§ JE TE RETROUVERAI §
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Un Profond Traumatisme (partie 2)
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La vue était vraiment magnifique, le cadre reposant. La lune partiellement camouflée derrière les nuages se reflétait sur l'eau trouble à la profondeur infinie. Personne pourtant ne songerait à venir le chercher là. Dans ce cadre maudit. Les mains l'une dans l'autre derrière le dos, Eiji ferma les yeux, ce souvenir encore particulièrement douloureux dans son cœur et son esprit. Ce jour où il avait failli perdre sa fille dans ce lac en apparence si paisible qui s'étendait devant lui. Il ne s'était plus attardé en ces lieux depuis, croyant lui-même à la légende qu'il avait créée de toutes pièces en le qualifiant de « Lac de la Mort ». Lorsqu'un peu plus tôt l'empereur avait expressément demandé à sa garde rapprochée de le laisser seul, cet endroit s'imposa paradoxalement dans son esprit. Ici, sur cette terre interdite d'accès, il pouvait parler librement.
- Votre Majesté ?
Eiji souleva ses paupières et se retourna.
- Par ici, Hisagi. Tu n'as pas été suivi ?
La main sur la garde de son sabre pour parer à toute éventualité, Shuhei s'approcha puis s'inclina.
- Non, j'ai été prudent. Un faucon messager est arrivé il y a une heure, je l'ai réceptionné comme vous me l'avez demandé.
- Merci, répondit l'homme plus âgé. C'est elle ?
- Oui, confirma Hisagi en se redressant pour lui tendre le message roulé.
Eiji dénoua la ficelle qui l'entourait, lut l'ensemble de son contenu avant de reporter son attention sur son fidèle soldat.
- Bon travail, le félicita-t-il.
- Pardonnez-moi mais comment cette femme peut-elle vous aider ?
- En contribuant à garder Orihime en vie.
Shuhei fronça les sourcils.
- Vous voulez dire que la Princesse... ?
- Ma fille est partie pour fuir le destin qui l'attendait, c'est-à-dire son mariage avec Grimmjow que ma femme lui impose. Ajouté à la pression trop forte que Miyako exerce sur elle depuis toujours, ce fut la goutte de trop pour ma petite Orihime chan, révéla-t-il tristement en pivotant vers l'horizon.
Le soldat resta sans voix, loin d'imaginer que la Princesse souffrait autant de sa condition. Son naturel doux et enjoué n'était-il qu'un mirage ? Personne n'ignorait que l'impératrice était une femme autoritaire et exigeante, mais au point de pousser sa propre fille à partir ?
- Vous couvrez la Princesse depuis tout ce temps et vous avez peur pour elle, comprit-il avec compassion. Pourquoi ne pas nous envoyer la chercher et lui promettre qu'elle ne se mariera pas dans ce cas ? Annuler purement et simplement ce mariage ? Votre pouvoir est plus puissant que celui de l'impératrice, osa-t-il en sachant que de telles paroles pouvaient lui coûter sa tête.
Dos à lui, Eiji se contenta de contempler la vaste étendue d'eau douce.
- J'ai déjà certifié à ma femme et Sosuke être contre cette union forcée, déclara-t-il au bout d'une minute. Aucun d'eux n'en parle en ma présence désormais mais je doute que cette idée ait quitté leur esprit.
Il soupira, ramassa sa canne pour s'appuyer dessus avec lassitude et refit face à son soldat.
- Je suis condamné, Hisagi. Ma santé semble s'améliorer, nous l'avons tous constaté. Cependant sauf un autre miracle, l'issue de ma maladie reste inévitable. Je ne suis pas que l'empereur du pays, je suis aussi un père. Mon rôle est de protéger ma fille où qu'elle soit.
- Et vous pensez que cette Neliel peut vous y aider, en conclut Shuhei qui s'efforçait de lui témoigner son soutien. En dépit du temps qu'elle a mis à répondre à votre message ?
- Neliel a d'abord ignoré ma demande en raison de son passé assez particulier avec Grimmjow.
- Pourquoi a-t-elle changé d'avis ?
- Sa nature, je suppose, répondit l'empereur. Neliel est une personne généreuse qui agit toujours d'une manière qui lui paraît juste. Dans sa lettre, elle me dit être tombée sur Grimmjow dans une grotte sans ma fille et qu'elle fera son possible pour la protéger.
- Comment compte-t-elle s'y prendre ?
- Son plan n'est pas précisé. Toutefois, je lui fais entièrement confiance.
Eiji s'approcha de Shuhei qui frissonna légèrement.
- Grimmjow a disparu peu de temps après le départ d'Orihime, je refuse d'y voir là un pur hasard, dit-il avec fermeté. Je n'ai aucune preuve mais je pense qu'il s'est lancé à sa recherche et le connaissant, ça ne doit pas être pour une raison des plus nobles. Je ne peux envoyer d'hommes ou de faucon à ma fille sans la mettre en danger ou attirer l'attention sur elle. Je n'ai d'autre choix que d'agir à distance et c'est ainsi que j'ai pensé à Neliel dont j'ai très bien connu les frères courageux.
- Je vois, marmonna Hisagi troublé par ces révélations. Neliel san va donc protéger la princesse de Grimmjow.
- En le gardant loin de ma chère fille et, avec de la chance, le pousser au passage à avouer tout ce qu'il sait.
- C'est-à-dire ? ne saisit pas le soldat, perplexe.
Une lueur dansa dans les yeux gris d'Eiji.
- La véritable raison qui se cache derrière son mariage avec Orihime et ses intentions réelles à son égard.
{…}
- Vous avez disparu une bonne partie de la journée tous les deux. Est-ce le moment adéquat pour te demander comment s'est passée la rencontre avec ton frère, Inoue san ? se renseigna Urahara entre deux boulettes de viande.
Ils dînaient en compagnie d'Ichigo et Tessai dans le salon du vendeur dans une ambiance... étrange. Ichigo jeta un coup d'œil à Orihime qui fit de même lorsqu'il détourna le regard. Elle le sentait agacé malgré leur discussion près du temple et elle n'osait pas lui demander pourquoi. Avait-elle échoué si vite à le rassurer ? Sora étant absent, ils avaient passé la quasi-totalité de la journée ensemble en ville. Ces moments à deux ne lui laissaient pas un bon souvenir. Ichigo et elle avaient partagé un repas acheté sur le marché et discuté de choses et d'autres, entourés d'un voile de malaise et de colère permanent qui persistait actuellement.
- Inoue san ? la relança Kisuke.
L'interpellée se réveilla et se souvint qu'il lui avait posé une question.
- Oui, pardon. Mon frère n'était pas là, lui apprit-elle en reposant ses baguettes. Nous y sommes repassés avant de rentrer, nous n'avons pas eu plus de chance. Ichigo et moi avons donc exploré Karakura et je dois dire ne pas avoir vu le temps passer. Depuis le début de ce voyage, cette ville est l'une des seules dans laquelle je ne suis pas importunée, ce qui me permet de profiter.
- Notre ville est tranquille même si parfois les choses bougent, pas forcément dans le bon sens, déclara l'homme blond. Pour en revenir à ton frère, tu m'en vois navré. Il est vrai qu'il voyage beaucoup à la recherche de nouveaux clients. Peut-être auras-tu plus de succès la prochaine fois.
- A ce sujet, je comprends pourquoi la baraque où il travaille est si facile à repérer, intervint Ichigo en repoussant son bol à moitié rempli. Les gens à qui nous avons demandé notre chemin nous ont tous dit qu'on ne pouvait pas la manquer, et quand je l'ai vue, j'ai cru halluciner. J'ai pas compris le concept des bras géants plantés de chaque côté de la maison et dont les mains tiennent un sabre qui longe carrément le toit, termina-t-il, blasé.
- La patronne de Sora san a des goûts assez tranchés, s'amusa Kisuke.
- C'est censé être drôle ? siffla le jeune homme.
- Mille excuses, j'oubliais que l'humour te fuit comme une proie avec son chasseur.
A cette simple phrase, le cœur d'Orihime s'emballa dans une course folle, ses mains tremblèrent sous la table.
« Voyager avec un type qui est recherché a fait de toi une proie encore plus excitante à traquer. »
Même dans une conversation anodine, il n'était jamais loin. Il y avait toujours quelque chose pour lui rappeler son existence.
« J'aime traquer mes proies surtout celles qui s'imaginent avoir une chance de m'échapper ! »
Ces images cruelles, ces sensations dégoûtantes...
- Je vais me coucher ! s'exclama Inoue en bondissant de sa place.
Urahara et Ichigo stoppèrent leur échange constructif, Tessai cessa de mâcher.
- Vous n'avez presque rien mangé, Inoue sama, constata ce dernier. Tout va bien ?
- Je n'ai simplement plus faim, affirma-t-elle, pas loin de s'évanouir. Veuillez excuser mon impolitesse, je me sens très fatiguée. Bonne nuit tout le monde !
Elle fila précipitamment dans sa chambre. Ichigo se leva à son tour.
- J'ai l'appétit coupé, je vais dormir aussi.
Il s'en alla dans son sillage.
- Quelle étrange atmosphère ce soir, marmonna Tessai, un grain de riz égaré dans la moustache.
- Je doute que nous y soyons pour quelque chose, dit le vendeur au bob en empilant les couverts. Ces deux-là ont des choses à se dire. Débarrassons.
Tessai tapota sa bouche avec une serviette avant de lui apporter son aide. Dans la cuisine, il se chargea de tout laver et faire briller. Pendant ce temps, son patron prépara du thé et le nécessaire sur un plateau qu'il apporta dans le salon. Assis en tailleur à la même place que durant le repas, Urahara remplit deux tasses de thé chaud puis tournoya distraitement sa cuillère dans la sienne.
- Tu es bien pensif, Kisuke.
Le concerné tourna la tête vers l'entrée de la pièce. Son visage s'éclaira.
- Yoruichi ~ ! Tu es déjà rentrée ? Si tu m'avais averti, nous t'aurions attendue pour dîner.
Shihoin Yoruichi n'était autre que son amie d'enfance qui vivait ici également. Avec ses courbes avantageuses, ses longs cheveux violets noués en queue-de-cheval, ses traits rappelant ceux d'un chat et ses yeux jaune-vert contrastant joliment avec sa peau noire, elle était incontestablement une très belle femme. Elle posa son sac de voyage et se laissa tomber à côté d'Urahara en soupirant longuement.
- Tu as l'air exténuée, je te sers un bol de lait chaud ? proposa-t-il gentiment.
- Tu n'as pas plus consistant ? se plaignit-elle, à moitié affalée sur la table. Je meurs de faim.
- Depuis quand n'as-tu pas mangé ?
- Ce midi, pourquoi ? demanda-t-elle, les yeux plissés.
- Pour rien, pour rien ! assura Urahara en agitant les mains. C'est simplement que... eh bien...
- Kisuke, tu n'es pas en train de sous-entendre que je mange trop ou que j'ai pris du poids ? soupçonna Yoruichi, le sourcil agité d'un tic nerveux. Parce que tu sais parfaitement ce que je pense à ce sujet.
Il déglutit, une goutte de sueur coula le long de sa tempe.
- Absolument pas, tu es parfaite !
A cet instant, Tessai réapparut avec un énorme plateau contenant de quoi nourrir cinq personnes au moins, qu'il posa entre eux. Sans attendre, la femme se jeta dessus avec appétit, son aura sombre dissipée. L'orage menaçant était passé.
- Merchi, Kesshai, articula-t-elle péniblement, la bouche à deux doigts d'exploser. Ch'est guélichieux, comme g'habikugue !
- Je vous remercie du compliment, apprécia le grand homme lui-même habitué depuis longtemps à son appétit d'ogresse. Je me doutais que vous rentreriez sous peu, j'ai donc cuisiné un peu plus au cas où. Patron, ajouta-t-il, j'ai mis leur repas de côté mais je doute qu'ils y touchent ce soir.
- C'est peu probable, en effet, approuva l'autre homme en recommençant à touiller son thé.
- Je finis de nettoyer puis j'irai me coucher aussi. Bonne nuit à vous deux.
- Bonne nuit.
Tessai se retira silencieusement. Yoruichi regarda d'un air perplexe la porte qu'il venait de franchir. Elle avala ses légumes, décidée à aller à la pêche aux informations.
- De quoi parlait-il ? Tu as des invités ?
- Sont-ils revenus avec toi ?
- Tu réponds à mes questions par une question. Ce que tu vas m'apprendre n'est pas anodin, en déduit-elle avec une certaine appréhension.
- Tu me connais si bien, c'est effrayant, nuança Urahara.
Il souffla sur son thé avant d'en boire une gorgée.
- Alors sont-ils rentrés ? insista-t-il.
- Non. Kukaku a flairé un nouveau client potentiel, ils ne seront pas de retour avant plusieurs jours, l'éclaira Yoruichi. Pourquoi ça t'intéresse tellement ? Ne me dis pas que ta hâte de la revoir te dévore, tu portes encore la marque de votre dernière entrevue.
Kisuke but deux autres gorgées.
- Inoue san est ici accompagnée de Kurosaki san. Ils voyagent ensemble.
Yoruichi resta bouche bée.
- Je savais que ce n'était pas anodin. Réflexion faite, je vais prendre du lait finalement.
L'homme au bob saisit un bol et une carafe de lait sous la table, et la servit copieusement. Toujours aussi affamée, Yoruichi en vida la moitié en un clin d'œil.
- Tu planquais ça là-dessous « juste au cas où », ironisa-t-elle.
- Bien sûr, j'ignorais que tu revenais aujourd'hui, jura-t-il derrière son éventail.
Elle roula les yeux.
- Alors, reprit-elle avec une moustache de lait, tu ne t'es pas ennuyé en mon absence, on dirait.
- Pas depuis qu'Isshin m'a averti que son fils se dirigeait par ici.
Son amie adopta une expression très sérieuse.
- Sont-ils prêts à entendre la vérité ?
- Concernant Inoue san, il ne fait aucun doute que non. En revanche, pour ce qui est de Kurosaki san, son père lui a déjà révélé une partie de l'histoire.
- Il nous laisse le soin de lui annoncer le passage le plus difficilement audible, conclut Yoruichi.
- Isshin craignait que son fils parte se venger.
- Ce qui est arrivé.
- Kurosaki san ne sait pas qui chercher exactement. Cette information manquante lui a sûrement sauvé la vie, murmura le blond à mi-voix.
- Kisuke, ce n'est pas à nous..., commença Yoruichi l'air désapprobateur.
- Je sais ce que tu vas me dire et je comprends, je t'assure. Tu ne peux pourtant pas nier que toi et moi sommes les mieux placés pour répondre à ses questions, maintint-il fermement. Nous avons été témoins.
- Et témoins de quoi exactement ?
Les deux amis dévièrent les yeux sur le côté. Ichigo ne se donna plus la peine de se cacher et apparut dans l'encadrement de la porte.
- Ichigo ! s'exclama Yoruichi en lui claquant le dos lorsqu'il se posa à ses côtés. Ça fait un bail dis-moi !
- Aïe ! Doucement, j'ai le bras en écharpe !
- Si douillette..., l'embêta-t-elle en lui pinçant la joue.
- Oi ! Je ne suis pas douillette ! Et ne change pas de sujet, je veux savoir de quoi...
- Allons bon ! C'est ainsi que tu m'accueilles après des années sans se voir ? bouda-t-elle. Tu as bien changé, tu étais un petit garçon si adorable et même amoureux de moi, se vanta Yoruichi en jouant sensuellement avec sa chevelure.
Ichigo rougit.
- Raconte pas de conneries !
- « Yoruichi san, marie-toi avec moi ! », ça t'évoque quelque chose ? sourit-elle de toutes ses dents.
- Je ne me souviens pas de ça ! riposta-t-il. Et rhabilles-toi, il ne fait pas chaud !
- Oh, les épaules dénudées te gênent à ce point ? Ou serait-ce mon décolleté affriolant ? Je suis toujours aussi fraîche, hein ?
- La ferme ! bougonna le roux en regardant ailleurs.
- De toute façon, je ne suis plus ton genre, se désola-t-elle faussement. D'après ce que j'ai entendu, tu as ramené une fille qui est loin d'être n'importe qui. Je savais que tu ne mourais pas puceau ! Tu n'as plus qu'à tremper ton nem dans la sauce maintenant.
- Qu'est-ce que tu viens de dire ?!
- Pauvre petite chose fragile, tu n'as pas compris ? se moqua jusqu'au bout Yoruichi. Tu préfères des mots crus ou un dessin ?
- Je refuse de parler de ça ! trancha Ichigo.
- On pourrait faire chauffer un wok sur tes joues. Tu veux qu'on aère un peu peut-être ?
- Putain, tu vas arrêter de m'emmerder !
- Quoi ? Alors tu l'as vraiment fait ? sourit-elle sournoisement. Petit cachottier, va ! J'espère que tu as été doux et délicat, quoique certaines femmes aiment le côté mauvais garçon...
- Yoruichi san ! rugit-il, le visage chaud.
Elle éclata de rire.
- Toujours aussi facile à taquiner.
- Je vois vraiment pas ce qu'il y a de si marrant !
- Je te rappelle qu'Inoue san dort à côté et que tu es toi-même supposé être en train de dormir, Kurosaki san, s'immisça nonchalamment Kisuke en croquant un biscuit sec.
- Je n'ai pas sommeil.
- Cela va de soi, tes cernes énormes confirment cela, se moqua-t-il à son tour. Peut-être as-tu faim ? Ton repas est dans la cuisine.
- Non, je veux des réponses, clarifia le jeune homme, le regard vif. Je veux savoir ce qui est arrivé à ma mère.
- Pourquoi maintenant ? s'étonna Yoruichi redevenue sérieuse.
Ichigo baissa les yeux, le poing fermé sur sa cuisse.
- Parce que je pense qu'elle est vraiment décédée, se résigna-t-il à mi-voix. Je veux savoir comment, j'ai droit à la vérité. Vous la connaissez d'après ce que j'ai entendu.
Les deux autres échangèrent un regard qui en disait long.
- Masaki est bien morte et ce, depuis le jour où je vous l'ai annoncé, déclara Urahara, le visage fermé. Elle a été tuée.
Ichigo releva le menton si vite que sa nuque craqua.
- Par qui et pourquoi ? l'interrogea-t-il, le cœur cognant furieusement contre ses côtes.
Yoruichi posa ses baguettes, s'essuya la bouche et entreprit de lui répondre.
- Ta mère a grandi une partie de sa vie dans un orphelinat, dévoila-t-elle. Lorsqu'elle l'a pu, elle s'en est échappé et a rencontré ton père par la suite. Ils ont fini par vivre ensemble malgré leur jeune âge, car Masaki refusait d'habiter chez sa seule famille encore vivante.
- Les Ishida, marmonna le roux.
Yoruichi hocha positivement la tête.
- Elle les a toujours trouvés trop stricts surtout la mère de Ryuken. Masaki et Isshin ont donc fait leur vie puis toi et tes sœurs êtes arrivés. Pourtant, Masaki n'a jamais oublié ce qu'elle avait vécu étant enfant.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? l'encouragea Ichigo suspendu à ses lèvres.
La femme soupira.
- Des rumeurs circulaient sur un endroit duquel les enfants ne revenaient presque jamais. Ceux qui y parvenaient avaient subi comme... eh bien...
- Un lavage de cerveau, acheva Urahara, les doigts croisés sur la table. Ta mère a immédiatement fait le lien avec l'orphelinat et a choisi d'agir contre notre avis et celui d'Isshin. Yoruichi et moi avons alors décidé de la suivre. Pendant de longues semaines, nous avons mis au point un plan avec les plus courageux d'un village voisin pour sauver les enfants de l'emprise exercée sur eux. Celle de l'homme à la tête de cette secte.
- Autrement dit, l'emprise de celui qui a assassiné ma mère, résuma Ichigo, la gorge nouée.
Kisuke acquiesça tristement.
- Le plan a fonctionné jusqu'à un certain stade. Une dizaine d'enfants encore « lucides » a pu être extraite de ses griffes. Les autres, complètement sous emprise, se sont donnés la mort sous les ordres de celui qu'ils considéraient comme leur maître.
- Comment s'appelle ce bâtard ? exigea de savoir le fils Kurosaki, le sang bouillonnant.
- Yhwach, l'informa Yoruichi qui avait délaissé son repas. Tu l'ignores mais ta mère était une archère hors-pair. Au moment de repartir vers le village pour y mettre les enfants en sécurité, Yhwach est sorti de la maison avec deux jeunes enfants dans les bras. Masaki lui a décoché une flèche dans la jambe, ce qui l'a contraint à relâcher l'un d'eux. Fou de rage contre Masaki, qui était sa « disciple » préférée, il lui a ordonné de baisser son arc si elle ne voulait pas avoir la mort d'un enfant innocent sur la conscience, puis lui a dit d'approcher.
La jolie femme se tut, visiblement encore hantée par ce jour funeste. Compatissant, son ami prit le relais.
- L'influence Yhwach n'a pas eu vraiment d'effet sur Masaki, il n'est jamais parvenu à l'amener à penser comme lui. C'est d'ailleurs pourquoi, adolescente, elle a réussi à s'enfuir. Mais même après toutes ces années, il nourrissait encore une attirance malsaine à son égard. Je pense qu'Yhwach recherchait une part d'elle en chaque jeune fille. Quoi qu'il en soit, ce jour-là, il a essayé de raisonner ta maman, la faire revenir vers lui malgré tout, expliqua Kisuke, ce moment affreux défilant dans sa mémoire. Ta mère, qui savait qu'il n'hésiterait pas à tuer l'autre enfant, lui a dit ce qu'il voulait entendre. Hélas, Yhwach a senti qu'elle mentait et l'a poignardée, révéla-t-il, attentif à la réaction d'Ichigo.
La tête baissée, ce dernier tremblait de tout son corps. Il avait beau s'y être préparé, il ne s'attendait pas à cette inaudible vérité.
- Pourquoi maman n'a pas visé la tête de ce connard avec sa flèche ?! craqua-t-il en cognant du poing sur la table.
- Il avait un casque, portait les enfants de manière à protéger ses points vitaux et il se tenait prêt à briser la nuque du second, précisa Yoruichi. Nous n'avions aucune marge de manœuvre. Et je sais à quoi tu penses mais c'est une perte de temps : Yhwach est mort. Sa tête a fini au bout d'une pique il y a quelques jours. Nous ignorons qui lui a accordé cet honneur, la liste de ses ennemis était très longue.
- Il crève au moment où je vais enfin pouvoir le buter ? Vous vous moquez de moi ?! fulmina Ichigo.
- C'est une pure coïncidence, assura le vendeur.
- Vous ne me ferez pas avaler ça ! Ça vous arrange bien de tout me raconter maintenant qu'il pourri quelque part ! Vous saviez que je cherchais le responsable de la disparition de ma mère en tâtonnant alors que j'aurais pu... !
- Pu quoi ? Le tuer ? Les choses sont mieux ainsi, tu n'aurais eu aucune chance contre lui de toute façon. Ta haine t'aurait aveuglé et Yhwach t'aurait tué, répliqua Kisuke sans détour. Yoruichi et moi-même avons survécu uniquement parce qu'il nous a épargnés, alors que nous savons nous défendre.
- C'est vrai que l'histoire de la maladie foudroyante, de la blessure infectée, c'est tellement mieux que de me laisser le désosser ! ne digéra pas Ichigo qui se sentait trahit. Il a tué ma mère, putain ! C'était mon rôle d'abréger sa misérable vie ! Pourquoi inventer un truc pareil ?!
- Masaki nous a demandé de vous raconter ça à toi et à tes sœurs s'il lui arrivait quelque chose, confessa Yoruichi qui comprenait sa colère mais que l'entêtement irritait. Ne vois-tu pas que nous avons agi ainsi pour te protéger ? Cet homme était le mal incarné, Ichigo !
- Je n'ai pas besoin d'être protégé ! s'époumona-t-il. Ce type n'était qu'un monstre mais sûrement pas immortel !
- Il avait tant de sang sur les mains que compter ses victimes est devenu impossible !
- C'est supposé me décourager ? Je sais que je l'aurais taillé en pièces si seulement vous aviez eu le courage de desserrer les dents plus tôt !
- Si nous t'avions parlé d'Yhwach dès le début, tu aurais foncé tête baissée à sa recherche et tu serais mort à l'heure qu'il est ! le résonna Yoruichi avec force. Est-ce cela que tu aurais voulu ? Que ton père perde son fils et tes sœurs leur frère en plein deuil de Masaki ? Si tu veux lui faire face comme un homme un jour, commence par agir comme tel et rester en vie !
- Nous avons accompagné Masaki pour l'aider dans sa mission et nous avons échoué à la protéger, ajouta Kisuke, le regret dans la voix. Nous ne pensions tout simplement pas que les choses tourneraient de cette manière. Je partage toutefois l'avis de Yoruichi : la dernière chose que Masaki aurait voulu, c'est que son fils la venge.
Ichigo claqua sa paume sur la table et se releva brusquement. Ses mèches orange cachant ses yeux, il pivota pour sortir du salon et disparut dans le couloir.
{…}
Deux semaines s'écoulèrent après cette houleuse soirée. Si depuis l'ambiance restait parfois tendue dans la maison, ce n'était pas le cas à l'extérieur.
- Merci pour votre aide, Inoue sama, la remercia Tessai.
- C'est la moindre des choses que je puisse faire, sourit-elle. Et puis, ça me fait penser à autre chose.
Le grand homme saisit parfaitement l'allusion sans faire de commentaires, préférant reprendre sa tâche. Voilà près de deux heures qu'avec sa jeune invitée, ils prenaient soin du potager derrière la boutique d'Urahara. Dans la bonne humeur, ils avaient cueilli des légumes, planté des graines et arrosé des plans. Leur travail promettait un succulent dîner. Orihime, qui n'avait jamais cultivé quoi que ce soit, prit goût à cette activité qui la rapprocha de Tessai. Ce moment agréable lui avait permis de mieux connaître cet homme très gentil, serviable et intransigeant sur les règles d'hygiène et de savoir-vivre. Elle avait d'ailleurs renoncé à lui demander de la tutoyer.
- Nous avons fait du bon travail, dit fièrement celui-ci en s'épongeant le front. Nous allons rentrer nous désaltérer et trier notre récolte.
- Um, d'accord !
Ils ramassèrent leurs paniers bien chargés pour les porter dans la cuisine. Après avoir étanché leur soif, ils entreprirent de séparer les légumes en fonction de leur maturité.
- Hummm, je cuisinerai les pommes de terre ce soir et les courgettes demain, décida Tessai en les examinant attentivement, la moustache frémissante.
- Je pourrais vous aider ? se proposa joyeusement Inoue. Je n'ai jamais cuisiné comme vous mais j'adore la nourriture et faire des mélanges ! Nous pourrions tester de nouvelles recettes ? Comme un écrasé de pommes de terre pour le côté fondant, miettes de biscuits au curry pour le croquant, le tout mijoté dans du chocolat pour la touche sucrée ? J'ai aussi des idées de desserts !
- Oh, cette combinaison d'aliments est-elle savoureuse ? s'informa l'homme moustachu, très intéressé.
- Succulente ! Et j'en connais d'autres... Je dois reconnaître que personne n'aime mes idées, sauf mon père parfois, alors je suis contente d'en essayer avec vous.
- Tout le plaisir est pour moi, s'inclina-t-il.
- Ah vous êtes là, les rejoignit Yoruichi qui sans le savoir venait d'échapper à la nausée. Sacrée récolte, beau travail, les complimenta-t-elle, une main sur la taille.
- N'est-ce pas ? approuva Tessai en attrapant un gros chou qu'il bichonna.
- Je vais faire un tour en ville, Inoue, poursuivit Yoruichi. Je me suis dit qu'Ichigo et toi pourriez m'accompagner ?
- Nous devons encore trier ce panier...
- Je m'en occupe, se chargea Tessai.
- Vous êtes sûr ? Dans ce cas avec plaisir, Yoruichi san, accepta la beauté auburn. En revanche, Ichigo...
- Je sais, soupira l'autre femme. Je vais aller le voir et le traîner par les fesses.
- Laissez-moi faire, préféra Orihime.
- Tu as déjà essayé...
- Oui et il s'est ouvert un peu à moi. Je veux l'inciter à continuer dans cette voie, s'il vous plaît.
Son visage était déterminé. Bien que dubitative, Yoruichi céda.
- Comme tu veux.
La princesse se lava les mains et fila rejoindre son petit ami.
Ce n'était effectivement pas sa première tentative d'approche, aussi espéra-t-elle que celle-ci serait plus fructueuse. Ces derniers temps, Ichigo était d'humeur tantôt agressive tantôt morose. Inutile de chercher bien loin l'origine de cette instabilité émotionnelle. Orihime se souvenait avoir été réveillée par des cris d'Ichigo et les voix étouffées d'Urahara et Yoruichi au sujet de Masaki. La belle n'avait pas osé bouger, consciente que quoi qu'Ichigo ait appris, il avait du mal à l'assimiler.
Lorsque la tension retomba, Orihime l'entendit aller se coucher. L'humeur d'Ichigo se dégrada dès le lendemain, il refusa tout net de revenir sur cette soirée de révélations, empêchant de ce fait Inoue de trouver les mots pour l'apaiser. Kisuke et Yoruichi laissèrent eux-mêmes tomber. Selon eux, Ichigo devait se sortir tout seul de cet état en extériorisant sa rancœur. Si Orihime lui accorda de l'espace dans un premier temps, il devint vite impossible pour elle de le regarder souffrir sans rien faire. A chaque rejet d'Ichigo, elle s'accrochait pour mieux revenir. Sa persévérance s'avéra payante : Ichigo finit par lui raconter toute l'histoire entourant le meurtre de sa mère. La sensibilité d'Orihime l'avait inévitablement conduite à verser des larmes et le réconforter comme elle le pouvait, sans grand succès. Ichigo se laissait envahir par une colère dont l'origine demeurait trouble à ses yeux. Colère qui le dévorait et dont il refusait de se débarrasser. C'est avec pour objectif de l'en libérer qu'elle frappa à la porte de la chambre qu'il occupait.
- Ichigo ?
- Tu peux entrer.
La jeune femme s'exécuta. Accoudé à la fenêtre, Ichigo profitait de la brise fraîche dans ses cheveux associée à la tiédeur du soleil, qui perçait les épais nuages pour la première fois depuis des jours. Orihime referma la porte pour plus d'intimité et vint se placer à côté de lui. Grâce aux bons soins de Tessai, il avait presque entièrement retrouvé l'usage de son bras. Quant à elle, sa blessure à la tête cicatrisait très bien.
- Je vois que tu profites du soleil, c'est agréable après le temps maussade.
Il ne cligna même pas des yeux, aucun signe montrant qu'il l'avait entendue. Orihime nota qu'il tournoyait distraitement l'un des deux bracelets autour de son poignet gauche. Elle ne l'avait jamais questionné sur ce sujet, n'y voyant là que de simples accessoires. Depuis peu cependant, Ichigo montrait un curieux intérêt pour le plus large des deux.
- Ce bracelet doit avoir de la valeur à tes yeux, lança-t-elle prudemment. Je me trompe ?
Il mit tant de temps à lui répondre qu'elle fut persuadée qu'il ne le ferait jamais.
- Mon père me l'a offert. Avec ma mère, ils l'ont acheté il y a quelques années avec pour projet de me l'offrir ensemble, évoqua-t-il à contrecœur. Sauf que ma mère... n'en a pas eu le temps. Je le porte tous les jours depuis. Ironiquement, il me permet de ne pas oublier, même si c'est clairement impossible.
Orihime n'eut pas besoin d'explication supplémentaire. Le bracelet, étroite bande de cuir noire, était perforé de neuf petits carrés métalliques, soit son âge lors du décès de sa mère. Elle tenta de lui changer les idées.
- Yoruichi san nous propose d'aller faire un tour en ville, sourit-elle, les bras dans le dos. Tu veux venir ?
- Ça ne me dit rien, déclina-t-il toujours de profil à elle.
Bien que craignant sa réaction, Hime ne se laissa pas décourager.
- Sortir et voir du monde te fera du bien. Tu n'as pas mis le nez dehors depuis un moment.
Elle le vit agripper le rebord de la fenêtre, signe que sa tension augmentait déjà. Pourtant, même à ce stade, elle ne pouvait se résigner à baisser les bras.
- Tu peux me parler, tu le sais, l'encouragea-t-elle en se rapprochant de lui. Voilà des jours que tu n'avales presque rien, que tu es enfermé dans ta douleur.
La mâchoire d'Ichigo se contracta, son attention toujours focalisée sur les nuages. Quelqu'un d'autre aurait pris ses jambes à son cou en raison de l'énergie négative qu'il dégageait. Pas Orihime.
- Tu ne peux pas rester dans cet état, murmura-t-elle, peinée.
Le corps légèrement tremblant, il se décida à desserrer les dents.
- Qu'est-ce que tu cherches, Orihime ? demanda-t-il, la voix rauque.
- Pardon ?
- Tu veux que je m'assois sur ma douleur et que je fasse comme si tout allait bien ?
- Bien sûr que non, je veux que tu l'extériorises, dit-elle.
- Tu ne veux pas voir ça, crois-moi.
Inoue posa une main compatissante sur son bras.
- Tant que tu ne l'auras pas fait, tu ne pourras pas faire ton deuil, chuchota-t-elle.
Ichigo lui cacha son expression en inclinant la tête sur le côté. Sa souffrance était si vive qu'il la ressentait physiquement, son cœur lui faisait littéralement mal. Faire son deuil ? Ce simple mot lui donnait la furieuse envie de tout péter, d'envoyer chier le monde entier. Le deuil de sa mère lui semblait insurmontable et injuste. Pourquoi devrait-il accepter qu'un connard lui ait enlevé une partie de lui pour toujours ? Comment pouvait-il dire au revoir à sa maman après avoir longtemps cru qu'elle était en vie quelque part ? Il avait fini par envisager son décès mais les circonstances de sa mort dépassaient tout ce qu'il avait pu imaginer. A présent, il devait avancer en se résignant docilement à ne plus pouvoir la venger ? Mettre de côté sa colère ? Non, faire son deuil était impossible !
- Je me doutais qu'elle était...
A l'étroit dans sa poitrine, sa boule d'émotions nocive doubla de volume, cherchant à sortir. Il résista à cette pression croissante.
- La façon dont elle est morte reste difficile à avaler, acheva-t-il finalement.
- Ce qui lui est arrivé est horrible, personne ne mérite ça, souffla Orihime qui percevait ses muscles tendus sous ses doigts. Je sais que c'est une maigre consolation mais grâce à son sacrifice, des enfants ont pu être sauvés.
La boule d'Ichigo tripla de volume, lui donnant l'impression d'être lacéré à coups de griffes à l'intérieur.
- Ta maman a été très courageuse.
Le roux poussa un grognement et se détourna. Un poing fermé devant sa poitrine, Orihime attendit qu'il se vide complètement. Son petit ami atteignait son point de rupture, état vers lequel elle l'avait poussé. Pas question de flancher, elle devait être forte pour lui.
- Ce n'est pas ce que je veux entendre ! Des souvenirs m'inondent la tête comme la fois où j'ai surpris ma mère, le regard triste, alors qu'elle était de nature joyeuse. Ou quand je l'ai entendue pleurer en passant devant la chambre de mes parents. Elle m'a répondu être fatiguée et a retrouvé son sourire comme si de rien n'était. Je crois plutôt que son passé remontait à la surface !
- Pas forcément, osa sa petite amie. Ta maman était un médecin particulièrement dévoué de ce que ton père m'a dit. Le manque de sommeil peut nous faire craquer, ajouta-t-elle pour l'avoir expérimenté.
- Non, ça coïncide comme par hasard avec son départ vers cette fichue secte !
- Ichigo…
- Je sais ce que je dis ! persista ce dernier. Des choses que je ne comprenais pas ou que je n'ai pas cherché à comprendre prennent tout leur sens !
Il voulait se taire, conscient d'en avoir trop dit, mais il n'y arrivait pas. Quelque chose le poussait à déraciner, vomir verbalement cette souffrance si lourde qu'il avait l'impression de tomber dans un puits sans fond.
- A quelles choses fais-tu référence ? l'interrogea Orihime.
- Quand j'étais gamin, ma mère m'a dit que ses parents étaient décédés. Je me suis contenté de ça, à aucun moment je n'ai cherché à en savoir plus. Et là, j'apprends qu'elle a passé une partie de sa vie dans cette espèce de prison dirigée par un cinglé, et que ce qu'elle y a vécu l'a poursuivie même une fois adulte ! Cet endroit qu'elle avait en horreur, elle y est morte !
- Je comprends que tu..., amorça la princesse.
- Non, tu ne comprends pas ! la coupa Ichigo assaillit par ses émotions trop intenses. J'étais proche de ma mère. Depuis que je sais la vérité, j'ai l'impression de ne pas l'avoir connue si bien que ça. Bon sang, elle m'avait promis de revenir ! Elle n'était pas « au mauvais endroit au mauvais moment » comme je le croyais ! Elle est partie en sachant qu'elle pouvait ne jamais rentrer ! Son « adieu » était déguisé en simple « au revoir » !
Le cœur compressé, Orihime le vit donner un violent coup de pied dans la pauvre chaise qui valsa contre le mur. A bout, Ichigo se laissa choir sur le futon, le visage vers le sol, ses doigts crispés labourant ses cheveux en épis sauvages.
- Ma mère a donné sa vie à cause d'un passé qui la rongeait et je suis le même chemin que le sien, articula-t-il à voix basse. Je ne vivais que pour la venger et découvrir la vérité. C'est ce qui me faisait avancer et je pensais me sentir mieux une fois ma mission accomplie. Sauf que le salaud qui nous l'a enlevée est mort aussi. Il n'est plus là, putain. Ni lui ni ma mère ne peuvent répondre à mes questions. Je n'ai que cette foutue vérité qui me fait encore plus mal au lieu de me soulager. Je suis comme désarmé. Je n'ai... Je n'ai plus rien.
- C'est faux ! le contra Orihime, très touchée de le voir ainsi. Tu as encore ton père, tes sœurs et tes amis ! Ils sont là pour toi, le seront toujours !
Acculé par un profond désespoir, Ichigo s'enferma dans le silence. Ne tenant plus, Orihime le rejoignit. A genoux devant lui, elle l'incita à relever la tête. Son âme se déchira lorsqu'elle vit des larmes couler sur le visage de l'homme qu'elle aimait. En cet instant, Ichigo mettait de côté sa carapace pour s'exposer tel qu'il était : un fils anéanti par la mort de sa mère.
- Je suis désolée, tu as raison : je ne peux pas comprendre ce que tu ressens, consentit la jeune femme, les prunelles remplies d'eau. En revanche, je peux essayer d'interpréter ta réaction.
Elle ne put retenir plus longtemps ses traînées salées.
- Savoir que ta maman est morte en allant au devant du danger, à l'endroit même qui l'a traumatisée, est encore plus difficile à accepter, reprit-elle sa voix étranglée par les larmes. Tu ressens de la colère parce qu'une part de toi aurait préféré qu'elle reste auprès de vous. A cette colère se mêle ta culpabilité car tu te reproches de ne pas l'avoir sauvée. N'oublie pas que tu n'étais qu'un petit garçon, tu n'aurais rien pu faire.
- J'aurais pu la supplier de rester, n'en démordit pas Ichigo au plus mal. J'aurais pu... Merde, j'aurais pu...
- Non, et tu le sais mieux que moi, l'interrompit Inoue en pressant doucement ses joues tout en séchant ses larmes avec ses pouces. Ta maman ne vous a rien dit pour vous protéger toi et tes sœurs, ne pas laisser cet Yhwach avoir une quelconque influence sur vos vies. En plus de leur rendre leur liberté, ta maman a peut-être sauvé les enfants pour leur donner la chance qu'elle-même a eue.
- Laquelle ?
- Celle de créer sa propre famille quand on a perdu la sienne, sourit Orihime. Ta maman était comme toi, Ichigo : une personne déterminée, courageuse, toujours prête à défendre les causes justes. Pour cela, tout au fond de toi, tu es fier d'elle. Ton chagrin est simplement trop fort pour t'en rendre compte.
Ichigo détourna le regard.
- Quant au fait que son meurtrier ne soit plus de ce monde, que d'autres mains que les tiennes s'en soient chargées, c'est une bonne chose, poursuivit Orihime sans se laisser troubler par le corps raidit d'Ichigo. En plus d'épargner cela à ta conscience, tu vas pouvoir regarder ta mère en face le jour où tu la retrouveras. Je suis certaine qu'elle est fière de savoir que son fils n'a pas succombé à la vengeance.
Ses paroles eurent un impact sur Ichigo. Il se souvint avoir prononcé ce même genre de paroles à Renji quand ce dernier avait décidé de l'accompagner trouver ses réponses, juste avant leur rencontre avec Orihime. Yoruichi aussi avait prononcé des mots similaires... Faire face à sa maman sans avoir le sang d'Yhwach sur les mains, hein ? Il lui faudrait encore du temps pour l'accepter totalement, si une telle chose était possible. Il ne pouvait s'empêcher de penser que sa vengeance lui avait été volée.
- Tu sais, en plus de tes proches, tu m'as moi, le ramena sur terre Orihime, ses perles grises débordant d'amour. Je serai toujours à tes côtés.
Le roux la fixa avec étonnement. Sans libérer son visage, la princesse colla son front au sien. Ichigo couvrit immédiatement ses petites mains avec les siennes dans un besoin de se rattacher à quelque chose de solide dans cette cruelle réalité.
- Tu t'es trop longtemps laissé ronger par ton passé, lui chuchota-t-elle, immergée dans ses orbes marron. Il est peut-être temps pour toi de te tourner vers l'avenir. Notre avenir, lui sourit-elle largement.
Sur ces belles paroles, Orihime l'enlaça. Par le biais de cette étreinte, elle espérait lui transmettre tout l'amour et la force dont il avait besoin pour traverser cette énième épreuve que la vie dressait sur sa route. La tête sur son épaule, Ichigo relâcha la tension qui l'entravait. Il ne pouvait pas dire qu'il allait bien. Toutefois, il se sentait mieux grâce, une fois de plus, à la femme dans ses bras.
Il se détacha d'elle et prit le temps de l'observer comme jamais auparavant. Orihime était vraiment belle autant dehors que dedans. Le cœur d'Ichigo se mit à battre plus vite tandis qu'une drôle de sensation creusait son estomac. Était-ce cela, l'amour ? Ce que l'on ressent lorsqu'on a trouvé sa moitié ? Il n'en avait aucune idée. Jamais il ne s'était dévoilé à ce point, jamais quiconque ne l'avait vu pleurer depuis bien des années, jamais il ne s'était autant attaché à une femme. D'ordinaire, il ne supportait pas de montrer sa vulnérabilité, préférant renvoyer une image forte.
Pourtant, Orihime avait vu toutes les facettes de lui, même les pires et il ne ressentait ni honte, ni faiblesse. Parce qu'Orihime ne le jugeait pas, ne lui reprochait pas de lâcher prise, bien au contraire. Ichigo avait mis du temps à s'ouvrir complètement à elle en raison de sa nature à tout encaisser, mais il ne regrettait pas de l'avoir fait. Car après tout ça, Orihime était encore là. Elle se projetait même avec lui dans un avenir où leur couple avait une place. Si l'amour résidait dans tous ces éléments alors oui, Ichigo avait la certitude qu'il était bel et bien amoureux. Lui, qui pensait échapper à ce sentiment aussi complexe qu'imprévisible.
Son cœur battant à un rythme plus régulier, il glissa ses doigts dans la longue chevelure de sa petite amie et appuya sur sa nuque pour qu'elle se rapproche de lui. Dès qu'elle fut suffisamment près, il captura ses lèvres dans un long baiser qu'Orihime qualifierait de passionné. Ichigo s'allongea lentement sur le futon, obligeant Orihime à se coucher sur lui pour ne pas rompre ce contact. Son roux explorait profondément sa bouche tout en jouant avec des mèches auburn. Ces sensations la faisaient fondre, elle n'était mieux nulle part ailleurs que dans ses bras. Leurs langues se livraient un duel ardent, leurs gémissements nourrissaient l'air, les mains d'Ichigo la redécouvraient : ses épaules, son dos, la chute de ses reins, ses fesses. A la seconde où il s'immobilisa sur cette zone, la belle mit fin à leur échange.
- Ça va ? s'assura-t-il, perplexe.
- Oui, je... j'ai juste besoin de respirer, héhé..., improvisa-t-elle.
- Ouais, moi aussi.
- Ouah !?
Il venait de la faire basculer sous lui. Les paumes sur ses pectoraux, Hime le fixa, tellement soulagée qu'il ne soit plus habité par la colère. Avec ses yeux assombris par la passion sous sa frange orange et son petit sourire apaisé, il était encore plus beau que d'habitude. Dans ses pensées, Orihime ne vit pas Ichigo loger sa tête dans son cou. C'est seulement quand elle sentit une forte succion sur sa peau qu'elle revint dans la réalité, non sans un cri de surprise mué en plaisir. Ses bras minces autour de lui, elle lui fit bien comprendre de rester là et continuer. Cependant, dès qu'Ichigo couvrit tendrement son sein droit d'une main curieuse, tout bascula. Elle se tortilla pour se mettre debout, les bras croisés sur sa poitrine. Sa moitié se releva à son tour.
- J'en étais sûr, lança-t-il à un mètre d'elle. C'est quoi cette fois ?
- Je ne sais pas ce qui s'est passé, répondit Orihime qui percevait son agacement.
- Tu ne me feras pas croire ça. Tu as réagi pareil l'autre jour quand j'ai posé la main sur ta hanche, c'est arrivé pas mal de fois comme près du temple.
- C'est simplement que... je... Viens, oublie ça, bafouilla la beauté auburn en essayant de le ramener sur le futon.
- Non, refusa le jeune homme en se dégageant. Je n'ai pas envie que tu te forces à aller plus loin avec moi si tu n'en as pas envie.
- L'envie n'a rien à voir là-dedans, rosit-elle.
- Alors c'est quoi ?
- Tu... Tu m'as surprise, voilà tout.
Ichigo se gratta la tête en soupirant, il n'avait aucune envie de gâcher cet instant. La balle était dans le camp d'Orihime, il consentit donc à lui laisser une dernière chance de s'expliquer. Il maintint fermement la connexion visuelle pour apporter plus de poids à sa concession.
- Orihime, je peux comprendre que tu ne sois pas prête à ce qu'on soit si proche, dit-il calmement. S'il n'y avait que ça, je serais déjà passé à autre chose et j'attendrais. Sauf que je sens que tu ne me dis pas tout.
- Qu'est-ce que tu vas chercher ? murmura-t-elle nerveusement.
- N'essaie pas de me faire croire que j'ai visé à côté. Je suis nul quand il s'agit de repérer ce genre de trucs en général, je n'aurais donc dû rien remarquer. Depuis quelque temps, tes réactions sont en contradiction avec tes paroles, ça ne pouvait qu'attirer mon attention. Alors je t'ai observée pour essayer de comprendre et ça me fait chier de l'admettre, mais je n'ai pas réussi.
- Je t'assure que…
- Laisse-moi finir. Là, ça a été mais depuis qu'on est ici, tu trembles dans mes bras. Parfois, tu es nerveuse et d'autres fois, ton esprit est tellement loin que tu ne fais attention à rien. Comme si ça ne suffisait pas, tu te défiles quand je veux savoir ce qui cloche, comme maintenant. Qu'est-ce qui t'arrive ? finit-il en lui caressant la joue.
Les larmes piquèrent le coin des yeux d'Orihime. Ichigo avait senti son mal-être qu'elle s'efforçait désespérément de cacher et se résumait en deux mots. Le premier : Grimmjow. Orihime savait que lui et Ichigo étaient deux hommes différents, qu'elle n'avait rien à craindre auprès de celui que son cœur avait choisi. Mais elle n'y pouvait rien : lorsqu'Ichigo l'embrassait, la touchait, la caressait, son cerveau l'emmenait à nouveau dans cette maudite grotte. Son corps rejouait ce souvenir traumatisant, se rappelait de la langue de Grimmjow, de ses mains sur ses seins, de son entrejambe enflée allant et venant entre ses cuisses sans oublier ce plaisir inavouable qu'elle avait ressenti.
Tout cela la menait inévitablement à son cauchemar, seconde raison de son mal-être, devenu récurrent et encore plus choquant. Chaque jour, Orihime devait vivre avec ce souvenir et ce cauchemar qui s'entrechoquaient dans sa tête et lui donnaient l'impression de suinter la répugnance par tous les pores de sa peau. Son innocence avait été volée, elle n'avait rien fait pour la protéger et ne pouvait plus se la réapproprier. Ses larmes inondèrent son visage. Ses bras étroitement pressés sur ses seins, elle se mordit la lèvre pour taire le dégoût qu'elle s'inspirait. Ichigo méritait de savoir. Hélas, les mots qu'il devait entendre ne semblèrent pas de cet avis. Dotés de leur volonté propre, ils restèrent obstinément bloqués dans sa gorge.
- Je vais bien, Ichigo. Je t'assure qu'il n'y a rien, crois-moi.
La peine traversa le visage du roux qui ôta sa main de son visage.
- Je ne sais pas quel avenir tu envisages pour nous. Moi, en tout cas, je n'en imagine pas. Plus maintenant.
Les yeux d'Orihime s'arrondirent sous le choc.
- Tu ne penses pas ce que tu dis ! paniqua-t-elle en agrippant ses robustes épaules, ses pires craintes confirmées.
- Qu'est-ce que tu crois ? Je t'ai dit l'autre jour avoir horreur qu'on me cache des choses ! Bon sang, je t'ai bien fait comprendre ne pas vouloir revivre ça avec toi !
- Je ne te cache rien !
- Arrête ! s'écria-t-il en la faisant sursauter. Tu n'en as pas marre de mentir en me regardant dans les yeux en plus ? Tu n'es pas comme d'habitude, tu me fais payer quelque chose dont je n'ai aucune idée parce que tu ne me dis rien ! Je t'ai suffisamment prouvé que tu pouvais me faire confiance, tu ne peux pas attendre de moi que j'accepte cette putain de situation !
- Je suis désolée, sanglota Hime qui se sentait plus misérable que jamais.
- Si tu l'étais vraiment, tu m'aurais tout dit quand je t'en ai laissé l'occasion, répliqua durement le jeune homme en s'éloignant d'elle.
- J'essaye, je t'assure que j'essaye mais c'est si difficile..., articula-t-elle, dévorée par sa souffrance couplée à la culpabilité.
- Et qu'est-ce que je ressens à ton avis quand je vois la femme que j'aime me garder à distance alors que je veux tout faire pour l'aider ? La distance physique entre nous actuellement, c'est ce que je ressens tous les jours !
Inoue écarquilla ses yeux qui libérèrent d'autres larmes. La femme qu'il… ?
- Tu es près de moi, parfois contre moi, mais je n'arrive pas à t'atteindre, prononça-t-il en fixant le sol.
Il passa une main sur son visage avec lassitude.
- Tu n'as pas idée d'à quel point c'est frustrant.
Un rayon de soleil traversa la fenêtre, scindant la pièce en deux. Ce phénomène naturel provoqua une sensation étrange en Orihime qui comprenait mieux ce que son petit ami voulait dire. Ce faisceau doré était similaire à la barrière qu'elle avait érigée entre eux et qu'il avait plusieurs fois tenté de faire tomber, en vain. Elle s'obstinait à la maintenir dressée pour s'épargner la douleur de le perdre. Seulement pour Ichigo, il l'avait déjà perdue puisqu'elle l'empêchait de l'aider à faire face à ses tourments. Orihime enjamba symboliquement la bande lumineuse pour le rejoindre de l'autre côté de la chambre. Oui, il avait raison. Ces derniers jours, ils avaient été si proches et si loin à la fois… Elle l'avait remarqué, bien sûr, pour en être la cause. Son erreur ? Sous-estimer l'impact sur Ichigo, car trop focalisée sur sa réaction à l'annonce de la vérité.
- Je suis là, Ichigo, chuchota la princesse en s'accrochant à sa chemise.
Il tourna la tête vers elle, la déception toujours aussi marquée dans ses yeux bruns. En parlant doucement, elle espérait le calmer, lui faire savoir qu'elle regrettait sincèrement son comportement.
- J'étais aussi là pour toi, répondit-il sur le même ton. J'en viens à me demander pourquoi tu m'as fait faire une telle promesse.
- Parce que j'ai besoin de toi à mes côtés, lui expliqua-t-elle en posant une main sur sa joue.
- C'est parce que tu étais là que je me suis ouvert à toi comme je ne l'ai jamais fait avec personne. J'ai attendu la même chose de ta part, ce n'est pas arrivé.
- Ichigo…, commença-t-elle, le cœur compressé.
- Tu veux savoir pourquoi ? l'interrompit-il, la voix tremblotante. La Orihime que j'ai rencontrée à l'auberge, avec qui j'ai voyagé et que j'ai appris à connaître n'est pas celle qui est devant moi.
- Je t'ai aussi confié des choses que je n'ai jamais révélé à quiconque, lui assura la belle, en larmes. Je sais que les apparences jouent contre moi, pourtant je te jure que lorsque je t'ai dit que je t'aimais la première fois, je le pensais vraiment et c'est toujours le cas.
- Peut-être, souffla-t-il, la tête baissée, sa frange cachant ses yeux. De toute façon, ça ne change rien, on en revient au point de départ : je ne sais toujours pas pourquoi tu me traites comme ça. Si me voir souffrir ne t'incite pas à me parler, je ne vois pas ce que je peux faire de plus à ce niveau.
Il retira sa petite main de sa joue.
- Tu dis vouloir passer ta vie avec moi, reprit-il en plongeant dans ses yeux gris débordant de tristesse.
Elle acquiesça. Ichigo la fixa quelques instants, sa patience avait atteint son dernier palier qui venait de céder.
- Désolé, Orihime. Je ne peux pas me projeter dans un avenir où ta confiance en moi n'existe plus.
La beauté auburn en eut le souffle coupé. Avant qu'elle puisse réagir, Ichigo lâcha sa main et s'en alla à grands pas, manquant de peu de percuter Yoruichi dans le couloir. Orihime s'effondra.
- Non attends ! Ichigo ! tenta-t-elle de le retenir.
La porte du magasin claqua peu après. Venait-il de la quitter ? Non, ce n'était pas possible !
- La sortie en ville tombe à l'eau, expira Yoruichi. Il est vraiment d'une humeur de chien ces derniers temps, si seulement il déversait tout ce qu'il ressent...
- Oh, Yoruichi san !
Malheureuse, Orihime se jeta sur elle en quête de réconfort. D'abord surprise, Yoruichi finit par l'enlacer en retour.
- Allons, allons, ça ne peut pas être si terrible, marmonna-t-elle en tapotant sa tête.
- Si, ça l'est et je ne sais pas quoi faire, pleura la princesse. Je ne veux pas perdre Ichigo, mais je ne sais pas comment lui dire...
- Tu as besoin de parler à une femme, on dirait. Viens, allons nous balader entre filles finalement.
{…}
- Ce fleuve est magnifique.
L'après-midi s'effaçait peu à peu devant le début de soirée. Orihime avait suivi Yoruichi instinctivement, trop marquée par sa dispute avec Ichigo. Pas d'humeur à s'intéresser à quoi que ce soit, la promenade se déroula essentiellement dans le silence. Au fond d'elle, Orihime la remerciait de ne pas la presser. Leurs pas les avaient menées sur les rives du fleuve bordé de nombreuses maisons d'un côté et d'un immense champ de l'autre. Un endroit calme, propice pour se laisser aller à quelques confessions.
- Si on s'asseyait ? proposa Yoruichi.
Elles trouvèrent un coin un peu à l'écart des habitations, tout près de l'eau. Les bras autour de ses genoux, Orihime regardait les poissons.
- Te sens-tu prête à parler ? demanda Yoruichi.
L'interrogée ferma brièvement ses paupières, son cœur pompant de manière erratique. En gardant pour elle les atroces événements, Orihime entretenait l'infime espoir qu'ils ne se soient jamais produits. Que son esprit, éprouvé par tout ce qu'elle avait traversé depuis sa fuite, s'était révolté en créant de toute pièces la grotte et son cauchemar. Tout relater à voix haute revenait à reconnaître son traumatisme, le rendre réel et la placer d'office sur la route de l'acceptation, ce dont elle se sentait incapable. Avait-elle le choix pour autant ? Ichigo venait de la quitter en raison de sa manière discutable de tout gérer. Alors, même si ça faisait mal jusque dans sa chair, Orihime prit sur elle pour tout raconter en commençant par la partie la « moins pire ». Quelques mèches auburn barrant son visage, elle inspira pour provoquer cette force qui lui faisait tant défaut.
- Ne vous moquez pas de moi, s'il vous plaît, quémanda-t-elle faiblement.
- Loin de moi cette idée, la rassura Yoruichi. Mon but est de t'écouter et te conseiller si besoin.
Inoue hocha la tête à cette réponse réconfortante.
- Lorsque je vous ai raconté la manière dont Grimmjow m'a obligé à le suivre, je ne vous ai pas tout dit.
L'autre femme fronça les sourcils.
- Comment ça ?
Quelques jours auparavant, Urahara et Yoruichi s'étaient montrés curieux et impressionnés par le courage d'Orihime de fuir le palais pour arriver jusqu'ici. Celle-ci leur avait révélé les raisons de ce voyage improvisé ainsi que les péripéties qui l'avaient rythmé en omettant des détails.
- Durant le trajet, nous nous sommes arrêtés dans une grotte, expliqua-t-elle, l'insoutenable scène prenant d'assaut son esprit torturé. Nous avions un désaccord, il m'a menacé puis il a fini par... par m'embrasser de force et me t-toucher, acheva-t-elle, ses ongles plantés dans la peau de ses bras à travers le tissu de la robe.
Yoruichi écarquilla les yeux à la fois choquée et indignée. Malgré cela, Orihime semblait lancée, elle préféra donc la laisser s'exprimer jusqu'au bout.
- Ichigo est arrivé peu après, continua cette dernière, la voix étranglée par les sanglots. Je me suis demandé s'il nous avait surpris ou si Grimmjow s'était vanté, mais je crois qu'Ichigo ne sait rien. D'abord soulagée, je souhaiterais finalement qu'il sache tout, ça m'éviterait de lui mentir. Et il n'y a pas que ça.
Elle laissa tomber son front sur ses genoux pour épargner au monde son image pitoyable. Son chagrin aussi lourd que sa souffrance la broyait à l'intérieur.
- Lors de ma première nuit ici, j'ai fait un cauchemar qui me hante nuit et jour. Il… Je...
- Prends ton temps, Inoue, l'apaisa Yoruichi en lui prenant la main. Tu peux parler librement, je ne te jugerai pas.
Les lèvres tremblantes, Orihime acquiesça une nouvelle fois.
- Le palais est bordé d'une forêt, commença-t-elle. J'ai longtemps supplié ma mère de me laisser m'y promener pour enfin voir ce qui se passe au-delà des Grilles d'Acier. Sous l'insistance de mon père, elle a fini par accepter que je sorte de temps en temps. Un jour après une dispute, alors que je ne lui avais rien demandé, elle m'a autorisée à sortir à condition qu'elle choisisse le garde qui m'accompagnerait. Je ne sortais jamais seule de toute façon, j'ai donc accepté. Au fond de moi je trouvais sa proposition étrange, mais j'avais tellement hâte de quitter les murs étouffants du palais.
Elle se tut un moment, honteuse de sa propre naïveté.
- Saburo, un garde engagé par ma mère des semaines plus tôt, me protégeait bien. Il était un peu trop familier mais gentil, j'avais confiance en lui. Je n'aurais jamais imaginé que ce jour-là dans la forêt il... il me... je n'ai rien pu faire !
Yoruichi, révoltée, l'attira dans ses bras. Orihime versa des larmes à la hauteur de son traumatisme.
- Ce n'est pas un simple cauchemar mais un souvenir, murmura Yoruichi. Ce salaud de garde a abusé de toi.
L'intensité des pleurs de la jeune femme sur son épaule lui apporta la réponse.
- Je ne me rappelais de rien jusqu'à ce cauchemar, hoqueta la beauté auburn. Après ce que Saburo m'a... m'a fait, je me suis réveillée dans ma chambre, partiellement amnésique d'après le médecin. J'avais apparemment fait une mauvaise chute durant ma balade, mes blessures étaient dues à un animal qui m'avait attaquée pendant que j'étais inconsciente et l'histoire s'est arrêtée là. En réalité, je crois que Saburo m'a frappée quand il a fini, qu'il a agi sur les ordres de ma mère qui a voulu me punir de ne pas être à la hauteur de ses exigences. Je n'ai plus jamais revu ce garde mais j'ai l'impression que ça s'est passé hier.
Elle se recroquevilla. Son corps se souvenait, souffrait davantage à l'évocation de ce jour maudit.
- Verrouillé quelque part dans ma mémoire, tout cela m'est revenu après ce que Grimmjow m'a fait. Depuis, ça me dévore le cœur. Je mérite peut-être ce qui m'est arrivé, rien ne se serait passé si je n'avais pas défié ma mère.
- Personne ne mérite un tel traitement, mets-toi bien ça dans la tête ! J'ai entendu dire que ta mère est méprisable, j'ai même vu de mes yeux les conséquences de sa redoutable autorité. Mais ce qu'elle t'a fait endurer est cruel et impardonnable ! s'emporta Yoruichi, écœurée par un tel châtiment. J'en déduis que vous vous êtes disputés pour cette raison tout à l'heure Ichigo et toi, ajouta-t-elle plus calmement en caressant la tête de la princesse, surprise par son brusque coup de colère.
- Il s'est lassé de mon comportement, lui avoua Orihime qui revivait leur vif échange. Il me reproche d'avoir changé, de m'éloigner de lui et de ne pas le laisser me venir en aide. Il a raison, bien sûr, pourtant je n'ai pu me résoudre à lui témoigner l'honnêteté qu'il attendait de moi. Ichigo a ajouté être incapable de se projeter dans ce genre de relation à laquelle il a mis fin. Il est… parti.
- Ichigo ne te quittera jamais, ce qui vous lie est très fort. Il suffit de vous regarder.
- C'est malgré tout ce qu'il a fait, répondit tristement Hime.
- Il doit y avoir autre chose, supposa Yoruichi en pleine réflexion, une main sur le menton. Ichigo est aveugle en général, il ne voit pas l'évidence dès que ça concerne les sentiments ou les émotions à décrypter, soupira-t-elle. Je veux bien croire que tu aies fini par te trahir en gérant comment tu le pouvais ce que tu as vécu et qu'il l'ait mal pris. Cependant, je pense qu'Ichigo a eu la confirmation qu'il était plus ou moins concerné par ce qui vous éloignaient d'une autre manière. Cela a contribué à votre rupture.
- Que voulez-vous dire ?
- Ichigo est un homme.
Silence. Une autre brise souffla.
- Euh, oui, confirma Orihime en se demandant s'il s'agissait d'un piège.
- Dans quelles circonstances a commencé votre dispute ? se renseigna l'amie de Kisuke.
Inoue cligna des yeux tel un hibou, pas certaine d'avoir bien compris la question.
- Vous voulez savoir… ?
- Ce que vous faisiez, oui.
La princesse s'empourpra.
- Je l'ai incité à exprimer ce qu'il ressentait vis-à-vis du décès de sa maman, débuta-t-elle. Je suis parvenue à le réconforter, ensuite nous... vous savez... nous nous découvrons dans l'intimité, bafouilla-t-elle. Ichigo est plus entreprenant que moi dans ces moments-là, il a posé sa main sur...
Incapable de prononcer le mot, elle montra ses seins. Sa tristesse de retour, sa rougeur s'atténua.
- Je le repousse même quand il me touche à peine et il se demande pourquoi. Je n'ose pas lui avouer la vérité, Yoruichi san. Dès que nous sommes proches lui et moi, je repense à ce que Grimmjow et Saburo m'ont fait !
- C'est bien ce qui me semblait, marmonna évasivement Yoruichi, ses beaux yeux sur l'eau trouble. Qu'est-ce que tu ressens au plus profond de toi actuellement ?
- Du dégoût, je me dégoûte, répondit-elle aussitôt. Je me sens souillée et... en colère, ils ont volé une partie de moi que je n'ai pas su défendre. Comment dire ça à Ichigo ? Que mon corps qu'il veut découvrir est sali ? Que je l'ai... trompé ? Mon corps a éprouvé un plaisir honteux, je suis une personne vraiment horrible ! J'ai tellement peur de perdre Ichigo qu'il est présent dans mon cauchemar, matérialisant cette crainte. Il me reproche de ne pas l'aimer, d'avoir joué avec ses sentiments… Et c'est arrivé, nous ne sommes plus ensemble.
Sa voix se noya dans ses pleurs. Yoruichi, elle, soupira. Inoue s'était vraiment monté la tête avec des sottises et elle devait l'entendre. Elle la prit donc par les épaules pour lui parler droit dans les yeux.
- Cesse de pleurer, tu n'as rien à te reprocher. Le comportement de ce Saburo et de Grimmjow est vraiment répugnant, personne ne devrait être touché ainsi contre sa volonté.
- Je les ai laissés faire, j'étais comme en dehors de mon corps, se lamenta Orihime.
- C'est difficile d'adopter une attitude précise dans ce genre de situation, c'est propre à chacun. Mais tu ne dois pas t'en vouloir, tu n'y es pour rien ! appuya fermement Yoruichi. Tu m'entends, Inoue ? C'est eux qui devraient ressentir du dégoût, ne leur donne pas la satisfaction de te considérer comme une moins que rien !
- Mais la réaction de mon corps était si...
- Tu l'as dit, la coupa l'autre femme. C'est ton corps qui a réagi, pas toi.
La beauté auburn la fixa sans comprendre, le visage humide. Yoruichi se montra alors plus claire.
- Quand le corps est stimulé d'une certaine manière, il finit par réagir même si on fait tout pour l'éviter, l'informa-t-elle patiemment. Tu en as hélas fait l'immonde l'expérience. Tu n'as pas trompé Ichigo pour la simple raison que tu n'étais pas consentante. Je sais que c'est difficile, mais tu dois laisser tout ça derrière toi, ne pas laisser ces événements te définir.
- Comment ? renifla-t-elle, prête à tout essayer.
- Ne plus trop penser à ta pureté perdue, plutôt te concentrer sur ta vie, ce que tu désires et voir ce que l'avenir te réserve, lui conseilla Yoruichi en pressant ses mains dans les siennes. Tu as survécu, sers-toi de cette force pour avancer. Une sorte de revanche, comprends-tu ? Pour cela, il te faut en parler à Ichigo.
- C'est impossible ! refusa la belle. J'ignore ce qu'est devenu Saburo mais concernant Grimmjow... Vous auriez vu l'état dans lequel Ichigo l'a réduit juste parce qu'il m'emmenait au palais ! Il était inerte et couvert de sang, Ichigo m'a avoué avec réticence qu'il était encore en vie, ce qui tient du miracle. Alors imaginez ce que donnerait un nouveau duel entre eux si Ichigo apprend ce qui s'est passé ! redouta-t-elle.
- Tu n'as pas le choix.
- Yoruichi san, je...
- Ça suffit, Inoue ! s'exaspéra celle-ci en la faisant sursauter. Ne vois-tu pas que ta relation avec Ichigo s'est dégradée à cause de ton attitude actuelle qui l'a poussé à partir ? Je ne juge pas ta manière de gérer l'horreur que tu as vécue. Je veux simplement te faire comprendre que tu sais ce qui t'a fait réagir ainsi contrairement à Ichigo. Ton traumatisme l'atteint d'une certaine façon et tu ne lui expliques rien, croyant à tort qu'il s'en accommodera. Mets-toi à sa place, il doit se poser des tas de questions. Alors agis !
- S'il ne veut plus me voir ? envisagea Orihime, effrayée par cette possibilité. S'il me reproche d'avoir trop tardé à lui parler ?
- Tu dois courir le risque, il doit savoir. Plus tu attendras, pire ce sera. Tu as bien dit qu'Ichigo et toi commencez à vous découvrir intimement ? vira de bord Yoruichi le plus naturellement du monde.
- En effet, confirma la jeune femme, gênée d'avoir partagé cette information d'ordre privé.
- Cela pourrait t'aider à aller mieux.
Hime fronça les sourcils.
- Je ne comprends pas.
- C'est ce que je voulais dire tout à l'heure. Ichigo est un homme qui a fini par comprendre ressentir du désir. Il n'a pas réussi à te pousser à te confier à lui, alors il a essayé de se rapprocher de toi physiquement sans doute à plusieurs reprises. Probablement pour voir jusqu'où s'étendait le fossé entre vous. Je me trompe ?
- Non, mais...
- Quand Ichigo te touche, tu penses à ce que tu as enduré et tu le repousses, poursuivit Yoruichi en choisissant bien ses mots. Cela lui a confirmé que vous n'étiez plus sur la même longueur d'onde et il a fait le lien avec ce changement chez toi. En agissant ainsi au lieu de te montrer honnête, tu ne fais qu'empirer la situation, tu en es consciente. Paralysée par la peur, tu ne fais rien. Tu devrais au contraire profiter du moment présent avec Ichigo pour ne plus te laisser dicter par cette peur, Inoue. Tu n'effaceras pas ce que tu as vécu, mais tu peux apprendre à vivre avec.
Ses paroles firent leur chemin dans la tête de la concernée.
- Tu aimes quand Ichigo te caresse ? lança soudain Yoruichi sans tact.
Orihime piqua un fard et regarda autour d'elle. Elle avait l'impression de discuter avec Rangiku !
- Enfin, Yoruichi san ! C-C'est personnel !
- Oh, pas toujours, rejeta celle-ci en giflant l'air avec sa main.
- Je vous demande pardon ?!
- Alors ?
Face à son sourire insistant, la beauté auburn rendit les armes. Elle n'avait aucune chance de lui échapper.
- Je... parfois quand il m'embrasse... et avec sa main...
Elle cacha son visage bouillant derrière ses mains. Elle aimait cette intimité avec son petit ami, de là à l'avouer clairement cependant...
- Je vais prendre ça pour un « oui », s'impatienta Yoruichi en reprenant son sérieux. Tout ce que tu as besoin de savoir, c'est que quand vous vous sentirez prêts, vous ferez l'amour toi et Ichigo. Et ce jour-là, Inoue, tu comprendras, je l'espère, le vrai sens du mot « plaisir » avec un homme, un vrai.
Au comble de la gêne, Orihime tapota ses joues presque violettes. Elle ne serait pas étonnée que ses oreilles fument. Yoruichi ne s'y attarda pas, plutôt dans l'attente de la certitude qu'Orihime avait bien compris tout ce qu'elle venait de lui dire.
- Je dois dire la vérité à Ichigo peu importe les conséquences et retrouver confiance en moi, prononça Orihime, déterminée. Me réapproprier mon corps qui a subi ce qui est arrivé, car je ne suis pas responsable.
- Exactement ! l'approuva Yoruichi, ravie. La réaction d'Ichigo sera déterminante pour t'aider à surmonter ça. Le moment venu, laisse-le te toucher si tu en as envie, ne te force pas. Garde bien en tête que tu n'as aucune raison d'être dégoûtée de ton corps. Si tu en es persuadée, Ichigo le sentira, tes barrières tomberont et vous profiterez l'un de l'autre.
- D'accord, je vais essayer de faire ce travail sur moi, se motiva-t-elle.
- Si tu as encore besoin de parler, je suis là, lui rappela Yoruichi en séchant ses larmes rescapées avec un clin d'œil.
Orihime lui en était infiniment reconnaissante. Elle qui pensait que tout garder pour elle pour s'épargner la honte était la meilleure solution, elle réalisa qu'elle avait fait fausse route. Grâce à cette conversation de femme à femme, elle se sentait libérée, comprise.
- Je vous remercie, Yoruichi san.
- Passe à l'action si tu veux me remercier, répondit-elle en se remettant debout. Allons manger un morceau, évacuer tes craintes a réveillé ton bruyant estomac.
Inoue s'en amusa. Ressentir à nouveau la faim et l'envie de rire étaient les signes marquants de son apaisement. Elle attrapa la main que Yoruichi lui tendait pour l'aider à se relever, puis elles se rendirent sur le marché d'où les effluves de la bonne nourriture faisaient saliver.
- Au fait, comment va Tatsuki ?
- Eh ? Vous connaissez Tatsuki chan ?! Elle va bien mais comment vous... ?
- Qui lui a enseigné les arts martiaux quand elle vivait ici à ton avis ?
- Tatsuki chan a habité à Karakura ?!
- Elle m'a beaucoup parlé de toi. Mmmh, du poulet ! Viens !
- Ouargh ! Yoruichi san, je vais tomber !
{…}
Des poutres, des planches et des morceaux de bois. Voilà ce qui restait de leur ancienne maison. Celle que l'impératrice avait fait brûler. Les ultimes rayons du soleil donnaient ironiquement à ces ruines la couleur de flammes rougeoyantes. Debout au milieu de la rue, les mains au fond de ses poches, Ichigo ne savait pas très bien pourquoi ses pas l'avaient guidé jusqu'ici. Après sa tentative de dialogue ratée avec Orihime, il avait erré dans la ville sans but précis tout en se posant mille et une questions, qui ne trouvèrent pas plus de réponses à cet endroit.
- Urahara san m'a dit que je te trouverais ici.
Ichigo n'esquissa pas un geste. S'attendant à cette réaction, Orihime vint timidement à sa hauteur en calant nerveusement une longue mèche derrière son oreille.
- C'est la maison dans laquelle tu as passé les premières années de ta vie ?
- Ce qu'il en reste, oui. Je n'en ai que très peu de souvenirs, répondit-il.
Il ne la regardait toujours pas mais au moins, il ne l'ignorait plus. Inoue s'en contenta.
- Je suis désolée que ma mère l'ait réduite en cendres.
Cet immense tas brûlé lui causa un pincement au cœur. Une famille vivait ici autrefois, la famille de l'homme dont elle était amoureuse.
- Ça n'a aucune importance, marmonna le roux, les yeux sur ce qui devait être la porte d'entrée. C'est pas comme si j'y avais vécu longtemps.
Elle l'observa attentivement.
- Tu es sûr que ça va ? Tu as l'air bouleversé.
- Ce chapitre de ma vie est derrière moi, je n'ai pas le pouvoir de le changer.
Il se détourna.
- Ne pars pas comme ça ! s'écria Orihime, en le retenant par la main. Reste, s'il te plaît.
- Me garder à distance de toi est ce que tu t'acharnes à faire pourtant, dit-il sèchement.
- Plus maintenant, lui assura-t-elle. J'ai attendu ton retour au magasin. Ne te voyant pas, j'ai décidé de partir à ta recherche.
- Pourquoi ?
Hime se déplaça devant lui et entrecroisa leurs doigts pour établir plus facilement le contact visuel.
- M'excuser. Je suis sincèrement désolée, Ichigo.
Ce dernier l'observa puis se remit en marche en la contournant. Sa manière de la regarder tua presque Orihime qui pensa qu'elle le méritait. Après tout, elle était à l'origine de ce conflit entre eux. Décidée à arranger les choses, elle le rattrapa et s'efforça de calquer sa marche rapide. L'épais silence qui s'installa devint insoutenable, il fallait le briser.
- Je sais que tu m'en veux mais laisse-moi au moins t'expliquer.
- Je t'ai laissé plusieurs occasions de le faire. Tu m'as soit ignoré soit menti.
- Je sais et je m'en excuse.
- J'ai déjà entendu ça, ce qui ne t'a pas empêché de continuer à me laisser mariner, siffla le fils Kurosaki.
- Je... C'est simplement que ce n'est pas facile à avouer, marmonna la princesse qui peinait à suivre la cadence. Je ne sais pas comment tu vas réagir et je dois admettre que ça m'effraie.
- Alors tu t'es dit que créer cette tension entre nous était préférable. C'est vrai que ça résout le problème, lança-t-il d'un ton sarcastique.
- Non, pas du tout !
Ils progressaient sans vraiment faire attention à leur environnement, pas plus qu'aux habitants surpris ou désapprobateurs d'un tel comportement en public. C'est dans cette ambiance qu'ils arrivèrent aux abords du marché.
- Je t'ai dit que mon entourage a agi ainsi avec moi et que ça n'a rien apporté de bon ! s'agaça Ichigo en tournant enfin la tête vers elle. Tu aurais pu me parler au moment où on est arrivés dans cette ville !
- Je n'étais pas prête, souffla la belle, le cœur lacéré.
- Alors tu aurais dû me répondre ça plutôt que de me traiter comme tu l'as fait ! Merde, tu sais comment je suis, Orihime ! J'ai du mal à partager ce que je ressens, j'ai tendance à tout garder pour moi. Je te rappelle que tu me l'as bien reproché au Seireitei en mettant en avant ce trait de mon caractère ! J'ai fait des efforts depuis… Et toi, qu'est-ce que tu fais ? Exactement ce que tu m'as reproché !
- J'en suis consciente à présent, c'est pourquoi je veux tout te dire, répliqua la jeune femme de nouveau au bord des larmes.
Un pont enjambant un petit cours d'eau se dessina à quelques mètres. Cette zone était plus rurale et moins peuplée. Ils prirent machinalement cette direction qui semblait mener à un étroit sentier.
- Qu'est-ce qui me dit que ce sera la vérité cette fois ? douta ouvertement Ichigo, les nerfs toujours en feu.
- Parce que cette situation devient intenable, je n'en peux plus ! craqua Inoue.
- Il y a bien longtemps qu'elle l'est me concernant. Cette putain de tension me tue !
- Moi aussi ça me dévore !
Ichigo augmenta son rythme de marche, la distançant rapidement avec ses longues jambes. Il était déjà au bout du sentier quand la princesse, épuisée par ce climat anxiogène, se décida à lui courir après.
- Accorde-moi une dernière chance !
Toujours aucune réponse.
- Ichigo !
Ne pouvant en supporter davantage, Orihime pressa l'allure et lui barra la route, les mains sur ses épaules. La tête inclinée vers le sol, elle trouva le courage d'ancrer son regard dans le sien. La déception mêlée de méfiance inscrites sur son beau visage la confortèrent dans son choix de tout lui avouer. Le moment était venu.
- Écoute-moi, je t'en prie, le supplia-t-elle.
Son petit ami la fixa, un mélange d'émotions se succédant dans ses orbes bruns.
- Je peux vraiment te faire confiance cette fois ?
Ne plus l'entendre crier la soulagea énormément.
- Oui, tu peux.
- Comment en être sûr ? douta-t-il encore. Qu'est-ce qui a changé ?
- Tu as rompu, te perdre était ma plus grande crainte et c'est arrivé à cause de mes erreurs, pleura la jeune femme en pressant ses épaules. J'ai l'impression d'avoir perdu une partie de mon cœur et c'est pire que tout. Je regrette sincèrement le mal que je t'ai fait.
La voir dans cet état ne laissa pas Ichigo insensible.
- Tu me pousses à faire de ces choses...
Il mit sa colère de côté et entoura sa taille de ses bras.
- Tu es bien placée pour savoir que je suis du genre déterminé, déclara-t-il dans un murmure. Je n'ai pas l'intention de réellement rompre, c'est la seule solution que j'ai trouvée pour provoquer un déclic chez toi. Apparemment, ça a marché.
- Ce n'était pas vrai ? articula-t-elle, bouche bée.
- Non, je voulais te le faire croire. Je n'en suis pas fier, je crois que j'étais juste prêt à tout pour que tu redeviennes comme avant.
Très émue, Orihime choisit d'y voir là une preuve d'amour.
- Je ne t'en veux pas.
Elle combla l'espace entre eux, collant ainsi sa poitrine à son torse. En réponse, Ichigo la plaqua fermement contre lui, ses grandes mains croisées au-dessus de ses fesses rebondies. Cette posture rassura Orihime qui se sentait soutenue moralement et physiquement.
- Je t'écoute, prononça celui qu'elle aimait. Dis-moi toute la vérité sans m'épargner cette fois.
Inoue inspira et essaya de relâcher la pression. Dans sa gorge s'agglutinaient les mots injectés de souffrance qu'elle s'apprêtait à partager une dernière fois.
- Quand tu auras entendu la raison de mon comportement blessant, j'espère que tu trouveras la force de me pardonner, amorça-t-elle. Dans le cas contraire, je ne t'en voudrai pas. Sache que je ne pensais pas subir de telles... choses un jour ni que je réagirais de cette façon.
Une étrange sensation de froid traversa le dos d'Ichigo, signe qu'il interpréta comme un mauvais pressentiment.
- C'est en rapport avec tes cauchemars, anticipa-t-il.
- Comment tu le sais ? s'étonna la belle, abasourdie.
- Je t'entends parfois pleurer la nuit. Ça me coûte mais je te laisse parce que je sais que tu me repousseras, ce qui ne t'aidera pas à te sentir mieux. J'ai vu juste ?
- Oui, mes cauchemars sont en partie responsables de mon attitude envers toi, confirma-t-elle, mal à l'idée qu'il se soit privé de la réconforter quand elle en avait le plus besoin. En vérité, il s'agit d'un cauchemar récurrent qui renferme un souvenir oublié.
- Un souvenir oublié ? répéta Ichigo, pas sûr de bien saisir. Il doit être particulièrement mauvais pour te faire un tel effet. Remonter à très loin quand tu étais enfant pour ne pas l'avoir conservé en mémoire.
- Pas exactement, le contredit la beauté auburn, le cœur serré.
Avec Yoruichi, elle avait commencé par l'agression de Grimmjow et enchaîné avec le viol dont elle fut victime. Dans le cas présent, elle opta pour le choix inverse. Une manière d'être certaine d'aller au bout de son récit glaçant en évoquant d'abord son traumatisme le plus profond.
- Tu sais que j'ai toujours été en conflit avec ma mère. A l'adolescence notre relation est devenue encore plus difficile, je pleurais très souvent dans mon lit le soir.
Son petit ami n'en crut pas ses oreilles.
- C'est ta mère la raison de tout ce merdier entre nous ?
- Dans un sens, oui. Mais pas seulement.
- Comment cette partie de ta vie peut avoir un impact sur nous ? On ne se connaissait même pas tous les deux quand on était adolescents, répliqua-t-il, déconcerté.
- Non, mais je subis aujourd'hui les conséquences de ce que j'ai vécu à l'âge de quinze ans, précisa-t-elle en tremblant.
Cette fois, Ichigo fut certain de ne pas être responsable de cette réaction de son corps. Il raffermit sa prise autour de sa petite amie instable sur ses jambes.
- Raconte-moi, dit-il tout bas.
- Ce jour-là, ma mère et moi nous nous étions disputées sur un sujet dérisoire qui a pris des proportions démesurées, débuta Inoue, ce souvenir précis en mémoire. Un peu plus tard, elle m'a autorisée à me promener dans la forêt à proximité du palais. J'étais contente de pouvoir respirer loin d'elle et de ses exigences de plus en plus lourdes à supporter.
Elle fit une pause, regarda autour d'eux, dans l'espoir que la beauté de la nature l'apaise dans cet exercice éprouvant qui la forçait à tout revivre. Les étoiles dans le ciel d'encre, ce calme ambiant, diminuèrent ses angoisses.
- Au début, tout se passait bien, j'étais accompagnée d'un garde qui veillait à ma sécurité, poursuivit courageusement Orihime qui contenait ses larmes tant bien que mal. Je profitais de pouvoir simplement être moi et non plus la future impératrice soumise à des protocoles ennuyeux. A ce moment-là, je ne me doutais pas un instant de ce qui m'attendait ni que ma mère me...
Elle s'interrompit soudain. Le fils Kurosaki fronça les sourcils.
- Orihime ?
- Il y a de la lumière, dit-elle d'une voix aiguë en fixant quelque chose derrière lui.
Ichigo porta son regard dans la même direction et comprit aussitôt. Ainsi donc, leurs pas les avaient conduits là...
- Drôle de hasard, hein, commenta-t-il quelque peu amusé.
Des ombres se mouvaient derrière les rideaux de la maison au goût douteux dans laquelle travaillait Sora. Il était rentré. D'après Urahara, il travaillait jusque très tard la plupart du temps. Par conséquent, il se trouvait probablement encore chez sa patronne. Ces quinze derniers jours, Orihime et Ichigo étaient revenus ici quelques fois à divers moments de la journée, sans succès. Personne ne leur ouvrit et pas le moindre signe de vie n'avait émané de cette maison. Ils n'eurent pas plus de chance en se rendant chez Sora, en ville. Le destin voulait malgré tout que cette rencontre se fasse pour les y avoir menés ici ce soir.
- Ichigo...
- C'est bon, la détendit-il. On reprendra notre discussion plus tard. Ça va ?
Elle ne répondit pas tout de suite, incapable de détourner ses océans gris de la grande maison.
- Je me suis préparée à ce moment. Maintenant que quelques mètres nous séparent, je n'arrive pas à bouger. Peut-être que j'ai fait une erreur, qu'il m'en voudra de débarquer dans sa vie sans prévenir, qu'il ne me croira pas ou même...
L'index d'Ichigo sur ses lèvres la fit taire. Sa récente colère avait laissé place à de la compassion.
- Te poser toutes ces questions ne te mènera à rien, Orihime. Tu n'as pas fait tout ce chemin pour abandonner maintenant alors vas-y.
Il posa l'une de ses mains sur sa joue pour sécher les derniers vestiges de sa tristesse.
- Sora est ton frère. Il est possible que vous parveniez à tisser une relation tous les deux. Peut-être qu'il s'est senti aussi seul que toi au cours de sa vie et ça, ça rapproche.
- Pour un homme qui a du mal avec les mots, tu te débrouilles plutôt bien en ce moment, le taquina-t-elle.
Il sourit malgré lui.
- T'es la première à me dire ça alors ça doit être un coup de chance.
La beauté auburn le serra dans ces bras. Leur relation était encore ombragée par la vérité en passe d'être révélée en totalité, toutefois cette parenthèse de bien-être restait la bienvenue. Animée d'une confiance en cours de régénération, Orihime glissa ses paumes sur la nuque de l'homme dont elle était amoureuse en y apportant une certaine pression. Comprenant par là qu'elle désirait qu'il se penche, Ichigo se plia à sa demande explicite. Dès qu'elle le put, Hime se hissa sur la pointe des pieds et lui donna un doux baiser qui étonna Ichigo dans le bon sens. Car pour la première fois depuis un temps trop long, pas de tremblements ou de raidissement du corps de la femme dans ses bras.
Sans rompre le baiser qu'il osa rendre langoureux, il descendit avec une lenteur volontaire ses mains sur ses fesses qu'il palpa doucement. Il n'avait jamais touché une femme avant Orihime. Concentré sur sa vengeance, il était pour ainsi dire imperméable au charme féminin. Ce n'est donc que récemment qu'Ichigo réalisa combien il aimait découvrir le corps de sa petite amie dans leur intimité nouvelle. Déjà au Seireitei, peu avant qu'ils sortent ensemble, ses courbes généreuses lui faisaient un effet pour le moins gênant, jusqu'à même lui provoquer de l'inconfort dans son pantalon. Fort heureusement, cela arrivait la plupart du temps lorsqu'il était seul dans sa chambre. Il avait fini par assumer cet effet qu'il ne criait pas sur les toits pour autant et bientôt, l'envie de toucher Orihime émergea. Maintenant qu'il pouvait le faire sans la crainte qu'elle recule d'un bond, il savoura ce contact qu'il avait hâte d'étendre…
De son côté, en le sentant caresser cette partie de son anatomie, Orihime avait immanquablement songé à Grimmjow et Saburo, auteurs de gestes similaires quoique plus brutaux. L'estomac noué en raison de ce besoin trop familier de prendre ses distances, elle tint bon face à ce mécanisme de défense. Quelque chose d'autre entrait en action, quelque chose d'agréable qu'elle ne saurait définir. Ce signe encourageant la motiva à suivre les conseils de Yoruichi sans brûler les étapes. Orihime laissa ses doigts voyager dans les brins orange en épis de l'élu de son cœur, désormais persuadée que se montrer honnête envers lui était bénéfique même si elle ne lui avait pas encore tout dit.
- Merci, chuchota-t-elle sur ses lèvres humides.
- De quoi ?
- D'être là, de vouloir être présent pour moi même quand je ne le mérite pas.
Ichigo se redressa.
- Je ne suis pas d'accord avec la fin de ta phrase mais on verra ça plus tard, murmura-t-il. Tu as un frère à rencontrer.
- C'est vrai. Est-ce trop te demander de m'accompagner ?
Pour toute réponse, il lui tendit la main. Reconnaissante, Orihime y logea la sienne, la poigne de son roux lui signifiant clairement qu'elle n'était pas seule. Ensemble, ils marchèrent vers leur destination, le cœur d'Orihime battant à plus grande vitesse à mesure qu'ils se rapprochaient.
- Ces bras géants en pierre sont vraiment immondes, commenta Ichigo.
- N'oublie pas que sa patronne a des goûts « tranchants », pouffa-t-elle de rire.
- Ouais mais là, ça dépasse le simple mauvais goût. Sans parler du sabre au-dessus du toit… On dirait une menace de décapitation si on franchit le seuil.
- Espérons que tu aies tort.
Parvenus devant la porte d'entrée, Ichigo pressa sa main pour l'encourager. Quoi qu'il se passe, la vie de sa petite amie allait changer dès que Sora apparaîtrait. Il ne serait plus une simple peinture mais un être tout ce qu'il y a de réel. Après une profonde inspiration, la belle frappa. Les bruits de pas de l'autre côté accélérèrent dangereusement son rythme cardiaque déjà élevé.
- J'arrive !
Cette voix grave mit à l'épreuve sa motivation. Lorsque la porte s'ouvrit, le souffle d'Orihime se figea quelque part entre sa gorge et ses poumons. Il se tenait là, devant elle. Plus mature, il devait avoir une trentaine d'années, mais pas de doute, c'était bien lui. Ce frère si longtemps recherché, elle l'avait retrouvé. Ce qui la frappa en premier lieu, c'est la forte ressemblance avec leur père. Elle le détailla, oubliant que c'était impoli. Pas très grand, Sora avait une certaine carrure, des cheveux châtains qui lui tombaient sur les épaules, des yeux gris foncé et un visage bienveillant. Comme l'empereur.
- Bonsoir, je peux vous aider ? demanda aimablement Sora. Vous êtes perdus peut-être ?
Constatant qu'Orihime était incapable d'articuler le moindre mot, Ichigo prit la parole.
- Salut, pardon de te déranger. Non, nous sommes là pour toi.
La perplexité nuança les traits de Sora.
- Pour moi dites-vous ?
- Oui, pour te dire quelque chose, précisa le roux.
Sora regarda avec intérêt ce jeune homme qui lui manquait de respect en le tutoyant et qui ne lui était pas étranger.
- Nous nous sommes déjà vus quelque part, non ?
- Je ne crois pas, répondit Ichigo qui devina la suite.
- Si, ça me revient, réalisa Sora, sur ses gardes. J'ai vu ton visage sur un avis de recherche ! Que me veux-tu, Kurosaki Ichigo ? Je ne sais pas ce qui t'est reproché, je doute toutefois de pouvoir t'aider.
- Vous n'avez rien à craindre d'Ichigo et c'est moi qui ai quelque chose à vous dire, intervint Orihime en attirant l'attention des deux hommes. Je vous ai cherché et quand je vous ai retrouvé, j'ai attendu votre retour. Je suis sincèrement heureuse d'enfin pouvoir vous rencontrer, exprima-t-elle, l'œil brillant.
Son frère haussa les sourcils.
- Vous m'avez cherché ? répéta-t-il de plus en plus perdu. Pardon, mademoiselle, mais qui êtes-vous ? Vous devez forcément faire erreur.
- Sora, magne-toi un peu si tu ne veux pas passer une nuit blanche ! hurla une voix féminine à l'intérieur de la maison. Le travail ne va pas se faire tout seul !
- Un instant ! cria-t-il par-dessus son épaule. Je suis désolé, j'ai beaucoup de travail, s'excusa-t-il auprès d'Ichi et Hime en refermant. Bonne soirée.
Ichigo bloqua la porte avec son pied juste avant qu'elle ne claque, surprenant Sora qui perdit patience.
- Tu devrais écouter ce qu'elle a à te dire, lui conseilla le fils Kurosaki en désignant sa petite amie.
- En quoi est-ce si pressant ? s'exaspéra l'autre homme. Je ne vous connais pas, je n'ai aucune connaissance susceptible de se lancer à ma recherche. Mais si vous tenez tellement à me parler, repassez demain matin. J'ai vraiment besoin de ce travail pour vivre, vous comprenez ? Au revoir.
- Je sais que vous avez eu une vie très difficile et que vous avez vécu chez un vieil homme dans le Rukongai avant de venir ici !
Sora s'immobilisa. Inquiète de sa réaction, Orihime leva un poing devant sa forte poitrine. Ça lui avait échappé. Désarçonné, son frère sortit à l'extérieur pour mieux leur faire face. Il jeta un œil à Ichigo puis reporta son attention sur Orihime qui peinait à tenir debout sous le poids de ses émotions. Sora semblait aussi curieux que méfiant. Orihime ignorait tout ce qu'il avait enduré, néanmoins elle en savait suffisamment pour se faire une idée et donc, ne pas lui en tenir rigueur.
- Comment pouvez-vous savoir cela ? Je n'en ai jamais parlé à personne.
Orihime déglutit, son appréhension muée en crainte.
- Je sais que ça doit vous paraître étrange...
- Étrange ? la coupa son frère, incrédule. J'ai dépassé ce stade, cela dit ma curiosité est piquée. Allez-vous enfin me dire qui vous êtes et ce que vous me voulez tous les deux ?
- Tu dois connaître la vérité, c'est pour ça qu'on est ici, l'éclaira partiellement Ichigo.
- Quelle vérité ? s'exaspéra Sora, lassé par cet échange sans queue ni tête.
La princesse serra la main de son petit ami pour s'insuffler une ultime dose de courage.
- Je m'appelle Inoue Orihime, fille de l'empereur Eiji et de l'impératrice Miyako. Je suis également votre sœur.
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Bonjour/Bonsoir ! =) Cette partie 2 est plus intense en émotions que la précédente. Orihime a pu se confier à une femme, elle n'a pas tout révélé à Ichigo, qui n'a pas été épargné non plus, mais ça y est, le frère et la sœur se retrouvent ! J'ai également aimé écrire les répliques d'Eiji, personnage que j'apprécie beaucoup.
Je suis contente d'être venue à bout de cette partie et du chapitre dans sa globalité. Malgré ça, je n'en posterai plus d'aussi long, ça me demande trop de temps. J'ai commencé les premières lignes du chapitre 8 qui est en pause pour le moment. Comme je vous l'avais expliqué, je dois encore me décider sur le nombre de chapitres restants. Je ne sais donc pas quand je le posterai.
Comme à l'accoutumée, merci pour la lecture de cette partie et les reviews. Cette fiction plaît et j'en suis ravie ! Remerciement spécial à tipipkd, lecteur assidu alors qu'il ne parle pas français ; à Angie-Tenshi18, fan (femme ? mdr) d'Ulquiorra qui me laisse toujours des rewiews développées et drôles (je vous conseille d'ailleurs fortement sa fanfiction avec Ichi et Hime qui est un régal !) ; à Captainmai toujours au taquet et qui me fait bien rire ; à Mysty qui prend aussi le temps de me laisser son avis avec parfois sa touche d'humour ; à Elendrial dont les reviews me font aussi toujours plaisir tout comme le vote sur le nombre de chapitres à venir. J'espère que cette partie est assez longue pour toi ;) Merci également à tous les autres lecteurs de m'avoir suivie jusqu'ici =D J'espère que vous serez au rendez-vous lorsque la suite de Je te retrouverai paraîtra. Je vous fais de gros bisous masqués, à la prochaine ~
