§ JE TE RETROUVERAI §
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Chapitre 6 : La Cruauté du Destin
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L'impression d'être encore vulnérable poussa Ichigo à prendre son temps avant de répondre. Des lucioles s'invitèrent, volant autour d'eux comme pour marquer cet instant où il se livrait pour la première fois depuis longtemps.
- Je t'ai dit que je cherchais quelqu'un, amorça-t-il. Eh bien malgré mes efforts, cette recherche n'aboutit pas.
- Qui cherches-tu avec autant de détermination et d'énergie ? demanda prudemment Orihime.
Elle libéra son visage et recula d'un pas pour lui laisser l'espace dont il semblait avoir besoin.
- Ma mère, articula-t-il difficilement.
Inoue s'attendait à tout entendre sauf ça.
- N'est-elle pas... ?
- J'ai toujours refusé d'y croire.
Ichigo lut l'incompréhension dans ses yeux gris remplis de questions. Il soupira. Évoquer ce passage de sa vie rouvrait une blessure qui n'avait jamais vraiment guéri. Les mains au fond de ses poches, il se remit en marche en incitant la princesse à faire de même. Les premiers mètres s'effectuèrent dans le silence.
- Quand j'avais neuf ans, ma mère s'est rendue dans un village voisin pour prêter main-forte aux médecins débordés par une étrange maladie, qui se répandait chez les populations vulnérables. Elle n'est jamais revenue.
Orihime, qui marchait à son rythme, était partagée entre le choc et la compassion.
- A-t-elle contracté la maladie à son tour ? émit-elle tandis qu'ils se rapprochaient du manoir.
- Non, répondit le roux, son regard noir rivé droit devant. Elle est simplement partie sans jamais nous donner de nouvelles, ce qui ne lui ressemblait pas. Nous avons malgré tout attendu son retour jusqu'à ce qu'on nous annonce son décès.
Tous deux s'arrêtèrent dans la flaque de lumière projetée par les torches de l'imposant manoir. Deux gardes se tenaient immobiles de part et d'autre de l'entrée principale.
- La raison officielle est que ma mère se serait blessée et aurait négligé de se soigner pour se consacrer à ses patients. L'infection l'aurait tuée, siffla-t-il.
- Ta façon de parler laisse sous-entendre que tu doutes de cette version, risqua Orihime debout face à lui.
- Faire passer les autres avant elle collait au caractère de ma mère, pourtant je n'ai jamais cru à cette version contrairement à ma famille, confirma Ichigo rongé par la colère. Alors dès que je l'ai pu, je me suis rendu dans le village en question pour découvrir la vérité. Les différents témoignages que j'ai recueillis auprès de gens terrifiés ont renforcé ma certitude : ma mère n'était pas morte mais en vie quelque part.
- Pour quelle raison ces personnes étaient-elles terrifiées ? s'informa la belle qui percevait ses ondes négatives.
Ichigo cilla, la mâchoire contractée.
- Je l'ignore. Aucun de ceux que j'ai interrogés n'a osé me dire pourquoi. Simplement que ma mère avait fait « une mauvaise rencontre ». Quand je t'ai rencontrée, j'allais explorer une énième piste que j'espérais plus fructueuse.
La beauté auburn sentit son cœur se compresser. Les traits du visage d'Ichigo s'étaient durcis, ses poings serrés à l'extrême. Son corps se battait en vain pour contrôler la souffrance qui circulait en lui.
- Tu as finalement choisi de rentrer ici pourtant, mit-elle en évidence.
- Oui.
- Pourquoi ?
Ichigo jeta un œil aux alentours.
- Viens.
Stupéfaite, Orihime le laissa lui prendre la main et l'entraîner... dans sa chambre. Elle retrouva l'odeur familière d'Ichigo dans cette pièce qui avait contenu les confessions d'Isshin et accentué le mal-être de son fils. Ce dernier ferma la porte avant de s'asseoir sur le futon en faisant signe à Orihime. Celle-ci prit place à ses côtés, les bras autour des genoux.
- Je dois t'avouer quelque chose, se lança Ichigo en fixant droit devant lui. Je ne voulais rien te dire, Renji était même d'accord... Il a fini par changer d'avis et m'a convaincu d'en faire autant.
- Ça a l'air sérieux, marmonna Orihime. C'est la fameuse chose que je ne vais pas apprécier entendre ?
Ichigo soupira à nouveau puis se tourna vers elle.
- Oui. Tu cours un plus grand danger que tu ne le crois en voyageant avec moi, dit-il très sérieusement.
- Parce que ta tête est mise à prix ? Je sais que des individus veulent s'en prendre à toi, mais je n'ai rien à craindre avec toi ou même Renji kun à mes côtés et...
- Il ne s'agit pas de ça, Orihime, l'interrompit le roux, la voix tremblante. Je ne cherche pas uniquement ma mère mais également la pourriture qui s'en est pris à elle. Je soupçonne ce salaud d'avoir lancé ce putain d'avis de recherche contre moi.
- Probablement pour t'empêcher de la retrouver, supposa tristement Inoue.
- Cette ordure n'est qu'un lâche. Ce que je lui réserve a dû lui parvenir aux oreilles d'une manière ou d'une autre.
- Ce que tu lui réserves ? répéta-t-elle en redoutant la suite.
Une féroce détermination émanait d'Ichigo.
- Je traque ce connard pour le tuer de mes propres mains, il peut aussi me tomber dessus à tout moment. Dans un cas comme dans l'autre, je le buterai.
Horrifiée, Orihime espérait avoir mal entendu.
- Je comprends que tu veuilles venger ta maman mais tu ne peux pas faire ça ! Tu ne sais même pas ce qui lui est arrivé.
- Raison pour laquelle nous sommes ici, reprit plus posément Ichigo. En te voyant chercher un homme en te basant uniquement sur un portrait, ça m'a fait réfléchir. Grâce à Rangiku san et Ideka san, tu as des raisons d'espérer retrouver Sora en vie, une piste concrète. Moi, je n'ai rien.
Il marqua une pause, replia l'une de ses jambes et posa un bras sur son genou, les yeux sur un point invisible. Se confier n'était pas sa tasse de thé. Il se sentait exposé, désarmé. Orihime possédait ce quelque chose qui le mettait suffisamment en confiance pour s'ouvrir davantage sur ce sujet douloureux.
- J'ai commencé à me demander si ma mère n'était pas morte finalement, si je ne m'étais pas rattaché à la possibilité qu'elle soit vivante juste parce que... j'avais du mal à la laisser partir, continua-t-il. J'étais très proche d'elle, tu comprends ? Mon père, mes sœurs et mes amis m'ont conseillé de lâcher prise, je n'y suis parvenu que récemment avec l'impression de plus en plus persistante de rechercher un fantôme.
Des larmes inondèrent les yeux d'Orihime qui mesurait la douleur d'Ichigo dans toute son ampleur. Elle se décala plus près de lui et posa une main compatissante sur son dos.
- J'ai vendu nos billets de bateau pour ces raisons et pour trouver un indice ici dans ce manoir, poursuivit le jeune homme.
- Un indice ?
- Quelqu'un peut répondre à mes questions sauf qu'il est assez spécial, connu pour brouiller les pistes sur son adresse précise, s'agaça-t-il. Il m'a laissé un indice dans un livre pour m'aiguiller.
- Voilà pourquoi tu passais autant de temps dans la bibliothèque ! en conclut la princesse. Rien à voir avec une passion pour la lecture donc.
- Ishida a bien voulu décrypter l'indice sans queue ni tête me permettant de me remettre en route, lui avoua Ichigo en grimaçant. Bien que je m'efforce d'envisager le décès de ma mère, je refuse toujours d'avaler que c'est à cause d'une blessure. On lui a ôté la vie. Je ferai payer le responsable quoi qu'il m'en coûte.
Il était toujours déterminé à tuer le meurtrier de sa mère. Orihime ne l'approuvait pas. Elle comprenait sincèrement qu'il veuille lui rendre justice, l'amour qu'il portait à sa maman filtrait de ses propos. Cependant, Orihime doutait qu'Ichigo puisse vivre avec un tel acte sur la conscience. Certes, il avait tué des hommes au cours de leur voyage et sûrement avant. Seulement dans le cas présent, il s'agissait de l'homme qui avait peut-être assassiné sa mère. Son souvenir serait à jamais entaché de sang. Le peu d'échos qu'Orihime avait entendus sur Masaki lui permettaient d'imaginer une femme dévouée aux autres et qui aimait profondément sa famille. Elle n'aurait probablement pas voulu que son fils la venge de cette manière.
- Je viens avec toi, décida la beauté auburn.
- Quoi ? se bloqua Ichigo. Tu ne sais même pas où je vais ni...
- Tu ne savais pas non plus où j'allais quand tu as choisi de m'accompagner dans ce voyage.
- Ça n'a rien à voir et tu le sais !
- Je crois que c'est exactement la même chose au contraire, insista la princesse qui refusait de flancher. Tu t'es engagé à me protéger puis à m'aider à retrouver mon frère pour contrer les plans de ma mère. Je m'engage à te soutenir et t'aider à savoir ce qui est arrivé à la tienne.
- Tch. Je préférais encore quand tu étais moins têtue, bougonna le roux.
- Nous cherchons tous les deux quelqu'un alors pourquoi ne pas nous entraider ?
- J'ai l'habitude de me démerder tout seul.
- Je te suivrai s'il le faut, tu le sais, répliqua-t-elle. Sur la piste de qui te lances-tu pour trouver tes réponses ?
Ichigo la fixa avec un mélange d'agacement et de résignation.
- Urahara Kisuke. Et je n'ai pas d'autre choix que de te laisser m'accompagner de toute façon. Il ne vit pas du tout dans un endroit reculé comme je le pensais.
- Ah non ?
- Non. Il habite à Karakura.
Orihime écarquilla les yeux.
- La ville où se trouve potentiellement mon frère.
Ichigo acquiesça.
- Je suis né à Karakura, notre maison que ta mère a fait brûler s'y trouve également. L'ironie du sort nous y conduit, reste à savoir la nature de ce que l'on va y découvrir.
- Peu importe l'impact de ce qui nous y attend, nous serons ensemble pour y faire face, souligna Inoue, rassurée.
- Nous partirons après le bal. Si on le rate, Rukia ne nous le pardonnera jamais et m'écorchera vif. Et puis ce genre de voyage se prépare, on ne peut pas partir sur un coup de tête.
- A ce sujet, le frère de Kuchiki san a confié à sa sœur le thème du bal, le prévint Orihime. Les femmes doivent se déguiser en papillon et les hommes en lapin.
- C'est une blague ?! rugit Ichigo.
- Kuchiki san nous laisse le choix des couleurs, tempéra-t-elle.
- Quelle différence que je sois fringué en lapin rose ou vert ?!
- Je trouve ça assez mignon comme thème, marmonna rêveusement Orihime, l'index sur le menton.
- Mignon ?!
A sa tête, Ichigo savait qu'elle imaginait déjà les femmes en papillons justiciers avec des antennes capables de lancer des boulets de canon, et les hommes en lapins ninjas froufrouteux dotés d'une boulette de poulet grillée en guise de queue. En tout cas, vu son imagination, c'était forcément un truc de ce bord-là.
- Tu aurais préféré être déguisé en panda ? Je crois que cette idée figurait sur la liste de préférences de Kuchiki san... Où tu vas ? s'exclama Hime en le regardant bondir vers la porte.
- Dire à Rukia de dégainer son sabre offert par Byakuya et m'écorcher vif avec tout de suite !
- Pourquoi ça ?
- Parce qu'il est hors de question que je me balade en mode rongeur ! trancha Ichigo.
Orihime se leva pour le rattraper dans le couloir.
- Essaye de négocier pour le panda, tu verras bien ce que Kuchiki san te répondra.
- Plutôt mourir !
{…}
{…}
Les semaines passèrent.
Une nouvelle saison avait repris ses droits apportant avec elle un air plus humide, la pluie et le vent. Ce passage marquant la transition avec l'hiver fut également témoin du rapprochement d'Orihime et Ichigo. Ils n'étaient pas officiellement en couple mais agissaient de telle manière l'un envers l'autre qu'il n'y eut bientôt plus de place pour l'ambiguïté : ces deux-là se tournaient autour.
Évidemment, Orihime était toujours aussi amoureuse d'Ichigo, son amour pour lui se fortifiait à mesure qu'ils passaient du temps ensemble ou avec sa famille qu'elle appréciait beaucoup. Isshin la considérait comme sa belle-fille, ce qui avait le don de la faire rougir et monter Ichigo dans les tours. Aux yeux de Yuzu, la princesse était un peu comme une grande sœur tandis qu'avec Karin, c'était plus compliqué. La jumelle de Yuzu gardait une certaine distance avec Orihime qui en était attristée et faisait son possible pour y remédier.
Pour en revenir à son lien avec Ichigo, la beauté auburn dirait qu'il s'était renforcé le soir où il lui avait parlé de sa mère. Orihime se sentait bien, en sécurité en sa présence. Ichigo conservait son caractère impulsif combiné à son langage fleuri, mais faisait aussi preuve de douceur et se souciait réellement d'elle. Difficile en revanche d'affirmer s'il en était conscient ou non. Quoi qu'il en soit, l'évolution de leur relation comblait Inoue particulièrement en ce jour si spécial : le bal en l'honneur de l'anniversaire de Rukia ! L'occasion de s'amuser, penser à autre chose sans oublier un point essentiel : se faire belle pour Ichigo.
Nanao aidée de son équipe de choc avait travaillé d'arrache-pied pour confectionner les costumes dont elle avait la charge. Le résultat en valait vraiment la peine. Fort heureusement, le bal se déroulait à l'intérieur car les nuages gris acier offrirent dès le matin une pluie continue en guise de cadeau. Pas de quoi altérer l'ambiance pour autant. Une joie mêlée d'impatience se diffusait dans le manoir décoré pour l'événement. Actuellement, les dernières touches étaient apportées aux costumes pour accueillir les premiers invités qui n'allaient pas tarder à arriver.
- Aïe !
- Si tu bougeais moins, je ne te ferais pas mal.
- C'est juste que... enfin, Tatsuki chan, c'est trop !
- Pas du tout.
Orihime s'éloigna pour s'observer dans la psyché. C'était définitivement trop.
- Qu'est-ce qu'il va penser en me voyant comme ça ? se lamenta-t-elle.
- Que tu es à tomber par terre ? suggéra sa meilleure amie avec un sourire satisfait.
- Je suis sérieuse !
- Moi aussi, Orihime. Il n'y a pas trente-six solutions pour attirer Ichigo dans tes filets. C'est un gars au cerveau lent malgré sa rapidité à péter des plombs. Au moins comme ça, tu lui envoies un message percutant !
Inoue contempla son reflet, dubitative. Toutes deux avaient revêtu leurs costumes dans la chambre qu'elle partageait avec Rukia, cette dernière étant avec Nanao qui l'habillait personnellement. Orihime fronça le nez devant son apparence.
- Tu es sublime, lui assura Tatsuki en lui pressant les épaules.
Sublime, Orihime l'était en effet. Après moult recherches et une intense réflexion, son choix s'était porté sur la mythologie grecque. L'idée avait fait son chemin en feuilletant l'un des livres de la bibliothèque. Il n'en fallut pas plus à Tatsuki pour lui imposer son avis : Aphrodite, la déesse de l'Amour. Si Orihime avait failli s'étouffer en voyant les illustrations pour certaines indécentes dans ledit livre, ses maigres protestions, elles, furent bien vite balayées par sa meilleure amie.
Demander à Nanao de réaliser ce costume ne fut pas une mince affaire (« C'est un bal costumé qui va être organisé, non des entretiens pour entrer dans un harem ! »). Elle accepta néanmoins en y apportant quelques retouches, le rendu était magnifique. A l'heure actuelle, la psyché reflétait une vraie déesse.
Ainsi, Orihime portait une très longue robe blanche à bretelles larges et au col V formant un discret décolleté. Pour apporter de la couleur et donner au costume un côté plus « vrai », Nanao avait cousu une ceinture de perles dorée juste sous la poitrine. D'ordinaire camouflée sous ses robes à col ronds et ses kimonos, Orihime se sentait presque nue mais ne pouvait nier que la robe était jolie. S'il n'y avait que ça ! Pour pousser le déguisement encore plus loin, elle avait accepté à son grand regret de porter une perruque blonde dont la chevelure lui tombait plus bas que les hanches et c'est précisément là que résidait le « trop » à ses yeux. Orihime s'en servait surtout pour cacher sa poitrine et ses bras autant que possible.
La déesse se détourna pour attacher un discret collier emprunté à sa meilleure amie déguisée en reine égyptienne plus vraie que nature. Tatsuki n'avait lésiné sur aucun détail de la perruque brune agrémentée d'un bandeau en faux joyaux au maquillage accentué des yeux, en passant par une robe noire fendue jusqu'au genoux et, pour accentuer le tout, l'incontournable sceptre serpent assorti au bracelet doré enroulé autour de son bras du poignet au coude.
- Orihime, Tatsuki, vous êtes prêtes ?
La première sursauta, ses prunelles sur la porte.
- C'est Ichigo !
- C'était prévu qu'avec Uryu ils viennent nous chercher avant d'y aller, tu te souviens ? la taquina Tatsuki en allant ouvrir.
- Mais ce n'est pas encore l'heure et je ne suis pas prête ! gémit Orihime en arrangeant ses faux cheveux sur ses seins.
- C'est l'heure et tu es prête, contra Tatsuki en actionnant la poignée.
Sur le seuil se tenaient effectivement Ichigo et Uryu. Ce dernier salua Orihime puis vint passer un bras autour de la taille de sa fiancée en lui chuchotant des compliments à l'oreille. Inoue ne put que constater combien ils étaient assortis tous les deux puisque Ishida avait opté pour un costume de pharaon dans les mêmes tons.
- Ton costume te sied à merveille, Inoue san, déclara justement Uryu.
- M-Merci, sourit-elle nerveusement. Vous êtes beaux également toi et Tatsuki chan.
- N'es-tu pas d'accord, Kurosaki ?
- Hein ? dit élégamment celui-ci en clignant des yeux.
- Inoue san ! s'agaça son cousin en raison de son côté radin en compliments. Son costume est réussi, ne trouves-tu pas ?
- Euh...
Orihime se demanda sérieusement si Ichigo ne couvait pas quelque chose. Ses pommettes étaient rouges et il semblait combattre un sérieux saignement de nez. Le clin d'œil de Tatsuki et l'exaspération d'Uryu ne la rassurèrent pas le moins du monde. Elle fila vers lui.
- Tu ne te sens pas bien, Ichigo kun ?
- Si, si, ça va, répondit-il rapidement en osant à peine la regarder.
Elle fronça les sourcils.
- Tu es sûr ? Tu n'en as pas l'air.
- Ça va, je te dis, répéta-t-il plus calmement. Euh...
Il se gratta la joue avec l'index puis se décida enfin à croiser ses perles grises.
- Ishida a raison, ton costume te va bien. Tu es... On dirait une... Je te trouve..., bafouilla-t-il.
Conscient des deux paires d'yeux témoins de leur échange dans son dos, Ichigo se pencha, les mains sur ses bras nus.
- Tu es belle, Orihime, lui murmura-t-il en sentant son propre cœur battre dans sa gorge.
La complimentée devint rouge pivoine.
- Je te remercie, tu es très beau toi aussi.
Après une lutte acharnée contre la redoutable ténacité de Rukia, Ichigo était parvenu à lui faire jeter aux oubliettes son idée tordue de déguisement de lapin. Les invités avaient carte blanche tant que ça ne dépassait pas la limite de la décence. Ichigo, lui, tenait à avoir son sabre dont il ne se séparait quasiment jamais. Il rejeta d'office l'idée du « prince charmant » évoquée par Rukia et Yuzu et se dirigea vers la piraterie. Un chapeau noir surmonté d'une plume rouge, un cache-œil, une veste marron foncé à l'image de son pantalon, une chemise beige et des bottes, voilà comment se résumait son costume.
- Tu as oublié ton perroquet, l'embêta Orihime en tapotant son épaule.
- Ah ouais, il n'arrêtait pas de s'envoler. Comme j'avais peur qu'il me bouffe l'oreille ou qu'il me pisse dessus si je le retenais de force, je l'ai laissé partir, ironisa Ichigo.
La princesse éclata de rire.
- Et si on y allait ? proposa Tatsuki, sa main dans celle d'Uryu. Vous avez toute la soirée pour profiter l'un de l'autre.
Orihime attrapa son masque vénitien blanc en dentelle qu'elle plaça sur son visage dont seule la partie supérieure était cachée. Isshin le lui avait suggéré et elle avait adoré l'idée tout comme Karin et Yuzu qui en demandèrent aussi un à Nanao. Derrière son masque dissimulant son identité, Inoue avait le sentiment d'être moins exposée malgré son déguisement.
Ichigo lui offrit son bras. Ensemble, ils quittèrent la chambre avec Uryu et Tatsuki pour assister à ce bal tant attendu.
{…}
La vaste salle de réception était décorée avec goût : les lustres en cristal scintillaient à la lueur des torches aux murs, des fleurs ornaient les tables, des rubans roses et argentés s'entrecroisaient sous le plafond et un portrait de Rukia peint à la main avait été spécialement accroché juste au-dessus d'un fauteuil en velours violet à dossier haut. C'est installée avec grâce que la reine de la soirée avait salué un par un ses invités qui lui posèrent un cadeau sur une longue table prévue à cet effet. Puis vint le moment d'investir la piste de danse tout en picorant les amuse-bouches.
La soirée se déroulait on ne peut mieux, Byakuya y veillait personnellement. Deux des invités appartenant à des familles rivales furent chassés de sa propriété avant que leur dispute ne dégénère en bagarre. Cet épisode aussi bruyant que distrayant pour quelques uns fut bien vite oublié pour laisser place à une ambiance festive ponctuée de rire, de chants et de conversations animées.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la plupart de ceux présents ne manquaient pas d'imagination à en juger par les costumes parfois extravagants. Comme si les familles nobles cherchaient à étaler leurs richesses ou s'impressionner mutuellement dans un savant étalage de couleurs. Se côtoyaient des geishas, des divinités et même des dragons ! Cela amusa grandement Orihime qui n'eut pas trop de mal à se fondre dans la masse et assumer son costume. Elle avait bien sûr assisté à de nombreux bals au palais impérial, certains plus solennels ou ennuyeux que d'autres. Celui-ci se figurait pourtant être le premier où la possibilité lui était donnée de bouger librement au rythme de la musique. Sans protocole ni obligations liés à son titre. Toutefois une ombre au tableau gâchait un peu son enthousiasme : Ichigo, jamais loin d'elle, ne l'avait pas invitée à danser une seule fois. Personne ne l'avait fait d'ailleurs. Ce qu'Inoue ignorait cependant, c'est que c'était précisément la présence dissuasive d'Ichigo qui ôtait toute forme de courage à ses « prétendants » potentiels.
Cette déception n'empêcha pas la belle de profiter de la bonne humeur contagieuse qui régnait. Elle dansa avec Rukia (déguisée en magnifique fée bleue dotée d'une grande paire d'ailes), Yuzu et Karin (respectivement en chat et en guerrière) et Tatsuki. Après avoir enchaîné six ou sept danses plus ou moins rythmées, Orihime alla se rafraîchir au buffet.
- Tu as l'air de t'amuser.
La princesse se retourna tout en vidant son verre... dont la moitié du contenu se déversa sur sa poitrine.
- Oh non !
- Heureusement que c'est de l'eau, commenta Ichigo en attrapant une serviette de table.
- Si tu avais attendu que je termine de boire, ça ne serait pas arrivé, répliqua Orihime en évaluant les dégâts.
- C'est de ma faute alors ? entra-t-il dans son jeu.
- Oui, sourit-elle avant de s'empourprer.
Ichigo tapotait la serviette sur sa peau près d'une zone très... intime. C'est lorsqu'il la sentit se raidir sous ses doigts qu'il comprit son geste.
- Désolé, s'excusa-t-il, mal à l'aise.
Il lui tendit la serviette.
- Je t'ai séchée dans un réflexe.
- Ne t'inquiète pas, ce n'est rien.
Elle s'essuya rapidement et engagea un autre sujet pour dissiper ce moment délicat.
- Donc tu n'aimes pas les bals ?
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Ne te vexe pas mais tu as l'air d'un soldat qui monte la garde depuis le début, se moqua-t-elle gentiment. Tu es invité toi aussi, en tout cas ton déguisement le laisse supposer.
- J'ai fait l'effort de venir pour que Rukia ne me le fasse pas payer jusqu'à la fin des temps, grogna le roux pas dans son élément.
- Alors joue le jeu jusqu'au bout, l'encouragea Orihime en reposant son verre. Ce serait dommage de ne pas en profiter.
- Ça dépend sous quel angle on se place. Tout à l'heure, j'ai vu une femme fringuée en sushis et un gars en peau de bête. Franchement, les clans veulent tellement s'en mettre plein la vue que ça ressemble plus à un festival.
- Certains ont des goûts particuliers, je te l'accorde, pouffa de rire Inoue. Cela ne doit pas t'empêcher de prendre part à l'événement pour autant. A quand remonte la dernière fois où tu t'es amusé ?
- Trop loin pour que je m'en souvienne, répondit du tac au tac Ichigo qui hésitait entre deux amuse-bouches.
- J'en étais sûre !
- T'emballe pas. Ça veut pas dire que tu vas me voir me déhancher.
Orihime montra la salle d'un geste du bras.
- Regarde. Tout le monde s'amuse même Ishida kun, Sado kun et Renji kun.
- Rukia a traîné Renji par l'oreille sur la piste de danse et Ishida a frisé le tour de reins en essayant d'exécuter une chorégraphie, fit-il, blasé.
- C'est vrai mais Ishida kun a invité Tatsuki chan à l'essayer avec lui, pointa Orihime avant de pouvoir se retenir. En voyant ça, je me suis dit que peut-être tu...
Elle réalisa ce qui menaçait de franchir ses lèvres et se gifla mentalement. Reprocher à Ichigo de ne pas avoir joué son rôle de cavalier ? Il ne lui avait rien promis après tout, juste... l'accompagner à ce bal. Ni plus ni moins.
- Non rien, oublie ce que je viens de dire, changea-t-elle d'avis en faisant mine d'admirer -encore- la décoration.
Ses doigts crispés trahissaient la déception qu'elle s'efforçait de masquer. L'unique œil visible d'Ichigo n'arrangea pas son état. Il était si perçant que la princesse se demanda sérieusement s'il ne lisait pas directement dans ses pensées.
- Votre attention, s'il vous plaît ! tonna une voix à travers la musique dont le volume diminua.
Orihime remercia les kamis qui lui épargnaient l'urgence d'amener cette conversation sur un terrain plus neutre. Comme tout le monde, elle tourna la tête vers ladite voix : Renji tapotait sa fourchette si fort sur son verre qu'il se brisa.
- Merde.
Il jeta un regard à Byakuya qui conserva son impassibilité légendaire assis sur sa chaise. Ce verre en mille morceaux eut au moins pour effet de focaliser l'attention de tous sur Renji et son costume de prince des fées que Rukia lui avait limite enfilé de force.
- Que se passe-t-il, Renji ? s'enquit celle-ci en venant à ses côtés.
- Euh...
Aucun autre son ne s'échappa de la bouche du prince des fées de toute évidence nerveux. La faute au silence assourdissant ? A tous les yeux qui convergeaient vers eux ? Peu probable sachant qu'il en était à l'origine. Rukia perdit patience en remarquant les invités chuchoter d'un air réprobateur. Ses ailes crépitèrent presque de colère.
- Tu as fait arrêter la musique voire la fête tout court pour nous sortir un simple « euh » ?! s'irrita-t-elle à voix basse.
- Je veux juste...
- Tu veux quoi ? Te rendre ridicule ? C'est réussi, tu es en train de nous couvrir de honte ! Orchestre, reprenez, je vous prie ! ordonna-t-elle.
- Non ! Je dois te dire quelque chose ! cria Renji.
Il prit la main gauche de Rukia et posa un genou à terre. La surprise s'invita sur le visage de la femme devant lui.
- Renji, que... ?
- J'ai passé un temps fou à répéter ce que je veux te dire. Maintenant qu'on y est, j'ai tout oublié alors je vais improviser.
Il se racla la gorge et inspira profondément en essayant de faire abstraction des invités silencieux et attentifs.
- Rukia, on se connaît depuis qu'on est gamins, commença Renji. On a vécu des tas de trucs tous les deux, des choses géniales d'autres moins... Mais on ne s'est jamais lâchés et je sais que je n'imagine pas l'avenir sans toi. Je... Je t'aime Kuchiki Rukia, se déclara-t-il, le rose aux joues. Après avoir obtenu la bénédiction de ton frère et quelques conseils, ajouta-t-il en jetant un rapide coup d'œil à Isshin qui leva le pouce, je peux enfin te poser la question : veux-tu devenir ma femme ?
Il ouvrit un écrin qui renfermait une superbe bague.
- Triple sot, c'est donc pour cette raison que tu t'es comporté comme un idiot ces derniers temps, déduit Rukia dont les larmes de joie ruinaient le maquillage.
- Ouais, tu sais que j'ai du mal à exprimer mes sentiments..., bredouilla Renji.
- Tu t'en sors plutôt bien, sourit-elle.
Il n'en crut pas ses oreilles.
- Tu... Tu acceptes alors ?
La petite Kuchiki sécha son visage du revers de sa main libre.
- Oui. J'accepte de devenir ta femme, Abarai Renji ! confirma-t-elle, très heureuse.
Soulagé comme jamais, Renji lui passa la bague au doigt, se releva et la serra dans ses bras dans une étreinte qui exprimait bon nombre de choses, sous les acclamations de la salle entière.
- Bravo !
- Félicitations aux futurs mariés !
- Longue vie à vous !
- On vient fêter un anniversaire et on repart avec un mariage à prévoir !
- Bande de cachottiers ! Ha ! Ha !
Les deux êtres fraîchement fiancés se séparèrent pour remercier tout le monde. Chacun alla les féliciter personnellement.
- Nii sama, dit Rukia lorsqu'il vint vers eux.
- Je suis heureux pour toi, Rukia, affirma-t-il avec un très léger sourire. Je suis fier de la femme que tu es devenue, je sais que tu seras comblée auprès de l'homme que ton cœur a choisi.
- Je te remercie, souffla sa sœur, émue aux larmes avant de l'enlacer.
- Je compte sur toi pour prendre grand soin d'elle, Renji, l'avertit froidement Byakuya. Rukia est très précieuse pour moi, il va de soit que je ne ferai preuve d'aucune forme de clémence à l'égard de quiconque la blessera intentionnellement.
Le futur beau-frère menacé déglutit pour ravaler l'ombre de la peur.
- Prendre soin de Rukia est ma mission, assura-t-il en le fixant droit dans les yeux.
Byakuya dans son déguisement de roi des fées sembla s'en contenter. Il posa une main sur l'épaule de Rukia qui la pressa puis il s'éloigna.
- Félicitations Renji kun, Kuchiki san !
Sans les laisser réagir, Orihime leur sauta au cou.
- Je suis si heureuse pour vous ~ !
- Merci Inoue, apprécia Rukia.
Elle répondit au sourire d'Ichigo tout en cognant son poing contre le sien. Bien que très bons amis, ils avaient toujours eu l'un pour l'autre des démonstrations d'affection pudiques. Quiconque côtoyait Rukia et Ichigo savait que ces deux-là fonctionnaient ainsi. D'ailleurs si Rukia le frappait très souvent et s'ils s'insultaient copieusement au quotidien, c'était pour la même raison : leur incapacité à reconnaître ouvertement qu'ils s'aimaient comme frère et sœur.
- Comme d'habitude, ton enthousiasme est débordant, Orihime san, s'amusa Renji.
- T'as bien caché ton jeu, déclara Ichigo en serrant la main de Renji.
- Je suis assez fier de ça, admit-il en se grattant la tête. Je ne voulais pas que ça se sache avant le jour J.
Sado, Uryu, Tatsuki, Isshin et ses filles les rejoignirent. Même s'ils le montraient à des degrés différents, les futurs mariés furent particulièrement touchés par le bonheur que générait leur union sur leur entourage. L'orchestre à proximité des hautes fenêtres recommença à jouer un air mélodieux parfaitement adapté à l'annonce qui venait d'être faite. De nombreux couples se laissèrent attirer par la piste. Orihime saluait Tatsuki et Rukia qui dansaient avec leurs fiancés respectifs quand une main s'invita dans son champ de vision. Elle la reconnut aussitôt et lança un regard intrigué à son propriétaire.
- C'est bien ce que tu as voulu me faire comprendre tout à l'heure, non ? la questionna Ichigo avec un sourire à tomber.
- Si mais je ne pensais pas...
- Ce genre d'événement, ce n'est pas mon truc mais je peux faire un effort pour toi. Alors m'accordes-tu cette danse, Orihime ?
L'interrogée reposa ses prunelles sur sa main tendue et résista à l'envie de se pincer pour s'assurer de ne pas rêver. Le visage lumineux, elle glissa sa main dans la sienne. Les bras autour du cou d'Ichigo, sa joue sur sa poitrine tonique, Inoue se laissa bercer par la douce mélodie et les battements réguliers du cœur sous son oreille. Quelque part dans sa tête, elle s'étonna qu'il ait le sens du rythme. Durant les premières notes, ils n'échangèrent pas un mot, chacun profitant de cette bulle plaisante. Leurs corps détendus se moulaient parfaitement.
- Tu n'as dansé avec personne à part les filles, dit soudain le roux, les mains sur sa taille.
- Personne ne m'a invitée alors je me suis amusée avec elles, se justifia la belle qui n'avait pas très envie de parler pour profiter de ce moment inespéré.
- Je crois savoir pourquoi personne ne t'a approchée, lui murmura-t-il contre la tempe.
- Je le sais aussi, marmonna-t-elle en pressant ses doigts sur la nuque d'Ichigo.
- Je suis curieux d'entendre ton point de vue.
Orihime pinça les lèvres. « Parce que je suis la fille d'une femme méchante et je ne suis pas très jolie », lui hurla son esprit. Si elle pouvait bâtir sa propre réputation, elle n'avait hélas pas le pouvoir de modifier son apparence physique. De ce fait, l'amour qu'elle éprouvait pour Ichigo ne pouvait être qu'à sens unique. Car oui, une chose ne changeait pas : Orihime ne se trouvait pas jolie, encore moins à côté de Tatsuki et Rukia. Pourquoi Ichigo s'intéresserait-il à elle ? A son imagination débordante ? A ses goûts culinaires jugés effrayants comme la fois où elle avait voulu leur faire avaler à lui et à Renji du poisson à l'orange accompagné de sauce soja et confiture ? L'amour est un sentiment trop douloureux. En partant à la recherche de son frère, Orihime n'aurait jamais imaginé que ce sentiment incontrôlable la prendrait pour cible.
La bulle d'apaisement se creva.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ichigo alors qu'elle le repoussait doucement.
- Excuse-moi, j'ai besoin de prendre l'air, souffla-t-elle, la tête baissée.
Stupéfait, planté sur place, Ichigo la regarda filer à toute vitesse.
{…}
La pluie tombait finement, l'air était frais. Appuyée contre l'un des piliers en bois qui soutenaient le toit de la terrasse abritée d'un des salons, les bras croisés sous sa poitrine, des larmes sur les joues, Orihime conservait ses iris sur la mare de poissons qui nageaient paresseusement. En vérité, elle ne les voyait pas vraiment, son esprit ailleurs qu'ici.
- Je savais que je te trouverais là.
- Ichigo kun, prononça-t-elle en pivotant et s'essuyant le visage. Depuis combien de temps... ?
- Je t'observe depuis cinq ou dix minutes, avoua-t-il naturellement en venant à sa hauteur.
Il avait ôté son cache-œil.
- Tu m'observais ?
- Dit comme ça, ça fait pervers ou ce que tu veux, reconnut-il en s'étirant la nuque. Je t'assure que ce n'est pas le cas.
- Je te crois, sourit-elle.
- Vraiment ?
- Um. Je sais que tu n'es pas ce genre d'homme.
Un court silence s'installa, uniquement perturbé par la pluie devenue diluvienne s'abattant autour d'eux.
- Pourquoi t'es partie ? articula enfin Ichigo. Je ne suis pas réputé pour être discret, pourtant, absorbée par tes pensées, tu n'as même pas senti ma présence. J'ai fait ou dit une chose qui t'a déplu ?
Inoue secoua négativement la tête.
- Explique-moi, insista-t-il. Tu me dis de profiter et quand je le fais, tu t'en vas.
- J'ai attiré ton attention sans le vouloir, on dirait, culpabilisa-t-elle.
- Tu l'as alors je t'écoute, s'impatienta le jeune homme.
Les épaules voûtées, la beauté auburn s'agrippa le coude. Le poids de ses sentiments devenait lourd à porter depuis qu'elle en avait réalisé la nature grâce à Tatsuki. Ajouter ce fardeau sur les épaules d'Ichigo était totalement injuste. Seulement, Orihime redoutait le déroulement de la fin de leur voyage, notamment sur le fait de ne rien laisser paraître. Allait-elle pouvoir maîtriser la force de ses sentiments ? Son langage corporel ? Tenir sa langue ? Et si une autre femme approchait Ichigo ? Certes, il était toujours provoqué en duel à mort par des hommes. Cependant, à côté de ça, Orihime avait vu des femmes le trouver tout à fait à leur goût. Si Ichigo n'y avait jamais prêté attention, ça ne faisait pas moins mal pour autant. Assez pour se déclarer et en assumer les conséquences ? Peut-être bien.
- Je suis partie parce que c'était trop difficile, murmura-t-elle en osant tout juste croiser ses yeux perplexes.
- Difficile ? J'ai pourtant fait mon possible pour ne pas t'écraser les pieds.
- Tu n'y es pas. Ichigo kun, je... je...
Orihime se mordit la lèvre inférieure, tentée de faire marche arrière. Elle pouvait encore se taire, inventer un mensonge plausible et emporter son amour dans la tombe. D'un autre côté, le risque de se trahir demeurait réel, les répercussions avec. Elle avait déjà menti à Ichigo, ce mauvais souvenir la poursuivait encore. Que devait-elle faire ?
- Orihime, tu sais que je ne vais pas en démordre, s'exaspéra Ichigo. Je vois bien que quelque chose ne va pas, je ne suis pas aveugle, tu sais.
Il y avait matière à débattre sur ce point, Orihime en aurait sûrement ri dans d'autres circonstances. Sauf qu'actuellement, son état s'apparentait à une indigestion tellement elle craignait ce qui pouvait arriver s'il la rejetait.
- Je n'ai pas..., amorça-t-elle, le cœur au bord des lèvres.
Non, impossible de lui mentir droit dans les yeux aussi égoïste que puisse l'être son choix. Ichigo était son premier et dernier amour, Hime en avait la certitude. Elle savait autre chose : elle ne voulait pas passer le reste de sa -potentiellement courte- vie à regretter de ne pas avoir saisi l'occasion de se déclarer. D'un autre côté ne rien dire, c'était aussi entretenir un espoir, rêver d'une réciprocité... Non, non. La carte de l'honnêteté. Elle se ressaisit pour remettre de l'ordre dans les émotions contradictoires qui remuaient son corps.
- J'attends.
La mâchoire serrée, le corps contracté, Ichigo atteignait un autre palier dans la dégradation de son humeur.
Bravo, Orihime, se gronda-t-elle mentalement. Tu as réussi à le mettre en colère.
Elle ferma les poings, inspira puis se positionna bien face à lui.
- Être si proche de toi sans pouvoir l'être davantage au quotidien n'est pas facile à supporter. Je... Je t'apprécie beaucoup, plus... qu'un ami, confessa courageusement Orihime, le visage rose mais sincère.
Ichigo écarquilla les yeux sous son chapeau, le souffle coupé. Cette réaction apporta la réponse qu'Orihime avait anticipée et redoutée.
- Je n'attends pas que tu me retournes mes sentiments, ajouta-t-elle précipitamment, le cœur en lambeaux. Je voulais juste être honnête avec toi, qu'il n'y ait plus de mensonges ou de non-dits. J'espère juste que nous pouvons rester amis, termina-t-elle, les yeux embués.
- Non, ça ne va pas être possible, ça.
Le cœur d'Orihime faillit s'arrêter de battre lorsque ses mots la percutèrent violemment.
- Ne mets pas fin à notre amitié, le supplia-t-elle, ses larmes coulant librement. C'est le seul lien que nous partageons tous les deux, je ne veux pas le rompre.
- C'est pourtant ce que tu viens de faire d'une certaine façon, continua Ichigo. Dire que j'ai essayé de te le faire comprendre tout à l'heure, ce n'est définitivement pas mon truc, soupira-t-il.
Il s'avança plus près et remonta le masque de la princesse dans ses faux cheveux blonds. Elle frissonna.
- Je suis la raison pour laquelle aucun des gars ne t'a invitée, lui annonça-t-il à voix basse. C'est aussi pour ça que je t'ai dit que notre amitié ne pouvait pas continuer.
Orihime voulut lui signaler qu'elle ne voyait toujours pas où il voulait en venir, mais craignant de passer pour une idiote, elle le laissa finir. Ichigo dévia ses orbes marron et se frotta la nuque signe de son malaise. Quoi qu'il ait à dire, ça avait du mal à sortir ce qui angoissa particulièrement la jeune femme. Seule sa curiosité empêchait Orihime de s'enfuir en courant pour pleurer toutes les larmes de son corps.
- Le mois dernier, mon père et Ishida m'ont fait une remarque, lui dévoila le roux. Je me suis agacé devant la lourde insistance de mon père et l'uniforme « monsieur-je-sais-tout » de mon cousin, et je n'y ai plus pensé. Sauf que Chad m'a sorti la même chose peu de temps après. Tu sais comment il est, il ne parle pas beaucoup. Quand il le fait, c'est qu'il a vraiment quelque chose à dire. Crois-le ou non, même ce baka de Renji s'y est mis, ajouta-t-il en roulant les yeux. Je ne pensais vraiment pas qu'il était observateur à ce point celui-là.
- Que t'ont-ils dit ? le questionna Hime, troublée par la tournure étrange de cet échange.
- Qu'on agit comme un couple toi et moi et qu'ils ne m'ont jamais vu comme ça avec une fille.
La belle resta bouche bée. Si cette affirmation était vraie, elle ne s'en était pas aperçue !
- Tu penses qu'ils ont raison ? osa-t-elle, empourprée.
- Je ne sais pas, je n'ai jamais été en couple et je ne prête pas attention à ce genre de trucs chez les autres, répondit Ichigo pas du tout à l'aise dans ce domaine. Ce que je sais par contre, c'est qu'en effet, je ne me suis jamais comporté ainsi avec une fille. C'est à ça que je faisais allusion pendant qu'on dansait.
Orihime réalisa être dans l'incapacité de ciller, trop happée par l'intensité déstabilisante dégagée par cette paire d'yeux bruns qui avait contribué à la faire tomber amoureuse. Des yeux bruns dans lesquels elle put se perdre dans les profondeurs quand Ichigo se pencha, l'obligeant à lever le menton vers lui.
- T'imaginer danser ou faire autre chose avec un type que je ne connais pas ne me plaît pas du tout, poursuivit le fils Kurosaki, le bout de son nez contre le sien. Et ça depuis que j'ai compris que mon père, Ishida, Chad et Renji ont vu juste.
Orihime se demanda si ses oreilles lui jouaient des tours. Était-ce réellement... possible ? Essayait-il de lui dire qu'il... ? Impossible de penser rationnellement, pas quand il était si près !
- Ichigo kun, souffla-t-elle à trois centimètres de ses lèvres. Tu... Toi et moi...
- Oui.
La joie d'Orihime écrasa toutes ses craintes et remporta la bataille face à sa raison. Elle se dressa sur la pointe des pieds en même temps qu'Ichigo se décidait enfin à combler le faible espace entre eux. Leurs bouches se scellèrent dans un baiser timide pour s'habituer à la sensation nouvelle, prendre conscience de ce que cette intimité inconnue signifiait. Ils se séparèrent, quelque peu gênés, pas certains de ce qui se passait dans la tête de l'autre. Néanmoins, un regard suffit pour se comprendre. Rassurée, Orihime saisit le col de la veste d'Ichigo qui lui-même avait les mains sur ses hanches. Cette fois, l'impatience du roux le poussa à prendre l'initiative du second baiser maladroit qui devint passionné.
Ils écartèrent les lèvres pour goûter la saveur de l'être dans leurs bras. Lui avait un goût de chocolat, elle de fruits, preuves de ce qu'ils avaient picoré. Les genoux de la beauté auburn faiblirent quand la langue d'Ichigo explora expérimentalement sa bouche et il grogna en pressant la chair de ses cuisses lorsqu'elle tenta de l'imiter. Leurs lèvres se mouvaient de façon à laisser leurs langues se frôler, se caresser dans un ballet sensuel si prenant qu'ils ne sursautèrent même pas quand l'orage éclata dans le ciel en colère. C'était au-delà de ce qu'Orihime avait imaginé, les sensations envoûtantes faillirent lui faire perdre pied.
Ichigo recula, peinant encore à réaliser ce qui venait de se passer. Néanmoins, il était content et fier d'avoir eu le courage de s'aventurer sur le terrain épineux de l'Amour dont il se fichait éperdument avant de faire la connaissance de la femme blottie contre lui. Évidemment, Ichigo ne l'avouerait jamais préférant le montrer par geste même si, là encore, ça ne lui ressemblait pas. Il faut dire qu'il n'était pas du genre tactile en général.
La princesse, pour sa part, répondit sans hésiter à son étreinte tandis qu'il reprenait son souffle contre sa tête, elle dans son cou à l'odeur si... masculine. Une odeur qu'elle aurait désormais le loisir de humer tous les jours. Oui, car embrasser Ichigo, sentir son corps relâché contre le sien, ses bras musclés l'entourer comme si elle était un trésor n'appartenait plus à ses rêves inaccessibles mais à ses rêves réalisés.
- Je crois qu'on peut dire ressentir la même chose l'un pour l'autre, chuchota Ichigo.
Orihime n'attendait pas un « je t'aime » franc. Toutefois ce qu'elle venait d'entendre possédait la même valeur pour elle. Ichigo l'aimait pour qui elle était, ça ne faisait aucun doute maintenant.
- Orihime.
- Hum ?
- Je n'ai pas menti quand j'ai dit que ce costume te va bien mais s'il te plaît, ne remets plus jamais cette perruque.
Elle éclata de rire.
- Promis.
- Ichi nii, Yuzu... Oh, désolée.
Le couple nouvellement formé se tourna vers Karin qui était à la fois choquée par la scène et consciente d'être de toute évidence mal tombée.
- Je vais vous laisser.
- Non, attends, l'arrêta son frère en rendant sa liberté à Inoue. Tu me cherchais pour quoi ?
Karin hésita.
- Yuzu a préparé une surprise pour Rukia et elle veut avoir ton avis, révéla-t-elle finalement.
- Une surprise ? D'accord, je vais aller voir ça. Où est Yuzu ?
- Dans la cuisine, indiqua sa sœur en pointant derrière elle.
- Allons-y. Viens, Orihime.
Tous trois retournèrent dans le salon, traversèrent le long couloir et retrouvèrent la salle de réception par laquelle l'on pouvait accéder aux cuisines. Orihime, encore sous le coup de ses émotions, avait au moins songé à remettre son masque. L'ambiance n'avait pas faibli en leur absence, la consommation de saké non plus d'après les démarches approximatives et les bafouillages de certains.
- Je vais gérer papa, se chargea Karin sans le moindre enthousiasme. Yuzu ne veut pas qu'il te suive, que vous vous battiez et gâchiez sa surprise.
Elle s'éloigna. Orihime attrapa le bras d'Ichigo.
- Ta sœur nous a vus, dit-elle, honteuse.
- Vu quoi ?
- Tu le sais parfaitement !
- Karin n'a rien vu, rejeta-t-il comme si ce n'était rien.
- Et si c'était le cas ? s'inquiéta la belle. Déjà qu'elle ne m'apprécie pas beaucoup alors si elle me reproche de lui voler son frère...
- Qu'est-ce que tu racontes ? Pourquoi Karin ne t'apprécierait pas ?
- Je l'ignore, déplora-t-elle à court d'arguments.
- On a fait que s'embrasser, Orihime, lui rappela Ichigo en jetant un œil aux alentours, les pommettes chaudes. On a rien fait de mal, je n'ai pas de compte à rendre et ma sœur a vu pire que ça, crois-moi.
- Onii chan ! les interrompit Yuzu en surgissant de nulle part. J'ai envoyé Karin chan te chercher, je t'attends depuis tout à l'heure !
- Pardon, Yuzu, s'excusa-t-il alors qu'elle le tirait par la manche. Orihime..., ajouta-t-il.
- Je vais rester avec Tatsuki chan, le rassura-t-elle.
Ichigo acquiesça et se laissa entraîner par Yuzu vers la fameuse surprise.
- Ça ne sera pas très long, Orihime chan ! promit-elle par-dessus son épaule. Accélère, onii chan !
Orihime ne retint pas son rire lorsqu'Ichigo trébucha en poussant un juron.
- Doucement, Yuzu, ralentis !
- Ça va fondre si on se dépêche pas !
- De quoi tu parles ?
Leurs voix s'évanouirent et bientôt, leurs silhouettes disparurent parmi les invités. En passant devant la table des boissons, Orihime se laissa tenter par une tasse de thé pour réchauffer son corps resté un long moment dans la fraîcheur de la nuit. Elle n'eut pas le temps de toucher la théière.
- Le baiser de Kurosaki ne t'a pas réchauffée, on dirait.
Pétrifiée, le cœur d'Orihime remonta dans sa gorge.
- Que dirais-tu de danser avec un homme pour la seconde fois de la soirée, Princesse ? chuchota la voix trop familière tout près de son oreille.
Ni une ni deux, une main la fit pivoter de force, un bras puissant encercla sa taille et la porta presque au milieu de la trentaine de personnes qui dansaient sans se soucier d'eux. Les pieds d'Orihime touchaient à peine le sol, guidée dans cette danse non désirée par son cavalier aussi grossier que brutal. Il portait un masque de panthère et une sorte de cape à capuche en peau de bête en guise de déguisement. Difficile malgré ça de ne pas reconnaître ses cheveux turquoises et ses yeux bleus perçants.
- Grimmjow ! s'exclama-t-elle, sous le choc.
- En personne, confirma-t-il. A ta place, je ne le crierais pas sur les toits. Ça serait trop dommage qu'il arrive quelque chose à une partie des invités ou à ton rouquin recherché mort ou vif, pas vrai ? Je crois me souvenir que voir quelqu'un souffrir t'est insupportable, se moqua-t-il ouvertement.
- Seules les personnes invitées par les Kuchiki sont les bienvenues à ce bal, lança Inoue qui s'efforçait de reprendre contenance. Tu ne devrais pas être là, ni même dans le Seireitei ! Comment… Comment as-tu… ? bégaya-t-elle.
Après ce qui venait de se passer avec Ichigo, elle passait du rêve au cauchemar.
- Je ne suis pas ici pour découvrir la région, tu dois bien t'en douter, la nargua Grimmjow. Quant à ce putain de bal, c'est loin d'être un secret dans le Seireitei. Je n'ai eu qu'à convaincre une femme de me faire ce costume en échange de la vie de ses gosses.
Orihime étouffa une exclamation d'horreur.
- Dis-moi que tu ne leur as rien fait !
- Je te laisse deviner, répliqua-t-il sur un ton permettant de supposer qu'il souriait.
- Comment as-tu déjoué la vigilance des gardes ? s'informa la beauté auburn tout en priant pour cette famille.
- Tu n'aimerais pas le savoir.
Grimmjow s'assurait qu'ils « dansaient » toujours bien entourés pour réduire le risque de se faire repérer.
- Comment tu m'as retrouvée ?
Elle essaya de lui échapper mais sa prise était aussi ferme que son torse.
- Voyager avec un type qui est recherché a fait de toi une proie encore plus excitante à traquer, jubila Grimmjow.
Écœurée par son ton, Orihime retenta de se détacher de lui. La grande main de son fiancé s'égara au sud de sa taille pour mieux la garder contre lui. Cette intimité non désirée la gêna énormément.
- Te chasser était amusant, maintenant place à la récompense, lui murmura-t-il à l'oreille.
Les prémices de la peur s'insinuèrent en Orihime. Ses orteils ne foulaient plus la piste, Grimmjow menait littéralement la danse avec une aisance déroutante. Valser ainsi lui donnait le tournis.
- Notre mariage doit être célébré et consommé, je compte bien te ramener au palais pour ça, poursuivit-il, menaçant. Tu te souviens de la vieille à qui toi et Kurosaki avez rendu visite dans le Rukongai ? Retrouve-moi devant sa maison dans trois heures, cette fête merdique devrait être finie d'ici là.
- Tu ne t'en es pas pris à Ideka san ? s'affola la belle, sidérée qu'il ait été si près d'eux tout ce temps.
- Je te laisse le découvrir ce soir, lui susurra sadiquement Grimmjow.
Il se délecta de l'odeur de sa future épouse au niveau de son cou et se lécha les lèvres.
- Je te déconseille vivement de venir accompagnée par qui que ce soit, encore moins par Kurosaki. Si tu as besoin d'une motivation, pense à la nuit de noces que je te réserve. Je dois te punir pour t'être laissée baiser par Kurosaki, l'avertit-il sur une note perverse.
Hime qui tremblait ne trouva pas la force de le contredire. Le fragile avenir qu'elle avait envisagé s'effritait.
- Si ça ne suffit pas, n'oublie pas que mon père se trouve toujours au palais avec ton infidèle de mère. Un faucon messager de ma part et la vie de l'empereur à l'agonie s'abrège, acheva Grimmjow avant de lui mordiller le lobe.
La musique se termina à cet instant. Il se sépara brutalement d'Orihime, attrapa l'une de ses mains et la fit tournoyer sur elle-même. Lorsque la princesse se stabilisa en luttant pour retrouver son équilibre, Grimmjow avait disparu. La nausée inonda l'estomac d'Inoue complètement hagard tandis qu'une peur glacée se répandait dans ses veines. Son effroyable destin -qu'elle s'était acharnée à fuir puis résolue à accepter avant de le combattre- venait de la rattraper pour l'obliger à lui faire face. Elle ne pouvait y échapper. Obéissant à leur volonté propre, les jambes d'Orihime la guidèrent précipitamment vers la sortie pour aller vomir.
- Te voilà, je te cherchais en ne te voyant pas avec Tatsuki.
Orihime freina sa course. Encore un peu, elle l'aurait percuté de plein fouet.
- Tu vas bien ? s'inquiéta Ichigo qui revenait des cuisines. Tu es blanche comme un linge.
Elle grimaça. L'acidité répugnante du vomi qu'elle avait ravalé lui brûlait la gorge.
- Ça va, j'ai mis trop d'énergie dans la danse avec Tatsuki chan, mentit-elle. Je suis un peu fatiguée, c'est tout.
Ichigo ne parut pas convaincu. Pas bien du tout, Orihime alla se servir un verre d'eau qu'elle n'avait pas la moindre envie de boire. Elle cherchait surtout à esquiver les yeux soupçonneux d'Ichigo qui l'avait suivie.
- Alors que voulait ta petite sœur ?
- Ça y est, tout est prêt ! trépigna d'impatience Yuzu en apparaissant à leurs côtés. Tu me donneras aussi ton avis, Orihime chan ?
Cette dernière la regarda sans comprendre.
- Yuzu a préparé un gâteau surprise pour Rukia, l'éclaira Ichigo en répondant à sa question muette. Elle tenait à ce que j'y goûte, je l'ai aussi aidée à finir le montage. Ou plutôt, elle m'a dit quoi faire, j'y connais que dalle en pâtisserie.
- Oh, je vois. Tu peux compter sur moi, Yuzu chan ! affirma Orihime avec un enthousiasme surjoué.
- Merci !
Les grandes portes s'ouvrirent. Les invités se positionnèrent en arc-de-cercle pour assister à l'entrée du gâteau, véritable bijou pâtissier de trois étages au chocolat, enjolivé de fleurs multicolores et de copeaux d'un mystérieux ingrédient semblable à des flocons de neige. Émerveillée, Rukia, presque cachée derrière la pièce montée, comprit immédiatement qui en était à l'origine. Elle fit signe à Yuzu qui ne se fit pas prier pour courir la serrer dans ses bras, ravie que sa surprise ait eu l'effet escompté.
Pour Orihime, le reste de la soirée s'assimila à l'antichambre de l'enfer. D'invitée enjouée, elle se retrouva reléguée à simple spectatrice, coquille vide, qui subissait presque ce bal marquant le compte à rebours de la fin de sa vie. Elle assista au reste de la soirée en se laissant porter : la dégustation du gâteau qui fit l'unanimité mais qu'elle ne parvint pas à savourer ; la montagne de cadeaux de Rukia emmenée ailleurs afin d'être déballés plus tard ; le départ progressif des invités et, enfin, le moment d'aller se coucher.
- Bon, c'était pas si mal ce bal finalement, bâilla Ichigo. On a pu penser à autre chose, ça fait du bien. Tu n'es pas d'accord ?
- Um ? se réveilla Orihime.
Ichigo avait insisté pour la raccompagner jusqu'à sa chambre.
- Oui, tu as raison.
Le compte à rebours était bien avancé.
- Tu te comportes bizarrement, reprit Ichigo en essayant d'attraper son regard.
- Pas du tout, affirma-t-elle sans vraiment l'écouter.
Dans peu de temps, elle partirait retrouver Grimmjow pour marcher avec lui vers son destin scellé.
- Je suis fatiguée, je te l'ai déjà dit.
Un bras lui bloqua le passage devant la porte de la chambre qu'elle s'apprêtait à ouvrir.
- Je sais ce que je dis, Orihime, maintint Ichigo. Tu es dans tes pensées, tu me réponds à peine quand je te parle. Dis-moi ce qu'il y a encore. C'est à cause de ce qui s'est passé entre nous ?
Il exigeait de connaître la raison de son changement de comportement, Orihime le voyait bien. Impossible pourtant de lui révéler la vérité, trop de personnes avaient souffert en voulant l'aider ou la protéger. Inoue fit reculer ses larmes qui menaçaient de couler. Elle devait préserver Ichigo qui avait déjà connu son lot de souffrances. La mort dans l'âme, Orihime s'empara de l'excuse qu'il lui offrait en rompant au passage la promesse qu'elle s'était faite : ne plus jamais lui mentir.
- Je me demande si ce n'est pas allé trop vite entre nous, lui dit-elle, chaque mot similaire à une torture.
- Trop vite ? ne saisit pas le roux.
- On ne se connaît que depuis quelques semaines...
- Et alors ? s'impatienta-t-il. Si c'est à cause de Renji et Rukia, sache que je n'ai pas l'intention de te demander en mariage dans l'immédiat.
- Ça n'a rien à voir avec ça, répliqua Orihime.
- Alors pourquoi t'es en train de me dire que tu regrettes ?
- Je ne regrette rien, Ichigo kun, jura la princesse.
La maigre patience d'Ichigo s'amenuisait, il fallait l'apaiser autant que possible. Sa réaction ne la surprenait pas. Elle l'avait provoqué. En revanche, Orihime n'avait pas anticipé son expression blessée qui la tua presque. Elle posa une paume sur sa joue, elle n'aurait plus l'occasion de le lui dire. Ces mots qu'elle avait si peur de lui avouer qui maintenant sortaient comme une évidence.
- Je t'aime sincèrement, se livra Orihime alors qu'il se crispait sous ses doigts. Nous en reparlerons demain, tu veux bien ?
- Non, on en parle maintenant, refusa-t-il en sentant son cœur battre anormalement vite.
La déclaration d'Orihime le chamboulait.
- Demain. Nous avons besoin de dormir, tint bon la belle. Bonne nuit.
Elle lui déposa un long et tendre baiser sur la joue.
Pardonne-moi, pensa-t-elle, le cœur brisé.
Sans un mot de plus, elle entra enfin dans la chambre. Planté pour la seconde fois de la soirée, Ichigo contempla la porte close, incapable de donner du sens à cette discussion qui ne lui disait rien qui vaille.
De l'autre côté de la porte, le dos contre le panneau de bois, Orihime, le visage trempé de larmes, entendit Ichigo s'éloigner. Elle se détestait pour ce qu'elle lui faisait endurer, elle était ignoble. Pas le temps de se lamenter cependant, l'heure du rendez-vous avec Grimmjow approchait, elle devait se dépêcher. Rukia passait du temps avec Renji et n'allait pas tarder à venir se coucher, c'était l'occasion de se préparer. Animée d'une énergie insoupçonnée, Orihime fourra ses maigres affaires dans son vieux sac marron. Sa poitrine se compressa lorsqu'elle saisit le petit paquet que Sawako lui avait remis pour Sora. Elle ne verrait jamais ce frère qu'elle aurait tant aimé rencontrer, pas plus qu'elle n'accompagnerait Ichigo chercher des réponses sur la disparition de sa mère. Le destin pouvait se montrer si cruel...
Inoue enleva son costume, enfila l'une de ses robes rapiécées mise de coté, posa son sac dans un coin et le cacha sous sa perruque. Elle venait de se glisser sous la couverture remontée jusqu'à son menton quand Rukia entra doucement. Orihime fit aussitôt semblant de dormir. Son amie se changea discrètement et se coucha. Le sommeil l'emporta très vite au pays des rêves. Rien d'étonnant, le bal fut riche en émotions. La princesse attendit que Rukia dorme profondément avant de s'extirper des draps. Elle s'entoura de son châle et, son sac en main, se faufila par l'autre porte coulissante : la chambre donnait sur une partie du jardin.
- Au revoir, Kuchiki san, chuchota-t-elle. Merci pour tout.
Dans le jardin, Orihime grimpa sur l'un des arbres avec l'horrible impression de revivre sa fuite du palais. De l'autre côté du mur, elle marcha droit vers le Rukongai, ses pensées tournées en direction de tous les êtres qu'elle aimait et laissait derrière elle. Le temps froid et humide reflétait la tristesse qui oppressait son âme.
A sa grande surprise, Orihime se souvenait du chemin. Elle arriva au lieu du rendez-vous en croisant quelques habitants qui -merci Kami sama- ne l'importunèrent pas. Elle jeta un œil par la fenêtre de la maison de Sawako. La cheminée illuminait la pièce qui n'avait pas changé. La mamie, appuyée sur sa canne, reposait une tasse sur sa petite table et retourna apparemment dormir sans remarquer la jeune fille qui l'observait. Orihime remercia profondément les kamis.
- Les vieilles, c'est pas mon truc. Tu es à l'heure, Princesse.
Cette dernière inspira avant de se retourner. Plus de trace de son masque de panthère ou de la cape en peau de bête. Grimmjow portait une veste en cuir, une chemise blanche, un pantalon noir. Et un sabre.
- T'étais pas forcée de t'habiller comme une pauvresse, éructa-t-il.
- Le bal est terminé, répliqua sèchement Orihime dont la colère concurrençait la peur.
- T'as de la répartie, j'aime ça, sourit largement Grimmjow. En route et ne tente rien de stupide si tu tiens à la vie de ton vieux.
Orihime pria de toutes ses forces pour son père aille bien. Submergée par l'amour profond qu'elle lui portait et l'amour sincère qu'elle ressentait pour Ichigo, elle s'enfonça dans le bois dans le sillage de Grimmjow. En larmes.
{…}
Enfin débarrassé de son costume, vêtu normalement, Ichigo n'éprouvait pas la moindre envie de dormir. Sa dernière discussion avec Orihime le travaillait trop. Il se la repassait en boucle avec l'impression de plus en plus énervante qu'un truc lui échappait. Mais quoi ?!
- Ichigo !
Il sauta presque hors de sa peau.
- Merde, Rukia ! Où t'as appris à frapper ? cria-t-il en se redressant sur son futon. Le soleil n'est même pas levé, qu'est-ce que tu fous là ?
- Inoue est partie ! lui apprit-elle, essoufflée.
- Quoi ? s'étrangla le roux debout.
Échevelée, Rukia resserra son kimono.
- Je me suis réveillée avec un mauvais pressentiment et j'ai vu qu'elle n'était plus là. Des gardes l'ont vue partir vers le Rukongai il y a de cela plusieurs heures.
- Bon sang ! Orihime agissait bizarrement hier soir, je ne pensais pas qu'elle ferait une chose aussi stupide ! Le Rukongai est dangereux, elle le sait ! s'agaça le fils Kurosaki en mettant son sabre dans le fourreau à sa ceinture.
- Où vas-tu ?
- A ton avis ? se braqua-t-il. La chercher évidemment ! Ce genre de comportement ne lui ressemble pas, il s'est forcément passé quelque chose !
Rukia réfléchit pendant qu'Ichigo débitait des noms d'oiseaux en chavirant la pièce pour retrouver sa botte manquante.
- Bizarre comment ?
- Hein ?
- Inoue était bizarre, tu as dit ! perdit patience la petite Kuchiki. Que voulais-tu dire ?
- J'en sais rien, moi ! Elle était ailleurs comme pas vraiment là mentalement. Moins bavarde et dans ses pensées, résuma-t-il en repérant enfin sa botte qu'il chaussa rapidement.
Rukia porta une main sur son menton, signe de sa profonde réflexion. Ichigo était agité, elle-même était inquiète intérieurement. Ce départ de sa nouvelle amie n'avait aucun sens en se basant uniquement sur l'acte. Cependant, en creusant plus profondément...
- Cet homme pourrait nous éclairer, peut-être a-t-il remarqué quelque chose.
Ichigo cessa tout mouvement.
- Quel homme ? grogna-t-il.
- Je ne crois pas l'avoir déjà croisé dans le Seireitei, précisa la jeune femme. Grand, les cheveux bleus, il portait un masque noir et un étrange costume en peau de bête. Il a dansé avec Inoue. Cela m'a d'ailleurs étonnée de ta part, toi qui ne l'as pas lâché des yeux de la soirée...
Ichigo donna un violent coup de poing dans le mur, ce qui causa une frayeur chez Rukia.
- Que t'arrive-t-il enfin ? Tu connais cet homme ?
- Je l'ai vu pendant le bal. Je n'y ai pas prêté plus d'attention que ça, il avait sa capuche sur la tête à ce moment-là ! fulmina-t-il, son poing tremblant dans le mur. Il a dû en profiter quand j'étais avec Yuzu !
- Comment sais-tu que nous parlons de la même personne dans ce cas ? s'étonna Rukia.
- Il correspond à la description qu'Orihime m'a faite de Grimmjow, siffla Ichigo.
- Qui ?
- Ça explique ce qu'elle m'a sorti hier soir, je savais qu'il se tramait une chose pas nette ! Orihime avait déjà prévu de plier bagage et voulait me garder à distance ! comprit-il, énervé.
- Ce que tu dis n'a pas le moindre sens, craqua Rukia qui tentait de suivre son raisonnement. Comment cet homme, ce Grimmjow, pourrait-il avoir un lien avec Inoue ou même son départ soudain ?
- Rukia, il est important que personne ne sache qu'Orihime est partie, lui ordonna le roux en la prenant par les épaules pour bien se faire comprendre. La raison officielle est qu'elle poursuit son voyage avec moi suite à une demande urgente envoyée par l'empereur et qu'on reviendra bientôt. Tu entends ? C'est très important !
- Je ne comprends pas..., débuta son amie, perdue.
- Renji t'expliquera et probablement mon père aussi. Je dois la retrouver et vite !
Il attrapa son manteau et s'en alla en fracassant presque la porte. Abasourdie, Rukia mit quelques instants à réagir.
- Attends ! Ichigo ! s'égosilla-t-elle dans le couloir.
Il ne l'entendit jamais.
Ichigo traversa le Seireitei au pas de course en bousculant tous ceux qui ne s'écartaient pas de sa route et il en fut de même dans le Rukongai. Il aurait dû se douter qu'un truc du genre allait se produire, putain !
Une hypothèse aussi folle que persistante se fraya un chemin dans sa tête bouillonnante. Lorsqu'Orihime et lui s'étaient lancés sur la piste de Sawako il y a deux mois, il se souvenait avoir perçu une présence dans les bois. Était-ce Grimmjow ? Ce connard se trouvait-il si près d'eux avant de se planquer pour mieux attaquer pendant le bal ? Si comme il le pensait, il ramenait Orihime au palais impérial, passer par ce bois offrait un chemin plus court.
Le soleil était levé quand Ichigo s'arrêta devant la maison de Sawako, hors d'haleine. Se reposer n'était pas d'actualité. Il pria pour que son instinct ne le trompe pas quant à la direction à suivre. Son sabre en main, Ichigo emprunta donc sans certitude le seul chemin susceptible de le conduire à la femme qu'il s'était juré de protéger.
Peu lui importaient les obstacles. Il la retrouverait.
{…}
Il faisait nuit noire, la pluie avait enfin cessé, le Seireitei était loin. Assise à côté du feu, Orihime ressentait les bienfaits de la chaleur des flammes à mesure que ses vêtements séchaient. Elle avait dû batailler verbalement pour convaincre Grimmjow de s'arrêter dans cette grotte au milieu de nulle part.
La princesse ne l'appréciait déjà pas beaucoup en temps normal. Eh bien, ce voyage forcé vers une mort certaine confirma sa très mince empathie à l'égard de Grimmjow qui, au moins, ne l'avait pas touchée à nouveau de manière inappropriée. Malgré tout, son fiancé grossier, vulgaire et pervers avait ce don de la regarder comme une proie, ce qui lui donnait la chair de poule.
Parfaitement à l'aise dans cet environnement, Grimmjow avait tué deux lapins sans le moindre mal et ramassé quelques fruits qu'Orihime mangea avec réticence, poussée par la faim, le froid et la fatigue. Elle n'était plus habituée à couvrir autant de distance, tâche rendue encore plus difficile avec un cœur éteint. En voyageant avec Ichigo et Renji, elle avait une motivation : retrouver son frère. Traverser le pays avec Grimmjow n'avait qu'une seule finalité : la mort.
- Debout, on se tire, la ramena-t-il sur terre.
Posé en face d'elle, il se remit sur ses longues jambes.
- Nous allons voyager de nuit ? s'étouffa la jeune femme. Nous avons marché une grande partie de la journée. De plus, il y a des animaux sauvages par ici !
- T'as rien à craindre tant que je suis là, s'exaspéra Grimmjow.
- Mais... !
- Arrête de chouiner ! s'agaça-t-il en contournant le feu pour la saisir par le bras et la relever. On a à peine couvert la moitié du chemin que j'avais prévu tellement tu me ralentis alors discute pas !
- C'est toi qui marches trop vite, rétorqua Orihime. Pourquoi se précipiter ? C'est pas comme si notre mariage avait lieu demain, prenons notre temps.
- Tu crois qu'on se refait une santé en traversant des champs de fleurs entourés de papillons ou quoi ? siffla-t-il, une veine sur la tempe.
- Non, ça ne veut pas dire pour autant que je veux rentrer à bout de force, déclara-t-elle en se tortillant pour se dégager.
- T'avais qu'à pas t'enfuir, ça nous aurait évité tout ce merdier.
- Je sais ce que tu as prévu avec Aizen et ma mère, lança courageusement la princesse. Je ne voulais pas me laisser faire, c'est pour ça que je me suis enfuie !
- Tu m'en diras tant. Dommage pour toi, tu m'auras dans ton lit quoi qu'il arrive, répliqua Grimmjow.
Il lui attrapa le menton afin qu'elle garde bien en mémoire ses prochaines paroles. Dans l'impossibilité de bouger, Orihime le regarda se pencher avec appréhension.
- Personnellement, j'en ai rien à carrer du plan, révéla-t-il. Toi, par contre, tu m'intéresses... Ne fais pas cette tête terrifiée, tu vas adorer comme toutes les autres. Je te ferai jouir si fort que tu me supplieras de recommencer, se vanta-t-il tout près de son visage, une étincelle lubrique au fond de ses yeux bleus assombris.
Il frôla les lèvres d'Orihime qui était au bord du malaise cardiaque tellement la terreur la paralysait. Soudain, elle se rappela une prise que Tatsuki lui avait enseignée le mois dernier « si un gars venait à s'approcher de trop près ». Sans réfléchir, Orihime envoya son genou dans l'entrejambe de Grimmjow qui para juste à temps. Il sourit de toutes ses dents.
- Tu veux un aperçu, on dirait. Je ne pensais pas te dévoiler cette partie avant la nuit de noces, mais si tu insistes...
Il la souleva, la plaqua dos à la paroi rocheuse et, ses grandes mains soutenant ses cuisses directement sous sa robe, il se logea entre ses jambes.
- Qu'est-ce que tu... ? débuta Orihime, choquée.
Grimmjow enfonça profondément sa langue dans sa bouche. Orihime ne sut comment réagir, pas sûre que tout ceci soit vrai. Comment en était-elle arrivée là déjà ?! L'avait-elle provoqué ? Était-ce lui qui profitait de sa faiblesse ? Ce qu'il faisait était-il vraiment « mal » sachant qu'ils étaient fiancés ? Devait-elle se résigner à subir ça pour échapper à la mort ?
Assaillie par ses émotions alors que Grimmjow l'embrassait avec fougue, la princesse sentit nettement une chose dure rencontrer la zone particulièrement sensible de son intimité. Aussitôt, ses tétons se mirent à durcir. Déboussolée par cette réaction de son corps, Orihime le fut davantage lorsqu'un gémissement remonta sa gorge à la seconde où Grimmjow pinça l'extrémité de son sein droit, tout en martelant son bassin contre elle. Cet « abandon » incontrôlé la ramena pleinement dans la réalité. Elle repoussa son fiancé avec toute l'énergie qui lui restait.
- Non, arrête ! hurla-t-elle. J'aime Ichigo kun, pas toi !
Satisfait, Grimmjow, qui n'avait pas opposé de résistance, se lécha lascivement les lèvres.
- Vraiment, Princesse ? dit-il, moqueur. C'est pas ce que j'ai entendu, encore moins senti.
- Q-Qu'est-ce que tu m'as fait ? bredouilla-t-elle, recroquevillée.
- Apparemment, j'étais bien parti pour te faire prendre ton pied, répondit Grimmjow avec une désinvolture perverse. Dommage, j'ai bien aimé tes petits miaulements surtout le dernier… Tu pourrais presque passer pour une vierge. Ça t'a fait de l'effet, hein ?
Écrasée par la honte, les joues rouges et les lèvres gonflées, Orihime n'osa pas répondre. Comme si ça ne suffisait pas d'avoir été infidèle à Ichigo, son corps palpitait sous l'effet de l'action inachevée. Les bras croisés sur sa poitrine encore sensible, elle ne retint pas ses larmes. Elle se dégoûtait.
- Commence pas à chialer, tu veux ! s'irrita Grimmjow. C'est pas comme si t'avais jamais été touchée de toute façon. Je t'ai donné ce que tu voulais et ça t'a plu !
Il la chopa par le bras et se remit en marche.
- On a perdu suffisamment de temps, amène-toi.
- Grimmjow, tu me fais mal ! s'écria Hime en se débattant.
- Fais pas chier, c'est toi qui fais de la résistance ! En route, j'ai dit !
- Lâche-la tout de suite ! intervint une voix menaçante.
Grimmjow positionna Orihime contre son torse, plaça un bras musclé sur sa gorge et dégaina son sabre à la vitesse de l'éclair. Une prise qui rappelait désagréablement celle de Yammy à l'auberge d'Ukitake. Un parallèle qui n'effleura même pas la beauté auburn qui n'en croyait pas ses yeux gorgés d'eau.
- Ichigo kun, souffla-t-elle partagée entre l'incompréhension et la joie. Qu'est-ce que tu fais là ? Comment m'as-tu retrouvée ?
Trempé, essoufflé, armé de son sabre qui crépitait presque de rage, Ichigo s'avança dans la vive lueur du feu. Cette fois, en croisant ses iris bruns, Orihime comprit exactement ce qui allait se passer. La terreur l'envahit. Ichigo les avait-il vu s'embrasser ?!
- Dès que Rukia m'a dit que tu étais partie, je n'ai pas hésité à me lancer à ta recherche, l'informa-t-il, une rare intensité au fond de ses orbes. Suivre vos traces sous la flotte n'a pas été simple, mais je me doutais que ce salaud te ramenait chez toi et c'est le chemin le plus court. Le feu m'a attiré dans cette grotte.
Un large sourire fendit le visage de Grimmjow.
- Je me doutais que tu ne lâcherais pas l'affaire si facilement, Kurosaki. T'as l'air à la hauteur de ta réputation. Il est inutile de faire les présentations, je crois.
- Ta réputation de pervers sadique t'a précédé, répondit Ichigo, le regard noir.
- Dommage que tu ne sois pas arrivé une minute plus tôt, tu aurais adoré le spectacle, rit Grimmjow tandis qu'Orihime se raidissait par crainte qu'il en dise trop.
- Tu peux te marrer. En attendant, c'est pas moi le lâche qui se planque derrière une femme.
Le sourire de Grimmjow s'effaça sous ses yeux plissés.
- Va t'en, s'il te plaît, Ichigo kun, l'implora Orihime qui sentait son fiancé tendu. Je vais gérer tout ça, retourne auprès de ta famille !
- Je ne le répéterai pas : lâche-la, Grimmjow, articula distinctement le fils Kurosaki comme si elle n'avait pas ouvert la bouche. De toute façon, tu n'iras nulle part avec Orihime tant que je serai là.
Une lueur presque animale illumina les iris bleus de Grimmjow.
- Amène-toi, Kurosaki ! hurla-t-il, son sourire carnassier de retour.
Il écarta sans ménagement Orihime qui ne s'y attendait pas. Elle trébucha et se cogna violemment la tête contre un rocher dans sa chute.
- Orihime ! s'époumona Ichigo, la peur filtrant dans sa voix.
Tombée sur le flanc droit, elle ne bougeait plus.
- Ne baisse pas ta garde !
Le roux reporta son attention sur Grimmjow qui fondait sur lui. Leurs sabres s'entrechoquèrent dans un fracas métallique strident qui résonna dans la grotte. Les dents serrées, leurs visages proches, les deux hommes se défiaient. Inquiet pour Orihime, Ichigo ne parvint pas à éviter le poing de Grimmjow qui l'envoya à terre. Sonné, il roula néanmoins sur le côté pour esquiver le sabre qui manqua de lui transpercer la tête.
- C'est mou, ressaisis-toi ! lança son adversaire décidé à lui faire la peau.
Ichigo l'ignora, plutôt occupé à rejoindre Orihime pour évaluer son état. Grimmjow ne vit pas les choses ainsi. Il lui bloqua le passage et fendit l'air avec son sabre pour l'obliger à reprendre ses distances.
- Dégage, Grimmjow !
- Si tu veux t'approcher d'elle, termine ce combat ! rétorqua ce dernier en essayant de l'embrocher. Tu m'as lancé un défi alors va jusqu'au bout !
Furieux, Ichigo le vit monter sur un rocher, y prendre appui et s'élancer vers lui avec une vigueur monstrueuse. Le fils Kurosaki grogna et recula d'un pas lorsqu'il contra l'impact en levant son sabre à hauteur de son visage.
- Tu te laisses distraire par ce qui arrive à ma fiancée, c'est touchant, ricana Grimmjow. Je ne peux pas la buter tout de suite, j'ai encore besoin d'elle. J'ai pour mission de la sauter pendant la nuit de noces, tu vois ? le provoqua-t-il en dosant ses mots juste comme il faut. Je me suis permis de tâter le terrain, j'ai pas été déçu. Son cul est agréable à palper, sans oublier sa sacrée paire pressée contre moi pendant la danse...
Ichigo vit rouge. Il repoussa son ennemi avec une rare violence vers le feu, profita de l'effet de surprise chez celui-ci et lacéra diagonalement son torse. Du sang gicla en quantité. Grimmjow posa une main sur son pectoral, la vision du liquide chaud sur ses doigts décupla sa volonté d'en découdre.
- Ça devient enfin intéressant ! Prépare-toi à crever, Kurosaki ! jubila-t-il tel un dément assoiffé de combats.
Toujours au même endroit sur le sol froid, Orihime s'accrochait pour rester consciente. Sa tête lui faisait horriblement mal, ses oreilles bourdonnaient. Ses prunelles à la vue trouble distinguaient l'homme qu'elle aimait et celui en charge de la tuer qui se livraient un duel acharné. Difficile de dire lequel avait l'avantage tant les échanges de coups pleuvaient.
- Ne meurs pas..., supplia-t-elle difficilement. Je t'en prie... ne meurs pas.
Sa vision devint très floue.
Les deux hommes de simples formes en mouvement.
Des grognements.
Un jet écarlate. Un autre.
Des jurons.
L'odeur du sang...
- Ne meurs pas, Ichigo kun.
Tout devint noir.
{…}
- Orihime !
- …
- Tu m'entends ?
Pourquoi...
Cette lourdeur.
- Réveille-toi !
C'est trop difficile.
Si lourdes. Les paupières si lourdes...
- Ouvre les yeux !
Je ne peux pas.
- Allez !
C'est trop difficile, je ne peux pas !
- Fais un effort ! Ouvre les yeux ! MAINTENANT !
Cet ordre vibra dans sa poitrine.
- I-Ichigo kun, émit-elle, la voix pâteuse.
Le soulagement fit tourner la tête d'Ichigo. Orihime souleva lentement ses paupières qu'elle battit à plusieurs reprises. Sa tête était encore douloureuse, la nausée la fit grimacer. Toutefois ce n'était rien comparées à la souffrance qu'elle éprouva devant l'état physique d'Ichigo à genoux à côté d'elle, un bras soutenant sa nuque. Il avait pas mal d'égratignures, le nez ensanglanté, la lèvre inférieure fendue et le bras gauche en sang.
- Ne t'inquiète pas pour moi, ça va, assura-t-il en essayant de sourire sans grimacer.
- Comment peux-tu aller bien avec de telles blessures ? articula péniblement Hime. Regarde-toi enfin...
- C'est ton état qui m'intéresse, moi. Alors ?
- J'ai mal à la tête, ma vision n'est pas très nette et... mes souvenirs sont un peu confus, répondit-elle en portant une main sur son front pour masser ses tempes. Que... ?
Un tissu entourait son crâne.
- J'ai déchiré ma chemise pour te faire un bandage, l'éclaira le roux.
- Je te remercie mais et toi ? Tu es blessé, il faut te soigner.
- Ça va, je te dis. Tu es restée inconsciente longtemps, j'ai cru que tu étais...
Impossible de finir sa phrase. Ichigo ramassa le sac d'Orihime dont il passa la lanière au-dessus de sa tête pour la caler en biais sur son torse.
- Tu peux te redresser ? demanda-t-il en l'aidant doucement à s'asseoir. On ne peut pas rester ici, Grimmjow pourrait avoir des complices.
Grimmjow ! Orihime l'avait oublié ! Elle le chercha du regard et le vit étendu face contre terre à quelques mètres. Couvert de sang. Elle frissonna. Dans son esprit défilaient des bribes de souvenirs : la traversée des bois avec Grimmjow... leur halte dans la grotte... une altercation entre eux... l'arrivée d'Ichigo... puis le trou noir. Orihime essaya de toutes ses forces de se rappeler plus de détails mais cet effort accentua sa migraine. Elle préféra laisser tomber pour le moment sans parvenir pour autant à détacher ses perles grises de son fiancé.
- Il est... ?
- Ne te relève pas si vite ! s'agaça le fils Kurosaki en la tenant par les épaules. Ça peut être dangereux !
Orihime ne l'écouta pas, décidée à faire usage de ses jambes. Une vague de vertiges s'empara d'elle, la faisant vaciller.
- Tu vois ? Tu ne peux pas marcher.
- Laisse-moi un peu de temps, persista la jeune femme en inspirant profondément.
Ses muscles semblaient s'être changés en coton. Elle fit un pas, deux...
- Je te tiens !
Cette scène leur rappela la situation similaire dans la cour de Rangiku et Gin.
- Je vais te porter, c'est plus sûr, trancha Ichigo. Et ne discute pas, on n'a vraiment pas le temps pour ça.
Avant qu'Inoue puisse ouvrir la bouche pour protester quand même, elle se retrouva dans ses bras, le bras blessé d'Ichigo sous ses genoux, l'autre soutenant son dos. Elle rougit.
- Je ne suis pas trop lourde ?
- Pas autant que tu crois, dit-il, pressé de se barrer d'ici.
Ça devait vouloir dire « non ». Du moins l'espérait-elle car Orihime ne savait pas quoi répondre.
- Où va-t-on ? s'enquit-elle.
- Chercher ton frère et des réponses à mes questions.
Il vérifia qu'elle n'avait rien oublié.
- Tu crois que c'est prudent ?
- On n'a pas le choix, je dois vraiment te rappeler ce à quoi tu viens d'échapper ? répliqua Ichigo plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Retrouver Sora est primordial si on veut éviter que ça se reproduise.
- Tu as raison, excuse-moi.
Le menton incliné sur sa poitrine, ses cheveux emmêlés cachant partiellement son visage, Orihime formula son émotion la plus forte.
- Merci, souffla-t-elle, ses doigts agrippés au col d'Ichigo.
- De quoi ?
- D'avoir survécu.
Il y eut un court silence.
- Je ne pouvais pas me permettre de perdre, murmura-t-il. Pas cette fois.
La belle se demanda vaguement ce que signifiait sa seconde phrase. Ichigo pour sa part n'avait rien à ajouter. Sur cette déclaration lourde de sens, Orihime en sécurité dans ses bras, il quitta cette maudite grotte sans un regard en arrière. La princesse ne put s'empêcher de douter de la réalité de l'instant. Le cauchemar était-il fini pour de bon ? Pouvait-elle vraiment quitter d'antichambre sans traverser l'enfer qui l'attendait ? Elle voulait tellement y croire. Ichigo l'avait une nouvelle fois sauvée de la mort qui s'évertuait à l'attirer dans ses filets. Il avait risqué sa vie pour elle. Reconnaissante d'avoir croisé la route d'une si belle personne, Orihime se blottit un peu plus contre lui, incapable désormais d'imaginer passer le reste de sa vie sans lui.
{…}
Ichigo et Orihime s'étaient éloignés depuis longtemps. Le soleil partageait timidement sa chaleur, les oiseaux chantaient dans la brume.
Sensible à la beauté de la nature, au chaud sous son épais manteau, elle marchait d'un bon pas pour enfin atteindre cette grotte. Se reposer était indispensable avant de reprendre la route. Elle posa son sac, rassembla des branches et alluma un feu. Un cri lui échappa en le voyant couché là. Elle douta de sa vision oculaire. Lui. Ici. Se battre dans tous les endroits possibles était peut-être dans sa nature, mais là il était vraiment dans un piteux état. Oh oui, cette fois, il s'était fait salement amocher. Un sentiment précis gonflant dans sa poitrine, elle le retourna sur le dos sans douceur. Cela eut pour effet de le réveiller efficacement.
- Putain ! jura Grimmjow dont des parties du corps étaient ankylosées.
Il remarqua une présence à ses côtés. Une femme à la volumineuse chevelure verte le fusillait du regard.
- Neliel ?!
- Bonjour, Grimmjow. On dirait bien que le destin nous donne l'occasion de régler nos comptes tous les deux, lança la dénommée Neliel, le visage fermé.
{…}
- Reste consciente, tu ne dois pas dormir.
- Je suis tellement fatiguée...
- Je sais, tu dois résister. J'ai déjà vu mes parents soigner des personnes blessées à la tête, rester éveillé est essentiel. Continue de me parler.
Un ruisseau coulait à quelques mètres. Même s'il n'en avait aucune envie, Ichigo décida de s'arrêter. Il avait porté Orihime une bonne partie du trajet alors qu'il savait pertinemment qu'elle devait être soignée et se reposer, lui aussi d'ailleurs. Sauf qu'ils ne pouvaient rester trop longtemps au même endroit et la ville la plus proche se trouvait encore à plusieurs kilomètres.
Il installa Orihime contre un tronc d'arbre avant de vérifier son bandage de fortune qu'il avait changé grâce à un autre pan de sa chemise. Être fils de médecins lui permettait d'avoir des notions dans le domaine, Ichigo avait donc cueilli des plantes qui possédaient des vertus cicatrisantes.
- Tu cicatrises bien mais tu dois quand même voir un médecin.
- Nous sommes deux dans ce cas, rétorqua Orihime pour la énième fois.
Le roux s'assit à côté d'elle afin qu'elle puisse se reposer sur lui.
- Tiens, bois, lui proposa-t-il en dévissant sa gourde.
- Merci.
L'eau était si fraîche qu'elle la sentit descendre dans son estomac.
- Si j'insiste autant pour que tu vois un docteur, ce n'est pas pour t'embêter, je sais que tu es résistant, retenta Orihime, ses doigts crispés sur la gourde. C'est simplement que sans moi, tu ne serais pas là, encore moins dans cet état.
- Tu veux dire que sans ce bâtard de Grimmjow, nous ne serions pas là, rectifia Ichigo plein de hargne.
La princesse dévia les yeux sur le côté.
- Je ne pensais pas qu'il me retrouverait ni même qu'il était à ma recherche. Une preuve que ma mère et Aizen sont déterminés à se débarrasser de moi par tous les moyens.
- C'est justement pour cette raison que tu aurais dû m'en parler au lieu d'agir seule, s'agaça Ichigo.
Orihime, qui avait posé la tête sur son épaule, se redressa pour mieux le regarder. Ses reproches lui faisaient mal.
- Je n'ai pas eu le choix, se défendit-elle.
- Tu l'avais : celui de tout me dire. Ensemble, on aurait trouvé une solution. Au lieu de ça, sous la menace, tu as suivi ce bâtard droit dans la gueule du loup. Sans Rukia et mon instinct qui sait ce qui aurait pu t'arriver.
La gorge de la belle se noua. Il était en colère et il avait des raisons de l'être. Néanmoins, Ichigo ne connaissait pas l'ampleur de la menace de Grimmjow. Elle ne pouvait laisser Ichigo croire plus longtemps qu'elle s'était comportée comme une irresponsable ou pire, comme si elle ne lui faisait pas confiance. Inoue s'agenouilla pour profiter des rayons du soleil qui filtraient entre les arbres, tout en gardant en mémoire que discuter ainsi avec l'homme qu'elle aimait était une chance à ne pas gâcher. En d'autres termes, il lui fallait trouver les bons mots pour ne pas braquer Ichigo.
- Qu'est-ce que tu fais ? réagit justement le concerné, prêt à la rattraper si besoin. Tu dois te reposer.
- Et toi, m'écouter.
- Hein ?
- Je ne t'ai pas caché la vérité par plaisir, commença Orihime encore très marquée. Grimmjow n'est pas du genre à obéir aux ordres sauf s'il y voit un intérêt. Dans son esprit, il est le chasseur et moi la proie qu'il doit traquer. Le reste n'a aucune importance. A la seconde où il m'a retrouvée, j'étais déjà prise au piège.
- Je suis supposé comprendre quoi, là ? s'impatienta le roux déjà lassé de parler de ce connard. A part que je suis celui qui a interrompu sa putain chasse.
Orihime soupira. Parler autant depuis sa chute la fatiguait et Ichigo restait enfermé dans ses émotions négatives. Abréger était la meilleure solution.
- Quand je me suis retrouvée face à Grimmjow au bal, alerter qui que ce soit ne m'a pas effleurée. J'étais trop abasourdie et il m'en a dissuadée de toute façon, se souvint-elle en tremblant légèrement. Ensuite, il m'a dit connaître l'emplacement de la maison d'Ideka san et qu'il enverrait un faucon messager au palais pour faire tuer mon père si je ne rentrais pas seule avec lui. Je ne pouvais pas prendre le risque qu'il leur arrive quelque chose alors j'ai suivi Grimmjow. De ce que j'ai compris, il nous surveillait toi et moi, il l'aurait probablement su si je t'avais dit quoi que ce soit.
- Je croyais que l'empereur avait un rôle à jouer dans le plan foireux de ta mère et Aizen ? ne saisit pas Ichigo.
- C'était le cas, confirma Hime dont le cœur se compressa en songeant à son cher père. Sauf que ma fuite a poussé ma mère et Aizen à modifier leur plan, j'ignore jusqu'à quel point. Mon père pourrait devenir gênant pour eux d'autant plus que je ne vais pas rentrer avec Grimmjow. Je veux croire que mon père restera sur ses gardes mais je n'ai aucune certitude. C'est pour ça que je ne t'ai rien dit, Ichigo kun. Il n'y a pas que ma vie qui était en jeu, te voir blessé de la sorte ne fait que me le rappeler, acheva-t-elle tristement.
Ichigo entendit son point de vue et prit conscience de s'être -une fois de plus- comporté comme le dernier des abrutis.
- Désolé de m'être emporté tout à l'heure, dit-il en arrachant une touffe d'herbe. C'est juste que j'ai redouté le pire alors que je suis censé te protéger.
La princesse glissa sa main dans la sienne. Il la pressa en retour. La tension était retombée.
- Moi aussi je me suis engagée à veiller sur toi, sourit-elle. D'ailleurs, je peux recommencer tout de suite.
- C'est-à-dire ?
- Eh bien... un bisou pourrait peut-être soulager ta lèvre, proposa-t-elle en calant une longue mèche auburn derrière son oreille aussi rose que son visage.
En vérité, elle mourait d'envie de l'embrasser. Ce désir était d'autant plus fort qu'elle pensait ne plus jamais en avoir l'occasion.
- Pourquoi ne pas essayer ?
Il la souleva pour la mettre à califourchon sur lui. Les mains sur ses hanches, Ichigo resta attentif à sa réaction. Le cœur de d'Orihime se mit à battre la chamade.
- Tu peux descendre si tu veux, l'autorisa-t-il précipitamment.
- Non, non. Je ne m'y attendais pas, c'est tout.
Elle lui déposa un doux baiser sur sa coupure à la lèvre.
- Je suis sûr que tu peux mieux faire, la taquina-t-il en frôlant sa bouche.
Hime recula aussitôt. Une rafale de flashs reconstituant un souvenir flou lui fit tourner la tête. Leur position n'y était apparemment pas étrangère. Orihime ferma les yeux comme en proie à un cauchemar éveillée. Le souvenir était si clair à présent qu'elle le revivait : Grimmjow entre ses jambes, ses mains sur ses cuisses, ses doigts pressant son sein, sa langue presque au fond de sa gorge...
- Orihime ? Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta Ichigo.
Elle rouvrit immédiatement les yeux. Son cœur n'était pas loin de l'étouffer, la syncope la guettait, l'envie de vomir plus puissante que jamais. Malgré tout, Orihime ne pouvait se laisser aller. Par tous les kamis, pourquoi ?! Tout allait si bien avec Ichigo… Orihime étudia son beau visage, il n'avait pas l'air au courant, Grimmjow ne lui avait peut-être rien dit. Comment en être certaine ? Elle ne pouvait pas lui poser la question, elle ne s'en sentait pas le courage ! Ichigo était impulsif, possessif avec elle, même jaloux. Après tout, ne lui avait-il pas dit être incapable de l'imaginer danser avec un autre homme ? Alors embrasser quelqu'un d'autre n'était même pas du domaine de l'envisageable à juste titre !
En y repensant, ils avaient laissé Grimmjow dans un état pitoyable, Orihime ne savait même pas s'il respirait encore. Ichigo s'était-il finalement défoulé sur lui parce qu'il les avait surpris dans la grotte ? Avait-il des doutes ? Grimmjow s'était-il vanté auprès de lui ? Ichigo cachait-il sa colère actuellement parce qu'elle était blessée ? Exigerait-il des explications plus tard ? Cette incertitude la rongeait ! Orihime dut pour la énième fois combattre ses larmes traîtresses. Elle avait trompé Ichigo et pour couronner le tout, son corps avait éprouvé un plaisir insoupçonné. Grimmjow l'avait touchée à des endroits où Ichigo ne s'était pas encore aventuré et son corps avait réagi d'une manière si honteuse ! Orihime se recroquevilla, elle était vraiment ignoble.
Avouer ou confirmer la vérité à Ichigo était inévitable. Pas tout de suite cependant, plutôt quand cet horrible souvenir serait moins frais dans sa tête et sur son corps. En dépit de ses vêtements qui avaient joué le rôle de rempart, Orihime se sentait souillée. Ichigo ne pouvait pas la toucher en sachant que les mains et la bouche de Grimmjow étaient « passées » avant lui. Il ne méritait pas ça. Elle devait se laver. Maintenant !
- Je dois me laver ! décida fermement Inoue sans parvenir à croiser ses yeux.
- Tu quoi ? la retint Ichigo pris au dépourvu. Tout de suite ? Tu ne veux pas qu'on monte en amont ? Il y a une rivière plus profonde que ce ruisseau.
- Non, je veux me rafraîchir. J'en ai besoin.
Ichigo fronça les sourcils, perplexe.
- Tu es sûre que ça va ?
- S'il te plaît, je me sentirai mieux après, insista Orihime qui souhaitait s'échapper de son corps.
- Comme tu veux, mais je vais devoir t'aider. Ton équilibre est encore instable et il y a pas mal de cailloux comme tu vois... Tu ne dois surtout pas retomber sur la tête.
Orihime ne voulait pas qu'il la voit nue, elle n'était pas prête et les circonstances n'arrangeaient rien. Seulement, s'il fallait en passer par là pour se nettoyer, elle n'avait pas le choix. Son langage corporel devait être très explicite puisque Ichigo perçut son malaise. Lui-même ne pouvait camoufler sa gêne.
- Je peux fermer les yeux, ça sera peut-être plus facile pour toi ? proposa-t-il.
La princesse acquiesça, soulagée.
- Oui, merci.
- Voilà qui est tellement mignooon ~ ! Je ne te savais pas si prévenant, Kurosaki san.
Ichigo et Orihime sursautèrent. Tranquillement assis sur l'épaisse branche d'un arbre à proximité se trouvait un homme. Seul Kami sama savait depuis combien de temps il était là et honnêtement, les deux têtes flamboyantes n'avaient pas envie de le savoir. L'homme sauta d'un bond devant eux. Coiffé d'un bob rayé couvrant ses cheveux blonds, habillé d'une étrange cape verte, d'un pantalon clair et de getas, il tenait une canne comme celle de Sawako. On pouvait se questionner sur l'utilité de cet accessoire étant donné l'agilité et l'âge relativement jeune de son propriétaire.
Orihime (qui s'était éloignée d'Ichigo en raison de leur position compromettante) était sûre de n'avoir jamais vu cet étranger dont l'interruption avait au moins le mérite de dévier le cours de ses pensées.
- Tu es en bien charmante compagnie, constata justement celui-ci à l'adresse d'Ichigo.
- Dis-moi que je rêve ! Bordel, qu'est-ce que tu fous là ?
- Quel accueil chaleureux, vraiment j'apprécie, ironisa l'homme. Tu m'en veux peut-être de retarder votre baignade ?
- T'avoues que tu nous épiais en plus !
- Allons, allons, que vas-tu chercher ? répliqua l'accusé en déployant un éventail pour s'éventer, le sourire niais. Je passais par là et je vous ai entendus.
- Perché dans un arbre ?! vociféra Ichigo.
- J'admirais les oiseaux. La plupart des nids sont dans les arbres, vois-tu ?
- Te fous pas de ma gueule !
- Moi qui pensais te rendre service et que tu me remercierais, soupira l'homme, pas vraiment surpris. C'est bien chez moi que tu te rendais, n'est-ce pas ? Croyais-tu réellement pouvoir me rendre visite sans que j'en sois averti ? Je savais que tu changerais d'avis.
Ichigo croisa les bras sans un mot. Ce sale pervers pouvait tourner ça comme il le voulait, il restait persuadé qu'il les espionnait et ça ne passait vraiment pas. Merde, il avait quand même droit à un minimum d'intimité y compris dans les bois !
- Suis-moi, ma boutique n'est plus très loin, continua l'homme blond en refermant son éventail d'un coup sec. Tu es évidemment la bienvenue, Inoue san. Tessai soignera vos blessures. En route, nous y serons à la tombée de la nuit.
- T'es bien familier avec Orihime, grogna Ichigo.
- Pas autant que toi à l'évidence, le taquina l'autre.
- La ferme !
Le couple se releva.
- Qui êtes-vous ? se renseigna Orihime cramponnée à Ichigo le temps que son équilibre se stabilise.
- Urahara Kisuke, enchanté, se présenta-t-il en s'inclinant. Tu seras ravie d'apprendre que l'objet de ta quête vit bien à Karakura où nous nous rendons.
Orihime écarquilla les yeux. Elle était décidément passée par toutes les émotions ces trois derniers jours. Ichigo était lui-même surpris d'entendre cela.
- Vous connaissez mon frère, murmura-t-elle, la boule au ventre. Comment est-ce possible ?
La moitié de son visage baignant dans l'ombre de son bob, Urahara fixa Orihime avec grand sérieux, une étincelle inquiétante dansant au fond de ses yeux.
- C'est à moi que l'impératrice a donné l'ordre de l'exécuter.
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Bonjour / Bonsoir à tous ! ^^ J'espère que vous allez bien =) En écrivant deux passages de ce chapitre, je me suis demandé "comment vont réagir les lecteurs ?". Je parle évidemment de la "danse" que partagent Grimmjow et Orihime et, bien sûr, la scène de la grotte. Je tiens à préciser que je pense que personne ne doit être touché, caressé, embrassé… etc contre sa volonté. Notre corps nous appartient. Il s'agit là d'une fiction, je n'encourage en aucune manière ce genre de comportement.
A part cela, ce chapitre a été un plaisir à écrire. Après le chapitre précédent dans lequel j'ai levé le voile sur quelques mystères, j'ai pu, dans celui-ci, faire avancer l'intrigue et évoluer les relations des personnages. Je suis définitivement fan de cet univers, je mets beaucoup de passion dans l'écriture de cette histoire d'autant plus que c'est ma dernière fanfiction.
Je veux remercier mes "rewieweurs" réguliers ou occasionnels pour le temps que vous prenez afin de me laisser vos avis : Captainmai, Elendrial, Saske13, Mysty, Angie-Tenshi18, Shiori, tipipkd, Aurelia338, cassiewright et ceux qui postent anonymement. Je n'ai jamais lu une histoire IchiHime en français de ce genre-là, alors je suis très contente que Je te retrouverai plaise autant sachant qu'en plus le manga est fini depuis un moment. Merci à vous tous ! ;-)
Merci pour la lecture, à bientôt pour le chapitre 7. Plein de bisoooux masqués ~
