Hey bonjour, bonjour !

Comment allez-vous ? Nous voici pour la suite de cette petite fic estivale !

Merci encore d'être au rendez-vous !

ENJOY


Promesse tenue ?

« Emma ! EMMA ! Bordel Emma, qu'est-ce que tu fous ?! »

« Hm, voilà, voilà, j'arrive… »

« Y'a un jour où tu seras pas en retard ?! »

« Peu probable, mais tu peux toujours espérer. »

« La vache, si je t'aimais pas autant, je t'aurais foutu ma main sur la gueule. »

« Bah voyons. »

Emma sortit de sa chambre en claquant la porte et en s'étirant bruyamment « La vache, mais il est quelle heure ? »

« Tu te fous de moi ? »

« ? »

« Il est près de 11h Emma, 11H ! »

« Oui et alors ? On se croirait en camp militaire, t'es chiante sérieux. On est en vacances… »

La belle brunette lui faisant face croisa les bras et la fixa d'un regard consterné « Alors, premièrement, oui, nous sommes dans un camp. Deuxièmement, nos vacances sont finies depuis hier. »

« … »

« Dépêche-toi. Jack nous attend. »

« Jack a faim, Jack a envi de pisser, Jack a froid… Jack nous attend. »

« Grandis un peu Emma… Je sais toujours pas pourquoi il te garde… » plaisanta la jeune femme

« Parce que je suis géniale. »

« Ou… Parce que tu t'es envoyée en l'air avec lui, non ? »

« C'était y'a une éternité et ça ne s'est produit qu'une fois. Une seule et malheureuse fois. On le regrette tous les deux. L'alcool c'est mal. » conclut Emma en pointant du doigt son amie « Et ça vaut aussi pour nous deux. »

« Ah ah, très drôle. »

« Bah quoi ?! Oh arrête… T'avais kiffé ! »

« On était complètement saoules. Je ne me souviens même plus de ce qu'il s'était passé. Et, tu vas rabâcher ça encore longtemps. C'est arrivé y'a quoi… Trois ans ? »

« J'aime bien te faire chier. »

« Je vois ça. Allez, mets au moins un short et dépêche-toi… Ou la prochaine personne qui va venir te chercher sera Gary. »

Emma écarquilla les yeux « Okayyy, j'ai saisi ! J'arrive ! »

Quelques minutes plus tard, Emma fut prête et rejoignit son amie au réfectoire où des dizaines de personnes, toutes en uniforme, étaient déjà présentes. Toutes se tournèrent alors vers elle, en souriant. Depuis des années maintenant, tous étaient habitués aux retards et étourderies répétés d'Emma.

« Enfin ! On commençait à se demander si on devait pas appeler les flics. »

« Ouais, au lieu de ça, vous avez envoyé Rubibi à mon secours. »

« Hey ! Je suis une grande secouriste. Et arrête de m'appeler comme ça, on dirait le nom d'un clébard. Et pas un petit chien tout mignon, mais du genre… bouledogue qui ronfle et qui pète. »

« Ouais, j'envisageais les choses comme ça. » conclut Emma en un clin d'œil malicieux, auquel répondit Ruby par un majeur bien tendu à son intention.

« Bon on arrête les filles ! J'ai… J'ai des trucs à vous dire, et pas des plus réjouissants. »

Le silence s'installa alors et tous prirent un visage grave, y compris Emma qui connaissait l'enjeu de cette réunion aujourd'hui.

« Bon… Comme vous savez, cet été sera… Différent. Nous… J'ai… J'ai fait les calculs. Nous… Nous sommes en déficit depuis plusieurs mois… Cet été… Je… J'ai dû faire des concessions… »

« On est virés ? » lança Emma, agacée qu'il tourne autour du pot.

Jack soupira et baissa la tête « Non. Non, pas encore. »

« Du sursit, super. »

« Arrête Em'. » souffla Ruby en posant sa main sur sa cuisse pour la calmer.

Jack reprit la parole en se massant la nuque, gêné « Le camp Sunnydays est, depuis quelques années, en déficit, vous n'êtes pas sans le savoir. L'émergence de camp d'été plus perfectionnés, qui accueillent plus de monde, qui sont à la pointe de la technologie, grignotent le terrain. Nous accueillons moins de monde, et depuis deux ans, nous devons brader les prix pour attirer les gens, ce qui n'arrange rien au final. J'ai tenu bon jusqu'à maintenant mais… Il faut voir les choses en face : le camp survit… Mais plus pour longtemps. »

« Ca veut dire quoi concrètement ? »

Jack inspira « Ca veut dire que… J'ai dû prendre des mesures. »

« Des mesures ? »

« Je… Comme vous le savez, j'ai dû amener une grosse part financière pour garder le bateau à flot. J'en suis presque à hypothéquer ma maison pour maintenir ce camp en vie. »

« … »

« Alors… J'ai décidé de vendre… le camp. »

Tous se regardèrent avant qu'Emma n'ose ouvrir la bouche « Attends, quoi ? Tu as vendu le camp ? Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« Ca veut dire ce que ça veut dire : j'ai dû vendre mes parts à une entreprise qui va reprendre le flambeau. »

« Le reprendre ? Mais comment ? »

« Ils vont distiller ça et là des nouveautés. »

« Des nouveautés hein… » souffla Emma « Du genre ? »

« Du genre : agrandissement des structures, ajouts de nouvelles activités et nouvelle utilisation du lac. »

« Houlà attends… » Emma se leva « On parle de quoi là ? »

« Emma… Tu tiens à ce camp autant qu'à moi. Je sais que mon père en était le directeur quand tu étais gamine et que tu y venais. Quand il est mort, j'ai repris le flambeau et, même si parfois je doute d'avoir eu une bonne idée sur le coup, lorsque tu as demandé à rejoindre l'équipe, j'ai accepté. Je sais Ö combien ce camp est cher à ton cœur. Mais nous devons accepter la vérité : il se meurt et nous sommes incapables de le garder en vie. »

« … »

« Cette… Entreprise a proposé de le racheter à 80%. »

« 80% ? Ouais en somme… Ils sont les nouveaux patrons. » concéda Emma « Et ça change quoi pour nous ? On est virés ? »

« Non. Non. J'ai réussi à les faire plier sur certains points, dont le fait de garder les effectifs présents, si vous le souhaitez bien sûr. »

« Et si on reste, ça sera qui notre patron ? Parce que j'imagine qu'à 80%, toi, tu passes à la trappe. »

« Je… J'ai décidé de… Laisser le bateau. Ce camp, mon père y a pensé un soir entre potes. Ca partait d'une envie de rassembler des jeunes dans un lieux chaleureux, autour d'activités fédératrices. Ce camp est une maison, et un refuge pour certains. Malgré les emmerdes qui nous tombent dessus, le pire qui pourrait arriver serait que ce camp ferme. Cette alternative permettrait au moins de maintenir les portes ouvertes et d'accueillir encore des jeunes et des générations. »

« Même si ça veut dire : défigurer ce camp ? Parce que, soyons réalistes : ça veut dire quoi de nouvelles structures, activités. Et puis… Une autre utilisation du lac ?! Bordel, mais ça veut dire quoi ? »

« Si j'ai bien compris… Ils comptent utiliser le lac comme une sorte de station balnéaire… »

« Attends, on parle toujours d'un camp de vacances pour les mômes là ? »

« Oui, oui, évidemment. »

« Alors quoi… C'est quoi les changements encore ? »

« Si j'ai bien compris, ils comptent agrandir le site en construisant des bungalows plus grands, plus… High-tech. »

« Ouais… Et ? »

« Construire un parc accrobranche et un parc aquatique naturel avec le lac. »

« Wow… Alors quoi, ils vont transformer ce camp familial en un Center Parcs pour riches connards qui veulent se mettre faussement au vert ? Merde ! Camp Sunnydays n'est pas mort tu dis ? Et pourtant, je ne vois plus que des vestiges maintenant. »

« Emma, ne sois pas si dramatique. Tu préfèrerais quoi ? Qu'on ferme définitivement les portes ? Qu'ils démolissent tout… »

« Mais c'est ce qu'ils vont faire de toute manière. Non mais franchement : un parc aquatique ? De l'accrobranche ? Des bungalows nouvelle génération. Ce qui faisait le charme de ce camp… »

« Ce qui faisait le charme de ce camp il y a encore 10 ou 20 ans, aujourd'hui… Ne suffit plus. »

« … »

« Il faut se rendre à l'évidence. Les gens venaient ici pour se ressourcer, pour se retrouver avec la nature. Mais aujourd'hui, nos concurrents offrent bien plus de services et de confort que nous, tout en brandissant la bannière du respect de la nature et retour aux sources. »

« Alors, faisons pareil, tout en gardant notre truc à nous. »

« Tu ne comprends pas… Je n'ai plus rien Emma… J'ai tout donné et je suis à sec. Il nous faudrait des milliers et des milliers de dollars pour espérer attirer quelques regards. Eux, ils ont les moyens et les idées qui vont avec. »

« … »

« Tu sais… Ca serait pas si mal. Je préfère encore ça à une multinationale qui rachète le terrain pour construire des buildings ou une usine pompant jusqu'à la moelle le lac… Là au moins, le but premier reste intact : accueillir des gens, des familles, des jeunes. »

Emma grogna et s'affala sur son siège de nouveau « Ca craint bordel… »

« Ils commenceront les travaux de réaménagement à la rentrée. Ils nous laissent ce dernier été pour faire nos au revoir… »

« Super, c'est vachement gai ça. » grinça-t-elle « Et nous, on est sensé rester là à regarder notre chez nous exploser ? Et en plus, on devrait travailler pour eux en définitif ?! »

« Ce n'est qu'une option. Je ne vous oblige pas à rester, mais si vous décidez de le faire alors… On ne vous mettra pas dehors. Si vous décidez de partir, vous aurez au moins cet été pour vous retourner. »

« Génial. »

« Emma… Peut-être qu'en les voyant tu changeras d'avis. Ils ont l'air bienveillant. »

« Attends, quoi ? Ils vont venir ici ? »

« Des designers et autres architectes vont venir durant l'été afin d'évaluer les travaux à envisager. »

« Super, on va en plus se taper des parasites qui vont venir nous renifler les aisselles. »

« Ecoute Emma… Sois tu es conciliante, sois… Tu t'en vas. Les choses sont déjà assez difficiles comme ça… »

« … »

« S'il te plait. Tu es un pilier ici. Les jeunes qui viennent depuis des années peuvent compter sur toi, et nous aussi. Alors, ce n'est clairement pas avec plaisir que je te renverrai chez toi si c'est trop pour toi de te contenir et de rester… Civilisée. »

Emma le foudroya du regard avant de vaquer son attention sur ses collègues et amis. Oui, ils étaient sa famille, celle avec qui elle avait passé des années géniales au sein de ce camp, et cela lui était d'autant plus difficile.

« Désolée… »

« Ok alors… Faisons de cette dernière année, un été formidable. »

« Et si on organisait une sorte de grande fête pour conclure cet été ? On prépare tout : du décor en passant par le buffet. Une sorte de fête d'adieu… » lança Ruby « Emma, t'en penses quoi ? »

Tous étaient suspendus aux lèvres de la jolie blonde, comme si c'était elle qui devrait donner le coup d'envoi, comme si tous attendaient son accord. Et elle le savait, elle sentait ce pois du regard des autres. Elle soupira « Une fiesta… Ok, ça peut-être sympa… Seulement si on a carte blanche… Hein patron ? »

Jack sourit « Petite maligne. Si je dis non, je passe pour le méchant… »

« Un peu, mais fallait pas m'ouvrir la porte. Alors ? »

« Est-ce du chantage miss Swan ? »

« Clairement. »

Jack gloussa « Ok… On va faire les choses bien, mais pas n'importe comment Ne leur donnons pas l'occasion de nous virer avant l'heure. »

Emma sourit. Ainsi iraient les choses. »


« T'en penses quoi toi ? » Ruby s'allongea aux côtés d'Emma sur son lit « Ca parait dingue. On pensait que rien ne pourrait nous arriver hein… »

« On était en train de se noyer… On ne se rendait juste pas compte à quel point le niveau de l'eau montait. »

« Et ce truc, ces visiteurs sont notre bouée tu crois ? »

« J'en sais rien. J'ai toujours bossé ici. Et avant ça, je fréquentais ce camp étant môme. Quand je suis venue bosser ici, c'était une évidence. Je me suis épanouie ici. A présent, j'ai l'impression d'écoper un radeau qui coule avec une petite cuillère. »

« Ca nous laisse un espoir. »

« On dirait ma mère… »

« Tu crois que ça va ressembler à quoi ? Le camp je veux dire… »

« Je veux pas y penser. Je ne veux même pas le voir. »

« Tu vas partir alors ? »

Emma se redressa « Ca me crève de penser ça mais…Ca sera plus le même camp… Je sais pas ce qui me tuerait le plus : partir d'ici ou rester et voir dépérir et disparaitre l'endroit où j'ai grandi. »

« Ouais… J'imagine. Je connais pas depuis aussi longtemps que toi, mais j'peux comprendre. Alors, faisons que ce dernier été soit le meilleur, ok ? »

« Putain… De savoir qu'ils vont venir ici et décider quels arbres dégommer et comment pomper le lac à son max, ça me débecte. »

« Ouais… On pourrait faire en sorte de rendre leur séjour horrible. Genre leur foutre un essaim d'abeilles sous leur lit ou encore une bonne intoxication alimentaire. »

« … »

« Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

« Parfois, tu fais flipper… Plus que moi je veux dire. »

« Ne me dis pas que ça ne t'émoustille pas de les voir courir jusqu'au lac pour échapper aux abeilles ou encore se ruer aux toilettes… »

« Ca pourrait être marrant, mais on risquerait d'écourter notre séjour ici, et franchement, ça me saoulerait de devoir partir plus tôt. Il nous reste deux mois, profitons-en. »

« Amen ma sœur ! »

Mais malgré ces bonnes paroles, Emma ne put dormir cette nuit-là. Ce camp était sa seconde maison, ces employés, sa famille de substitution. Elle avait vécu tant de choses ici, qu'elle ne saurait toutes les répertorier. Imaginer perdre cet endroit au profit d'une entreprise dont les valeurs morales tenaient sur un timbre-poste lui était insupportable. Elle se tourna et se retourna pour finalement se lever et, à pas discrets, sortir de son chalet pour se rendre près du lac, sur son ponton. Cet endroit était un des nombreux lieux qu'elle affectionnait, mais aussi et surtout celui qui l'apaisait le plus.

Là, seule, dans la fraicheur de cette nuit d'été, elle fixa son regard acier sur la surface plane de l'eau, la lune se reflétant dessus comme un énorme diamant. Elle aimait ce lieu, elle n'imaginait pas le quitter. Son cœur se serra et une rage immense l'envahit alors. Elle détestait ces étrangers qui allaient envahir SON camp, déformer SON paysage… Mais plus que tout, elle se détestait elle-même pour ne rien pouvoir y faire. Impuissante à défendre son territoire, elle s'en voulait à s'en donner des gifles.

Leur faire vivre un enfer durant leur séjour était une idée séduisante, mais Ruby avait raison : c'était probablement la dernière fois qu'elle foulait ce camp dans son état premier, son dernier été… Elle ne l'avait jamais envisagé aussi vite…

« Et merde… »

Elle enfouit ses mains dans sa tête et soudain son regard baissé fut attiré par une marque au bord du ponton. Elle fronça les sourcils : cette marque, elle l'avait presque oublié. Elle la caressa du bout de l'index « Putain… Si tu voyais ça… » puis elle gloussa en levant les yeux au ciel « Mais tu t'en fous… » Elle se leva « Ca fait des années que tu t'en fous, t'as bien de la chance. »

Elle se leva avant de, finalement, faire le tour du lac, ce qui lui prit littéralement toute la nuit. Lorsque le jour se pointa à l'horizon, Emma n'avait pas fermé l'œil. Quand elle retourna dans sa chambre, Ruby semblait l'attendre.

« J'imagine qu'au mieux tu viens dormir un peu… »

« … »

« Tu vas tenir le coup ? »

« Donne-moi un café bien serré, et on en parle plus. »

« Emma, ça sert à rien de te mettre dans des états pareils. »

« Je sais, je sais, mais j'y peux rien… »

« Il vaut mieux que tu sois en forme pour les semaines à venir. Je pense que Jack n'aimerait pas l'idée de te foutre à la porte avant l'heure. »

« … »

« Allez, prends une douche et ramène-toi ! »


Emma devait apprécier ce moment, elle devait profiter de chaque minute, parce qu'elle le savait à présent, cette cérémonie de bienvenue serait sa dernière. L'arrivée des différents bus avait un gout amer. Et même si elle tentait de garder le sourire, il était difficile pour elle de garder une face joyeuse.

« Putain, c'est dur. » souffla-t-elle

« Je sais, je sais. Mais faut tenir bon. »

« Ouais… »

Ruby avait raison, elle ne devait pas gâcher le peu de temps qu'il lui restait. Lorsque l'heure de la répartition arriva, elle retrouva un regain d'intérêt. Elle adorait ce moment où chaque gamin découvrait son colocataire et où l'on pouvait voir la joie, la déception ou la surprise sur leur visage.

Puis venait toujours ce moment où les jeunes essayaient de négocier pour changer de chambre ou de coloc'… Emma essayait toujours tant bien que mal de satisfaire tout le monde.

« Non Vera, il n'y a pas moyen qu'un jour on fasse des bungalows mixtes. Ca fait déjà 3 ans que tu demandes, et ça fait 3 ans que je te réponds que ça ne se fera pas. » gloussa la jolie blonde.

« Franchement, vous êtes trop réac ! »

« Bah c'est ça, traite-moi de vieille pendant que tu y es. Si tu insistes, je te mets solo au fin fond de la forêt. »

« Ok, okayyyy… »

« Emma… Viens voir. »

« Oui Jack, bien sûr Jack, tout ce que tu veux Jack. » chantonna la jeune femme en le rejoignant dans son bureau « Un problème ? »

« Juste pour te dire que les… Intrus, comme tu aimes à les appeler, arriveront demain. »

« Demain ?! Eh bah, ils perdent pas de temps ces petits cons. Et tu m'annonces ça parce que ? »

« « Parce que je n'ai pas envie que tu fasses un scandale devant eux. »

« Sérieusement, tu me crois assez puérile ? »

« Oui. » Jack soupira « Ecoute… J'aimerais vraiment que tu prennes sur toi. Ce ne sont pas eux les fautifs. Chacun à ses patrons. Eux, leur boss est un mec qui a racheté le camp, eux n'ont rien à voir avec ça. »

« Super, j'espère que ce fait va m'aider à dormir la nuit. »

« Toit, je ne sais pas, mais si tu me confirmais ta bonne tenue, moi ça m'aiderait à fermer l'œil ce soir. »

« Ok chef, tout ce que tu voudras chef ! »

« Arrête. Tu sais tout aussi bien que moi, que je ne fais pas ça de gaité de cœur. »

Emma soupira « Ouais, je sais… C'est aussi ma manière de combler ma frustration… »

« Oui, ça aussi je sais. Allez, les jeunes t'attendent, ne les déçois pas. Ils ne doivent absolument se rendre compte de rien. »

Emma le salua solennellement avant de sortir et de rejoindre les nouveaux arrivants. Le reste de la journée se passa comme habituellement : Emma tenta tant bien que mal de cacher le trouble qui l'envahissait. Dès que son regard se posait sur un lieu dans le camp, elle ne pouvait qu'essayer de garder en mémoire les meilleurs moments passés ici. Oui, c'est ainsi qu'elle avait décidé de prendre la chose : garder en mémoire les lieux, les odeurs, les sensations. Elle faisait de son cerveau un album de souvenirs de ce camp sans pareil.

« Ils débarquent demain… » soupira-t-elle dans son lit tandis que Ruby était sur le sien, feuilletant un magazine.

« Hm ? »

« Les intrus… Ils débarquent demain. Jack me l'a dit. »

« Super. T'as prévu une petite fiesta ? Genre buffet à volonté, musique d'ambiance et cotillons ? »

« Ouais j'avais pensé à bien d'autres choses, mais : de un, Jack ne serait pas d'accord, et de deux, j'irais en taule pour ça. »

« Tu m'étonnes. » ricana Ruby « Alors, tu vas faire quoi ? »

« Si je veux pas éviter les embrouilles inutiles, je vais les éviter tant que possible. »

« Ouais, fais ça. » gloussa la belle brune « On verra combien de temps tu tiendras. »


« Merci de nous recevoir. »

« Comme si j'avais le choix… »

« Je sais que cette situation n'est pas idéale mais… Sachez que nous ne sommes pas contre vous. Nous ne sommes pas l'ennemi. »

« Super, j'en suis ravi. »

« Nous sommes ici pour mettre en place… »

« … Je sais pourquoi vous êtes là. Ce que je souhaite c'est que cela n'empêche pas le bon déroulement du camp. »

« Vous nous demandez de ne pas interférer avec qui que ce soit ? Soit. Nous ne sommes pas là pour nous faire des amis. Nous sommes ici pour notre travail, qui est de répertorier les lieux, faire un diagnostic des travaux et envisager le futur de ce domaine. »

« Super… Bah je vais vous laisser vous éclater hein, moi je vais m'occuper de mes derniers pensionnaires. »

Jack repartit vers son bureau, laissant les intrus aux portes du camp.

« Je crois qu'il ne nous apprécie pas beaucoup. » ironisa l'un.

« Je crois que personne ne nous porte dans leur cœur ici. » confirma l'autre.

« Nous saurons nous en remettre je pense. » Il regarda la clé qu'il avait dans la main « Heureusement que l'on n'est pas obligé de dormir sur place. Ce lieu à l'air… rustique. »

« … »

« Vivement qu'on redonne un coup de jeune à ce lieu. Il est un peu… vieillot, non ? »

« Il… Il a son charme… Si on aime la poussière, la terre et les moustiques. »

« Ah, c'est clair. Allez, commençons… »


« Ils sont là. »

« C'était prévu. »

« Ils sont au moins deux. En tout cas, c'est ce que j'ai vu ce matin. »

« A quoi ils ressemblent ? »

« On dirait des agents de la CIA : ils sont en costards… »

« Ils vont vite le regretter avec cette chaleur. Je ne leur laisse pas une journée. » ricana Emma « De toute façon, je ne serai pas là pour le voir, j'ai autre chose à foutre que de regarder ces intrus envahir mon territoire. »

« T'as aussi pissé dessus pour le marquer ?! » gloussa Ruby « Et puis, c'est plus notre territoire… »

« C'est pas encore le leur ! Pour le mois à venir, c'est encore chez nous. »

« T'inquiète, ça je risque pas de l'oublier. »

Pendant toute la journée, Emma évita soigneusement ces intrus : un coup, enfermée dans sa chambre, un coup au beau milieu du lac… Elle retardait l'échéance où elle devrait faire face à ces gens venus défigurer son camp, et elle essayait d'envisager de multiples scénarios pouvant leur faire renoncer à leurs idées, mais aucun ne semblait efficace. Elle imaginait aussi qu'ils pourraient finalement changer d'avis et repartir, mais un problème en remplacerait un autre : le camp était sur le déclin et les seules solutions envisageables étaient bien trop couteuses.

« Les gosses savent. » soupira Ruby.

« Quoi ? Comment ? »

« Ils sont loin d'être stupides. Ils ont compris… Ca et le fait qu'ils aient vu ces mecs en costards prendre des photos et des mesures de chaque recoin des bungalows. »

« Les cons… »

« Ouais… Puis Jack a eu une discussion avec certains jeunes… Ils veulent faire quelque chose. »

« Genre une révolte ? »

« Genre une super soirée d'adieu au camp. »

« C'est glauque. »

« C'est leur façon à eux de dire merci à ce lieu que certains connaissent depuis des années. Et on devrait suivre cette idée. »

« Ouais… Je vais marcher un peu… »

« Il est tard. »

« Et alors maman, c'est l'extinction des feux ? »

« Ah ah, très drôle. Rentre pas tard. »

« Oui maman ! » lança Emma en claquant la porte.

Elle enfila sa veste qu'elle zippa jusqu'en haut et marcha dans la forêt, se délectant de l'air moite de l'été. Elle aimait les bruits étranges qu'offrait la forêt la nuit : les hiboux, les craquements. Tout ce qui pourrait effrayer le commun des mortels, c'est ce que préférait Emma. Alors elle marcha, dans un noir quasi complet, avant que les lumières autour du lac ne donnent aux environs une atmosphère feutrée et presque étrangement intimidante. Et ce fut lors de cette marche qu'elle baissa les bras : tout cela, elle allait le perdre à la fin de l'été. Et elle n'y pouvait rien. Il fallait qu'elle se résigne, et qu'elle arrête de se battre contre des moulins à vent. Ce lieu auquel elle se raccrochait ne tenait une place dans son cœur que parce qu'elle y avait passé son enfance et les plus belles étapes de sa vie. Mais elle devait grandir. Oui, peut-être n'avait-elle jamais réellement quitté ce camp parce qu'elle refusait de quitter cette ado ébouriffée et fofolle d'il y a presque vingt ans. Oui, elle devait grandir et cela passerait donc par quitter ce camp dès la fin de l'été…

Elle fit le tour du lac pour se poser, comme à son habitude, sur son ponton. Mais alors qu'elle s'en approchait, elle distingua une ombre au bord de l'eau. Elle se stoppa, surprise : qui pouvait trainer encore à cette heure-ci dehors ? L'extinction des feux étaient pourtant l'une des choses primordiales à laquelle ne dérogeait jamais Jack et son règlement. Il pouvait être laxiste sur beaucoup de choses, mais pas sur la sécurité des enfants dont ils à la garde l'été. Jamais Sunnydays n'avait eu à déplorer le moindre accident ni le moindre incident fatal, et, pour cela, il était, encore et toujours, une référence en la matière.

Elle s'approcha prudemment, et en avançant, se rendit compte que c'était une silhouette adulte.

« Putain c'est pas vrai… »

Ces emmerdeurs, ces intrus allaient même jusqu'à squatter son ponton. Ils envahissaient tout, mais là, non ! Elle s'avança d'un pas pressé et assuré « Hey vous ! »

Mais lorsque la silhouette se tourna vers elle, Emma se pétrifia. Elle ne put faire le moindre geste, ni prononcer la moindre parole. Sa gorge était nouée, sèche et déglutir devint difficile. Sa respiration se saccada rapidement et bientôt sa vue se troubla : rêvait-elle ?

« Je… Mais… »

Elle s'approcha, mécaniquement, de la silhouette, les yeux écarquillés, les mains tremblantes. Son cœur palpita lui tirant un douloureux tiraillement dans la poitrine. Allait-elle s'évanouir ? Improbable, mais elle savait, à ce moment précis, que son corps était dans un état de transe, tel un rêve.

La personne en face d'elle pencha légèrement la tête comme pour essayer de comprendre ce qu'il se passait. Et à mesure qu'Emma s'approchait d'elle, ses yeux s'écarquillèrent. La jolie blonde semblait comme en transe :

« C'est… toi… Regina ? »

TBC