§ JE TE RETROUVERAI §
._
Chapitre 2 : Rencontres Écarlates
._
Orihime croyait qu'il était grincheux sur l'avis de recherche, qu'il n'avait peut-être pas passé une bonne journée. Eh bien de toute évidence, cet homme était encore de mauvaise humeur d'après ses sourcils très froncés. Comme il était debout à un mètre d'elle, Hime tenta de s'en faire une idée.
Il était vêtu d'un long manteau de couleur noir à l'image de son pantalon et de ses bottes. Sa chemise rouge, ample, laissait apercevoir la naissance de ses pectoraux tandis que sa ceinture marron, en plus de son rôle évident, servait également à maintenir contre sa hanche le sabre qui y était accroché. En relevant ces détails, Orihime ne put s'empêcher de penser que cet homme grincheux était encore plus impressionnant « en vrai ».
Bien que loin de l'image des hommes qu'elle avait croisés au palais, ce n'est pas son apparence qui attira l'attention de la princesse. Plutôt ses cheveux orange rendu intense sous l'effet des flammes et ses yeux bruns qui avaient un côté hypnotisant de par la puissance qu'ils dégageaient. Une puissance aussi fascinante qu'effrayante, aussi espéra-t-elle qu'il n'était vraiment pas un complice de celui qui la retenait.
- Lâche cette fille, Yammy, ordonna-t-il.
La tonalité de sa voix envoya des frissons dans le dos de la beauté auburn. Ouf, il était de son côté !
- Sinon quoi, Kurosaki ? répliqua le Yammy en question en serrant sa prise au point de faire haleter Inoue. Je veux cette prime pour ta sale gueule et je suis prêt à tout pour ça !
Kurosaki plissa ses yeux, le visage dur.
- Je t'ai dit de la lâcher, gronda-t-il. Je te conseille de le faire tout de suite si tu ne veux pas le regretter.
- Si je tue cette nana, tu vas peut-être te décider à te battre ! Je pourrai enfin séparer ta tête de tes épaules ! s'esclaffa l'agresseur de la belle pas du tout impressionné.
Ses ongles enfoncés dans les avant-bras massifs de ce Yammy, Orihime sentait l'air lui manquer de plus en plus. Ses larmes coulant en plus grande quantité, elle ne put qu'accepter que sa dernière heure était venue. Les bras engourdis, elle les laissa mollement retomber en attendant la fin. Elle choisit de poser ses prunelles sur ce Kurosaki. Il n'avait pas un visage aimable, mais au moins verrait-elle celui qui avait essayé de la sauver avant de mourir.
Cependant, ce n'est pas la résignation à ne rien pouvoir faire qu'elle décela dans les iris marron qui la fixaient. Orihime y aperçut une lueur furtive nuancée d'une émotion difficile à définir. Elle était sûre que cet homme grincheux essayait de lui faire comprendre quelque chose.
Qu'il ne lui laissa pas le loisir de décrypter.
Un sifflement frôla l'oreille d'Orihime suivit d'un bref courant d'air assez puissant pour soulever les quelques cheveux qui dépassaient de son châle, couvrant toujours sa tête. La seconde d'après, un hurlement rauque retentit ponctué d'un bruit sourd. Yammy venait de la libérer en reculant si vite qu'il bascula derrière le comptoir, sauf qu'Inoue n'en saisit pas la raison. Occupée à se masser la gorge, elle nota un poids sur ses pieds qui l'empêchait de mettre de la distance entre eux. Et pas n'importe quel poids.
Un bras. Celui de Yammy.
Cette fois, c'est la princesse qui poussa un cri strident. Elle enjamba le membre sectionné en trébuchant, contourna l'homme grincheux puis alla se réfugier dans un coin près de la porte. Jushiro alla immédiatement la rassurer, en vain. Ses bras autour d'elle, Orihime était complètement apeurée, ses orbes gris sur ce Kurosaki. Comment avait-il pu mutiler un autre homme de la sorte ? Mais pourquoi avait-elle quitté son palais ! Pourquoi ?!
- Sale bâtard, tu vas me payer ça ! s'égosilla Yammy en se relevant. Puisque tu refuses de te laisser faire, je vais venir te chercher et te massacrer ! ajouta-t-il en shootant son propre bras avant de se ruer sur Kurosaki.
Ce dernier, son sabre dégoulinant de sang en main, ne bougea pas. Yammy, très énervé, approcha sa grosse et désormais unique main de sa tête orange pour la presser comme un fruit. Avant même qu'il ne puisse effleurer la crinière de sa cible, son second bras se fit trancher au niveau de l'épaule. Le mouvement fut si rapide, qu'Orihime fut certaine qu'elle aurait manqué ce spectacle sanglant si elle avait cligné des yeux. Ce qui, honnêtement, ne l'aurait pas dérangé. Yammy cria de douleur et de rage. Kurosaki s'écarta nonchalamment de sa trajectoire en le voyant ployer vers l'avant, déséquilibré. Il attendit que Yammy tombe à genoux...
- KUROSAKIIIIII ! JE VAIS TE BUTER !
…et lui coupa la tête. Du sang gicla sur Orihime et Jushiro alors que le corps incomplet tombait lourdement en faisant vibrer le sol et que la tête roulait plus loin.
- Je n'ai pas « refusé » de me laisser faire. J'ai dit que tu perdras ta tête avant d'avoir eu la possibilité de poser tes sales pattes sur moi. C'est chose faite, déclara Kurosaki sans une once de remords.
Il se détourna de la scène répugnante pour se diriger vers l'entrée où se trouvaient l'aubergiste et la fille. Celle-ci trembla telle une feuille malmenée par le vent, ses prunelles fixées sur son sabre très fin, aussi sombre que la nuit avec un léger reflet bleu à la lueur de la torche. Ce sabre qui venait de massacrer un homme. Orihime déglutit avec difficulté. Était-elle la prochaine sur la liste ? Elle avait assisté à ce crime horrible après tout et maintenant, Kurosaki s'arrangerait pour la faire taire à jamais !
- Désolé pour ce bazar salissant et odorant, Ukitake san, dit le roux, visiblement ennuyé.
- Ce n'est pas de ta faute, répliqua Jushiro avec un rire nerveux. Kurotsuchi Mayuri est revenu au village... Tu sais que c'est lui qui se charge des autopsies et expériences douteuses. Il enverra son équipe chercher ce Yammy.
- Il a intérêt à envoyer un bon nombre de bras, ce gars pèse plus lourd qu'un cheval, soupira le jeune homme. Quand Kurotsuchi est dans le coin, ça ne présage rien de bon mais j'espère qu'il s'amusera avec ce sale porc.
Le fait qu'il range son sabre dans son fourreau et connaisse Ukitake san, qui ne paraissait pas avoir peur de lui, rassura un peu Orihime. Pouvait-elle pour autant avoir confiance ?
- Qui est cette fille ? demanda Kurosaki, perplexe. Elle ne ressemble pas à celles qui vont et viennent par ici.
- Il s'agit d'Inaruyo Kana, elle est arrivée peu avant vous pour louer une chambre, répondit Jushiro toujours agenouillé près d'elle. Inaruyo san, voici Kurosaki Ichigo que tu as vu sur l'avis.
Orihime frissonna. Qu'allait-il se passer ? Ce Kurosaki allait-il la menacer ? La chasser de ce village ? Lui couper un membre en guise d'avertissement si elle refusait ?
- Je ne voulais pas t'effrayer, lança Ichigo. J'ai essayé de te faire comprendre mes intentions, mais le message n'est pas passé on dirait.
Stupéfaite, Inoue vit une main apparaître dans son champ de vision. La main de Kurosaki qui lui proposait de l'aider à se relever. Ses prunelles cendrées remontèrent pour l'étudier attentivement, c'est-à-dire ses traits, son expression, l'aura qu'il dégageait. Le résultat se résuma à son air grincheux toujours solidement en place et aucune envie meurtrière perceptible. Cela dit, elle ne le connaissait pas et ne pouvait en être sûre.
- Ah là là ! Tu n'as jamais su parler aux femmes et tu ne le sauras jamais, vieux !
La beauté auburn sursauta. Un autre homme émergea du coin sous la torche éteinte. Kami, il l'aurait pu la tuer s'il l'avait voulu puisqu'elle n'avait même pas remarqué sa présence ! Il vint à leur niveau, un air exaspéré sur le visage. Plus grand que Kurosaki, il avait une longue chevelure rouge sang qui tombait plus bas que ses épaules larges, des yeux sombres, une épée et des vêtements similaires à ceux de Kurosaki, simplement de couleurs différentes. Le plus étrange : son tatouage sur son front bien plus voyant et complexe que celui d'Hisagi san.
- Oi, Renji ! Je ne me rappelle pas t'avoir sonné alors retourne dans ton coin ! riposta l'insulté, tourné vers lui.
- Tu viens de tuer un homme devant une femme innocente. Comment tu crois qu'elle te perçoit, boulet !
- J'allais tout lui expliquer !
- Avant ou après qu'elle s'évanouisse de peur ? Regarde ta tronche aussi, soupira le dénommé Renji, blasé.
- Elle t'emmerde ma tronche ! se défendit Ichigo, agacé.
- Messieurs, s'il vous plaît, intervint Jushiro en se relevant.
Il se pencha pour aider « Kana » à se remettre sur ses pieds.
- M-Merci, Ukitake san, marmonna-t-elle.
- Tu n'as rien à craindre d'eux, lui assura-t-il. Kurosaki Ichigo et Abarai Renji s'attirent toujours des ennuis mais ne sont pas méchants. Même si Ichigo san a sa tête placardée sur un avis de recherche.
- C'est vrai que décrits comme ça, on inspire tout de suite plus la confiance, ironisa Ichigo.
- Non, ce que je voulais dire..., s'emmêla l'aubergiste.
- Peu importe, le coupa le roux. Écoute, Imarayo Kaya...
- C'est Inaruyo Kana, rectifia Renji, les yeux au ciel.
- Tu n'as pas à te sentir désolée pour ce connard de Yammy ni à me reprocher sa mort, reprit Ichigo à l'adresse d'Orihime qui ne savait plus où elle en était. Ce gars se baladait de village en village pour tuer des gens y compris des enfants. Il pressait leur tête entre ses mains devant leurs familles juste pour le plaisir d'ôter la vie. Lorsqu'il a vu que j'étais recherché, il s'est mis à me traquer pour la récompense. Ce monstre mérite ce que je lui ai fait et sois certaine que je ne regrette pas de l'avoir charcuté, termina-t-il en appuyant bien sur ses derniers mots.
La belle l'avait écouté avec attention bien qu'encore marquée par ce dont elle avait été témoin. A l'abri dans son palais, elle n'avait jamais vu quiconque se faire tuer. Voilà maintenant qu'il lui fallait assimiler que des personnes tuaient par simple envie y compris des enfants ! Le monde extérieur qu'elle avait imaginé, envié, prenait soudain un tout autre visage non plus attirant mais sanglant.
Orihime jeta un œil à Ukitake qui approuva silencieusement tout ce qu'Ichigo venait de dire. A présent qu'elle était plus calme et qu'un autre angle de la situation apparaissait, Inoue n'avait plus le sentiment que Kurosaki et Abarai étaient vraiment des « méchants ». Leur manière de faire justice était on ne peut plus drastique, sauf que si cette histoire sur ce Yammy (dont elle n'avait pas la force de regarder la dépouille) était vraie, Kurosaki venait bel et bien de lui éviter une mort certaine.
- Merci.
Les trois hommes s'étonnèrent de voir cette femme courber l'échine.
- Merci de m'avoir sauvé la vie, précisa-t-elle.
L'atmosphère se détendit un peu.
- On n'allait pas te laisser mourir, répondit Renji, une main sur la garde de son sabre à sa ceinture. C'est pas notre genre de laisser un innocent en danger sans rien faire. Tu voyages seule ?
- Je suis de passage par ici mais oui, répondit Orihime en se redressant.
- Ce n'est pas prudent, en déduit Ichigo. Tu as bien vu le genre de pourritures qui se baladent un peu partout. En plus, on voit clairement que tu ne sais pas où tu as mis les pieds.
D'après son froncement de sourcils plus prononcé et sa voix sèche, il était en colère. Du moins Orihime le supposait-elle étant donné qu'elle ne l'avait pas encore vu défroncer ses sourcils. Elle se savait imprudente et mal préparée dans sa quête. Mais de là à le mettre en colère ?
Peut-être qu'il est grincheux en permanence ? pensa-t-elle, intriguée. Il n'a pas souri une seule fois et même quand sa voix est calme, son visage reste fâché... Peut-être que ses sourcils sont coincés.
- Oi. Je t'ai parlé, tu sais, la relança Kurosaki sur le même ton.
- Eh ?
Il venait de se rapprocher, elle recula timidement.
- Ce porc de Yammy s'est sûrement intéressé à toi parce qu'on remarque tout de suite que tu n'es pas d'ici, continua Ichigo, les yeux plissés. Qu'est-ce qui a pu t'attirer dans ce trou ?
Il était à la limite d'envahir son espace personnel. Pour Orihime qui n'avait jamais été aussi proche d'un homme à part son père, c'était très gênant. A vrai dire, un seul avait franchi cette limite et ce n'était autre que son futur mari, Grimmjow. Rien que de penser à lui, elle trembla et préféra secouer la tête pour le chasser de son esprit.
- Si vous voulez tout savoir, Grincheux san...
- Comment tu m'as appelé ?! réagit aussitôt Ichigo, pas sûr d'avoir bien entendu.
Abarai et Ukitake ricanèrent discrètement. Ce petit bout de femme ne manquait pas d'audace...
- P-Pardon ! s'excusa celle-ci, les mains férocement agitées. Vos sourcils vous donnent cet air grincheux et...
- C'est mon visage naturel ! pesta-t-il, les oreilles roses. Ne me traite plus jamais de grincheux !
- Comment parvenez-vous à sourire dans ce cas ? questionna innocemment la jeune femme.
Elle fronça ses propres sourcils et essaya de sourire. Une expression hilarante se forma sur son visage. Difficile pour Jushiro et Renji de demeurer impassibles. Ichigo, lui, perdait patience.
- Oooh, je ne sais pas comment vous faites ! C'est très inconfortable et épuisant. Sur votre visage, c'est assez drôle de près surtout si on vous imagine chauve comme un œuf, pouffa de rire Inoue.
- Si tu répondais plutôt à ma question, suggéra Ichigo qui en avait assez de parler de sa tronche.
- Pour tout vous dire, je suis à la recherche d'une personne, avoua Hime redevenue sérieuse.
- Qui ?
- Je l'ignore et c'est bien pour ça que je dois la retrouver. Pour savoir qui elle est.
Le roux la fixa un instant
- Ce que tu dis n'a aucun sens, finit-il par articuler.
- Comment comptes-tu retrouver une personne dont tu ne sais rien ? questionna Renji, largué.
- En me renseignant auprès de gens qui pourraient m'aider, déclara la belle.
- Et si l'un d'eux s'avère être une ordure comme Yammy ? lâcha Ichigo.
Son regard incisif mit Orihime particulièrement mal à l'aise.
- Eh bien, je... j'improviserai.
- Comme tu l'as fait tout à l'heure ? la nargua-t-il.
- C'était la première fois que je croisais une personne si méchante, se défendit-elle.
- Parce que tu te crois capable de pouvoir mieux gérer la prochaine fois ? Tu n'as pas l'air de comprendre qu'une personne comme toi ne survit pas plus de quelques heures par ici. Tu en es la preuve, je crois, Kana, acheva Ichigo.
Sa façon de s'adresser à elle ne plu guère à la princesse. En quoi sa quête concernait-elle Grincheux san de toute façon ? Jusqu'à preuve du contraire, elle ne lui avait pas demandé son avis !
- Excusez-moi, mais pourquoi vous sentez-vous si concerné par ce qui peut m'arriver ? osa-t-elle avec une certaine gêne. Je ne vais pas croiser que des personnes mauvaises. Pour preuve, vous n'êtes pas un monstre.
- Tu insinues quoi, là ? siffla le jeune homme roux.
- Que si je m'étais uniquement fiée à l'avis de recherche, je ne vous aurais pas approché. Mais j'ai la capacité de voir le meilleur en chacun.
- Je crois plutôt qu'avoir découpé ce porc sous tes yeux t'a fait comprendre que je t'ai sauvée et que je n'allais pas m'en prendre à toi, rétorqua Ichigo.
- Cela ne change rien au fait que le monde qui nous entoure n'est pas uniquement peuplé d'individus comme ce Yammy, n'en démordit pas Inoue, ses petits poings serrés.
- On ne vit pas non plus en harmonie avec des agneaux. Tu transpirais de peur tout à l'heure et tu es prête à revivre ça, voire même y passer ? comprit-il, ahuri. Pourquoi risquer ta peau comme ça ?
L'interrogée inspira et détourna brièvement le regard.
- J'admets avoir eu peur. Seulement, il me faut trouver des réponses durant ce voyage. Je n'ai pas d'autre choix.
Le visage de Kurosaki se durcit à nouveau. La beauté auburn sentit son cœur pulser. Avait-elle été trop loin ? Ou pas assez ? Elle ne pouvait en dire plus, ses motivations devaient à tout prix rester secrètes !
Renji se racla la gorge après avoir jeté un rapide coup d'œil à Ichigo.
- Ce qu'il veut dire, Inaruyo san, c'est que ta recherche va se compliquer si tu ne fais pas attention. On a croisé pas mal de pourris comme Yammy et même des pires... Ce ne sont que des conseils, évidemment, tu en fais ce que tu veux. N'est-ce pas, Ichigo ? ajouta-t-il en claquant l'épaule de ce dernier qui ne réagit pas.
- J'ai une idée ! intervint Jushiro derrière son comptoir. Pourquoi ne voyageriez-vous pas ensemble ?
- Pardon ?! s'exclamèrent Ichigo et Orihime.
La jeune femme se sentit vexée. Même Ukitake san était contre elle ! Était-ce si rare qu'une femme parte seule à l'aventure ? Hime serra un poing devant sa forte poitrine. Toute sa vie elle avait laissé sa mère la rabaisser, lui dire qu'elle était faible. Son père, lui, lui avait assuré le contraire à savoir qu'elle était précieuse et forte. A travers cette quête, Orihime ressentait le besoin de se prouver qu'elle pouvait se débrouiller mais aussi de montrer à sa mère qu'elle avait tort. Elle ne pouvait laisser sa peur de faire une mauvaise rencontre prendre le dessus !
- Je sais parfaitement me défendre seule, Ukitake san, dit-elle aussi fermement qu'elle le pouvait.
- Ouais, on a vu ça, marmonna Ichigo.
La princesse fit la moue, les joues colorées. Il se moquait encore d'elle ! De quel droit alors qu'il ne la connaissait pas ? Ce n'était pas si mal qu'il ait rompu leurs « fiançailles ». Car cette première rencontre mettait une certitude en lumière aux yeux d'Orihime : leur mariage aurait été voué à l'échec en raison de leurs personnalités trop différentes.
- Il ne faut point juger les gens sans les connaître, Kurosaki san.
- J'en sais assez pour me faire une opinion sur toi, dégaina Ichigo sans ciller.
- Et sur quoi vous basez-vous pour cela ?
Un muscle se contracta sur la joue d'Ichigo. Cette fille sortie d'il ne savait où lui tenait trop tête à son goût.
- Sur quelque chose qui s'appelle l'observation, renforça-t-il pas atteint par son ton de reproche.
- Vous avez tort de me sous-estimer, ne se laissa pas démonter Orihime.
- Si tu le dis.
- Vous en doutez ? Ce n'est pas parce que je suis incapable de tuer que je ne sais pas me défendre.
- De toute façon, j'ai mieux à faire que de te servir d'escorte, changea de sujet le jeune homme lassé par cet échange.
- Je ne vous l'ai pas demandé. Dois-je vous rappeler que notre rencontre n'est que le fruit du hasard ? Sans cela, nous n'aurions pas cette discussion. Vous devriez vous montrer plus gentil même si vous êtes de nature grincheuse, répliqua Orihime, les mains sur la taille.
Certes, il l'intimidait mais hors de question de le laisser la juger sans rien dire. Inoue réalisa avec une certaine fierté que sans sa mère près d'elle, elle avait un peu plus d'assurance, de répondant.
- Je ne suis pas de nature grincheuse, arrête avec ça ! se vexa Ichigo. Cela dit, tu as raison. On ne se serait jamais rencontrés si Yammy ne m'avait pas emmerdé devant l'auberge, alors fais ce que tu veux, souffla-t-il en passant une main dans ses cheveux hérissés.
Orihime sourit.
- Vous voyez que vous pouvez être gentil ~
- Sois plutôt gentille d'arrêter de me provoquer, s'agaça-t-il tandis qu'elle riait.
Renji, qui souriait malicieusement à la scène, échangea un bref regard avec Jushiro.
- Réfléchissez bien tous les deux, reprit l'aubergiste avec un grand sourire. Inaruyo san ne sait pas où se rendre et pourrait tomber sur des êtres dangereux. Ichigo san, toi et Renji san avez parcouru le pays de nombreuses fois, vous savez quels endroits éviter. Vous seriez donc d'une aide précieuse à cette charmante jeune fille qui, elle, apporterait de la douceur dans votre duo de grosses brutes.
- Tu ne crois pas que tu pousses un peu, là, Ukitake san ? grogna le roux. Je ne me suis pas arrêté ici pour jouer les nounous. On ne fait que passer.
- Je ne suis plus une enfant, j'ai dix-huit ans, lui apprit la belle. Et vous n'avez pas l'air beaucoup plus vieux que moi tous les deux.
- J'ai dix-neuf ans, Renji vingt-quatre, l'éclaira Ichigo. On est non seulement plus vieux que toi mais aussi plus expérimentés.
- C'est pourquoi je pense que tu t'en voudras s'il arrivait quelque chose à Inaruyo san, marmonna Ukitake en feuilletant son carnet de réservations l'air de rien. En particulier quelque chose que tu aurais pu éviter.
- Elle vient de dire ne pas avoir besoin de mon aide, répliqua-t-il.
- Allons, tu ne me feras pas croire t'être donné la peine de lui sauver la vie pour la laisser risquer de la perdre dans ton indifférence totale, poursuivit Jushiro, les lèvres muées en un sourire en coin. Ce n'est pas ton genre, Ichigo san.
- Je suis d'accord, approuva Renji en se grattant le menton. Tu ne fais pas partie des trous du cul qui ignorent une femme en détresse.
- En détresse ? répéta Hime, les sourcils froncés.
- Tu vois ce que je veux dire, nuança Renji. Et toi aussi, Ichigo ?
Ce dernier serra les dents puis regarda ailleurs.
- Ça ira pour moi, intervint encore Orihime, décidée à se débrouiller. En entamant mon voyage, je ne comptais pas sur l'aide de qui que ce soit.
- Tu penses toujours cela après ce que tu viens de vivre ? l'interrogea l'homme aux longs cheveux blancs, plus sérieux. Si tu croisais réellement pire que ce Yammy demain dans un lieu isolé ?
- Euh... eh bien, je..., bredouilla la princesse prise au dépourvu.
- Vous n'êtes pas forcés de voyager ensemble jusqu'au bout, reprit Jushiro.
- Ouais, ça peut être juste quelques jours, proposa Renji. Le temps que tu sois plus à l'aise avec cette partie du pays et que...
- C'est donc de ce gros tas répugnant que s'échappe cette affreuse odeur, les interrompit une voix. Dans le cas présent, je crois qu'une autopsie est inutile.
Tous se tournèrent vers l'entrée. Orihime couina. Un homme se tenait là. Il était maquillé ou déguisé d'après son visage poudré de blanc, bleu et noir. Cela associé à son choix vestimentaire, il oscillait entre le médecin et le pharaon de l'Égypte ancienne. En prenant uniquement en compte cette extravagance, il pouvait prétendre au titre de la personne la plus originale qu'Orihime eût jamais vue. En revanche, une chose ternissait cette apparence sans doute recherchée : le large sourire de cet homme donnait froid dans le dos.
- Voyez-vous ça, un nouveau visage, remarqua l'arrivant en fixant Inoue sans se départir de son sourire. Kurotsuchi Mayuri, enchanté, se présenta-t-il en inclinant le menton. Si tu veux gagner de d'argent, je recherche des cobayes pour toutes sortes d'expériences. Je ne peux garantir que tu resteras entière mais t'assurer que tu feras avancer la science. Serais-tu intéressée, jeune fille ? tenta-t-il, un scalpel à la main.
La pauvre blêmit. On aurait dit qu'il voulait... l'étudier sous toutes les coutures.
- C-C'est vous qui prenez soin des défunts ? questionna-t-elle, les propos d'Ukitake en mémoire.
- Prendre « soin » n'est pas le mot que j'emploierais. Disons plutôt que je fais en sorte que leur mort ne soit pas inutile.
Orihime fut certaine de ne pas vouloir savoir ce qu'il sous-entendait.
- Je suis également scientifique, se vanta Mayuri en faisant tournoyer le scalpel entre ses doigts. Le corps humain n'a aucun secret pour moi sur le plan physique mais d'autres choses m'intéressent.
- On s'en fout, siffla Ichigo toujours près d'Orihime. Actuellement ton rôle se limite à t'occuper de ce mort, non à encourager les vivants à le rejoindre. Alors ramasse ce porc de Yammy et tire-toi, Kurotsuchi.
- Kurosaki Ichigo, renifla le scientifique. Dommage que le temps me manque, je me serais fait un plaisir d'échanger la récompense que tu vaux contre quelques greffes et expérimentations.
- Il suffit, Mayuri. Je t'ai déjà dit maintes fois que tu n'es pas le bienvenu ici, lui rappela Ukitake soudain menaçant. Fais ton travail et va-t'en.
Kurotsuchi plissa les yeux, toute trace de sourire évanouie. Il observa l'aubergiste avec un sentiment proche du dégoût puis claqua des doigts. Immédiatement, une dizaine d'hommes et de femmes en blouses blanches entrèrent. L'un d'eux portait un sac qui tintait comme si des choses métalliques s'entrechoquaient à l'intérieur.
Tous encerclèrent le corps décapité de Yammy. Orihime s'attendait à ce qu'ils l'emmènent enfin loin d'ici. Au lieu de ça, celui qui portait le sac en extirpa des outils tranchants qu'il donna à ses camarades, qui commencèrent à découper le cadavre. Tout cela dans le répugnant son de la chair tranchée, des os sciés et de la vue du sang qui inonde le plancher, sous le regard ennuyé de Mayuri.
- Plus vite, j'ai du travail qui m'attend ! pressa-t-il son équipe.
Jushiro, Renji et Ichigo froncèrent le nez à cause de l'odeur nauséabonde. Orihime, pour sa part, écœurée par le spectacle, se pencha et vomit abondamment pendant que les dix individus continuaient leur tâche barbare. Enfin, après un temps qui parut infini à la princesse, les membres du « personnel » employés par Kurotsuchi, désormais tous tâchés de rouge, portaient des morceaux de la dépouille dont la tête.
- Avant que tu m'en fasses la remarque, j'enverrai quelqu'un nettoyer le sang, Ukitake, anticipa Mayuri en faisant signe à son équipe de sortir.
Il était agacé que ce corps lui ait demandé autant de son temps, de main-d'œuvre et d'outils.
- Dans les plus brefs délais, cette odeur est immonde, répondit l'aubergiste en s'éventant.
- Ça ne change guère de d'habitude, dit sèchement Kurotsuchi. Eh bien, bonne soirée et pensez à ma proposition quand vous vous sentirez mieux, très chère, se moqua-t-il d'Orihime qui s'essuyait la bouche avec sa manche.
Il s'en alla.
- Q-Quelle ignominie, prononça-t-elle encore choquée.
Renji extirpa un mouchoir mauve en soie de sa poche.
- Tiens, tu me le rendras une fois lavé.
Hime l'accepta avec reconnaissance et s'épongea le visage avec.
- Merci, Abarai san.
Elle s'étonna qu'il se promène avec un mouchoir de cette qualité. En le détaillant, elle vit un « R » brodé dessus.
- C'est une femme qui vous l'a donné ? se renseigna-t-elle avec curiosité. A vous voir, on ne vous imagine pas avec cela dans votre poche.
Les joues rouges, Renji toussa dans son poing.
- Désolé que tu aies assisté à cette boucherie, esquiva-t-il le sujet en montrant le sang souillant le sol boisé.
- Je le suis aussi et j'espère bien ne plus jamais voir ça, frissonna-t-elle. Ce sera difficile à oublier mais j'essaierai.
Soudain, elle releva quelque chose.
- Oh ! Je suis navrée d'avoir vomi sur vos bottes, Kurosaki san ! s'excusa-t-elle, mortifiée.
Avant qu'elle puisse esquisser un geste pour arranger les dégâts, il se détourna de l'entrée pour se rendre devant le comptoir.
- Une chambre s'il te plaît, Ukitake san. Renji et moi allons rester une nuit finalement.
Jushiro haussa les sourcils, ce qui incita Ichigo à s'expliquer.
- T'as raison, j'ai aucune envie d'avoir la mort de cette fille sur la conscience, admit-il à contrecœur. Elle serait bien capable de venir me hanter alors on va la protéger. Sauf si ça te pose un problème, Kana ? s'assura-t-il en braquant ses orbes bruns sur elle.
Prise de court, Orihime ouvrit la bouche mais aucun son ne franchit ses lèvres. Elle venait de voir Yammy se faire découper puis avait vomi sur Kurosaki san. Son cerveau était passé simultanément du dégoût à la honte sans transition. Comme si cela ne suffisait pas, elle se disait que sa mère l'aurait très sévèrement punie si elle avait osé commettre au palais un tel acte écorchant l'image de leur famille. Par conséquent, ce revirement d'Ichigo fut si inattendu qu'Orihime ne trouva rien à répondre d'autre que ce qui lui passa par la tête.
- Non, aucun problème.
Cependant, elle se réveilla assez vite.
- Enfin, je veux dire...
- Parfait. Je ne te laissais pas le choix de toute façon, décréta Ichigo d'un ton sec.
- Vous dites ?!
- Sans nous, tu tiendrais pas une heure toute seule.
- Je suis pourtant arrivée jusqu'ici toute seule, lui rappela-t-elle.
- Tu as eu de la chance. Inutile de te prouver qu'elle peut tourner très vite, la contra Ichigo, moqueur.
- Je suis pleine de ressources, vous savez ! bouda Hime, les bras croisés.
- Je sais surtout que ton estomac était rempli de bouffe et que son contenu recouvre mes bottes. Cela dit, ta robe est tâchée de sang par ma faute alors on va dire que nous sommes quittes.
- Euh...
- J'espère que tu es une lève-tôt, la coupa-t-il en prenant les clés tendues par Jushiro qui était amusé. Demain on prend la route à l'aube.
Orihime jeta un œil à la pendule tandis qu'Ichigo marchait vers les escaliers.
- Il est près de minuit, s'étouffa-t-elle. L'aube se lève dans peu de temps ! C'est mon enquête, je devrais pouvoir choisir mon itinéraire ainsi que le déroulement.
- A moins d'avoir une carte précise sous ton châle, c'est Renji et moi qui déciderons. Ne rate pas le lever du soleil ou on partira sans toi, l'avertit le roux en la regardant par-dessus son épaule.
- Mais...
- Bonne nuit, Kana, prononça-t-il sur un ton signifiant la fin de l'échange.
Il disparut à l'étage. Inoue cligna des yeux.
- Il est toujours comme ça ? s'exclama-t-elle, sidérée. Aussi familier, entêté et grossier ?
- Pire, expira Renji. A demain, Inaruyo san, lui souhaita-t-il avant d'emprunter les marches à son tour.
- Tiens tes clés, Inaruyo san, dit Jushiro. Chambre 3, premier étage. Tu pourras te débarbouiller.
Ses prunelles rivées sur les escaliers, sa cliente ne dit rien, apparemment dans ses pensées qu'il devina.
- Je t'assure qu'Ichigo san est la personne qu'il te faut pour t'accompagner.
- J'en doutais tout à l'heure mais je crois que vous avez peut-être raison, Ukitake san, lui avoua Orihime en reportant son attention sur lui.
- Vraiment ?
- Um. Je viens juste de le rencontrer mais...
Elle marqua une légère pause.
- Je commence à me demander si Kurosaki san est aussi peu recommandable que l'avis veut le faire croire, confessa-t-elle, les sourcils froncés.
Elle haussa finalement les épaules, elle aurait le loisir de vérifier son intuition après tout. Toutes ces émotions avaient accentué sa fatigue qui se manifesta à travers un long bâillement.
- Bonne nuit à vous, Ukitake san, murmura la princesse en prenant les clés sur le comptoir.
Sous le regard affectueux de l'aubergiste, Hime monta dans sa chambre.
{…}
- Nous avons perdu la trace de la Princesse.
- Mais enfin comment cela est-il possible ?! se hérissa l'impératrice. Vous avez les meilleurs hommes à votre disposition !
- Avez-vous ratissé toute la ville au-delà du champ ? se renseigna son mari qui se réjouissait intérieurement.
Il était toujours alité sur ordre de son médecin, son épouse à ses côtés. Voilà des heures que sa fille était venue lui dire au revoir, la nuit était tombée depuis. Hisagi venait de leur faire un compte rendu des recherches, et Eiji n'était pas peu fier que sa petite Hime ait improvisé un plan de fuite au nez et à la barbe des gardes. Avoir été enfermée dans ce palais une bonne partie de sa jeune vie lui avait permis de connaître leurs méthodes. Eiji sourit discrètement. Il savait que sa précieuse Orihime était plus intelligente, courageuse et débrouillarde qu'elle ne le croyait.
- Oui, votre Majesté, répondit Hisagi Shuhei qui avait un genou à terre et la tête baissée en signe de respect.
- Dans ce cas cherchez Orihime au-delà des limites de la ville, ordonna l'empereur en feignant l'inquiétude.
Il savait parfaitement qu'Orihime avait emprunté la forêt, il souhaitait simplement éloigner ses hommes, car il n'avait d'autre choix. En effet, s'il donnait l'ordre de ne pas la retrouver, cela éveillerait des soupçons. De plus où que sa fille se trouve, au fond de lui, il la savait en sécurité.
- Que l'on me tienne au courant dès qu'il y aura du nouveau.
- Bien, votre Majesté, assura Shuhei.
- Repose-toi, Eiji, lui conseilla sa femme en se levant. Tu as eu assez d'émotions pour aujourd'hui. Venez, Hisagi.
Miyako embrassa son époux sur le front puis quitta la chambre, suivie par Shuhei. Dans le couloir, elle fit signe aux deux gardes postés là de s'éloigner d'un dédaigneux signe de la main. Dans son sublime kimono en soie, elle était impeccable en dépit de l'heure tardive.
- Hisagi, l'interpella-t-elle alors qu'il fermait la porte, avez-vous fouillé la forêt qui borde le palais ?
L'homme parut surpris.
- Non, votre Altesse. Elle est très dense et le village qui se trouve de l'autre côté est dangereux. La Princesse Orihime ne s'y aventurerait sans doute jamais.
Le visage de l'impératrice si semblable à celui de sa fille se durcit.
- Vous seriez étonné de voir ce dont Orihime est capable quand elle le veut vraiment, dit-elle, agacée. Vous pouvez disposer.
Shuhei s'inclina puis s'éloigna.
- Quelle froide aura je perçois.
- Sosuke.
Il venait de la surprendre en arrivant de derrière et en laissant un bras serpenter autour de sa taille mince.
- Nous pourrions être démasqués.
- Pas avec les gardes que tu as si gentiment envoyés ailleurs, très chère, lui murmura-t-il à l'oreille. Que se passe-t-il ?
Miyako lui fit face, les lèvres pincées.
- Ils n'ont pas retrouvé Orihime. Mon mari pense qu'elle a traversé la ville qui borde le champ. Moi, je suis certaine que son choix s'est porté vers la forêt. Cette petite peste risque de faire voler notre plan en éclats ! J'aurais dû la faire tuer avant sans m'encombrer de ce mariage !
- Allons, allons, calme-toi, l'incita Aizen parfaitement détendu. Tu sais bien que le mariage de nos enfants est le seul moyen de se débarrasser de ta fille sans éveiller les soupçons.
- Tu as raison mais en attendant, rien ne certifie que ma sotte de fille sera présente pour son mariage, pesta l'impératrice.
- Je gère la situation, affirma son amant.
- En es-tu sûr ? fit-elle, sceptique.
- Je dois encore m'occuper d'un détail, mais je peux t'assurer que tu approuveras.
- Je te fais confiance, minauda Miyako, une main sur son torse.
Elle vérifia que le couloir était vide avant de lui voler un tendre baiser.
- Mon mari m'attend, il tient à ce que je me repose. Je dois pouvoir diriger les recherches dès l'aube, le temps qu'il se rétablisse, s'exaspéra-t-elle. Si seulement j'avais fait surveiller Orihime, nous n'en serions pas là.
- Parle moins fort, les murs ont des oreilles, prononça Sosuke en la libérant. Je sais que cela te coûte, mais continue de jouer les mères inquiètes. Garde bien à l'esprit que notre plan a encore une chance d'aboutir. A présent va. Nous ne devons pas attirer l'attention de l'empereur.
- Je ferai de mon mieux. Bonne nuit, Sosuke, lui souhaita Miyako toujours contrariée.
- Bonne nuit, répondit-il avec un baisemain.
L'impératrice retourna dans la chambre retrouver son mari tandis qu'Aizen poursuivait son chemin vers la partie du palais qui lui était réservée. La fonction convoitée de conseiller de l'empereur donnait quelques privilèges.
Enfin, il arriva devant la porte de son bureau dans lequel il entra avant de refermer sur son passage. La pièce spacieuse qui avait vu naître bon nombre de stratégies était joliment décorée. L'objet de plus grande valeur n'était autre qu'une épée forgée en argent massif, présent offert par l'empereur Eiji pour sa nomination en tant que conseiller. Dans un coin sur la droite se trouvait une petite table entourée de quatre coussins. L'un d'eux était occupé.
- Bonsoir mes fils, sourit Sosuke en s'approchant de la table. Stark, Ulquiorra, Grimmjow, je suis ravi que vous vous joignez à moi.
- Dis pas ça comme si on avait eu le choix. Je peux savoir ce que je fais là exactement ? bâilla le dénommé Stark, avachi sur la table, visiblement mort de fatigue.
Très grand, mince, il possédait des cheveux châtains mi-long ondulés. Même si actuellement il luttait pour rester éveillé et maintenir son attention au plus haut niveau, Stark était doté d'un flegme naturel et connu pour être de loin le plus cultivé des trois frères.
Derrière lui, le dos contre le mur, bras et jambes croisés, se tenait Grimmjow, le second de la fratrie. Et fiancé d'Orihime. Avec ses cheveux rebelles céruléens, ses yeux azur et sa mâchoire forte, il ne rentrait vraiment pas dans la case de « jeune homme distingué ». Néanmoins pour quelques femmes, qui étaient également attirées par ses muscles, il remportait le titre de plus beau du trio. Quoi qu'il en soit, d'après ses dents serrées traduisant son agacement, Grimmjow se retenait difficilement de partir.
Puis venait le dernier frère, Ulquiorra, surnommé « la statue » car impassible et peu bavard. Plus petit que ses aînées, il était aussi le plus chétif et le plus discret. Ses cheveux noirs encadrant son visage contrastaient avec sa pâleur naturelle, qui lui donnait un air perpétuellement malade. Cela renforcé par ses grands yeux verts d'où filtraient un mélange d'ennui et de mélancolie.
- Tu te tapais encore la vieille ? lança sans gêne Grimmjow à son père adoptif.
- Surveille ton langage, le reprit fermement Aizen assis à la table. Un peu de respect pour notre impératrice.
- Tch, marmonna son fils en regardant ailleurs.
- Bien. Vous êtes ici car la Princesse Orihime s'est enfuie. Vous avez bien dû en entendre parler ?
- En quoi ça nous concerne ? demanda Stark en consentant à ouvrir un œil.
- Si son mariage avec Grimmjow n'a pas lieu, aucun de nous n'obtiendra sa part du gâteau, répondit Sosuke, quelque peu agacé. Nous devons sauver les apparences et veiller à ce que tout se passe comme prévu.
Il y eut un long silence rompu par un ronflement sonore de Stark.
- Cette fille ne m'intéresse pas, trancha Ulquiorra, les mains dans ses poches. De plus, Stark et moi refusons d'être liés à ce mariage.
- Si la gonzesse n'est pas là, pourquoi j'ai dû traîner mon cul jusqu'ici ?! s'énerva Grimmjow en se décollant du mur. Le plan c'est de la tuer après l'avoir baisée durant la nuit de noces, non ? Alors en attendant, je vis ma vie. Je pourrais être en train de buter des gars dans un village à l'heure qu'il est !
- Tu n'es qu'un barbare sans nom, souffla Ulquiorra, les paupières closes. Te rabaisser au niveau d'un simple animal est lamentable, Grimmjow.
- Et que dirais-tu de te battre contre moi, petit frère ? lança ce dernier avec un sourire provocateur.
Ulquiorra l'ignora.
- Garde ton énergie, Grimmjow, dit Sosuke, une étincelle particulière dans ses yeux intelligents. Elle te sera fort utile.
- Ah ouais ? grogna son fils impulsif en marchant vers la porte-fenêtre. Et pourquoi ?
- Retrouver ta future femme, bien sûr, répondit l'homme plus âgé comme si c'était évident. Tes frères et moi-même resterons au palais pour participer aux préparatifs et couvrir ton absence. Tu partiras à l'aube afin de parcourir la forêt. Tu y trouveras probablement des indices qui t'indiqueront la direction que ta fiancée a prise.
- Pourquoi je ferais ça ? s'agaça le fiancé de la beauté auburn, les yeux rétrécis dans la méfiance. Si elle s'est barrée, ça la regarde. Je peux en sauter quand je veux des nanas comme elle.
- La Princesse Orihime refuse ce mariage. Inutile de préciser que si tu veux ta récompense, votre union est indispensable. Oh, j'ai omis de préciser que tu pourras éliminer quiconque se dressera sur ton chemin. Officiellement pour le bien de la Princesse Orihime, cela va de soi, ajouta Aizen, une note d'amusement dans la voix. Qu'en dis-tu ?
Ses iris jusqu'à présent rivés sur l'extérieur, Grimmjow tourna la tête vers lui, un immense sourire aux lèvres.
- Partir à la chasse à la princesse, ça me va, se réjouit-il, une lueur perverse dans son regard bleu.
{…}
Le ciel rouge-orangé nuancé de jaune témoignait de l'imminent lever du soleil.
Accompagné de Renji, Ichigo descendait les marches de l'auberge. Fraîchement sortis du lit, ils s'apprêtaient à rendre les clés à Jushiro avant de reprendre leur route.
- Tiens, le sang a été nettoyé. Enfin, en partie, releva Renji qui bâilla en frissonnant. Merde, j'aurais bien dormi une heure de plus...
- Tu ne dors jamais assez de toute façon, se moqua Ichigo.
- Tu peux causer, regarde ta tronche. C'est pas moi qui a passé une nuit pourrie.
- La ferme.
Parvenus devant le comptoir, ils trouvèrent un mot écrit à leur intention.
.
Bonjour,
Navré de ne pouvoir vous dire au revoir. Je crains d'être à nouveau malade.
Je vous offre le prix de la chambre en espérant que votre nuit a été agréable.
Bon voyage,
Jushiro
.
- Il n'a vraiment pas de chance avec cette maladie, compatit Renji en se grattant la tête. Heureusement que Kiyone est là pour veiller sur lui, je l'ai croisée dans le couloir tout à l'heure.
- C'est vrai, approuva le roux plongé dans ses pensées. Même si Ukitake san l'a adoptée après la mort de ses parents, elle l'aime comme son vrai père et ils savent qu'ils peuvent toujours compter l'un sur l'autre.
Un silence de plus en plus lourd s'installa et au cours duquel Ichigo sentit le regard de Renji sur lui. Il reposa la note puis se racla la gorge.
- Allons-y, suggéra-t-il.
- Et Inaruyo san ? l'interrogea Renji en jetant un œil à l'escalier.
- Je lui ai dit qu'on partait à l'aube, c'est le cas.
- On aurait au moins pu la réveiller. Cette fille n'est sûrement pas habituée à se lever si tôt.
- Si elle n'est pas capable de ça, elle n'arrivera jamais au bout de son voyage, lança sèchement Ichigo. Je n'ai pas l'intention de la couver, seulement l'empêcher de se faire tuer. Le contrat se résume à ça.
Sur quoi, il marcha vers la sortie. Renji roula les yeux. Ichigo pouvait être un tel abruti parfois.
- Bonjour, Kurosaki san ~ !
Le concerné sursauta. Il profitait des premiers rayons du soleil quand cette voix déjà familière l'agressa. Il pivota pour voir cette Kana adossée contre l'auberge dans une longue robe noire.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je vous retourne la question, dit-elle en s'approchant de lui. Vous m'avez donné rendez-vous à l'aube. Or, le soleil est levé depuis au moins cinq minutes.
- N'exagère pas. Je ne pensais pas que tu arriverais à décoller de ton lit, grogna-t-il.
- Vous voyez qu'il ne faut pas juger les gens sans les connaître, lui sourit Orihime, les bras dans le dos.
- C'est juste que t'as pas l'air du genre à te déplacer sur de longues distances, fit-il en descendant l'unique marche.
- Je peux apprendre, ce n'est pas un problème.
Ichigo l'étudia attentivement. Inoue rosit.
- Euh… um, quelque chose ne va pas ?
- T'as l'air fatiguée.
- Je vais bien, jura-t-elle en trouvant un intérêt soudain pour le sol. Je me suis bien reposée cette nuit.
- Avec les cernes que tu as, permets-moi d'en douter.
L'intéressée ne dit rien. Eh bien, la délicatesse ne faisait pas non plus partie des qualités de Kurosaki san. Manque de chance, il dévia sur un autre sujet la prenant pour cible.
- Je vois que tu t'es changée. Et puis pourquoi tu portes un châle sur la tête ? s'étonna-t-il, les sourcils très froncés. Il ne fait pas si froid ce matin.
Orihime continua de fuir son regard trop perçant tout en arrangeant nerveusement son châle. Elle se trouvait encore à proximité du palais, n'importe qui pourrait la reconnaître notamment en plein jour. Aussi avait-elle jugé utile de couvrir ses cheveux et le bas de son visage pour le moment.
- Mon autre robe était imprégnée de sang, je n'ai eu d'autre choix que de me changer, prononça-t-elle en serrant son petit sac de voyage marron. Vous en êtes couvert vous aussi d'ailleurs, la différence est que vous portez les mêmes vêtements.
- Je n'ai que ces fringues, précisa le roux.
- Vous devriez vous en racheter dans ce cas.
- Tout ça ne me dit pas pourquoi tu portes encore ton châle, insista Ichigo en ignorant sa remarque.
La princesse gémit intérieurement. Il était sacrément entêté !
- Je suis sensible aux changements de températures, alors je me couvre pour ne pas tomber malade, improvisa-t-elle. Et puis, vous portez bien un manteau alors pourquoi n'aurais-je pas le droit d'avoir un châle, Kurosaki san ? détourna-t-elle habilement.
Ichigo plissa les yeux. Cette fille avait vraiment réponse à tout. S'il écoutait son instinct, il penserait qu'elle cherchait à se fondre dans la masse. Sauf qu'elle s'y prenait si mal que ça provoquait l'effet inverse.
- Bonjour, Inaruyo san, la salua Renji qui venait d'apparaître dans l'encadrement, une main levée. Tu vas bien ?
- Bonjour, Abarai san ~ ! gazouilla Orihime, soulagée que sa présence mette fin à son interrogatoire. Je vais bien, merci. Et vous ?
- Ma nuit était courte mais agréable, pas comme celle d'Ichigo, révéla-t-il avec un sourire narquois.
- Mais nuit s'est très bien passée ! contredit aussitôt celui-ci.
- Vous avez fait des cauchemars, Kurosaki san ? s'intéressa Inoue.
- D'où tu sors ça ? ne saisit-il pas. Ne fais pas de déduction en te basant sur des choses que tu ignores.
- Je disais ça comme ça...
Sa réaction intrigua Orihime. Il s'était intéressé à son sommeil mais se fermait dès qu'elle faisait de même le concernant. Elle voulait simplement être gentille.
- Si vous voulez en parler n'hésitez pas. Je suis douée pour écou...
- Laisse tomber, Kana, l'interrompit-il en se détournant. Ça va, je te dis.
- Si vous le dites, renonça la belle qui avait autre chose à penser.
- Ouais, ça crève les yeux que tu pètes la forme, ricana Renji.
Ichigo le fusilla du regard.
- J'ai vu la fille d'Ukitake san avant de sortir, elle m'a dit que son père était malade, leur apprit tristement Orihime. J'espère que ça va aller pour lui, ils sont si gentils tous les deux. Ils m'ont offert la chambre...
- A nous aussi mais ne t'en fais pas. Ukitake san est plus solide qu'il n'en a l'air, la rassura Renji.
- Assez parlé, soupira Ichigo. Donne ton sac, Kana, je vais le porter.
- Oh, il n'est pas lourd, je vais le garder, préféra Orihime en songeant au portrait qui y était caché.
- Comme tu veux. En route.
Tous trois remontèrent la rue qui commençait à prendre vie. Certains avaient déjà ouvert leur commerce, d'autres n'allaient pas tarder et balayaient devant en attendant. Quelques personnes déambulaient ici et là à pied ou à cheval. A la limite du village, Inoue aperçut sur le sol terreux l'un des avis de recherche à l'encontre de Kurosaki san, sans doute emporté par le vent. Après avoir vérifié qu'aucun de ses compagnons ne la regardait, elle se pencha pour le ramasser, le plia grossièrement et le fourra dans son sac.
Durant le trajet, les gens qu'ils croisaient regardaient Ichigo avec crainte, méfiance ou hostilité, certains la main sur la garde de leur épée comme pour le provoquer. Autant de sentiments négatifs qui ne semblaient pas atteindre Ichigo le moins du monde, mais poussaient néanmoins Orihime à s'interroger. Pourquoi était-il recherché ? Bien qu'elle ne croyait toujours pas qu'il puisse être un monstre qui méritait la mort, une part d'elle redoutait tout de même la réponse.
Après un temps indéfinissable, l'auberge d'Ukitake san parut bien loin à Orihime. Renji et Ichigo marchaient à un bon rythme, elle avait honnêtement du mal à suivre et s'emmêlait les pieds dans sa robe. De plus, la seule raison pour laquelle elle n'avait pas manqué leur départ à l'aube, c'est parce qu'elle n'avait pas fermé l'oeil de la nuit, ce qu'Ichigo avait remarqué par le biais de ses cernes. Par conséquent, la fatigue physique s'ajoutait à l'épuisement émotionnel de la veille, qui avait débuté à l'annonce de son mariage arrangé pour se solder par la vue d'un homme découpé en morceaux.
Cette nuit sans repos avait laissé tout le loisir à la princesse de réfléchir, et réaliser à quel point sa vie aurait pu s'arrêter sans l'intervention d'Ichigo. Alors, bien que difficile à avouer, elle s'était rendue à l'évidence : impossible de partir à la recherche du jeune homme du portrait sans aucune aide.
Enfin, pour son plus grand soulagement, Kurosaki san et Abarai san décidèrent de s'arrêter dans le prochain village plus petit et moins peuplé. Avant de s'y rendre, ils optèrent pour se reposer sous un arbre en bordure de l'étroit chemin, non loin d'une rivière. Orihime s'y précipita pour désaltérer sa gorge sèche. Elle n'avait jamais eu aussi soif de sa vie ! Lorsqu'elle revint auprès de ses compagnons de voyage, ils interrompirent leur discussion à son approche. Elle ne s'en formalisa pas, ils n'avaient pas de compte à lui rendre de toute façon.
- Pourquoi tu ne nous as pas demandé à boire ? la questionna Ichigo d'un ton plutôt sec. Tu t'es barrée en courant avant que je puisse t'en proposer.
- Je ne savais pas que vous en aviez, répondit Orihime en haussant les épaules.
- Tu crois que Renji et moi on se balade sans eau pendant des jours ? Regarde.
Il souleva un pan de son manteau. Une gourde en métal était accrochée à sa ceinture.
- Tu aurais pu lui en proposer avant qu'elle se dessèche aussi, dit nonchalamment Renji.
Ichigo serra les dents, les oreilles roses.
- Je ne t'ai pas entendu lui en proposer, toi !
- C'est parce que j'en ai plus ! Sinon, je l'aurais fait ! protesta Renji.
- C'est facile à dire maintenant que ta gourde est vide ! Tu dois boire plus qu'un homme qui traverse un désert !
- Je t'emmerde et si t'es pas content, je t'emmerde encore plus ! Lâche !
- Lâche ?! se bloqua le roux.
- S-S'il vous plaît, tenta de les calmer la seule femme en agitant les mains en signe d'apaisement.
- Ouais, maintint Renji avec un sourire irritant. Et encore, c'est gentil pour désigner un gars qui n'ose même pas proposer à boire à une femme et lui rejette la faute.
Ichigo vit rouge.
- Répète ! Viens un peu par ici et on verra lequel de nous deux est lâche ! Je vais t'écraser comme l'autre jour !
- Tch ! Un coup de chance ! riposta Renji tout aussi agacé.
- Un coup de chance qui t'a fait trembler, le railla Ichigo.
- Il faisait froid ! Mais si tu veux une preuve, je peux t'envoyer un bon coup de pied dans le… !
- Arrêtez ! s'écria Orihime à sa grande surprise. Vous avez de l'eau tous les deux, je le saurai pour la prochaine fois. En attendant, cessez de vous disputer, ça n'en vaut vraiment pas la peine !
Renji et Ichigo qui se bouffaient encore le bec cessèrent immédiatement. Hime ne put s'empêcher de rougir lorsqu'ils reportèrent leur attention sur elle, tout aussi étonnés par son intervention.
- Je vais remplir ma gourde et me reposer un peu, décida Renji en s'éloignant.
- Quel crétin, soupira Ichigo en glissant une main dans ses cheveux orange en épis.
Soulagée que l'harmonie soit revenue, Orihime étudia l'arbre qui s'avéra être un pommier aux pommes délicieuses d'après leur aspect. De la bave au coin des lèvres, son estomac gargouilla méchamment. Sans plus attendre, elle s'approcha du tronc...
- Ouah !?
...et trébucha contre une racine. Elle aurait dit bonjour à l'herbe si une main ne l'avait pas fermement retenue par le bras.
- Euh, merci, souffla-t-elle en se redressant avant d'arranger son châle.
- Fais attention, dit simplement Ichigo.
Ils restèrent là à s'observer jusqu'à réaliser que leurs corps étaient toujours en contact. Sa main autour de son bras mince, Ichigo le libéra aussitôt en toussant dans son poing.
- Euh, je vais m'asseoir, articula-t-il très vite en prenant place sur un rocher à proximité.
Orihime dont le cœur s'était emballé -et pas uniquement à cause de la chute qu'elle avait évitée-, se détourna en se demandant ce qui lui arrivait. Une bouffée de chaleur l'avait inondée lors de ce rapprochement imprévu alors qu'Ichigo n'avait pas directement touché sa peau. Qu'est-ce que cela signifiait ? Elle n'en avait aucune idée et chassa cela dans un coin de sa tête focalisée sur plus urgent : manger une pomme ! Le visage déterminé, un pan de sa robe relevé et l'autre bras tendu vers le haut, elle sauta dans l'espoir d'en attraper une. Elle sauta deux fois, trois fois... dix fois.
- Mouuuu ! bouda-t-elle. Pourquoi faut-il que les branches soient si hautes ? Ouch !
L'une des pommes venait de lui tomber sur le crâne.
- La prochaine fois demande.
Elle se retourna pour voir Ichigo ranger son sabre qui avait servi à cueillir la pomme. Il ramassa le fruit dans l'herbe, le frotta sur sa manche et le donna à la princesse.
- Tiens et évite de t'étouffer avec.
Orihime sentit ses genoux ramollir. Les iris de Kurosaki san...
On dirait qu'il veut me manger comme la pomme. Mais non, Kurosaki san ne me dévorerait pas sans me cuire avant ! se résonna-t-elle. Je ne dois pas avoir bon goût cuite ou crue de toute manière...
- Oi ! Cesse de divaguer et mange ta pomme, je ne tiens pas à prendre racine ici, la réveilla-t-il en agitant le fruit mûr sous son nez.
Sa mauvaise humeur était de retour on dirait. Inoue soupira intérieurement.
- Merci, fit-elle en le déchargeant.
Elle s'assit en tailleur et croqua la pomme qui s'avéra très juteuse.
- T'as plus d'audace qu'on ne le croirait au premier regard, amorça Ichigo toujours debout, les bras croisés. A part Rukia, personne ne se mêle de nos disputes avec Renji.
- Qui est Rukia ?
- La petite amie de Renji et mon amie.
- Oh, je comprends mieux son mouchoir brodé…, se souvint-elle.
- T'as pas l'habitude d'hausser la voix, pas vrai ? lança soudain le jeune homme après un bref silence. T'es devenue aussi rouge que la pomme quand tu as fini ta remontrance.
Orihime s'essuya la bouche du revers de la main, ses perles grises sur la rivière.
- Aussi loin que je me souvienne, ma mère a toujours été très sévère avec moi. Elle me crie souvent dessus, me fait des remarques peu flatteuses..., confia-t-elle tristement. Je crois que c'est pour cela que je n'aime pas les tensions. Je préfère simplement le dialogue aux cris.
Ichigo fixa son profil plusieurs secondes sans un mot, ses iris marron teintés de divers sentiments.
- Pourquoi ta mère te traite comme ça ? se renseigna-t-il.
- Disons qu'elle a toujours voulu faire de moi ce que je ne suis pas, résuma-t-elle avec un haussement d'épaules.
- C'est-à-dire ?
- Une personne comme elle. Heureusement, j'ai mon papa qui, lui, est très gentil ! sourit-elle largement.
Elle cligna soudain des yeux et tapota machinalement son châle, comme si Ichigo pouvait la reconnaître avec ce qu'elle venait de dire. Kami sama, elle parlait beaucoup trop quand elle se sentait en confiance !
- Alors, pourquoi prenons-nous cette direction et pas une autre ? clôtura-t-elle le sujet.
Ichigo prit son temps avant de répondre. Orihime se trémoussa nerveusement dans la crainte qu'il lui reproche justement de ne pas poursuivre cette conversation. Elle porta la pomme à sa bouche pour s'occuper.
- Avec Renji, on se dirige vers l'océan.
La pauvre Hime faillit s'étouffer avec sa bouchée.
- L'océan ?!
- Il n'est pas très loin d'ici, continua Ichigo en s'asseyant à ses côtés.
- Ce n'est pas ça, corrigea Orihime. Comment voulez-vous que je retrouve la personne que je cherche au milieu de la mer ?
- T'as peut-être pas remarqué mais ma tête est mise à prix, ironisa-t-il. Je dois rejoindre le nord du pays, faire une partie du trajet à bord d'un bateau sera moins risqué. Ça fait un moment qu'on a nos billets.
- Je n'en ai pas moi.
- On t'en trouvera un. Ce n'est pas le plus difficile, crois-moi.
Il leva les yeux au ciel. Cette fille faisait vraiment une montagne de pas grand-chose.
- Kurosaki san, je viens de vous dire que je ne peux pas me permettre de...
La beauté auburn se tut pour se concentrer sur les alentours. Un pont très ancien enjambait la rivière et cela fit remonter un souvenir. Elle n'avait presque jamais quitté son palais mais en tant que future impératrice, elle avait étudié de nombreuses cartes du pays, parfois dans le détail. Elle avait aussi entendu des histoires rapportées par les soldats.
- Sommes-nous aux abords du village d'Ushurio ?
Surpris par sa question, Ichigo acquiesça.
- La ville de Nargoya se trouve à deux jours de marche, je dois m'y rendre, ajouta-t-elle en changeant de position.
- A trois jours de marche, rectifia Ichigo. Le chemin est dangereux et je n'ai aucune raison de m'y rendre. Ça nous ferait faire un détour en plus. Tu trouveras bien quelqu'un qui pourra t'aider dans le nord du pays.
- S'il vous plaît ! insista Orihime maintenant assise sur ses talons, sa pomme oubliée. Accompagnez-moi là-bas et je ferai le reste du chemin seule si nécessaire !
Ichigo adopta un air suspicieux.
- Qu'est-ce qu'il y a là-bas ?
La princesse se mordit la lèvre inférieure et serra sa robe sur ses genoux. Têtu comme l'était Kurosaki san, cette question était inévitable. Elle savait qu'en se rendant à Nargoya, leur voyage prendrait une tout autre tournure.
- Rangiku san, la meilleure amie d'enfance de ma mère, répondit-elle enfin.
A ce moment, Renji revint avec sa gourde pleine.
- Qu'est-ce qui se passe ? les interrogea-t-il près du rocher.
- Kana veut aller à Nargoya, lui annonça Ichigo sans lâcher celle-ci des yeux.
- Hein ? Mais la route est dangereuse, réagit immédiatement Renji.
- C'est exactement ce que je lui ai dit mais elle ne veut rien entendre.
Orihime sentit son malaise croître sous le regard perçant de Kurosaki san. Elle savait qu'elle en demandait beaucoup, que lui et Abarai san devraient changer leur itinéraire par sa faute. Mais elle devait se rendre dans cette ville. Avec ou sans eux.
- Cette femme pourra t'aider ? s'informa Ichigo.
- Je n'en suis pas certaine, admit en toute franchise Orihime.
- Pourquoi y aller dans ce cas ? ne comprit pas Renji.
- J'ai une grande confiance en Rangiku san qui est gentille et très perspicace, affirma Inoue tournée vers lui. Même si elle ignore qui est la personne que je cherche, je suis persuadée qu'elle saura me conseiller. Ce sera un début pour m'aider à avancer.
Ichigo prit appui sur ses genoux pour se redresser, ce qui attira l'attention des deux autres. Orihime essaya de décrypter ses émotions mais son visage fermé ne l'aidait pas.
- Je me suis engagé à te protéger durant le long trajet qui nous attend et je ne suis pas un salaud qui ne tient pas sa parole, déclara le roux d'un ton sans faille. Alors debout, Kana. Nargoya, c'est pas la porte à côté.
- Je vous remercie tous les deux ! s'exclama Orihime, soulagée de pouvoir compter sur leur aide.
- Allons-y, il n'y a pas de temps à perdre, décida Ichigo en montrant le chemin. Nous devons progresser le plus possible avant la tombée de la nuit.
Une main dans sa poche, Renji ne put se retenir de sourire. Il le reconnaissait bien là cet idiot aux allures d'insensible. Toujours amusé, il offrit son autre main à « Kana » pour l'aider à se relever.
- Merci, Abarai san ~ ! coassa-t-elle avant de filer rejoindre Ichigo qui partait déjà.
Ses longs cheveux rouges flottant devant son visage sous la brise, Renji les observa un instant marcher l'un derrière l'autre.
- Notre périple ne sera peut-être pas si sombre en fin de compte...
- Dépêche-toi, Renji ! râla Ichigo déjà à bonne distance.
- J'arrive !
Il se dépêcha de les rattraper et ferma la marche derrière Orihime dont les pensées tournoyaient à toute vitesse.
Rendre visite à Rangiku san était sa seule option, toutefois elle allait devoir en payer le prix. Une fois là-bas, elle ne pourrait plus maintenir son identité secrète. La belle connaissait ses compagnons de voyage depuis peu, c'était un fait. Seulement, cela ne l'empêchait pas d'appréhender particulièrement la réaction de Kurosaki san, qui mettait un point d'honneur à la défendre.
Comment réagira-t-il quand il apprendra que je suis la future impératrice et que je lui ai menti ? Continuerons-nous ce voyage ensemble ou me laissera-t-il pour poursuivre sa route de son côté ? songea-t-elle, ses prunelles braquées sur sa tignasse rousse.
Les épaules voûtées, un mélange de crainte et de tristesse inondant son être, Orihime serra son châle autour de son cou comme pour se protéger d'une tempête à venir.
Bientôt, elle aurait les réponses à ses questions.
҉
҉
Bonjour / Bonsoir =) Je suis contente de pouvoir poster ce chapitre 2 aujourd'hui. Car honnêtement, je ne pensais pas y arriver avant 2021. J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire et j'espère que vous avez aimé le lire au moins autant que le premier.
Je vais être encore plus occupée les prochaines semaines, par conséquent le chapitre 3 va se faire attendre. Je ne sais pas du tout quand je vais pouvoir me pencher dessus, alors je vous demanderai d'être patients. Comme d'habitude, je vous remercie pour la lecture ^^ Je vous souhaite d'avance de passer un Noël aussi joyeux que possible en cette période compliquée où les gestes barrières sont essentiels. A l'année prochaine ~
