Chapitre 10

Harry avait un peu l'impression de rêver il était là, en train de prendre le thé avec le descendant de Salazar Serpentard !

Bien sûr, Tom aussi était un descendant, mais ça n'était pas pareil il connaissait Tom depuis si longtemps, c'est comme s'ils étaient de la même famille… et il n'allait pas continuer ce train de pensée. Non.

Son hôte, fort heureusement, choisit ce moment pour venir s'asseoir en face de lui et probablement lui faire poliment la conversation, quoiqu'il se demandait un peu quel sujet de conversation ils pourraient bien avoir en commun.

Morfin Gaunt, un homme d'apparence très ordinaire, à qui on n'aurait pas donné plus de la quarantaine avancée malgré ses soixante-dix ans, le regarda bien en face de ses yeux bruns un peu flous, et lui dit :

- Maintenant, jeune homme, j'aimerais bien savoir comment vous en êtes venu à porter le horcrux d'un autre mage sur votre front.

…et c'était encore plus bizarre qu'il aurait pu prévoir.

La tension fut brisée par Tom qui se pencha par-dessus l'épaule de son oncle pour regarder Harry avec des yeux ronds.

- Un horcrux ?! C'est vrai ?

- Tom, lui dit son oncle avec patience, évite de cracher ton thé sur ma chemise, veux-tu ? Merci. Et oui, un horcrux. Quoiqu'il soit limité par votre magie propre, s'adressa-t-il de nouveau à Harry, ce qui explique pourquoi vous n'avez pas déclenché toutes les alarmes de Poudlard. Cependant, je ne comprends pas que l'examen médical n'ait rien révélé.

Harry, un peu soulagé que la situation ne soit pas plus tendue, rougit un peu et répondit

- Hm. J'ai demandé… un serment de silence.

Les deux Serpentard le regardèrent fixement un moment Tom avec ce pli entre les yeux qui voulait dire « je réfléchis » et son oncle avec une expression juste un peu pensive. Après quelques secondes, l'homme hocha la tête, se resservit du thé et commenta simplement :

- Mauvaises expériences, je suppose ?

Harry fut surpris par l'intensité de son soulagement. Il se resservit aussi et hocha la tête.

Le silence ne dura que quelques secondes avant que Tom ne craque

- C'est complètement idiot !

- Tom.

- Et tu l'encourages, mais…

- TOM !

Le garçon se tut, visiblement fumant de rage.

L'homme soupira, se passa la main dans les cheveux et se tourna vers Harry.

- Ce que Tom veut dire, je pense, c'est que si un vœu de silence est une bonne idée pour préserver son intimité, il limite énormément la capacité à demander de l'aide. C'est le métier d'un guérisseur de rechercher un traitement, mais sans pouvoir en parler aux personnes appropriées, eh bien…

Harry comprenait. Son guérisseur était bloqué.

Gaunt se tournait maintenant vers Tom.

- Ce qui n'excuse en aucun cas tes manières, jeune homme, lui dit-il fermement. Crier sur les gens n'est pas susceptible de les convaincre. Les traiter d'idiots n'est pas approprié. Et un invité à toujours raison.

L'expression de Tom était devenue franchement incrédule.

- Je me suis mal exprimé, reconnu son oncle. Un invité a toujours des raisons d'agir comme il le fait, et tant que tu ne connais pas ses raisons, abstiens-toi de juger ses actes, hm ?

Tom avait l'air vraiment repentant, maintenant.

Harry essaya de détourner la conversation

- Hm, c'est quoi, un horcrux, au juste ?

bravo, Potter. Bien joué.

Il avait de nouveau l'attention de toute la pièce.

A sa grande surprise, c'est Tom qui lui répondit.

- C'est une des dix solutions connues pour une quasi-immortalité.

Devant son regard incompréhensif – heing ?- Tom soupira et passa en mode cours magistral.

- Rien n'est vraiment immortel, Harry. Tout s'arrêtera un jour. Même les créatures à très longues vies – comme les vampires – sont rares et le prix est toujours le même : peu de descendance. Malgré ça, il y a toujours des gens pour se laisser tenter par l'idée de prolonger leur existence. Certains parce qu'ils ont une tâche qu'ils veulent accomplir – comme les fantômes – et d'autres parce qu'ils ont peur de mourir. Il y a plusieurs manières – connues -d'essayer, mais pour un humain, le résultat est toujours le même : devenir inhumain. Ou non-humain, mais c'est pas toujours la même chose.

La tête d'Harry tournait. Beaucoup trop d'informations d'un seul coup. Il avait oublié que Tom était plus redoutable qu'Hermione en mode enseignant : pas moyen de l'ignorer parce qu'il était trop intéressant.

- Ce que veux dire mon neveu, intervint charitablement Gaunt, c'est que pour un humain, le plus proche de l'immortalité qu'il peut atteindre, c'est le stade de non-mort. Ce qui signifie aussi non-vivant. Coincé entre les deux, pour ainsi dire.

- Charmant, grimaça Harry. Berk.

Tom, qui était soudain revenu à son état habituel d'étudiant affamé, se moqua tout en s'empiffrant de gâteaux à la crème.

- Oui, hein ?

- Tom, fit son oncle avec indulgence.

- Quoi, fit l'autre faussement innocent. Je l'aide à digérer !

Ils rirent tous et passèrent quelques moments à apprécier leur thé.

- Mais un horcrux, reprit Tom redevenu sérieux, est une solution déjà pourrie au départ.

Harry regarda Gaunt, s'attendant à le voir protester du langage de son neveu, mais l'homme, la mine rembrunie, se contenta d'acquiescer.

Aie, se dit-il avec un pincement à l'estomac. C'est vraiment mauvais.

- Au départ, tu as une idée presque élégante puisque quand tu meurs, ton âme quitte ton corps, la solution c'est de l'en empêcher.

Je vous demande pardon ?

- Pour cela, il faut l'ancrer.

Hein ?

- Je ne sais pas qui est venu avec l'idée d'en briser des fragments et de les disperser mais…

Il n'entendait plus rien à travers le bruit qui remplissait ses oreilles.

- Harry ? Intervint soudain une voix tout près de son oreille. Harry ? Vous allez bien ?

Petit à petit, Harry reprit son sang froid et releva la tête d'entre ses jambes pour trouver Gaunt le contemplant d'un air inquiet pendant que Tom lui massait le dos.

Ils eurent tous deux l'air soulagé en le voyant revenir à la réalité

- Tenez, reprenez une tasse de thé, lui dit l'homme. J'y ai ajouté un petit quelque chose de plus fort. Vous êtes devenu pour un instant d'une couleur monstrueuse, mon cher.

- C'est sûr, renchérit Tom sans cesser ses mouvements rassurants. J'ai cru que tu allais t'évanouir !

Après quelques respirations régulières, une tasse de thé (et un gros quelque chose de plus fort), Harry se sentit presque normal et commença à s'excuser.

Pour être coupé immédiatement par oncle et neveu.

- C'est plutôt à nous de nous excuser, non ? On t'a flanqué tout ça à la figure sans penser à comment tu allais le prendre.

Tom avait l'air embarrassé.

- Et comme tu l'as pris cool, je me suis même pas posé de questions. Désolé.

- Ça va, interrompit Harry embarrassé lui-même, je sais pas ce qui m'est arrivé…

- Crise d'angoisse, coupa Gaunt qui s'était aidé lui-même d'une seconde tasse de thé. Une réaction normale pour qui vient d'apprendre qu'il porte le morceau d'âme d'un inconnu sur son front.

Harry ne pouvait qu'être d'accord. Ew.

- Oncle Morfin ! protesta Tom. N'insiste pas !

- C'était juste pour être clair, protesta à son tour son oncle.

- T'as pas besoin de le traumatiser !

- Est-ce que tu ne pense pas que tu exagère un peu ?

La conversation continua dans le même ton, les deux parents oubliant leur hôte dans l'échauffement.

Harry finit tranquillement sa tasse de thé, les regardant en souriant. Ça lui rappelait terriblement les disputes entre frères au Terrier avec les weasley. Son sourire hésita un peu quand l'amusement qu'il ressentait à ce souvenir ne se doubla de rien d'autre : amertume, envie, désir. Ils ne lui manquaient pas. C'était curieux à quel point les gens qu'il connaissait ne lui manquaient pas. Il était même content de ne pas avoir été transporté à l'époque de ses parents. Bien qu'il ait toujours cru qu'il sauterait sur l'occasion de les rencontrer, pour un moment, il aimait bien être le héros de sa propre histoire, et pas toujours la suite de celle des autres. Son désir de sauver des gens ne s'appliquait visiblement qu'aux gens qu'il connaissait – et c'était plutôt un soulagement. S'il avait rencontré ses parents, il se serait sans aucun doute mêlé de leurs histoires et il avait bien assez des siennes, merci ! Quand aux Weasley… ils étaient une merveilleuse famille, c'est sûr, mais ils n'étaient pas sa famille, et rien ne pouvait lui faire oublier ça. Il avait assisté à leurs disputes, mais il n'en faisait pas partie. Rien de changé, donc.

Perdu dans ses pensées, il releva la tête pour trouver que la dispute s'était terminée quelque part dans l'intervalle et que les deux sorciers l'étudiaient curieusement.

- Désolé, dit-il en rougissant, j'ai… hmm… dérivé ?

Tom leva un sourcil qui voulait tout dire.

- Et tu peux nous dire, Ô visionnaire, ce qui t'a entrainé si loin de nous ?

Harry chercha un morceau de vérité qu'il pouvait leur dire. Il ne pouvait pas leur parler des Weasley pour quelque raison que ce soit, il était embarrassé de sa réalisation.

- Mes parents, lâcha-t-il. Je… ils ne me manquent pas.

Clair, Potter. Eloquent.

Tom le regardait comme une énigme à élucider, mais son oncle hocha simplement la tête.

- Orphelin, n'est-ce pas ?

Les deux garçons tournèrent une expression ébahie vers l'homme plus âgé. Comment… ?

- Il est difficile de ne pas grandir au fur et à mesure que le temps passe. Les blessures les plus enracinées finissent par guérir. Et, fit-il avec un demi-sourire, il faut alors décider que faire de ce nouveau soi-même qui ressemble si peu à l'ancien.

- Et maintenant, continua-t-il d'un ton plus normal, à la sieste !

Harry eut une seconde de décalage les paroles du sorcier avait touché quelque chose en lui.

- Mais… il est quatre heures de l'après-midi ?!

L'homme se leva et épousseta son pantalon.

- La quantité de gâteau que vous avez ingérée devrait suffire à vous procurer un sommeil sans problèmes.

Harry rougit et s'apprêta à protester encore quand le regard ferme de l'homme l'arrêta.

- Harry, je ne doute pas que vous ayez connu des situations pénibles dans votre vie, mais là cela devient ridicule. Pourquoi ne devriez-vous pas faire une sieste ? Les crises d'angoisse sont souvent épuisantes – et je dois avouer que j'ai mis dans votre thé plus de whisky que je ne l'ai avoué.

Harry essaya de se lever et dut admettre que la perspective n'était pas si horrible que ça.

Tom lui fit un clin d'œil. Il sourit en retour.

- Par ailleurs, fit Gaunt en le guidant vers sa chambre, il y a quelque chose de délicieusement sacrilège dans l'acte de dormir pendant la journée. Je suis sûr que vous l'apprécierez.


A Suivre.