Bonjour à tous, j'espère que vous vous portez bien en cette fin d'été.
Je ne réalise qu'en publiant ce nouveau chapitre avoir disparu sacrément longtemps. Je m'en excuse profondément mais je suppose qu'il me fallait ce temps pour écrire le fin mot de cette histoire. Pour cela, il m'a fallu reprendre entièrement les 400 pages de cette histoire, tous les chapitres ont été republiés - ne vous inquiétez pas, il n'est pas nécessaire de tout relire, il n'y a aucune modification substantielle. J'ai surtout réécrit certaines scènes, affiné les dialogues et accentué le fil conducteur de l'histoire.
Une fois cela fait, j'ai pu terminer cette histoire. Vous trouverez ainsi le 21ème chapitre du Vent se lève. J'ai finalement ajouté un chapitre supplémentaire que je publierai le week-end prochain, et enfin l'épilogue le deuxième week-end de septembre.
J'espère qu'il vous plaira, bonne lecture !
Chapitre 21 - Et marcher sur des braises
« Ma chère Ludivine,
Je sais que tu t'es inquiétée de mon silence ces dernières semaines et te prie de m'en excuser. Tu dois parfois trouver le temps long avec mes absences, mais je sais que tu n'es pas seule. Je te sais entourée et j'en remercie le ciel chaque jour. J'espère qu'Albus s'est remis de ses nouvelles, mais je ne doute pas que son naturel vaillant prendra rapidement le pas. Vous êtes à un âge où rien ne doit diminuer tous vos efforts. C'est une chose que Scorpius a récemment compris et je l'en félicite. »
Le résultat des auditions de Flaquemare indiquant à Albus qu'il n'avait pas été retenu n'avait surpris personne. Ce dernier avait volontairement choisi d'ignorer la nouvelle, conservant le rythme infernal d'entraînement qu'il avait tenu jusqu'ici. Seule Ludivine avait continué de croire jusqu'au bout à ses chances, mais elle n'avait émis aucun commentaire lorsqu'elle avait lu la lettre qu'il n'avait pas daigné ouvrir.
Ludivine admirait la force d'esprit de son ami, qui refusait de se laisser abattre par son échec et qui s'acharnait à s'améliorer. Elle n'était pas sûre d'avoir cette force d'accepter la fatalité avec autant de prestance. Cette simple idée la mettait dans tous ses états. Mais Albus, lui, faisait preuve d'une détermination sans faille.
Sans faille, comme Scorpius. Ce dernier avait senti son cerveau bouillir d'idées devant la suggestion de Ludivine d'ouvrir son journal, une passion soudaine s'éveillant en lui. Scorpius, qui ne s'était jamais préoccupé de sa destinée, s'était définitivement trouvé une vocation. Il s'était ainsi enfermé à la bibliothèque, Liz à ses côtés, l'aidant avec toute l'énergie à sa disposition à monter un projet professionnel pour se faire connaître dans le monde journalistique.
Pour Liz également, cela avait été une révélation. Depuis qu'elle avait confiée à Ludivine en début d'année qu'elle préférait l'édition à l'écriture, et même à ses visées ministérielles, l'idée avait fait son chemin dans son esprit sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte. La vocation de Scorpius avait éveillé celle de Liz.
Au cours de cette épopée, Rose s'était fait embarquer dans leur dynamique. Elle avait rapidement raccroché le magicobus, montrant un enthousiasme qui avait fait rougir Scorpius jusqu'à la racine. La Gryffondor avait lu son article lorsqu'il était paru dans le journal de l'école, et lorsqu'elle avait salué son style d'écriture, Scorpius avait bégayé comme rarement, incapable de sortir une phrase cohérente. De loin, Ludivine avait éclaté de rire.
Elle était totalement lucide face à leur rapprochement. Ce dernier retenait difficilement les marques d'affection qu'il portait à Rose, dans son regard, ses gestes, son sourire. Rose, qu'elle l'ait compris ou non, faisait toujours preuve de cette douceur qui la caractérisait tant, apaisant la virulence marquée du Serpentard quand il parlait du contenu de ses articles. Leur complicité naissante était évidente.
Ludivine savait, cependant, que Scorpius ne tenterait rien. Cette ambition inédite ne l'emmenait que dans une direction, celle de son nouvel objectif. Comme tout Serpentard, rien d'autre n'importait. Les deux sorciers ne cachaient pas leur affection mutuelle, cependant sans jamais agir.
Contrairement à Albus. Si Ludivine pensait avoir tout vu chez ses meilleurs amis, elle se trompait lourdement. Un matin, il avait pénétré dans la Grande Salle au retour d'un entraînement.
Au lieu de se diriger vers sa place comme il l'avait fait chaque jour en six années, il avait marché d'un pas assuré vers la table de Serdaigle, où Ludivine et Acca déjeunaient avec Liz.
Il s'était silencieusement installé à côté d'Acca, l'observant avec un sourire mutin. Cette dernière s'était interrompue dans son histoire, se tournant vers lui pour l'interroger du regard. Albus s'était contenté de lui sourire avec malice avant de passer un bras autour de ses épaules. Ce geste, si naturel pour Albus, renforça la perplexité d'Acca. Il finit par lui chuchoter quelque chose à l'oreille, qui la fit rougir instantanément.
Il posa alors un regard déterminé sur elle, caractéristique des Potter. Un regard puissant, assuré de son action, qui renforça l'émoi d'Acca. Fuyant le regard d'aplomb d'Albus, elle jeta un regard à la dérobée à Ludivine en quête de soutien, mais cette dernière se contenta de lui sourire avec amusement, observant la scène avec Liz.
Acca les fusilla finalement du regard pour leur absence de soutien. Lorsqu'elle reporta son attention sur le sorcier, elle avait cependant retrouvé tout son calme. Elle lui sourit subtilement, avec une once de charme qu'elle savait toujours bien doser, et lui murmura quelque chose à l'oreille.
Les joues d'Albus se teintèrent légèrement, mais il resta maître de la situation, et son expression satisfaite et conquérante indiqua que Acca était allée dans son sens.
Ludivine, qui ne se gênait plus pour pointer du doigt leur flirt manifeste, avait souri avec satisfaction. Son meilleur ami n'avait jamais nié aucun de ses sous-entendus, arborant un sourire malicieux et insouciant dont lui seul avait le secret. Pourtant, sa réponse restait toujours la même : que rien n'importait à part le Quidditch. Oh ça, Ludivine le savait ! Mais si une personne pouvait lui faire sortir la tête du jeu, c'était bien Acca. Elle se doutait très fortement, d'ailleurs, qu'Albus venait de lui proposer un rendez-vous.
Alors trois semaines après l'échec fulgurant d'Albus vers ses rêves, Ludivine ne pouvait s'empêcher de penser que ce détour avait le mérite d'ouvrir la porte à d'autres belles opportunités.
« Ma fille, je sais que tu as toi-même des appréhensions et qu'elles se renforcent à l'approche de cette dernière épreuve. L'enjeu est grand mais n'oublie pas que ce concours ne fait pas tout. Ce monde renferme tant d'opportunités et de surprises, ne pense pas que votre vie se détermine à 17 ans. »
Ludivine avait lu ces mots avec scepticisme, se contentant de pincer les lèvres. Elle s'était effectivement enfermée dans son monde ces dernières semaines, comme ses amis. Mais cette solitude ne la dérangeait pas. Ses pensées étaient tellement nombreuses qu'elle n'était jamais réellement seule.
Le ministre Shacklebolt avait enfin annoncé la date de la troisième épreuve pour mi-avril, ce qui avait mis en alerte toutes les équipes. A partir de là, le temps avait défilé à la vitesse du Poudlard Express. L'effusion qui avait habité le château depuis septembre avait perdu son timbre d'amusement. La tension et l'inquiétude commençaient à prendre le pas, et Ludivine réalisait enfin qu'elle était loin d'être la seule à qui ce concours importait.
Elle était en haut de la tour d'astronomie lorsqu'elle avait réalisé, à quelques jours de l'épreuve finale, que le concours touchait à sa fin. Ils allaient participer à l'ultime volet du concours. Les vainqueurs seraient annoncés dans la foulée. Huit vainqueurs. Chacun pouvant choisir, à sa sortie de Poudlard, la formation de son choix au sein du ministère, sans avoir à passer les concours d'admission. C'était comme offrir la vue à un aveugle. Et Ludivine était atteinte de cécité à cet instant.
D'un regard averti, elle balaya le parc de Poudlard. Des élèves suivaient leur cours de Soins avec Hagrid. Mais elle ne les voyait pas réellement, perdue dans ses pensées.
Il lui fallait gagner. Ce concours était la clé de voûte de tous ses rêves, ces rêves qui lui avaient toujours semblé hors de portée, à une hauteur si vertigineuse que même ses meilleures compétences de vol n'auraient jamais pu l'y emmener.
Ludivine s'était toujours définie par cette ambition. Peu importait la route, il lui fallait juste atteindre sa destination. Elle mettrait tous les efforts pour y arriver. Pour elle-même. Mais également pour ceux qui l'avaient élevée, qui avaient donné jusqu'à leur vie pour elle et cette société qu'ils chérissaient tant.
Mais à cet instant, Ludivine n'avait pas le cœur au concours. Elle repensait à la lettre de sa mère, aux nouvelles qu'elle lui avait partagées, au sentiment que cela avait laissé en elle. Un vide. Un vide qu'elle ne savait pas comment combler. Alors tout ce qu'elle pouvait faire était de focaliser son attention sur cette épreuve. Bloquer toute émotion avec sa rage de réussir. Comme elle l'avait toujours fait.
Elle s'imaginait lauréate de ce concours. Une image rassurante car elle lui donnait le sentiment que rien d'autre n'importait, que ses sacrifices étaient mérités, que le reste pouvait être mis de côté. Le déni, Ludivine connaissait parfaitement ce sentiment. Mais, elle le mettait lui aussi de côté : il ne restait que cette sensation de vide qu'elle ne parvenait guère à neutraliser.
Elle ne pouvait pas imaginer ce que sa mère pouvait ressentir.
« Je sais néanmoins que James et toi vivez d'une ambition sans borne. C'est ce qui fait votre force car elle vous pousse à vous dépasser constamment, sans compter les heures d'entraînement. Je salue votre détermination, ma fille, elle vous mènera loin. »
Très peu d'équipes avaient compris le contenu de l'épreuve, très peu avaient cumulé autant d'indices que Ludivine et James. Et lorsque c'était le cas, il fallait très bien connaître l'Histoire magique pour comprendre. Rien ne confirmait qu'ils aient eux-mêmes bien compris, mais ça ne les avait pas empêchés de tout donner.
Durant des semaines, ils n'avaient fait que s'entraîner, profitant de la longueur d'avance que les indices leur donnaient. Établir une stratégie d'entraînement avait été un jeu d'enfant : sortilèges d'attaque puis de défense, maîtrise complète de leur patronus, bouclier et sortilèges de renvoi, tout y était passé. Puis ils avaient établi toutes les situations face auxquelles ils devraient battre en retraite, toutes celles où le danger devenait trop grand par rapport à leurs moyens.
Tout ce temps qu'ils avaient passé à s'entraîner leur avait permis de comprendre parfaitement l'autre. Tant de mois passés en tant que coéquipiers mais également en tant qu'amants leur avaient permis de se connaître pleinement, dans la vie quotidienne et sur un champ de bataille.
Connaître l'autre, c'était avant tout se connaître soi. Alors ils avaient exacerbé chacun de leurs points forts et travaillé sur leurs points faibles.
Un soir, Ludivine avait enfin posé la question qui lui trottait dans la tête depuis des mois.
— Pourquoi avoir choisi de devenir auror ? avait-elle demandé à James après un entraînement.
— Et pourquoi pas ? avait-il renvoyé avec surprise en retirant son t-shirt trempé de transpiration.
— Je me disais que ce n'est pas la meilleure façon de te démarquer de ton père que de suivre ses pas.
— Je n'ai pas pensé de cette façon, avait-il répondu en commençant à s'étirer. J'ai grandi entouré de personnes qui ont servi la société avec des histoires extraordinaires qui ne faisaient que montrer leur sacrifice constant, à commencer par mon père. Je n'ai connu que cet exemple et je voulais simplement faire pareil. Devenir un auror, c'est le seul moyen.
Ludivine n'avait pu retenir un sourire. C'était le choix de la dévotion. Harry Potter, comme sa propre mère, avait dédié sa vie à son travail. Comme Ludivine, James avait toujours admiré son père pour son sacrifice, pour sa lutte continuelle afin que la paix subsiste. Comme Ludivine, James avait toujours aspiré à devenir un aussi bon sorcier. Alors elle comprenait. C'était la voie de l'altruisme.
Un autre moyen pour James d'assouvir son ambition serait d'intégrer la Coordination des Mondes. Ludivine avait été à deux doigts de lui faire la réflexion, quand la pensée de son propre père l'avait traversée. Son père qui avait donné sa vie à des milliers de kilomètres des gens qu'il aimait et qui l'aimaient, qu'elle ne reverrait jamais, et dont le fantôme ne pouvait reposer en paix que depuis quelques jours. Alors dans un mouvement d'égoïsme pur, elle avait tu ses pensées.
— Dire que tu aurais pu passer une vie entière à te battre contre ton frère pour savoir lequel est le meilleur joueur de Quidditch, l'avait-elle taquiné avec une fausse légèreté.
— Je suis bien content qu'Albus ait choisi de suivre sa propre voix, avait murmuré James sur un ton de confidence, un sourire songeur sur les lèvres.
Ludivine avait eu une pensée pour Harry Potter, ce sorcier qu'elle avait imaginé pendant des années si calme et tolérant, de l'image qu'Albus avait dépeinte. Elle avait cependant découvert le ton intransigeant dont il usait parfois pour s'adresser à James, la dureté de son regard lorsqu'il sentait que son aîné n'était pas à la hauteur.
Ludivine comprenait qu'on ne pouvait jamais complètement comprendre ce que l'autre cherchait à combler. Elle était d'ailleurs bien placée pour le savoir, elle qui avait cherché durant des années à combler cette peur que les êtres qui lui étaient chers meurent à cause de son incompétence. La dévotion mais avant tout, la peur de soi-même.
Revenant à la réalité, elle n'avait pu retenir un sourire en voyant James ramasser tout ce qu'ils avaient fait tomber au sol durant leur entraînement. Tous les muscles de son dos étaient sollicités et dansaient sous ses yeux, tandis que le vif d'or se baladait avec malice sur les côtes de James. Le sorcier était si attirant.
— Intéressée par ce que tu vois ? avait lâché James avec malice, un regard amusé posé sur elle.
— Légèrement, avait-elle répondu avec un petit rire tandis qu'il s'approchait d'elle.
Ludivine avait continué son observation sans retenue aucune. Elle n'avait qu'une envie, porter ses mains sur sa peau et en parcourir chaque parcelle, de ses mains et de ses lèvres.
— Et toi, avait-il demandé en s'asseyant à côté d'elle pour commencer à jouer avec quelques mèches de cheveux, pourquoi avoir choisi la médicomagie ?
Ludivine avait levé un regard surpris vers James. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il lui renvoie la question, et elle avait réalisé à quel point cette interrogation pouvait être particulièrement personnelle pour des sorciers comme eux.
James avait commencé à balader sa main dans son cou, et son regard tendre l'incita à s'ouvrir à lui.
— Je voulais être utile, avait-elle finalement expliqué. Je me suis persuadée à douze ans qu'être capable de soigner les autres ferait de moi une sorcière puissante. J'ai cette peur profonde d'être inutile le jour où l'on aura besoin de moi. J'ai cette idée de moi, que je ne serai jamais une grande sorcière si je n'atteins pas cet objectif.
Un silence s'était installé, et Ludivine se surprit de sa réponse. Elle avait pensé parler de dévotion, de l'exemple de ses parents, comme James un peu plus tôt. Quelle surprise de voir que ce n'était pas ce sentiment qui la dominait. Elle voulait être utile, mais simplement pour combler cette peur panique qu'elle avait développée devant la vue de sa mère ensanglantée.
Ludivine se surprenait elle-même. James la scrutait avec intensité. C'était comme s'il essayait de lire au plus profond de son âme, et qu'il y arrivait parfaitement.
— Tu es déjà une grande sorcière, lui avait-il finalement dit avec douceur mais aplomb, tu es faite pour sauver des vies. Tu es faite pour marquer l'histoire.
Le souvenir de cette soirée l'avait comblée durant plusieurs temps. La douceur de James envers elle ne faisait que grandir chaque jour, et la foi qu'il avait en ses capacités ne faisait que renforcer sa confiance en elle. Doucement mais sûrement. Plus les jours passaient, et plus Ludivine se voyait gagner ce concours.
Deux semaines avant le début de l'épreuve, ils avaient été informés que chaque participant serait autorisé à emmener un objet durant l'épreuve, en plus de sa baguette. Cette information en avait grisé certains et inquiété d'autres. Comment choisir un objet si l'on n'avait aucune idée de ce que l'on allait affronter ?
Ludivine n'avait pas tergiversé longtemps, l'objet qu'elle amenait avec elle était une évidence.
— Un kit de soin ? s'était moqué James lorsqu'elle lui avait partagé son idée, ce qui lui avait valu un regard noir.
— Je ne suis pas une Gryffondor irréfléchie, Potter, avait-elle cinglé, vexée tandis que James éclatait de rire avant de lui embrasser la tempe.
— C'est une super idée, lui avait-il susurré avant de lui expliquer qu'il prendrait son balai.
Ludivine n'avait pas demandé pourquoi. Elle savait qu'un balai était ce qui avait permis à Harry de gagner la première épreuve du Tournoi des Trois Sorciers. Aucune surprise à ce que James s'appuie sur ce même objet. Elle-même avait toujours entendu sa mère la tanner que partir en mission sans avoir de quoi se soigner était indigne d'un bon espion. Ils ne faisaient que reproduire des schémas, plus le temps passait, plus cela sautait aux yeux de Ludivine.
Malgré les restrictions posées sur les sorties à Pré-au-Lard, les participants avaient été autorisés à aller au village sorcier pour acheter l'équipement nécessaire deux jours avant l'épreuve.
Ludivine n'avait pu retenir un sourire en voyant ce lieu familier se dessiner sous ses yeux. Voilà plus de six mois qu'ils n'y avaient pas mis les pieds, et une vague de réconfort la parcourut. Elle avait passé de beaux moments dans ce village, et l'idée qu'il ait pu être attaqué et en partie détruit lui fendait le cœur.
Il ne restait cependant plus rien des magasins détruits par les sortilèges explosifs, reconstruits avec autant de solidité qu'auparavant. Aucun indice ne pouvait laisser croire que des sorciers y avaient été blessés. L'allée centrale était telle que Ludivine l'avait toujours connue, vivante et habitée de monde.
Aucun d'entre eux ne s'attendait à voir autant de monde se promener dans cette allée centrale. Un soleil d'hiver, faible mais lumineux, inondait le paysage de douceur malgré le froid encore présent. Des familles, couvertes de la tête aux pieds et emmitouflées dans une chaleur agréable, profitaient du beau temps et des magasins.
Devant cette vision, il leur semblait que la menace qui pesait sur la communauté sorcière avait disparu et que la vie normale reprenait le pas sur les peurs.
Acca, ne cachant pas son enthousiasme, suggéra au groupe d'effectuer rapidement leurs achats pour ensuite se détendre à l'Horcruxe. Sa proposition avait été suivie avec euphorie par Fred et Scorpius, et le reste du groupe, qui se composait de Liz, Rose, James et Ludivine, avait suivi. Ils s'étaient dispersés pour que chacun effectue ses emplettes.
Une demi-heure plus tard, Ludivine ressortait de l'herboriste Dogweed et Deathcap avec de l'essence et des feuilles de dictame, un sourire sur les lèvres. À quelques jours de l'épreuve, elle se sentait prête.
— Tu rayonnes d'assurance, fit remarquer Acca.
— Je me sens confiante, lui confirma-t-elle avec un sourire.
— Ça ne donne pas envie de t'affronter dans quelques jours.
Le sourire de Ludivine se renforça. Si c'était ce qu'elle dégageait, elle était satisfaite. Il émanait d'elle une sérénité complète, qu'elle ressentait jusqu'au plus profond d'elle-même. Effectivement, Ludivine était tout sauf inquiète.
À deux jours de l'épreuve, elle avait laissé ses doutes et ses peines pour se concentrer sur cette certitude que tout irait bien. Elle en était persuadée. Tout irait bien. Ludivine se répétait ces mots avec un sourire. Jusqu'à ce qu'un bruit assourdissant retentisse.
« Ma fille, j'ai passé des années à chercher des réponses sans savoir si elles existaient. Je sais que j'en ai parfois oublié mon engagement familial et t'ai souvent laissée sans support parental. Je t'ai abandonnée dans la même solitude qui m'accompagne chaque jour depuis que ton père a disparu de nos vies. Je me suis engagée sur sa tombe vide à résoudre le mystère de sa disparition. Je le devais au jeune homme que j'ai amené dans ce monde qu'il ne connaissait pas, auquel il n'appartenait pas, mais qu'il a rejoint pour moi. »
Ludivine était une sorcière ambitieuse. Pour cette raison, elle était persuadée au fond d'elle qu'aucun obstacle ne l'empêcherait d'atteindre un jour ses objectifs, tant bien que mal. Mais même cette certitude avait des limites, elle le réalisait tandis que des hurlements s'élevaient dans les airs.
Ludivine connaissait ces cris. Elle identifiait la détresse qui les habitait. Elle avait déjà vécu cette scèneà Noël. Son sang se glaça.
Des images s'étaient mises à défiler devant ses yeux. Un éclair bleu. Une femme en position de chien de fusil. Une mare de sang. Un corps rigide. Une foule agitée et chaotique. L'enfer. Un enfer qui retourna son estomac, qui brouilla sa vision. Elle n'était pas prête à revivre ces événements. Elle n'était pas prête.
À côté d'elle, tout le monde commençait à s'affoler, cherchant d'où venait la menace. Mais Ludivine l'avait déjà compris, elle venait de toute part.
— Ludivine ! parvint-elle à entendre sous le bruit d'une détonation.
Lorsqu'elle leva la tête, elle constata que Acca lui avait attrapé la main, une passante leur indiquant un endroit où se réfugier, la librairie Tomes et Parchemins.
Plusieurs personnes se précipitaient déjà à l'intérieur pour y trouver refuge. Ce n'était qu'une question de temps avant que tous les livres qui s'y trouvent ne partent en fumée. Tout était destiné à brûler, Ludivine le savait tandis qu'elle se laissait entraîner à l'intérieur, défilant entre les rayons jusqu'à s'asseoir derrière une étagère, au fond de la boutique.
Une quinzaine de personnes s'y trouvaient déjà, toutes accroupies avec leurs mains autour de la tête. Un effluve d'appréhension se propageait dans la pièce sombre et humide. Une vision de cauchemar.
Lorsqu'elle comprit que cet abri lui épargnerait de revivre les horreurs de Noël, Ludivine sentit l'air se propager de nouveau dans ses bronches. Quand s'était-elle arrêtée de respirer ?
Une nouvelle détonation, des cris. Ludivine ferma les yeux. Les livres ne pouvaient pas cacher les horreurs qui avaient lieu. Pourtant, elle fermait les yeux, persuadée qu'elle parviendrait à faire disparaître cet environnement hostile si elle le souhaitait assez fort. Elle n'avait jamais rien désiré aussi ardemment.
Les cris s'intensifièrent. Elle n'aurait jamais aucun répit, elle le comprenait alors que les mêmes images continuaient de hanter son esprit. Elles la suivaient jusqu'à sa plus profonde cachette et une fois de plus, son ventre se tordit.
Les yeux maintenant ouverts, des images nouvelles prenaient place devant elle. Des visages terrorisés, des corps recroquevillés, des larmes continues. Elle ne savait pas combien de personnes s'étaient réfugiées dans ces rayons sinistres. Au moins une vingtaine, piégée au fond d'un trou.
— Maman, j'ai peur.
La voix terrorisée d'un petit garçon. Il s'était réfugié dans les bras maternels auxquels il s'accrochait désespérément, mais Ludivine devinait ses pleurs d'enfant effrayé. Son regard croisa celui de la mère, et une boule se forma dans sa gorge. Le regard d'une femme terrifiée.
— Tout ira bien mon amour, dit-elle à son fils, les aurors viendront nous secourir.
Le regard d'une femme qui ne croyait pas à ses propres mots. Ludivine se sentit parcourue d'un électrochoc. Combien de fois sa propre mère avait-elle dû lui répéter ces mêmes mots, avec cette même absence de conviction, mais sans jamais renoncer.
Elle repensa aux rues de Paris, à la petite fille qu'elle était ce jour-là. Une petite fille qu'il fallait protéger. C'était ce que sa mère avait fait, s'interposant entre elle et ce sorcier. Elle lui avait semblé si forte. Cette force n'émanait pas d'une absence de peur, mais de son acharnement à lutter.
L'électrochoc se propagea dans tout son corps. Ludivine ne pouvait pas rester là. Elle n'avait pas le droit de laisser la peur l'arrêter, la terrasser, la consumer jusqu'à ce qu'il ne reste rien de la sorcière qu'elle était et aspirait à être. Il ne resterait que cette crainte d'être blessée, cette crainte de mourir. Mais quel intérêt y avait-il à ne pas mourir si ce n'était pas pour vivre ?
« Il est préférable d'affronter une fois dans sa vie un danger que l'on craint que de vivre dans le soin éternel de l'éviter. » Marquis de Sade
Ludivine se sentit prise d'une énergie qu'elle ne pouvait taire. Il fallait qu'elle se lève, qu'elle sorte de cet endroit où seules les personnes sans défense devaient se réfugier, qu'elle se batte, pour le bien, pour les autres, pour elle-même.
Alors sans réaliser qu'elle ne l'avait pas uniquement pensé, Ludivine s'était laissée porter par ses tripes et se dirigeait hors de la librairie, ignorant les cris qui l'appelaient. Elle se trouvait maintenant dans le village sorcier, la baguette levée. Prête à en découdre.
Les rues étaient toujours pleines de monde. Les corps se bousculaient dans un tumulte et un affolement décousu. Ils se heurtaient dans tous les sens, c'était la cohue. Les hurlements étaient maintenant si forts, si puissants, si nombreux que Ludivine savait, sans la voir, que la mort rôdait.
Il y avait un étrange sentiment à se retrouver au milieu de ce chaos. Elle voyait toutes ces personnes s'agiter dans tous les sens, hurler de peur et se bousculer de façon incohérente sans réaliser que tout le monde était dans la même situation, face à la même menace, la même angoisse. Au milieu de ce désastre, certaines personnes restaient immobiles, leurs corps incapables de leur donner un ordre cohérent.
Ludivine se reconnut en ces personnes. A cet instant également, elle s'était immobilisée. Une personne la percuta d'un coup d'épaule, mais contrairement à l'attaque de Noël, elle ne se laissa pas emporter au sol par la foule. Les bousculades la faisaient tituber, mais il lui était impossible de perdre l'équilibre. Il fallait qu'elle trouve James. Alors elle se mit à courir.
Elle courait avec toute la force qu'elle avait dans les jambes, sans réellement savoir où elle allait. L'allée principale, il fallait qu'elle retrouve l'allée principale. Elle croisa plusieurs personnes démunies, qui cherchaient un refuge, un endroit où se cacher. Ludivine leur indiqua la librairie mais également l'Horcruxe, relié à Poudlard par un passage secret construit après la guerre.
Elle s'arrêta plusieurs fois pour soigner quelques sorciers blessés. Elle avait sur elle, heureusement, une bouteille d'essence de dictame qu'elle venait d'acheter. Elle l'utilisa pour refermer les différentes blessures, complétant parfois avec un episkey pour ne pas utiliser toute sa potion. Elle indiqua à chacun de ces sorciers le même refuge qu'aux autres.
Tant de personnes à aider, Ludivine ne réalisait que maintenant à quel point Pré-au-Lard était noir de monde. Les responsables de cette attaque avaient choisi leur jour pour marquer le coup.
Après avoir soigné une femme et lui avoir indiqué où se trouvait l'Horcruxe, Ludivine continua sa route. Son sang se glaça lorsqu'elle fut témoin d'une attaque sur une sorcière d'une dizaine d'années. Cette dernière hurlait de toutes ses forces, recroquevillée sur elle-même à côté d'un corps inanimé tandis qu'un sorcier la toisait de toute sa hauteur. Ludivine ne réfléchit pas.
— Cofringo ! hurla-t-elle.
Le sorcier prit le sort en pleine poitrine et fit un bond en arrière de plusieurs mètres sous le coup de l'explosion. Ludivine avait mis une telle force dans le sortilège qu'elle savait qu'il ne se relèverait pas de sitôt. Elle se précipita vers la petite fille, s'agenouillant devant elle tout en attrapant délicatement son visage de ses deux mains.
— Tu vas bien ? demanda-t-elle avec inquiétude. Tu n'es pas blessée ?
Lorsque la petite fille hocha la tête négativement, Ludivine soupira de soulagement en la prenant dans ses bras. Elle lui promit que tout irait bien, qu'elle l'emmenait dans un endroit sécurisé et qu'elle serait bientôt loin de ces horreurs. Elle passa un bras sous les cuisses de la sorcière, la soulevant tandis que cette dernière avait enfoui son visage dans son cou. Ludivine se remit aussitôt à courir, la sorcière dans les bras, à la recherche d'un lieu sécurisé.
— Reducto ! lança-t-elle de sa main disponible lorsqu'elle croisa une sorcière avec du sang au coin des lèvres et le regard fou.
Le corps de la sorcière fut propulsé contre un mur en brique qui s'effondra, et Ludivine sembla réaliser la force qu'elle mettait dans chacun de ses sorts. Un sourire franchit ses lèvres. Il ne leur arriverait rien, elle en était assurée.
Elle finit par approcher la rue principale. Elle savait, après avoir vu les éclairs dans le ciel, que l'allée devait réunir tous les duels. Il lui fallait cependant la traverser pour atteindre l'autre côté du village où se trouvait l'Horcruxe et mettre la petite fille en sécurité, et il n'y avait pas de lieu plus sûr que le château.
— Ludivine !
A l'entente de cette voix, Ludivine sentit une émotion la prendre à la poitrine. Des larmes lui montèrent aux yeux jusqu'à atterrir dans la chevelure blonde de la petite fille. James. Il était près d'elle, elle n'était plus seule. Tout irait bien, et cette simple pensée la rassura suffisamment pour lui redonner tout l'aplomb nécessaire.
Ludivine se retourna, et se trouva nez à nez avec James qu'elle observa d'un œil avisé. Il était blessé, du sang séché avait coulé du haut de son crâne et une grande déchirure fendait son t-shirt imprégné de sang, mais aucune blessure visiblement profonde. Il se précipita vers Ludivine, vérifiant son visage, sa chevelure et son corps à la recherche de quelconque blessure.
Quand il s'assura qu'elle n'était pas blessée et qu'elle allait bien, il passa un bras autour de ses épaules et lui embrassa les cheveux. Puis il se tourna vers la petite fille qui se trouvait dans ses bras. Son regard se fit chaleureux et protecteur, lui promettant silencieusement de l'emmener en sécurité.
— Je suis contente de te voir, murmura Ludivine, prise d'un épuisement qu'elle ne réalisait qu'à l'instant.
— Et moi donc, répondit James avec douceur, j'aurais pu tuer pour te retrouver !
Ludivine se sentit faiblir, expirant d'exténuation. James prit conscience de sa fatigue et la soulagea en attrapant la petite fille dans ses bras, prenant son poids pour lui.
— Où sont les autres ? osa-t-elle demander.
— Certains en sécurité, d'autres au combat. Déposons-la dans un endroit sûr avant que les sorciers n'arrivent jusqu'ici.
Ludivine hocha la tête, suivant James qui se dirigeait avec rapidité vers l'Horcruxe. Jusqu'à ce qu'une détonation ne l'arrête dans son geste. Il leur fallait être très prudents.
— James !
Le concerné et Ludivine se tournèrent vers Scorpius qui accourait vers eux. Lui aussi était dans un mauvais état. Il boitait, et Ludivine voyait bien que la déchirure au milieu de sa cuisse n'annonçait rien de bon.
— Scorpius, il faut te faire soigner ! s'alarma-t-elle en se précipitant vers lui.
— Je sais, répondit-il d'un souffle court.
Ludivine fouilla avec négligence dans son sac, inquiète pour son meilleur ami, mais lorsqu'elle sortit l'essence de dictame, ce dernier l'arrêta.
— C'est trop profond, je dois d'abord désinfecter.
— J'ai ce qu'il fa…
— Des sorciers arrivent par ici, l'informa-t-il avec fermeté, ils essaient d'atteindre le souterrain des Trois Balais qui mène au château.
— Ce passage a été scellé après la Grande Bataille, fit remarquer Ludivine.
— Je le sais bien, sourit Scorpius avec malice, mais pas eux. C'était le seul moyen de les réunir vers l'allée principale pour les éloigner du passage de l'Horcruxe.
— Scorp, s'alarma Ludivine, il y a plein de personnes cachées dans les boutiques de l'allée principale.
— Je sais, Lud, s'impatienta Scorpius, mais on ne peut pas les laisser accéder au château. Tous ceux qui le peuvent vont s'y cacher.
— Scorpius, interrompit James, tu te sentirais de porter ce petit cœur avec toi jusqu'à l'Horcruxe ?
Scorpius posa un regard sur la petite fille qui s'accrochait désespérément à l'épaule de James, terrifiée. Ce dernier caressait son dos avec douceur mais la petite ne lâchait pas sa prise. Scorpius semblait tiraillé.
— Je dois partir à la recherche de Rose, lui dit-il.
— Où est-elle ? s'inquiéta Ludivine.
— Je ne sais pas, justement, mais je sais qu'elle était partie faire ses achats seule.
— Ma cousine est sûrement déjà en sécurité, lui dit James.
— On n'en sa…
— Scorpius, l'arrêta James avec fermeté en attrapant son avant-bras, tu dois te faire soigner avant de perdre ta jambe et cette petite doit être mise en sécurité. Ensuite, tu reviendras nous aider.
Scorpius serra la mâchoire. Il savait que le Gryffondor avait raison, qu'il n'était pas en état de combattre, mais il était dévoré d'inquiétude. Les deux sorciers se défièrent du regard, puis quelque chose passa entre eux, comme s'ils savaient tous les deux qu'ils avaient un devoir à remplir. Alors James tendit la petite fille à Scorpius qui l'attrapa, lui murmurant des petites phrases pour la rassurer.
— Et vous ? demanda Scorpius.
— Ludivine et moi allons protéger les personnes sur l'allée principale, affirma James.
Ludivine écarquilla les yeux, son souffle se coupant dans sa gorge. Elle posa un regard apeuré sur James, mais ce dernier lui sourit avec douceur tandis qu'il posait une main délicate sur sa joue.
— Tu n'as pas à être effrayée, Ludivine, lui dit-il avec affection. Toi et moi sommes une équipe, on protégera les arrières de l'autre.
— Je suis une soignante, James, réussit-elle à dire d'une voix chevrotante, pas une duelliste. Pas une auror.
— Tu es une sorcière puissante, répondit James avec aplomb, et la fille que j'aime. Toi et moi, on ne se bat pas pour nous-mêmes. On se bat pour les autres.
La fille que j'aime. Il ne réalisait certainement pas ses mots, mais Ludivine sentait son cœur battre dans sa poitrine. James l'aimait. Et James avait raison. Ils n'étaient pas là pour eux mais pour les autres, pour aider ceux qui ne peuvent pas se sauver. Comme leurs parents.
Ludivine avait toujours voulu être comme sa mère. Il était temps qu'elle le devienne. Alors elle hocha la tête, un regard déterminé posé sur l'homme qu'elle aimait. James lui fit un sourire, embrassant son front avec tendresse.
Face à eux, Scorpius comprit le message. Il caressait les cheveux de la petite fille avant d'attraper Ludivine par les épaules et de lui embrasser les cheveux.
— Je t'aime, Lud, fais attention à toi.
— Moi aussi, Scorp.
Et sur un regard rempli de promesses mutuelles, Scorpius s'éloigna d'un pas titubant en direction de l'Horcruxe, la petite sorcière dans ses bras.
Une main s'enroula autour de son coude, et Ludivine quitta son meilleur ami du regard pour le poser sur son petit-ami qui la fixait avec inquiétude.
— Prête ?
— Je ne pense pas l'être un jour, murmura-t-elle avec un demi-sourire, finalement convaincue qu'être prêt n'était pas nécessaire pour y arriver.
— Allons-y.
James attrapa sa main et ils dévalèrent les rues jusqu'à atteindre l'allée centrale. Ils tombèrent sur un véritable champ de bataille.
Les rues principales du village avaient été détruites. Certains bâtiments avaient pris feu sans que personne ne les éteigne, les devantures de magasin tombaient en ruine, et des fumées noires, causées par les explosions, se propageaient. Des dizaines de corps jonchaient le sol tandis que des sorciers et sorcières s'affrontaient en duel. C'était une hécatombe.
Ludivine sentit une nouvelle fois son estomac monter au bord des lèvres, et il lui fallut toute la force du monde pour ne pas s'enfuir en courant ou ne pas s'effondrer au sol devant de telles horreurs. Mais contrairement à l'attaque de Noël, elle était en pleine possession de ses moyens. Elle ne se laisserait pas abattre.
A côté d'elle, James observait le désastre comme elle. Tout son corps se tendit de colère, et il dégaina aussitôt sa baguette pour détourner un sort qui venait dans leur direction. Le renvoyant à leur attaquant qui s'effondra au sol.
Pour Ludivine, c'était le signal.
« Ton père adorait le monde sorcier. Il ne comprenait pas tout, mais se fascinait d'un rien. Il était d'une force tranquille dont j'ai beaucoup appris. Je n'aurais jamais pensé passer si peu de temps en sa compagnie. Malgré notre métier dangereux, je nous voyais vieillir ensemble. Je n'ai, cependant, regretté qu'une chose ces dernières années. Qu'il ne te voie pas grandir et devenir la jeune femme incroyable que tu es. »
— Bombarda maxima, hurla Ludivine.
Un éclair sortit de sa baguette jusqu'à toucher une statue qui explosa. Des débris touchèrent les deux sorciers qui se trouvaient à côté, les assommant sous la force de la projection. Ludivine ne cacha pas son sourire fier. C'était les troisième et le quatrième qu'elle mettait hors d'état de nuire.
Un peu plus loin, James avait perdu sa baguette et courait maintenant vers un sorcier à qui il cassa le nez d'un coup de coude. Ce dernier tituba, laissant le temps à James de rappeler sa baguette et de murmurer un expulso qui le propulsa plusieurs mètres plus loin.
Le regard de Ludivine fut attiré par deux silhouettes qu'elle connaissait bien. Fred et Liz accouraient vers l'allée principale, se tenant fermement la main. Ils constatèrent le champ de bataille, l'horreur se peignant sur leurs visages. Ludivine voulait leur crier de s'en aller, de se réfugier ailleurs, mais elle remarqua les blessures de Fred. Il respirait de façon erratique, de nombreuses coupures parsemaient son torse, et semblait boiter très légèrement. Liz ne semblait pas blessée, mais la panique habitait son regard.
Ludivine, qui les observait avancer, faillit manquer le reflet d'un bracelet en argent. Une sorcière avait pointé sa baguette sur Fred et Liz.
— Impedimenta, lança Ludivine en direction de la sorcière qui se mit soudain à avancer au ralenti, entravée dans ses actions.
— Lud ! s'exclama Liz en l'attrapant par les bras.
— Que faites-vous là ? réussit-elle à formuler.
— On cherche Rose, expliqua Fred avec le souffle court, on l'a perdue près des Trois Balais.
L'horreur s'installa sur les traits de Ludivine. Scorpius avait raison, Rose était en danger.
— Tu as l'air blessé, Weasley.
— Oh, balaya le sorcier d'un revers de main avec une nonchalance feinte, quelques maléfices ne m'ont jamais arrêté.
Ludivine n'eut pas le temps de répliquer, un sortilège se dirigeait vers eux à une vitesse fulgurante. Elle murmura un protego suffisamment puissant pour l'absorber entièrement. Une vague d'éreintement l'atteignit soudain, et elle comprit que la puissance qu'elle mettait dans chacun de ses sorts depuis une heure commençait à épuiser sa force magique.
— Fulgari ! lança Fred froidement.
Une force invisible vint plaquer la sorcière au sol, lui nouant les mains. Fred allait relancer un sort, mais Liz l'arrêta, consciente que le sorcier était prêt à faire mal. Ce dernier pinça les lèvres, jusqu'à apercevoir James un peu plus loin, qui luttait contre deux sorciers.
— Je reviens ! s'exclama-t-il en se précipitant pour aider son meilleur ami.
Ludivine et Liz échangèrent un regard d'encouragement. Elles ne pouvaient pas rester éternellement en retrait. Ludivine attrapa la main de Liz qui se cacha légèrement dans son ombre, et elles avancèrent vers deux autres jeunes femmes au sol.
Liz passa un bras frêle autour de la taille de la première pour l'aider à se relever. Ludivine se mit à soigner la jambe de l'autre femme qui grimaçait de douleur. Lorsque la blessure devint superficielle, Liz et Ludivine la soutinrent jusqu'à une rue perpendiculaire pour l'éloigner des échauffourées.
— Reducto ! souffla Liz en direction d'un sorcier massif qui pointait une baguette vers elles.
Le sorcier fut propulsé contre un mur tandis que Ludivine indiquait aux deux femmes le chemin de l'Horcruxe. Puis elle attrapa la main de Liz pour retourner vers l'allée principale.
Elle balaya la scène d'un regard circulaire. Il semblait que le nombre d'opposants ne diminuait jamais, nombre de sorciers avaient fait comme elles, luttant pour les mettre hors d'état de nuire. Ludivine fut surprise de voir le nombre important de personnes qui avaient choisi de lutter, même faiblement.
Puis un bruit d'explosion tonitruant se fit entendre, faisant valdinguer les corps, et tous se protégèrent le visage par réflexe. Tous les duels s'arrêtèrent sous le coup du choc, de la fumée se propageant dans les rues alentour.
Au loin, Ludivine crut reconnaître une chevelure rousse qui la fit pâlir. Rose. Au sol, le regard écarquillé sous le coup de l'explosion qui semblait avoir eu lieu près d'elle. Ludivine allait se précipiter pour l'aider, jusqu'à ce que Scorpius apparaisse.
Elle pensait qu'il s'était réfugié au château pour soigner sa blessure, ce qu'il avait visiblement fait car il ne boitait plus. Et il était revenu. Il repéra aussitôt Rose et se précipita vers elle. Il tomba à genoux à ses côtés, passant ses mains sous la nuque de la sorcière en lui demandant si elle allait bien. Ludivine ne pouvait pas les entendre, mais elle voyait les larmes qui coulaient sur les joues de Rose tandis qu'elle agrippait les poignets de Scorpius avec force et hochait la tête vigoureusement.
Il n'en fallut pas plus à Scorpius qui l'aida à se relever. Son attention fut alors attirée vers la localisation de Ludivine. Leurs deux regards se croisèrent, et un message silencieux passa entre eux. Fais attention. Et ils se séparèrent.
Ce moment d'inattention coûta cher à Ludivine qui voyait maintenant un éclair se diriger vers elle. Elle n'eut pas le temps de lever sa baguette que le sortilège était déjà prêt à l'atteindre. Et son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine, consciente qu'il pouvait s'agir du sortilège de la mort.
— Protego !
Le sortilège l'enveloppa, absorbant l'éclair dont la puissance s'envola avant de la toucher. Le bouclier n'était cependant pas suffisamment puissant pour aspirer tout le sortilège, touchant Ludivine à l'avant-bras, l'entaillant superficiellement.
— Expelliarmus !
Ludivine put enfin reconnaître Acca qui accourait vers elle tandis que le sortilège qu'elle venait de lancer désarmait son adversaire. Une autre sorcière, que Ludivine aurait pu penser être une auror, lança un sort qui mit hors d'état de nuire leur attaquant.
Acca accourut vers Ludivine, lui attrapant l'avant-bras pour vérifier que la blessure n'était pas trop profonde. Liz, à côté d'elles, observait également l'entaille.
— C'est superficiel, lui indiqua Ludivine avec un sourire, ton bouclier m'a protégée.
— Pas suffisamment, bougonna-t-elle.
— Que fais-tu encore ici ? demanda Ludivine. Tu devrais être au château.
— Tu n'es pas la seule à vouloir être utile, lui sourit Acca, personne ne veut les laisser gagner.
— Qui sont-ils ? intervint Liz.
— Certains disent que ce sont les Mangemorts, expliqua Acca, mais personne ne le sait vraiment.
Ludivine pinça les lèvres. Peu importait l'identité de leurs attaquants, ils ne pouvaient pas les laisser gagner. Elle réalisait néanmoins à quel point ils étaient nombreux, et elle se demanda si Pré-au-Lard était le seul village d'Angleterre visé. Probablement que non. Un instant, elle se demanda comment ils parviendraient à contenir la menace.
Soudain, une nouvelle explosion se produisit. Les trois sorcières se couvrirent la tête alors que des débris volaient dans tous les sens et que des corps valdinguaient. De la fumée noire se propagea autour d'elles, et Ludivine se sentit bousculée durant les dizaines de secondes où elle fût privée de sa vue. Elle entendit Acca tousser, et lui attrapa la main machinalement pour ne pas la perdre, mais elle parvenait à peine à distinguer les traits de son amie.
— Liiiiiiiiiiz ! hurlait Acca.
Silence. Liz ne répondait pas, et la panique monta chez les deux sorcières.
— Elle n'est plus là, constata Ludivine.
— Elle n'a pas dû aller bien loin ! s'énervait Acca.
— Elle a dû être éloignée par l'explosion.
Le nuage de fumée se dissipait progressivement mais Liz était effectivement introuvable. De nouvelles figures se dessinaient néanmoins autour d'elles. Plus imposantes, plus menaçantes que celle de Liz. Ludivine et Acca ne comprirent que trop tard qu'elles s'étaient fait encercler.
— Protego ! hurla Ludivine tandis qu'un sort s'élançait vers elles.
— Impedimenta ! cria Acca
— Bombarda maxima ! surenchérit Ludivine qui s'éloignait d'Acca pour éviter un sort.
Elles parvinrent à mettre trois sorciers hors d'état de nuire tandis qu'une femme sortie de nulle part immobilisait un autre de leurs attaquants.
— Sectum Sempra ! lança une voix masculine avec agressivité.
— Expulso ! jeta Ludivine en direction d'une sorcière qui fut éjectée sous le coup de l'explosion.
Quand Ludivine se tourna vers Acca avec un sourire victorieux, son sang se glaça. Touché de plein fouet, le corps d'Acca chutait au sol. Une vision intenable pour Ludivine qui voyait sa meilleure amie tomber au ralenti, sa peau caramelle couverte de multiples déchirures.
« Je sais qu'au fond de toi, tu auras toujours cette peur de la mort. Le regard que tu m'as lancé à Paris ne m'a jamais quittée. Les larmes que tu as versées sur la tombe de ton père me hantent encore. J'aurais aimé te protéger de toutes ces peines. Mais tu n'imagines pas ma fierté quand je vois la sorcière que tu es devenue. »
Ludivine sentit son propre corps défaillir devant cette vision, un haut-le-cœur l'ébranlant tandis qu'elle sentait son estomac au bord des lèvres. Acca était à terre. Acca était grièvement blessée. Le souffle de Ludivine devenait incontrôlable, erratique, ses larmes inondaient ses joues, des palpitations secouaient son corps. Il fallait qu'elle lui vienne en aide.
Prise de douleurs à l'abdomen, elle dut faire appel à tout ce qu'il lui restait de volonté pour mouvoir son corps jusqu'à celui d'Acca. C'était comme une vague déferlante qui prenait possession de son être alors qu'elle tombait à genoux près du corps inconscient. Voir les sévices sur son corps provoqua chez Ludivine un sanglot qui la secoua tout entière. Comment allaient-elles s'en sortir ?
Un sortilège vint dans sa direction, mais Ludivine n'en prit pas conscience. Elle ne voyait pas la sorcière de tout à l'heure qui intervenait de nouveau pour la protéger. Elle ne réalisait pas qu'elle n'était pas entourée uniquement d'ennemis, que plusieurs sorciers les avaient protégés jusqu'ici. Non, Ludivine ne voyait rien de tout cela.
Elle ne voyait rien d'autre que le corps inanimé de sa meilleure amie. Du sang s'écoulait en abondance de ses multiples blessures et il lui semblait que si elle n'agissait pas, Acca se viderait tout bonnement de son sang. Alors sans le réaliser, elle se mit au travail.
« Cela me peine d'avoir à t'annoncer une bien triste nouvelle, ma fille. Je doute d'avoir la force de l'écrire, mais j'ai le regret de te dire que nos pistes en Europe de l'Est se sont avérées exactes. Elles nous ont menés vers un réseau de sorciers que nous connaissons bien, pour avoir essayé de nombreuses fois avec ton père de les annihiler. C'est d'ailleurs la dernière chose qu'aura faite ton cher père. »
Ludivine pleurait. Un flot de larmes continu dévalait ses joues, ponctué de sanglots incontrôlables, hystériques. Sa vision était floue, ses mains tremblantes, son souffle saccadé.
Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait, son corps agissait selon sa propre volonté, sans qu'elle n'ait à lui dire quoi que ce soit. A cet instant, rien n'aurait pu l'empêcher de soigner sa plus vieille amie. Ses mains agissaient seules, fouillant dans son sac pour sortir la bouteille d'essence de dictame dont elle versa plusieurs gouttes pour refermer certaines plaies, et des bandages qu'elle utilisa pour stopper l'écoulement de sang. Son corps dirigeait la manœuvre sans qu'elle ne le réalise, vérifiant les constantes et la respiration toutes les minutes pour vérifier qu'elle restait vivante. Et Ludivine pleurait.
La dernière chose qu'aura faite ton cher père. Ludivine pleurait les blessures de sa plus vieille amie, effrayée de ne jamais la voir rouvrir les yeux. Elle pleurait cette peur de perdre une personne qui lui était si chère. Elle pleurait la mort de son père, dont elle ne découvrait que maintenant le besoin de faire le deuil. Elle pleurait la haine de ces sorciers, démunie face à la malveillance qui les animait. Elle pleurait son propre sort, il ne lui était plus possible d'être une enfant. Elle se sentait pourtant tellement faible et impuissante face à ce qu'il était attendu d'elle en tant qu'adulte.
Ludivine continuait de panser les plaies, hermétique à ce qu'il se passait autour d'elle. Le sang finit néanmoins par arrêter de couler. Les entailles se refermaient progressivement. Il fallait qu'elle sorte Acca de cette situation, il fallait qu'elle ait de vrais soins.
Allongée sur ce béton mouillé par le ciel, les yeux fermés, les cheveux pleins de terre et de sang séché, la mine salie par la poussière, Acca gardait cet air vivant qui la caractérisait tant. Dans un autre contexte, Ludivine aurait pris une couverture et l'aurait emmitouflée dedans. Mais à cet instant, il n'en était pas question.
« Tu es devenue une sorcière remarquable, Ludivine, une jeune femme forte. Je sais que la peine t'affectera mais tu te relèveras, comme la digne fille que ton père a élevée. »
Toujours incapable d'arrêter les larmes qui coulaient sur ses joues, de calmer les tremblements qui parsemaient son corps, de mettre fin à cette crise qui la prenait à la poitrine, Ludivine agit par instinct.
Passant un bras d'Acca autour de ses épaules, elle fit appel à toute sa personne pour la hisser sur ses jambes. Elle n'était plus une sorcière à cet instant, oubliant ses pouvoirs qui auraient pu si facilement l'aider. Elle n'était plus une enfant, faible et démunie face à ce qu'on attendait d'elle. Elle était une survivante, titubant sous le poids d'Acca, perturbée par le sang qui commençait à mouiller son t-shirt, consciente que toutes ses forces iraient à mettre celle qu'elle considérait comme une sœur à l'abri.
Elle n'avait aucune idée d'où elles se trouvaient, depuis combien de temps elle portait Acca. Elle savait juste que la sorcière ne se réveillerait pas, qu'il n'y avait qu'elle pour agir. Sa vision était de plus en plus trouble, ses oreilles bourdonnaient. Ce n'était plus les symptômes de la panique, mais ceux de l'éreintement. Au fil des minutes, les espoirs de Ludivine s'amenuisaient.
— Maintenant, Al !
Al. Ludivine recouvra ses esprits, s'arrêtant près de deux silhouettes qu'elle reconnues comme celles de James et Albus qui lançaient un sortilège. Leurs sorts respectifs s'unirent, créant un jet épais et puissant qui mit trois sorciers hors d'état de nuire.
Que faisait Albus ici ? Ludivine ne se posa même pas la question alors que les deux frères échangeaient un sourire complice. Elle sentait ses forces partir.
— Al ! cria-t-elle dans un sanglot.
Lorsqu'Albus se retourna, son visage se décomposa devant la vision qui lui faisait face. Ludivine, dont les vêtements étaient tachés de sang, s'écroula sous le corps amorphe et ensanglanté d'Acca. Terrifié, il vola jusqu'à elles, suivi de James. Albus tomba à genoux, posant une main sur le corps d'Acca tandis qu'il posait l'autre sur l'épaule de Ludivine.
— Occupe-toi d'elle, lui dit-elle dans un sanglot.
— Que s'est-il passé ? demanda-t-il avec panique.
— Elle s'est pris un puissant sortilège, constata James, il faut la ramener au château.
Le tourment se lisait sur les traits d'Albus. Il était hésitant, posant un regard soucieux sur son amie tandis qu'il passait un bras dans le dos d'Acca et l'autre sous ses genoux.
— Il faut des forces ici, fit-il remarquer, je suis venu aider.
— Acca est plus importante ! s'énerva Ludivine.
Albus pinça les lèvres, ne souhaitant pas sous-entendre le contraire. Il ne quittait pas Ludivine du regard. Comment pouvait-il la laisser dans ce chaos alors qu'elle était également blessée et exténuée ?
— Tu as besoin de soins également, lui dit-il.
— Je dois retourner à la librairie, répondit Ludivine, il y avait de nombreuses personnes cachées.
— Tu as besoin de repos, affirma une nouvelle fois Albus.
— J'ai besoin de continuer, Al, dit-elle à demi voix, sentant l'émotion monter dans sa gorge.
Albus voulut dire quelque chose, mais la main que James posa sur son épaule l'arrêta. Ils échangèrent un regard, comme James l'avait fait un peu plus tôt avec Scorpius. Une nouvelle fois, il s'engageait à protéger Ludivine et quiconque en aurait besoin.
Albus se mordit la lèvre, geste inhabituel chez lui, avant de capituler.
— Je n'aime pas ça, s'obligea-t-il à faire remarquer.
— Merci, Al, lui répondit doucement Ludivine avec un sourire qui attendrit Albus. Comment pouvait-il lui refuser quoi que ce soit à un tel sourire ?
— Promets-moi de te battre jusqu'au bout, Lud.
— C'est promis.
Albus se retint d'ajouter quelque chose, resserrant sa prise sur le corps d'Acca. Il fallait qu'il se dépêche de lui prodiguer des soins.
— Revenez-nous, murmura-t-il finalement avant de coller son front au sien.
Cette fois-ci, Ludivine ne fit aucune promesse mais un élan de courage la parcourut au contact d'Albus.
Ce dernier échangea un dernier regard avec James avant de finalement s'éloigner, Acca dans ses bras. Il se retourna une dernière fois, pinçant les lèvres à l'idée de les abandonner. Il finit néanmoins par se remettre en marche.
Ludivine lâcha une respiration qu'elle ne réalisait pas avoir retenue. Revenez-nous. C'était une demande si forte, si puissante, combien de fois l'avait-elle elle-même formulée. Elle était maintenant de l'autre côté de la barrière, et elle réalisait à quel point la réponse à cette prière était vide de sens.
Un poids néanmoins refusait de quitter sa poitrine, le sentiment de culpabilité se renforçant alors même que Acca était emmenée en sécurité. Elle aurait dû être en capacité de protéger sa meilleure amie. Un frisson la parcourut, elle avait peur.
Toujours à genoux, le regard perdu sur le sol jonché de débris, Ludivine sentait de nouveau les larmes couler sur ses joues.
— J'aurais dû la protéger, marmonna-t-elle à elle-même.
James s'agenouilla près d'elle, lui attrapant le menton d'une main ferme pour attraper son regard, caressant sa joue au passage.
— Ludivine, l'interpella-t-il d'un ton rassurant, Albus s'occupe d'Acca, tout ira bien pour elle.
— J'ai peur, James, sanglota-t-elle, la douleur dans sa poitrine s'accentuant à cette admission.
— Je sais, sourit James avec tendresse, je suis terrifié également. Mais nous sommes ensemble. Cette fois-ci, je ne te quitte plus.
C'était indéniablement une promesse, comme un engagement qu'il tenterait de respecter jusqu'à son dernier souffle. Ludivine se sentit couvée par ce regard déterminé, protégée par cette main qui s'accrochait à elle comme une ancre au milieu d'un océan agité.
— Tu me promets qu'il ne t'arrivera rien ? demanda-t-elle d'une voix cassée.
— Pas tant que l'on restera ensemble.
James émit un léger sourire, que Ludivine finit par lui rendre. Ils étaient ensemble, ils combattraient ensemble. Cette idée, non seulement la rassura, mais lui conféra une force qu'elle ne soupçonnait pas. James lâcha son visage, lui tendant une main invitante qu'elle saisit sans hésiter, la propulsant sur ses deux jambes.
— Il faut retourner dans l'allée princip…
— Non, l'arrêta-t-il, elle est déjà prise en charge. Albus et moi nous dirigions vers la gare ferroviaire.
— La gare ferroviaire ? répéta-t-elle sans comprendre, quel intérêt ?
— C'est le principal accès à Poudlard.
Cela ne faisait pas sens, se dit-elle. Les sorciers pouvaient déjà accéder au château par le passage secret de l'Horcruxe. L'accès depuis la gare ferroviaire traversait la forêt interdite, c'était un chemin dangereux lorsqu'il n'était pas dégagé par les professeurs. Pourquoi prendre ce chemin, à part pour celui qui souhaitait mettre la forêt en péril ? Mais quel en serait l'intérêt ?
Ludivine n'avait pas réalisé qu'elle partageait ses pensées à voix haute jusqu'à ce que James ne lui réponde.
— Tu as raison, lui dit-il, sauf que le chemin n'est pas protégé en ce moment. Tous les professeurs sont ici ou en train de protéger le passage secret et de prendre en charge les blessés qui ont rejoint le château. Et il y a des créatures très dangereuses dans la forêt, que personne ne voudrait déloger sans objectif sombre.
Les professeurs étaient sur place ? Ludivine cligna des yeux, elle ne l'avait même pas remarqué. Puis elle pensa aux sorciers qui l'avaient aidée ou protégée à plusieurs reprises. Ludivine sentit une vague de soulagement la transpercer. Puis elle pensa à ces créatures. Quel sorcier censé oserait les déloger de la forêt et prendre le risque d'être eux-mêmes attaqués par elles ?
— On doit protéger notre maison, Ludivine.
Notre maison. James avait raison, Poudlard était leur maison. Les murs du château les avaient accueillis, les avaient vus grandir. Ludivine pensa à la jeune sorcière qu'elle avait été, assise dans une barque à la découverte des tours échevelées du château brillant de mille lumières.
Entourée de ses trois amies d'enfance, son seul point de repère à cette période, elle était une enfant en quête d'identité et de repères. Elle n'avait plus de père depuis peu, n'avait eu le temps ni l'occasion de lui dire au revoir. Sa mère se jetait à corps perdu dans son travail, à la recherche de réponses. Personne n'avait pris le temps de lui expliquer qu'il était normal, à onze ans, de ne pas savoir qui l'on était, que cela prendrait du temps, des années, et qu'elle devait surtout, d'ici-là, s'assurer d'être toujours en accord, au fond d'elle, avec ses actions et ses dires.
Au sein de ce château, elle avait créé et renforcé ses plus belles amitiés, avait trouvé sa voie et un sens à sa magie. Elle y avait trouvé l'amour, et commençait même à se définir une version d'elle-même avec laquelle elle était en accord. Ces murs, il était hors de question de laisser de mauvais sorciers s'en emparer.
Une fine bruine avait commencé à tomber sur eux, Ludivine ne le réalisait que maintenant. James la regardait silencieusement, cherchant une validation dans ses yeux, contenant une impatience qui aurait pu la faire sourire. Le temps s'écoulait et plus Ludivine réfléchissait, plus elle offrait à ces sorciers la possibilité d'envahir leur foyer.
— Allons-y, dit-elle avec fermeté, un sentiment d'allégresse la traversant lorsque le regard interrogateur de James s'emplit de satisfaction.
Alors, qu'en avez-vous pensé ? J'espère que ce chapitre vous a plu, et je vous dis à la semaine prochaine pour le suivant :)
Merci d'avance pour vos lectures et éventuelles reviews !
