Ça ne l'empêchait pas de se poser des questions et de tester les eaux.

- Tom, qu'est-ce que tu penserais si quelqu'un que tu connaissais changeait complètement de personnalité, mais en mal ?

- Comme ça, d'un jour à l'autre ?

- Non, non, sur dix-vingt ans, tu vois ?

Tom le regarda avec patience.

- Harry, les gens changent tu sais. Sur vingt ans ? Il ou elle pourrait devenir n'importe qui.

- Mais pas pour ces raisons-là, s'excita Harry. Désolé.

- Là tu m'intéresse. Qu'est-ce que les raisons ont à voir ?

- Ben tu vois, c'est comme un portrait cliché. On m'a toujours dit : ce type-là il est comme ça parce que quand il était petit etc etc etc…et ça se tenait tu vois ? Un gosse a des problèmes et il devient un certain genre de personne, c'est classique.

- Jusque-là je te suis. Et ? Qu'est-ce qui te gêne ?

- Il avait ces problèmes. Je le sais, tout le monde le sait. Mais s'il avait réglé ses problèmes ? Ou s'il n'avait pas réagi comme tout le monde ?

- …et là je ne suis plus. Pardon ?

- Disons une fille. Qui s'est fait, mmm, violer. C'est un exemple, hein, c'est juste parce que c'est un classique…

- Accouche, Harry.

- Bon, elle peut, hum, ne plus toucher personne, ou disons, être un peu…

- …excessive ?

- C'est ça ! Et qu'elle fasse l'un ou l'autre, tout le monde se dira : c'est normal ! C'est parce que etc.

- Oui, et c'est pas terriblement pensé si tu veux mon avis.

- Bon, mais juste pour l'exemple. Donc toi dix ans après tu rencontres cette fille et elle est comme ça et tout le monde te dit que c'est pour cette raison et toi tu le crois, tu vois ?

- Mais ?

- Mais si la fille a vu un médecin, Tom ? Si elle a eu de l'aide pour les suites de son viol ? Si son problème est complètement résolu ?

- …Je vois pas le problème. Elle est toujours comme elle est, non ?

- Mais pas pour les mêmes raisons que tu croyais ! Et ça fait toute la différence ! Parce que si elle n'agit pas pour les raisons que tu croyais, il y a une autre cause à son comportement.

- Harry, tu me perds, là…

- Tom, si tu juges une personne sur ce que tu sais d'elle ou de lui et que tu découvres que ce que tu savais est faux

Un long moment de silence.

- Je m'énerve pour rien, hein ?

- Non, je crois que je vois. C'est quelqu'un de ta famille, hein ?

- …Quelqu'un dont l'exemple a beaucoup compté dans ma vie, oui.

- Comme un oncle ou un cousin dont on t'a toujours dit : « Oh lui il est un peu bête ou bizarre ou méchant et c'est pour ça qu'il ne vient jamais aux fêtes de famille. »Alors qu'en fait il ne vient pas parce qu'il n'est pas invité ou parce que les gens sont désagréables avec lui, et toi tu le vois jamais alors tu penses qu'il est méchant mais en fait peut-être qu'il serait enchanté de te parler ?

- … Wow. On dirait que tu y étais.

Tom rougit un peu et continua.

- Dans ces cas-là, il n'y a qu'une chose à faire, Harry : lui parler.

- Ça… ne va pas être possible, fit doucement Harry en détournant le regard.

Tom le regarda un instant, puis hocha la tête, comprenant le problème.

- Oui, s'il est mort, c'est un peu plus dur.

Respectant le chagrin supposé de son camarade, tom détourna avec tact la conversation et ils en revinrent à des sujets scolaires.

Longtemps après, alors qu'ils remballaient leurs affaires, l'air du soir se faisant trop frais pour demeurer sur les abords du lac, Tom enchaîna :

- Moldu ou sorcier ?

- Hmmm ?

- Moldu ou sorcier, ton parent ? Parce que s'il est sorcier, il y a une explication à laquelle un né moldu ne penserait pas.

- Laquelle ?

- Dis-moi, il a mal fini, ton oncle ? Horriblement, en faisant des trucs monstrueux ?

- Comment… ?

- Les malédictions, ça existe, tu sais. C'est plus rarement utilisé qu'autrefois, ou juste moins reconnu mais dans le temps, si tu voulais vraiment du mal à quelqu'un, tu pouvais le maudire et le laisser se détruire lui-même. Et tout ce qu'il aimait.

- C'est horrible.

- Horriblement efficace, oui. Et personne ne soupçonne rien, parce que, comme tu le disais, les gens changent et il y a toujours des raisons.

- Tu as l'air d'y avoir réfléchi sérieusement.

- Ben en fait ta question est un peu actuelle. Je sais, je sais, tu as été élevé sous un rocher, le monde ? Quel monde ?

- … Je suis pas si terrible.

- Hmmmm. Bref. Tu sais quand même qu'on est en guerre ?

- Tom.

- Contre Grindelwald ! Parfaitement !

- Tom.

- Donc en fait, le front n'est pas sur nous – même si on parle de bombes, l'Angleterre n'en a pas encore reçu, et tant mieux, parce que je sais pas comment la magie réagirait à ça – mais on a des problèmes d'infiltration.

- Des espions ?

- Un peu plus que ça. Des saboteurs, je suppose, même si c'est contre leur volonté.

- Contre leur volonté ? Chantage ?

- Imperius.

- Oh.

- Ouais. Régulièrement, on découvre que des citoyens au-dessus de tout reproche, importants pour le gouvernement ou pas, étaient sous imperius depuis des mois. Tu imagine comme la confiance règne…

- Mais c'est connaissance publique ?

- Oui et non. Le gouvernement refuse d'en parler parce que ça sèmerait la panique, mais trop de gens sont affectés pour que ça passe inaperçu. Maintenant la « théorie » court les rues, mais c'est à toi de décider si tu y crois ou pas.

- Bizarre.

- Efficace. Pour l'autre côté. Non seulement tu as des espions, des saboteurs bien placés, mais en plus plus personne ne fait confiance à ses collègues. Rien que la suspicion pourrait faire écrouler le gouvernement.

- Ça n'a pas l'air de t'inquiéter.

- C'est pas comme si on me demandait mon avis ! Ou si j'avais une solution à offrir, non plus. Si, je suis inquiet, mais je crois que faire confiance au gouvernement est tout ce qu'on peut faire pour le moment. Ils ont publié une liste des symptômes de l'imperius et demandé aux citoyens d'être calmes et attentifs alors c'est ce que tout le monde essaie de faire.

- Tout le monde ?

- A Poudlard, en tout cas. Les élèves les plus âgés, les préfets, tout ceux qui ont tendance à prendre responsabilité. Tout le monde s'inquiète, en fait. Mais pour en revenir à nos moutons, je voulais dire qu'après que le sort ait été brisé et les victimes libérées, il y a toujours des tas de « oh, il ne me parlait plus mais on s'était disputés » ou « je pensais qu'il avait une urgence au travail » ou « il avait complètement changé d'attitude mais j'ai cru qu'il avait reçu des ordres », et encore plein de raisons comme ça. Des tas de gens avaient remarqué les changements, mais ils ont toujours trouvé une excuse pour les justifier – sans doute parce que n'importe quoi est plus probable que « il doit être sous imperius », remarque. Mais je voulais dire, oui, les gens changent. Et c'est parce qu'il leur arrive des choses, mais on ne sait pas toujours lesquelles. Ça peut être la vie, un mariage, une perte, une mauvaise période, une malédiction ou une tragédie. C'est celui qui juge qui risque d'y perdre le plus.

- …Ça sonne quand même très personnel.

- … J'ai peut-être eu une expérience de ce genre, avec un jugement sur des informations erronées. Mais c'est une longue histoire et on est déjà à la bourre. Une autre fois ?

- Demain ?

- … On verra.


A Suivre.