Il n'aurait jamais cru que deux professeurs puissent faire tant de différence. Et pourtant. Ici, le poste de DCFM était tenu et bien tenu. Mme Hepatouglia était une grande voyageuse et avait affronté toutes sortes de créatures hostiles, pas comme ce vantard de Lockhart. Elle avait pris un congé sabbatique de son travail de Chasseur d'ingrédients rares après avoir été sérieusement blessée dans un affrontement avec cinq vampires, trois loups-garous et une bêbête à longs tentacules qui se trouvait malheureusement là par hasard. Incapable de rester inactive malgré ses blessures, elle avait accepté d'enseigner pour trois ans. Mme Hepatouglia (appelez-moi « professeur ») parlait avec un fort accent grec mais insistait pour que tous ses élèves parlent parfaitement Latin. Harry n'était pas le premier qu'elle envoyait en cours de rattrapage. Elle insistait aussi sur l'Ethique et donnait tous les samedis un cours obligatoire sur « les mille et une raisons de ne pas utiliser ce que vous avez appris en DCM », où elle insistait sur la différence entre une créature magique hostile et une créature magique « qui aimerait bien que vous lui fichiez la paix ». Et malheur à ceux qui n'arrivaient pas à faire la différence. De même, Binns ne tenait pas la chaire d'Histoire. Harry en était tout surpris : sachant que le fantôme enseignait la même matière de son vivant, il l'avait imaginé un peu comme un pilier immuable de l'école. Mais non, le professeur Davidson enseignait et il n'aurait jamais imaginé trouver l'histoire passionnante. Sans compter très utile : les milliers de détails qui lui avaient manqué depuis son arrivée dans le monde magique étaient là, expliqués, détaillés, avec leur origine et leur développement jusqu'aux temps présents. Une fontaine de savoir !
Le cours d'étiquette (réservé en général aux premières années) qu'il était obligé de prendre le laissait perplexe. Tom lui jurait que s'il voulait comprendre quelque chose au cours de Lois Magiques, il fallait qu'il ait la base, mais il ne voyait pas le rapport. Enfin… il avait quand même appris des choses fascinantes sur les Potter et leur statut dans la société Magique.
Mais le fait que du côté sorcier, politique était social le désarçonnait. Il n'avait jamais réalisé à quel point la taille d'une société pouvait faire une différence dans la façon dont on abordait les problèmes. Sûr, quand tout le monde est parent, des lois contre le népotisme sont un peu ridicules. Dans une société de taille réduite, le bouche à oreille est la source officielle d'information - ce qui expliquait à son avis, pourquoi Le Prophète ne scandalisait pas les gens plus que ça : ils ne s'y fiaient qu'à moitié. Tout le monde se tenait au courant, et si vous receviez une demande d'apprentissage avec toutes les notes, vous saviez par la rumeur que le type était en fait meilleur en transfiguration qu'en charmes, qu'il avait bon caractère mais s'habillait de façon ridicule bref, tout ce que vous aviez besoin de savoir (et même un peu plus). Et évidemment, les rumeurs pouvaient être fausses mais ça aussi tout le monde le savait. L'opinion d'une personne n'était généralement que ça.
Le résultat de cette façon de faire – enfin un des résultats – c'est que les « grands problèmes » de cette époque et de ce monde étaient plus personnels que politiques. On était contre les loups garous parce qu'on avait perdu un cousin, on soutenait le droit au mariage polygamique parce qu'on voulait épouser deux personnes, et ainsi de suite. Les gens avaient des opinions, pas des principes, et réagissaient en fonction de ce qu'ils avaient vu et vécu. Ce qui garantissait une variété incroyable d'opinions, mais de son point de vue, ça n'était pas mauvais. En tout cas, il n'y aurait peut-être pas de masse crédule appelant pour son sang cette fois-ci. Peut-être.
Mais pour cette raison, les réactions au problème moldu l'avaient laissé plus perplexe que jamais et décidé à se documenter davantage. Après tout, d'où venait le traité …. Et pourquoi Serpentard aurait-il détesté les moldus alors que Poufsouffle par exemple n'était pas plus gênée que ça ? Il devait y avoir plus qu'une différence de caractère… recherche. Vraiment.
(Hermione serait restée baba devant lui se portant volontaire pour de la recherche, mais ça l'intéressait plus que les onze ou douze usages du sang de dragon, par exemple.)
D'une certaine façon, il était étonné par le nombre de choses qu'il avait cru savoir qui passaient, maintenant qu'il avait du temps pour réfléchir, dans le classeur : Pas Assez D'Information. Après tout, qu'est-ce qu'il savait des fondateurs ? De la magie noire ? Des lois, des artefacts, de la construction du monde magique anglais… En fait, qu'est-ce qu'il savait des sorciers en général ? Pas grand-chose. Et maintenant qu'il avait la chance de se renseigner, il n'allait pas se faire prier ! Il était sur que le problème des sangs purs se résumait à plus que le sempiternel affrontement entre Ron et Malfoy. C'est pas comme s'ils avaient leur mot à dire dans le gouvernement, après tout.
C'était embarrassant à dire à haute voix et il ne l'avouerait sans doute à personne s'il revenait dans son temps, mais il allait apprécier d'avoir une année tranquille et enrichissante.
Comme quoi les voyages dans le temps avaient du bon !
Et si le Destin ou une Puissance Majeure l'avait envoyé là pour Apprendre une Leçon Importante ou Changer La Destinée… une autre fois peut-être.
Là, décida Harry, il était en vacances.
A Suivre.
