§ JE TE RETROUVERAI §

._

Chapitre 7 : Un Profond Traumatisme (partie 1)

._

- Bienvenue chez moi ~ !

Ichigo accueillit cette annonce avec soulagement. Eh bien, Urahara san n'avait pas menti, ils étaient effectivement arrivés à destination à la tombée de la nuit.

La traversée du bois ne se fit pas dans le calme au point qu'Ichigo en regrette presque Renji. Urahara avait ce don horripilant de le titiller, de sous-entendre des trucs ou même de l'ignorer, ce qui le mettait souvent hors de lui. Orihime dut malgré elle jouer les arbitres pour apaiser ses nerfs en feu, en conséquence de quoi elle fut submergée par une vague de fatigue impossible à réprimer. Elle dormait actuellement dans les bras d'Ichigo en gémissant ou parlant de temps à autre dans son sommeil. Le roux préféra y voir là un bon signe compte tenu du risque de coma qui planait au-dessus d'elle.

- Qu'en penses-tu ? le questionna Urahara en pointant son chez lui avec fierté.

- Tu veux mon avis sur ta maison ? s'étonna le fils Kurosaki qui pensait à une blague.

- Est-ce si surprenant de la part de la personne qui va t'héberger presque gratuitement ?

- Oui. Et comment ça « presque » ?! S'il faut te payer, je couche dehors, moi ! D'ailleurs si je me souviens bien, tu payais que dalle lors de tes visites au Seireitei !

- Regarde autour de toi, ce n'est pas beaucoup te demander, le relança-t-il, apparemment pressé de connaître son opinion.

Blasé, Ichigo détailla tout de même la maison plutôt grande, typiquement japonaise, au fond de la cour privée. Une étrange sensation le traversa.

- C'est bizarre, cet endroit me dit quelque chose.

- Tu y es déjà venu, répondit Kisuke en l'incitant à le suivre vers l'entrée.

- Voilà pourquoi tu voulais mon avis ! Tu pouvais pas le dire franchement ?

- Tes parents m'ont sauvé la vie quelques années avant ta naissance et après, l'ignora l'autre. Il n'y a pas que des gens qui me veulent du bien dans ce bas monde... Sans Isshin et Masaki, je ne serais plus là. Nous étions déjà amis à l'époque où ils habitaient Karakura.

Ichigo s'arrêta sur le seuil à côté de lui.

- C'est toi le fameux patient qui a informé ma mère du poste vacant au palais impérial ? demanda-t-il, les yeux plissés. Mon père ne s'est pas attardé sur ce détail lorsqu'il m'a raconté l'histoire.

- En effet, c'est bien moi, reconnut Urahara. J'ai également suggéré à Isshin de postuler au Seireitei.

- Pourquoi ?

- Une manière pour moi de les remercier, je suppose, répliqua-t-il en arrangeant son bob sur sa tête blonde.

- Patron, vous êtes rentré !

Un homme venait de coulisser la porte avec force. Très grand, mate de peau, coiffé de tresses, des lunettes rectangulaires sur le nez et particulièrement moustachu, il était ému.

- Bien le bonsoir, Tessai ~ ! le salua joyeusement Kisuke. Kurosaki san et Inoue san vont rester un certain temps avec nous, ils ont besoin de soins. Peux-tu t'en charger ?

- Certainement, assura Tessai qui avait hâte de se plier à la tâche. Je me souviens de toi, Ichigo san, je te gardais souvent quand tu étais petit et que tes parents travaillaient si dur, dit-il avec beaucoup d'émotion.

Il sortit un mouchoir de sa poche, se moucha bruyamment puis serra un Ichigo surpris dans ses bras en le décollant de terre, la pauvre Orihime coincée entre eux.

- Oi ! Tu peux me reposer s'il te plaît ? Orihime va étouffer !

En plus de n'avoir aucun souvenir précis de ce gars, il détestait être câliné de la sorte.

- La séquence émotion est terminée, ce couple très amoureux doit soigner ses blessures, intervint celui au bob en les séparant.

Ichigo reprit son souffle à grandes bouffées tandis que Tessai adoptait une attitude plus sérieuse.

- Excuse-le, Tessai est très émotif, souffla Urahara.

- Heureusement que tu me le dis, je n'avais pas remarqué, ironisa Ichigo. Et inutile de préciser qu'Orihime et moi sommes « amoureux », ajouta-t-il, gêné.

- Navré pour cette maladresse de ma part. Ce n'est donc pas le cas ? répliqua-t-il derrière son éventail, l'œil rieur.

- C'est pas la question !

- Veuillez me suivre toi et ta petite amie, l'invita Tessai en entrant dans la maison.

Ichigo qui s'attendait à une entrée banale fut étonné de voir divers étalages de nourriture.

- Tu tiens une boutique, toi ? lança-t-il à Urahara qui les suivaient.

- Il ne faut jamais se fier aux apparences, Kurosaki san, sourit-il en s'éventant.

- Quand on te voit, c'est certain.

Le blond ne sut comment prendre cette remarque qu'il préféra ne pas relever. Les trois hommes traversèrent la boutique pour pénétrer dans la partie habitable de la maison, à laquelle on y accédait en écartant un simple rideau. Tessai pénétra dans une pièce qui s'avéra être une chambre.

- Je vais d'abord m'occuper de la future impératrice, décida-t-il en faisant signe à Ichigo d'allonger Inoue sur le futon.

Le roux s'exécuta. Elle avait l'air de dormir paisiblement.

- Bien, maintenant, tu peux nous laisser, déclara Tessai en allant chercher du matériel médical près de la fenêtre avant de revenir s'agenouiller auprès de la belle endormie.

- Pas question, je reste avec Orihime ! trancha Ichigo.

- Et que comptes-tu faire exactement à part regarder Tessai soigner sa tête ? lança Urahara appuyé contre le chambranle.

- Je… eh ben, euh.., bredouilla-t-il, sans parvenir à détacher ses yeux de la princesse. Je veux être là pour elle, c'est tout !

- Charmant. Tu ferais mieux d'aller changer de vêtements et te détendre dans la chambre voisine, suggéra le vendeur sans cesser de s'éventer. Tu as fait ta part du marché en la conduisant ici. Que tu l'admettes ou non, tu es exténué et blessé. Tessai s'occupera de tes blessures quand il aura fini ici.

- Non ! J'ai promis de la protéger et...

Un claquement sec résonna lorsque Kisuke referma brusquement son éventail. Le visage fermé, il fixa Ichigo.

- Je crois m'être mal fait comprendre. Tessai travaille pour moi au magasin mais il a également été médecin dans une autre vie. Ta petite amie ne risque donc rien et personne ne sait qu'elle se trouve ici. En revanche, toi, tu n'es rien de plus qu'un poids inutile dans l'état où tu es, dit-il sèchement. Tu vas donc aller te reposer mais tu es le bienvenu à la table du dîner dans deux heures.

Ichigo serra dents et poings. S'entendre dire qu'il ne servait à rien heurtait sensiblement son ego. Il jeta un œil à Orihime dont Tessai nettoyait la blessure, puis reporta ses iris bruns sur Urahara qui conservait la même expression. Finalement, sans un mot de plus, Ichigo tourna les talons pour rejoindre ladite chambre de l'autre côté du couloir. Kisuke soupira.

- A tout à l'heure, Tessai. N'hésite pas à m'appeler si tu as besoin de quelque chose.

- Bien, Patron.

{…}

Un bâillement particulièrement sonore résonna dans le couloir. Stark passa une main sur son visage et la fit glisser dans ses cheveux châtains ondulés, sans parvenir à diminuer sa fatigue. Rien que le mécanisme de la pensée l'épuisait alors mouvoir son corps, c'était pire que tout. Il n'avait pourtant pas le choix.

Ses pas étouffés dans l'épais tapis pourpre, il aperçut enfin l'endroit où il se rendait. Il avait beau avoir grandi dans cette maison, Stark la trouvait toujours aussi ridiculement grande et la décoration aussi joyeuse que dans un cimetière. Il n'en avait pas toujours été ainsi. Disons que leur père passait tellement de temps au palais impérial qu'il en avait fini par négliger sa propre maison ; et ne pas compter sur ses fils pour y remédier. Ils avaient d'autres chats à fouetter après tout : n'effectuer que le strict minimum pour Stark, se battre à longueur de journée pour Grimmjow et s'instruire pour Ulquiorra. Stark arriva enfin au bout de cet interminable couloir, s'arrêta devant une porte et entra.

- Il fallait vraiment que ta chambre soit située à l'autre bout de la propriété ? râla-t-il en se laissant choir sur une chaise.

Il n'obtint aucune réponse.

- Je te parle, petit frère, dit-il mollement.

Tranquillement assis dans un fauteuil, une cheville posée sur son genou, le coude prenant appui sur l'accoudoir, une main sous le menton, Ulquiorra lisait un roman avec la plus grande attention. Ses yeux verts bondissaient d'une ligne à l'autre sous ses cheveux bruns cachant partiellement son visage pâle.

- Ce bouquin a l'air mortellement ennuyeux, commenta Stark qui avait déchiffré le titre.

- Tu dis ça de tous ceux que je lis, répliqua son frère en poursuivant sa lecture.

- Je préfère les histoires qui ne donnent pas envie de dormir.

- Tu as tout le temps envie de dormir.

Il tourna une page de son livre.

- Et je ne t'ai jamais vu t'approcher d'un livre de toute façon, poursuivit Ulquiorra.

- Tu pourrais être surpris. Pour ça, il faudrait déjà décoller le nez de ta lecture si passionnante.

Ulquiorra termina son paragraphe, ferma son livre qu'il cala soigneusement à côté de lui et daigna enfin lever les yeux sur son frère aîné.

- Que veux-tu, Stark ? demanda-t-il platement comme à son habitude.

- Savoir si tu as des nouvelles de Grimmjow ?

- Pourquoi en aurais-je ?

- C'est bizarre. Il est parti depuis des semaines, il devrait être rentré, marmonna Stark, méfiant.

- T'inquiéterais-tu pour lui ? répliqua Ulquiorra en allant ranger le roman.

- Faut bien que l'un de nous deux le soit.

- Grimmjow a toujours mené sa vie comme il l'entend, sans rendre de compte à qui que ce soit.

- Et ? s'impatienta l'autre homme.

Les mains au fond des poches, Ulquiorra se tourna vers lui, l'air indifférent.

- Ce qui peut lui arriver m'est bien égal.

- Tu vas pas recommencer, se lassa Stark. Faire un effort ne te tuera pas même si tu te fiches du monde entier.

- Grimmjow n'est qu'un animal égoïste. Je refuse d'être associé à son personnage, se désolidarisa son frère devant la fenêtre.

- Comme tu veux, abandonna le plus âgé en se relevant. En tout cas, il avait une mission à accomplir. Ce que je vois, moi, c'est que ni lui ni la Princesse ne sont de retour. Je vais devoir tirer ça au clair avec père, se chargea-t-il, fatigué d'avance.

Il se dirigea vers la sortie et s'arrêta sur le seuil.

- J'ai ouï-dire que tu as rompu tes fiançailles, lança-t-il par-dessus son épaule, l'œil perçant. Pourquoi cette fois ?

Ses yeux émeraudes sur la lune voilée par un nuage égaré, Ulquiorra ferma lentement les paupières avant de répondre.

- J'ignore comment me comporter avec une femme.

Stark haussa les sourcils.

- Quelle importance ? Avec toi, ta future épouse sera mariée à un mur de toute manière.

Aucune réponse.

- Commence par te mêler aux autres, t'y intéresser et lâcher tes livres, ça atténuera ta personnalité schizoïde, lui conseilla son aîné, presque choqué par ce changement chez son jeune frère. L'art de plaire, celui de la conversation et bien d'autres choses, ça se pratique en interagissant avec nos semblables. Tu ne découvriras jamais ce qu'est une femme en restant enfermé ici.

- C'est père qui veut me marier.

Ulquiorra marqua une pause dans sa déclaration monotone, apparemment dans ses pensées.

- Je n'ai nul besoin de connaître les femmes, affirma-t-il finalement, toujours fasciné par le ciel nocturne.

Stark esquissa un sourire las.

- A part la Princesse, hein ?

Son frère se raidit, la tête tournée vers lui.

- J'ai remarqué depuis longtemps, tu sais, reprit Stark content de l'avoir percé à jour. Chaque fois qu'on se rend au palais, tu es le premier prêt à partir et tu ne te traînes qu'aux bals organisés par l'empereur pour la voir. C'est le troisième mariage arrangé auquel tu mets fin et c'est parce que tu étais engagé que Grimmjow a hérité de la Princesse. Tu sais aussi bien que moi que le choix de père se portera sur toi pour lui tenir chaud la nuit si Grimmjow ne revient pas. C'est ce que tu espères, n'est-ce pas ? Mais seras-tu capable d'aller jusqu'au bout du plan ?

Ulquiorra écarquilla imperceptiblement les yeux.

- J'ai ma réponse. Ce que tu peux être désespérant... Ce n'est pas dans tes pages décrépites que tu comprendras la nature de ce que la Princesse éveille chez toi. Franchement, elle a un sacré pouvoir. Je n'aurais jamais cru qu'un jour quelqu'un atteindrait ton cœur, soupira Stark avant de bâiller, achevé par cette conversation trop longue. Bonne nuit, petit frère, se retira-t-il.

Ulquiorra fixa la porte close. Un œil non averti le jugerait impassible. Un œil aguerri, lui, verrait qu'il était profondément ébranlé.

{…}

Elle sentit ses pieds quitter la terre, son dos heurter violemment le tronc d'arbre. Elle n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait que deux mains se glissèrent avidement sous son kimono pour palper ses cuisses, les écarter et la maintenir dans cette position vulnérable. Elle se retrouva assise dans le vide avec lui positionné entre ses jambes, une lueur lubrique dans son regard presque affamé. Ses petites mains poussèrent son torse pour le faire reculer, en vain.

- Qu'est-ce que... ? débuta-t-elle, apeurée.

Sa langue plongea dans sa bouche comme s'il cherchait à en explorer chaque recoin, à la priver d'air, à lui ôter sa faculté de penser. Non ça ne devait pas se passer ainsi ! Il ne pouvait pas ! Ses prunelles terrifiées volèrent à droite, à gauche, partout. Personne. Rien d'autre que des arbres, des fourrés. Le silence. Un affreux silence renforcé par une semi-obscurité oppressante. Personne. Elle était sans défense. Il n'y avait personne pour la sauver !

Une chose dure pressa contre son intimité puis se mit à aller et venir plus brusquement. Un couinement de surprise lui échappa. Qu'est-ce que c'était ? Les va-et-vient devinrent plus rapides, la chose dure entra en collision avec le sommet de son intimité. Ce contact provoqua une décharge du point d'impact jusqu'à l'extrémité soudain durcie de ses seins, devenus plus lourds. Avec difficulté, elle essaya de comprendre pourquoi son corps réagissait de la sorte alors qu'elle ne le voulait pas. Un cri remonta sa gorge, contrant toute tentative de penser rationnellement. Un cri si étrange qu'il lui sembla étranger, appartenir à quelqu'un d'autre. Cependant, là encore, pas le temps de s'y attarder. Sa main à lui libéra une de ses cuisses pour pincer fortement un téton à travers le kimono. Là, plus aucun doute : c'est un gémissement qu'elle émit depuis le plus profond de son être. Cette réaction l'effraya. Elle ne consentait pas à cela ! Elle ne l'aimait pas !

- Non, je ne veux pas ! s'écria-t-elle en martelant son torse de ses poings.

Elle se sauva aussi vite que possible, le cœur tambourinant, le cerveau embrumé par un panache de pensées confuses, la peur la plus primitive l'enveloppant tel un brouillard toxique qui perturbait ses sens. Un craquement perça sa perception erronée. Des pas plus rapides foulant le sol couvert de feuilles mortes. Il la poursuivait. Elle devait aller plus vite. Il accélérait. Elle puisa dans les ressources découlant de son instinct de survie. Vite. Ne pas se retourner, aller plus vite… !

- J'aime traquer mes proies surtout celles qui s'imaginent avoir une chance de m'échapper ! s'exclama-t-il, tout proche.

Sa voix était aussi lacérante qu'une lame aiguisée.

- NON !

Il la rattrapa, elle se débattit courageusement. Hélas, il n'eut aucun mal à la plaquer de plus belle contre un autre arbre.

- Laisse-moi partir ! Je ne t'aime pas ! Mon cœur appartient à Ichigo !

Il se lécha les lèvres, son sourire plus large que jamais.

- Ah ouais ? Tu crois vraiment qu'il voudra de toi après ce qu'on vient de faire ? se moqua-t-il.

- Ne dis pas « on » ! C'est toi qui... qui..., balbutia-t-elle, les larmes aux yeux, les bras croisés en signe de protection.

- Qui quoi ? Tu as aimé, pas vrai sale cochonne ?

- N-Non, c'est faux !

Non, non, non ! Elle n'avait pas « aimé ». Elle ne voulait pas. Mais son corps... Son corps, lui, avait aimé, peut-être même adoré à en juger par toutes les sensations qui l'habitaient encore. Une pensée effroyable la transperça. Elle commandait son corps, n'est-ce pas ? Alors si son corps avait pris un tel plaisir, elle aussi ! Elle avait donc bel et bien trompé Ichigo !

- Tu as pris ton pied, cesse de nier, la ramena-t-il sur terre. Tes petits cris le prouvent et c'est pas fini.

Il dénoua avec force son joli obi en soie avant d'écarter vivement les pans de son kimono. Il réserva le même sort à son sous-vêtement qu'il déchira à l'aide de son poignard. Ses seins exposés rebondirent dans la violence du geste. Choquée, honteuse, elle tenta de se cacher sauf qu'il l'en empêcha. Elle avait honte, tellement honte...

- Débarrasse-toi de tout ça, je veux te voir complètement, grogna-t-il tout en laissant ses yeux voyager sur son corps.

- S'il te plaît, ne m'oblige pas à..., l'implora-t-elle, la voix étranglée par les sanglots.

- Ta gueule ! Fais-le ou je m'en charge moi-même et tu le regretteras ! Je peux te buter tout de suite si je veux !

Sincèrement, elle préférait la mort à ça.

- Que dira ta chère maman ? asséna-t-il tout près de son visage comme s'il lisait en elle. T'es prête à en assumer les conséquences, Princesse ?

Elle était vaincue, son cerveau comme éteint. Tremblante, elle fit glisser de ses épaules ses vêtements en lambeaux. Il lui leva les bras au-dessus de la tête en maintenant ses deux poignets ensemble d'une main ferme. Du sang coula le long de ses bras tant l'écorce déchirait sa peau délicate. Son dos n'était pas plus épargné d'après le liquide chaud qui coulait sur ses fesses et le long de ses jambes. Honnêtement, s'il ne la retenait pas, elle s'effondrerait au sol.

- T'as un putain de corps, dommage qu'un tel sort lui soit réservé, déplora-t-il en la détaillant de son regard lubrique. Au moins, tu mourras en ayant connu la jouissance. Tu devrais me remercier.

Il lécha le sang dans son cou et mordilla sa peau sans ménagement. Elle ne dit rien, ferma les yeux, serra les dents et se força à ne rien ressentir. Elle était hors de son corps. Plus précisément dans un rêve assez puissant pour protéger un tant soit peu son innocence de l'horreur que subissait son être. Oui, elle s'imaginait loin d'ici, heureuse, maîtresse de son destin et surtout libre. Libre d'aller où bon lui semblait, libre de rencontrer des personnes peu importe leur rang social, libre d'épouser celui que son cœur avait choisi et surtout libre de mettre fin à l'emprise de sa mère...

- Connasse, reste avec moi !

Une gifle d'une violence inouïe la ramena de force dans cette réalité qu'elle cherchait à fuir. Son cou avait craqué, sa joue en feu enflait. Ne pas pleurer, ne pas lui accorder cette satisfaction. Ne pas pleurer. Fier de lui, il sourit et retourna faire des choses innommables sur sa poitrine couverte de marques rouges. Cette vision choquante réveilla une douleur au-delà des mots. Elle ne l'avait pas vu faire pourtant la douleur était bien réelle. A l'image de la répugnante excitation qui gagna du terrain lorsqu'il essaya une chose avec ses dents sur ses seins meurtris.

Comment était-ce possible ? Comment pouvait-elle souffrir et avoir du plaisir en même temps ? Pourquoi passait-elle de la nausée aux gémissements ? Et lui alors ? Pourquoi la traitait-il ainsi ? Pourquoi tant de méchanceté ? Pourquoi une telle différence de notion du mal ? Quand cette torture prendrait-elle fin ?! Comme s'il savait ce qui se passait dans sa tête, sa main libre, à lui, vint couvrir son intimité qui palpita. Ses prunelles s'écarquillèrent. Un petit miaulement lui échappa. Elle se dégoûta aussitôt. Lui, il sourit encore. Un sourire qui lui donna froid dans le dos.

- Encore sèche, hein ? Tu fais de la résistance, j'aime ça, jubila-t-il. Que tu le veuilles ou non, tu vas mouiller, Princesse.

Sa bouche chaude, cette même bouche qui l'avait sauvagement embrassée, mordue, recommença à faire des choses abjectes sur ses seins endoloris.

- Je t'en prie, arrête ! le supplia-t-elle.

- C'est ça, continue de me supplier, coquine.

- Ce... Ce n'est pas... Aïe !

Il ignora sa souffrance. Elle pleura silencieusement, ne pouvant retenir ses larmes plus longtemps. L'humiliation était bien trop grande. Elle voulait repartir, se réfugier loin de son corps, s'évader mais c'était impossible : il l'obligeait inlassablement à tout ressentir en l'excitant. Humiliant, si humiliant... Ses forces l'avaient abandonnée depuis longtemps. Elle souhaitait mourir ici et maintenant. Oui, qu'il la tue. Il lui avait volé sa pureté et son innocence. Elle ne valait plus rien.

Ses bras protestaient contre cette posture inconfortable. C'est ce moment qu'il choisit pour appuyer davantage sur ses poignets afin qu'elle reste bien en place. Elle cria de douleur, persuadée que ses os s'étaient cassés. Il se redressa enfin pour la fixer de ses iris sans pitié.

- Tu vas jouir, Princesse, lança-t-il telle une promesse.

- Orihime ?

Elle ouvrit ses yeux qu'elle ne se souvint pas avoir fermés. Il était là, arrivant de nulle part. Trempé, essoufflé, son sabre en main. L'espoir se déploya en elle comme les ailes d'un oiseau gracieux. Sa torture était finie !

- Ichigo ! sourit-elle à travers ses larmes.

- Qu'est-ce que tu fais ? articula-t-il, choqué. Je croyais que tu m'aimais !

Son sourire glissa de son visage. Son espoir offrit son cœur en pâture à l'insidieux désespoir qui n'attendait que ça.

- C'est le cas, je te jure ! lança-t-elle d'une voix aiguë.

- Tu mens ! hurla Ichigo, une expression blessée déformant ses beaux traits. Autrement, tu ne serais pas en train de t'envoyer en l'air avec ce connard !

Elle regarda son agresseur qui déboutonnait son pantalon. Une part d'elle anticipa la suite. Pourtant, même prête à être accueillie par les bras de la Mort, elle ne pouvait se résigner à perdre l'amour de sa vie. Non, pas comme ça !

- Ce n'est pas ce que tu crois ! s'écria-t-elle au bord du malaise. Je me suis... !

- Tu préfères me tromper avec lui ! Je suis venu pour te ramener auprès de moi, mais vous vous êtes bien trouvés tous les deux ! vociféra le roux dont la voix résonnait dans l'immense forêt.

- Ichi... !

- Je t'avais bien dit qu'il ne voudrait plus de toi, murmura son agresseur contre sa bouche... qu'elle mordit. Sale garce ! cracha-t-il, la lèvre ouverte.

- Laisse-moi m'en aller, je dois parler avec Ichigo ! exigea-t-elle. Lui dire la vérité !

- Il s'en fout de ta gueule ! T'es bouchée ou quoi ? Profite plutôt !

- Je ne veux pas ! Non, je ne veux pas !

- C'est pas ce que dit ton corps, Princesse.

Il l'embrassa furieusement pour éviter qu'elle jacasse davantage dans ses oreilles. Elle se tortilla jusqu'à s'écorcher méchamment la peau sur le tronc mais rien à faire, il refusait de la libérer. Elle dévia ses yeux gris gorgés d'eau sur le côté. Ichigo était toujours là, ses orbes bruns écœurés braqués sur le spectacle qu'ils offraient. Qu'elle offrait. A cet instant, ses larmes ruisselèrent librement, ses derniers remparts avaient cédé. Elle avait compris. Elle savait lire dans ses yeux marron mieux que n'importe qui : un fossé abyssal les séparait à cause de son comportement et il ne lui pardonnerait jamais.

La juste punition qu'elle méritait.

Elle avait trompé l'homme qu'elle aimait qui les avait surpris. Pire encore, il croyait qu'elle ne l'aimait pas et qu'elle s'était joué de lui. Si le pardon qu'Ichigo ne lui accordait pas était mérité, pourquoi cela était-il douloureux au point d'avoir littéralement mal au cœur ? Le chagrin l'emporterait-elle ? Dans ce cas, elle ne voulait plus rien ressentir pour abréger son supplice. Ni bonheur, ni malheur. Puisqu'Ichigo ne voulait plus d'elle, elle formula intérieurement son dernier souhait : qu'un trou remplace son organe à l'agonie, un trou si profond que sa souffrance y serait absorbée tout entière, et sa joie de vivre perdue à jamais. Ainsi, son enveloppe corporelle ne serait plus qu'une coquille vide libre de dépérir. Car sans Ichigo, plus rien n'avait de sens.

Pas disposé à lui accorder ce privilège, son agresseur libéra ses bras minces ensanglantés et engourdis pour les placer sur ses robustes épaules. S'éloigner de sa répugnante personne fut son premier réflexe. Malheureusement, son corps malmené et épuisé ne lui obéissait définitivement plus. Ses mains à lui soutinrent solidement ses fesses pour la remonter légèrement, puis il lui écarta largement les cuisses, entre lesquelles il se tenait dans une posture droite et déterminée. Cette « préparation » à l'inconcevable, elle ne la remarqua pas, ses ultimes pensées uniquement focalisées sur l'homme dont elle était amoureuse.

- Je vais marquer mon territoire et te faire mienne, lui chuchota son agresseur.

L'inconcevable se produisit.

Son martyre prit une tout autre dimension. La douleur. C'est tout ce qui pénétra son esprit brisé. Une douleur atroce, une douleur fulgurante, inimaginable. Dans son indicible souffrance, elle vit Ichigo trembler de rage. Dans son insondable désespoir, elle le regarda lui tourner le dos.

- Ichigo.

Sans se retourner.

- Ichigo !

Sa silhouette s'éloignait, engloutie par les ténèbres de la nuit. Plus jamais elle ne le reverrait. Le prix à payer pour l'avoir si honteusement trompé.

- ICHIGOOO !

.

Orihime se réveilla en sursaut dans la pénombre, le souffle court, le cœur palpitant. Redressée sur le futon, ses prunelles affolées scrutèrent toutes les directions. Se croyant dans la forêt, elle cherchait Ichigo et l'agresseur. A mesure que la réalité reprenait ses droits, elle réalisa revenir d'un intense et épouvantable cauchemar. Pour autant, Inoue ne savait pas à qui appartenait cette maison. Elle ferma les yeux. Le bal en l'honneur de Rukia, le Rukongai, la grotte, le bois traversé par un ruisseau... Petit à petit, ses souvenirs refirent surface ce qui l'aida à réguler sa respiration. Elle toucha sa tête entourée d'un bandage propre et finit par supposer se trouver chez Urahara.

Encore sous les effets de son horrible cauchemar, il lui fallut une minute entière pour s'ancrer pleinement dans la réalité. Tout avait l'air si réel... Bouleversée, Orihime enfouit son visage dans ses mains, ses épaules secouées par ses sanglots étouffés. C'était réel.

Au même moment dans la chambre voisine, Ichigo grimaça avant d'ouvrir les yeux. Pas certain de ce qui l'avait tiré du sommeil exactement, la réponse lui apparut comme une évidence lorsqu'une vive douleur traversa son bras en écharpe. Il passa sa main libre sur son visage. Grimmjow ne l'avait pas manqué même si son objectif initial était de séparer son bras de son corps. Au moins, Ichigo pouvait se targuer d'avoir bien riposté vu l'état dans lequel il avait réduit ce bâtard.

Agacé que son sommeil soit perturbé à cause d'un sac à merde, le roux changea de position pour replonger dans le sommeil. Alors qu'il commençait à dériver vers l'inconscience, il crut entendre des reniflements. Il fronça les sourcils, son imagination devait lui jouer des tours en raison de la fatigue accumulée. Le même bruit se fit entendre. Plus aucun doute. Il se leva, attrapa la bougie allumée sur un meuble et s'engagea dans la noirceur du couloir. La maison était silencieuse hormis ce bruit qui provenait de la chambre occupée par...

- Orihime ? murmura-t-il.

Cette dernière sursauta.

- Ichigo kun ? Pardon, je ne voulais pas te réveiller, se confondit-elle en excuses.

Elle sécha rapidement son visage pendant qu'il posait la bougie sur une chaise dans un coin.

- Tu peux retourner te coucher, lui assura-t-elle à travers un sourire qui se voulait rassurant.

- Et te laisser dans cet état ? Pas question.

- Je vais bien.

- Arrête, Orihime, s'impatienta Ichigo agenouillé à ses côtés. Je t'ai entendue pleurer et ta voix tremble. Dis-moi la vérité. Qu'est-ce qui te met dans un tel état ? demanda-t-il plus calmement sans cacher son inquiétude.

La belle resta muette. La vérité ? Comment formuler une chose dont on est incapable de reconnaître la véracité ? Incapable d'accepter qu'on en porte les cicatrices à vie ? Incapable de se faire à l'idée que plus rien ne sera jamais comme avant ? Orihime planta ses dents dans sa lèvre inférieure tremblante. Faire face à Ichigo si peu de temps après son cauchemar ravivait la brutalité du contexte, le traumatisme que ces images, ces sensations provoquaient chez elle.

- Je suis tellement désolée ! ne put-t-elle s'en empêcher en s'entourant de ses bras tout en se balançant d'avant en arrière. Je ne voulais pas que ça arrive, tu dois me croire !

Abasourdi par sa réaction, Ichigo resta interdit quelques instants. Soudain, frappé d'une illumination nocturne, il comprit.

- Tu as fait un cauchemar, ça va aller, essaya-t-il de la réconforter.

- Non, c'était bien réel ! Il a... avant que tu arrives... je... j'avais si mal… Et cette douleur dans tes yeux...

Agitée, elle pleurait. Pour Ichigo, elle n'avait pas vraiment quitté son cauchemar qu'elle revivait encore. Orihime avait vécu tant de choses en peu de temps que des sortes de monstres devaient se matérialiser dans ses rêves tels que Aizen, Grimmjow ou encore sa mère. Le fils Kurosaki voulut trouver les mots, lui faire entendre qu'ils ne méritaient pas qu'elle verse ne serait-ce qu'une larme. Comme c'était à prévoir, aucun discours « poli » ne lui vint en tête et il était assez réveillé pour deviner qu'Orihime n'avait pas besoin d'écouter ses paroles fleuries au beau milieu de la nuit. Au lieu de ça, Ichigo la serra dans ses bras, elle s'accrocha tout de suite à lui, ses ongles dans la chair de son dos. Il regretta d'être torse nu.

- Promets-moi que tu ne partiras jamais, hoqueta la princesse, le visage dans son cou.

- Quoi que tu aies vu, ce n'était pas réel.

- Promets-le-moi, Ichigo.

Celui-ci monta sa main sur sa nuque recouverte de ses cheveux emmêlés.

- Je te le promets, lui chuchota-t-il à l'oreille.

Pour la première fois, elle sembla se détendre. Ils restèrent un long moment enlacés en silence. Ichigo décida de l'allonger, persuadé qu'elle s'était endormie. A peine amorça-t-il un geste qu'Orihime raffermit sa prise, refusant de se séparer de lui. Devant ce comportement, Ichigo en déduit qu'à l'inverse de son corps qui s'était relâché, l'esprit d'Orihime, lui, rejouait les images qui la perturbaient.

- Tu veux me raconter ? risqua-t-il.

- Non, je... je ne préfère pas, répondit-elle, la voix instable. Tu es là maintenant, ça va.

Elle mentait, il le savait. Pourtant, il n'était pas à l'aise avec l'idée de la forcer à se confier. Après tout, peut-être faisait-il fausse route et qu'elle restait contre lui parce que ça lui faisait du bien ? Qu'elle craignait juste de se rendormir ?

- Je ne t'abandonnerai jamais. Tu sais que tu peux compter sur moi, hein ? s'assura le jeune homme.

Elle hocha la tête avant de la reculer légèrement pour lui faire face.

- Je ne pensais pas qu'un homme pouvait m'aimer comme je suis. Ma mère m'a si souvent dénigrée que j'ai fini par la croire, confessa la beauté auburn, marquée par des années d'éducation à la dure. Aujourd'hui, tu fais partie de ma vie. Te perdre serait un tel déchirement que je ne peux...

- Hé, arrête de te torturer avec ce genre de pensées, la raisonna Ichigo en posant sa paume sur sa joue humide. Ça n'arrivera pas, tu m'entends ? sourit-il.

La voyant pas totalement rassurée, il se pencha lentement.

- Tu n'es pas près de te débarrasser de moi, lui susurra-t-il sur les lèvres avant de s'en emparer.

Inoue répondit au doux baiser, ses doigts jouant avec les cheveux hérissés de son petit ami, qui caressa sa hanche avant de se déplacer sur sa taille. Quand il se fraya un chemin avec sa langue pour trouver la sienne, Orihime se crispa. Elle répugnait à l'admettre, mais le baiser d'Ichigo lui rappelait celui de Grimmjow. Elle le repoussa.

- Orihime ? s'étonna-t-il.

- Nous devrions dormir, dit-elle précipitamment sans croiser ses yeux.

Elle se glissa sous les draps et se positionna sur le côté, dos à lui.

- Bonne nuit, Ichigo et encore pardon de t'avoir réveillé.

Il resta là, à genoux, certain d'avoir manqué quelque chose.

- Pourquoi tu réagis comme ça ?

- Il est tard et je suis fatiguée, affirma-t-elle en priant pour qu'il s'en aille vite.

Non pas qu'elle ne souhaitait plus sa présence, plutôt qu'elle estimait ne pas mériter sa compagnie. Ichigo était gentil et elle était ignoble. Les choses étaient aussi simples que cela. Orihime regrettait déjà la promesse qu'elle avait exigée de lui. Connaissant Ichigo, il serait bien capable de l'honorer parce qu'il était un homme de parole, et ce même si son être tout entier n'aspirait qu'à s'éloigner d'elle et de son impardonnable infidélité. Ce scénario pire qu'une rupture tuait Orihime et se heurtait à sa nature altruiste. Elle fut tirée de ses réflexions négatives quand le grand corps chaud de l'élu de son cœur se cala contre le sien.

- Tu ne retournes pas dans ta... ?

- Je préfère être là si tu refais d'autres cauchemars, l'interrompit-il. Bonne nuit, Orihime.

A sa voix un peu sèche, Hime comprit que son attitude le blessait. Elle ne pouvait pourtant faire autrement. Malgré sa conscience qui lui martelait de tout lui avouer, elle n'y arrivait pas. Une larme lui échappa. Elle savait déjà que cette nuit, elle ne dormirait pas.

{…}

Le lendemain matin, le soleil se leva dans le ciel limpide, mettant en lumière la beauté architecturale du palais impérial. Ses rayons ne diffusaient pas beaucoup de chaleur mais même dans le cas contraire, ça n'aurait jamais été suffisant pour réchauffer le ton de l'impératrice.

- Patientez ici.

Les gardes obéirent dans la seconde à cet ordre glacial. Miyako fit quelques pas de plus jusqu'à la porte close au fond à droite. Elle arrangea son chignon serré, lissa les plis de son magnifique kimono rouge puis entra dans le bureau avec énergie.

- Oh !

- Veuillez m'excuser, votre Altesse, articula Stark en s'inclinant brièvement.

L'impératrice avait manqué de le heurter de plein fouet.

- Loin de moi l'idée de vous effrayer. Je ne pensais pas tomber sur vous de si bon matin, ajouta-t-il en frottant ses yeux comme si cette situation anodine aspirait ses dernières forces.

- Il en faut plus pour m'effrayer. Et sachez que mes allées et venues ne regardent que moi, répliqua Miyako en retrouvant sa voix aussi sèche qu'un quignon de pain rassis.

- Si vous le dites, expira Stark avant de bâiller en lui exposant presque son gosier.

La mâchoire de la femme se crispa. Si insolent et grossier ! Elle se ressaisit en inspirant profondément.

- Laissez-nous, je vous prie, Stark.

- J'allais justement m'en aller avant votre arrivée. Si vous voulez bien me laisser passer.

Miyako fronça le nez.

- Certainement, fit-elle avec raideur.

Elle referma la porte dès qu'il quitta la pièce.

- Seul Kami sama sait comment tu arrives à le supporter. Il a l'air de dormir en permanence, s'exaspéra Miyako.

Confortablement assis à son bureau, Aizen tourna une page du carnet dans lequel il écrivait.

- Tu es bien matinale, très chère, ironisa-t-il.

- Ne m'as-tu pas entendue ?!

- Stark est mon fils, je l'accepte tel qu'il est. N'est-ce pas ton cas avec ta fille ? lança-t-il en trempant sa plume dans l'encrier.

- Je supporte Orihime parce que je sais qu'elle mourra dans peu de temps. Du moins, c'est ce qui était prévu.

A son ton agacé, Sosuke saisit que sa maîtresse n'était vraiment pas d'humeur. Il cessa d'écrire pour lui accorder toute son attention.

- Tu n'es pas venue dans mon bureau uniquement pour te plaindre de nos enfants. Qu'y a-t-il cette fois ?

- Figure-toi que si d'une certaine manière.

- Comment ça ?

- Grimmjow ! siffla Miyako en faisant les cent pas. Ton fils et Orihime ne sont toujours pas rentrés ! Plus de deux mois qu'il est parti à sa recherche et rien ! As-tu des nouvelles ?

- Pas la moindre, répondit posément le conseiller de l'empereur en rajustant sa posture contre le dossier. Stark est justement venu aborder ce sujet.

- Tu n'as pas l'air de t'en émouvoir plus que cela, constata-t-elle, plantée devant à lui.

- Non, en effet. Si Grimmjow et la Princesse brillent par leur absence, il doit y avoir une bonne raison.

- Je ne vois vraiment pas laquelle ! s'emporta l'impératrice, ses petits poings serrés. Dois-je te rappeler qu'avec la loi instaurée par mon mari, notre marge de manœuvre est réduite ?!

- Cela ne m'inquiète guère, déclara Aizen en lissant ses cheveux ondulés. Toi et moi parvenons toujours à nos fins.

- Espérons que les kamis t'entendent. Orihime est incapable de survivre seule dans le monde extérieur, je ne vois donc que trois explications pour justifier son absence : elle est morte agressée au fond d'un village...

- Est-ce là ta vision de la fin la moins tragique ? se moqua son amant.

- …ou alors retardés pour une quelconque raison, elle est en route avec Grimmjow et enfin, dernière possibilité, elle poursuit son chemin avec Kurosaki et manigance pour me faire perdre mon titre, acheva-t-elle sans relever son intervention.

- La Princesse refuse ce mariage, c'est cette union imposée qu'elle cherche à fuir. Je ne pense pas que ta fille irait jusqu'à se retourner contre toi, même si l'éducation que tu lui as donnée ne doit pas faire naître chez elle l'envie de te serrer dans ses bras, murmura Aizen, le menton dans la main. Et puis, elle aime son père, elle reviendra sois-en sûre.

- A ce sujet, l'état de mon mari semble s'améliorer, lui annonça Miyako toujours aussi agacée.

Sosuke fronça les sourcils.

- J'ai relevé qu'il toussait moins, rien à part ce détail ne laisse entrevoir un regain de santé. Son traitement le soulage dans ses derniers jours, voilà tout.

- Je le croyais aussi mais non. Son médecin s'est entretenu avec moi, lui-même n'y comprend rien et compare cela à un miracle. Mon mari, qui il y a encore trois jours était à l'agonie, retrouve de plus en plus ses forces. Un autre horripilant grain de sable enrayant nos projets, siffla-t-elle. Il ne sera plus possible de faire croire que le chagrin dû à la perte d'Orihime a précipité l'issue fatale de sa maladie.

Le conseiller ne dit rien et se leva gracieusement. Les bras dans le dos, il contempla les jardins parfaitement entretenus par la fenêtre.

- Ton regard... Tu as une solution à ce problème, n'est-ce pas ? se réjouit l'impératrice en allant le rejoindre.

Elle se hissa sur la pointe des pieds pour lui donner un baiser et plongea dans son envoûtant regard brun. Oh, qu'elle aimait cet homme si intelligent, loyal, beau et qui la comprenait. Avec lui, elle pouvait exposer sa véritable nature et éprouver des sensations jamais ressenties avec aucun homme.

- Dis-moi ce que tu as en tête, Sosuke, minauda Miyako.

Pour toute réponse, il lui adressa un sourire énigmatique. Ce sourire qui l'avait fait tomber amoureuse de lui des années auparavant.

{…}

Il aimait prendre l'air dans sa cour si tôt le matin. Le seul moment de la journée où la ville était calme, l'air revigorant.

- Bonjour, Urahara san.

Il pivota vers l'entrée de sa boutique.

- Inoue san, bonjour ~ ! Tu es bien matinale, dis-moi. As-tu passé une bonne nuit ?

Cette question sonnait comme une invitation à confirmer la réponse qu'il soupçonnait déjà. Mal à l'aise, Orihime refusa d'attraper cette perche supposée l'amener à se confier. En dehors du fait qu'elle n'avait pas la moindre envie d'évoquer la nuit dernière, elle ne connaissait Urahara que depuis la veille. Un temps insuffisant pour partager ce qui la rongeait, sans espoir qu'il puisse l'aider même si elle le faisait.

- Oui, mentit-elle. J'en avais bien besoin après ce périple...

Il y eut un silence qu'elle jugea gênant.

- Euh… et vous ? Vous êtes venu à notre rencontre dans les bois après tout.

- Je me porte à merveille, je suis aussi jeune que j'en ai l'air ! rit le vendeur.

Son attitude qui rappelait Isshin amusa la jeune femme.

- As-tu mangé ? Tessai est un as dans l'élaboration de recettes, tout mon contraire, je le crains, se lamenta-t-il.

- Je n'ai pas très faim, mais j'ai hâte de goûter sa cuisine, répliqua Orihime. A ce sujet, je vous remercie de nous accueillir chez vous avec Ichigo.

- Ce n'est rien, voyons. Vous n'avez nulle part où aller par ici.

La princesse s'agrippa nerveusement le coude en dansant d'un pied à l'autre. Kisuke, lui, prit place sur l'une des deux chaises devant la façade du magasin encore fermé. Il lui fit signe de s'asseoir à ses côtés, ce qu'elle fit.

- Tu souhaites que je te parle de ton frère, amorça Urahara en la voyant hésiter à lancer le sujet.

- Oui, confirma-t-elle, les mains crispées sur le tissu de sa robe sur ses cuisses. Que pouvez-vous me dire à son sujet et l'ordre d'exécution donné par ma mère ?

Kisuke s'éventa, les yeux dans le vague. Lorsqu'il lui jeta un coup d'œil, il rencontra ses grands océans gris avides de réponses si longtemps recherchées. Il replia son éventail en soupirant.

- Je vais répondre à tes questions.

- Je vous remercie ! se réjouit Inoue. Si vous saviez depuis combien de temps...

- Pas tout de suite, tu vas encore devoir patienter, décréta-t-il en se relevant.

Elle le regarda sans comprendre.

- Pourquoi cela ?

- Il y a des choses que tu n'es pas prête à entendre.

- Mais enfin..., protesta-t-elle.

- De plus, je crois que tu devrais rencontrer Sora avant pour te faire ta propre idée de lui, fit-il en la regardant avec sérieux. Gérer une émotion forte après l'autre me paraît préférable. Sa maison se situe à quelques rues d'ici, je pense toutefois que tu auras de plus grandes chances de le trouver sur son lieu de travail, un peu à l'extérieur de la ville. Qu'en dis-tu ?

La belle garda le silence, ce n'était pas du tout ce qu'elle avait prévu.

- D'accord, accepta-t-elle, frustrée malgré tout.

Urahara san n'avait peut-être pas tort dans le fond.

- Bien. En sortant d'ici, tourne à droite vers le marché. Au troisième croisement, tourne à gauche puis tout droit, tu verras un champ bordé de maisons. Traverse le pont et continue jusqu'à l'étroit sentier. La plus grande des maisons est celle dans laquelle il travaille.

- Merci, je m'y rends tout de suite dans ce cas, décida-t-elle non sans appréhension.

- Tu es sûre ? Je peux te donner un plan si tu le souhaites.

- J'ai une bonne mémoire, je vous remercie, refusa poliment Hime.

Elle avait du mal à croire que dans peu de temps, elle rencontrerait son frère. Ces retrouvailles l'effrayaient, tant de choses s'étaient passées depuis sa fuite du palais. Quelle impression lui donnerait-elle ? Voudrait-il apprendre à la connaître ? Jusqu'où oserait-elle se dévoiler ?

- Bien le bonjour, Kurosaki san ! lança soudain Kisuke.

Orihime se raidit sur sa chaise. Sa présence derrière elle l'écrasait déjà.

- Tu as de toute évidence bien dormi. Quelle mine superbe, tu rayonnes ~ !

- Te fous pas de ma gueule, Urahara san, râla le roux en frottant ses yeux fatigués.

- Bonjour, Ichigo ~ ! le salua la beauté auburn avec une surdose d'enthousiasme. Tu as pris un petit-déjeuner ? Tessai san cuisine vraiment bien !

C'est le premier sujet qui lui vint à l'esprit pour éviter d'évoquer ou même sous-entendre l'épisode de cette nuit.

- Ouais, je m'en suis rendu compte et je pensais d'ailleurs te trouver à table. Je ne m'attendais pas à ce que tu te réveilles si tôt, répondit Ichigo avec un regard qui la gêna grandement.

Un flop total pour Orihime obligée de passer en mode défensif. Sa seule option : mentir.

- Ah, c'est juste que... eh bien, j'ai pas mal dormi durant le trajet hier alors euh... je me suis levée tôt, broda-t-elle en ignorant sa conscience.

- Vraiment ?

- U-Um ! J'avais très faim aussi.

Les yeux animés d'une certaine lueur dans l'ombre de son bob, et le bas de son visage dissimulé par son éternel éventail, Urahara assistait à leur échange en gardant pour lui les pensées qu'ils lui inspiraient.

- Tessai san m'a dit que malgré tout le mal qu'il s'est donné pour préparer un petit-dej' consistant, tu n'as rien voulu manger, la contra Ichigo.

Inoue rougit et n'osa plus croiser ses iris inquisiteurs.

- J'ai attrapé une pomme, ça m'a suffit.

- Une pomme, hein ?

Le repli stratégique était finalement la meilleure option.

- Euh bon, je dois y aller ! se débina Orihime. Il fait beau, ce serait vraiment dommage de ne pas en profiter ! A tout à l'heure !

Elle déguerpit.

- Tu as l'art de parler aux femmes, c'est bluffant, commenta Kisuke.

- La ferme !

- Il semble que vous ayez des choses à régler.

- Lâche-moi, tu veux, gronda le fils Kurosaki. En parlant de choses à régler, quand comptes-tu me dire ce qui est arrivé à ma mère ?

- Quand je l'aurai décidé, déclara l'homme blond.

- Tu te fous vraiment de ma gueule !

- Pas du tout, assura-t-il, l'air grave. Inoue san est partie à la rencontre de son frère, ne crois-tu pas que ta présence est nécessaire ? Sa vie va bientôt changer, avoir un point d'ancrage est important.

Ichigo plissa les yeux.

- Je n'en ai pas fini avec toi, Urahara san, l'avertit-il.

Sur ces paroles, il se dépêcha de rattraper Orihime.

- Ah, l'amour..., marmonna le vendeur douteux.

Il observa le ciel dégagé puis retourna dans sa boutique.

{…}

- Tu es sûre de savoir où tu vas ?

- Évidemment, Urahara san m'a dit de tourner à gauche puis tout droit et à droite. A moins que ça ne soit tout droit, à droite puis à gauche...

- C'est vrai que tu n'as pas l'air perdue, ironisa-t-il en détaillant les lieux.

- Ce n'est pas très gentil de te moquer de moi, bouda-t-elle. Je fais ce que je peux.

- Connaissant Urahara san, il ne t'aurait pas donné un itinéraire pour atterrir seule ici aussi tordu soit-il.

- Je ne suis pas seule puisque tu es là, le corrigea la princesse qui se frayait habilement un chemin parmi les passants tout en essayant de se repérer.

- Tu ne tiens pas compte de ce que je dis pour autant.

- Parce que tu connais le chemin ?

- Je pourrais justement t'aider si tu m'avais dit l'itinéraire, siffla le roux.

- Attends, Urahara san ne t'a pas envoyé pour me servir d'escorte ? l'ignora-t-elle. Je peux me débrouiller et je...

- Ouais, c'est évident ! s'exaspéra-t-il.

- Ichigo !

- Quoi ?!

Il en avait plus que marre de tourner en rond. Avec Orihime, ils avaient parcouru de nombreuses rues et ruelles en long, en large et pour certaines en travers à croire qu'elle cherchait un passage secret improbable. Alors que la tension d'Ichigo augmentait, une jeune femme pressée le bouscula accidentellement. Quand elle croisa son regard, elle bafouilla des excuses et détala comme si elle était poursuivie par les flammes de l'enfer.

- Admets-le, Orihime, on est paumés ! On devrait revenir sur nos pas et demander notre chemin.

- C'est inutile, essayons cette direction, indiqua-t-elle en montrant l'une des ruelles peu engageantes. Le marché n'est pas loin, c'est mon repère.

Ichigo jeta un œil dubitatif dans la direction en question pendant qu'elle pressait le pas.

- Ça n'a pas l'air mieux qu'ici, grogna-t-il.

- Ça vaut le coup d'aller voir, s'entêta Inoue qui marchait devant. Peut-être...

- Peut-être quoi ? s'impatienta le fils Kurosaki. On doit marcher pour rien depuis près d'une heure, si ce n'est plus. En temps normal, je me serais énervé depuis longtemps. Parce que c'est toi, j'ai fait un effort mais là, j'atteins ma limite.

- Eh bien, je suis désolée, s'excusa Orihime sans ralentir. C'est toi qui as voulu venir, tu es libre de faire demi-tour.

Le roux fronça davantage les sourcils.

- Pourquoi tu me parles comme ça ?

- Comme quoi ? Je refuse d'abandonner, c'est tout.

- Qui te parle d'abandonner ? Simplement...

- Non ! Je dois continuer.

Son ton ferme déstabilisa Ichigo. Ça ne pouvait plus continuer. Il pressa son bras pour stopper sa marche en plein milieu de la rue, obligeant de ce fait les personnes à les contourner.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna-t-elle.

- Regarde autour de toi, nous sommes dans le quartier le plus délabré de la ville. Je ne crois vraiment pas que ton frère vive ou travaille ici.

En effet, aucune structure autour d'eux ne tenait debout, des objets rouillés ou cassés jonchaient le sol, les gens qu'ils croisaient étaient vêtus pauvrement tandis que d'autres mendiaient ou vendaient ce qu'ils pouvaient en échange de quelques pièces. Forcée de reconnaître qu'Ichigo avait raison, la belle ne retint pas le soupir qui passa ses lèvres.

- Je ne le crois pas non plus. J'étais pourtant persuadée d'avoir bien mémorisé les indications d'Urahara san.

Elle se tenait de profil à Ichigo qui se pencha tout près de son oreille.

- C'était probablement le cas mais ma présence te trouble, lui chuchota-t-il en surveillant sa réaction.

Sa petite amie frissonna.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, nia Orihime qui souhaitait éviter ce sujet.

- Je suggère qu'on fasse une pause, imposa Ichigo en l'entraînant dans la direction opposée.

- Maintenant ? Mais mon frère...

- ...ne va pas s'envoler.

Il chercha un endroit tranquille qu'il trouva près de ce qui fut autrefois un temple sûrement détruit pendant la guerre.

- Je dois le retrouver, insista Inoue qui voulait se remettre en route.

Elle n'était pas à l'aise du tout, le fait de jouer nerveusement avec ses doigts en était la preuve. Se retrouver seule avec son petit ami sur les nerfs était exactement ce qu'elle redoutait. Ils devaient se remettre sur la piste de Sora ! Toutefois, Ichigo ne voyait pas les choses ainsi. Posté devant elle, il gardait fermement sa main libre sur son épaule pour l'empêcher de lui fausser compagnie.

- On va le retrouver. Avant, il faut que tu éclaircisses quelque chose.

- Quoi donc ? Le moment est mal choisi, tu ne crois pas ?

- C'est pas comme si tu me laissais le choix alors non, je ne crois pas, rétorqua-t-il.

Perplexe, la beauté auburn fronça les sourcils.

- Qu'est-ce que je suis censée comprendre ?

- Qu'il n'y a pas que marcher pour rien que me demande des efforts, expliqua le jeune homme en maîtrisant sa voix qui vibrait déjà sous la colère. Attendre que tu viennes vers moi aussi alors je vais te reposer la question : pourquoi tu n'as pas attendu que je me réveille ce matin ?

- Je te l'ai dit : j'avais faim, persista-t-elle, l'estomac noué.

Pourquoi reparler de cela maintenant ? Cette conversation était close pour elle. Orihime se força à se reprendre intérieurement. Il fallait qu'Ichigo arrête de tirer sur la corde, autrement, elle ne savait pas comment elle allait réagir. Émotionnellement instable, son état était incompatible avec une première rencontre avec Sora, elle le savait. Pourtant, Orihime préférait aller au bout de sa quête plutôt que de rester seule avec Ichigo. Il n'y était pour rien mais en cet instant, il ne l'aidait pas. Il désirait des réponses qu'elle ne se sentait pas la force de lui donner. Des réponses qui marqueraient la fin de leur histoire fraîchement commencée. En clair, elle fuyait désormais sa présence et refusait qu'il la quitte. Un douloureux paradoxe qu'elle ne contrôlait pas et la rongeait à petit feu.

- Pourquoi tu n'as rien mangé si tu avais faim ?

- Par tous les kamis, Ichigo, en quoi est-ce si important ? Je te répète avoir mangé une pomme.

- Ce n'est pas vrai, dégaina-t-il.

- Tu n'as quand même pas fouillé la poubelle ?! s'exclama Hime, abasourdie.

- Je n'en ai pas eu besoin. Ta réaction confirme en tout cas que j'ai raison.

- Ma réaction confirme rien du tout, c'est toi qui...

- C'est en lien avec cette nuit ? la coupa-t-il sèchement.

- C'est un interrogatoire ? On dirait que tu m'accuses de quelque chose, se braqua la belle.

- Contente-toi de répondre, ne lâcha pas le roux.

- J'avais hâte d'en apprendre plus sur mon frère, c'est pourquoi j'étais avec Urahara san.

- Ah bon. Je croyais que c'était parce que tu ne voulais pas rester en ma présence, répliqua-t-il sur un ton accusateur.

Sa réponse causa un pincement au cœur d'Orihime. Il se rapprochait trop dangereusement de l'odieuse vérité. Où donc était passé le Ichigo aveugle à qui elle parvenait à cacher ses émotions les plus profondes ? Était-ce elle qui ne savait plus mentir ou bien lui qui était devenu plus attentif ? Difficile à dire.

- Pour quelle raison je ne voudrais plus être avec toi ? articula-t-elle en craignant sa réponse.

- A toi de me le dire, répondit-il, de la tristesse au fond de ses iris marron. Cette nuit, tu me fais promettre de rester auprès de toi. Ensuite, juste avant de dormir, tu me tournes le dos et le matin suivant, tu me fuis.

- Je ne te fuis pas.

- Tu me fuis ou tu m'évites, appelle ça comme tu veux, Orihime ! s'agaça-t-il. Ce qui est sûr, c'est que tu ne me regardes même plus ! Ton comportement, ta manière de me parler ont changé ! Tu me racontes des mensonges et après tu t'étonnes que je pense que tout ça est lié à moi ?!

- Ce n'est pas ce que je veux, chuchota Orihime, les épaules voûtées. Je ne veux pas te faire de mal.

- C'est pourtant ce que tu fais, déclara Ichigo. Tu veux vraiment qu'on rencontre ton frère avec cette tension entre nous ? Si tu me reproches quelque chose, dis-le-moi, termina-t-il, lassé par cette situation.

Orihime prit le temps de rassembler ses pensées confuses. Le voir blessé de la sorte la tuait, elle lui faisait du mal même en voulant l'épargner. Quel genre d'horrible personne était-elle au juste ?

- Je ne te reproche rien. La vérité, c'est que je m'en veux de ce qui s'est passé avec... enfin, tu sais, après le bal et dans la grotte, émit-elle enfin en le regardant droit dans les yeux.

- C'est à cause de Grimmjow ?! s'étouffa-t-il presque.

- Vous vous êtes battus très violemment, souffla-t-elle.

- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu m'évites.

- C'est encore frais dans ma tête. Te voir avec ton bras en écharpe, toutes ces égratignures, ces ecchymoses, ça ne fait que me rappeler...

- …que j'aurais pu mourir.

- Um. Tout ça m'a marqué, tu comprends ? Il me faut un peu de temps pour m'en remettre d'où mon comportement envers toi.

Tu mens ! Dis-lui la vérité ! lui hurla sa conscience. Évidemment, Orihime s'en voulait d'avoir entraîné Ichigo à sa poursuite, le conduisant ainsi à se battre contre Grimmjow. Seulement, il ne s'agissait là que de la partie visible de l'immense iceberg de culpabilité qui menaçait de la noyer dans son océan de tourments.

Ichigo, pour sa part, fit son possible pour calmer la colère qui circulait à grande vitesse dans ses veines. C'était donc ça le noyau du problème. Encore et toujours Grimmjow ! Ce salaud avait suffisamment foutu sa merde, hors de question qu'il continue même à distance jusqu'à interférer dans leur relation ! C'est comme si ce salaud le narguait sur son incapacité à protéger Orihime de sa délirante partie de chasse. Il inspira à plusieurs reprises pour faire baisser sa tension trop élevée et remonta sa main sur la joue d'Orihime qu'il caressa avec son pouce.

- Il faut que tu cesses de ressasser cette histoire, lui répéta-t-il calmement.

- Je… Je vais essayer, murmura-t-elle.

- Essaye avec plus de conviction, on dirait que ma vie s'arrête demain, la taquina-t-il.

Occupée à combattre ses larmes qui menaçaient de couler, Orihime ne goûta pas à la plaisanterie. Là, tout de suite, ce n'est pas pour la vie d'Ichigo qu'elle se faisait du souci. Non, actuellement, elle doutait de sa capacité à encaisser sa réaction quand elle lui avouerait tout, à supposer qu'elle trouve le courage nécessaire. Conscient que sa petite amie n'était toujours pas rassurée, le roux fit glisser ses doigts le long de sa mâchoire pour l'inciter à reconnecter ses yeux aux siens. Le contact rétabli, ils s'observèrent pour profiter de l'instant et de la chance d'être ensemble après les épreuves traversées. Un petit vent balaya la ruelle, faisant craquer les débris fragiles autour d'eux mais n'ébranla pas la détermination d'Ichigo à faire barrage à Grimmjow.

- Je vais bien, d'accord ? lui chuchota-t-il en pinçant délicatement son menton.

La princesse posa sa paume fraîche sur sa main.

- Tu ignores ce que l'avenir nous réserve, répondit-elle à mi-voix.

- Je sais au moins que Grimmjow ne te fera plus jamais de mal, jura-t-il, une vive lueur dans ses orbes marron. Ne le laisse pas avoir autant d'impact sur toi, il n'en vaut vraiment pas la peine.

Orihime acquiesça avec un sourire forcé assez convaincant. Il avait avalé son mensonge. Sa culpabilité ne tarda pas à grignoter son maigre soulagement cependant. Elle se trahirait à nouveau tôt ou tard alors Ichigo, loin d'être stupide, reviendrait à la charge. A quoi ressemblerait leur face à face ce jour-là ? Elle n'osait pas y penser.

- Cette discussion aura été utile finalement, héhé !

- Tu as forcément remarqué que je déteste être tenu à l'écart surtout quand je suis concerné, lui dit sérieusement Ichigo. Tu sais ce qu'il te reste à faire la prochaine fois.

Cet avertissement prononcé sur un ton léger compressa la poitrine de la beauté auburn.

- Il y a des choses plus difficiles à dire que d'autres, tu sais, ne put-elle s'en empêcher.

- C'est vrai, je suis le premier à le reconnaître pour avoir du mal à dévoiler mes sentiments, admit-il. Sauf que parfois cacher des choses est pire que de les avouer, crois-moi...

Il se gratta la tête en soupirant.

- J'ai grandi entouré de mystères et de non-dits notamment autour de la disparition de ma mère. Rukia, Renji et les autres dissimulaient souvent des trucs soi-disant pour m'épargner ou par crainte de ma réaction. Ils ont fini par comprendre que ce genre de comportement ne m'aide pas, au contraire. C'est pour ça que je me suis agacé tout à l'heure, je ne veux pas revivre ça avec toi.

Le cœur d'Orihime remonta dans sa gorge. Elle se reconnaissait dans ses propos et appréhendait plus que jamais de partager avec lui ce que signifiait son cauchemar et les événements dans la grotte. Elle le perdrait, c'était sûr. Comment pourrait-il en être autrement ? Trahison. Infidélité. Mensonges. A travers ces termes qu'elle avait en horreur, elle devait anticiper la réaction d'Ichigo en réponse à ses actes. Rompre avec lui en inventant une excuse et tout garder pour elle à jamais était tentant. Il n'aurait pas à entendre ces atrocités et, quant à elle, son dégoût d'elle-même, sa honte et ses regrets ne seraient pas décuplés devant lui. Néanmoins, impossible d'envisager sérieusement cette possibilité. Son amour pour Ichigo poussait Orihime à le garder égoïstement à ses côtés en dépit des conséquences. Sa conscience et son cœur se livraient une épuisante guerre sans fin. Une guerre qui l'éloignait ou la rapprochait d'Ichigo en fonction du vainqueur.

- Orihime ?

Celle-ci cligna des yeux et remarqua qu'elle l'avait enlacé, sa tête auburn sur son pectoral gauche. Elle leva ses prunelles vers lui.

- Désolée, je… je comprends ce que tu veux dire. L'honnêteté est préférable au mensonge, improvisa-t-elle, déchirée par ses propres mots.

- Pourquoi tu pleures ? ne comprit pas le jeune homme.

- Oh, je suis juste contente qu'on se soit réconciliés.

- Tu trembles.

- Il fait un peu froid, répliqua-t-elle, troublée par son air intrigué.

Désormais soupçonneux, le fils Kurosaki ne dit rien, ne sachant pas quoi penser. De plus en plus perturbée par l'air soudain étouffant et cette situation pas loin d'avoir raison d'elle, Orihime se laissa guider par son instinct. Dressée sur la pointe des pieds, elle entoura le cou d'Ichigo de ses bras fins et l'embrassa. Elle l'aimait, oh oui, elle l'aimait très fort. Motivée à tenir tête à ses craintes, Hime approfondit le baiser sans doute un peu trop. Le gémissement d'Ichigo vibra en elle comme un écho de son cauchemar. La main de son petit ami longea ses côtes, caressa son ventre, effleura le bas de ses seins… Orihime se crispa instantanément, recula brusquement d'un pas, décollant ainsi sa bouche de la sienne.

- Que... ? débuta-t-il, interloqué.

- Ça me revient ! s'excita-t-elle pour justifier son attitude.

- De quoi tu parles ?

- Le bon chemin !

- Tu penses à ça dans un moment pareil ? s'exclama Ichi, ahuri.

- C'est par ici, pointa la belle.

- Mais enfin, Orihime...

N'étaient-ils pas en train de savourer leur réconciliation ? Ils étaient perdus de toute façon alors reprendre les recherches maintenant ou dans cinq minutes, quelle différence ? Certes, rencontrer Sora était primordial, toutefois une part d'Ichigo trouvait l'attitude de sa petite amie… bizarre.

- Tu es certaine que ça va ? s'assura-t-il.

- Absolument ! affirma Inoue aussi enjouée que possible.

Il plissa les yeux.

- Euh, je t'attends là-bas, d'accord ?

Les bras croisés sous sa poitrine, elle se remit en marche pour cacher sa joie de façade vite absorbée par sa souffrance. Elle ne pouvait lui faire face plus longtemps. Immobile, Ichigo ferma le poing tout en la suivant des yeux. Il s'était réjouit trop vite. Rien n'était réglé. Merde, cette discussion qu'ils venaient d'avoir n'avait servi à rien d'autre qu'à l'endormir, faire en sorte qu'il lâche l'affaire.

- Tu viens ? l'appela Orihime au bout de l'allée.

Ichigo aligna enfin un pas devant l'autre pour la rejoindre. En temps normal, il n'aurait rien remarqué sauf que là, Orihime se trahissait toute seule. Parmi ses incertitudes, une certitude demeurait : sa petite amie lui cachait bel et bien quelque chose. Pensait-elle vraiment qu'il accepterait cette situation sans broncher ? C'était bien mal le connaître. Que les kamis en soient témoins, il finirait par lever le voile sur cette putain de vérité qu'elle s'obstinait à garder pour elle.

҉

҉


Bonjour / Bonsoir ;) Ce chapitre est le plus difficile que j'ai eu à écrire toutes fanfictions confondues. Afin de développer les passages importants, j'ai fait le choix de le poster en deux parties. Certain(e)s parmi vous ont probablement eu du mal à lire le cauchemar d'Orihime, je précise que je ne voulais choquer personne. J'ai écrit cette scène très dure et éprouvante pour ma part pour une raison que je préfère garder pour moi. J'ai essayé de la raconter de la manière la moins choquante possible, ce qui est particulièrement ardu étant donné le sujet abordé.

Ce chapitre 7 tourne, comme l'avez compris, essentiellement autour d'Orihime. Son comportement a un impact sur Ichigo tandis que la crainte de le perdre la ronge, ce qui engendre quelques petites turbulences dans leur couple. Reste à savoir si ça va s'arranger ou s'aggraver... Je vous laisse le découvrir. Je tape en ce moment la partie 2, je la posterai dès que j'aurai fini la correction.

Ensuite, je posterai de manière aléatoire. Je vais être très occupée dans les mois à venir, il y a donc des chances que j'entame 2022 avec cette fic sous le bras, ce que je voulais absolument éviter. J'en suis encore à hésiter entre supprimer des passages prévus pour que ça tienne en 10 chapitres tout en restant cohérente, ou bien poster des chapitres plus courts en gardant l'intrigue prévue, mais dans ce cas, je dépasserai les 10 chapitres… A suivre donc.

Merci pour la lecture et vos reviews, le chapitre précédent a beaucoup plu, ce qui m'a fait très plaisir ! Je vous dis à bientôt et bonnes vacances à celles et ceux qui peuvent en profiter ! Bisoux masqués =)