§ JE TE RETROUVERAI §

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Chapitre 8 : La Vie n'est qu'un Mirage

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- Vous êtes... qui ?

L'incompréhension de Sora se mua en effarement. Pâle, les yeux exorbités, il ne parvint pas à détacher son regard d'Orihime qui comprenait cette réaction.

- Vous devez avoir du mal à me croire...

- Non, je ne vous crois pas, articula son frère. Je n'ai plus de famille, mes parents sont...

- ...décédés quand vous aviez onze ans, acheva la princesse, très touchée. Vous avez vécu jusqu'à vos six ans près du palais impérial avant de déménager dans le Rukongai. A leur disparition vous avez dû travailler pour vivre et habiter avec un vieil homme. Une personne m'a raconté tout cela, une personne qui tient énormément à vous et pourra vous confirmer mes propos.

Elle fouilla dans sa poche pour en extraire le petit paquet remis par Sawako dont elle ne se séparait jamais, et le lui tendit. Sora s'en saisit d'une main tremblante, dénoua le noeud rouge en soie puis ouvrit la petite boite en bois nichée au cœur de cet emballage soyeux. Son souffle se coupa, ses jambes se dérobèrent.

- C'est... impossible, prononça-t-il faiblement en serrant l'écrin contre lui.

Il reporta son attention sur Ichigo et Orihime, qui ne retint plus sa larme. Elle voulut l'aider à se relever mais, hagard, il ignora sa main.

- Ideka san m'a assuré que vous me croiriez si je vous remettais ce paquet, murmura-t-elle.

- C'est vrai, ajouta Ichigo. J'étais là, tout ce qu'Orihime vient de te dire est la vérité.

- Oui, sourit celle-ci qui sentait revenir son souhait de mieux le connaître. Avez-vous des questions à me poser ? Peut-être pourrions-nous discuter quelque part ?

Lentement, Sora se releva, ses longs cheveux cachant son visage.

- Je suis désolé, je dois y aller.

Il s'en alla en courant, prenant de court le jeune couple.

- Attendez ! s'écria Orihime. Je ne voulais pas...

- Laisse-le, lui conseilla Ichigo. J'imagine que ça fait beaucoup pour lui. Moi aussi à sa place, je m'isolerais pour digérer.

- Um, tu as raison, se résigna-t-elle en regardant Sora disparaître au détour du sentier.

- Hé ! Vous êtes qui vous ?!

Ichi et Hime se retournèrent. Leur mâchoire faillit se décrocher.

- Ichigo, cet homme...

- Non, tu ne rêves pas.

Une brise souffla.

- Il chevauche un sanglier géant et hideux ! s'exclamèrent-ils, éberlués.

- Je vous interdis de vous moquer de ma Bonnie chan ! hurla l'inconnu assis sur le dos de l'animal en question, qui avait l'air de mauvais poil. Et je vous ai posé une question ! Vous êtes qui pour squatter ainsi devant la maison de ma sœur ?!

Brun sous son bandana vert et de bonne carrure, voilà comment décrire leur interlocuteur... sur sa monture.

- Votre sanglier est mignon, c'est l'énorme nœud rose autour de son cou qui n'est pas très joli, corrigea Orihime, perplexe. Pourquoi l'avoir affublée de cet accessoire ?

- Pardooon ? s'indigna le maître de Bonnie. Ce nœud lui va très bien et met en valeur sa beauté naturelle !

- Si tu le dis, se désintéressa Ichigo pas d'humeur à débattre sur le charme d'un porc.

- Vous êtes le frère de la patronne de mon frère ? demanda curieusement Inoue.

L'homme mit pied à terre pour se poster devant eux.

- Hein ? Ta tête me dit quelque chose, toi, dit-il.

- On me le dit souvent, râla Ichigo.

- Pas toi, tête de pissenlit, je parle de la demoiselle !

- Précise à qui tu parles aussi ! Et comment tu m'as appelé, enfoiré ?

- Quoi ? T'es une carotte sourde en plus ? se moqua l'étranger, le petit doigt dans l'oreille.

Une veine palpitante sur la tempe, Ichigo s'avança d'un pas, prêt à cogner ce sale con.

- Ne fais pas ça ! s'interposa Orihime, les deux mains autour de son poing. Ça n'arrangera pas notre image auprès de mon frère si tu frappes son ami, le raisonna-t-elle à voix basse.

- Rien ne dit que ce crétin est son ami, grogna-t-il.

- Je préfère ne pas prendre le risque.

- Un coup de poing ne le tuera pas. Il bouffera de la poussière et s'en remettra.

- Ichigo !

- Rah, c'est bon ! céda-t-il en fourrant les mains dans ses poches, l'air mécontent. Mais s'il me cherche encore, on ne verra plus la différence entre lui et son cochon.

La belle roula les yeux. Son petit ami pouvait se montrer si immature parfois...

- Tu as passé l'âge pour ce genre de...

- C'est quoi ces messes basses ?! les interrompit justement l'autre gars. C'est impoli d'ignorer les gens comme ça !

- On t'ignore si on veut, t'as rien de passionnant ! le contra le roux. D'abord t'es qui pour nous aboyer dessus comme ça ?!

La question à poser (ou pas) d'après l'immense sourire de l'interrogé.

- Le meilleur bricoleur-vendeur-négociateur de tous les temps, celui qui n'hésite pas à défendre la veuve et l'orphelin, celui que tout le monde appelle en cas problème et enfin le seul revenu vivant de la Montagne Rouge des Damnés, je suis l'unique, authentique, héroïque et sexy Shiba Ganju ! se vanta-t-il en se pointant avec les pouces.

Orihime pouffa de rire tandis que le fils Kurosaki, lui, était franchement blasé. Personnellement, il le qualifierait plutôt d'amateur-frimeur-emmerdeur, pathétique, chiant, ennuyeux et aussi sexy qu'un cafard écrasé. D'où sortait ce type nom d'un kami ?

- Avec de telles qualités tu dois être connu, nan ? Pourtant, ton nom me dit que dalle, lança-t-il.

- Mon nom est sur toutes les lèvres ! se vexa Ganju.

- Jamais entendu parler de toi, je te dis, persista Ichi avant de bâiller. Pas même par tes voisins, c'est dire...

- Tu dois vraiment avoir de graves problèmes d'oreilles ! riposta Ganju à quelques centimètres de son visage. De toute façon, ça ne me dit pas ce que vous faites là !

- Reprends tes distances ! ordonna Ichigo en lui donnant un coup de pied qui l'envoya à des mètres. J'ai jamais dit vouloir prendre une douche à base de postillons alors reste loin de moi ! s'écria-t-il en le pointant du doigt.

Ganju roula sur lui-même tel un boulet pour finir sa course dans un arbre. Pour couronner le tout, le sanglier, soudain menaçant, gratta le sol prêt à charger celui qui avait attaqué son maître, de la vapeur s'échappant de son groin. La princesse se frappa le front. Canaliser Ichigo était aussi facile que de garder un dragon en cage. Elle n'aurait jamais imaginé que sa rencontre avec son frère aboutirait à ça.

Ganju se releva avec une agilité surprenante. L'écorce imprimée sur la face, il revint vers eux en se tenant les côtes.

- Du calme, ma Bonnie, apaisa-t-il son animal avec des caresses. Sombre idiot ! Tu as failli me casser des os et tu as énervé ma Bonnie chan !

- Et alors ? répliqua Ichigo, indifférent. Je suis supposé avoir peur d'un cochon ?

- C'est un sanglier ! rectifia-t-il vivement.

- Peu importe, c'est la même famille.

- Pas du tout ! Ma Bonnie chan est décidément plus intelligente que toi !

- En tout cas, je suis assez intelligent pour ne pas confondre un cochon avec un cheval.

Ganju serra les dents, retroussa ses manches et leva les poings à hauteur de son visage.

- D'accord tête de pissenlit moisi. Puisque tu cherches la bagarre, tu vas l'avoir !

Un sourire mauvais s'étala sur les lèvres d'Ichigo qui adopta la même posture défensive.

- Amène-toi, j'ai besoin de me défouler !

- Ça suffit, arrêtez ! s'exaspéra la seule femme, positionnée entre eux. Nous sommes venus parler à Sora, non se battre dans un duel ridicule !

- C'est lui qui a commencé ! se défendirent aussitôt les deux hommes avant de se lancer un regard noir.

- Ça n'a aucune importance, allons-y, dit-elle fermement en entraînant son petit ami boudeur.

- Une minute ! Vous êtes là pour Sora ? réalisa Ganju. C'est curieux, il ne reçoit jamais de visite et il ne m'a jamais parlé de vous.

- On se connaît depuis peu, précisa Hime qui n'avait aucune envie de raconter son histoire.

- Depuis peu, hein... Je ne vous ai jamais croisés, vous venez d'où exactement ? Et puis ce n'est franchement pas une heure pour venir voir quelqu'un, continua-t-il en se grattant le menton, songeur.

- C'est bien pour ça que nous faisons demi-tour, lui expliqua-t-elle, mal à l'aise.

- Pourquoi vous déplacer pour rebrousser chemin ? Vous êtes...

- Oi ! Tu vas pas nous sortir être enquêteur en plus de tes autres « qualités » foireuses ? craqua Ichigo. On a autre chose à faire que de t'écouter alors salut !

- Oui, il est l'heure de dormir, fit remarquer la beauté auburn. Au revoir, Bonnie san, Ganju san ~ !

- Hé ! Revenez ici ! s'égosilla celui-ci.

Le couple fila vite et loin. Ganju cligna des yeux puis fronça les sourcils. Bonnie vint contre sa jambe, il lui tapota la tête.

- Tu as raison, ma Bonnie, ces deux-là sont vraiment louches. Je vais en parler à nee chan.

Déjà à bonne distance, Ichigo et Orihime faisaient le chemin en sens inverse.

- Nan mais pour qui il se prend ce gars ? se hérissa-t-il. Il se croit malin sur son porc géant mais il m'a surtout l'air d'un fouteur de merde, fouineur et vantard. Tu crois qu'il est vraiment connu, toi ?

Le silence lui répondit.

- Orihime ?

Sa petite amie marchait lentement plusieurs mètres derrière. Une main agrippée à son bras, le regard loin, elle avançait pour ainsi dire machinalement et ne l'avait pas entendu. Ichigo alla à sa rencontre. Lorsqu'il pressa ses épaules, elle sursauta.

- Pardon, tu disais ? articula-t-elle, le nuage de ses pensées toujours présent dans ses océans gris.

- Tu ne m'écoutes vraiment pas, hein.

- Je suis désolée, j'ai l'esprit ailleurs, marmonna-t-elle, confuse. De quoi parlais-tu ?

- Rien, ce n'est pas important, assura Ichigo. Comment tu te sens ? Je ne te l'ai pas demandé, mais c'est vrai que c'est un sacré choc que tu viens de subir.

- Eh bien, pour être honnête, je ne sais pas comment je me sens.

- Qu'est-ce qui te travaille autant ?

La sœur de Sora posa ses yeux un peu partout à la recherche des mots justes.

- J'ai l'impression d'être coupée en deux, débuta-t-elle en croisant les bras sous sa généreuse poitrine. Une part de moi est heureuse d'avoir retrouvé mon frère, d'avoir la preuve vivante de ne plus être enfant unique. L'autre part de moi, la plus grande, est... j'ignore comment formuler ça.

La mine triste, elle baissa la tête pour faire reculer les larmes qui menaçaient. Perdu, Ichigo ne sut quelle attitude adopter. La situation à laquelle était confrontée sa petite amie demeurait inédite, ce qui ne l'aidait pas à la réconforter -domaine dans lequel il n'excellait déjà pas d'ordinaire. Il opta donc pour la solution la plus évidente pour lui.

- Allons faire un tour avant de rentrer. On va repasser votre rencontre en revue, ça t'aidera peut-être à décrire ce que tu ressens.

La jeune femme hocha positivement la tête.

- Faisons ça.

Elle l'enlaça dans une prise forte.

- Je me sens un peu chamboulée. J'ai toutefois conscience que sans toi, je me sentirais bien pire, murmura-t-elle, le front contre son torse. Merci d'avoir été là, Ichigo.

Ce dernier posa une main sur la nuque recouverte de ses doux cheveux auburn, son autre bras autour de sa taille.

- C'est normal, ne me remercie pas. Allons-y.

- Je te suis.

{…}

- Putain, fais attention !

- Tu n'as qu'à marcher plus vite.

- J'irais plus vite si tu me détachais !

- Tu irais plus vite si tu ne cherchais pas à défaire les liens.

Grimmjow cracha un juron pendant qu'elle accélérait davantage, le faisant trébucher.

- Tu perds ton temps alors avance.

- NELIEL !

Celle-ci s'arrêta, pivota vers lui, ses yeux lançant des éclairs sous sa volumineuse chevelure verte. Son long manteau de fourrure ne cachait nullement ses formes avantageuses tandis que sa manière de se mouvoir révélait son aisance à se déplacer en pleine nature.

Après voir trouvé Grimmjow dans la grotte, Neliel exigea de connaître la raison de sa présence en ce lieu au milieu de nulle part. Grimmjow l'avait évidemment envoyé chier avant de se tirer. Finalement, il décida qu'il n'en avait rien à foutre et lui raconta fièrement ce qu'il avait fait à Orihime et son duel avec Ichigo. Choquée et furieuse, Neliel désira savoir toute l'histoire depuis le début. Sa réaction inattendue amena Grimmjow à lui proposer sadiquement un marché...

Neliel, qui mourait d'envie d'abréger son existence, régla quelques comptes avec lui et accepta le marché à contrecœur. C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent à voyager ensemble. Compagnons de route improbables, ils empruntèrent les itinéraires les moins fréquentés pour ne pas trop attirer l'attention, ce qui allongea leur trajet. Malgré cela, Grimmjow fila la frousse à tous ceux qu'ils croisèrent et les chuchotements allèrent bon train. Neliel ne tarda pas à s'en lasser et s'en méfier. Elle désirait progresser le plus discrètement possible, sans la menace d'un bouche à oreille aiguillant vers eux des personnes qu'elle voulait éviter. C'est bien alors qu'elle imposa de séjourner dans un village le temps de parfaire « le plan » et de permettre aux blessures de Grimmjow de guérir.

La belle femme et le fils d'Aizen marchaient actuellement dans une direction bien précise. Sa confiance en Grimmjow étant d'ordinaire en dessous de zéro, elle chuta encore plus bas après que Neliel lui eût soutiré tout ce qu'elle pouvait. Écœurée par sa personne, elle lui avait ligoté les poignets et les chevilles dans son sommeil, et tenait l'extrémité des cordes pour s'assurer qu'il ne la devancerait pas dans la réussite de leur curieux objectif commun.

- Nous sommes presque arrivés, lui dit-elle, plantée juste devant lui.

- J'ai remarqué ! C'est pas une raison pour me tenir en laisse comme un chien ! Je peux à peine marcher !

- Un chien mérite d'être mieux traité que toi, riposta-t-elle. Tu n'es qu'une bête sauvage qui, dans le cas présent, n'a pas besoin de courir.

Un sourire se dessina sous le regard lascif de Grimmjow.

- Tu tiens pourtant à me garder près de toi alors autant en profiter.

- Jamais, répliqua-t-elle, dégoûtée. Encore moins après ce que tu as fait.

- Allez, les femmes aussi ont des besoins. Je n'ai pas touché de chair fraîche depuis la Princesse..., fit-il en se rapprochant de son oreille. Tu m'as fait avaler ton mélange de plantes bizarre pour me faire pioncer et m'attacher tranquillement. Laisse-moi te ligoter à un arbre, je te garantis que ce n'est pas la colère qui te fera crier.

- Tu es répugnant.

- Je peux t'étrangler si je veux et poursuivre seul.

- Tu ne le feras pas, affirma-t-elle sans une once de peur.

Il haussa un sourcil et recula pour se confronter à son regard acéré.

- Qu'est-ce qui m'empêcherait de serrer ces saloperies de cordes autour de ton cou ?

- Ta lâcheté. Tu n'es qu'un lâche, Grimmjow, répondit-elle en le fixant sans ciller. Vois-tu, les personnages comme toi sont comme les feuilles portées par le vent. Vous survolez les autres, vous croyant supérieurs, mais vous finissez par tomber et vous vous faites piétiner.

- C'est ce que tu penses, hein ? Alors qu'est-ce que tu fous encore avec moi ? lança-t-il, son sourire de retour.

Neliel ferma les poings et fit son possible pour ne pas laisser son arrogance nauséabonde l'atteindre.

- Tu le sais parfaitement, siffla-t-elle en se détournant et tirant fortement sur les cordes. Cesse de nous faire perdre du temps, avance et tais-toi.

- Je risque d'avoir des trous de mémoire sauf si tu me libères. Ça serait vraiment dommage que tu fasses tout ça pour rien et que tu passes pour une conne.

La femme s'immobilisa une nouvelle fois, la tête tournée vers lui, les yeux plissés.

- C'est une menace ?

Une lueur traversa les iris clairs de Grimmjow, visiblement ravi de l'emmerder.

- Peut-être bien, ouais.

- Tu es vraiment dépourvu d'humanité à l'image d'une bête, articula la beauté verte, la voix tremblante de haine.

- Je suis peut-être une bête sauvage comme l'approuverait mon cher petit frère, mais une bête qui ne connaît pas la faiblesse, répondit Grimmjow en ramenant les bras vers son torse d'un geste vif.

Ce mouvement provoqua la chute de Neliel qui tenait toujours les cordes. Elle se remit debout rapidement et marcha vers lui à pas rageurs. La colère lisible sur son visage, elle saisit l'un de ses bras musclés et employa un ton aussi tranchant que son regard.

- Très bien, je te libère. Garde toutefois à l'esprit que je mets un point d'honneur à remplir ma mission. Je ferai tout ce qu'il faut pour la mener à bien quels que soient les obstacles.

Pas du tout impressionné, Grimmjow la lorgna ouvertement tout en se léchant la lèvre inférieure.

- Ça nous fait un point en commun, on dirait.

Neliel ne dit rien, dénoua les nœuds particulièrement serrés, enroula les cordes pour les ranger dans son sac et se remit en route. Satisfait, Grimmjow enfonça ses mains désormais libres dans ses poches et lui emboîta le pas.

{…}

- Merci, Docteur Kurosaki !

- A votre service, Shinzo san ! La prochaine fois, posez votre couteau avant d'éternuer, ça vous évitera de perdre des doigts !

- Haha, j'y penserai !

Isshin salua le vieil homme. Son sac en bandoulière contenant le nécessaire médical de premier secours et tout ce qui pouvait y entrer, il retourna au manoir Kuchiki, plutôt content de sa journée. Durant plusieurs heures, il avait prodigué ses soins à des patients dans le Seireitei et le Rukongai. Il se livrait à ce rituel depuis plus de quinze ans par passion sauf qu'aujourd'hui, il y avait une autre raison : s'occuper l'esprit. Avec un profond soupir, le médecin franchit les hautes portes gardées.

- Kurosaki san !

L'interpellé vit deux silhouettes familières se diriger vers lui.

- Combien de fois je vais devoir te dire de m'appeler par mon prénom, Sado ? le taquina-t-il. Tu es comme un frère pour Ichigo et un fils pour moi, tu le sais.

Sado toussa dans son poing, gêné.

- C'est vrai, pardon.

Silence.

- Euh... merci.

Renji, à ses côtés, se racla la gorge.

- Justement on est là pour vous parler de votre fils et d'Orihime san.

Isshin redevint sérieux.

- Il s'est passé quelque chose ?

- C'est ce qu'on aimerait savoir. L'excuse que vous nous avez sortie pour justifier leur départ après le bal ne prend pas. Même Rukia semble au courant de quelque chose mais ne dit rien ! s'exaspéra-t-il.

Le père Kurosaki passa une main sur son visage las.

- Que voulez-vous savoir tous les deux ?

- La vérité, répondit Sado de sa voix grave.

- Et pas que nous, les autres nous attendent dans le salon au bout du couloir, ajouta Renji. Alors vous venez ? On ne lâchera pas l'affaire de toute façon.

- Oh, je le sais bien, répondit le docteur qui avait anticipé ce moment. Je vous suis, les garçons.

Étonnés mais soulagés de sa coopération, les deux jeunes hommes ouvrirent la voie. Isshin entra avec eux dans le salon confortable dans lequel se trouvaient Tatsuki, Uryu et Rukia. Ces derniers cessèrent de parler à leur arrivée.

- Je ne pensais pas que vous viendriez aussi facilement, amorça Tatsuki dont la voix dissimulait mal la colère.

- Je me suis préparé à cet instant, déclara Isshin en posant son sac sur une petite table près de la fenêtre.

Il s'installa dans l'un des fauteuils, imité par Sado, Rukia et Renji. Allez droit au but était préférable.

- Mon fils est parti sauver Orihime chan au sens propre et plus large du terme.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? lança Ishida en rompant la stupéfaction plombant l'air.

- C'est à cause de Grimmjow, marmonna Rukia en s'attirant tous les regards. Ne me regardez pas ainsi, Ichigo m'a demandé de ne rien dire.

- Grimmjow était ici ? s'exclama Renji, bouche bée.

- Tu le connais ? s'étonna la petite Kuchiki.

- Non, Orihime san en a parlé à Ichigo chez Rangiku san et il m'a tout raconté ensuite.

- Vous connaissez Matsumoto ? Vous savez déjà certaines choses alors, en déduit Isshin.

- On a dormi une nuit chez elle avant de venir ici, c'est tout, précisa Renji.

- On ne vous dérange pas ? s'irrita la meilleure amie d'Orihime. Il se passe quoi au juste, là ? Je croyais que personne ne savait rien ! Qui sont ce Grimmjow et cette Rangiku ?!

- Matsumoto Rangiku est l'ancienne meilleure amie de l'impératrice. Je l'ai seulement aperçue une fois quand je suis allée chercher ma femme au palais, il y a de cela plusieurs années, expliqua le père de famille.

- Quant à Grimmjow, il s'agit... du fiancé d'Orihime san, souffla Renji.

- QUOI ?! s'exclamèrent-ils tous sauf Isshin.

- Oi ! lâcha Renji. Pas la peine de gueuler comme ça ! Je n'ai rien dit parce qu'Orihime san ne voulait pas que ça s'ébruite. En même temps, je la comprends. Y a pas de quoi être fière de se retrouver liée à un type pareil...

Abasourdie, Tatsuki se laissa choir sur une chaise.

- Donc, en résumé, Ichigo a demandé à Kuchiki de se taire et Orihime vous a supplié Ichigo et toi de ne rien dire. Et ça vous a semblé normal ?!

- Tatsuki chan..., tenta de l'apaiser Uryu.

- Non, je ne me calmerai pas ! Merde, Orihime et moi avons été séparées plusieurs années ! Quand je la retrouve, j'apprends qu'elle ne me fait pas suffisamment confiance pour se confier !

- Il ne s'agit pas de ça, lui assura Isshin.

- Ça m'est égal, plus de mensonges ! Je veux tout savoir maintenant !

- On ne sait pas tout nous non plus, tu sais, se défendit Renji.

- Tu en sais déjà plus que moi, Abarai, n'en démordit-elle pas.

- Allons, allons, nous en prendre les uns aux autres ne résoudra rien, tempéra le médecin.

Toujours furieuse, Tatsuki croisa les bras en braquant son regard sombre sur le mur opposé.

De son côté, conscient que ce rôle ne lui incombait sans doute pas, Isshin entreprit de leur raconter le jour où il sauva Orihime de la noyade, avouant au passage soupçonner sa mère. Il évoqua également les doutes de Masaki concernant le traitement que l'impératrice réservait à sa fille, ainsi que leur maison que Miyako fit brûler et leur réputation qu'elle détruisit. Selon Isshin, il était important de mettre en lumière la jalousie féroce de la mère d'Orihime, prête à tout pour se débarrasser de la princesse et écarter tous ceux qui osent se dresser sur son chemin.

Renji prit le relais en détaillant ce dont il avait connaissance à savoir que l'impératrice, Aizen et Grimmjow avaient mis au point un plan merdique qui consistait à forcer Orihime à se marier avec Grimmjow ; et que celui-ci devait la tuer pour permettre à son père et Miyako de régner sur le Japon aussitôt l'empereur mort. Renji acheva sont récit en révélant que cette situation avait évidemment poussé Orihime à prendre la fuite et que leur rencontre eut lieu dans la foulée à l'auberge d'Ukitake.

Le choc culminait en tête de liste des réactions de l'assistance.

- Cette histoire est... dingue, commenta Sado au nom de tous.

- Donc Grimmjow a retrouvé Inoue et l'a forcée à le suivre le jour du bal, en conclut Rukia, effarée.

- Cela expliquerait pourquoi Kurosaki s'est lancé à leur poursuite, dit Uryu en remontant ses lunettes. L'impératrice n'est pas réputée pour être une femme tendre, je n'aurais pourtant jamais imaginé qu'Inoue san vivait un tel enfer.

- Ouais, je me suis dit la même chose quand Ichigo m'a tout raconté, soupira Renji en se grattant la tête. C'est une fille gentille qui ne se plaint jamais, elle a franchement eu du courage de se barrer.

- Je pense qu'Ichigo les a retrouvés tous les deux depuis le temps, marmonna Rukia qui serrait le bras de son futur mari. Mais où sont-ils ?

- C'est vrai que c'est étrange, l'approuva Ishida. Qu'est-ce qui pourrait les retenir plus de deux semaines ? Quoi qu'il en soit, et ça me brûle la langue de le reconnaître, Inoue san est en sécurité aux côtés de Kurosaki.

- Il est évident que mon fils préférerait s'arracher un bras plutôt que de la savoir en danger, dit fièrement Isshin.

- Hum, renforça Sado.

Jusque-là silencieuse, Tatsuki bondit de sa place pour avancer dans la pièce, dos à eux. Chacun retint son souffle.

- Je n'ai pas su voir que ma meilleure amie me cachait des choses. En revanche, je sais que s'ils ne sont pas de retour, c'est forcément pour une bonne raison, déclara-t-elle.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? ne saisit pas Rukia, les sourcils froncés.

L'autre femme leur refit face.

- Orihime vit un enfer depuis toujours, ce mariage est la goutte de trop, poursuivit Tatsuki, les poings roulés en boule. Orihime a eu raison de se tirer du palais, j'ignore si elle avait un plan en tête à ce moment-là, mais il me paraît clair qu'elle en a un aujourd'hui. Orihime n'est pas une personne lâche qui se cachera toute sa vie en abandonnant son père et elle est loin d'être stupide. Si Ichigo et elle ne sont pas ici, c'est qu'ils ont un plan.

- Lequel ? questionna encore la sœur de Byakuya.

- Sans doute un moyen de contrer ce mariage, supposa le père Kurosaki, dans ses pensées. L'empereur est mourant, beaucoup de gens le savent. Lui seul doit faire barrage à cette union, sauf qu'il ne le pourra pas éternellement. D'après la maladie dont il souffre, il n'en a plus pour très longtemps, hélas.

- Exactement, renforça Tatsuki, le corps tendu. Je suis persuadée qu'Orihime et Ichigo vont se diriger vers le palais pour affronter l'impératrice, ce n'est qu'une question de temps.

- Peut-être qu'elle la cherche encore, marmonna Renji qui réfléchissait en fixant le sol.

Le poids des regards rivés sur lui l'incita à les observer tour à tour.

- Chez Ukitake san, Orihime san nous a dit chercher une personne, livra-t-il en se remémorant leur rencontre.

- Qui donc ? s'étonna Uryu.

- Je ne sais pas, elle n'a donné aucun détail si ce n'est qu'elle ne savait pas de qui il s'agissait ni où la trouver.

- Inoue cherche quelqu'un dont elle ignore tout ? résuma Rukia, perplexe. Cette démarche n'a aucun sens, enfin.

- Je sais, c'est bizarre mais c'est ce qu'elle nous a dit, répondit Renji en haussant les épaules. Il est possible qu'elle ait progressé dans ses recherches avec Ichigo depuis.

- Cette personne doit pouvoir aider Orihime chan pour qu'elle se donne autant de mal, déclara Isshin.

- Peu importe qui est cette personne mystère, elle ne sera jamais de taille pour mettre Orihime à l'abri de ce mariage mortel, répliqua Tatsuki. Il faut agir avant qu'il ne soit trop tard.

- Qu'est-ce que tu suggères ? l'interrogea Ishida pour s'assurer d'avoir bien compris.

Sa fiancée le regarda droit dans les yeux. Il y lut la réponse à sa question.

- Je vais me rendre aux portes du palais impérial et attendre Orihime pour l'aider, prononça-t-elle sur un ton décidé. Vous ne pourrez pas m'en empêcher, coupa-t-elle en voyant certains ouvrir la bouche. Orihime est comme ma sœur, je refuse de rester là les bras croisés et laisser sa garce de mère parvenir à ses fins sans réagir, trancha-t-elle, divers mauvais souvenirs à l'esprit. Alors vous êtes avec moi ou pas ?

- Tatsuki..., débuta Isshin pour la raisonner.

- Faites ce que vous voulez, moi je vais préparer mes affaires !

Sur ces mots, elle quitta le salon à grandes enjambées et claqua la porte.

- La portée du mal généré par l'impératrice n'a vraiment aucune limite, se désola le médecin.

- Je vais lui parler mais elle ne reviendra pas sur sa décision, les prévint Ishida en rajustant sa monture. Elle souffre encore des agissements de l'impératrice Miyako qui les a chassés elle et ses parents. Venir en aide à Inoue san est donc la mission de Tatsuki chan et également une forme de revanche.

- Revanche ? répéta Sado.

La tristesse se mouva dans les yeux bleus d'Uryu.

- La petite fille incapable de se défendre qu'elle était à l'époque est devenue une femme déterminée et sans peur. Je vais donc partir avec elle, je serai plus utile qu'ici.

Il s'en alla à son tour.

- Bon, on fait quoi ? lâcha Renji pour briser le lourd silence.

{…}

- Alors... tout était vrai ?

Urahara abaissa son bob pour dissimuler son air compatissant.

- Je le crains.

Sora s'effondra près de la petite table du salon. Après avoir laissé sur place Orihime et Ichigo, il s'était rendu chez le vendeur louche pour y exiger des explications. Les coudes sur la table, il tenait son visage toujours aussi pâle entre ses mains. Tessai vint leur annoncer que le dîner serait bientôt servi sans s'attarder. Kisuke le remercia et s'installa face à Sora.

- Je sais que ça te fait un choc, amorça-t-il.

- Un choc ? Kisuke, nous nous connaissons depuis plus de vingt ans ! s'écria Sora. Toutes ces histoires que tu m'as raconté gamin sur une femme qui a abandonné son fils puis a ordonné de le tuer... Ce même fils, adopté par des gens pauvres, qui est en fait héritier d'une famille riche et a une sœur sans le savoir... J'ai appris tout à l'heure que c'était mon histoire ! Pourquoi ne pas m'avoir dit la vérité ?!

- En te racontant tout ça, je voulais vraiment t'aider à te construire, se justifia Urahara. Tu avais une si piètre estime de toi, qu'il m'a paru une bonne idée de te parler de l'histoire d'un garçon dont la vie se résume à tout ce que tu viens de dire, mais qui devient quelqu'un de bien.

Sora se redressa un peu, encore sonné.

- Je savais que la vérité éclaterait tôt ou tard, reprit Urahara. Te l'apprendre enfant de manière détournée, la laisser dormir en toi, me paraissait une bonne idée. Une manière de te familiariser avec ton histoire. J'ai peut-être commis une erreur.

- Peut-être ? Bon sang, tu as été jusqu'à en faire un livre !

- Pour être crédible, murmura-t-il, pas fier.

- Tu l'as encore ? l'interrogea Sora. Je veux le voir.

Il reprenait progressivement des couleurs, sa colère restait toujours aussi vive cependant. Urahara quitta la pièce et revint quelques instants plus tard, un livre en main qu'il posa sur la table. Des émotions oubliées traversèrent le visage de Sora qui l'effleura du bout des doigts sans parvenir à le prendre.

- Nous sommes de retour, Urahara san ~ ! Pardon de rentrer si tard, nous...

Dans l'encadrement de la porte avec Ichigo, Orihime se tut à la seconde où ses prunelles se posèrent sur son frère.

- Inoue san, vous tombez à point nommé, l'accueillit l'homme blond avec un sérieux inhabituel. Comme tu peux le constater, ton frère est là, il est temps pour moi de vous apprendre des choses sur l'impératrice. Plus précisément, des événements datant d'avant votre naissance.

Dans l'incapacité de répondre quoi que ce soit, la belle alla se réfugier dans le couloir. Ichigo fit signe aux deux autres qu'il gérait la situation avant de rejoindre sa petite amie.

- Ichigo, je ne peux pas, se lamenta-t-elle, l'épaule contre le mur. C'est au-dessus de mes forces.

- Tu te sous-estimes.

- Non, pas du tout ! Chaque fois que j'ai entendu des révélations sur ma mère, les choses à encaisser ont dépassé tout ce que j'ai pu imaginer et j'ai fini bouleversée à chaque fois. D'abord Rangiku san, Ideka san, ton père, Tatsuki chan... c'est trop !

A bout, elle pressa ses paumes sur son visage. Outre ce qu'elle venait de confesser, cette journée se résumait à un concentré d'émotions trop intenses : son infinie tristesse de voir Ichigo souffrir de la mort de sa mère, leurs disputes à cause de son comportement envers lui, son douloureux échange avec Yoruichi, son cauchemar et tout ce qui l'entourait, sa rencontre avec son frère... Comment ne pas craquer ?

Deux mains chaudes se posèrent sur les siennes, la poussant à relever la tête. Elle se noya momentanément dans les orbes marron réconfortants de l'homme qu'elle aimait.

- Ta quête avait pour finalité ce jour, Orihime, mit en avant Ichigo en l'attirant contre lui. Tu dois savoir qui tu es et d'où tu viens pour pouvoir avancer.

- Et si je ne veux pas ? souffla-t-elle, la joue sur son pectoral gauche.

Un triste sourire aux lèvres, le roux caressa sa longue chevelure.

- Tu m'as dit souffrir du fait que ta mère ne voulait pas de toi et n'avoir que ton père comme référence, lui rappela-t-il doucement. C'est peut-être l'occasion pour toi de comprendre comment ta mère est devenue ce qu'elle est, ce qui ne veut pas dire lui pardonner.

- Connaître davantage mes racines de son côté, c'est ça ? Ça peut me faire très mal et me hanter toute ma vie, murmura-t-elle, la voix tremblante.

- C'est le risque à courir mais c'est mieux que de passer ta vie à te demander inlassablement « pourquoi », tu ne crois pas ?

La princesse ferma les yeux et agrippa sa chemise. Les pulsations du cœur de son petit ami l'apaisaient.

- Et puis, Sora ne connaît pas votre mère, il est préférable qu'il entende tout ça avec toi. Je ne sais pas ce qu'Urahara san lui a dit, mais il n'a pas l'air bien du tout, souligna le fils Kurosaki.

- Um, tu dois encore avoir raison, consentit la jeune femme en soulevant ses paupières.

Elle augmenta son étreinte. Ichigo était décidément son pilier, sans lui elle ignorait ce qu'elle ferait.

- Mon but est toujours de contrer les plans de ma mère. Je ne dois pas la laisser avoir autant d'emprise sur moi sauf que c'est difficile.

- C'est normal, tu as grandi avec une femme sans cœur qui t'a constamment rabaissée, s'agaça le roux qui aimerait dire à Miyako sa façon de penser. Ce sont ses choix discutables qui vous ont menés là aujourd'hui ton frère et toi.

Orihime décolla sa tête de son torse pour replonger dans ses iris bruns.

- Je peux voir ça comme une chance, sourit-elle faiblement. J'ai toujours rêvé d'avoir un grand frère pour me protéger. C'est trop demander pour l'instant à Sora nii, mais si nous pouvions tisser un lien et nous soutenir dans notre malheur, ce serait déjà une victoire face à ma mère.

La voir ainsi soulagea Ichigo qui la sentait prête à tout affronter. Il le savait : sa Orihime était plus solide qu'elle ne le croyait. Il lui donna un doux baiser.

- Tu sais où me trouver quand ce sera fini, lui chuchota-t-il sur les lèvres.

- Oui, à tout à l'heure.

Un peu plus légère, Inoue le regarda s'éloigner, inspira un grand coup et retourna dans le petit salon d'Urahara. Ni ce dernier ni son frère n'avaient bougé, elle s'assit donc autour de la petite table avec eux.

- Ravi que tu te joignes à nous, se réjouit Kisuke. Peut-être souhaitez vous dîner avant ?

- Je n'ai pas faim, déclina la beauté auburn, l'estomac noué.

- Moi non plus, dit Sora qui l'observait du coin de l'œil.

- Euh... je ne pensais pas vous trouver ici, avoua Orihime, mal à l'aise.

Il ressemblait vraiment à leur père, ce qui la déstabilisa. De plus, sa première impression se confirmait : de la bienveillance émanait de lui, ainsi que de la gêne.

- Tu peux me tutoyer, Orihime, l'autorisa Sora avec un sourire crispé. Nous sommes frère et sœur après tout.

- D'accord, Sora... nii ?

Il écarquilla légèrement les yeux. Si étrange de s'entendre appeler ainsi... Urahara, de son côté, but sa tasse de thé sans intervenir alors qu'il était responsable de cette « réunion ». Exaspéré par cette ambiance, Sora décida de prendre les choses en main.

- A vrai dire, je suis ici parce que Kisuke pouvait répondre à des questions concernant ta venue.

La princesse fronça les sourcils.

- C'est-à-dire ?

Sora jeta un œil au blond qui picorait tranquillement les entrées disposées par Tessai un peu plus tôt.

- Disons que je connais une partie de mon histoire comme les circonstances de ma naissance.

Hime resta bouche bée.

- Comment est-ce possible ?

Pour toute réponse, son frère fit glisser le livre qu'elle n'avait même pas remarqué. Intriguée, Orihime lut le titre « Le prince caché » avant de le feuilleter. Son cœur se serra un peu plus à chaque chapitre dont certains contenaient des illustrations.

L'histoire commençait comme beaucoup d'autres : « Il était une fois, une reine déterminée et sans cœur. Aveuglée par le pouvoir, elle avait abandonné son fils à la naissance quelques années auparavant pour se consacrer exclusivement à son règne... ». Orihime survola la suite, rien que ce début faisait un écho à la réalité. Au fil des pages, on apprenait ainsi que des gens pauvres adoptèrent l'enfant qu'ils couvrirent d'amour jusqu'à leur décès des années plus tard. Le petit garçon, alors livré à lui-même, fut recueilli par une vieille femme jusqu'au jour où sa mère biologique ordonna de lui ôter la vie. Le chevalier à qui incombait cette tâche horrible décida finalement d'épargner le garçon, qu'il éleva comme son fils. Adolescent, le garçon finit par découvrir être l'héritier du trône et avoir une petite sœur... Dans le dernier chapitre, le roi choisit de bannir la reine pour lui avoir caché l'existence de ce fils. C'est ainsi que le roi, sa fille et son fils vécurent heureux en oubliant le passé pour se concentrer sur l'avenir. Fin.

Émue, Orihime colla le livre contre sa poitrine. A quelques détails près, il s'agissait effectivement de l'histoire de son frère.

- Je suis à l'origine de ce livre, admit Kisuke en s'éventant. Raison pour laquelle ton frère était bouleversé à votre arrivée.

- Il y a de quoi, compatit la belle. Ce qu'il prenait pour une simple histoire inventée est la sienne. Pourquoi avez-vous fait cela ?

- Il voulait m'aider à avoir une meilleure estime de moi à travers le garçon paumé de cette histoire, qui devient un homme bien. Oh et que je sache la vérité sans en être conscient, pour me préparer à ce que nous vivons actuellement, l'éclaira Sora qui ne décolérait pas. Peut-être espérais-tu que voir ma sœur frapper à la porte de ma patronne serait moins brutal ? Désolé, Kisuke, ce n'est pas le cas. J'ai vécu toute ma vie dans le mensonge !

- Je vous présente mes excuses tous les deux, répliqua Urahara, le visage fermé. J'ai toujours été persuadé que vous vous retrouveriez un jour, je pensais agir pour le mieux.

Les bras croisés Sora laissa échapper une exclamation dédain.

- Vous aurez tout le loisir de m'en vouloir. A l'heure actuelle, je pense vraiment que vous devriez entendre ce que j'ai à vous dire, continua Kisuke.

- Qu'est-ce qui te fait croire que j'ai envie d'en savoir plus sur une femme qui m'a abandonné et a essayé de me tuer ?! s'emporta Sora en faisant sursauter sa sœur. Peu importe ce que tu as à nous dire, ça ne change rien ! Ma mère, celle qui m'a adopté, est morte et l'impératrice ne représente rien pour moi ! D'ailleurs, si je me fie à ce bouquin, c'est toi le chevalier qui m'a sauvé dans le Rukongai, n'est-ce pas ?!

- En effet, souffla le vendeur.

- Miyako t'a donc contacté ?

- Je n'ai pas toujours eu la réputation d'un paisible vendeur, reconnut-il avec regret. L'impératrice et moi avons une connaissance commune qui nous a mis en contact et de là, elle m'a demandé de commettre l'inconcevable. J'ai toujours eu l'intention de t'épargner.

- Qui est cette « connaissance » ? s'informa l'autre homme.

Celui au bob redevint impassible.

- Je ne peux rien dire.

Sora crispa les mâchoires.

- Et tu veux que je t'écoute me parler d'elle ? Je préfère encore m'en aller ! Je ne sais pas ce que j'espérais en te demandant des comptes, mais je m'attendais au moins à de l'honnêteté de ta part, Kisuke ! Pour moi, cette femme n'existe pas et toi, tu m'as trahi !

Sa réaction vibra en Orihime. Voir toute sa vie se résumer à un mirage dissimulant des mensonges faisait en effet très mal. Après une hésitation, elle se rapprocha de son frère pour presser sa main, ce qui le surprit. Elle lui adressa un joli sourire.

- Je comprends ce que tu ressens, je t'assure. Je ne vais pas te mentir, notre mère n'est pas la plus adorable des personnes. D'ailleurs, moi non plus je ne voulais pas entendre ce qu'Urahara a à nous dire. Néanmoins en cherchant bien, une part de toi n'a-t-elle pas envie de savoir d'où tu viens ?

Sora hésita, son amertume écumant de lui.

- Je ne sais pas, j'ai construit ma vie sans cette femme, elle n'a rien à m'apporter.

- Tu n'es plus seul maintenant, je suis là, osa la jeune femme. Nous pouvons faire face ensemble. Si malgré tout tu souhaites partir ou si le récit devient trop pénible pour toi, je ne te retiendrai pas.

Sora alterna son regard entre le sien et celui du vendeur silencieux et attentif. Finalement, il pressa la main de sa sœur en retour. Le visage de cette dernière s'éclaira.

- D'accord, faisons ça. Tu sais trouver les mots, s'amusa-t-il.

- J'essaie. Pour tout te dire, sans Ichigo, je ne serais pas là.

Tous deux pensaient la même chose : leur relation fraternelle commençait maintenant.

- Je conçois que ce n'est pas une partie de plaisir pour vous, je vais donc aller à l'essentiel et vous épargner les détails, opta Urahara en refermant son éventail. Sachez pour commencer que vos parents n'auraient jamais dû se rencontrer car, initialement, c'est la sœur de votre mère qui aurait dû devenir l'impératrice de ce pays.

- Ma mère n'a pas de sœur, rejeta aussitôt Inoue. Ni elle ni personne n'en a jamais parlé, pas même Rangiku san. Il s'agit de l'ancienne meilleure amie de Mère, ajouta-t-elle à l'adresse de Sora.

- Peut-être n'a-t-elle pas voulu te bouleverser davantage, supposa Kisuke.

- C'est ridicule, qu'y a-t-il de plus bouleversant que d'apprendre l'existence d'un frère abandonné ?

- Une tante morte dans des circonstances obscures.

Orihime blêmit. Sora, quant à lui, s'efforça de s'intéresser à cette discussion. Même dépourvu d'une nature rancunière, difficile de tendre l'oreille sur l'histoire d'une femme qui avait orchestré notre mort.

- L'impératrice Miyako a grandi dans un milieu très modeste pour ne pas dire pauvre, commença Urahara en choisissant bien ses mots. Son père, Tadashi, donc votre grand-père, travaillait la terre et sa femme, Sumiko, l'aidait à vendre le fruit de son labeur sur les marchés. Leur fille aînée, Yuna, tenait la maison en leur absence et s'occupait de sa petite sœur, Miyako. Vous suivez ? vérifia-t-il.

- Oui, je crois, répondit platement Sora tandis que la princesse acquiesçait en silence. Tu peux continuer.

- Un jour, l'empereur Seto et l'impératrice Natsumi, les parents de l'empereur Eiji, sont tombés dans une embuscade non loin de la maison de Tadashi et Sumiko. Tadashi est intervenu et a sauvé l'impératrice Natsumi d'une mort certaine. Reconnaissante et y voyant là un signe, elle désira le récompenser. En apprenant qu'il avait deux filles, elle proposa d'unir l'aînée au prince Eiji, c'est-à-dire Yuna. L'empereur Seto, pas du tout d'accord, s'y opposa mais sa femme parvint à le convaincre. Tadashi accepta car ce mariage mettrait sa famille à l'abri du besoin.

La beauté auburn serra un poing devant sa poitrine. Un mauvais pressentiment la rongeait.

- Que s'est-il passé ? encouragea-t-elle le vendeur.

Le concerné ajusta son bob sur sa tête et soupira.

- Déjà à cette époque, Miyako nourrissait secrètement des rêves de pouvoir et de richesse, poursuivit-il. Jalouse de sa sœur, elle ne s'enthousiasma pas de cette union et supplia ses parents de la choisir en dépit de son jeune âge. Évidemment, ils refusèrent et Yuna devint officiellement la fiancée d'Eiji.

Il marqua une pause au cours de laquelle il avala une gorgée de thé.

- Pourtant, c'est Miyako qui dirige le pays à ses côtés aujourd'hui, intervint malgré lui Sora.

Impossible de l'appeler « maman ». Miyako était la femme qui l'avait mis au monde. Ni plus ni moins.

- Comment est-elle devenue la femme de l'empereur si sa sœur était destinée à… ?

Il réalisa quelque chose.

- C'est pas vrai…, émit-il, frappé d'horreur.

Urahara le fixa dans un silence qui prit la forme d'une réponse. Sora se raidit alors qu'Orihime affichait un air perdu.

- Que se passe-t-il ? s'informa-t-elle, consciente de la connexion soudaine entre les deux hommes.

- Kisuke ne me dis pas..., commença Sora comme si elle n'avait pas ouvert la bouche.

- Peu avant le mariage, Miyako proposa à sa sœur d'aller se balader une dernière fois dans le village que la famille s'apprêtait à quitter pour s'installer au palais impérial, enchaîna Urahara qui préférerait ne pas leur apprendre cela. De cette balade, Miyako est revenue seule affirmant à ses parents que Yuna avait été enlevée. Tout le village s'est lancé à sa recherche y compris Miyako. Plus le temps passait, plus l'espoir disparaissait jusqu'à ce jour.

- Quel jour ? redouta Hime qui retenait son souffle.

- Le corps sans vie de Yuna fut retrouvé trois jours plus tard.

Choquée, la princesse porta ses mains à sa bouche pour étouffer son cri. Sora, lui, baissa les yeux en secouant la tête, ses pires craintes confirmées.

- Sumiko et Tadashi, inconsolables, moururent de chagrin peu après, continua Kisuke, sincèrement désolé de les achever avec cette triste annonce. La nouvelle se répandit dans les contrées voisines et au-delà. En plein deuil de sa famille entière, Miyako, accompagnée de Matsumoto san, se rendit au palais pour en informer elle-même l'empereur et l'impératrice. Avec beaucoup d'émotion, Miyako ajouta qu'avant de mourir, ses parents souhaitaient qu'elle devienne la femme d'Eiji. L'impératrice Natsumi, qui n'avait qu'une parole, accepta que Miyako épouse son fils, honorant ainsi d'une certaine manière l'accord conclut avec Tadashi et Sumiko. C'est ainsi que Miyako devint impératrice quelques années plus tard. L'histoire de la future impératrice Yuna décédée devint presque une légende tant aucun des sujets n'osait en parler. Miyako interdit tout simplement d'y faire allusion et la rumeur dit que personne ne l'a plus jamais vue pleurer une fois son titre devenu officiel.

Orihime ne put que confirmer : jamais elle n'avait vu sa mère verser une larme. De plus, cette histoire la mettait mal à l'aise pour une raison qui lui échappait. La voix de son frère la ramena à la réalité.

- Tu ne nous dis pas tout, va jusqu'au bout, pressa-t-il le blond qui se remettait debout.

- La mort de Yuna m'a toujours intrigué, avoua-t-il. Cette pauvre jeune fille est morte de manière brutale, sa disparition de l'équation arrangeait Miyako.

- Qu'insinuez-vous, Urahara san ? demanda la belle, pas sûre de vouloir entendre la réponse.

- Il pense que Miyako l'a tuée, traduit Sora dans le lourd silence.

La nausée remonta la gorge d'Orihime, à côté son cœur cogna frénétiquement dans sa poitrine tel un oiseau en cage.

- Non, c'est impossible !

Kisuke planta son regard indéchiffrable dans le sien.

- Pour ma part, j'y crois, prit position Sora avec dégoût. D'après sa réputation, cette femme est prête à tout y compris tuer son propre enfant alors pourquoi pas sa sœur ?

- Mais... elle... c'est si..., bafouilla-t-elle, dépassée par cet acte inqualifiable.

- Cette femme ne t'a jamais fait de mal ? la questionna son frère qui se doutait de la réponse.

Elle leva ses yeux gris déboussolés vers lui. Bien sûr que si, leur mère lui avait fait du mal de différentes manières. Déjà par le biais de mots et d'actions qui l'impactèrent psychologiquement en détruisant son estime de soi, mais aussi physiquement en ordonnant son viol ou en essayant de la noyer enfant. Les larmes d'Orihime coulèrent sur son visage qu'elle s'empressa de cacher derrière sa cascade auburn, les lèvres scellées.

- Je n'ai aucune preuve, précisa Urahara.

- Pas besoin, tu es perspicace et intelligent, tu te trompes rarement, déclara Sora dont la colère grimpait à nouveau. Comment sais-tu toutes ces choses d'ailleurs ?

- J'ai mené mon enquête.

- Et c'est tout ? Qu'est-ce que tu attends de nous, Kisuke ?

- J'estimais simplement que vous aviez le droit de savoir d'où vous venez, tous les deux. Et à qui vous aviez affaire.

Sora glissa une main dans ses longs cheveux châtains avec un rire jaune.

- J'ignore ce qu'Orihime va faire mais moi, je vais simplement reprendre ma vie. Rien n'excuse qu'une mère fasse tuer son enfant et rien de ce que je viens d'entendre me donne envie de lui pardonner. Je m'estime même plutôt chanceux d'avoir grandi loin d'elle !

Il se sentit soudain étouffé par toutes ses émotions, trop de choses remuaient en lui.

- J'ai besoin de prendre l'air, expira-t-il en massant ses tempes.

Il prit le temps de presser l'épaule de sa sœur recroquevillée.

- Je suis désolé, Orihime, dit plus calmement Sora, touché de la voir si bouleversée.

Il se releva, mal à l'idée de la blesser avec ses prochains mots. Impossible toutefois de lui mentir ou de lui donner de faux espoirs.

- Je ne suis probablement pas le frère que tu espérais rencontrer et je regrette que notre rencontre soit ponctuée de toutes ces tensions. Je crains malheureusement que l'on ne puisse tisser un lien tant que cette femme fera partie de ta vie, se résigna-t-il.

L'esprit saturé, il quitta le salon.

Adossé contre la façade de la maison, occupé à regarder les étoiles, Ichigo entendit du mouvement dans la boutique. Sora en sortit peu après d'un pas vif.

- Hé, ça va ?

Le frère de la princesse sursauta.

- Ah, Kurosaki. Non, je... j'ai besoin de rentrer chez moi et digérer tout ça, lui confia-t-il.

Le roux fronça les sourcils.

- Il s'est passé quoi là-dedans ?

- Tu devrais rejoindre Orihime, tu es mieux placé que moi pour la réconforter. Au revoir.

Il s'éloigna entouré d'une aura sombre. Ichigo n'attendit pas qu'il soit hors de vue pour se précipiter auprès de sa petite amie qu'il trouva littéralement effondrée.

{…}

Orihime sauta le dîner et s'isola dans sa chambre après avoir tout raconté à Ichigo. Ce dernier eut le plus grand mal à contenir sa rage contre Miyako pour ainsi briser sa propre fille. Plus tard, sur les conseils de Yoruichi rentrée en fin de soirée, Orihime prit une douche dans l'espoir de laver aussi bien son corps que ses pensées douloureuses. En vain.

La nuit était calme, bien avancée, pourtant le sommeil la fuyait encore une fois. Actuellement accoudée à la fenêtre à fixer le vide, dans un kimono en guise de robe de chambre pour cacher son corps nu, la princesse laissait ces mêmes pensées la dévorer. Cette chambre était comme une prison sans barreaux mais de toute façon, elle ne se sentait bien nulle part dans la maison d'Urahara, qui ne l'avait plus approchée. Être dans le noir, parfois rompu par un faible rayon de lune, ne la dérageait pas. Après tout, son cerveau lui-même était assailli de sombres pensées.

Quand prendrait fin cette succession de révélations toujours plus insoutenables ? Orihime n'ignorait pas que le mariage de ses parents était arrangé, ils ne l'avaient jamais caché, sans en dire trop. Désormais, elle comprenait pourquoi ils n'étaient jamais entrés dans les détails. Le destin tragique de sa tante... le décès de ses grands-parents maternels anéantis par le chagrin... sa mère potentiellement coupable de la mort de Yuna... Orihime ferma ses paupières pour faire reculer ses larmes, et serra fortement son bras pour retenir son cri imprégné de son épuisement mental.

Elle le savait, oui elle le savait ! Quoi qu'Urahara san avait à leur dire, ça ne pouvait pas être positif. Une fois de plus, ces vérités dépassaient de très loin son aptitude à encaisser et mettaient sa capacité à pardonner à rude épreuve. Le fait qu'elle n'aurait jamais dû naître n'était plus un secret puisque Rangiku lui avait confié que sa mère ne voulait pas d'elle, ni de Sora. En réalité, à la lumière des éléments appris aujourd'hui, il s'avérait que c'était plus profond que cela. Son frère et elle n'étaient même pas censés venir au monde pour la simple et bonne raison que...

- Nos parents n'auraient jamais dû se marier, chuchota-t-elle tristement.

Grâce à Urahara, Orihime en savait plus sur la famille de sa mère sur laquelle elle ignorait tout, et elle lui en était sincèrement reconnaissante. Néanmoins, à ses yeux, ça renforçait aussi son sentiment de ne pas être à sa place. Sa vie n'était qu'un mirage cachant l'origine de son existence qui n'est que mensonge. Quelle étrange situation pourtant : Eiji avait reproduit le schéma de ses propres parents en proposant un mariage entre Ichigo et elle, lorsqu'Isshin l'avait sauvée de la noyade. A la différence qu'Eiji leur avait laissé le choix de refuser, ce qu'Ichigo ne s'était pas privé de faire.

Quelques mèches auburn échappées de son chignon lâche virevoltant devant son visage, Orihime observa le ciel de ses prunelles embuées. Ce qu'elle retenait, c'est que toutes ces histoires de famille avaient une autre conséquence : Sora ne voulait plus entendre parler d'elle. Le cœur affreusement lourd, elle renifla. Sa mère possédait définitivement le don d'éteindre le peu de lumière qui illuminait sa vie.

Derrière elle, la porte de la chambre coulissa deux fois puis des pas se rapprochèrent. Inutile de se retourner, elle le reconnaissait rien qu'à sa façon de marcher. Deux bras serpentèrent autour de sa taille pour la plaquer sur son torse.

- Tu as l'esprit chargé, souffla Ichigo, la joue contre sa tempe.

- Comment pourrait-il en être autrement ? Je savais que mon frère ne me sauterait pas dans les bras, mais je ne pensais pas qu'il irait jusqu'à refuser de me connaître.

- Ce n'est pas ce qu'il voulait dire.

- Tu n'étais pas là, moi si, dit fermement Orihime, très peinée. Il m'a parlé calmement et a été très clair.

- En une soirée, Sora a appris avoir une sœur, que son passé n'est pas celui qu'il croyait et que la femme qui l'a abandonné a du sang sur les mains. Ajoute à ça qu'il est l'héritier du trône d'un pays qui ne soupçonne pas son existence. Il n'a pas l'air intéressé par ce fait qui est pourtant une réalité et il le sait. Laisse-lui un peu de temps.

La princesse laissa retomber sa tête sur sa robuste épaule, plaça ses petites mains sur les siennes qui reposaient sur son ventre.

- Tu n'es pas d'accord ? murmura le roux, surpris par son silence.

- Si, c'est juste que je n'avais pas considéré les choses sous cet angle.

Un soupir franchit ses lèvres. Elle avait dépassé le stade de l'épuisement mental. Ces retrouvailles étaient vraiment ternies par l'ombre néfaste de sa mère qui parvenait à l'atteindre même à distance.

- Je suis fier de toi.

Hime cligna des yeux à ces mots inattendus. Elle leva le visage vers lui.

- Quoi ?

Son petit ami attrapa doucement son menton, ce qui l'obligea à s'immerger dans ses yeux bruns envoûtants.

- Tu t'es enfuie de ton palais, tu as entendu de terribles révélations, on a fait face à des imprévus et même la mort... Et malgré ça, tu as retrouvé ton frère. Rien que pour ça, tu peux aussi être fière de toi.

- Je ne lui ai pas avoué la raison qui m'a poussée à le retrouver, ma démarche reste égoïste, fit-elle, honteuse.

- Ose me dire que l'envie de tisser un lien avec lui ne prend pas le dessus, la défia-t-il.

- Bien sûr que si.

- Tu vois ? Tu n'es pas du genre à utiliser Sora pour éviter un mariage, Orihime. Tu veux simplement être sa soeur parce qu'au fond de toi, tu tiens déjà à lui.

Elle écarquilla les yeux. Ichigo lisait en elle si facilement que cela avait un côté effrayant. Probablement l'évolution naturelle d'une relation de plus en plus profonde...

- Comme je te l'ai dit, si Sora refuse de t'aider, je ne te laisserai pas tomber, enchaîna le fils Kurosaki, le ton sans faille. Ton putain de mariage avec l'autre connard n'aura pas lieu tant que je serai là.

Sa détermination entoura Orihime comme couverture chaude qui la détendit pour la première fois depuis longtemps. Ce n'était pas première fois qu'il lui faisait cet effet aussi déroutant que rassurant.

- Je n'ai pas oublié, sourit-elle. Je sais que je peux compter sur toi et c'est réciproque.

Le roux raffermit sa prise autour d'elle, content qu'elle ne débatte plus sur le fait de ne pas vouloir le mêler à ses histoires. Il prit enfin conscience de leurs deux corps enlacés et une envie irrépressible de la toucher se fit sentir. Le moment était-il pour autant bien choisi ?

- Je t'aime, Ichigo.

Cette déclaration le transperça telle une flèche enflammée. Les prunelles teintées d'un amour sincère, Orihime le regardait tendrement, ses jolis traits apaisés. Rien à voir avec sa précédente déclaration au Seireitei. Ichigo voulut répondre, mais s'en trouva incapable. Non pas qu'il n'éprouvait pas la même chose, c'est simplement que le formuler restait difficile. Il ne se sentait pas prêt. Il tenta alors de se faire comprendre autrement en capturant ses lèvres avec une ardeur qui la fit couiner. Rapidement, un soupçon d'érotisme pimenta le baiser où la langue de l'un chercha à prendre le dessus sur l'autre.

Le jeune homme gardait fraîchement en mémoire que sa petite amie se bloquait dès qu'ils se rapprochaient. Par ailleurs, il n'oubliait pas non plus qu'elle l'avait laissé palper ses fesses quelques heures auparavant. Rien que la pensée fit bouillonner son sang, ce n'était qu'une question de temps avant que son entrejambe ne le trahisse. C'est bien alors qu'il opta pour succomber aux phénomènes parcourant son corps au lieu de les réprimer.

Sans rompre leur échange langoureux, Ichigo appliqua une légère pression sur le ventre d'Orihime pour bien coller son dos contre lui. Avec ses doigts avides, il traça des cercles autour de son nombril et avec la même lenteur, longea ses côtes. Happée par le baiser ardent et envahie par la passion qu'il lui insufflait, Orihime perçut quelque part dans cette brume sensuelle la tentative de son roux. Son cœur pompa fortement dans sa poitrine, les noms de Saburo et Grimmjow s'insinuèrent sournoisement dans son esprit. L'effort interne qu'elle déploya pour les chasser permit à Ichigo d'atteindre son sein gauche, qu'il couvrit autant que possible pour le presser dans sa paume curieuse. La belle gémit dans sa bouche, ses jambes ramollirent.

Le fils Kurosaki en profita pour apprécier la forme, la taille et le poids de cette chair abondante, vite attiré par le téton durci à travers la soie du tissu. Sans se presser pour éviter de braquer Orihime, il glissa doucement sa main sous la robe de chambre pour accéder directement à l'autre sein qu'il caressa, avant de rouler le téton aussi raide que l'autre entre son pouce et son index. Cette fois, Orihime mit fin au baiser et cria. La main libre d'Ichigo vola instantanément de son ventre à sa bouche.

- Chut. Urahara san est déjà un pervers, ne lui donne pas l'occasion de venir voir ce qui se passe ici, lui chuchota-t-il à l'oreille.

Les joues roses, Orihime crut fondre sous son souffle chaud d'autant plus qu'il s'occupait toujours de son sein.

- Je ne... Je ne voulais pas crier. Ce que tu fais me... Ichigo...

- Ah, tu parles de ça ? se joua-t-il d'elle en tirant un peu son téton.

Elle miaula de plaisir à travers ses doigts sur sa bouche.

- Tu peux crier, Orihime, c'est loin de me déplaire. Attends juste que nous soyons vraiment seuls pour ça, d'accord ? murmura-t-il en emprisonnant son lobe entre ses dents.

Incapable d'articuler, elle hocha la tête, ses orteils repliés, les jambes de plus en plus molles. Tout en gardant sa main sur ses lèvres gonflées par leur intense échange humide, Ichigo descendit avec une chaîne de petits baisers de son oreille à son cou qu'il lécha et mordilla. Hime se tortilla sous l'effet des sensations délicieuses qui la parcouraient. Quelque chose de chaud coula de son estomac à son ventre, s'enroula et irradia jusqu'à son intimité. A la fois gênante et exquise, cette réaction l'incita à frotter ses cuisses ensemble, détail qui n'échappa pas à Ichigo. Satisfait -pour ne pas dire fier- de l'effet qu'il provoquait chez sa petite amie, il embrassa sa clavicule puis saisit les pans de la robe de chambre qu'il écarta sans se donner la peine de dénouer la ceinture. Sa poitrine désormais exposée à l'air libre, Orihime chercha à la couvrir aussitôt.

- Tu veux que j'arrête ? s'informa Ichigo à voix basse.

Elle frissonna. Voulait-elle que ce moment cesse ?

- Non.

- Alors laisse-moi te voir, susurra-t-il.

La respiration de la beauté auburn devint difficile lorsqu'il se mit à masser ses deux seins tout en festoyant dans son cou déjà marqué par l'assaut de ses dents. Les yeux clos, elle profita de cet instant magique où ils se découvraient un peu plus. Elle s'étonna d'avoir faim. Faim de lui. Dans le clair de lune partiellement masqué par un nuage égaré, Ichigo profita de cette poitrine dont il avait rêvée et qu'il tenait littéralement entre ses mains. La toucher ne lui suffisait plus, il devait la goûter. Orihime le devança, attrapa sa nuque recouverte de cheveux orange pour l'attirer à elle et l'embrassa. Ne tenant plus, Ichigo abandonna temporairement ses seins, la fit pivoter et la souleva pour l'asseoir sur la commode à proximité. Debout entre ses cuisses, il dominait le baiser qu'il rendit le plus profond possible.

Gagnée par une forme de frustration, la princesse passa les bras sous sa chemise pour avoir accès à sa peau chaude tendue sur ses abdominaux qu'elle griffa. De ce peau à peau naquit une décharge qui les traversa tous les deux, attisant leur désir. Ichigo grogna dans sa bouche et donna un coup de bassin. La robe de chambre en tas informe autour de sa taille dissimulait le sexe d'Orihime, à l'inverse de sa poitrine. Cela ne rendit pas moins foudroyant ce contact intime des plus plaisants. Cette connexion encourageante entre leurs deux corps donna le feu vert à Ichigo pour tenter un second coup de reins plus puissant qui fit rebondir ses seins. Ils gémirent à l'unisson dans un tourbillon de langues, de souffles saccadés, de caresses audacieuses.

Orihime se sentait prête à s'abandonner complètement à Ichigo, ne faire qu'un avec lui. Hélas, c'est ce moment que choisit son mal-être pour ressurgir. La flamme de la passion qui brûlait en elle vacilla. Le pantalon de son roux présentait une bosse ferme, preuve de son état d'excitation extrême. Il martelait contre elle comme les deux monstres qui avaient entaché son innocence à jamais. La passion d'Orihime s'évapora pour laisser place à un froid glacial qui engourdit ses membres. De son côté, Ichigo glissait sa langue de sa gorge à ses seins qu'il pressait l'un contre l'autre. Très attiré par eux, il se pencha pour enfin couvrir un mamelon de sa bouche affamée.

- Arrête, s'il te plaît, l'implora Inoue, rongée par une douleur interne trop familière.

Il se redressa tout de suite, agacé contre lui-même pour s'être laissé emporter.

- Pardon, Orihime, je... Putain, j'ai vraiment essayé de ne pas te brusquer.

- Ça n'a rien à voir avec ta manière de... Allons faire un tour, proposa-t-elle en refermant son kimono pour se cacher jusqu'au cou.

Ça ne pouvait plus durer, cette situation finirait par la rendre malade.

- Maintenant ? Le soleil ne va pas tarder à se lever mais il fait encore nuit, répliqua-t-il en essayant tant bien que mal de calmer ses pulsions sexuelles, pour faire descendre son érection.

- Je sais, mais je dois te dire quelque chose. Je préfère que l'on soit juste tous les deux sans personne pour nous entendre.

Le jeune homme fronça les sourcils.

- C'est en rapport avec la discussion que l'on a commencée hier ? Sur tes cauchemars ?

Orihime sauta de la commode pour aller prendre sa robe sur le paravent prêté par Yoruichi, qui ne l'utilisait pas.

- Oui, confirma-t-elle. Attends-moi dehors si ça ne te dérange pas. Je te rejoins dès que je suis prête.

Certes, elle n'avait presque plus rien à lui cacher, ce n'est pas pour autant qu'elle voulait s'habiller devant lui. Immobile, le roux maintint ses yeux sur elle. L'inquiétude, la frustration et l'appréhension se battaient en lui. Pourquoi Orihime tenait-elle à lui parler dans un moment pareil ? Avait-il été trop loin ? Trop vite ? Trop brutal finalement sans qu'elle n'ose le lui dire ? Quel rapport avec ses cauchemars et surtout avec l'impératrice qui en faisait apparemment partie ? Trop de questions s'entrechoquaient dans sa tête rousse. Les réponses n'allaient pas tarder à lui être données, aussi accepta-t-il sa demande.

- Je t'attends devant la boutique.

Il sortit de la chambre en refermant derrière lui. Une boule à l'estomac, la belle se changea avec des gestes fébriles en veillant à ne pas trop le faire patienter. L'extrémité de ses seins picotaient encore de l'agréable traitement prodigué par Ichigo, son intimité implorait pour une libération qu'elle ne pouvait s'accorder. Elle s'empourpra et essaya de diversifier ses pensées embarrassantes.

Son châle autour des épaules, Orihime rejoignit Ichigo avec une motivation plus fragile que jamais. Pas de trace d'Urahara, de Yoruichi ou de Tessai toujours endormis. Assis sur l'une des deux chaises devant la maison, Ichigo se leva à son approche. L'air était très frais, le ciel prêt à accueillir l'aube.

- Tu n'as pas froid ? s'assura-t-il. Le froid est un peu mordant.

- Non ça, va.

- T'es sûre ? Tu as les joues rouges.

- Mon châle suffit, je t'assure, bredouilla-t-elle sans croiser ses yeux.

- Si tu le dis. Tu veux aller où ? demanda-t-il, plutôt nerveux.

- Pourquoi pas au pont qui enjambe le fleuve ? suggéra Orihime. Celui dans le bois près du champ.

- Si tu veux.

De toute manière, il la suivrait n'importe où pour avoir des réponses.

- Reste près de moi, on peut tomber sur des gens bizarres à cette heure-ci.

- Um, je comprends mieux pourquoi tu as pris ton sabre.

- Ça peut être utile pour dissuader avant d'attaquer.

Le silence ponctua le trajet au cours duquel ils croisèrent quelques habitants et marchants qui préparaient leurs étals. Aucun ne leur prêta attention, ce qui ne dérangea pas Ichigo. Il n'avait rien dit mais en se rendant à son ancienne maison brûlée, il en était venu aux mains avec un gars qui l'avait provoqué. Encore la faute à ce putain d'avis de recherche.

Au bout d'un quart d'heure de marche, le jeune couple parvint à hauteur du pont en bois au-dessus du fleuve. Il y en avait quelques uns dans la ville, celui-ci était le préféré d'Orihime. Seul l'écoulement paisible de l'eau résonnait dans cet environnement similaire à un cocon avec tous les arbres qui les entouraient. Elle s'engagea sur le pont, Ichigo dans son sillage. Les dernières étoiles se reflétaient sur la surface de l'eau donnant l'impression qu'elle était incrustée de diamants.

- Nous y sommes alors qu'est-ce que tu veux me dire, Orihime ? s'impatienta le roux debout derrière elle.

Celle-ci, les prunelles égarées sur un petit rocher à demi-immergé, l'entendit parfaitement. Pas le moindre son n'émana d'elle cependant, car son courage s'effrita.

- Tu m'as dit que ta mère avait un lien avec ton cauchemar, ne lâcha pas Ichigo, les nerfs à vif. J'ai bien compris qu'il s'agit en réalité d'un souvenir dans lequel tu avais quinze ans et qu'après une dispute, ta mère t'a autorisée à aller te promener.

La princesse se crispa. Ces mots sortant de sa bouche lui assénaient une douleur supplémentaire. Ichigo voudra-t-il encore d'elle lorsqu'il saura tout ? Sera-t-il dégoûté par sa personne impure ? Le voile de mensonge qui les séparait, celui qui la préservait de la réaction de son petit ami était sur le point de tomber.

- Je ne vois pas en quoi cet événement t'a poussée à t'éloigner de moi, t'enfermer sur toi-même et prendre tes distances quand... je te touche, ajouta-t-il, légèrement gêné, leur dernier rapprochement en tête. Merde, j'ai été assez patient, je mérite...

- Il m'a touchée, l'interrompit la jeune femme, les lèvres tremblantes.

- Hein ?

Le cœur remonté dans sa gorge, la beauté auburn lui fit face. Même si ça faisait mal, elle devait voir son expression passer de l'incompréhension à... elle ne savait quoi.

- Tu n'es pas le premier homme à me t-toucher, articula-t-elle péniblement.

Ichigo cligna des yeux, interloqué par cette annonce.

- T'es sortie avec un autre gars avant moi ? Je sais qu'on n'est pas un exemple, mais je croyais que la future impératrice devait obligatoirement se fiancer à l'homme qu'elle fréquente puis se marier avec lui ?

- C'est le cas, c'est d'ailleurs pour cette raison que ma mère tient tant à me marier avec Grimmjow, l'informa Inoue. En raison de mon titre, je ne peux pas officiellement fréquenter qui que ce soit sans engagement.

- Tu es sortie avec un homme en cachette, c'est ça ? la questionna Ichigo qui s'efforçait de suivre.

- Je suis surveillée quasiment tout le temps au palais.

- Alors quoi ?

Tentée par l'envie de s'enfuir, Hime ne parvint à formuler aucune réponse. Elle ne pouvait pas. Non, elle ne pouvait pas le lui dire !

- C'est si difficile, je n'y arrive pas, souffla-t-elle en baissant les yeux, ses petits poings serrés.

Ichigo resta bouche bée. Elle se moquait de lui ?!

- Bon sang, Orihime ! craqua-t-il. Je sens que tu me caches un truc énorme alors dis-le !

- Tu ne comprends pas, murmura-t-elle, une boule dans la gorge.

- Tu as raison, je ne comprends pas et ce n'est pas près de changer tant que tu me garderas à l'écart ! Tu ne peux pas me faire venir ici, me balancer des bouts d'infos et t'enfuir !

- J-Je n'ai pas...

- Arrête, je vois bien que tu luttes pour partir d'ici alors que c'est toi qui as voulu parler ! s'exaspéra Ichigo en faisant un pas vers elle pour la saisir par les épaules. Tu n'iras nulle part, pas tant que je ne saurai pas la vérité que je te croyais prête à m'avouer pas plus tard qu'hier !

- J'en avais vraiment l'intention, jura-t-elle.

- Qu'est-ce qui t'en empêche cette fois ?

- Je...

Elle posa sur lui ses océans gris larmoyants. Le reflet de l'eau sur le visage de son petit ami n'adoucissait nullement ses traits habités par la colère.

- J'ai peur de ta réaction, admit-elle à mi-voix en s'entourant de ses bras.

- C'est si tu ne me dis rien que tu devras craindre ma réaction, s'agaça-t-il. Des tas de trucs me passent par la tête, ça dure depuis des jours ! Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir aussi longtemps mais ce qui est certain, c'est que ça a assez duré. Qu'est-ce qui t'arrive ?! Je ne vois vraiment pas ce que tu redoutes autant au point de maintenir cette tension entre nous !

- Que tu partes. J'ai peur que tu mettes fin pour de bon à notre relation, dit Orihime, étranglée par cette émotion pas loin d'avoir raison d'elle.

Ichigo l'observa, complètement largué.

- Pourquoi je ferais une chose pareille ?

Inoue se serra si fort que sa respiration était presque coupée, ses côtes protestaient contre cette étreinte douloureuse qu'elle s'infligeait. Elle se sentait acculée par ses propres émotions et celles d'Ichigo, par cette situation et ses conséquences possibles. Son corps voulait s'enfuir très loin. Sa conscience lui hurlait de rester. Son cœur voulait tout avouer. Ichigo désirait savoir. Son inquiétude s'était transformée en impatience. Son impatience était devenue colère. Il avait raison : ça ne pouvait vraiment plus durer.

- Je vais te révéler la vérité, concéda Orihime en reniflant.

La voir si mal dissipa complètement la colère d'Ichigo qui laissa place à la culpabilité. Il soupira.

- Je ne voulais pas te faire pleurer, encore moins te blesser avec mes paroles, s'excusa-t-il en se sentant comme le dernier des abrutis. C'est juste que... Merde, je n'accepte pas de rester impuissant quand il est évident que tu souffres. Et tu ne me facilites pas la tâche, il n'y a que toi qui possèdes le pouvoir de mettre fin à cette situation dans laquelle je suis impliqué malgré moi.

- Tu n'es pas le responsable de mes larmes ni de ma souffrance, Ichigo, le rassura la princesse.

D'abord perplexe, les rouages du fils Kurosaki se mirent en place.

- Tu fais allusion au type que tu as évoqué tout à l'heure.

Le beauté auburn cilla. Il monta une main sur sa joue pour la forcer à le regarder.

- Dis-moi ce qu'il t'a fait, exigea Ichigo.

Sa mâchoire était contractée, les muscles de son cou tendus. Rien que cette réaction physique effraya la belle.

- Réponds, Orihime ! gronda-t-il, bouffé par son silence. Qu'est-ce qu'il t'a fait ?!

Orihime rassembla son courage fragmenté. Ichigo devait entendre la vérité sans un énième détour même si c'était une véritable épreuve pour elle. Au-delà de la souffrance et de la peur, elle se sentirait au moins délivrée de cette pression émotionnelle.

- Ce fameux jour où je me suis disputée avec ma mère, elle a elle-même choisi le garde pour m'accompagner. Dans la forêt, il... il a abusé de moi, lui avoua-t-elle, les joues inondées de larmes qu'elle ne contrôlait plus. Et dans la grotte, Grimmjow m'a embrassée et... a posé ses mains sur moi. Je suis tellement désolée, Ichigo ! sanglota-t-elle, terrifiée à l'idée de le perdre.

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Bonjour / Bonsoir ! =) Je poste ce chapitre très vite car je ne suis que de passage sur le site. J'espère qu'il vous a plu et qu'il a été à la hauteur de l'attente. Je vous fais plein de bisoux masqués. A bientôt et merci pour la lecture ainsi que vos reviews !