur salle.
Ce fut dans un rire général qu'elles s'installèrent comme elles avaient eu l'habitude de le faire durant des années, sur un tas de coussin qu'elles firent apparaître.
A cet instant, installée face à ses meilleures amies qui commençaient à discuter avec énergie, Ludivine s'autorisa à se détendre. C'était malheureusement rarement arrivé depuis son retour à Poudlard, deux semaines plus tôt.
Le retour s'était fait dans une ambiance particulière. L'inquiétude qui avait habité chacun avant les vacances s'était renforcée à la suite de la double attaque qui avait fait, selon les derniers chiffres officiels, 75 morts. La communauté magique n'avait pas connu un tel sinistre depuis la disparition du Seigneur des Ténèbres.
Le discours était bien plus inquiétant à la suite de l'attaque. Le guet-apens des attaquants, le temps d'arrivée des aurors, le manque de préparation de Ste Mangouste, tout était sujet à critique. Comment avait-on pu permettre tant de morts et de blessés sans intervenir au bon moment ? Le Bureau des Aurors en prenait pour son grade par la presse sorcière. Et par la communauté magique dans son ensemble.
— Oh arrête ! s'exclama Evelyn envers Acca. Tu ne lui as même pas parlé de la situation de ta mère !
— Tu devrais te comporter en Gryffondor et rompre, ajouta Liz.
Acca maugréa en réponse, et Ludivine raccrocha les wagons. Elle comprit rapidement qu'elles parlaient de la relation d'Acca avec son petit-ami, Michael.
— Je ne lui en ai pas parlé parce qu'il n'aurait pas compris, se défendit Acca à demi-voix.
— Tu ne lui en as pas parlé parce que tu ne cherchais pas son réconfort, objecta Evelyn avec douceur, et ce n'est pas grave. Mais il est temps que tu fasses quelque chose. Au moins par respect pour lui.
Acca resta silencieuse, pensive. Cela faisait des mois qu'Evelyn, Liz et Ludivine pensaient que son couple ne faisait plus sens. Leur amie n'en parlait plus. Elle voyait et s'intéressait peu à son petit-ami. Elle avait d'ailleurs déjà pensé plusieurs fois à le quitter, sans jamais le faire. Mais maintenant qu'elle se permettait de flirter avec d'autres sorciers, il était peut-être temps qu'elle prenne les décisions qui s'imposaient.
Le regard de Ludivine se posa sur Evelyn. Dans le train, les deux sorcières s'étaient isolées. Ludivine lui avait raconté toute l'histoire avec James ainsi que l'attaque. Evelyn l'avait écoutée silencieusement, puis l'avait longuement rassurée sur sa réaction, et l'avait félicitée d'avoir abaissé ses barrières et accepté James. Elle n'en avait néanmoins pas raté une pour critiquer le comportement intransigeant du sorcier.
Ludivine avait attendu qu'Evelyn fasse de même et lui raconte ses vacances. Elle n'avait pas oublié son expression de douleur lorsqu'elle avait souhaité la prendre dans ses bras, lors de la nouvelle année, et il était hors de question que cette discussion n'ait jamais lieu. Néanmoins, lorsqu'Evelyn était restée silencieuse, Ludivine avait fait le choix de ne pas la confronter.
Elle avait partagé ses impressions à Acca et Liz qui s'étaient accordées pour attendre qu'elle s'ouvre à l'une d'elles. Mais elles avaient vraisemblablement oublié qu'Evelyn était une Lowell et qu'elle n'exprimait ses émotions que lorsqu'on l'y confrontait.
A cet instant, le besoin de savoir eut raison de Ludivine et les mots s'échappèrent de ses lèvres.
— Que s'est-il passé à Noël ? demanda-t-elle à Evelyn.
Un silence s'installa. Les trois sorcières se tournèrent vers Ludivine qui n'avait pas quitté Evelyn du regard. Acca et Liz l'imitèrent, constatant qu'Evelyn se pinçait les lèvres, le regard tourné vers le sol.
— Je vous ai déjà raconté mes vacances, murmura-t-elle.
— Pas réellement, objecta Acca avec douceur.
— Raconte-nous, intima-Liz d'une voix bienveillante.
Evelyn soupira, jetant un regard aux trois sorcières qui la regardaient avec dévouement. Elles étaient concernées. Le visage d'Evelyn était fermé, mais elle était tiraillée. Il ne fallait pas grand-chose pour la convaincre de parler, mais ses barrières n'étaient pas encore abaissées.
— Il n'y a rien à raconter, répondit-elle à voix basse, Noël était comme chaq…
— Au nouvel an…, insista Acca avant de se faire couper.
— Ce n'était rien, trancha Evelyn.
— Tu mens, cingla Ludivine.
Les deux sorcières se fusillèrent du regard mais aucune des deux ne baissa les yeux, Evelyn par fierté et Ludivine par refus de se plier aux mensonges de son amie. Ignorant le duel de regards, Liz posa sa main sur l'épaule d'Evelyn.
— Tu as passé plusieurs jours chez Nott, reprit-elle doucement.
— Ethan a été particulièrement avenant, sourit tristement Evelyn. Il est bien plus attentionné qu'il ne le laisse paraître, d'autant plus que je dois reconnaître ne pas avoir été un cadeau. Je crois que j'ai voulu montrer aux Nott que j'avais du caractère, un peu trop probablement.
— Alors qu'est-ce qu'il…
— Ethan était assez parfait, continua Evelyn avant de soupirer, jusqu'à ce qu'il dise à ma mère en plein repas que j'étais opposée à ce mariage.
— Il n'aurait pas fait ça ! s'horrifia Acca.
— J'ai du mal à savoir s'il l'a fait volontairement, pour se venger de mes remarques durant mon séjour mais… disons que cela a créé des différends avec ma mère.
— Au sujet du mariage ? demanda Liz.
— Au sujet de mon futur.
Evelyn soupira une nouvelle fois en passant une main dans ses cheveux longs et soyeux.
— Je vous laisse imaginer sa réaction lorsqu'elle a compris que j'avais osé partager mon opposition. La discussion a été virulente, ça a escaladé sans que je ne m'en rende compte. J'ai fini par lui hurler que je me fichais bien du mariage, que je continuerai ma carrière après Poudlard, mariée ou non. Et, continua-t-elle après avoir marqué une pause, je lui ai dit que je ferai tout pour ne pas avoir d'enfants. Et là, les choses ont dégénéré.
Elle se tût, pinçant les lèvres tandis que sa main se portait inconsciemment sur son épaule. Ludivine, elle, était partagée entre la colère et la peine. La colère de constater que certaines familles étaient si ancrées dans leurs traditions qu'elles en oubliaient l'amour et le respect qu'elles devaient se porter. La peine parce qu'elle était impuissante face à cette douleur que son amie taisait, même à cet instant.
— Ta mère n'est pas une bonne mère, attesta Acca.
— Je vais bien, reprit Evelyn avec un sourire à moitié convaincu.
— Elle n'avait jamais levé la main sur toi avant, souffla Liz à voix basse.
— Je suppose que je ne lui avais jamais donné l'occasion de le faire, soupira Evelyn. Ce deal avec les Nott lui tient à cœur, elle n'aurait jamais espéré une famille aussi ancienne.
— Ne lui cherche pas d'excuse.
Le sourire d'Evelyn se teinta de tristesse. Ce n'était pas le cas. Seuls les enfants de son rang pouvaient pleinement comprendre l'importance des traditions, la valeur du sang. Acca ne pouvait pas comprendre, la tradition du sang n'était pas si prégnante aux États-Unis. Liz et Ludivine ne pouvaient pas comprendre, elles n'étaient pas de sang pur.
La résignation d'Evelyn fendait le cœur à chacune de ses amies, elles qui l'avaient toujours vue s'opposer à sa mère avec une dignité qu'elles avaient toujours admirée.
Il n'y avait rien de surprenant dans son discours. Sa mère, pour qui rien n'importait plus que la valeur et le respect du sang, avait épousé Marcus Lowell pour son nom et avait verrouillé chaque aspect de sa vie pour devenir celle qu'elle avait toujours aspiré être. Elle avait souhaité un garçon et avait eu deux filles, alors elle s'était assurée qu'elles fassent honneur au nom respectable des Lowell.
Elle avait calculé chaque aspect de sa vie, de son mari et de ses filles pour assurer cette réputation, que le nom qu'elle avait épousé reste respectable. Cela passait par un comportement irréprochable mais également par une union solide avec une famille tout aussi estimable. Et la famille Nott l'était.
Considéré par les autres familles comme fidèle au Seigneur des Ténèbres, Théodore Nott s'était fait discret après la guerre. Il avait obtenu une place au Département des Mystères et avait continué à fréquenter ses anciennes relations, contrairement à Drago Malefoy qui avait coupé tout contact avec cet entourage.
Ludivine s'était méfiée d'Ethan Nott, ne lui faisant pas confiance, ni à lui, ni à sa famille qui, contrairement aux Malefoy, avait longtemps joué sur l'ambiguïté de leur position durant la guerre. Elle détestait d'ailleurs le sorcier pour avoir rendu Evelyn si vulnérable devant sa mère, volontairement ou non. Mais elle avait conscience qu'il n'était pas le vrai problème, il n'était qu'un choix parmi d'autres. Le vrai problème était Helena Lowell et sa décision de verrouiller les rêves de sa fille.
— Que comptes-tu faire ? demanda-t-elle finalement.
—Je ne sais pas, répondit Evelyn après un moment de pause. Pour le moment, je me cache de ma mère au château et j'évite Ethan.
Un silence inconfortable s'installa. Puis Acca se leva et s'approcha d'Evelyn. Elle ouvrit ses bras et étreignit son amie. Liz se pencha aussitôt pour encercler les deux sorcières tandis que Ludivine s'approchait et faisait de même. Ce câlin était leur promesse, à chacune d'elles, de prendre soin les unes des autres.
— Je vais bien, répéta Evelyn avec plus d'aplomb et cette fois, ses amies la crurent.
La discussion s'allégea par la suite, les quatre sorcières choisissant de s'étendre sur les rumeurs et potins qui habitaient le château.
Lorsqu'elles se séparèrent, quelques heures plus tard, Ludivine ne pouvait retenir l'expression détendue qui habitait ses traits.
— Lud !
Ludivine se retourna pour voir Evelyn s'approcher d'elle d'un pas trottinant. Son amie arborait une mine inquiète et Ludivine sentit que quelque chose n'allait pas.
— Je ne voulais pas en parler devant les filles, commença-t-elle lorsqu'elle arriva à sa hauteur, mais je voulais te dire de faire attention. Les Nott ont beaucoup de visiteurs et j'ai entendu un certain nombre de conversations incluant les Potter.
Ludivine sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale. Il y avait quelque chose de menaçant dans les mots d'Evelyn, que son inquiétude retranscrivait. Tout à coup, elle se sentit submergée par ses pensées, tournées vers l'attaque. Elle faisait tout pour ne pas y penser, mais la moindre allusion à un danger la ramenait directement à cette peur qui l'avait tétanisée, à ces corps dont elle rêvait la nuit.
— Que disaient-ils ? réussit-elle à demander.
Evelyn hésita. Son regard indiqua néanmoins qu'elle avait entendu beaucoup de choses, et qu'aucune d'elles n'était positive.
— Les Potter ont beaucoup d'ennemis, se contenta-t-elle de murmurer, n'en sois pas une victime collatérale.
Les derniers mots d'Evelyn résonnèrent dans l'esprit de Ludivine durant plusieurs jours. Maintenant qu'elle était officiellement en couple avec James, elle était une cible. C'était quelque chose qu'il lui rappelait à l'occasion.
La nouvelle de leur couple avait fait le tour du château en moins d'une heure. Les murmures incessants et les regards intrusifs étaient revenus avec plus de force qu'auparavant, et elle faisait de son mieux pour les ignorer. James, lui, y était hermétique. C'était comme s'il ne voyait rien à part elle, et n'entendait rien à part eux.
Ces dernières semaines, elle avait découvert une nouvelle facette de James, son côté tendre. Il semblait toujours la couvrir d'un regard protecteur, initiant un contact physique dès qu'il le pouvait. Qu'il s'agisse d'un bras autour de sa taille, d'une main sur la sienne, de son visage dans sa nuque, ou encore de baisers furtifs sur sa peau, il semblait avoir toujours besoin d'être au contact de Ludivine. Et elle goûtait ses initiatives.
Néanmoins, James restait James. Il était déterminé. Et sa priorité était le concours. Il ne jurait que par les entraînements et avait augmenté son niveau d'exigence. Ils devaient être totalement préparés pour la troisième épreuve, même s'ils n'avaient toujours pas réussi à savoir en quoi elle consisterait. Alors la veille, il avait ignoré les protestations de Ludivine qui se plaignait de fatigue, et l'avait forcée à s'entraîner à la magie élémentaire.
A leur retour, James avait longuement insisté. Harry lui avait vraisemblablement parlé durant les vacances pour l'informer qu'elle s'obstinait à maîtriser un élément qui ne lui correspondait pas.
Ludivine, cependant, n'avait pas osé essayer de contrôler un nouvel élément, effrayée par l'échec. Alors James avait insisté pour qu'elle surmonte cette peur qu'elle ne lui avait pas formulée telle quelle mais qu'il avait tout de même comprise.
Ils avaient d'abord passé de longues soirées à comprendre quel était l'élément de Ludivine, cette dernière ayant partagé à James sa crainte d'effectuer deux fois la même erreur. Alors, à la demande de James, elle avait passé des heures devant la cheminée de la Salle sur Demande, à essayer de dompter le feu qui virevoltait. Au bout du troisième soir où James l'avait empêchée de parler durant deux heures pour qu'elle reste concentrée, elle avait fini par s'énerver et lui avait cinglé que le feu n'était pas son élément. Malgré un froncement de sourcils devant son abandon, James n'avait rien dit, conscient de la colère de Ludivine.
Il avait également souhaité tester l'air, mais elle avait catégoriquement refusé de se tenir tout en haut de la tour d'astronomie, les pieds sur le rebord. La négociation avait duré des heures, et s'était transformée en dispute lorsque James avait insinué qu'elle se laissait gagner par la peur, et que Ludivine avait critiqué son obstination. Alors ils avaient choisi de mettre de côté l'air pour le moment.
Ils avaient ensuite testé l'eau. James avait assis Ludivine devant le lac, lui demandant de se concentrer comme elle l'avait fait pour le feu. Il n'avait rien dit lorsqu'il avait vu l'eau du lac frémir. Il n'avait pas pipé mot lorsqu'elle avait passé une main dans ses cheveux, déconcentrée par le vent, et que l'eau s'était immobilisée. Cependant, sans réfléchir deux fois, il l'avait attrapée par la taille et l'avait jetée à l'eau.
James l'avait regardée tomber dans l'eau, et malgré la pensée qu'il allait passer un mauvais quart d'heure, un sourire s'installait sur ses lèvres. L'eau avait commencé à s'agiter, non pas en réponse à la chute, mais d'une colère sourde, celle de Ludivine. Et James avait vu une houle se former comme si un vent, violent mais inexistant, s'était levé. Satisfait de son expérience, James avait plongé rejoindre Ludivine dans un profond éclat de rire. Elle l'avait fusillé du regard, et il avait souri. Elle ne l'avait jamais autant détesté, et lui ne l'avait jamais autant aimée qu'à cet instant.
A la réalisation que l'eau était son élément, ils avaient échangé un sourire complice. Ils voyaient une ironie singulière à ce que leurs deux éléments leur confèrent la même capacité, celle de respirer sous l'eau. C'était comme si la nature leur partageait un message, celui que leurs différences convergeaient au même point.
Depuis, James avait passé de nombreuses soirées à entraîner Ludivine. La veille, il l'avait assise dans la Salle sur demande avec une bassine remplie d'eau et l'avait guidée durant deux heures. L'exercice principal consistait à fermer les yeux et à laisser ses mains être guidées vers l'eau. L'élément attirait tous les sens de Ludivine, sans qu'elle ne le réalise, et James voyait cette eau bouger. Parfois, des vagues s'élevaient et formaient une houle, et il se retenait de mettre Ludivine en situation de danger. Il ne doutait pas que ce flot, comme Ludivine, pouvait être redoutable.
James pouvait être inépuisable, et Ludivine regrettait parfois qu'il ne soit pas attentif à sa fatigue à elle. Mais encore une fois, il s'agissait de James. Depuis qu'il l'avait forcée à apprendre à contrôler l'eau, elle avait progressé en un temps record, et elle le lui devait.
Mais elle était épuisée. Cette magie l'avait éreintée. Sans compter qu'ils avaient enfin trouvé leur troisième indice dans la chocogrenouille qu'il lui avait tendue pour qu'elle recouvre des forces. Quelle surprise lorsqu'elle avait découvert un morceau de parchemin plié au lieu de sa sucrerie.
« Celui qui marche sur des braises, reconstruit sur des ruines. Il propage le changement. », avaient-ils lu. Après avoir échangé un regard perplexe en constatant que l'indice faisait beaucoup moins sens que les précédents, ils avaient passé une longue heure à essayer de le décortiquer et en comprendre le sens. Mais aucune proposition n'avait sonné juste dans leur tête. Ils en avaient conclu qu'ils attendraient le dernier indice.
Ludivine pouvait néanmoins sentir James s'impatienter. La troisième épreuve approchait et ils n'avaient toujours aucun avantage par rapport aux autres équipes. Ils avaient du mal à imaginer que le quatrième débloque cette situation et James se flagellait de ne pas réussir à en comprendre le message. Alors pour lui, il fallait s'entraîner encore plus ardemment.
Ludivine balaya ces pensées de son esprit. Il fallait qu'elle pense à autre chose que le concours. Et elle eut l'occasion parfaite tandis qu'elle pénétrait la Grande Salle et s'approchait de la table de Serpentard. Scorpius y déjeunait en compagnie de Liz, sans conscience du monde qui les entourait.
Ludivine n'avait néanmoins pas manqué de remarquer qu'ils passaient énormément de temps ensemble. Elle n'avait jamais fait aucune réflexion, faisant le choix de ne rien leur demander tant qu'ils ne décidaient pas de s'ouvrir à elle. Mais il y avait maintenant une telle intimité dans leurs échanges, une telle complicité, qu'il n'était plus possible pour elle de se taire.
— Bon, souffla-t-elle en s'installant face à eux, il est temps que vous me disiez ce que vous faites constamment fourrés ensemble.
Liz et Scorpius échangèrent un regard, communiquant silencieusement avant que Liz ne se tourne de nouveau vers elle.
— Scorpius et moi sortons ensemble, déclara-t-elle d'un ton neutre.
Ludivine s'étouffa presque avec le jus de citrouille qu'elle buvait, jetant un regard effaré à ses deux amis. Scorpius éclata aussitôt de rire tandis que Liz affichait un petit sourire amusé.
— Ça ne va pas de faire de telles blagues ? s'offusqua Ludivine.
— Je trouve plutôt que nous faisons un beau couple, protesta Liz comme si ce qu'elle disait n'avait rien d'une blague.
— Ce n'est pas la question, répondit Ludivine en balayant l'idée d'un revers de main, vous êtes tous les deux intéressés par d'autres personnes.
— Tu sais ce qu'on dit sur l'amour pansement, continua Liz avec un défaitisme feint tandis qu'elle posait sa main dans son menton.
La malice qui habitait les yeux de Liz fit finalement sourire Ludivine. La fidélité de son amie envers leur secret était belle à voir. Scorpius attrapa finalement un journal de son sac, qu'il tendit à Ludivine.
— Je pense que le projet est suffisamment avancé pour te le montrer, déclara-t-il tandis qu'elle attrapait le parchemin dans ses mains.
Il s'agissait du journal bimensuel de l'école. Le titre de l'article en première page attira son attention, « L'idéologie au pouvoir », et Ludivine sut inconsciemment que c'était celui sur lequel elle devait se concentrer.
« Mon père avait l'habitude de dire que le Seigneur des Ténèbres était terrifiant, par sa puissance magique et sa cruauté, mais également par sa capacité à rallier les sorciers. Il commettait l'irréparable et provoquait l'admiration. L'admiration de créer son ordre, avec ses règles et ses convictions. Des convictions, le Seigneur des Ténèbres était d'ailleurs bien le seul à en avoir, à penser que certains sorciers étaient inférieurs à d'autres. La seule conviction de ses fidèles était qu'il détenait la vérité absolue, peu importe quelle était cette dernière.
Le réel danger, ce n'est pas le sens de cette vérité absolue. Le réel danger, c'est l'idéologie. C'est le fait de penser que certaines personnes ont raison sans jamais en questionner les idées, c'est quand la croyance d'un autre prend le pas sur notre capacité à réfléchir. La vraie force du Seigneur des Ténèbres était son idéologie, sa force de conviction.
Maintenant qu'il n'est plus, cette idéologie n'existe plus. Il ne reste qu'une mission : maintenir la terreur. D'anciens Mangemorts, estiment ne pas avoir fini la mission. D'autres sorciers se découvrent cette vocation, imposer leur terreur en tirant profit de la contestation sociale, de la pauvreté de certains peuples. Il n'y a pas de distinction à faire entre tous ces sorciers, mais c'est un mensonge de dire que nous connaissons la menace, que nous l'avons déjà vaincue une fois. On ne sait rien de ces mauvais sorciers. Les Mangemorts tuaient les enfants de moldus. Ces attaques tuent quiconque se trouve sur le chemin. Si la menace était réellement identifiée, nous n'aurions pas pleuré 75 personnes en ce début d'année.
C'est ici que le ministère de la Magie perd son combat, en refusant de reconnaître que la société dans laquelle nous avançons ne convient pas à tout le monde, en restant silencieux. C'est un silence assourdissant qui finira par retentir. Faire semblant que nous ne sommes pas en danger, c'est précisément nous mettre en danger. »
Lorsqu'elle releva la tête, Scorpius l'observait avec appréhension. Il attendait une réaction de sa part, un avis. Il était rare de le voir nerveux, et elle avait conscience que cet article lui tenait à cœur. Ludivine, quant à elle, était sans voix.
— Scorpius a écrit le contenu, précisa Liz.
— Et Liz m'a aidé à le tourner en article, compléta Scorpius.
— C'est sur cet article que vous travaillez depuis deux mois ? demanda Ludivine, abasourdie.
— Oh, répondit Liz avec un sourire, l'article aura pris une semaine. Il m'a fallu plus de temps pour convaincre Scorpius de se lancer.
— Qu'en penses-tu ? demanda soudain Scorpius, d'un ton abrupt.
— J'en pense que tu es culotté d'attaquer le ministère, sourit finalement Ludivine lorsque la parole lui revint, mais que ton article est brillant !
— Tu ne trouves pas que….
— Il est parfait comme il est, l'interrompit-elle en sachant qu'il essaierait de critiquer son travail avant d'en faire des éloges. Fidèle à tes pensées, en somme, et si tu es convaincu de ta démarche, et tu aurais toutes les raisons de l'être, il faut aller jusqu'au bout !
Le visage de Scorpius, qui avait affiché un sourire en entendant les propos de Ludivine, se ferma face à sa suggestion. Elle lui disait ce qu'il avait besoin d'entendre, mais également des idées qu'il n'avait pas encore osé laisser franchir ses lèvres.
— C'est ce que je lui ai dit, confirma Liz avec aplomb. Il devrait se lancer dans des études de journalisme !
— Liz me pousse à me lancer dans l'écriture de tribunes, marmonna Scorpius, pensif.
Ludivine ne put retenir un sourire. Ils y avaient déjà bien réfléchi et à cet instant précis, Ludivine comprenait que c'était la vocation de Scorpius. Il avait un avis réfléchi et arrêté, un avis qui méritait d'être entendu des autres, qui méritait d'être une source de réflexion. Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt ?
Il n'y avait définitivement rien de plus puissant que des esprits qui se rencontraient, des passions communes et des interrogations partagées. Qui aurait cru que Liz serait celle à dévoiler cette part si secrète de Scorpius ? Qui aurait cru que ce dernier accepterait de laisser quiconque l'emmener vers ses besoins les plus secrets ?
— Pourquoi pas un journal ? répondit-elle avec un sourire, consciente que ses deux amis portaient toute leur attention sur elle. C'est l'idée du siècle pour l'un comme pour l'autre !
A sa grande surprise, Ludivine reçut quelques jours plus tard une carte postale dépeignant le Colisée de Rome sous un soleil plombant. Le message, clair et limpide, la rassurait. Sa mère était à Paris, ville jumelée avec Rome, et allait bien.
Elle n'avait pas eu de nouvelles depuis deux semaines, mais Ludivine ne s'était pas inquiétée. C'était habituellement le cas lorsqu'elle recevait une carte d'une forêt de pin couverte par le brouillard, comme ça avait été le cas à Noël. Ludivine ne pouvait contenir son sourire. Sa mère allait bien.
Cette information suffit à égayer sa matinée tandis qu'elle se dirigeait vers le terrain de Quidditch.
A leur retour au château, Albus avait été notifié de la convocation officielle aux qualifications de Flaquemare, dont la date serait bientôt précisée. Il avait donc passé la majeure partie de son temps libre sur le terrain avec James, et très souvent avec Scorpius.
Le principe était simple. Albus devait marquer le plus grand nombre de points possible, avec un poursuiveur adverse qu'était James et un gardien qu'était Scorpius. Les premières sessions avaient été la source de nombreuses disputes entre les frères, tous deux ayant un esprit compétitif marqué, mais ils avaient progressivement amélioré leurs échanges, apprenant à jouer ensemble. Tout comme Albus avait amélioré son jeu face à un ennemi aussi offensif que James.
Lorsqu'elle arriva sur le terrain, Ludivine constata avec surprise que de nombreux élèves observaient les trois sorciers s'entraîner. Maximilien Miller s'était joint à eux en tant que batteur. Face à un poursuiveur, un gardien et un batteur, Albus n'en menait pas large. Il était en nage, essoufflé mais il ne perdait pas le rythme tandis qu'il essayait de marquer. Il lança le Souafle avec une grande force, mais Scorpius le renvoya avant qu'il n'entre dans l'un des anneaux.
Albus avait déjà foncé en hauteur pour le rattraper, bien avant James qui avait attendu de voir où il partait après le coup de Scorpius. Albus l'attrapa, ignorant le cognard que Maximilien avait lancé dans sa direction. James fonça aussitôt vers lui et lui fit face. Les deux frères seraient entrés en collision si Albus n'avait pas piqué vers le sol à la dernière seconde.
Ludivine ne cacha pas son sourire. Le goût du risque de James affrontait la technique d'Albus et les deux sorciers étaient chacun excellents. Albus avait relevé son balai pour se diriger vers les anneaux tandis que James piquait dans la même direction.
Scorpius, paré sur son balai, surveillait Albus avec précaution. Quand ce dernier se décala vers la gauche, Scorpius fit très légèrement de même, de façon presque imperceptible. Quand Albus jeta très faiblement le Souafle vers la gauche, Scorpius porta toute son attention de ce côté. Alors quand Albus fit un tour sur lui-même, shootant avec le bout de son balai dans le Souafle qui fusa vers l'anneau de droite, il était déjà trop tard pour Scorpius pour partir dans cette direction. Et le Souafle rentra dans l'anneau.
Le sourire de Ludivine se teinta de satisfaction. La détermination d'Albus le rendait inarrêtable. Elle sut, au sourire de James et Scorpius, qu'ils se disaient la même chose.
— Toujours en train d'hésiter entre les deux Potter ? s'adressa-t-on à elle avec moquerie.
Ludivine releva la tête tel un ressort et vit Ethan Nott s'approcher d'elle, la surplombant maintenant avec une assurance qui l'irrita aussitôt. Que lui voulait donc le sorcier ? Elle n'avait en tout cas aucun enthousiasme envers lui, lui en voulant pour les peines causées à Evelyn.
— Quoi que, reprit-il sur le même ton en prenant place à côté d'elle, j'ai entendu que tu t'étais finalement décidée.
— Serais-tu du genre à écouter les bruits de couloir, Nott ?
— Oh, répondit le sorcier avec amusement, ma source ne peut être plus sûre.
— Que veux-tu ? demanda-t-elle, cette fois-ci plus sèchement.
— Je viens te mettre en garde, répondit Ethan avec sérieux tandis qu'elle lui jetait un regard surpris, comme ton petit-ami refuse de me prendre au sérieux.
— De quoi parles-tu ?
— Ce concours, expliqua-t-il en reportant son regard sur l'entraînement, prendra une tout autre tournure durant la troisième épreuve. Vous feriez bien d'en rester éloignés.
— Une nouvelle fois, siffla Ludivine qui sentait l'irritation monter en elle à l'idée de ne pas comprendre où il voulait en venir, de quoi parles-tu ?
— J'entends beaucoup de choses, se contenta de répondre Ethan. En t'associant aux Potter, tu deviens une cible.
Ludivine observa le Serpentard quelques secondes. Il se dégageait de lui une aura mystérieuse qui avait toujours empêché Ludivine de lui faire confiance. Son sourire en coin habituellement plastifié sur son visage était effacé et son regard était dur. Elle pouvait facilement le croire quand il lui disait qu'il entendait beaucoup de choses. Mais elle ne lui faisait pas suffisamment confiance pour être sûre qu'il utilisait ce qu'il entendait à bon escient.
Finalement, elle lâcha un petit ricanement moqueur qui fit hausser un sourcil à Ethan.
— Crois-tu un instant qu'il existerait une seule raison pour laquelle j'abandonnerais ce concours ? ricana Ludivine.
— Prends mes propos au sérieux, Hendell.
— Je te mets dans le même sac que Logan Rowle, siffla Ludivine qui refusait de se laisser intimider par le sorcier, alors pourquoi te ferais-je confiance ?
— Je te rappelle que c'est moi qui t'ai mis en garde contre Logan et ses intentions, répondit Ethan d'un ton neutre.
— Je t'ai ensuite vu discuter et rigoler avec lui un bon nombre de fois, rétorqua-t-elle.
— Je t'en prie, se moqua Ethan froidement, ne me parle pas comme si tu avais la moindre idée de comment fonctionnent les relations entre sang-purs.
Ludivine fusilla son aîné du regard mais ne répondit rien. Il n'avait pas tort. Après sa première rencontre avec Rowle, Ethan l'avait mise en garde. Il lui avait dit de rester loin de lui et de faire attention. Elle n'avait jamais pensé que le Serpentard pouvait être mauvais avant de le voir échanger des messes basses avec Rowle, qu'elle savait dangereux. Aujourd'hui, elle ne savait plus quoi penser vis-à-vis du sorcier qui lui faisait face.
Finalement, Ethan soupira de colère.
— Potter et toi vous êtes bien trouvés, cingla-t-il, tous les deux aussi têtus et inconscients que l'autre. Ça vous tuera mais je n'en prendrai pas la responsabilité.
— Occupe-toi déjà de tes responsabilités justement, marmonna Ludivine sans réaliser qu'elle parlait à haute voix. Jusqu'ici, tu ne fais pas du bon travail.
— De quoi parles-tu ? demanda Ethan brusquement.
Il avait relevé la tête vers elle soudainement, les sourcils froncés et le regard colérique. Il savait très bien de quoi elle parlait, et son ton sec montrait qu'il y accordait de l'importance. C'était la première fois qu'il se montrait si transparent.
Ludivine refusa de lui répondre. Elle pinça les lèvres avec dédain, ce qui ne plut pas à Ethan.
— Ne joue pas à ce jeu avec moi, Hendell, menaça-t-il. Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
— Qu'elle garde un sacré souvenir de ces vacances, cingla-t-elle avec ironie.
— Tu rigoles ? commençait à s'énerver Ethan. J'ai été un parfait hôte. Je l'ai laissée lancer ses remarques acerbes sans rien dire, même face à mes parents. Je l'ai laissée à ses activités et ne l'ai même pas touchée.
Le regard mauvais de Ludivine fit ricaner Ethan avec cruauté.
— Pourquoi crois-tu qu'elle ait été invitée plusieurs jours chez moi ? Uniquement pour que l'on fasse plus ample connaissance.
Ludivine resta impassible. Elle détestait toutes ces coutumes de sang-pur sorties d'un autre âge, et il lui était incompréhensible qu'elles puissent encore être respectées à la lettre, au détriment du respect des enfants.
— Je t'ai choquée ? se moqua Ethan.
— Tu as dit à Helena Lowell qu'Evelyn ne voulait pas du mariage, cingla-t-elle après un silence tandis qu'Ethan affichait un air surpris.
— Je n'ai fait aucune critique à Evelyn, se défendit-il.
— Tu. As. Dit, répéta Ludivine lentement avec le même ton accusateur, qu'Evelyn. Ne voulait. Pas. Du. Mariage.
— Et alors, n'est-ce pas le cas ? s'énerva finalement Ethan, inconscient que son irritation le mettait dans une position vulnérable. Je lui ai bien montré que je prenais ça comme un défi, je voulais que Helena voie que sa fille avait du caractère !
Ludivine soupira cette fois d'exaspération. Il ne voyait pas le problème, ce qui montrait déjà qu'il n'avait pas intentionnellement créé ce drame. Néanmoins, il la forçait à dire à voix haute ce qu'elle n'avait pas envie de formuler.
— Et comment penses-tu que sa mère a pris cette information ? questionna-t-elle. Evelyn et sa mère se mènent une guerre sans merci depuis des années. Helena cherche à contrôler chaque aspect de sa vie. C'est pour cela que sa sœur a surveillé tous ses mouvements durant des années, rapportant chaque fois qu'Evelyn sortait des clous. Et sortir des clous, c'est le mot d'ordre d'Evelyn. Tout pour s'opposer à sa mère.
Ethan resta silencieux. Il analysait à toute allure ce qu'elle lui disait, et elle pouvait voir l'irritation monter progressivement en lui.
— Helena Lowell veut ce mariage à tout prix, continua-t-elle, elle refuse quoi que ce soit qui pourrait le mettre en péril. Alors je te laisse imaginer ce qu'elle a fait quand elle a appris qu'Evelyn s'opposait ouvertement à ce mariage.
Le regard d'Ethan avait changé durant sa tirade. Il était maintenant en colère, et son regard était maintenant si noir que Ludivine faillit s'en inquiéter.
— Que sous-entends-tu ? demanda-t-il d'une voix glaciale.
— Tu as eu la chance d'avoir le choix d'accepter ou de refuser ce mariage, se contenta-t-elle de répondre. Ça n'a pas été le cas d'Evelyn.
— Que. Sous-entends. Tu ? répéta Ethan sur le même ton, faisant cette fois tressaillir Ludivine.
— Ce n'est pas à moi de le dire, siffla-t-elle fermement en se levant de son siège. Tout ce que je peux te dire, c'est que mon amie est bien muette, résignée face à sa mère à qui elle s'était jurée de ne jamais se soumettre, et c'est en partie ta responsabilité.
Refusant que Nott ne la confronte une nouvelle fois, Ludivine choisit de s'éloigner. Ethan ne tenta pas de la retenir, et lorsqu'elle se retourna, quelques mètres plus loin, elle constata sa mine défaite, le regard perdu dans le vide avant de poser sa tête dans ses mains.
Si elle lui avait laissé le bénéfice du doute, elle aurait pensé qu'il s'en voulait de ne pas avoir su protéger sa fiancée.
Ludivine avait gardé pour elle son altercation avec Nott, ne souhaitant pas influencer Evelyn dans ses choix vis-à-vis du sorcier. De toute façon, elle s'était principalement concentrée durant les semaines qui suivirent sur son entraînement.
Un soir, elle trouva un parchemin sur son lit, et l'excitation la gagna. Le quatrième indice ! Elle se précipita vers son lit et ouvrit le morceau de papier qu'elle parcourut du regard. « Les amères leçons du passé doivent être réapprises sans cesse. ».
Son cerveau cogita à toute vitesse tandis qu'elle enfilait le pull qu'elle venait d'enlever et se précipitait hors du dortoir, ignorant le couvre-feu depuis longtemps dépassé. Il n'y avait aucun bruit dans les couloirs, et elle pria pour ne croiser aucun professeur.
Elle se dirigeait vers la salle commune de Gryffondor, mais fut vite arrêtée dans son élan. Des voix s'étaient élevées soudain. Incapable de déterminer d'où elles provenaient, elle commença à revenir sur ses pas.
Elle tourna les talons, lorsqu'elle sentit une main couvrir sa bouche et un bras entourer sa taille pour la tirer en arrière. Le temps qu'elle réalise ce qu'il se passait, la panique la prit. Une masse imposante se colla à elle, la soulevant presque du sol tandis qu'elle était guidée vers une alcôve qu'elle n'aurait jamais vue sans la connaître.
On la plaqua contre un mur, et ce n'est qu'à cet instant que Ludivine reconnut James. Il posa un doigt sur ses lèvres, lui indiquant de ne pas faire de bruit. Cela ne lui était de toute façon pas possible avec sa main sur sa bouche, tenta-t-elle de lui faire comprendre en le fusillant du regard.
James n'y prêta pas attention. Il écoutait les pas et voix qui se firent entendre très distinctement tandis que leurs propriétaires passaient à côté de l'alcôve. Ludivine sentit la panique monter de nouveau, ignorant ce trouble qui la parcourait de sentir le corps de James contre le sien, la chaleur qui s'en dégageait et qui la perturbait au plus haut point.
Les voix se tarirent et seulement à ce moment, James recula d'un pas. Il retira sa main tandis qu'un sourire moqueur s'installait sur ses lèvres.
— Toujours prête à foncer dans la gueule du loup-garou, se moqua-t-il.
— Mêle-toi de ce qui te regarde, grommela-t-elle d'un ton bougon qui le fit rire.
— Cette mauvaise foi est une mélodie à mes oreilles.
— Comment m'as-tu trouvée, de toute façon ?
James sortit un parchemin de sa poche, qu'elle reconnut aussitôt. La carte du Maraudeur.
— Je t'ai vue quitter ton dortoir.
— Je te cherchais, répondit-elle avec un sourire.
James lui rendit aussitôt son sourire, approchant d'un pas. Il porta sa main le long de son bras, le remontant en effleurant sa peau avec une douceur qui la rendait extatique. Il finit par remonter jusqu'à sa joue qu'il caressa.
C'était un geste tendre, et cette même délicatesse se lut dans le regard qu'il posait sur elle. Il la couvait de protection et d'affection, et elle avait l'impression que rien ne pouvait lui arriver.
— Je te manquais ? demanda-t-il avec un petit sourire.
— Quand ne me manques-tu pas ? répondit-elle dans un murmure.
Sa réponse eut l'effet escompté. Quelque chose s'agita dans le regard de James tandis qu'un sourire aimant fendait ses lèvres. C'était comme s'il ne pouvait se rassasier de l'affection de Ludivine, de ces mots qu'elle se permettait maintenant de prononcer dans un souffle.
Silencieux, il approcha son visage du sien et l'embrassa doucement tandis qu'elle posait une main sur le torse de James. Le baiser était si doux, comme une promesse de tendresse qui les caressait. Puis il se détacha, et Ludivine lui partagea un sourire tendre avant de chercher l'indice dans sa poche, qu'elle sortit et lui tendit.
— « Les amères leçons du passé doivent être réapprises sans cesse. », lut-il à voix haute, fronçant les sourcils tout en relevant la tête vers elle. Qu'est-ce que cela veut dire ?
— J'y ai réfléchi en route, répondit-elle. Le premier indice disait que nous allions nous battre en duel, et le deuxième disait que nous devions nous faire confiance.
— Le troisième sous-entendait que l'histoire était marquée de blessures, continua James, et ce dernier indice parle du passé.
James affichait toujours cet air interrogateur, et Ludivine décida de formuler l'idée qui lui trottait dans la tête depuis qu'elle avait quitté son dortoir.
— On dit que Poudlard a été reconstruit sur des ruines après la guerre, reprit-elle.
— Et cela fait vingt ans qu'on fait tout pour qu'une telle guerre ne se reproduise pas, continua James qui commençait à comprendre. On a appris de la guerre précédente.
— Dans une telle bataille, il faut se faire confiance.
— Surtout durant les duels !
Le regard vainqueur de Ludivine rencontra celui satisfait de James. Ce fut ce dernier qui formula à voix haute ce qu'ils avaient compris tous deux.
— Ils vont nous rejouer la bataille de Poudlard.
— C'est insensé, marmonna-t-elle d'une voix faible, prise de doute maintenant que son idée était confirmée.
— Aurais-tu peur, Hendell ? demanda James d'un ton taquin.
Ludivine le fusilla aussitôt du regard et il ricana d'amusement.
— Il te faudrait travailler ta susceptibilité, Ludivine, ou tu ne tiendras pas plusieurs années avec moi.
— Je vois que tu te projettes loin, sourit-elle.
— Pas toi ? demanda James avec une assurance qui l'impressionnait toujours.
Elle se contenta d'un sourire, un sourire doux qui sembla suffire à James car il le lui rendit avant de lui attraper la main.
— Viens, l'intima-t-il, je te ramène à ta salle commune.
— Tu crains que je me perde ? ricana Ludivine.
— Oh, rétorqua James malicieusement, je m'assure juste qu'il ne t'arrive rien.
— Que ferais-je réellement sans toi ? répondit-elle en levant les yeux au ciel, ignorant le ricanement de James.
James sortit finalement la carte de sa poche. Elle n'avait pas été verrouillée et Ludivine pouvait voir le château endormi. Endormi, sauf pour quelques personnes dont les noms attirèrent son regard. Elle attrapa brusquement la carte.
— Que fait Evelyn avec Nott à cette heure-ci ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
— Rien qui ne nous concerne bien, répondit James nonchalamment.
— Je ne fais pas confiance à Nott, lui signala-t-elle.
James ne répondit rien, la poussant à lever un regard interrogateur vers lui.
— Toi, si ? demanda-t-elle d'un ton dubitatif.
— J'ai ma propre relation avec Nott, se contenta de répondre James en haussant les épaules, et, oui, je lui fais confiance.
Le visage de Ludivine se ferma malgré elle. Elle ne voulait pas poser plus de questions, consciente que ça ne la regardait pas, mais elle comptait bien savoir ce que son amie faisait avec le sorcier à une telle heure dans une salle de classe.
Sans un mot, elle se mit en marche en direction d'Evelyn et Nott. James soupira avant de la suivre, conscient qu'il ne l'arrêterait pas. Ils atteignirent rapidement le couloir en question, et Ludivine remercia Merlin que les deux sorciers n'aient pas fermé la porte de la salle derrière eux. Utilisant un sortilège pour amplifier son ouïe, elle ignora le regard réprobateur de James qui surveillait la carte pour s'assurer que personne ne tomberait malencontreusement sur eux.
— Je ne pensais pas que mes propos auraient une telle importance, dit Ethan à ce moment dans un soupir.
— Je ne sais vraiment pas à quoi tu t'attendais, répondit Evelyn d'un ton distant.
Un silence s'installa durant lequel Ethan soupira. Ludivine imaginait facilement la posture nonchalante du sorcier, les mains dans les poches. Il ne semblait pas y avoir de tension entre eux, mais elle devina immédiatement leur sujet de discussion.
— J'accepte tes excuses, dit finalement Evelyn, parce que je considère tes propos comme telles.
— Je ne pensais pas que la relation avec ta mère était si conflictuelle.
— Ma mère n'aime pas la rébellion, expliqua Evelyn. Encore moins quand cela risque d'endommager l'image parfaite de la famille Lowell.
Ludivine entendit des pas, qu'elle reconnut comme étant ceux de Nott. Il devait être en train de s'approcher d'Evelyn, et quand elle entendit un cri étouffé de douleur, elle comprit qu'il avait tenté de poser sa main sur son bras.
— Qu'est-ce que…
— Ce n'est rien, interrompit Evelyn avec précipitation.
— Tu es blessée, constata plus froidement Ethan.
— Comme je te l'ai dit, répondit Evelyn plus sèchement, ce n'est rien.
Un mouvement se fit entendre, et Ludivine devina qu'Evelyn avait tenté de s'éloigner du sorcier mais que ce dernier l'en avait empêchée.
— Raconte-moi, siffla Ethan d'une voix traînante et glaciale qui fit frissonner Ludivine. Tout. De. Suite.
— Ma mère m'a demandé des comptes lorsque nous sommes rentrés du dîner, finit par raconter Evelyn d'un ton résigné après un court silence. Je lui ai dit que je t'épouserai mais que je ne tirerai pas une croix sur mon métier. Et si cela signifiait ne pas avoir d'enfants, alors je n'en aurai pas.
— Ah bon ? intervint Ethan d'une voix légèrement amusée.
— Elle est rentrée dans une colère folle, continua Evelyn. Voir ma mère sortir de ses gonds me provoque beaucoup de plaisir, alors je lui ai dit que je n'hésiterai pas à prendre des amants. Ce que je ne ferai bien évidemment pas, ajouta-t-elle précipitamment, je voulais seulement la provoquer.
— Que s'est-il passé ensuite ? demanda Ethan en ignorant son commentaire.
Evelyn soupira. Ethan avait déjà très bien compris ce qu'elle ne voulait pas nommer, ce que Ludivine n'avait pas voulu dire, mais il voulait qu'Evelyn le dise à voix haute, ce qu'elle n'avait jamais fait jusqu'ici.
— Elle m'a jeté le doloris, finit-elle par admettre dans un souffle, si bas que Ludivine et James faillirent ne pas l'entendre.
Ludivine sentit James se tendre à côté d'elle, la colère s'installant dans son regard. Elle imaginait parfaitement celle d'Ethan qui, malgré tout, semblait avoir de nombreux principes. Un silence s'installa, durant lequel Ludivine sentit son cœur battre dans sa poitrine. Elle se doutait que celui de son amie devait battre à la même vitesse.
— Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? demanda-t-il finalement d'une voix basse, rauque et dangereuse.
— A force de te voir jouer un double-jeu, il en devient très difficile de te faire confiance.
Un nouveau silence s'installa. Du peu qu'elle connaissait d'Ethan, Ludivine devinait qu'il essayait de maîtriser sa colère. A côté d'elle, James était agacé d'être ici mais ne dit rien, se contentant de jeter un œil occasionnel à la carte.
— Que les choses soient claires, entendit-elle Ethan dire au bout de quelques secondes d'un ton autoritaire, tu es MA fiancée. Cela veut dire que personne n'a le droit de te dire quoi faire, ni de te toucher sans conséquence. Et je m'assurerai que même ta mère en soit bien informée.
— Et qu'est-ce que ça change ? s'irrita soudain Evelyn.
— Pardon ?
— Qu'est-ce que ça change ? Je ne veux pas de cette vie, Ethan ! s'exclama Evelyn en retenant le craquement dans sa voix. J'ai grandi en refusant les traditions de sang-pur. J'ai construit MON entourage, en lequel j'ai confiance et pour qui je donnerai ma vie. J'ai cultivé MES passions et me suis fixée MES objectifs, je me suis construite en réussissant ET en échouant. J'ai tout fait pour ne pas être uniquement la femme d'un mari que je n'ai pas choisi ou la mère d'enfants dont je n'ai pas spécialement voulu.
La voix d'Evelyn craqua. Elle retenait la colère qui la parcourait depuis des semaines, la peine la submergeait. Elle était démunie.
Un petit rire masculin se fit entendre, suivi de mouvements. Ludivine, qui avait senti l'émotion la prendre devant le désarroi de son amie, supposa que Nott s'était éloigné d'Evelyn. Ou peut-être s'était-il encore rapproché. Au ton calme qu'il tint par la suite, sa dernière hypothèse se confirma.
— Hendell m'a laissé sous-entendre la semaine dernière que contrairement à toi, j'avais eu la chance d'accepter ou refuser ce mariage, dit-il d'une voix calme. Je voudrais remettre quelque chose au clair. Je n'ai pas accepté ce mariage, dit-il avec fermeté. C'est moi qui l'ai proposé.
Ludivine ne cacha pas sa surprise, faisant sourire James d'amusement. Le sorcier écoutait maintenant la discussion comme il écouterait deux amis prononcer leurs vœux, comme s'il savait réellement ce qu'il se passait dans la tête de chacun, comme s'il n'avait aucun doute que tout finirait bien.
— Tu as du caractère, Evelyn, continua Ethan d'une voix plus douce. C'est pour ça que je t'ai choisie. Parce que tu m'as fusillé du regard lorsque j'ai un jour osé te draguer lors d'un dîner. Parce que tu as défendu bec et ongles McGonagall lorsque les adultes ont commencé à remettre en cause ses décisions. Parce que tu as défendu Walsh de ta sœur et sa clique un jour en essayant de cacher ton amitié alors que tous les pores de ta peau montraient que tu tenais à elle. Parce que derrière ton air dur, tu es pleine d'affection.
— Je ne…
— Tu n'imagines pas, continua Ethan en ignorant l'intervention d'Evelyn, le nombre de regrets qui habitent mon père, mais le seul choix avec lequel il est entièrement en paix est celui d'avoir choisi une femme qui savait lui tenir tête quand il allait à l'encontre de ses valeurs. Tu ne me donnes rien tant que tu ne considères pas que je le mérite. Mais je mériterai un jour ton affection.
Le silence qui s'installa n'avait jamais résonné aussi fort. Ludivine ne retenait maintenant plus son sourire tandis que James attrapait sa main. Le discours d'Ethan était sincère, elle le comprenait, et même si le sorcier restait un mystère pour elle et que sa défiance envers lui était toujours là, elle croyait à ce qu'il disait, à son respect pour sa meilleure amie.
— Où veux-tu en venir ? finit par murmurer Evelyn d'une voix fragile.
— Chez les Nott, on a appris à établir nos règles en faisant croire qu'on respectait celles des autres. C'est comme ça que je fais ma propre justice. Alors je te propose qu'on fasse croire à ta mère que tu te soumets à moi.
— De quoi tu…
— Laisse-moi finir, l'intima Ethan. Faisons-lui croire que tu agis selon mes règles : que je te laisse continuer le Quidditch après Poudlard uniquement pour céder à ton caprice, que tu arrêteras dès que tu seras enceinte, qu'on aura un enfant dès que possible, même si finalement cela n'arrivera que dans quelques années.
— Tu veux faire semblant ? demanda Evelyn avec défiance, sans réellement y croire.
— Si on fait semblant tous les deux, ça fonctionnera, affirma Ethan. Et je te promets que tu n'auras plus jamais à vivre selon les règles de ta mère.
— Pourquoi ferais-tu ça ?
— Parce que notre mariage ne concerne que deux personnes, toi et moi, répondit Ethan avec conviction. Et qu'à partir de maintenant, personne - pas même ta propre mère - n'aura le droit de te peiner d'une quelconque façon que ce soit.
— Tu t'inclus dedans ?
— Aucun doute que tu sauras me partager tes colères quand je ne ferai pas les choses correctement. Et inversement.
Même sans les voir, Ludivine sut que les deux sorciers échangeaient un regard complice. Elle-même ne pouvait retenir un sourire attendri. La détermination du Serpentard à respecter Evelyn touchait Ludivine au plus haut point.
Elle jeta un regard en biais à James qui n'avait pas bougé. Il écoutait, comme elle, mais elle pouvait voir qu'il était gêné d'écouter cette conversation qui ne les regardait pas. Elle se rapprocha du sorcier qui posa un regard interrogateur sur elle.
— C'est pour ça que tu fais confiance à Nott, n'est-ce pas ? murmura-t-elle. Il ne travaille pas réellement avec Rowle, c'est ce qu'il fait croire.
James se contenta de sourire mystérieusement, même si elle décelait une pointe de fierté dans son regard à l'idée qu'elle ait assemblé les pièces toute seule.
— Avant les fêtes, continua-t-elle, il venait te prévenir de l'attaque. Et il me dit de me retirer du concours parce que Rowle prépare vraiment quelque chose. Et…
James ne la laissa pas continuer, jetant un regard sur la carte avant d'attraper sa main et de l'éloigner. Ils marchèrent jusqu'à la salle commune de Serpentard silencieusement et s'arrêtèrent devant le portrait qui jeta un regard méfiant à James. Ce dernier n'y fit pas attention, totalement concentré sur Ludivine.
— Il pense que Rowle prépare en effet une attaque durant la troisième épreuve, lui confirma-t-il. Mais mon père est prévenu et il va renforcer la sécurité.
— Rowle en a réellement après toi ? demanda Ludivine, surprise de l'acharnement du sorcier.
— Il en a après tout un système, Ludivine, sourit James en caressant la joue de la sorcière avec douceur. J'en suis juste la représentation la plus probante.
— Je n'arrive pas à comprendre ce rejet pour notre société, souffla Ludivine.
— Comment le pourrions-nous alors que nous avons vu nos parents tout donner pour la faire tenir, répondit James avec cette même douceur. Ce n'est plus l'heure pour de telles pensées, va te coucher.
James l'embrassa tendrement, lui souhaitant une bonne nuit avant de prononcer le mot de passe de Serpentard pour qu'elle retourne dans son dortoir. Ce qu'elle fit sans un mot, souhaitant une bonne nuit par un sourire doux.
Evelyn avait attendu deux semaines pour partager cette discussion. Elle s'était approchée d'Acca et Ludivine, assises à la table de Gryffondor pour le petit-déjeuner, et leur avait relaté les propos d'Ethan. Elle leur avait raconté la façon dont il avait posé ses deux mains sur ses joues, tentant de la convaincre par le regard déterminé qu'il avait posé sur elle, ainsi que son envie irrépressible à elle qu'il l'embrasse, sans qu'il n'en fasse jamais rien.
Ludivine avait fait semblant de ne pas être au courant, et le sourire confiant d'Evelyn et l'excitation d'Acca lui confirmèrent que c'était la meilleure réaction à avoir. Evelyn coupa rapidement court à la discussion car la table de Gryffondor se remplissait mais cela n'arrêta pas Acca qui voulait en savoir plus.
— Luuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuud !
Acca se tut en observant Albus, et Evelyn en profita pour filer hors de la Grande Salle. Ludivine échangea un regard surpris tandis que deux mains se posaient précipitamment sur ses épaules, avec suffisamment de force pour la faire presque basculer du banc. Réalisant son action, Albus grimaça en s'excusant tandis qu'il prenait place entre les deux sorcières.
— Que me vaut cette brusquerie, Al ? demanda Ludivine.
— Tu as devant toi le futur poursuiveur de Flaquemare !
Ludivine ne cacha pas sa perplexité. La date des qualifications n'avait toujours pas été fixée, alors que voulait dire le sorcier qui essuyait une goutte de sueur qui coulait dans sa nuque. Il semblait vraisemblablement sortir tout droit du terrain.
— J'ai battu un record, lui expliqua-t-il avec enthousiasme. On a mis les équipes de Gryffondor et Serpentard sur le terrain, et j'ai battu le record de Poudlard du nombre de buts marqués en une heure !
Albus était si fier de lui, avec son grand sourire et son regard pétillant, qu'il était impossible pour elle de ne pas se réjouir également. Lorsqu'elle le félicita en le prenant dans ses bras, l'excitation d'Albus se démultiplia.
— Je peux te dire que je vais exterminer les autres candidats ! s'exclama-t-il avec véhémence. Je suis inarrêtable !
— Ce serait dommage de perdre à cause de trop d'arrogance, intervint Acca.
Albus s'arrêta net dans son action, tournant un regard surpris vers la sorcière qui le regardait avec moquerie. Il sembla hésiter un instant sur l'attitude à adopter, mais finit par calquer l'expression d'Acca. Il réalisait d'ailleurs à cet instant qu'il s'était faufilé entre les deux sorcières et était collé à chacune d'elles.
— Pourquoi t'es-tu collée à moi, Rockwood ? finit-il par répliquer d'un ton faussement supérieur. A force, tu ne pourras plus te passer de moi.
— Je me passerais bien de ton odeur de transpiration, répliqua Acca sur le même ton, merci bien.
Le sourire d'Albus se renforça tandis qu'il passait un bras autour des épaules d'Acca. Cette dernière eut une expression écœurée que Ludivine, qui les observait avec attention, savait à moitié sincère.
— J'étais très sérieuse, Potter ! s'exclama Acca en essayant de se dégager de la prise d'Albus.
— Et moi, je ne le suis pas ? rétorqua Albus avec un sourire carnassier avant de se tourner vers Ludivine. Tu le savais, toi, que Rockwood était gênée à mon contact ?
— Gênée, répondit Ludivine en cachant son amusement, je ne suis pas sûre que ce soit le mot approprié.
— Toi aussi tu trouves que j'aurais dû parler d'épanouissement, ajouta Albus comme s'il approuvait ce que Ludivine disait, ignorant le fait qu'elle sous-entendait plutôt l'inverse.
— Tu devrais battre des records plus souvent, marmonna Acca qui avait arrêté de lutter et continuait de déjeuner avec le bras d'Albus autour de ses épaules, ça te rend plus intéressant. Exécrable mais intéressant.
Acca et Albus échangèrent un regard amusé, se défiant presque du regard tandis qu'un sourire de connivence se formait sur leurs lèvres.
— Tu es satisfait de ton score ? demanda Ludivine.
— Pas qu'un peu, confirma Albus en reprenant son sérieux, Gryffondor n'y est pas allé de main morte.
— Je suis fière de toi, lui dit-elle avec douceur. Tes efforts paient.
— Il était temps, sourit Albus, car j'ai reçu ma convocation ce matin. Les auditions ont lieu dans trois semaines.
Ces trois semaines du mois de février filèrent, et le jour des auditions de Flaquemare arriva.
Ce jour-là, un orage éclata. Un orage comme ils n'en avaient pas vu depuis des mois. Le tonnerre avait gardé Ludivine éveillée toute la nuit. Comme elle, Albus n'avait pu fermer l'œil. Pourtant, il était allé à son audition le matin sans broncher, une expression déterminée sur son visage.
Son programme consistait en une épreuve théorique de deux heures sur l'histoire et la stratégie du Quidditch, pour laquelle Albus avait révisé sans interruption. Puis avaient lieu les qualifications. Aux dernières nouvelles, 60 candidats avaient été choisis pour y participer. C'était une concurrence impressionnante, et Ludivine ne pouvait contrôler le stress qui montait en elle à l'approche des auditions.
Ce jour-là, elle s'était rongé les ongles jusqu'au sang. Scorpius avait accompagné Albus, avec l'autorisation de la directrice. Incapable de se concentrer sur quoi que ce soit, Ludivine n'avait eu de cesse de s'inquiéter pour eux, jusqu'à se prendre une retenue par le professeur Sven pour son inattention, et un sortilège par James lorsqu'elle avait manqué de se défendre en cours de Sortilèges. Cette blessure lui avait voulu un tour à l'infirmerie, mais Ludivine n'en avait rien à faire. Elle était rongée d'inquiétude.
Lorsqu'Albus était revenu en fin de journée, un regard avait suffi à Ludivine. Elle l'avait regardé franchir le portrait de la Salle commune, la chercher du regard et la trouver aussitôt dans un canapé près de la cheminée.
Un sourire indicible était passé entre eux, avant qu'Albus ne fonce dans ses bras et l'enserre d'une force qui lui avait coupé le souffle. Elle n'avait cependant rien dit alors qu'il nichait son visage dans sa nuque et que Scorpius approchait silencieusement.
Ludivine resta silencieuse, lançant un regard interrogateur à Scorpius qui soupira avant de s'asseoir dans un fauteuil.
— La concurrence était élevée, dit-il tandis qu'Albus se raidissait dans ses bras.
— Ils étaient bons, marmonna Albus avec faiblesse, trop bons.
— Je suis sûre que tu as quand même toutes tes chan…
— Non, l'interrompit Albus en se dégageant doucement d'elle pour s'asseoir à côté. Impossible que je fasse le top 3, je faisais face à des joueurs qui s'entraînent en club depuis des années, Lud.
— Oui, mais tu es Albus Potter, sourit-elle avec douceur.
Albus lui jeta un regard tendre, rempli d'affection, et elle ne pouvait cacher sa fierté d'avoir réussi à installer un sourire, même minuscule, sur les lèvres du sorcier.
— Le talent ne remplace pas l'entraînement, ma Lud, répondit-il dans un soupir avant de poser son regard sur Scorpius.
— Et certains étaient très entraînés, reconnut Scorpius avec un sourire contrit.
— Très entraînés, répéta Albus dans un murmure. Je n'ai pas l'arrogance de dire que j'étais aussi bon qu'eux.
— Mais tu es…
— Albus Severus Potter, conclut le concerné dans un sourire, conscient que Ludivine vivait son aveuglement pour lui, et ce que j'ai donné n'était pas suffisant.
— Comment le prends-tu ? marmonna Ludivine en attrapant la main d'Albus.
— Je vais continuer à m'entraîner, affirma le sorcier avec aplomb en plantant son regard dans celui de sa meilleure amie. Je vais leur montrer que le Quidditch n'a jamais rencontré une telle combinaison de talent et d'acharnement. Je vais les éblouir et prouver que rien ne m'arrête.
Le regard d'Albus détenait une détermination qui était familière à Ludivine, et elle sut que la promesse serait respectée. Elle repensa à cette discussion qu'ils avaient eue, lorsqu'Albus avait voulu utiliser son nom pour les auditions. Elle réalisait la maturité de son ami à cet instant, dans ce regard qui lui disait qu'il ferait sa place. Par sa détermination sans faille, son inflexibilité et sa rage de vaincre.
A cet instant, Albus était étourdissant, par sa force d'esprit et sa vigueur. Il était un Potter et elle comprenait que leurs capacités, ou leur talent, ne faisaient pas leur nom. C'était cette lueur, flagrante dans la clarté de leurs iris, débordante dans la force de leurs convictions, qui faisait leur nom.
