§ JE TE RETROUVERAI §
._
Chapitre 3 : Le Secret d'une Vie
._
- Il faut que tu changes de fringues.
- Je vous demande pardon ?
Après leur halte sous le pommier, Orihime, Renji et Ichigo avaient marché des heures avant de s'arrêter pour la nuit. Cette fois, il ne s'agissait pas d'une auberge. A la grande surprise d'Inoue, ils foulèrent la terre d'un village animé qu'elle ne connaissait pas plus que le précédent. Elle s'était contenté de suivre ses compagnons à travers des ruelles étroites, pour finalement s'arrêter sur le pas de la porte d'une belle maison, sur deux niveaux, donnant directement sur la rue.
Tout en se demandant qui vivait ici, la princesse avait admiré avec ravissement les différents commerces encore ouverts, les visages joyeux et profité des voix légères qui inondaient l'air. Que du bonheur après ce début de voyage sanglant ! Entre-temps, un grand homme maigre, les cheveux blonds au carré et à la dentition trop parfaite était apparu dans l'encadrement de ladite porte. Cet étranger avait éclaté sa bulle d'apaisement en criant combien elle était d'une exceptionnelle beauté.
Dans la foulée, lui et Kurosaki san s'étaient échangés des noms d'oiseaux en guise de « bonsoir ». En moins d'une minute, le poing de Kurosaki san était entré en collision avec le nez de l'homme blond qui trouva la force de se présenter de manière (trop ?) charmante sous le nom de Hirako Shinji. Blasé, Renji s'était chargé de conduire Orihime (choquée par ces « salutations ») à l'intérieur tandis qu'Ichigo disparaissait à l'étage pour se changer. Son apparence ne différait pas vraiment si ce n'est qu'il avait troqué sa chemise ample rouge pour une blanche.
C'est à ce moment, c'est-à-dire de retour dans le salon où Orihime buvait un thé offert par Shinji, qu'Ichigo jugea utile qu'elle aussi revoit sa garde-robe. En somme, une manière fort peu élégante de lui signaler que sa robe était recouverte de saletés.
- Lisa, passe lui des fringues propres, ordonna Ichigo. Et pas un truc outrageant comme tes bouquins dégueu.
Yadomaru Lisa, une jeune femme portant des lunettes et aux cheveux noirs noués, ferma le livre explicite qu'elle lisait adossée au mur pour lui jeter un regard méprisant.
- Me prends-tu pour une vulgaire marchande de vêtements ? siffla-t-elle, les yeux plissés.
- Rah, ça va ! T'as vu le gabarit de Hiyori ? Ses robes font tout juste la moitié de Kana. Et puis elle a un sens du goût pourri.
- Qu'est-ce que t'as dit tête d'orange écrasée ? s'exclama une voix hystérique.
Ce n'était autre que Sarugaki Hiyori. Sa tête blonde coiffée de couettes réapparut de derrière le rideau. Sous ses allures de pré-adolescente, elle semblait avoir un sacré caractère.
- T'as rien de mieux à faire que de regarder ce qui se passe dehors ? Ta vie est-elle si inintéressante pour t'occuper ainsi de celle des autres ? lança Shinji assis à son aise dans un fauteuil.
- Va te faire voir, Shinji ! Continue ce que tu fais de mieux : bayer aux corneilles ! s'égosilla Sarugaki. Kurosaki ! reprit-elle en le pointant du doigt. Je te défends de me parler de « goût » alors que tu te balades avec de la morve orange sur la tête !
- C'est mes cheveux naturels et tu le sais, sale chieuse ! rétorqua l'insulté.
- Cherche-moi encore et tu coucheras dehors cette nuit ! Rien ne m'oblige à prendre des squatteurs chez moi même si tu te ramènes avec une nana aux gros seins !
- On en reparlera quand tu paieras le loyer ici, s'incrusta Hirako en bâillant tandis qu'Orihime piquait un fard.
- SHINJIIIII !
Hiyori se rua sur lui sous l'air ahuri de la belle qui observait la petite blonde s'acharner sur Shinji à coups de chausson.
- Fais pas attention, ils sont toujours comme ça, soupira Renji assis près d'elle. Heureusement qu'on ne reste qu'une nuit même si c'est déjà trop. Un conseil : ne te mêle pas de leurs querelles. Les connaissant, c'est signe qu'ils vont bien.
- Oh, je vois..., marmonna la beauté auburn toujours intriguée par ce spectacle singulier.
- Je vais faire un tour, dit soudain Ichigo. Lisa, fais ce que je t'ai dit. Renji, veille sur Kana le temps que je revienne.
- Où allez-vous ? demanda celle-ci, prise au dépourvu.
- Je reviens tout à l'heure, déclara simplement le roux.
Il attrapa son manteau et s'en alla.
Où allait-il ? Reviendrait-il vraiment ? Ses prunelles cendrées rivées sur la porte close, Orihime sentit une sensation insoupçonnée l'envahir et qu'elle ignorait même abriter : le sentiment d'abandon. Pourquoi ressentait-elle cela ? Ils ne se connaissaient que depuis la veille, soit un temps insuffisant pour tisser un lien quel qu'il soit… n'est-ce pas ? S'était-elle déjà en quelque sorte attachée à la présence de Kurosaki san ? Si oui, cela venait-il du fait qu'il l'avait sauvée de Yammy ? Ou bien de sa crainte de poursuivre cette quête sans lui lorsqu'il découvrirait sa véritable identité ? Si une relation aussi basique soit-elle venait à naître en eux, peut-être sera-t-il moins rancunier ? Ou alors il s'en fichera éperdument et reprendra sa route sans elle pour lui faire payer le prix de son mensonge...
C'est ce qui risque d'arriver une fois chez Rangiku san..., pensa tristement Hime, ses doigts serrés autour de sa tasse fumante.
Évidemment, elle tenait également à Abarai san mais leur relation était différente. Renji était plus loquace, facile à cerner et accessible là où Ichigo se résumait à peu bavard, mystérieux et inaccessible. En dépit de cela, il possédait ce quelque chose qui donnait envie à la princesse d'en apprendre plus sur lui, savoir ce qui se cachait derrière le mur dressé autour de lui. Oui, Orihime l'avait vu ôter la vie. Pourtant, elle ne pouvait dire qu'il y prenait plaisir. Elle n'avait pas peur d'Ichigo et ne comprenait décidément pas comment un homme que l'on pouvait qualifier « d'énigme dépourvue d'envie meurtrière » puisse être recherché. Quel acte avait-il pu commettre pour mériter un tel traitement ? Avait-il même réellement commis quelque chose ?
- Pourquoi vous rendez-vous à Nargoya ?
Inoue sursauta. Complètement enfermée dans son tourbillon de pensées, il lui fallut un certain temps pour revenir à la réalité. Lisa venait de poser son livre pour la fixer droit dans les yeux. Orihime gémit intérieurement. De toute évidence, la question lui était directement adressée.
- Euh... Qu'est-ce qui vous fait dire que...
- C'est le seul chemin pour s'y rendre et vous allez dans cette direction, la coupa la jeune femme brune.
La beauté auburn rit nerveusement.
- Eh bien, je souhaite voir quelqu'un, dévoila-t-elle évasivement.
- Qui ?
Orihime se sentit encore plus mal à l'aise en remarquant que Shinji et Hiyori cessaient de se battre pour tendre l'oreille.
- Je... en fait, nous... enfin, ce que je veux dire..., bafouilla-t-elle.
- Si on était là pour un interrogatoire, on vous l'aurait fait savoir, la sauva Renji avec nonchalance. Yadomaru, Ichigo t'a demandé quelque chose, non ? Comme l'heure du repas approche, je propose qu'on s'occupe de ça le temps qu'Inaruyo san choisisse ses nouveaux vêtements. Ichigo sera sûrement de retour d'ici là, termina-t-il en se mettant debout.
Orihime le remercia du regard, il lui adressa un bref sourire en retour. Méfiante mais sans autre mot sur le sujet, Lisa proposa à Orihime de la suivre à l'étage pendant que Hiyori et Shinji suivaient Renji dans la cuisine avec mauvaise humeur.
{…}
Il faisait nuit noire, sans doute minuit était déjà passé. Lorsqu'il rentra, Ichigo ne put que constater le silence qui régnait dans la maison. Cela changeait du vacarme de la journée et dont la source principale n'était autre que Hiyori en personne.
Le roux ôta chaussures, manteau puis se lava les mains dans la cuisine. Son corps n'aspirait qu'à une chose : dormir. Du coin de l'œil, il vit un grand bol recouvert d'un torchon apparemment mis de côté à son intention. Étonné, il prit le plat tiède. Ce n'était sûrement pas un geste de Renji, Lisa, Shinji et encore moins Hiyori. Il ne restait donc plus que...
- Vous êtes enfin rentré. Je m'inquiétais.
Ichigo se tourna vers l'entrée de la pièce. Il faillit lâcher le bol. Elle se tenait là, pieds nus, dans une longue chemise de nuit jaune. Ce n'est pas cela qui attira l'attention d'Ichigo. Plutôt sa longue, très longue chevelure auburn pour la première fois non dissimulée par son châle. Orihime nota qu'il l'observait d'une manière différente, sauf qu'elle n'en saisissait pas la raison. Elle s'avança vers lui, la table les séparant.
- Quelque chose ne va pas ? s'informa-t-elle, appuyée sur la chaise en bois.
- Tes cheveux, articula-t-il enfin.
- Eh bien ?
- C'est la première fois que je les vois.
- Ah ! réalisa-t-elle en portant les mains sur sa tête.
Son châle ! Elle avait oublié de mettre son châle ! Elle l'avait gardé toute la soirée en prétextant être frileuse, seulement elle l'avait retiré à l'heure du coucher. Morte d'inquiétude dans l'une des chambres d'amis, elle s'était tournée et retournée en attendant le retour d'Ichigo. En l'entendant, elle s'était précipitée dans la cuisine sans se soucier de son apparence ! La reconnaissait-il ?! Ce n'était pas du tout ce qu'elle avait prévu dans l'immédiat, par conséquent elle redoutait davantage sa réaction. Pétrifiée, Orihime attendit en osant à peine croiser ses orbes bruns.
- C'est toi qui m'as mis ce repas de côté ?
Elle cligna des yeux comme un hibou.
- E-Eh ?
- La bouffe, répéta le jeune homme en montrant le bol. C'est toi ?
- Euh... oui.
Que se passait-il ? Orihime était perturbée par l'étrangeté de cette conversation. Kurosaki san était resté figé en la voyant tête nue et le voilà à parler de nourriture sans la moindre transition ? A quoi cela rimait-il ? Ne l'avait-il pas reconnue ou se moquait-il tout bonnement d'elle ?
- T'as bien fait, je crève de faim en fait. Merci.
Il tira une chaise et s'installa pour manger les légumes accompagnés de viande. Toujours incertaine, la jeune femme se demandait si elle devait rester ou filer. Le malaise et la confusion se battaient en duel dans son être.
- Je vais vous laisser manger, choisit-elle en se grattant nerveusement la tête. Bon appétit ! lui souhaita-t-elle dans un tourbillon auburn.
- Kana.
Elle ne remua plus un muscle. Le ton de sa voix lui envoya un frisson dans le dos.
- Oui ?
- Tu m'as attendu ? se renseigna Ichigo après avoir avalé sa bouchée.
- Je... oui, avoua-t-elle.
Le roux plissa les yeux.
- Pourquoi ?
- Que voulez-vous dire ?
Question bête, elle le savait. Mais étant donné les circonstances...
- Ma question est simple pourtant, répondit Ichigo sans se donner la peine de cacher son impatience. Pourquoi tu m'attendais alors que tout le monde ronfle à l'heure qu'il est ?
Hime n'eut pas besoin d'être dotée d'une paire d'yeux derrière la tête pour savoir que ses iris perçants la scrutaient. Le cœur battant à tout rompre, elle lui refit face.
- Je vous l'ai dit : je m'inquiétais.
Ichigo se contenta de la regarder en silence, le visage illisible. Les bras dans le dos, Orihime frotta son mollet avec son pied sous la chemise de nuit prêtée par Lisa. Réflexion faite, elle préférait se trouver n'importe où sauf ici.
- C'était pas utile, reprit Ichigo en replongeant ses baguettes dans le bol.
- Il est plus de minuit. Vous m'avez dit ne pas avoir prévu de rentrer tard.
- Je ne me souviens pas avoir employé ces mots.
- Vous voyez ce que je veux dire...
- Non, pas vraiment. J'ignorais avoir des comptes à te rendre.
L'impatience gagna la princesse à son tour. Qu'il élude le sujet, passe encore. Mais qu'y avait-il de mal à ce qu'elle se fasse du souci pour lui ?
- M'inquiéter pour les autres est dans ma nature, c'est tout, dit-elle calmement.
Ichigo cessa de mâcher.
- T'as l'air d'insinuer que j'ai fait exprès de provoquer ce sentiment chez toi, grogna-t-il.
- Pas du tout, se défendit l'accusée en agitant vivement les mains devant elle. Vous pouvez aller et venir comme bon vous semble, Kurosaki san ! Je mettais juste en lumière...
- Écoute, Kana, la coupa-t-il fermement, j'ai pas vu le temps passer, d'accord ? Je suis rentré maintenant alors plus besoin de t'inquiéter pour moi.
Le sujet était clos, Inoue le comprit bien. Malgré tout, elle décida de s'asseoir face à lui, les mains l'une dans l'autre. Après quelques instants où seul le bruit des baguettes raclant le bol meublait le silence, elle décida de le briser. Sa curiosité l'emportait.
- Vous voyagez avec Abarai san sans vous cacher, les personnes qui vivent ici sont vos amis d'après ce que m'a dit Yadomaru san, vous m'aidez dans ma quête, vous me protégez...
- Où tu veux en venir ? l'interrompit Ichigo qui avait presque terminé son repas.
Orihime se mordit la lèvre inférieure.
- Pourquoi êtes-vous recherché ?
Cette question ne surprit nullement le roux qui avala sa dernière bouchée.
- Parce que je cherche quelqu'un, livra-t-il sans daigner la regarder.
Cette réponse désarçonna Orihime.
- Ça ne plaît pas à une certaine personne qui a lancé cet avis contre moi, ajouta-t-il.
- Qui cherchez-vous ?
Aucune réponse. Ichigo se servit un verre d'eau qu'il but comme si de rien n'était. La beauté auburn dut admettre qu'elle n'en saurait pas plus. Soit. Ce n'était pas l'unique sujet qu'elle souhaitait aborder. Il fallait qu'elle en ait le cœur net. Suffisamment de mystère entourait Kurosaki san alors autant saisir l'occasion d'en éclaircir au moins un de plus.
- Êtes-vous marié ou fiancé ?
Ichigo avala de travers.
- T'es pas bien de me poser cette question ?! s'étouffa-t-il presque en tapotant sa poitrine.
Orihime ne la posait pas sans embarras. Son audace trouvait sa justification dans le fait qu'elle n'avait pas trouvé d'autre moyen d'aborder de loin leur projet de mariage avorté.
- Je me demandais, c'est tout..., improvisa-t-elle mollement.
- Je ne suis pas marié, trancha le jeune homme en s'essuyant avec le torchon.
- Fiancé alors ?
- T'arrêtes avec ça ? s'exaspéra-t-il. Je ne suis pas fiancé non plus. Je l'ai été il y a quelques années mais je les ai rompues, confessa-t-il en débarrassant.
Le cœur de la jeune femme loupa un battement.
- Pour quelle raison ?
Clairement agacé, Ichigo se tourna vers elle. Une vive lueur au fond de ses yeux bruns, il posa ses mains sur la table rustique pour se pencher au-dessus d'Orihime qui retint son souffle. Une puissante aura émanait de Kurosaki san la dissuadant même de songer à ciller.
- Parce que je suis bien seul. Cette fille, je ne la connaissais pas, je ne l'ai même jamais vue. Tout ce que je sais, c'est que ces fiançailles nous ont été imposées et je ne suis pas le genre de gars à qui on impose quoi que ce soit. Tu as bien dû t'en rendre compte, poursuivit-il en appuyant bien sur ses derniers mots.
Il se baissa un peu plus pour être au niveau de l'oreille droite de la belle toujours immobile sur sa chaise.
- La curiosité est une qualité qui peut se transformer en défaut, lui murmura-t-il la voix légèrement tremblante. Et dans ce cas, elle peut devenir dangereuse. Alors fais attention, Kana.
Là-dessus, Ichigo jugea préférable d'aller se coucher. Un nouveau réveil matinal les attendait. Il s'arrêta néanmoins, une main sur le mur près de la porte, dos à Orihime.
- Tu prétends être de nature à t'inquiéter. Alors tu dois probablement te dire que j'ai causé de la peine à cette fille, que je lui ai brisé le cœur ou un truc du genre. Depuis le temps, elle est sûrement heureuse avec un autre et crois-moi, c'est mieux pour elle.
Cette fois, il s'éloigna dans le couloir.
Complètement abasourdie, Orihime fut incapable de bouger ou de penser rationnellement en réponse à ce qu'elle venait d'entendre. Ce qu'il lui avait dit à l'oreille n'avait pas la tonalité d'une menace, ça sonnait plutôt comme… un avertissement.
Le soleil n'allait pas tarder à se lever lorsqu'elle regagna enfin son lit, l'esprit plus chargé que jamais. Décidément, elle n'avait pas passé une seule nuit complète depuis son départ du palais. Toutefois si Orihime n'en prit pas conscience, son corps, lui, n'allait pas tarder à le lui rappeler.
{…}
- Faites bonne route et rationnez bien les provisions ! La prochaine fois, je te fais payer le gîte et le couvert, enfoiré. C'est gratuit uniquement pour les femmes ici.
L'heure de reprendre la route pour Nargoya avait sonnée.
- Va te faire foutre, Shinji ! beugla Ichigo. Et pourquoi Renji ne paierait pas, lui !?
- Tu peux garder les robes et la chemise de nuit, Inaruyo san, lança Lisa sur le seuil de la maison. Inutile de me les ramener.
- Vous êtes sûre ? Merci, Yadomaru san ! gazouilla Orihime vêtue cette fois d'une longue robe bordeaux laissant voir un discret décolleté.
Elle avait pris bien soin de couvrir ses cheveux avec son châle. Ichigo s'en était évidemment aperçu mais n'avait fait aucun commentaire. Pour une raison ou pour une autre, cela gênait Orihime qui n'avait pas oublié leur échange tendu cette nuit.
- Au revoir, Kana chan ~ ! hurla presque Hirako en s'attirant l'œil de quelques passants. Ouille !
- Bordel, t'es bouché ou quoi ? Arrête de sauter sur tout ce qui bouge ! C'est pas vrai, ça devient une vraie incontinence chez toi ! s'énerva Ichigo, le poing fumant.
- Il ne me saute pas dessus, moi, intervint Hiyori, les mains sur la taille.
- On se demande bien pourquoi, expira Ichigo en roulant les yeux.
- Quoi !
- T'as pas ce qu'il faut là où il faut, l'éclaira Shinji en pinçant son nez ensanglanté.
Vexée et folle de rage, Hiyori le poussa rageusement dans la maison. Le reste se résuma à un concert de cris, de choses cassées ou fracassées. Blasée, Lisa retourna également à l'intérieur après un signe de la main.
- C'est vraiment parce qu'on n'avait pas le choix qu'on a passé une nuit ici. La prochaine fois, sans moi, soupira Renji. C'est vraiment une maison de fous.
- Tu sais bien qu'on ne peut pas faire le trajet vers Nargoya d'une seule traite, dit sèchement Ichigo. Ce soir on dort à la belle étoile, nous serons à destination demain. Alors si t'es pas content, plains-toi à Kana. C'est elle qui veut aller là-bas, je te rappelle.
- Il a encore mal dormi ou quoi ? suggéra Renji tandis que le roux s'éloignait à vive allure.
- Aucune idée, mentit Orihime. Il est souvent de mauvaise humeur après tout.
- Tch, même toi tu as remarqué ce super trait de caractère chez lui. Viens avant qu'il râle une nouvelle fois.
- Um.
Côte à côte, ils marchèrent tous deux dans le sillage d'Ichigo déjà à bonne distance.
Sous le rideau du salon, Lisa avait assisté à toute la scène.
- Vous croyez qu'ils savent qui est réellement cette fille ? questionna-t-elle soudain, l'air grave.
Hiyori arrêta immédiatement de frapper Shinji.
- Je n'en ai pas l'impression. Je ne m'en fais pas pour Renji, en revanche concernant Ichigo, même sous la forme d'une fourmi, je n'aimerais pas être là quand il s'en rendra compte, déclara sérieusement Hirako.
{…}
- Rangiku ?
- Je suis là.
Son regard clair rivé sur le jardin, elle ne bougea pas en dépit de sa présence. Sa chevelure blonde étincelait sous les rayons du soleil qui accentuaient également l'inquiétude ornant ses magnifiques traits. Rangiku faisait partie des personnes de nature à ne pas exhiber leurs émotions négatives. De ce fait, celles-ci n'étaient détectables que par quiconque la connaissait bien.
- Tu sembles pensive. Qu'y a-t-il ?
- Orihime a quitté le palais et en route pour ici, l'informa-t-elle.
- Que dis-tu enfin ? C'est impossible.
- Ça l'est, Gin. Regarde.
Rangiku se décida à faire face à son mari pour lui tendre un petit bout de papier roulé.
- J'ai reçu un faucon messager pour me prévenir de sa venue, reprit-elle.
- Un faucon messager ? s'étonna-t-il. Qui te l'a envoyé ? Non… Serait-ce… ?
- Oui. La vérité a dû lui sauter aux yeux et avec elle la nécessité de me préparer à la visite d'Orihime, répondit tristement sa femme. Ce message me rappelle une période de ma vie que j'aurais préféré ne jamais avoir vécue.
Gin laissa ses yeux bleus se remplir de compassion avant de prendre connaissance dudit message. Lorsqu'il acheva sa lecture, Rangiku anticipa sa question qu'elle s'était elle-même posée.
- Que comptes-tu faire, Ran chan ?
Celle-ci retourna près de la fenêtre, sa tempe contre la vitre, les bras croisés sous sa très généreuse poitrine.
- Lui dire la vérité, murmura-t-elle. Orihime n'est plus une petite fille, elle est en droit de savoir. J'espère juste... qu'elle sera en mesure de me pardonner.
L'étreinte chaude de son mari autour de ses épaules lui apporta le réconfort dont elle avait besoin.
- Je suis là pour toi ne l'oublie pas, lui chuchota Gin dans le creux de son cou parfumé. Ça va bien se passer. Orihime chan est compréhensive.
Elle esquissa un faible sourire tout en portant ses mains sur les siennes juste au-dessus de ses seins.
- Que les kamis t'entendent. Elle l'ignore, mais je l'aime comme ma propre fille. La perdre pour toujours serait un véritable déchirement. Bientôt, nous saurons si nous avons fait le bon choix.
{…}
- La maison de Rangiku san se trouve juste après cette colline...
A genoux au bord de la rivière, la main plongée dans l'eau fraîche pour remplir sa gourde, Orihime laissait ses pensées s'exprimer. Son visage trahissait son inquiétude croissante à mesure que leur destination se rapprochait. Hier encore, elle faisait la connaissance de Hirako et ses amies. Le jour d'avant, elle rencontrait d'Ukitake san. Déjà tant de chemin parcouru -non sans embûches- pour un résultat incertain…
La veille à la tombée de la nuit, Renji et Ichigo se mirent d'accord pour dormir dans les bois. Angoissée, Orihime se réveilla aux aurores sans être certaine d'avoir réellement fermé l'œil. Nargoya ne se trouvait plus qu'à quelques heures de marche. Rangiku san ne se doutait pas de sa venue, toutes deux ne s'étaient pas revues depuis des années. Dans ces conditions à quel genre de retrouvailles s'attendre ?
- J'espère que ça va bien se passer.
- Je ne sais pas de quoi tu causes. Tout ce que je peux te garantir, c'est que ça va mal se passer si tu ne fais pas ce que je te dis.
Le corps de la belle se raidit instantanément au son de cette voix masculine étrangère et terrifiante. Son cœur faillit s'arrêter de battre à la seconde où la pointe d'une lame aiguisée se glissa sous sa gorge.
- T'étais tellement loin dans ta tête que tu ne m'as même pas entendu approcher, se moqua son agresseur. Tu vas me donner ton argent et je t'épargnerai peut-être.
- J-Je n'en ai pas, bégaya Inoue.
Par crainte que cette lame la vide de son sang, elle s'efforça de calmer sa respiration erratique.
- Menteuse ! Je vois ta bourse d'ici alors donne-la-moi tout de suite, connasse !
- Non, s'il vous plaît ! commença-t-elle à paniquer. J'ai besoin de cet argent pour mon voyage et...
- J'en ai rien à carrer de ta vie ! hurla l'homme en colère. Je t'avais prévenue ! Je vais l'arracher à ton cadavre, crève salope !
Un puissant son métallique perça l'air qui le transforma en écho vibrant.
- Ah ouais..., lança une autre voix. La tuer sans avoir au moins le courage de la regarder dans les yeux ? T'es déjà un salopard pour t'en prendre à une femme mais tu es doublé d'un lâche en plus.
En entendant ce timbre, la princesse s'autorisa à ressentir du soulagement et tomba à quatre pattes. Celui qui avait failli lui ôter la vie se désintéressa d'elle et recula de plusieurs pas pour s'éloigner de l'arrivant, qui avait contré son sabre.
- Qui es-tu, toi ? siffla l'agresseur, sur ses gardes.
Il avait les cheveux noir bien peignés et, ce qui choqua Orihime, il était élégamment vêtu. Cet homme pouvait aisément se présenter comme un noble de très bonne famille.
- Abarai Renji et c'est mon amie que tu importunes grossièrement, là, répliqua l'interrogé, son sabre en travers des épaules.
Hime le regarda avec stupeur. Abarai san la considérait comme son « amie » ?
- Quoi, cette nana ? s'esclaffa le supposé noble.
- Ouais alors excuse-toi tout de suite, ordonna Renji, la tête inclinée sur le côté en signe d'ennui.
- Dans tes rêves ! ne se laissa-t-il pas intimider en le pointant avec son sabre. On ne t'a pas appelé alors va faire un tour, sale chien !
Renji plissa les yeux. Sous sa longue crinière rouge soulevée par le faible vent, son expression devint menaçante.
- Tu devrais faire ce que je te dis. Sinon, c'est ton cadavre qui pourrira ici, salopard de lâche, articula-t-il, sa posture désormais droite.
Sa peur de retour, Orihime s'appuya sur un tronc d'arbre à proximité, un poing serré devant sa poitrine.
- Abarai san...
- T'inquiète, je gère, la rassura-t-il sans ciller.
- Hors de question de me rabaisser au niveau d'une femme ! s'écria l'homme riche comme un possédé. Elles sont juste bonnes à baiser et à m'obéir ! Cette fille est loin d'être la première à devoir payer pour sa désobéissance !
A peine eût-il prononcé sa tirade répugnante qu'il se jeta sur Renji. La beauté auburn porta les mains à sa bouche en même temps qu'elle poussait un cri strident.
- Je rends service à toutes les femmes que tu as maltraitées si j'ai bien compris. Dans ce cas, je ne vais pas t'achever pour t'épargner la douleur. Prends bien le temps de crever surtout, chuchota Renji à l'oreille du salaud qui peinait à respirer.
Renji s'était négligemment baissé pour éviter la décapitation et lui avait enfoncé son sabre dans la poitrine, geste responsable du cri chez Orihime. Dégoûté par la chose abjecte embrochée à son sabre, Renji leva la jambe pour le repousser avec son pied. Le salaud tomba lamentablement dans la rivière peu profonde où il agonisa tandis que l'eau se colorait peu à peu de rouge écarlate autour de lui.
Renji se détourna pour aller se rendre compte de l'état d'Orihime qui combattait la nausée.
- Tu vas bien ? s'assura-t-il en secouant son sabre recouvert de sang.
La jeune femme inspira et expira à plusieurs reprises avant de répondre. La nausée se dissipait lentement.
- Oui, ça va. Et vous ? Vous l'avez tué si facilement...
- Tch ! Cette merde a voulu utiliser son sabre pour jouer à l'homme. Ça reste qu'un bâtard qui s'en prend à des femmes dont il a une piètre estime. Qu'il crève, il ne manquera pas à grand monde.
- A le voir comme ça, on ne penserait jamais qu'il est.. si mauvais, murmura-t-elle. J'aurais pu lui demander mon chemin si je l'avais croisé en d'autres circonstances.
- C'est pourquoi il faut se méfier des apparences, dit simplement Renji. Elles sont parfois trompeuses.
Orihime eut du mal à détacher ses perles grises de son agresseur à peine immergé. En comptant Yammy et les quatre hommes terrassés par Kurosaki san la veille après avoir quitté Hirako, cet homme était le sixième qu'elle voyait se faire tuer en l'espace de quelques jours… Toute sa quête sera-t-elle jonchée de morts ?
- Allons-y, il n'était peut-être pas seul, la réveilla Renji en rangeant son sabre à sa ceinture.
Sa gourde sous le bras, ou plutôt celle d'Ichigo, Orihime lui emboîta le pas à travers le bois. Inutile de mémoriser l'image de cet homme mourant.
- Désolé d'avoir tué ce bâtard sous tes yeux, dit finalement Renji après quelques instants de marche silencieuse. T'avais vraiment pas besoin de ça surtout après hier...
- Je ne vous en veux pas. Vous n'avez fait que vous défendre.
- Il le méritait de toute façon.
Hime lui jeta un coup d'œil sous son châle.
- Merci de m'avoir sauvé... encore, souffla-t-elle, gênée.
- Ne te vexe pas, mais tu vas devoir t'y habituer que ce soit moi ou Ichigo, marmonna Renji en surveillant les alentours. Cette partie du pays n'est pas la plus tranquille.
- Vous m'aviez prévenue que la route menant à Nargoya n'était pas sûre. Seulement, j'étais loin d'imaginer que la violence s'élevait à un tel niveau.
- C'est vrai qu'on se passerait bien de ce genre d'emmerdes. Et encore, tu n'as pas vu le pire... Enfin, nous sommes presque arrivés, c'est le principal.
L'esprit occupé par la barbarie régnant en ce bas-monde, la princesse préféra se concentrer sur un tout autre sujet.
- Um... vous avez dit à cet homme que je suis votre « amie », lui rappela-t-elle à mi-voix. Vous le pensiez ?
- Euh..., bredouilla Renji en évitant son regard. Je ne savais pas comment te désigner, c'est sorti tout seul... De toute façon, on va voyager ensemble un moment alors on va bien finir par devenir amis, nan ?
Orihime pouffa de rire en notant ses joues roses. Au fond d'elle, elle était cependant touchée.
- Oui, je crois que nous deviendrons amis, Abarai san, sourit-elle, les bras dans le dos.
- Alors commence par me tutoyer. Et puis tant que tu y es, tu peux aussi arrêter « Abarai san ». Trop peu de gens m'appellent comme ça, je ne suis pas habitué, déclara-t-il.
- Oh. Eh bien, comment dois-je vous... je veux dire t'appeler ?
Elle ne devrait pas être étonnée. Il était assez familier même si c'était moins que Kurosaki san.
- Renji, c'est bien.
- Allons-y pour Renji kun ~ !
Il fronça les sourcils avant de hausser les épaules.
- Comme tu veux, Kana san.
L'estomac de celle-ci se noua. Elle tissait un nouveau lien avec son compagnon de voyage alors qu'elle n'était pas honnête envers lui.
- Je peux te demander une faveur ? osa-t-elle.
- Laquelle ?
- Ne dis pas à Kurosaki san ce qui vient de se passer. Il s'est déjà moqué de moi parce que je n'ai pas su me défendre face à ce Yammy, sans oublier les quatre hommes qui s'en sont pris à nous sur la route hier..., fit-elle en fixant le sol.
- Ichigo ne s'est pas moqué de toi. Il s'est plutôt inquiété de manière maladroite, c'est tout lui.
- Inquiété ? s'exclama-t-elle, ahurie. Cela m'étonnerait beaucoup, il ne me connaît pas assez.
- Tu as senti qu'Ichigo n'est pas le pourri qui mérite ce que mentionne l'avis de recherche. Peut-être que tu verras aussi qu'il a un côté protecteur anormalement développé, lança Renji mi-amusé mi-exaspéré. Je ne dis pas qu'il est du genre à sauver la terre entière, même s'il est incapable de rester sans rien faire s'il croise quelqu'un en danger. Disons plutôt que... je sais pas, Ichigo rencontre des personnes et une relation spéciale naît avec certaines. C'est ces personnes-là qu'il met un point d'honneur à protéger. En tout cas, c'est comme ça que ça s'est passé avec Rukia, ma petite amie.
Orihime l'avait écouté attentivement et réfléchissait à ce qu'elle venait d'entendre. Elle se souvenait qu'Ukitake san avait souligné subtilement ce trait de caractère chez Kurosaki san, et que ce dernier l'accompagnait jusqu'à Nargoya pour tenir sa parole qui consistait à veiller sur elle. Mais de là à la considérer comme une personne spéciale ? A aucun moment elle ne s'était sentie ainsi à ses yeux.
- J'ai du mal à croire que Kurosaki san s'est inquiété pour moi pour cette raison, dit-elle en toute franchise. Voire même s'être inquiété tout court.
- Nous verrons bien, répliqua Renji avec un sourire en coin, les mains dans les poches de son pantalon. En tout cas, la rencontre avec l'autre salaud restera entre nous, compte sur moi, lui assura-t-il, clin d'œil à l'appui.
Inoue se détendit. De toute évidence, Renji kun était une bonne personne et elle devrait remercier Kami sama à genoux pour l'avoir mis sur sa route avec Kurosaki san. Nul doute que sans eux, elle ne serait plus là.
- Je te remercie, rayonna-t-elle.
- Enfin vous voilà, c'est pas trop tôt. Il n'y a rien de compliqué à remplir une gourde. Qu'est-ce qui vous a pris autant de temps ?!
Orihime et Renji venaient d'arriver à leur campement de fortune. Ichigo, visiblement à la limite de sa patience, étouffait le feu avec de la terre.
- Rah ça va. On s'est posé un peu pour discuter, on est là maintenant, minimisa Renji.
- Oui, nous n'avons pas vu le temps passer. Pardon, voici votre gourde, s'excusa Orihime en s'approchant de lui pour la lui donner.
Ichigo les regarda tour à tour, les yeux rétrécis. Finalement, il consentit à la débarrasser.
- Reprenons la route, proposa la seule femme pour mettre fin au silence. La maison de Rangiku san n'est plus très loin.
- Tu connais l'adresse exacte, n'est-ce pas ? demanda Ichigo en replaçant la gourde près de sa hanche. Tu n'as rien dit durant le trajet.
- Je n'y suis jamais allée mais...
- Quoi ? C'est aux abords de la ville que tu nous sors ça ?!
- Rangiku san est connue, affirma Orihime. Je suis sûre qu'en demandant notre chemin, nous trouverons facilement sa maison.
Le roux se gratta la tête, agacé.
- D'accord, Kana. J'espère que tu as une bonne mémoire parce qu'il est hors de question de frapper à des maisons au hasard jusqu'à tomber sur la bonne.
La culpabilité envahit la poitrine de la belle. La colère de Kurosaki san à son égard n'avait pas faibli durant la nuit. Et ça n'était pas près de s'arranger...
- Passons déjà la colline, nous aviserons ensuite, tempéra-t-elle.
- On te suit, se prépara Renji à leur hauteur.
C'est avec une appréhension grandissante qu'Orihime ouvrit la voie.
{…}
Assis les jambes croisées sur la table, Grimmjow vidait nonchalamment la bouteille de saké volée à un autre client trop terrifié pour protester. Il faut dire que le fiancé d'Orihime venait de casser la gueule de cinq hommes uniquement parce qu'ils se trouvaient sur son chemin, c'est-à-dire entre la porte et le comptoir de cette espèce de taverne malfamée. Les corps inanimés des victimes tapissaient le sol que chacun prenait tout de même le soin d'enjamber.
- Oui, Kurosaki, je te dis ! s'écria soudain un homme à la table voisine. Quand j'ai vu ça, j'ai vite décampé.
- T'es qu'un lâche, répliqua son camarade attablé avec lui. Moi, je l'aurais envoyé tout droit en enfer.
- T'as pas écouté ?! reprit le premier. Je te dis qu'il a massacré les quatre gars qui voulaient l'avoir pour la récompense ! Je te raconte même pas ce qu'il a fait à celui qui a touché la fille qui l'accompagnait… A côté, ses potes ont eu une mort douce. J'ai vraiment eu chaud !
- La fille ?
- Ouais... Je ne l'ai pas bien vue à cause de son châle sur la tête mais elle avait l'air pas mal du tout. Petite, gros seins... Il y avait aussi un mec avec les cheveux rouges.
- Kurosaki doit se faire la nana.
- J'en doute, rejeta celui qui relatait sa mésaventure. Qui voudrait de Kurosaki ? Ce type attire la mort comme personne et sa tête est mise à prix. A mon avis, les femmes doivent le fuir plus rapidement que les flammes de l'enfer.
- Pas faux, consentit son camarade qui finissait son verre. En tout cas, que cette nana soit sa petite amie ou son otage, ça n'empêchera pas les plus courageux de tenter leur chance. La tête de Kurosaki rapporte gros.
- Tu vas tenter la tienne ? sourit le premier homme.
- Peut-être bien, répondit-il mystérieusement en passant son index sur le bord de son verre. Il est encore dans le coin ?
- Je ne crois pas, ce que je viens de te raconter s'est passé hier. Il prenait la direction de Nargoya, si ça peut t'aider...
Une chaise racla bruyamment le sol, faisant sursauter les deux bavards. Debout, Grimmjow but sa bouteille directement au goulot en fixant ses deux voisins perplexes. Puis, il s'approcha d'eux et posa brutalement la bouteille vide sur leur table avec un immense sourire.
- Je déteste qu'on jacasse dans mes oreilles. Mais pour cette mine d'infos, je vous laisse la vie sauve. Ne croisez plus ma route sinon la prochaine fois, je vous manquerai pas, les menaça-t-il sans perdre son sourire effrayant.
Grimmjow n'attendit pas que les deux hommes aient assimilé ses délicates paroles et se détourna. Sur le point de s'en aller, il remarqua l'avis de recherche lancé contre Ichigo. Il l'arracha de la poutre en bois et le regarda de plus près. Son sourire s'élargit en même temps que son regard azur s'illuminait à la manière d'un chasseur sur la piste de sa proie.
Grimmjow fourra la feuille de papier dans sa poche et franchit la porte qu'il laissa grande ouverte. Sa silhouette devint trouble sous la pluie qui n'affectait nullement sa démarche assurée.
- C'est quoi son problème ? s'exclamèrent les deux épargnés toujours à leur table.
{…}
- C'est ici que vit Rangiku san.
Le soleil s'apprêtait à tirer sa révérence pour permettre à la lune de régner à son tour dans le ciel parsemé de nuages. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le dernier kilomètre fut particulièrement difficile pour Orihime. La pause la plus « longue » de la journée lui avait permis de retrouver un peu de force en partageant avec Ichigo et Renji les restes de vivres données par Shinji. Avant de se remettre inlassablement en marche.
Tout cela appartenait dorénavant au passé. Depuis quelques minutes, au bout de trois longs jours, ils marchaient enfin sur le sol de Nargoya.
D'un autre côté, il était toutefois utile de mentionner que durant le trajet nerveusement et physiquement éprouvant, Orihime avait essentiellement conversé avec Renji. Ichigo lui adressait la parole uniquement si elle lui demandait quelque chose, ce qu'Inoue fit rarement. L'aura de Kurosaki san faisait fondre son courage de dialoguer en particulier pour recevoir des réponses fermées et sèches. Cette ambiance découlait inévitablement de l'autre raison responsable de sa nuit désagréable : la tournure de leur échange dans la cuisine. La tension qui en avait résulté planait encore lourdement au-dessus d'eux. Hime savait que Renji kun la sentait également même s'il n'en laissait rien paraître.
Au moins, une fois à destination, une habitante n'eut aucun mal à leur indiquer la maison de Rangiku devant laquelle tous trois se tenaient actuellement. Détail important puisqu'ils n'avaient pas eu à la chercher bien longtemps, évitant ainsi de dégrader davantage l'humeur d'Ichigo.
- Wow ! laissa échapper Renji, impressionné. Nargoya est une ville riche, c'est pourquoi des voleurs rôdent autour mais je ne pensais pas que ton amie vivait dans une maison pareille, Kana san !
En effet, Nargoya bénéficiait d'une solide réputation de ville plutôt aisée, tranquille et bien gardée. Le revers de la médaille : la convoitise. Tout le monde n'y entrait pas librement, il fallait d'abord convaincre les gardes de sa bonne foi et ne pas être connu pour des faits de violences ou autres. Par conséquent, Ichigo dut y pénétrer clandestinement pendant que Renji et Orihime faisaient diversion. Par ailleurs, seules les personnes possédant une certaine richesse pouvaient espérer s'y installer, les pauvres n'y avaient pas leur place. Les rares qui mendiaient furent jadis connus pour baigner dans l'opulence avant de sombrer dans la déchéance pour multiples raisons. La honte les poussait souvent à partir là où personne ne connaissait leur passé. Ceux qui restaient vivaient dans le déni avec l'espoir illusoire de retrouver leur fastueuse vie d'antan.
- Eh bien, Rangiku san n'est pas du genre à étaler sa fortune, expliqua la beauté auburn avec une certaine gêne. Seulement, elle s'épanouit dans son domaine et je sais qu'elle a toujours voulu avoir son chez elle dans lequel elle se sent « comme nulle part ailleurs ».
Il est vrai que l'imposante bâtisse jaune pâle surmontée d'un toit rouge d'architecture typiquement japonaise, figurait sans doute parmi les plus belles maisons de la ville.
- Je vois pas pourquoi t'es aussi impressionné, lança Ichigo à Renji. T'as oublié où vivent Byakuya, Rukia et les autres ? Et puis comment ça « Kana san » ?
- Jaloux ? répliqua son ami avec un sourire des plus irritants.
- Je ne suis pas jaloux, arrête tes conneries ! riposta-t-il vivement. C'est bizarre, c'est tout. Tu l'appelles comme ça depuis ce matin.
- Y a rien de bizarre, rectifia Renji en reprenant son sérieux. On va rester un moment ensemble alors autant laisser tomber les formalités et rendre ce voyage agréable.
- Agréable ? répéta Ichigo, incrédule. On ne traverse pas le pays pour se refaire une santé. Au contraire, on risque notre peau à chaque pas. Tisser des liens d'amitié en cours de route, c'est pas notre genre.
- Tu oublies Ukitake san.
- Tu sais très bien ce que je veux dire.
- Kana san égaye notre duo comme l'a justement dit Ukitake san, tu ne peux pas le nier, s'exaspéra Renji. Si ça te pose un problème, garde tes distances avec elle comme tu sais si bien le faire. Moi, je change rien.
Ichigo ouvrit la bouche pour répliquer mais se ravisa en remarquant une absente : Orihime leur avait faussé compagnie pour se rendre sur le seuil de la maison de l'ancienne meilleure amie de sa mère. Avec Renji, il traversa la cour arborée pour la rejoindre.
De son côté, après une forte inspiration, la princesse leva le poing pour frapper.
- Ça va ? l'interrogea Renji, la voyant hésiter.
La lèvre inférieure entre les dents, Orihime ne se donna plus la peine de cacher l'appréhension qui la dévorait de l'intérieur.
- Je n'ai pas vu Rangiku san depuis des années et me revoilà sans la prévenir. Comment va-t-elle réagir ? Sera-t-elle surprise de me voir ? Heureuse ? Ou... ?
La porte d'entrée s'ouvrit à cet instant précis pour laisser apparaître Rangiku. Les deux femmes connectèrent leurs regards, incapables de faire un geste. Le temps sembla s'arrêter. Temps au cours duquel elles se dévisagèrent comme pour s'assurer de la réalité de la vision qui s'offrait à leurs yeux. Certaines de ne pas rêver, elles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.
- Je suis si contente de te revoir ! prononça Rangiku, émue.
- Moi aussi, Rangiku san ! pleura la belle. Vous n'avez pas du tout changé.
La femme plus âgée émit un petit rire et desserra son étreinte. Elle garda néanmoins les mains sur ses épaules pour la détailler.
- C'est très gentil. Toi en revanche, tu as changé et dans le bon sens du terme. Tu n'es plus la petite fille que j'ai laissée il y a des années. Tu es devenue une charmante jeune femme.
La complimentée s'empourpra sous ses larmes de joie.
- Merci beaucoup.
- Qui sont ces hommes ?
- Oh oui, c'est vrai ! revint sur terre Inoue. Rangiku san, voici Abarai Renji et Kurosaki Ichigo, mes compagnons de voyage, sourit-elle. Ils ont gentiment accepté de venir avec moi... Les garçons, je vous présente Matsumoto Rangiku.
Les concernés sentirent le rose leur monter aux joues. Matsumoto était indéniablement une très belle femme avec ses yeux bleu clair, son épaisse chevelure blonde ondulée qui couvrait son dos et, détail non négligeable, son énorme poitrine. Cette partie de son anatomie attirait l'attention en raison du profond décolleté de son kimono noué d'une manière dont seule Rangiku devait avoir le secret.
- Soyez également les bienvenus chez moi, les garçons ! s'exclama joyeusement leur nouvelle hôtesse.
- Euh..., marmonna Renji avant de tousser dans son poing et courber l'échine. Ravi de faire votre connaissance, Matsumoto san.
- Pas de « Matsumoto » avec moi, simplement Rangiku san ! le corrigea-t-elle aussitôt, les mains sur la taille. Et redresse-toi, tu veux !
- D'accord, Rangiku san, réagit Renji qui se disait qu'il avait affaire à une femme de caractère. Merci de nous accueillir en tout cas.
- C'est sympa de votre part, consentit Ichigo en s'étirant la nuque. Je préfère tout de même vous prévenir que pas mal de personnes veulent ma tête. Elles pourraient foutre le bordel à l'extérieur de la ville pour m'atteindre.
- Vraiment ? fit Rangiku pas du tout apeurée. Si ma petite protégée ici présente te fait confiance, c'est que tu n'es pas une ordure de la pire espèce et ça me va. Je sais parfaitement me défendre de toute manière, je ne doute pas que vous aussi. Ceci dit, il serait fort dommage que tu perdes ta tête qui doit faire tourner celle de bon nombre de jeunes filles, surtout si tu es un cœur à prendre. Qu'en dis-tu ? minauda-t-elle en donnant un petit coup de coude à Orihime.
- Hein ? ne saisit pas Ichigo.
Renji eut un rire moqueur tandis que la princesse ne savait plus où se mettre.
- Ne faites pas attention, Kurosaki san, articula-t-elle tant bien que mal en osant à peine croiser ses iris. C'était, um... une blague de Rangiku san, héhé...
- Le roux est plutôt bel homme et son ami n'est pas en reste, chuchota cette dernière à l'oreille d'Orihime qui rougit davantage.
- Rangiku san !
- Timide, hein ? Je vais t'apprendre deux trois choses sur les hommes, lui promit-elle avec un clin d'œil appuyé. Allez, on ne va pas prendre racine ici ! poursuivit-elle en se redressant. Entrez, entrez !
- Je crois que l'accueil qu'elle t'a réservé répond à tes questions, murmura Renji à Orihime.
- Oui, je suis soulagée, reconnut-elle.
Tous trois suivirent Rangiku qui leur donna une paire de chaussons chacun, les autorisa à poser leurs sabres, sacs et autres affaires à l'entrée avant de leur indiquer la pièce où ils pouvaient se nettoyer un peu le temps d'aller préparer le thé. Orihime ôta son châle, l'estomac contracté. Ichigo resta indifférent à l'image de Renji qui, ayant les cheveux rouges, ne devait pas être choqué outre mesure par sa couleur auburn.
La maison aussi belle dehors que dedans se distinguait par sa décoration colorée et élégante. Le salon spacieux et accueillant correspondait à ces critères avec ses portes coulissantes donnant vue sur le magnifique jardin. Les trois compagnons s'installèrent sur les coussins autour de la table basse rectangulaire, les deux femmes face aux hommes. Rangiku leur servit du thé bien chaud accompagné d'un assortiment de biscuits secs qu'ils savourèrent avec reconnaissance.
- Toshiro chan est là ? demanda Hime. J'ai entendu mère brièvement parler de lui avec père une fois, j'aimerais beaucoup le rencontrer. Ce n'est plus un bébé, il doit être grand maintenant. Quel âge a-t-il ? Onze ans ?
- Non, il n'est pas là, soupira Rangiku. Il tient à être indépendant alors il s'est rendu dans une ville voisine pour devenir apprenti et il a été accepté. Il a quatorze ans mais n'est pas aussi grand que tu le penses, pouffa-t-elle.
Son rire n'atténua pas sa peine perceptible.
- Il doit terriblement vous manquer, compatit la belle en posant sa main sur la sienne.
- Que veux-tu, c'est la vie… Et puis nous l'avons élevé avec ce genre de valeurs, répliqua tristement Matsumoto. Il nous rend visite dès qu'il le peut.
- Qui est Toshiro ? s'informa Renji en reprenant un biscuit.
- Notre fils adoptif, lui apprit-elle avec fierté. Avec Gin, mon mari, nous l'avons recueilli tout bébé et pris soin de lui comme s'il était notre chair et notre sang. D'ailleurs, Gin ne va pas tarder à rentrer et sera content de te revoir, ajouta Rangiku à l'adresse d'Orihime. Nous mangerons tous ensemble puis nous pourrons discuter.
- Discuter ? répéta la princesse, perplexe.
- Je me doute que tu n'as pas fait tout ce trajet pour prendre de mes nouvelles, si ?
La beauté auburn songea au jeune homme du portrait qu'elle avait presque oublié. Cette pensée raviva son mal-être en lien avec ce qu'elle avait fui au palais, à commencer par son mariage avec Grimmjow et, bien sûr, son pauvre père abandonné aux griffes d'Aizen qui complotait avec sa mère.
- C'est exact, Rangiku san. Je ne suis pas venue ici sans raison.
Son cœur tambourinait à toute vitesse, sa peur l'étouffait presque, ses mains agrippées l'une dans l'autre sous la table étaient moites. Le moment fatidique approchait, Orihime y pensait à chaque minute depuis qu'elle avait posé un pied dans Nargoya. Elle bénéficiait d'un sursis inespéré qui n'allait pas durer.
- Votre maison plairait beaucoup à ma petite amie, commenta Renji en détaillant la pièce avec des yeux admiratifs. Son frère et elle ont grandi au milieu de ce genre de décoration.
- Merci du compliment, apprécia Rangiku avant d'avaler une gorgée de thé. Je fais de mon mieux pour que la maison et ses extérieurs soient à l'image de notre famille. C'est-à-dire accueillante, solide et chaleureuse.
- C'est vraiment galère pour venir à Nargoya avec tous les connards sur la route. Une fois qu'on y est, c'est plutôt agréable et ça change des villes de fous qu'on a traversées, intervint Ichigo enfin détendu. Cette maison est de loin la plus confortable depuis le début de ce voyage.
Sa prise de parole ne fit qu'accroître l'état d'Orihime qui se demandait si son cœur n'allait pas s'échapper dans le jardin.
- Vous voyagez pour une raison particulière ? s'intéressa Matsumoto.
Les deux hommes échangèrent un bref regard.
- Un truc à régler, déclara le roux en attrapant la théière.
Son ton faisait clairement comprendre qu'il ne souhaitait pas s'étendre sur ce sujet que Renji préféra dévier.
- Quel métier exercez-vous, Rangiku san ? Kana san nous a dit que vous gagniez bien votre vie sans entrer dans les détails.
- Kana ? s'étonna leur hôtesse, les sourcils froncés. Je ne connais pas cette personne mais je suis surprise qu'Orihime ne vous ait pas éclairés sur le sujet. Je confectionne des kimonos qui se vendent dans tout le pays.
La théière vide qu'Ichigo s'apprêtait à reposer lui échappa sans miraculeusement se briser. Orihime se recroquevilla, ses prunelles grises rivées sur la table.
Le moment tant redouté était venu.
Troublée par l'étrange ambiance, Rangiku observa tour à tour ses invités.
- Que se passe-t-il ?
- Vous avez appelé Kana « Orihime » ? articula Renji tout aussi largué.
- Oui et alors ? s'impatienta Matsumoto. « Orihime » est son prénom donc il est parfaitement normal que je m'adresse à elle comme tel.
Elle se tourna vers la concernée toujours muette, son profil caché derrière sa longue chevelure. Renji fixa Orihime dans l'attente d'une réaction. Soudain, réalisant quelque chose, il écarquilla les yeux et se tourna vers Ichigo avec inquiétude.
- Allez-vous enfin m'expliquer ce qui se passe ? les relança Rangiku en se mettant debout, les bras croisés.
- Ce qui se passe, c'est que Renji et moi avons été trompés, grogna Ichigo sans détacher ses orbes de la princesse qui se sentait écrasée par son aura. De toute évidence, Kana était un faux nom.
- Ichigo..., débuta Renji.
- Orihime, c'est ça ? l'ignora-t-il, les poings serrés. Orihime comment ?
L'interrogée déglutit. Aucun son ne parvint à franchir ses lèvres tremblantes.
- Je t'ai posé une question ! la pressa Ichigo.
- Inoue ! répondit-elle en relevant le menton. Je m'appelle Inoue Orihime.
Honte, regrets et une certaine peur filtraient d'elle. Renji ferma brièvement ses paupières : sa crainte se confirmait. Rangiku, pour sa part, tombait des nues. Pour quel motif Orihime avait-elle agi de la sorte ?
- La future impératrice du pays, conclut Ichigo d'une voix blanche.
- C'est avec elle que tu as été..., commença Renji qui tentait de digérer.
- Oui, le coupa encore son ami qui ne décolérait pas. On ne s'est jamais vu, c'est pourquoi je ne l'ai pas reconnue. Je doute que ce soit réciproque.
- Laissez-moi vous expliquer, tenta Inoue, les yeux embués.
- Pas besoin, je le sais déjà. Ton mensonge explique bien des choses comme pourquoi tu portais toujours un châle ! Pour ne pas risquer d'être reconnue par qui que ce soit ! Personne n'ignore que les membres de la famille impériale ne peuvent pas mettre le nez dehors sans une escorte !
- C'est vrai, acquiesça Orihime. Seulement, je...
- C'est pour ça aussi que tu as été aussi curieuse chez Shinji ! craqua Ichigo de nouveau sur ses pieds. Qu'est-ce que tu t'imaginais ? Qu'en m'approchant d'assez près, je reviendrais sur l'engagement nous concernant et auquel j'ai mis fin ?!
- Pas du tout ! se défendit vivement Hime. J'ai appris que nous avons été fiancés il y a tout juste quelques jours !
- Alors quoi ? Tu as monté un plan foireux avec l'impératrice pour me tromper et envoyer tes soldats sur moi au moment où je m'y attends le moins ?!
- Ne dîtes pas des choses pareilles, le supplia-t-elle, choquée. Notre rencontre à l'auberge n'est que le fruit du hasard. Ne l'oubliez pas !
- Tch, ça c'est toi qui le dis ! Je me suis engagé à te protéger allant jusqu'à même changer notre itinéraire pendant que toi, tu te foutais de moi en jouant la fille gentille et maladroite !
Orihime encaissait ses reproches mais il devint vite évident qu'elle n'allait pas tenir longtemps avant de fondre en larmes. Le sentant sur le point de vraiment déraper verbalement, Renji alla saisir Ichigo par l'épaule pour le raisonner.
- Arrête maintenant, vieux ! Tais-toi, tes paroles dépassent ta pensée ! le réprimanda-t-il fermement en serrant sa prise.
- Tu réalises pas qu'elle s'est moqué de nous depuis le début ?! Ses gardes auraient très bien pu nous égorger dans notre sommeil !
- Ce qui n'est pas arrivé. Elle vient de te dire...
- Ça ne change rien, Renji !
Le roux pivota vers Orihime.
- Tu peux être sûre d'une chose, Orihime, pesta-t-il. Je n'oublierai pas que tu es une menteuse doublée d'une manipulatrice comme ta mère !
- Ça suffit ! s'époumona Matsumoto, très en colère. Je t'interdis de lui parler de cette façon en particulier sous mon toit !
Légèrement essoufflé, toujours fulminant, Ichigo décrocha ses iris assombris d'Orihime pour les poser alternativement sur Rangiku puis Renji, sur lequel il s'attarda.
- J'avais raison. Tisser des liens en cours de route, ça ne sert à rien.
Après un dernier coup d'œil à la jeune femme responsable de son état, il se dirigea à grandes enjambées vers le jardin sans se retourner. Renji expira un souffle profond.
- Laisse-le redescendre un peu, Ka... je veux dire, Orihime san. Il finira par se calmer et s'excuser pour toutes les conneries qu'il a dites.
Encore sous le coup des vives paroles de Kurosaki san associées au degré d'intensité de sa colère, la pauvre Orihime l'entendit à peine.
- Bon, je vais aller le voir, décida Renji.
Sa présence était de trop, il le savait. Cependant, ce n'est pas uniquement cela qui l'incita à laisser les deux femmes seules. La scène à laquelle il venait d'assister ne lui inspirait qu'embarras et confusion. Renji ne voyait pas quoi dire d'autre à sa nouvelle amie pour le moment, aussi préféra-t-il rejoindre Ichigo. Étant donné son état, il valait mieux ne pas le laisser seul trop longtemps.
Lorsque Renji disparut à son tour à travers la vaste étendue boisée et fleurie, la belle s'autorisa à pleurer toutes les larmes de son corps sur Rangiku qui l'avait attirée contre elle. Assise sur ses talons, Matsumoto caressait la tête d'Orihime posée sur ses cuisses. Son chagrin emplissait le salon dont l'air vibrait encore sous la véhémence d'Ichigo. Orihime ne pouvait plus retenir le barrage autour de cette pression nerveuse accumulée.
- Tu veux en parler ? risqua Rangiku, triste de la voir ainsi.
- Je lui ai fait tant de mal. Ce n'était pas mon intention, je vous assure, réussit-elle à prononcer entre deux sanglots. Je me doutais qu'il le prendrait comme ça mais… mais...
- Pas à ce point.
- Non. Merci d'être intervenue, je n'aurais pas pu en supporter davantage.
- C'est le moins que je pouvais faire.
Les yeux rougis, Orihime se redressa et accepta le mouchoir que son amie lui tendait.
- Que dois-je faire ? renifla-t-elle. Kurosaki san doit me détester.
- D'après ses propos, il m'avait surtout l'air furieux et blessé, se souvint Matsumoto qui n'imaginait pas assister à une telle démonstration de colère. Cela n'excuse en rien son comportement ni ses accusations. Il a vraiment intérêt à s'excuser, je m'en chargerai personnellement s'il le faut.
- Ne vous donnez pas cette peine, je vais gérer tout ça. C'est de ma faute après tout, je dois en assumer les conséquences, se chargea Orihime qui cherchait déjà un moyen d'y arriver.
- Tout de même, je me sens responsable. C'est à cause de moi que tout cela a commencé. Tu aurais dû me prévenir.
- Je suis désolée et vous n'êtes responsable en rien. Je n'ai pas eu le courage d'avouer ma véritable identité à Kurosaki san et Renji kun. Je savais qu'ils apprendraient tout ici et au fond, cela m'arrangeait, avoua Inoue, honteuse. Être témoin de visions horribles durant le trajet et la crainte de voyager seule m'ont conforté dans ce choix égoïste.
- Tu as l'air d'en avoir gros sur le cœur. Raconte-moi tout, lui proposa Rangiku, ses mains couvrant les siennes.
Ses traînées salées coulant toujours librement, Orihime éprouva le besoin irrépressible de se confier. Le fait qu'Ichigo et Renji aient « découvert » la vérité à son sujet lui donnait envie de partager son mal-être en totalité. C'est bien alors qu'elle choisit de se montrer honnête en commençant par le début : sa mère qui lui menait la vie dure et faisait pression sur elle, son mariage forcé avec Grimmjow, ses fiançailles surprises et rompues par Ichigo, la conversation qu'elle avait entendue entre sa mère et Aizen, son pauvre père malade ne soupçonnant pas que sa femme le trompait avec son conseiller qui convoitait sa place, le jeune homme du portrait dont elle ignorait l'identité, les circonstances de sa rencontre avec Renji et Ichigo à l'auberge d'Ukitake san et, enfin, la route menant à Nargoya sur laquelle la mort avait failli la faucher plus d'une fois.
A la fin de son long récit ponctué de diverses quantités de larmes et doses d'émotions, Orihime était exténuée, vidée tandis que le sentiment dominant chez Rangiku n'était autre que la sidération. Tout ceci ne pouvait être vrai ?!
- Miyako accorde une place primordiale au pouvoir et est prête à faire beaucoup de choses pour sauver les apparences. Mais te condamner à un mariage dont l'issue est la mort ?!
- Je vous jure que c'est vrai, appuya Hime qui se sentait légèrement mieux. Je l'ai entendue de mes propres oreilles. Ma mère ne m'aime pas et ne m'a jamais aimée.
Dire cela à voix haute faisait encore plus mal en revanche.
- Ma pauvre petite, tu as dû endurer tellement de choses, murmura Rangiku, les yeux humides. J'aurais dû être là pour te protéger de tout ça.
- Comment auriez-vous pu ? Vos affaires marchaient très bien à un moment où le pays traversait une crise, lui rappela Orihime. Il est normal que vous ayez tenté votre chance ici avec Ichimaru san. Regardez-vous aujourd'hui : vous êtes connue dans tout le pays pour votre travail ! Vous pouvez être fière et ne devez pas vous en vouloir.
Elle sécha ses larmes avec le mouchoir et réalisa quelque chose qui l'intrigua.
- Vous ne semblez pas surprise par sa relation avec Aizen.
Rangiku soupira, un soupçon de colère nuançant son ton.
- Non, je ne le suis pas, siffla-t-elle. Je n'ai jamais aimé Aizen. Derrière son visage séduisant se cache un vil serpent qui n'a peur de rien. Il a toujours su flatter mon ancienne meilleure amie, qui partage avec lui ce qu'il n'y a pas chez ton père : la soif de pouvoir et la domination au risque d'écraser les autres si nécessaire. Ça me répugne mais leur histoire ne m'étonne pas, c'est pour Eiji que j'éprouve de la peine. C'est un homme bon.
- Il est très malade, je n'ai pas pu me résoudre à le lui annoncer, déclara Orihime qui aurait aimé le serrer dans ses bras en cet instant.
- Ce n'est pas à toi de le faire, affirma Matsumoto en lui caressant la joue. Eiji est intelligent, je suis certaine qu'il s'en rendra compte. Nous parlerons plus en détail des points que tu as évoqués mais l'un d'eux m'intrigue particulièrement.
- Lequel ?
- Tu as fait référence à un portrait ?
- Oui, assez mystérieux si vous voulez mon avis, la prévint la jeune femme.
Faute de meilleur endroit où le cacher, elle l'extirpa de son décolleté. Là au moins, Orihime était certaine de ne pas le perdre. Elle le tendit à son amie qui ouvrit l'enveloppe pour en découvrir le contenu.
- Je ne sais pas qui l'a glissé sous ma porte, précisa la princesse. Quand j'ai lu le message, j'ai ressenti le besoin de partir à la recherche de réponses. J'ai fini par penser à vous pour me... Rangiku san ?
Cette dernière était figée, ses beaux yeux bleus comme hypnotisés par le portrait.
- C'est... impossible..., dit-elle, le souffle court.
La beauté auburn fronça les sourcils. Quelque chose lui avait-il échappé ? Sans prévenir, Matsumoto se leva pour se rendre également dans le jardin où elle respira de grandes bouffées d'air, une paume sur sa poitrine. Il faisait nuit noire. Les lanternes suspendues avaient pour double rôle de dissiper les ténèbres et d'attirer les lucioles. Ni Renji ni Ichigo n'étaient en vue dans la lumière tamisée qu'elles diffusaient.
Orihime releva sa robe afin d'éviter de se prendre les pieds dedans et lui emboîta le pas, morte d'inquiétude. Une main sur le dos de son amie, elle essaya de jauger son état. Pourquoi fallait-il qu'elle chamboule les émotions de tout le monde ce soir ? D'abord Ichigo, Renji et maintenant Rangiku san !
- Je suis désolée, Orihime. Ça m'a fait un tel choc, si je m'attendais..., souffla Rangiku qui semblait reprendre ses esprits.
- Vous tremblez, remarqua la belle. Que vous arrive-t-il ? Vous m'inquiétez.
Matsumoto lui fit à nouveau face, une perle de larme en chute libre sur chaque joue. Honnêtement, Orihime ne saurait dire si elle était triste ou heureuse. En effet, si Rangiku souriait faiblement, une immense tristesse émanait paradoxalement d'elle.
- Je croyais que tu me rendais visite pour me demander des explications, déclara-t-elle enfin. Que tu souhaitais savoir pourquoi je suis partie du jour au lendemain sans te dire au revoir, sans t'écrire durant toutes ces années. J'aurais dû me douter que ce n'était pas le cas en te voyant sans escorte.
La stupéfaction se dessina sur le visage d'Orihime.
- Pourquoi avez-vous cru cela ?
- Tu n'es plus l'enfant que j'ai laissée. En tant que femme, tu avais peut-être besoin de réponses... Je me suis alors résolue à te dire la vérité. Je n'avais pas prévu que cette vérité prendrait un tel visage, fit-elle, la voix incertaine.
Hime ne voyait toujours pas vers où se dirigeait cette conversation. Elle écouta la suite en espérant y voir plus clair.
- Je dois t'avouer quelque chose, amorça la femme plus âgée en cherchant ses mots. Ce n'est pas pour mes affaires et vivre ma vie que je me suis éloignée de tes parents et toi. Tu n'avais qu'une dizaine d'années, tu aurais forcément remarqué que je ne vous rendais plus visite. Alors, comme aux autres, ta mère t'a raconté cela pour que tu évites de la questionner sur ma « disparition » soudaine et ça a marché.
Sa voix se teinta d'amertume.
- Beaucoup ont pensé que j'ai brisé notre relation d'amitié par pure vanité couplée à une odieuse cupidité. Que j'ai tourné le dos à l'impératrice qui m'avait toujours accordé de la valeur, moi qui ne possède aucun titre. Et je ne pouvais rien dire pour me défendre.
La princesse mit un certain temps à assimiler ses propos. Il était douloureux et difficile de voir s'effriter une vérité à laquelle on a toujours crue. Surtout une vérité dont on n'avait aucune raison de douter. Quel était l'intérêt d'un tel mensonge ?
- Pour quelle raison avez-vous quitté le palais ? voulut-elle savoir.
La mine plus sérieuse, Rangiku appuya son épaule contre l'une des poutres qui soutenaient le toit. Le portrait dans une main, elle pressa doucement de l'autre l'un des bras d'Orihime.
- Miyako m'a confié un secret que j'ai menacé d'ébruiter. Par crainte que je mette ma menace à exécution, elle m'a ordonné de ne plus vous approcher ton père et toi sous peine de s'en prendre à Gin. Elle savait que mon mari enquêtait sur Aizen. Nous étions des bouches à passer sous silence peu importe le moyen.
Inoue n'en crut pas ses oreilles.
- Non, ma mère n'emploierait pas de telles méthodes, dit-elle, abasourdie.
- Est-ce toi ou moi que tu essayes de convaincre ? l'interrogea sans détour Matsumoto. Tu ne peux pas en douter, vois le sort qu'elle te réserve.
- J'en suis consciente. Seulement, ma mère me voit comme une menace alors que vous...
- Gin en était une pour ce salaud d'Aizen, moi j'en étais une pour ta mère.
Orihime n'en pouvait plus de ces révélations déjà insupportables. Elle se posait tant de questions comme qu'avait-elle à voir avec ces histoires d'adultes ? Chaque fois que sa mère se comportait d'une manière qui la dépassait, elle pensait que rien ne pourrait être pire. Enfin, c'était avant d'entendre les confidences de Rangiku san. Le cœur d'Orihime se serra. Jusqu'où sa mère était-elle allée et jusqu'où le pouvait-elle encore ?
- Vous avez parlé d'un secret, se reprit-elle tant bien que mal. Quel est-il ? Il devait être lourd à porter pour souhaiter le divulguer.
L'autre femme acquiesça lentement.
- Il l'était, tu n'as pas idée à quel point.
Les lucioles volaient autour d'elles dans un ballet qui aurait été aussi fascinant qu'apaisant en d'autres circonstances. Rangiku inspira profondément pour rassembler son courage avant d'inciter Orihime à s'asseoir avec elle sur l'une des marches en bois. Ce secret vieux de plusieurs années la rongeait à petit feu depuis le jour où elle en eut connaissance. L'heure était venue de le confesser à Orihime qui patientait avec une angoisse croissante, en attestaient ses ongles plantés dans ses paumes.
- Je sais qui est le jeune homme peint sur ce papier, annonça Rangiku. Pour que tu comprennes mieux, il me faut aussi te rappeler une partie de ton histoire.
D'abord soulagée d'avoir enfin la possibilité de mettre un nom sur ce mystérieux portrait, Orihime perçut nettement son ventre se nouer. Elle hocha la tête sans conviction. L'ombre de ce secret l'effrayait.
- Miyako a toujours eu une excellente santé, amorça son amie plongée dans ses souvenirs. Même lorsque nous étions enfants, je ne l'ai jamais vue malade. Alors quand un jour d'hiver, Eiji et moi lui avons fait remarquer qu'elle se sentait mal depuis au moins une semaine, nous avons insisté pour qu'elle voit le médecin. Après l'avoir examinée, il nous a annoncé ton arrivée dans quelques mois. Eiji a remercié les kamis qui avaient enfin entendu ses prières. Des années qu'il désirait un enfant plus que tout, il a accueilli cette merveilleuse nouvelle avec beaucoup de joie, évoqua Rangiku en laissant un sourire orner ses lèvres pulpeuses. Miyako beaucoup moins.
- Vous lui avez demandé pourquoi, supposa Inoue en s'efforçant de ne rien laisser paraître.
Son père lui avait déjà conté ce passage de son histoire sans s'attarder sur la réaction négative de sa mère. Sans doute pour ne pas lui faire de peine, sentiment qu'elle éprouvait actuellement.
- Je n'ignorais pas qu'elle n'a jamais ressenti le désir d'être mère, l'éclaira Matsumoto l'air plus grave. Cependant, son humeur exécrable me paraissait disproportionnée. Je reconnais avoir harcelé ta maman pour qu'elle justifie son attitude froide et indifférente. Je n'en suis pas fière, j'agissais par instinct. Je sentais qu'elle me cachait quelque chose. Miyako a fini par m'avouer la vérité peu avant ta naissance. Le terrible secret qu'elle gardait pour elle depuis quinze ans.
Les paupières brièvement closes, elle prit une grande inspiration. Plus qu'un souffle, c'est un poids vieux de près de deux décennies qu'elle évacua.
- Je me suis longtemps demandé si j'avais bien fait de la forcer à se confier, si je n'aurais pas préféré ne rien savoir. Aujourd'hui grâce à toi, Orihime, je sais que j'ai pris la bonne décision. Car si je ne peux rien faire, toi tu peux prouver la véracité de ce secret.
- Comment ça ?
- Peu après son mariage avec Eiji, Miyako a donné naissance à leur premier enfant, confessa Rangiku en remontant sa main libre sur la joue d'une Inoue estomaquée. Personne n'est au courant y compris son propre mari. Ta maman elle-même ignorait qu'elle était enceinte. Elle a accouché en secret puis a confié le bébé sans dévoiler son identité. Hélas quand cet enfant a atteint la puberté, Miyako a eu peur qu'il découvre ses origines et revendique le trône. Pour cela, elle l'a fait condamner à mort.
Bouleversée, Orihime ne parvint pas à prononcer le moindre mot. Son cœur cognait contre ses côtes, sa tête lui tournait. Elle avait l'impression d'être étrangère à son propre corps tant la nature de ce secret lui paraissait inconcevable. Un tel acte abominable... pour quelle raison ?
- Miyako aime trop le pouvoir et diriger le pays qui lui voue un respect sans bornes, répéta Matsumoto avec un certain dégoût comme si elle lisait dans ses pensées. Elle ne pouvait se débarrasser de toi comme elle l'avait fait avec son premier enfant. Tu n'étais pas encore née que tu lui rappelais une partie de sa vie qu'elle souhaitait oublier et enterrer à tout jamais. Il lui fallait tout recommencer pour préserver son titre. Ce jour-là, j'ai découvert une facette de Miyako que je ne connaissais pas.
Cette fois, son ton se chargea d'une intense déception mêlée de colère.
- Tu es née, tu as grandi. Chaque année qui passait alourdissait mon fardeau. A chacune de mes visites, j'étais témoin de l'éducation stricte de ta mère. Ta vie n'était pas facile, mais tu ne courrais aucun danger et ton père t'aimait tendrement. Pourtant, je me sentais si mal d'être la complice d'un tel secret que je l'ai partagé avec Gin peu avant que nous accueillions notre fils. Miyako a évidemment découvert l'existence de Toshiro que mon mari et moi sommes parvenus à garder loin de son influence négative. Cela a eu pour conséquence de vous empêcher Toshiro et toi de devenir amis. En tant que mère à mon tour, je devais le protéger.
Dévoiler tout cela la libérait autant que ça la brisait. Car pour Rangiku si Orihime méritait de connaître la vérité, ça signifiait aussi transférer une partie de son fardeau sur ses jeunes épaules.
- A l'aube de tes dix ans, ce secret m'avait presque détruite à l'intérieur, je ne pouvais plus me taire, poursuivit-elle en se rappelant l'ombre d'elle-même qu'elle était devenue. Gin m'a encouragé, lui qui avait gardé le silence par amour pour moi. Décidée à agir, j'ai averti Miyako de mon intention de vous en parler à Eiji et toi si elle ne le faisait pas elle-même. J'ai voulu lui laisser une chance de se montrer honnête, mal m'en a pris d'être aussi naïve. C'est à ce moment que Miyako nous a chassés du palais Gin et moi. Notre amitié a pris fin et, d'après ce que tu m'as raconté, ta mère t'a librement fait payer le simple fait d'exister, acheva Matsumoto sur une note de culpabilité presque palpable.
Les épaules voûtées, Inoue devait admettre que cette vérité donnait au moins un sens à une chose : la raison principale pour laquelle sa mère la haïssait.
- Elle m'en veut d'être venue au monde, souffla-t-elle, la tête baissée. Je ne représente rien à ses yeux.
- Je suis tellement désolée de ne pas t'avoir protégée, de ne pas avoir parlé quand j'en ai eu l'occasion, s'excusa Rangiku, très émue. Miyako s'est toujours assurée que toi et moi ne tissions pas de lien trop solide dans son propre intérêt. Mais sache que j'aurais aimé être ta confidente et te consoler davantage quand ta maman exerçait trop de pression sur toi. Être la tante dont tu avais besoin pour t'aider à te construire.
- Ne vous excusez pas, je ne peux vous en vouloir, la rassura Orihime, les prunelles remplies d'eau. Si vous aviez parlé, ma mère aurait fait de votre vie un véritable enfer que je n'ai aucun mal à imaginer. Elle aurait nié, fait croire être accusée à tort et vous seriez passés aux yeux de tous pour des menteurs vous et Ichimaru san. Contrains de fuir pour sauver vos vies, ma mère, usant de son pouvoir, aurait sans doute envoyé une armée à vos trousses. Le peuple la craint, quelqu'un vous aurait forcément dénoncés et Toshiro kun n'aurait jamais eu la chance de vous avoir comme parents.
Elle se tut un court instant. Même hypothétique, ce scénario faisait froid dans le dos.
- Non, en vous écoutant, je me dis surtout que je n'aurais pas dû naître, pleura-t-elle. De toutes les choses qui peuvent arriver à un enfant, qu'y a-t-il de pire que de savoir que sa propre mère veut le voir disparaître ? J'étais condamnée à mort avant même de voir le jour, ma mère a dû passer énormément de temps à réfléchir au plan parfait pour se débarrasser de moi tout en conservant son image respectable. Pourquoi devrais-je lutter contre ce mariage avec Grimmjow en sachant que rien n'arrêtera ma mère tant que je ferai partie du monde des vivants ? Je n'ai aucune valeur.
Rangiku l'enlaça avec douceur. Un peu comme... le câlin d'une maman.
- Tu as ta place en ce monde, Orihime, lui murmura-t-elle en caressant sa longue chevelure auburn. Tu dois vivre pour toi, tu es la seule maîtresse de ton destin, tu entends ?
Elle recula pour prendre en coupe le visage couvert de larmes d'Orihime. Larmes témoins de la blessure profonde que la jolie princesse sentait au plus profond de son cœur.
- Je ne l'ai jamais dit à personne sauf à Miyako, se lança Rangiku en laissant ses pouces caresser ses joues. Gin et moi avons adopté Toshiro car nous ne pouvons pas avoir d'enfant. Mais toi, Orihime, je t'ai toujours considéré comme la fille que je n'ai jamais eue. Voilà ce que tu représentes à mes yeux. Quant à ta valeur aux yeux de ton père, je peux t'assurer que les kamis n'ont pas inventé de terme assez fort pour la qualifier, rit-elle.
Touchée au-delà des mots, Hime l'étreignit avec force. Oh, sa vie aurait pu être tellement différente si Rangiku san n'en n'avait pas été bannie !
- Vos paroles me vont droit au cœur, Rangiku san. Vous avez fait ce que vous pouviez et veillé sur moi à distance durant mon enfance. Grâce à vous, je sais maintenant que je n'ai jamais été seule et que je ne le serai jamais. J'ai mon père et vous. Je suis heureuse de pouvoir vous considérer comme une tante désormais. Je vous aime aussi, sourit-elle.
La lune jusque-là cachée par un nuage reprit ses droits en perçant la nuit de son halo argenté. Ce phénomène eut pour effet de ramener les deux femmes au sujet principal.
- Quand tu m'as annoncé que Miyako t'imposait un mariage au dénouement fatal avec Grimmjow, je n'ai pas voulu y croire, avoua Matsumoto, le cœur lourd. Elle t'a laissé devenir une femme contrairement à son premier enfant, tu es sur le point de diriger le pays... J'ai encore une fois naïvement cru que ta mère s'était fait une raison.
Elle marqua une légère pause.
- Partager son secret avec toi, sa relation cachée avec Aizen, aucune preuve d'amour envers sa famille, l'évocation de ces souvenirs... Tout ça me fait prendre conscience que ma meilleure amie a changé après avoir goûté au pouvoir. L'espoir de la retrouver n'existe plus, il me faut faire le deuil de la Miyako gentille et insouciante avec laquelle j'ai grandi.
- Je suis navrée, compatit sincèrement Orihime. Je sais que vous teniez beaucoup à votre amitié.
- C'est surtout à toi que je dois penser, te mettre sur la voie qui te permettra de sauver plus d'une vie dont la tienne.
Les prunelles de la beauté auburn s'écarquillèrent.
- « Retrouve-le. Il pourrait sauver plus d'une vie dont la tienne », récita-t-elle en fixant le portrait toujours dans la main de Rangiku.
La femme plus âgée hocha la tête, soudainement excitée.
- Ce portrait même s'il n'est pas récent prouve que la sentence n'a pas été exécutée ! dit-elle en l'agitant. Il s'agit d'un homme d'une vingtaine d'années, non d'un jeune adolescent. Regarde-le bien ! l'encouragea-t-elle en lui mettant la feuille sous le nez. Ne vois-tu rien ?
Hime posa plus attentivement ses océans gris sur les cheveux châtains de l'homme, ses yeux sombres, les traits fins de son visage... Effectivement, peut-être à cause de l'éclairage différent, il semblait un peu plus âgé que ce qu'elle avait supposé. Et curieusement, il ne lui paraissait plus si étranger. Pourtant, elle était plus que certaine de ne l'avoir jamais vu !
- Il te rappelle quelqu'un, n'est-ce pas ? devina Rangiku qui souriait malicieusement.
Elle posa le portrait sur la marche tandis qu'Orihime était franchement intriguée.
- Nos chemins ne se sont jamais croisés. Je reconnais pourtant que son visage...
- Un air de famille.
- Pardon ?
- Tu as raison, Orihime, déclara Matsumoto avec un sérieux déstabilisant. Tu n'as jamais rencontré ce jeune homme, en revanche tu connais parfaitement une version plus âgée de lui. C'est cela que tu as vu sur ce portrait. Si tu le retrouves, l'homme qu'il est devenu pourra mettre fin aux projets de Miyako et Aizen, il sauvera des milliers de vies en nous épargnant le règne tyrannique d'Aizen et il aura aussi le pouvoir d'annuler ton mariage avec Grimmjow.
- Allons, Rangiku san, personne ne détient un tel pouvoir à part l'empereur. C'est parce que mon père n'en a plus la force que je...
- Après tout ce que je viens de te révéler, tu ne fais vraiment pas le lien ? perdit patience Rangiku en mettant le portrait sur ses genoux.
Il y eut un silence pendant lequel Orihime resta figée. Lentement, elle baissa ses iris sur la peinture avant de les relever vers sa tante de cœur.
- V-Vous voulez dire..., émit-elle complètement sonnée.
- Oui, c'est exactement ça ! approuva Rangiku contente qu'elle saisisse enfin. Ce jeune homme ressemble à ton père, car il s'agit de ton frère, Sora. C'est ce prénom que lui a donné sa famille adoptive sur laquelle Miyako gardait un œil. Et il est en vie quelque part !
҉
҉
Bonjour / Bonsoir =) Je commence par vous souhaiter une bonne année 2021, qu'elle soit meilleure que 2020 ! J'espère que vous allez bien ou en tout cas que votre quotidien n'est pas trop dur.
Je passe à ma fiction. Comme le premier, le chapitre 2 servait surtout à planter le décor et "connecter" les personnages. Dans celui-ci, l'intrigue se met en place. Il a été plus complexe à écrire avec ses sentiments qui s'entrecroisent, mais je suis plutôt contente du résultat. J'ai vraiment un faible pour cet univers et les possibilités qu'il offre. Je remercie tous ceux et celles qui suivent cette histoire, en particulier les personnes qui prennent de leur temps pour me laisser leur avis. Petit clin d'œil à CaptainMai, Shiori et Saske13 pour avoir laissé l'empreinte de votre passage après la parution du chapitre 2 ;) Gros bisoux à tous et à bientôt avec le chapitre 4 de Je te retrouverai !
