Depuis le début, il se demandait s'il devait parler à Dumbledore. Il s'était retenu jusque là parce que d'abord, il ne pensait pas que l'autre serait enchanté de son intention de tuer un de ses élèves surtout s'il était encore innocent de tout crime.

Ensuite, il ne lui avait pas parlé parce que… il n'en avait pas envie. Sa dernière entrevue avec Dumbledore s'était terminée sur la destruction presque totale du bureau de Directeur, et si quelqu'un pensait qu'il le regrettait, il était parfaitement juste : il regrettait de ne pas en avoir fait plus. La déception avait été sévère il avait cru trouver quelqu'un pour défendre ses intérêts dans ce monde qu'il ne comprenait toujours pas très bien et il avait trouvé un autre adulte avec ses secrets et son agenda particulier. Il s'en voulait d'autant plus qu'il se rendait compte que ce n'était pas la première fois que le Directeur agissait de cette façon : le choc de la mort de Sirius avait juste mis tout en relief. Mais cette fois il avait beaucoup plus de mal à l'avaler et à revenir à la normale. Peut-être que tout lui paraîtrait normal quand il serait calmé…mais pour l'instant, il se réservait le droit de bouillonner dans son coin. Oui, il boudait, parfaitement !

Donc il n'allait pas parler au professeur pas pour l'instant, du moins. De toute façon, si c'était un univers parallèle, l'autre n'en saurait pas plus que lui. Les choses n'allaient probablement pas tourner comme il s'en souvenait et il valait mieux ne pas tripoter les évènements. Dumbledore ne pouvait pas lui dire ce qu'il ne savait pas et trouver des solutions à ses problèmes…

…sauf pour rentrer, bien sûr.

Il n'avait pas envie de rentrer.

Les premiers temps, c'était parce qu'il pensait pouvoir faire quelque chose, changer le passé, alors que justement cette année-là il se sentait tellement inutile.

Maintenant… si vraiment il était dans un monde qui n'était pas le sien… alors ce qu'il y faisait n'avait aucune importance. Et Merlin ! Quel soulagement c'était ! On l'avait accepté à l'école sans façons. Son histoire n'avait attiré l'attention de personne visiblement ils en avaient vu d'autres. Il avait juste réactualisé la vérité : ses parents étaient moldus, ils avaient mal pris la nouvelle de sa magie, il avait découvert le monde magique et s'était sauvé de la maison. L'école lui fournissait son matériel - pas de première qualité, c'est vrai – sauf sa baguette qu'ils payaient mais qui devrait être remboursée à la fin des sept années. (Il avait été sidéré de ne pas trouver Ollivander à la même place n'était-il pas censé être là depuis avant Jésus Christ ? Mais il y avait en fait trois magasin de baguettes en centre-ville, divisés par les prix et la qualité : une famille du nom de Gregorovitch tenait le haut du pavé, et il n'y avait pas la moindre trace d' un Ollivander). Quelle surprise d'apprendre que sa baguette ne serait pas surveillée ! Mais le vendeur avait trouvé l'idée d'espionner les gens comme ça répugnante, et bon, il n'allait pas dire le contraire. Poudlard lui offrait aussi un choix pour les vacances : des repas réguliers au Chaudron Fuyant s'il y passait régulièrement la nuit ou la possibilité de se trouver un petit boulot dans le monde moldu ou sorcier, de se débrouiller tout seul et d'avoir les coudées franches.

Sa répartition à Serpentard n'avait pas causé un scandale même les autres maisons avaient poliment applaudi avant de revenir à leurs affaires. La rivalité Gryffondor-Serpentard était bien qu'existante, minime. Tom lui avait expliqué que tout se réglait par la Coupe des Maisons, c'est-à-dire au nombre de points. Harry n'avait pas compris la différence avec ce qu'il connaissait jusqu'à en être témoin : Gryffondor et Serpentard s'affrontaient en classe… à coup de réponses. Bien sûr, il aurait du y penser. Les points étaient généralement donnés pour bonnes réponses, pas pour avoir chassé le Basilic dans les souterrains. C'était ça, une école. On ne mettait pas les enfants en danger, tout le monde apprenait ses leçons…

Il se sentait soudain très fatigué. C'était ça, la vraie raison de sa réticence au retour. Il n'avait jamais réalisé vraiment à quel point l'univers autour de lui était anormal avant d'avoir pu comparer. Le Poudlard qu'il connaissait n'était pas une école : c'était un champ de bataille, peut-être aussi un camp d'entraînement pour Futurs Bons Magiciens. Il était sûr que beaucoup de gens seraient flattés de penser que leur école était le chemin vers la lumière. Sauf que la version moldue pour ce genre d'éducation c'était Camp d'Endoctrinement N°1.

Bref, il n'avait pas envie de rentrer.

Et il s'était dit que bon, après l'année qu'il avait eu – les cinq années ! – il méritait peut-être quelques vacances. Évidemment, il était sûr qu'il y aurait un mélodrame quelque part – rien que le fait de partager un bâtiment avec le futur Seigneur des Ténèbres l'assurait – mais en attendant, rien ne l'empêchait de se détendre un peu et de profiter d'un enseignement traditionnel, hein ? Rien.

Les choses partiraient en couilles bien assez tôt…


A Suivre.