§ JE TE RETROUVERAI §

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Chapitre 9 : Une Confrontation Inévitable

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- KISUKE !

Les murs de la maison tremblèrent. Attablée pour le petit-déjeuner préparé par Tessai, Yoruichi mangeait tranquillement ses fruits frais et ne sourcilla pas lorsque la personne derrière ce cri rempli de colère se matérialisa dans l'embrasure.

- Salut, Kukaku ! lança-t-elle joyeusement avant de lécher son pouce. Tu es en forme, dis-moi.

Shiba Kukaku n'était autre que la patronne de Sora et la sœur aînée de Ganju. De taille moyenne, brune, ses yeux verts lançaient des éclairs. Sa particularité : une prothèse en bois lui servait de bras droit. Avec Urahara et Yoruichi, ils se connaissaient depuis des années.

- Salut, Yoruichi, sourit-elle, son expression en colère momentanément effacée. Où est le pervers au bob ?

- Deux femmes rien que pour moi dès le lever du soleil, j'en ai de la chance, bailla le concerné en les rejoignant dans le salon. En quoi puis-je t'être utile ma chère Kukaku ? Une fiole de bonne humeur ? Une dose de sourire ? Un philtre d'amour peut-être ? suggéra-t-il béatement.

- Sombre crétin ! tonna celle-ci en lui envoyant son pied au visage.

Le pauvre homme fit un vol plané. Yoruichi se baissa négligemment pour l'éviter tout en se servant un bol de lait chaud.

- Aïeuh ! Que t'ai-je encore fait ? pleurnicha faussement le vendeur en se redressant, la mâchoire presque déboîtée.

- Sora ! Où est-il ?! hurla Kukaku, une veine sur le front.

Urahara cligna des yeux.

- Quelque part, j'imagine.

- Ne te fous pas de moi ! Deux jeunes se sont pointés chez moi, mon frère m'a dit que la fille s'est présentée comme étant la sœur de Sora. J'ai massacré Ganju et lui ai dit d'arrêter ses salades, mais il m'a juré dire la vérité. Tu es forcément lié à cette histoire louche.

- Ganju a dû boire un coup de trop et confondre, se débina Kisuke en s'éventant.

Sa patience brisée, Kukaku abattit son unique poing sur sa tête blonde qui craqua.

- Arrête de me mener en bateau ! Sora n'est pas venu travailler, ça ne lui ressemble pas ! Si quelqu'un sait tout ce qui se passe dans cette ville, c'est bien toi ! Alors crache le morceau !

- Dis-lui la vérité, Kisuke, intervint sérieusement Yoruichi. De toute façon, Kukaku serait capable d'aller la chercher au fond de ta gorge s'il le faut.

Son ami enfonça son bob sur sa tête dans un long soupir.

- Inoue san est bien la sœur de Sora, je l'héberge ici avec son petit ami, déclara-t-il. Je ne sais pas où sont ces deux-là actuellement, je n'ai pas non plus la moindre idée de l'endroit où se trouve Sora.

Kukaku tomba des nues.

- Sora n'a jamais été du genre à s'épancher sur sa famille mais je le croyais fils unique.

- C'était le cas jusqu'à récemment, du moins pour lui, répondit Yoruichi.

- Comment ça ? s'étonna l'autre femme, intriguée.

- C'est une longue histoire, la prévint le seul homme présent. Puisque tu es déterminée à l'écouter dans ses moindres détails, acceptes-tu que je te la raconte autour d'une tasse de thé et de biscuits ? proposa-t-il aimablement en désignant une place autour de la table.

{…}

L'horreur. C'est le sentiment qui dominait sur le visage d'Ichigo.

- Tu as été... violée par ce garde et Grimmjow..., prononça-t-il comme si chacun de ses mots contenait de l'acide.

- Grimmjow n'a pas été... aussi loin, précisa Orihime qui le sentait sur le point d'exploser.

- Ça ne fait aucune différence pour moi ! Raconte-moi ce que ces deux porcs t'ont fait.

Cette demande désarçonna la princesse qui ne voyait vraiment pas l'intérêt.

- Non, je ne crois pas...

- Ce que tu as subi te hante aujourd'hui et perturbe notre relation ! s'écria le roux, hors de lui. J'ai le droit de savoir !

La belle ne répliqua plus. Il marquait un point mais replonger dans ces souvenirs n'était vraiment pas une partie de plaisir. Son cœur s'en retrouvait torturé à chaque fois, son corps tremblait encore d'avoir dû endurer ces gestes, ces intrusions non désirées dans son intimité. Pourtant, Ichigo devait savoir ne serait-ce pour comprendre toutes les fois où elle l'avait repoussé.

- Avant la balade, Saburo, le garde, s'est entretenu avec ma mère puis nous sommes partis lui et moi. Tout se passait bien jusqu'à arriver au cœur de la forêt. C'est là qu'il... J'ai essayé d'appeler à l'aide, de lui échapper mais il n'y avait personne et il avait tant de force, se souvint-elle douloureusement. Lorsqu'il a fini, je le soupçonne de m'avoir frappée parce que je suis restée inconsciente deux ou trois jours, partiellement amnésique à mon réveil.

- J'espère que ta mère profite de sa misérable vie tranquille parce que ça ne va pas durer.

- Quoi ? ne saisit pas Orihime, glacée par son ton.

- Saburo se trouve toujours au palais ?

- Qu'est-ce que tu comptes faire, Ichigo ?! persista-t-elle.

- Ce Saburo, il est devenu quoi ? Ne me force pas à te reposer la question, l'avertit-il, la voix instable.

- Mon père l'a renvoyé pour son incapacité à me protéger. Je ne l'ai plus jamais revu. Je ne me suis souvenue de tout ça que lors de ma première nuit chez Urahara san. Le traumatisme était si profond que je l'ai enfoui au fond de ma mémoire.

- Et Grimmjow ?

Inoue se crispa à son ton plein de haine.

- Ichigo, je t'en prie...

- Je ne te demande pas ça pour tout te faire revivre, je me doute que c'est difficile, admit-il. J'ai besoin de savoir jusqu'où ces... Jusqu'où ils t'ont atteint.

Ses poings étaient serrés si fort que la beauté auburn fut persuadée que les os de ses mains n'allaient pas tarder à se casser. Elle était indécise. Lui répondre ou se taire ? Saburo n'avait jamais refait surface et il n'y avait aucun moyen de savoir où il se trouvait, ce qui n'était pas plus mal. En revanche, concernant Grimmjow, c'était une autre affaire. Tous deux s'étaient déjà violemment battus, Ichigo serait bien capable de se lancer à sa recherche pour l'achever cette fois-ci. Que faire ? Pour ne rien arranger à la nervosité d'Orihime, la frange de son petit ami cachait ses yeux, rendant impossible leur lecture et ainsi déceler ce qu'il ressentait. Ichigo n'étant pas du genre à abandonner, elle décida néanmoins de lui répondre pour ne pas provoquer une autre dispute entre eux. Orihime espéra toutefois ne pas attiser la violente colère qui régnait sans doute en lui.

- Grimmjow m'a embrassée et fait... comme toi dans la chambre tout à l'heure, dit-elle, les joues chauffées. La différence est que je portais mes vêtements tout du long.

En voyant le corps d'Ichigo trembler, elle douta de son choix de mots. Elle chercha une autre manière de lui exposer les choses mais n'en eut guère le temps. Le fils Kurosaki se détourna soudain pour revenir sur leurs pas.

- Viens, dit-il simplement.

D'abord stupéfaite, la jeune femme le rattrapa, la peur grignotant son cœur. Que pensait-il ? Qu'allait-il faire ? Surtout, lui en voulait-il ?

- Parle-moi, ne me laisse pas comme ça, le supplia-t-elle.

Il ne dit rien, accéléra l'allure. Le soleil était complètement levé à présent.

- Qu'est-ce que tu ressens ? Qu'as-tu en tête ?

Orihime essaya encore de le faire parler durant un long moment car son silence la tuait. Sauf qu'Ichigo n'émit pas un son, résolument décidé à marcher droit devant comme si elle n'existait pas. Ils s'attirèrent nombre de regards et chuchotements de la part des habitants et vendeurs sur le marché, mais n'y accordèrent aucune attention. Parvenus à la boutique d'Urahara, la princesse comprit que son petit ami l'avait juste raccompagnée puisqu'il se dégagea de sa prise et s'en alla dans la direction opposée.

- Où tu vas ? paniqua-t-elle en se raccrochant à son bras.

- J'ai besoin d'être seul, répondit-il, dos à elle.

Cette réponse apaisa nullement Orihime qui percevait une forme de rage émaner de lui. Sa voix n'était qu'un grondement, son corps était tendu et son regard marron devait probablement refléter la tempête d'émotions qui se battaient en lui. Dans cet état, il pouvait faire n'importe quoi, comme...

- Promets-moi que tu ne vas pas retrouver Grimmjow ! l'implora-t-elle en se plaçant devant lui.

A l'évocation de ce dernier, la main d'Ichigo vola sur la garde de son sabre à sa ceinture. Parallèlement, une vive lueur ne présageant rien de bon traversa les iris plus clairs. La belle ignorait si c'était un effet du soleil, en tout cas, avec sa mâchoire contractée, il avait l'air effrayant. La peur d'Orihime se transforma en terreur. Elle préférait encore qu'il la quitte et reste en vie plutôt que d'aller combattre Grimmjow et risquer de mourir.

- Reste là, lui ordonna le jeune homme avant de partir en courant.

- Où comptes-tu aller ? Ichigo !

Elle s'apprêtait à se lancer à sa poursuite quand une main la retint par le coude.

- Yoruichi san ?

Elle ne l'avait pas entendu approcher comme en témoignait la surprise sur son visage.

- Attends, Inoue, lui dit doucement celle-ci.

- Attendre quoi ? Je ne peux pas le laisser partir comme ça, il pourrait... je dois... ! bafouilla-t-elle, envahie par ses émotions négatives.

- Tiens ! Alors c'est toi, la sœur de Sora, intervint une voix féminine. C'est vrai qu'il y a un air de famille.

Orihime tourna la tête vers l'entrée de la boutique pour voir une femme brune, une petite tige de blé entre les dents et à qui il manquait un bras.

- Qui êtes-vous ?

- Heiiin ? s'exclama-t-elle, indignée. Tu t'es pointée chez moi sans savoir qui je suis ?!

- Euh..., marmonna Hime en clignant des yeux.

L'apparition de cette femme et le changement de sujet la perturbèrent.

- Shiba Kukaku, la plus grande armurière de la région et accessoirement, la patronne de Sora ! se présenta-t-elle avec un sourire fier.

- Enchantée, je suis Inoue Orihime. Pardon d'être passée chez vous si tard, s'excusa-t-elle.

- Oh, ce n'est pas à moi que ça pose problème.

- Que voulez-vous dire ?

- A ton avis ?

Kukaku ne semblait pas du tout se soucier de son titre de future impératrice, ce qui convenait parfaitement à Orihime. Elle s'était habituée plus vite qu'elle ne l'aurait cru à son statut de personne lambda durant ce voyage.

- Sora bosse pour moi depuis des années, c'est la première fois qu'il ne se présente pas au travail, l'informa Kukaku en se grattant la tête. Je peux comprendre qu'il ait reçu un sacré choc, mais j'aimerais tout de même savoir où se planque ce baka.

- On parle de moi, on dirait.

Au bout de la cour, Sora se dirigeait vers eux. Il s'était changé et sa colère de la veille ne filtrait plus de lui. Sa venue troubla davantage Orihime toujours morte d'inquiétude pour Ichigo déjà loin.

- Bonjour, Orihime, Yoruichi, Kukaku, les salua Sora. Je... argh !

Cette dernière venait d'écraser son poing sur son crâne avec une telle force qu'il mordit la poussière.

- Sora nii ! s'écria Orihime.

Yoruichi, qui la tenait toujours, la rassura. Enfin, si on veut.

- Ça arrive très souvent, t'en fais pas. Il n'a pas eu mal.

Sora se releva en époussetant ses vêtements.

- J'aime ta façon de me dire que tu t'es inquiétée pour moi, Kukaku, ironisa-t-il.

- « Patronne » ! s'irrita celle-ci, le poing fumant.

- Nous ne sommes pas sur mon lieu de travail, si ? lança-t-il, conscient de l'agacer davantage.

- Sale petit insolent, tu..., débuta-t-elle, son poing de nouveau prêt à partir.

- Je peux te parler un instant ? reprit sérieusement Sora.

Surprise et pressentant quelque chose, Kukaku accepta de le suivre à l'écart. Yoruichi en profita pour s'entretenir avec Orihime.

- Tu as tout dit à Ichigo, n'est-ce pas ?

- Oui, confirma-t-elle, de nouveau focalisée sur lui. Je ne sais pas ce qu'il a en tête et ça me terrifie.

L'autre femme la libéra et elle s'entoura de ses bras.

- Tu as bien fait, la félicita l'amie de Kisuke.

- Je n'en suis pas certaine.

- Comment il a réagi ?

- Il m'a demandé de lui raconter en détail ce que j'ai vécu pour évaluer mon traumatisme. C'est tout, c'est tout Yoruichi san ! craqua-t-elle, terriblement mal. J'ignore ce qu'il pense, s'il m'en veut, ce qu'il a l'intention de faire ou même s'il compte revenir !

- Calme-toi, lui conseilla Yoruichi en pressant ses épaules. Apprendre que sa petite amie a été touchée par deux hommes ne doit pas être facile à encaisser. En particulier si peu de temps après lui avoir révélé la vérité sur Masaki.

- Je m'en veux tellement ! se lamenta la princesse. J'aurais dû lui parler avant, ainsi nous n'en serions pas là !

- Cesse de te torturer, Inoue, la gronda-t-elle fermement. Tu n'étais pas prête, je te rappelle. Il t'a fallu du temps, accordes-en aussi à Ichigo. Il doit digérer tout ça à sa manière.

Sans Yoruichi qui la soutenait, la belle se serait effondrée sous le poids de sa lassitude couplée à un odieux sentiment d'injustice. Ichigo, Sora et elle-même possédaient un point en commun : ils souffraient tous les trois à cause des actions de l'impératrice. Quand leurs vies cesseraient-elles d'être bouleversées sans répit ? Sans oublier que du côté d'Orihime, il fallait ajouter Grimmjow dont le comportement déplacé menaçait de briser son couple et l'homme qu'elle aimait

- Et s'il cherche Grimmjow en ce moment pour... le tuer ? supposa-t-elle, la boule au ventre. Si dicté par la haine et la vengeance, Ichigo perd ce combat ? Ichigo a tué des hommes durant notre voyage mais pour défendre sa vie ou la mienne. Là, ce n'est pas du tout la même chose !

Yoruichi l'enlaça dans l'espoir de faire diminuer sa tension croissante.

- Quoi qu'il puisse se passer, je suis certaine qu'Ichigo va revenir. A ce moment-là, tu auras une nouvelle chance de savoir ce qu'il ressent et envisage concernant votre relation.

- J'espère que vous avez raison, Yoruichi san, répondit Orihime en lui rendant son étreinte. Je l'espère de tout mon cœur.

- Mais oui, mais oui ! assura-t-elle, confiante. Ichigo monte vite en pression, il faut juste attendre qu'elle redescende.

- Um...

- Désolé de vous déranger.

Sora et Kukaku les avaient rejoints.

- Pouvons-nous discuter un instant, Orihime ? demanda-t-il, apparemment nerveux.

- Bien sûr, accepta sa sœur, étonnée.

Elle se décolla de Yoruichi.

- Je dois acheter deux trois trucs sur le marché, se souvint Kukaku.

- Je t'accompagne, se proposa Yoruichi. A tout à l'heure, Inoue et pense à ce que je t'ai dit.

- Oui, ne vous en faites pas, sourit-elle faiblement.

Toutes deux s'éloignèrent. Sora, de son côté, ne savait pas trop par où commencer, ce qu'Orihime perçut.

- Nous pourrions aller près du potager, c'est un endroit tranquille pour discuter. Qu'en dis-tu ?

- Oui, pourquoi pas.

Ils contournèrent la maison, franchirent le portillon en bois et s'installèrent sur les deux chaises contre le mur. Tessai apparut rapidement pour leur donner à chacun une couverture dans lesquelles ils s'enroulèrent ainsi que deux tasses de thé bien chaud, avant de s'éclipser. Les rayons du soleil ne réchauffaient pas encore cette zone, aussi le frère et la sœur lui en furent reconnaissants.

- Je t'écoute. De quoi veux tu me parler ? l'encouragea Orihime, ses deux mains fraîches autour de sa tasse.

- Comme tu le sais, il y a des années, Kisuke m'a donné ce fameux livre racontant ma... vraie histoire à travers des personnages, commença Sora, le regard perdu sur la fumée s'élevant de son thé. Pourtant, même ce bouquin a ses limites et ne répond pas à toutes mes questions. J'aimerais donc savoir pourquoi tu as décidé de me chercher maintenant ? Miyako et l'empereur ne doivent pas être ravis de ta démarche, je me trompe ? acheva-t-il en posant ses yeux gris sur sa sœur.

- Eh bien, oui et non, nuança-t-elle. Père ignore avoir un fils tandis que Mère ne soupçonne pas ma quête. Nul doute qu'elle serait contre dans le cas contraire. Pour tout te dire, j'ai découvert ton existence il y a quelques mois seulement.

- Comment ?

- Je..., débuta la belle, les épaules voûtées. J'étais dans ma chambre et quelqu'un a glissé un portrait de toi sous la porte avec le message : « Retrouve-le. Il pourrait sauver plus d'une vie dont la tienne ». D'abord surprise, j'ai décidé de m'enfuir du palais. Durant le voyage, j'ai rencontré Ichigo et Renji kun qui m'ont accompagnée chez Rangiku san. C'est elle qui t'a reconnu et m'a révélé qui tu étais ainsi que les circonstances autour de ta naissance et après. Ideka san m'a par la suite donné d'autres détails...

- Tu as donc croisé la route de Sawako, le monde est petit..., souffla Sora en passant une main dans ses cheveux châtains. Comment va-t-elle ?

- Bien, elle habite la maison dans laquelle tu as brièvement vécu dans le Rukongai, le rassura la beauté auburn. Elle garde l'espoir de te revoir.

- Moi aussi, dit-il avec tristesse.

Il se laissa momentanément envahir par quelques bons souvenirs de la dame âgée.

- Quelque chose m'intrigue, reprit-il. Si Miyako n'a pas d'intérêt à ce que mon existence soit connue de tous, qui a bien pu glisser mon portrait sous ta porte ?

- Je ne sais pas, ça reste un mystère, répondit Hime qui n'en avait réellement aucune idée.

- Et à qui suis-je supposé venir en aide ? Comment suis-je censé te sauver ?

Orihime baissa les yeux et but une gorgée de thé. Le moment était venu. Elle préféra se montrer honnête.

- Mère me condamne à un mariage forcé dont l'issue est la mort. Il n'y a qu'en devenant empereur que tu pourrais... m'éviter ce destin assez tragique. Et bien sûr, sauver le peuple de l'emprise de Mère.

Choqué, Sora faillit en lâcher sa tasse.

- Miyako n'a pas le cœur sur la main mais là...

- Ça dépasse l'entendement, je sais. Il m'a fallu plusieurs semaines pour trouver la force de me défendre. Sans Ichigo, j'aurais baissé les bras, admit-elle en se demandant où il se trouvait.

- Tu veux bien me raconter ? risqua Sora.

Orihime commença par le début : son éducation à la dure, la pression que sa mère exerçait inlassablement sur elle ainsi que la haine que Miyako lui vouait, la relation cachée de cette dernière avec Aizen, les détails de leur plan, le rôle de Grimmjow dans ledit plan et, enfin, la maladie incurable dont souffrait l'empereur qui avait toujours protégé sa fille autant que possible. Orihime dévoila également, entre autres, la tentative de noyade dont elle fut victime, mais n'évoqua pas Isshin qui l'avait sauvée ni Masaki qui avait travaillé au palais. Elle jugea que c'était à Ichigo de choisir de partager ou non avec Sora cette partie de son histoire. Lorsqu'elle termina, son frère se leva en éprouvant deux sentiments contradictoires : de l'écœurement envers l'impératrice et de l'admiration à l'égard de sa sœur.

- Cette femme est vraiment un monstre, le mal incarné ! Comment as-tu fait pour supporter ça ?!

- Je ne me suis jamais posé la question, rit-elle nerveusement en se grattant la tête.

Sora soupira, lui saisit doucement les mains et la releva. Orihime retint son souffle.

- Je suis désolé pour ma réaction hier, ce n'était sans doute pas le frère que tu espérais retrouver.

- Non, pas du tout ! Je comprends tout à fait et puis, j'ai toujours souffert de ma condition d'enfant unique. Une part de moi a toujours eu hâte de te rencontrer et je ne suis pas déçue. Tu es un homme bien, j'en suis persuadée, sourit-elle.

Les joues de Sora se colorèrent.

- Mais tu ne me connais pas.

- Je suis douée pour cerner les gens, affirma-t-elle, fière de cette capacité.

Sora sourit également. Sa sœur était un sacré bout de femme.

- Écoute, j'accepte de te suivre et de t'aider à échapper à ce mariage odieux, déclara-t-il sérieusement. En revanche, je ne me sens pas les épaules pour diriger un pays, ne m'en veux pas, termina-t-il en fuyant son regard.

Il y eut un bref silence.

- Je peux... te serrer dans mes bras ? osa finalement la princesse.

- Euh... bien sûr, l'autorisa Sora, pris au dépourvu.

Elle s'exécuta. Cette première éteinte fraternelle avait quelque chose de symbolique pour eux deux.

- Je redoutais ta réaction, que tu me prennes pour une égoïste pour ainsi entrer dans ta vie, confessa-t-elle. Je te remercie de ton aide, c'est plus que ce que j'espérais.

- Crois-le ou non, j'ai aussi souffert d'être fils unique, surtout après la mort de mes parents, chuchota-t-il, la joue contre sa chevelure auburn. Alors c'est normal de t'aider, petite sœur.

S'entendre désignée ainsi empli Orihime d'une joie qui lui fit couler une larme. Avec le temps, son frère deviendrait un pilier sur lequel elle pourrait s'appuyer et c'était réciproque.

{…}

Les criquets chantaient depuis que la nuit avait repris ses droits. C'est dans ce bruit de fond que les étals du marché furent débarrassés de leurs marchandises et que les divers commerces baissèrent leur rideau. Les rues se vidaient peu à peu, chacun ayant hâte de rentrer au chaud déguster un bon repas. Cela étant, certains n'hésitaient pas à travailler au-delà des horaires habituels.

- Au revoir, Urahara san et merci pour vos conseils !

- Tout le plaisir est pour moi ~ ! N'hésitez pas à me faire la moindre remarque concernant votre achat.

- Je n'y manquerai pas.

Kisuke raccompagna son dernier client jusqu'à la porte de sa boutique. La journée fut plutôt productive, c'est donc dans la bonne humeur qu'il alluma les lampes à huile extérieures avant d'accrocher sa pancarte « fermé ».

- Urahara Kisuke ? demanda une voix derrière lui.

Refuser un client, même tardif, n'était pas dans sa politique. Le temps, c'est de l'argent après tout.

- C'est bien moi ~ ! s'exclama-t-il d'un air enjoué en pivotant. En quoi puis-je vous aider ?

Son sourire glissa de son visage qu'il cacha partiellement derrière son éventail.

- Oh, j'aurais préféré ne pas être là au retour de Kurosaki san, marmonna-t-il.

- Kisuke, qu'est-ce que tu fais ? le rejoignit Yoruichi. Je t'attends depuis...

Elle se figea en remarquant les deux arrivants. La colère crispa ses traits à cause de l'un d'eux qui la fixait avec un grand sourire.

- Yoruichi, veux-tu prévenir Inoue san, s'il te plaît ? demanda Urahara.

Son amie ne bougea pas, le poing serré, prête à bondir. Le sentant, Kisuke se plaça entre elle et sa cible, une main sur son épaule qu'il pressa.

- Va prévenir Inoue san, répéta-t-il, très sérieux.

Non sans un gros effort pour se maîtriser, Yoruichi retourna dans la maison. Le vendeur soupira puis refit face aux étrangers.

- Ma réputation m'a précédé, on dirait, jubila celui qui avait échappé au poing de Yoruichi.

- Pas que, répliqua Urahara, le visage fermé. Grimmjow, je présume et vous êtes... ?

- Neliel, se présenta la jeune femme. Je suis envoyée par l'empereur pour protéger la Princesse qui ne doit pas être informée de ce détail. Grimmjow... m'accompagne, acheva-t-elle avec raideur.

Conscient que ça allait inévitablement mal tourner, Kisuke les invita à entrer.

- Suivez-moi.

Il les conduisit dans le salon. D'après son expression, Tessai, qui les croisa dans le couloir, se demandait si son patron n'avait pas perdu la tête. Cependant, il ne posa aucune question et fila préparer du thé et de quoi grignoter avant le dîner. Neliel et Grimmjow mangeaient avec appétit quand Yoruichi réapparut suivie d'Orihime et Sora. Ce dernier sentit une tension énorme dans le petit salon et remarqua le corps de sa sœur se tendre davantage.

Quand Yoruichi lui avait annoncé la venue de Grimmjow, la princesse, qui discutait avec son frère dans sa chambre, pensa à une horrible mauvaise plaisanterie. Sauf que Yoruichi était si furieuse qu'Orihime n'eut d'autre choix que de la croire. En plus de se demander ce qu'il pouvait bien faire ici, Orihime redoutait la réaction d'Ichigo dont elle n'avait toujours aucune nouvelle depuis le matin même.

- Salut, Princesse, lança Grimmjow, le regard lubrique. Je t'ai manqué ?

Yoruichi l'aurait probablement décapité à mains nues si son ami d'enfance ne l'avait pas retenue par le bras. Orihime ne put s'empêcher de penser à Tatsuki face à cette réaction. Certes, elle n'avait pas la même relation avec Yoruichi, mais la beauté auburn comprenait que celle-ci ait encore en tête leur discussion au bord du fleuve. Yoruichi était simplement répugnée par les créatures de la même espèce que Grimmjow, qui n'hésitait pas à jouer la carte de la provocation.

- Ça va aller, Yoruichi san, assura Hime tandis que Sora s'interrogeait de plus en plus sur l'ambiance à couteaux tirés. Que fais-tu là, Grimmjow ? Comment m'as-tu retrouvée ? se renseigna-t-elle en s'efforçant de ne pas trembler.

- A vrai dire, il est ici à cause de moi, enfin en partie, intervint la troisième femme. Je suis Neliel et je...

Le silence se fit. La clochette de la boutique venait de tinter et vu l'heure, ce n'était assurément pas un client. Des pas se rapprochèrent. Le cœur d'Orihime menaça de franchir ses lèvres lorsqu'Ichigo apparut dans l'entrée du salon. Stupéfait de voir autant de monde, il regarda tour à tour les visages jusqu'à l'inévitable.

- Ichigo, attends ! tenta de l'arrêter Neliel, en vain.

A la seconde où ses orbes bruns croisèrent les iris bleus de Grimmjow, qui le narguait en plus, le roux traversa la pièce en un éclair et cadra son poing furieux dans la mâchoire de son désormais ennemi juré. Venu au monde pour se battre, Grimmjow le lui rendit et bientôt, la petite pièce se transforma en ring.

- Salaud de mes deux ! hurla Ichigo, la lèvre ouverte. Qu'est-ce que tu fous là ? T'as envie de mourir ?!

- T'as pas l'air d'apprécier qu'on touche à ta marchandise, se moqua Grimmjow, la pommette enflée. Pourtant, je n'ai fait qu'apprécier l'emballage... Mais ce n'est pas l'envie qui me manque d'explorer la profondeur du paquet.

- JE VAIS TE TUER !

- Ichigo, ne fais pas ça ! s'interposa Orihime, plaquée contre son torse.

- Tu ferais mieux de l'écouter, Kurosaki, lui conseilla Grimmjow. Que tu le veuilles ou non, la Princesse est ma fiancée.

- Elle n'accepte pas ce putain de mariage et tu le sais ! martela Ichigo qu'Orihime peinait à retenir.

- Ça ne l'empêchera pas d'avoir lieu, maintint le fils d'Aizen qui se délectait de la situation. Tu ne vois aucun problème à ce que je lui fasse une autre démonstration de mes talents ce soir ? le provoqua-t-il sournoisement. Tu pourras prendre des notes chaque fois qu'elle criera mon nom.

Ivre de rage, le fils Kurosaki se rua sur lui en faisant trébucher Orihime. Il fallut les efforts combinés de Tessai, Kisuke et Sora pour l'éloigner du salon tandis que Neliel sermonnait vertement Grimmjow, qui s'en tapait complètement, satisfait du merdier engendré. Yoruichi lui disait sa manière de penser quand les trois hommes revinrent sans Ichigo.

- Où est-il ? s'enquit Orihime que Neliel avait aidée à se relever.

- Dans la cour, tu devrais aller lui parler, lui proposa son frère.

Elle se précipita pour le rejoindre. Sa sœur suffisamment loin, Sora s'approcha du fouteur de merde.

- Grimmjow, c'est ça ? se renseigna-t-il, les yeux plissés.

- Qui t'es, toi ? grogna le visé.

- Je crois que la vraie question est qu'est-ce que tu as fait à Orihime pour que Kurosaki réagisse comme ça ?

- Tch ! Ça ne te regarde pas, dégage.

- Sora, je pense que tu devrais en discuter avec Inoue, suggéra Yoruichi qui souhaitait éviter une autre bagarre.

- Je suis d'accord, l'approuva Neliel. Il y a des choses qu'il vaut mieux apprendre par la personne concernée.

Sora se tourna vers elle, quelque peu surpris. Neliel avait dit cela sans aucune méchanceté, au contraire sa voix possédait une note enfantine apaisante qui contrastait avec ses courbes féminines très généreuses. Quelque chose remua dans l'estomac de Sora qui décida de suivre le conseil. L'atmosphère était assez crépitante, il parlerait donc à sa sœur plus tard.

- Moi, ce que j'aimerais savoir, c'est ce que vous voulez exactement à Inoue ? Surtout toi, Grimmjow, siffla Yoruichi, les yeux perçants.

Pendant ce temps, Orihime se tenait à côté d'Ichigo qui venait d'envoyer son poing dans la façade en bois de la boutique.

- Tu n'aurais pas dû le frapper, dit-elle doucement, une main sur son bras.

- Il t'a touchée ! Tu voulais que je réagisse comment ?!

- Déjà, que tu ne répondes pas à ses provocations.

- Bon sang, Orihime ! s'écria-t-il en pivotant vers elle. Ce bâtard a posé ses mains et sa bouche dégueulasses sur toi ! Tu devrais vouloir que je le réduise en morceaux !

- Et ainsi t'abaisser à son niveau ? Cela ne servira pas à grand-chose, crois-moi, souffla-t-elle à voix basse en s'entourant de ses bras.

- Tu es de quel côté au juste ?! s'emporta Ichigo, agacé par sa réaction.

- Du tien, évidemment, affirma-t-elle calmement. Je conçois que rien que de le voir doit t'être insupportable.

- Alors ne me parle pas comme si je devrais me poser et partager tranquillement le thé avec le salaud qui t'a violée !

- Il ne m'a pas...

- C'est tout comme ! l'interrompit-il durement. Il a profité de toi et s'en vante en plus ! Il attend l'occasion de finir ce qu'il a commencé et ne s'en cache pas ! Et je suis supposé encaisser sans réagir ?! Ce gars est une ordure sans nom qui ne mérite pas de vivre, putain !

- Je dis juste que tu vaux mieux que ça et que te battre avec Grimmjow ne changera rien à ce qu'il m'a fait...

- Non, mais ça me soulagera !

- Mais enfin, Ichigo, sois raisonnable ! perdit patience la princesse en pressant ses larges épaules. Tu te bats avec lui et après ? Ça ne l'empêchera pas de continuer à te provoquer en espérant que tu perdes encore le contrôle de tes nerfs ! Grimmjow ne vit que pour se battre, il n'attend que ça alors ne le laisse pas t'atteindre, voire pire !

- Je suis déjà atteint à travers toi !

- Justement ! Ne le laisse pas en jouer !

Ichigo l'observa, ahuri. Orihime était-elle réellement en train de lui faire des remontrances pendant que l'autre connard s'en tirait à bon compte ?!

- Tu ne ressens vraiment rien en revoyant sa sale gueule de pervers ? s'énerva-t-il.

- Bien sûr que si, je m'efforce simplement de faire la part des choses, s'expliqua-t-elle plus posément. S'il est là accompagné de cette femme, c'est qu'il y a une raison.

- J'ai du mal à penser comme ça, tu vois. Il n'a rien à foutre là, c'est tout.

- Je comprends ce que tu ressens...

- Dans ce cas, tu devrais comprendre que c'est difficile pour moi d'avoir en tête des images de lui en train de faire du mal à ma petite amie ! C'est précisément pour ça que j'ai envie de le buter !

Il s'éloigna au fond de la cour. Inoue soupira tristement. Il lui fallait trouver les mots pour l'apaiser au moins le temps de connaître la raison de la présence de Grimmjow à Karakura. Elle s'avança une nouvelle fois vers l'élu de son cœur.

- Cette femme, Neliel, je crois, t'a appelé par ton prénom. Tu la connais ?

- Ouais, on peut dire ça.

- J'imagine que tu lui fais confiance, que c'est une personne bien, poursuivit la belle.

- Où tu veux en venir ? s'impatienta le roux.

- Ce n'est pas l'amour fou apparemment entre elle et Grimmjow. Pourtant, ils voyagent ensemble. N'es-tu pas curieux de savoir pourquoi ?

- Je sais ce que tu essayes de faire, Orihime.

- C'est beaucoup te demander, je sais, le coupa celle-ci en extirpant un mouchoir de sa poche. Je te demande malgré tout de mettre de côté ce que tu ressens le temps de savoir pourquoi ils sont là tous les deux. Ensuite, nous aviserons, termina-t-elle en tapotant le sang au coin de sa bouche.

Ichigo la fixa sans rien dire, une nuée d'émotions contradictoires dansant dans ses yeux bruns. La haine, la vengeance et d'autres choses continuaient de le bouffer et il restait persuadé que massacrer Grimmjow le libérerait. Cependant, bien que ça lui faisait sacrément mal au cul de l'admettre, Orihime avait raison : Neliel ne se baladerait pas avec un tel déchet sans une très solide raison.

- D'accord, se résigna-t-il entre ses dents serrées. Je vais prendre sur moi parce que tu me le demandes et pour Nel qui doit détester ce connard encore plus que moi.

- Je te remercie, murmura la sœur de Sora.

- Ne me remercie pas trop vite. S'il fait une référence de travers à ton sujet, il ne repartira pas d'ici entier.

- J'imagine que je n'obtiendrai pas mieux de toi, souffla-t-elle d'un ton absent.

- Non.

- Alors je vais faire avec.

Ichigo fronça encore plus les sourcils. Orihime semblait ailleurs, absorbée par ses pensées.

- Qu'est-ce qu'il y a ? la réveilla-t-il, intrigué.

- Um ?

- Tu agis bizarrement, nota-t-il en la voyant se tordre nerveusement les doigts.

- Ça peut attendre, nous en parlerons plus tard, préféra-t-elle.

Avoir du mal à soutenir son regard marron n'en diminua pas l'intensité, lui intimant silencieusement l'ordre de parler sous peine de provoquer une nouvelle dispute.

- Tu es revenu, se lança Orihime, le cœur emballé. Ça veut dire que tu ne vas pas me quitter, n'est-ce pas ?

La question perturba tellement Ichigo qu'il en resta muet.

- J'ai passé toute la journée à me demander où tu étais et comment tu faisais face à ce que je t'ai dit, l'informa-t-elle, sa peur de le perdre toujours présente. Je ne savais pas ce que tu avais l'intention de faire ni même si je te reverrais. Toutes sortes de choses me sont passées par la tête à commencer par ce que l'avenir réserve à notre couple, finit-elle en essayant de lire en lui.

Le fils Kurosaki passa une main dans ses cheveux hérissés qu'il glissa ensuite sur sa nuque, dans l'espoir de dénouer le nœud qui s'y était formé.

- Je me doute que ma réaction a fait naître chez toi des tas de questions, soupira-t-il. Mais ce que tu m'as révélé n'est pas facile à digérer.

- J'en suis consciente, répliqua la princesse. J'étais pourtant loin d'imaginer que tu partirais si brusquement sans me dire ce que tu ressens, ce que je t'inspire... Nous devons en parler.

- Retournons à l'intérieur découvrir pour quelle raison tordue Nel se coltine Grimmjow. Ce mystère levé, nous pourrons reprendre cette conversation.

Hime acquiesça, envahie par un mauvais pressentiment. En lui emboîtant le pas, elle se dit que l'homme qu'elle aimait n'avait pas répondu à sa question, ce qui lui compressa le cœur.

De retour dans le salon, ils trouvèrent Urahara, Yoruichi, Sora, Neliel et Grimmjow assis autour de la petite table sur des coussins, les deux « invités » débarrassés de leur manteau et veste. Dès que le roux posa le regard sur le bâtard pervers, son sang circula à plus grande vitesse dans ses veines.

- Salut, Ichigo !

L'intéressé émergea soudain. Focalisé sur Grimmjow, il n'avait pas remarqué Neliel se lever. Il réagit enfin lorsqu'elle l'enlaça très fort avant de lui planter un bisou sur la joue. A côté d'eux, Orihime, qui n'avait jamais vu de femme se montrer aussi affectueuse avec son petit ami, ressentit un mélange de gêne et de jalousie lui piquer l'estomac.

- Content de te revoir, Nel, dit sincèrement Ichigo.

- Moi aussi, lui sourit la beauté à la volumineuse chevelure verte. Même si j'aurais préféré que ce soit dans d'autres circonstances.

- Vous tombez à pic ! Neliel san allait nous raconter la joie qu'elle a ressentie en croisant par hasard la route de Grimmjow, annonça Kisuke derrière son éventail.

Nel reprit sa place à côté du vendeur tandis qu'Ichigo et Orihime s'installaient entre Sora et Yoruichi.

- Je voyageais seule dans les bois, amorça Nel. J'ai repéré une grotte dans laquelle je me suis arrêtée pour allumer un feu et me reposer. C'est là que j'ai vu Grimmjow inconscient et couvert de sang. Sans le moindre scrupule, il m'a avoué avoir touché...

Elle croisa les perles grises scintillantes d'Orihime qui la suppliaient de ne pas évoquer ce que Grimmjow lui avait fait subir. Neliel hocha la tête, toussota puis enchaîna.

- Enfin, il s'est vanté de s'être battu avec un homme qui se « tapait » sa fiancée, à savoir Orihime san. Quand j'ai compris qu'il s'agissait de toi, Ichigo, j'ai décidé de partir à ta recherche.

- Pourquoi ? s'étonna le concerné. Je maintiens être content de te revoir mais pourquoi nous imposer ce pourri ?

- Peut-être pour m'avoir à l'œil et éviter qu'on retrouve la Princesse noyée ou la nuque brisée, l'irrita Grimmjow.

Ichigo bondit pour lui faire ravaler son sourire répugnant. Deux paires de bras le retinrent aussitôt.

- Ne te laisse pas avoir, Kurosaki ! essaya de le raisonner Sora.

- Oui, c'est sa manière de faire, tu le sais bien ! ajouta Orihime.

Ichigo inspira à plusieurs reprises. Chaque nerfs de son corps mourait d'envie de déchirer ce connard devant lui.

- On peut aller dehors et finir notre combat, si tu veux ? lui proposa Grimmjow, une lueur animale dans ses iris dilatés.

La beauté auburn lui jeta un regard noir.

- Laisse-le tranquille ! Ichigo t'a déjà battu une fois, il n'aura aucun mal à recommencer et je doute que tu veuilles vivre cette humiliation devant nous tous ! lança-t-elle.

Le sourire de Grimmjow s'effaça d'un trait, ses yeux plissés méchamment. Orihime le remarqua sans s'y attarder. Les joues roses en raison de la stupéfaction générale provoquée par cette audace insoupçonnée, elle se rassit sur son coussin à l'image de son frère et d'Ichigo.

- L'ambiance est animée comme c'était à prévoir, glissa Kisuke en arrangeant son bob rayé sur sa tête blonde.

- Voir une femme recadrer un homme est toujours un spectacle divertissant, commenta Yoruichi avec un clin d'œil à la princesse. Tu peux reprendre, Neliel.

- Je ne supportais pas l'idée que Grimmjow blesse une autre femme, enchaîna cette dernière en pressant sa tasse de thé. Alors je lui ai demandé ses réelles intentions envers Orihime san pour que je puisse l'aider, et il m'a répondu.

- Comme ça, sans contrepartie ? se méfia Sora.

- Non. Nous avons fait un marché.

Elle jeta un regard appuyé à Grimmjow pour bien lui faire comprendre de s'en tenir à la version qu'elle avait mise au point. Il grogna en guise de réponse.

- Neliel m'a confirmé connaître Kurosaki. Je lui ai proposé de lui balancer les détails en échange de pouvoir casser la gueule de ce sale con. Elle cherche à dompter « la bête » que je suis même si elle ne l'avouera jamais, alors on voyage ensemble. Pas vrai, Nel ? la nargua-t-il.

Si les yeux de Nel pouvaient lancer des poignards, ils le feraient.

- Me casser la gueule, hein ? se moqua le roux. Tu peux me rappeler qui a fait une sieste forcée au fond d'une grotte après s'être pris une raclée ?

- Personne ne doute de ta passion pour le combat, Grimmjow san, s'immisça Urahara qui souhaitait éviter un bain de sang qui serait pénible à nettoyer. Mais pourquoi parler maintenant ?

- Me fais pas chier l'épouvantail, s'exaspéra l'intéressé. J'en ai juste plus rien à carrer du plan de mon père et sa vieille qu'il culbute.

- Épouvantail ? se vexa Kisuke.

- Alors tu te décides à retourner ta veste, résuma Yoruichi, l'œil perçant.

La mâchoire de Grimmjow se crispa.

- Je suis un animal solitaire, pas le genre à m'entourer de boulets pour obtenir ce que je veux.

- C'est pourtant ce que tu as accepté de faire en rejoignant le plan d'Aizen et de l'impératrice.

- Quand ce plan m'a été proposé, mon père savait que je me lasserai tôt ou tard.

- Je ne vois vraiment pas l'intérêt, n'en démordit pas Yoruichi.

- Épouvantail..., répéta le vendeur, toujours pas remis.

Son amie d'enfance lui donna un coup de coude agacé.

- Aizen... C'est le conseiller personnel de l'empereur Eiji, n'est-ce pas, Orihime ? s'assura Sora.

- Um, c'est bien ça, confirma-t-elle, soulagée de lui avoir déjà raconté cette partie de l'histoire.

Son frère se tourna vers Grimmjow assis à son aise.

- Je ne sais pas ce que tu as en tête exactement, Grimmjow, mais ta description n'est pas celle d'un tendre. J'ai entendu parler du « plan » monté par ton père et l'impératrice, et tu peux être certain d'une chose : je ne te laisserai plus faire de mal à Orihime, le prévint-il sur un ton menaçant sans soupçonner que sa réaction touchait sa soeur.

Nel, elle, fixait Sora avec étonnement. Il ne faisait que la moitié de la carrure de Grimmjow, pourtant il ne ressentait aucune peur.

- Tu crois me faire trembler ? répliqua Grimmjow en haussant un sourcil.

- Et si on en revenait à tes intentions envers Orihime dont tu es si généreusement disposé à nous faire part, craqua Ichigo. On a autre chose à foutre que de t'écouter.

- Moi aussi, comme te percer des trous avec mon sabre, sourit largement son ennemi juré.

- Tu vas l'avoir ton putain de combat alors débite maintenant !

- Ichigo ! s'affola la beauté auburn, accrochée à son bras.

- T'en fais pas, je n'aurai aucun mal à le démonter une seconde fois.

- La chance ne te sourira pas deux fois, Kurosaki.

- Tu veux un avant-goût pour voir ?

- Bon, les détails du plan ! relança Neliel en se massant la tempe, visiblement épuisée. Nous avons perdu assez de temps !

Un murmure général renforça son avis.

- Lorsque mon père et la culbutée sont venus me chercher, le plan était de me marier à la Princesse avant la passation de pouvoir, la sauter et la tuer après la nuit de noces, annonça Grimmjow sans pitié. L'empereur était supposé y passer, son chagrin précipitant sa mort. Moi, je devais ensuite laisser ma place à mon père et à la vieille pour qu'ils puissent régner ensemble sur le pays.

- C'est tout ? se hérissa le fils Kurosaki. Tu as fais tout ce chemin pour nous balancer ce qu'on sait déjà ?! T'avais forcément un truc à gagner pour prendre part à un plan aussi merdique !

Sora avait entendu le rôle de Grimmjow de la bouche d'Orihime, ce qui l'avait choqué. Relaté par Grimmjow, ce plan effroyable donnait sacrément froid dans le dos. Il réalisa à quel point sa sœur n'avait pas eu une vie facile. Sora pressa sa main sous la table. D'abord surprise, Hime la serra en retour et lui rendit son petit sourire rassurant.

- On t'a pas appris à fermer ta gueule et écouter ? riposta Grimmjow qui en avait marre de l'entendre pinailler. J'avais pas fini ! Je gagnais le droit de buter les condamnés à mort en combat rapproché jusqu'à trouver un adversaire digne de ce nom, se réjouit-il.

- C'est barbare ! ne put se retenir Orihime.

- De ton point de vue de petite sainte. Moi, ça m'allait jusqu'à ce que je décide de tester la réputation de Kurosaki.

- Hein ? Comment ça ? grogna celui-ci.

- Tu es connu pour couper des têtes.

- Seulement quand je n'ai pas le choix !

- Peu importe. J'ai décidé de me mesurer à toi, j'ai utilisé la Princesse pour ça.

Orihime se figea. Après le bal, Grimmjow lui avait effectivement dit se moquer du plan mais qu'en revanche, il s'intéressait à elle...

- Tu n'avais aucune intention de m'emmener au palais. Ton but était de te servir de moi afin d'attirer Ichigo pour le provoquer en duel ! comprit-elle, choquée.

- On peut dire que j'ai réussi mon coup dans la grotte, hein ? répliqua Grimmjow sur un ton lascif.

La belle s'empourpra de honte et se recroquevilla en baissant la tête.

- Je te conseille de ne pas évoquer cette grotte si tu ne veux pas que ta tête roule sur le sol, le menaça Ichigo avec un air effrayant.

- C'est bon, ça va aller, lui murmura sa petit amie.

Grimmjow ricana.

- Tu as un niveau supérieur aux poltrons que j'ai combattus, Kurosaki. Je suis certain de t'exploser la prochaine fois.

- Tu sais où tu peux te l'accrocher ton compliment, siffla le roux. Attends, dans tout ça, t'es quand même pas en train de nous faire croire que tes intentions envers Orihime se résument à finalement la sauver ?! réalisa-t-il, la supposition sonnant faux à ses oreilles.

- J'ai l'air d'avoir une tête de chevalier servant ? renifla Grimmjow.

- Tu veux vraiment que je te réponde ce que ta gueule m'inspire, enfoiré ?

- Reprenons ! s'exaspéra Yoruichi, un sourcil agité de tics nerveux. Grimmjow, maintenant que tu as ciblé Ichigo et laissé tomber ton rôle dans ce plan discutable, Inoue n'est plus en danger immédiat ? se renseigna-t-elle.

- Pas avec Stark et Ulquiorra toujours dans la partie, rejeta-t-il en s'étirant.

- Stark et Ulquiorra ? ne saisit pas Sora.

- Ses frères, l'éclaira Neliel.

Orihime sentit son souffle se bloquer.

- Quel rôle jouent-ils ? interrogea-t-elle son ex-fiancé.

Ce dernier la contempla plusieurs secondes avec un sérieux déstabilisant.

- Ulquiorra, j'en sais rien. Il n'a jamais précisé son objectif ni même partagé ses motivations, mais ça, c'est pas nouveau. A ta place, je me méfierais de Stark, il est du genre à avoir un coup d'avance. Avec ta cinglée de mère, je ne donne pas cher de la peau de ton vieux, Princesse.

La belle réprima un frisson d'horreur.

- Le but ultime de mon père est de déclencher une guerre pour éliminer les faibles et soumettre les plus forts, acheva Grimmjow.

L'air se chargea d'une tension oppressante.

- Toute ta famille est dingue en fait, en conclut Ichigo qui hallucinait. Une guerre, sérieux ?!

- Fais attention à ce que tu dis, lâcha Grimmjow, prêt à le tailler en pièces.

- Sinon quoi ? C'est la vérité !

- Je n'ai rien à voir avec mon père et mes frères !

- Nan, toi tu préfères éclater la gueule de tous ceux que tu croises et t'en prendre aux femmes, c'est vrai qu'il y a de quoi être fier ! riposta Ichigo, dégoûté. Provoquer une guerre, ce n'est pas un plan mais de la démence ! Ta raclure de père veut imposer une dictature et tu as été assez débile pour participer à ça !

- Oi ! Je viens de vous prévenir pour empêcher cette guerre justement ! lui rappela Grimmjow qui mourrait d'envie de l'étrangler.

- Et tu crois que ça te fait passer pour un héros ? T'es un enragé de la baston, ta démarche n'est sûrement pas motivée par ta bonté d'âme !

- Va te faire foutre, Kurosaki ! s'emporta Grimmjow en cognant la petite table qui craqua.

- Bien, bien, je ne vois guère qu'une option, intervint Kisuke en tapant dans ses mains pour calmer l'ambiance très lourde. Nous rendre au palais impérial !

- QUOI ?!

Tessai réapparut, les bras débordant de mets à l'odeur alléchante. Certains se laissèrent envoûter par la nourriture décuplant leur faim, les autres restèrent bloqués sur l'idée saugrenue de l'homme au bob. A l'image d'Ichigo...

- Tu veux qu'on se rende à l'endroit où la vie d'Orihime est le plus en danger ?!

- Il faudra bien qu'elle rentre un jour, Kurosaki san.

- Quand tout danger sera écarté !

- Et comment veux-tu y parvenir sans l'affronter à la source ?

Cette question de Neliel désarçonna le roux.

- Tu es d'accord avec lui, Nel ? articula-t-il lentement.

- Eh bien, c'est à Orihime san de décider évidemment. Mais je crois qu'elle ne pourra pas s'échapper des griffes acérées d'Aizen et de sa mère en fuyant son destin. Elle doit y faire face pour sauver sa vie, je suis prête à l'aider pour ça.

- Donc pour toi, c'est une bonne idée, comprit-il en réfléchissant à ses paroles.

- Je... oui, mais ce n'est que mon avis.

Elle maintint le contact visuel avec Ichigo avant d'incliner le menton pour cacher son expression derrière ses longs cheveux. Yoruichi s'étant levée afin d'aider Tessai à disposer les plats, Ichigo en profita pour presser la main de Neliel sous la table. Ce geste n'échappa pas à Orihime qui ne put ignorer plus longtemps cette étrange connexion entre eux. Elle se trémoussa en s'efforçant d'étouffer sa piquante jalousie.

- Personnellement, je ne suis pas certaine qu'Inoue soit prête à rentrer chez elle, douta Yoruichi, les lèvres pincées. Il ne s'agit plus uniquement de sauver sa vie mais tout le pays menacé d'une autre guerre.

- C'est clair que sans un plan, vous êtes foutus, ricana Grimmjow en se servant généreusement.

- Si c'est pour sortir ce genre de commentaire foireux, tu peux continuer à fermer ta gueule, pesta Ichigo en libérant la main de Nel.

- Parce que t'es prêt à laisser tous ces gens crever pour sauver ta princesse déflorée ? On n'est pas si différents en fait.

- On n'a rien en commun toi et moi !

- Alors tu ne trouves pas que la Princesse a la peau douce toi aussi ? le testa Grimmjow avec un immense sourire pervers.

Le fils Kurosaki faillit renverser la table en se penchant pour le choper par le col. L'une des bouteilles de saké se déversa sur Kisuke dans l'indifférence de tous.

- Je vais te régler ton compte tout de suite ! s'époumona Ichigo qui écrasait presque la gorge de Grimmjow. Amène-toi dehors et prépare-toi à crever rapidement !

Sora retint son bras pour l'empêcher de cadrer un autre poing à Grimmjow.

- Je sais que tu as accepté de te battre contre lui mais ce n'est ni l'endroit ni le moment, murmura-t-il. Assieds-toi, Kurosaki et fait comme s'il n'existait pas.

- C'est difficile, je n'y suis moi-même jamais parvenue, expira Neliel. Alors je l'imagine couvert de trucs dégoûtants, chauve, sans dents...

- Tu peux ajouter castré et poilu comme une bête, rit Sora.

Neliel pouffa. Ce drôle d'échange eut au moins le mérite de détourner l'attention d'Ichigo.

- Je vous emmerde tous ! cracha Grimmjow en se dégageant de sa poigne.

Il retourna à son assiette. Ichigo regagna son coussin, les nerfs un peu moins vifs. Ce bâtard ne perdait rien pour attendre. Hime glissa sa main dans la sienne autant pour l'apaiser que s'insuffler du courage.

- Je suis d'accord pour rentrer.

Son petit ami se tourna immédiatement vers elle.

- Je sais ce que tu vas dire mais écoute-moi, s'il te plaît, l'implora-t-elle sans lui laisser ouvrir la bouche. J'ai fui mon destin et la pression de ma mère car ça n'impliquait que moi. J'ai trouvé mon frère qui a accepté de m'aider. Je ne peux pas laisser une guerre éclater sans réagir, je suis la future impératrice après tout.

- Je suis là aussi, tu peux compter sur moi jusqu'au bout, lui promit encore Ichigo. On ne peut pas partir sans un vrai plan même si on bénéficiera sans doute de l'effet de surprise.

- Je m'en charge, assura le vendeur en s'éventant. Nous partirons demain matin à la première heure.

- Comment ça « nous » ? Je viens pas avec vous, moi, décréta Grimmjow. Je vous transmets les infos, je casse la gueule de Kurosaki et je me tire !

- Tu vas venir que ça t'agrée ou non, le contra Yoruichi.

- Pas question ! refusa Ichigo. Il va foutre sa merde et je ne veux pas qu'il soit près d'Orihime ! Qu'il dégage !

- C'est vrai que je pourrais lui sauter dessus entre deux buissons.

- Grimmjow ! le réprimanda Nel.

- Je comprends ta position, Ichigo, mais je n'ai aucune confiance en lui, se méfia Yoruichi. Grimmjow pourrait nous trahir si on le laisse partir.

- Je ne suis pas votre prisonnier !

- De toute façon, nous t'aurons tous à l'œil, déclara Sora. Ma sœur a suffisamment à gérer sans te rajouter à la liste.

- Tch ! Et puis comment ça t'es son frère ? Je n'ai jamais entendu parler de toi, marmonna le cheveux bleus, sceptique.

Sora garda le silence. Grimmjow se saisit de la bouteille de saké survivante qu'il ne se priva pas de vider presque entièrement.

- Peu importe, je m'en cogne de tes explications de toute façon, changea-t-il d'avis.

- Alors c'est décidé, nous prenons la route demain, officialisa Yoruichi en reprenant sa place à côté d'Ichigo.

- Maintenant que nous sommes enfin d'accord, je suggère que nous profitions du festin, proposa Urahara dans le couloir.

- Tout va bien, Urahara san ? s'inquiéta Orihime puisque seule sa tête était visible.

- A merveille, Inoue san ~ ! Je reviens tout de suite, bon appétit ~ !

Il s'éclipsa pour changer son pantalon et ses sous-vêtements... trempés.

{…}

- Je peux t'aider ?

Neliel cessa de fouiller les étagères pour tourner la tête vers cette voix.

- Sora san ? Tu n'es pas encore parti ? Il est très tard, le repas s'est terminé il y a plus d'une heure.

- J'ai donné un coup de main à Tessai pour tout nettoyer. Je crois que j'avais surtout besoin de penser à autre chose après cette soirée, voire ces deux derniers jours, expira-t-il en se grattant la tête.

- Le dîner était chaotique, approuva-t-elle. Ma présence et celle de Grimmjow n'y sont pas étrangères.

- Je dirais plutôt la sienne, corrigea Sora en s'approchant. J'ai bien cru que Kurosaki allait lui arracher la tête avant le dessert.

- Hum, ce n'est sans doute qu'une question de temps...

- Quoi qu'il en soit, je partais quand je t'ai entendue.

Neliel lui fit complètement face. Ils se trouvaient dans l'arrière-boutique faiblement éclairée. Après le dîner bruyant et animé, elle s'était installée dans la chambre de Yoruichi, avait bavardé un peu avec Kisuke avant de se réfugier ici.

- Je cherchais simplement quelque chose tout en réfléchissant.

- C'est vrai que c'est le seul coin isolé ici. J'y ai passé pas mal de temps quand j'étais gamin, livra Sora en regardant autour de lui, les yeux remplis de souvenirs.

- Tu as appris récemment qu'Orihime san est ta sœur, dit Neliel avec une pointe d'hésitation.

- Comment tu le sais ?

- Urahara san m'en a brièvement parlé, je me posais des questions... Désolée, s'excusa-t-elle, contrite en s'agrippant le coude.

- Non, ce n'est rien, la rassura-t-il, l'épaule appuyée contre une étagère chargée de bocaux. Tu aurais fini par apprendre les détails durant le voyage vers le palais de toute façon.

- Ça fait beaucoup à assimiler, j'imagine, compatit la jeune femme.

- Ma sœur a enduré un véritable enfer depuis son enfance à cause de Miyako. Orihime doit en plus empêcher une guerre et sauver sa vie. Je ferai évidemment tout pour l'aider, s'engagea-t-il. Mais je dois aussi gérer ma propre vie et accepter l'idée que...

Il cligna des yeux et se racla la gorge, comme s'il réalisait en avoir trop dit. Nel préféra ne pas insister.

- Sinon, qu'est-ce que tu cherches ? changea-t-il de sujet.

- Oh, de quoi écrire, fit-elle, exaspérée. C'est quand même fou de ne pas trouver un crayon et du papier dans une boutique, non ?

Sora émit un petit rire.

- Tu trouveras ça dans le bureau de Kisuke. Ça ne peut pas attendre demain ?

- Non, je dois envoyer un message ce soir, c'est urgent. Il me faut en plus trouver un faucon.

- Le fauconnier est un peu difficile à trouver surtout la nuit, mais je peux t'accompagner si tu veux.

Le visage de Neliel s'éclaira.

- Tu ferais ça ? Merci beaucoup ! s'exclama-t-elle en frappant dans ses mains et sautillant sur place.

Elle lui sauta au cou, Sora s'empourpra. Tous deux avaient sympathisé au cours du dîner mais tout de même...

- Excuse-moi, se retira la beauté verte, en démêlant nerveusement ses cheveux. Je suis... J'ai tendance à être un peu trop...

Un silence embarrassé s'installa pendant lequel ils évitèrent soigneusement de se regarder.

- Euh... On y va ? suggéra enfin Sora pour dissiper le malaise.

- Je te suis ~ !

Ils sortirent du magasin en évoquant d'autres sujets.

Au même moment, Ichigo, chemise ouverte dévoilant son torse sculpté, rejoignait Orihime qui l'attendait impatiemment dans sa chambre à l'éclairage tamisé grâce aux bougies.

- Yoruichi san et Urahara san vont se relayer pour surveiller Grimmjow, l'informa-t-il avec mauvaise humeur. Ils ne voulaient pas que je m'en charge.

- Je crois que c'est préférable, approuva la belle.

- Je vais me coucher, l'ignora-t-il en s'asseyant près d'elle sur le futon. Je suis juste venu te dire bonne nuit.

- Quoi ? Nous devons parler enfin.

- Maintenant ? Il est tard, on prend la route tôt demain et...

- Je sais oui, mais je ne peux pas continuer comme ça, murmura-t-elle, la poitrine compressée. J'ai besoin de savoir où on en est tous les deux et...

- Et quoi ?

Elle détourna ses prunelles tout en empoignant la couverture.

- Ce qu'il y a entre toi et Neliel san, avoua-t-elle difficilement.

La stupéfaction orna les traits du roux.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Il n'y a rien entre Nel et moi.

Ne pouvant rester à ses côtés plus longtemps, la princesse se leva. Cette répugnante jalousie l'étreignait comme un serpent visqueux.

- Ne me fais pas croire ça, s'il te plaît, reprit-elle, entourée de ses bras. Je sais ce que j'ai vu.

Ichigo fronça les sourcils.

- Et qu'est-ce que tu as vu ?

- Tu le sais parfaitement ! haussa-t-elle la voix. Elle t'a serré dans ses bras, t'a embrassé, tu l'appelles par son surnom et puis ces regards entre vous durant le repas, sa main que tu as prise dans la tienne... J'ai tout vu même si tu essayais de le cacher !

- Alors déjà, je n'essayais de cacher rien du tout, mit-il au point. Ensuite, ça te suffit pour dire qu'il y a un truc entre elle et moi ?

- Ne vois-tu pas que c'est le comportement de personnes en couple ou l'ayant été ?

- Je vois surtout que tu t'es monté la tête pour pas grand-chose. Tout ce que tu m'as dit prouve que dalle.

- Vous vous comprenez sans parler et tu es tactile avec elle, ajouta Orihime, lacérée par ses propres paroles. C'est une preuve suffisante pour moi.

Le jeune homme passa une main sur son visage fatigué et soupira de lassitude. Cette journée trop longue ponctuée de merdes s'achevait d'une manière dont il se passerait bien.

- Je ne pensais vraiment pas avoir ce genre de discussion un jour, dit-il en se levant lentement à son tour.

- Cette discussion comme tu dis sera moins pénible si tu te décides à me dire la vérité, répliqua Orihime, les bras croisés.

Cette phrase piqua Ichigo.

- Tu insinues que je mens ?

- Tu n'as rien nié en tout cas.

- Tu me fais quoi, là, Orihime ? perdit-il patience, debout à un mètre d'elle près de la fenêtre.

- Je veux simplement comprendre, répondit-elle, motivée à avoir le fin mot de cette histoire.

- T'as surtout l'air de m'accuser ! Tu trouves qu'on ne s'est pas assez pris la tête pour aujourd'hui franchement ?

- Crois-tu que je prenne plaisir à aborder un tel sujet que tu évites en plus ? fit la princesse, la gorge nouée.

- Bon sang, je n'esquive rien ! Je viens de te dire qu'il n'y a rien entre Nel et moi, et ce n'est pas près de changer !

- Je suis supposée me contenter de ça ?

- Si tu as confiance en moi, oui ! s'écria-t-il, plus blessé qu'il n'y paraissait.

- Peut-être avez-vous été ensemble ? supposa Hime qui détestait cette idée.

- Jamais. Arrête de t'obstiner dans ce sens, ça ne me fera pas dire ce que tu penses être la vérité, persista Ichigo qui s'efforçait de garder le contrôle de ses nerfs.

- Mets-toi à ma place. Je ne sais pas où nous en sommes dans notre relation, alors assister à cette proximité entre vous...

Appuyée dos au mur, les yeux au sol, elle se remémora les événements douloureux de la soirée tout en essayant de se raisonner.

- Comment vous êtes-vous connus ? s'informa-t-elle. J'aurais peut-être dû commencer par là.

- Tu aurais peut-être dû, oui. J'ai beaucoup voyagé pour retrouver ma mère, c'est comme ça que j'ai connu Nel, dévoila Ichigo, toujours agacé par cet échange. Ce qu'elle a vécu... disons que ça nous a rapprochés et qu'on a tissé un lien d'amitié.

- Ressent-elle la même chose pour toi ? renifla la belle avec un sérieux doute. Une simple amitié ?

- Quelle importance ? Ce qui compte, c'est comment moi je la considère, non ?

- Alors tu n'as...

Les pommettes roses, elle rangea nerveusement une longue mèche derrière son oreille.

- Vous... Vous n'avez jamais...

- Non, je n'ai pas couché avec elle, jura Ichigo sans ciller. Je te répète que tu es la première fille avec laquelle je sors. Nel est comme une sœur pour moi, rien d'autre.

Orihime dut reconnaître que la sincérité émanait de lui. La honte la gagna si fortement qu'elle se recroquevilla sur elle-même.

- Je suis désolée d'avoir douté de toi. Te voir si proche d'une autre femme ou même t'imaginer dans ses bras...

Incapable de continuer, elle se tut.

- Tu comprends mieux ma réaction envers Grimmjow, dit-il à mi-voix.

- A présent, oui. Je te demande pardon.

Elle renvoyait une image si malheureuse que la tension d'Ichigo diminua au profit de l'inquiétude. Il s'approcha d'elle pour presser doucement ses bras.

- Si tu me disais ce qui te ronge vraiment, murmura-t-il.

Il la sentit frissonner.

- J'ai considéré Neliel san comme une sorte de menace.

- Tu y vas un peu fort, elle ne t'a rien fait, mit-il en évidence.

Orihime posa sur lui ses yeux larmoyants.

- Je ne sais pas si nous sommes toujours ensemble. Votre lien m'a rendue jalouse et profondément blessée, confessa-t-elle très bas.

- Je sais que ma réaction de ce matin n'a pas été celle que tu attendais, reconnut le fils Kurosaki. Ce que tu as dû endurer à cause de ce garde et de l'autre bâtard à côté m'a fait éprouver toutes sortes de choses, qui m'ont poussé à m'isoler. J'aurais peut-être dû te réconforter, te dire que ce n'était pas de ta faute et que ça ne changeait rien entre nous. Mais sur le moment, je n'ai pas pu.

- Et à présent ? risqua la beauté auburn en l'observant sous ses longs cils.

- Je ne peux pas faire comme s'il ne s'était rien passé, ni te promettre que je ne vais pas fracasser Grimmjow et me charger de ta mère, la prévint-il sans dissimuler sa rage. Ce que je sais, c'est que je n'ai pas l'intention de te quitter, Orihime, affirma-t-il, une paume sur sa joue chaude.

Un soulagement sans précédent inonda sa petite amie qui en versa quelques larmes trop longtemps contenues.

- Je craignais tellement que tu..., commença-t-elle en posant sa main sur la sienne.

- Ce n'est pas tout, je le sais, l'arrêta Ichigo, très sérieux.

Elle le fixa sans comprendre. Il précisa donc sa pensée.

- Toutes les fois où on s'est rapprochés et que tu m'as repoussé, c'était à cause d'eux, n'est-ce pas ?

- Non, j-je...

- Laisse tomber, Yoruichi san me l'a dit et d'autres choses aussi.

- Que t'a-t-elle dit exactement ? redouta Inoue, le cœur cognant plus vite.

Ichigo se pencha.

- Ce que moi je veux te dire, c'est que je suis pas comme ces deux types. Tu peux me faire confiance, je ne t'obligerai jamais à faire quelque chose dont tu n'as pas envie.

Jusque-là subjuguée par ses orbes marron, Hime frissonna de plus belle lorsqu'il lui caressa les bras de haut en bas.

- Vous êtes différents, ça ne fait aucun doute, parvint-elle à émettre. C'est juste que je ne peux pas empêcher mon esprit de rejouer ce qui m'est arrivé dès qu'on se découvre un peu... un peu plus, rosit-elle.

- Parce que je n'étais pas au courant ou parce que tu es encore très marquée ?

- Um... un peu des deux, je crois. Mais je t'assure que la dernière fois qu'on a... je veux dire, tous les deux la nuit dernière... je ne me suis pas forcée... c'était agréable... enfin, tu sais... bafouilla-t-elle, rouge.

Elle se cacha derrière ses mains ce qui amusa le jeune homme.

- Et si je t'aidais à passer au-dessus de ce traumatisme ? lui proposa-t-il en découvrant son visage.

Le cœur d'Orihime accéléra sa course. Cette fois aussi, elle était nue sous son kimono en vue de se laver. Trop stressée par son couple et Neliel, elle avait préféré discuter avec Ichigo avant. Pour la première fois depuis qu'il était entré dans la pièce, Orihime se sentait vulnérable devant lui. Elle résumerait son état à un mélange de gêne et... d'excitation.

- C-comment ? évacua-t-elle dans un souffle.

En guise de réponse, Ichigo s'empara de ses lèvres dans un baiser aussi fougueux qu'inattendu, qui colla sa tête auburn, heureusement solide, contre le mur. Son petit ami passa ses bras musclés sous ses fesses pour la soulever afin de se placer entre ses jambes. Autrement dit, une posture pas si éloignée que celle que Grimmjow l'avait forcée à prendre dans la grotte. Les mêmes horribles images prirent d'assaut l'esprit d'Orihime prêt à se battre. Ichigo recula son visage pour la regarder droit dans les yeux.

- Si je fais quelque chose qui te rappelle les deux ordures, dis-le-moi, d'accord ?

Les bras autour de son cou, elle inspira pour se reprendre.

- C'est déjà le cas, partagea-t-elle honnêtement.

Il blêmit.

- Merde ! Je... !

- Non, ne me lâche pas ! quémanda la belle, les chevilles verrouillées derrière lui.

Le doute traversa les iris d'Ichigo.

- Orihime, tu n'as qu'à me dire d'arrêter et je le ferai.

- Je sais, chuchota-t-elle en hochant la tête. Sauf que je ne veux pas.

Cette réponse s'avéra trop légère pour le convaincre.

- Tu ne veux pas quoi ? répliqua-t-il en guettant toute expression suspecte.

Elle s'empourpra et détourna les yeux.

- Ne m'oblige pas à...

- Tu as besoin de le dire et moi de l'entendre. Tu ne veux pas quoi, Orihime ? insista-t-il.

La jeune femme agrippa sa chemise sur ses épaules. Il était normal qu'Ichigo s'assure qu'ils étaient sur la même longueur d'onde, surtout en prenant en compte leurs précédentes expériences pas toujours réussies. Orihime prit donc le temps d'analyser son propre ressenti. Elle aimait Ichigo, souhaitait que leur relation évolue et ne voulait plus se laisser guider par ses souvenirs affreux. A côté de cela, comme pour l'encourager, un désir familier, le même que la nuit précédente, circulait dans son être. Un désir qu'elle prenait plaisir à ressentir. Prenant son courage à deux mains, Orihime formula à sa manière ce que ces sensations signifiaient pour elle.

- Je ne veux pas que tu arrêtes de me t-toucher. Quand tu le fais, je ressens des choses... Des choses agréables et surtout, je me sens en sécurité dans tes bras.

Une pleine confiance mêlée d'une timidité filtraient de ses paroles.

- Tu es consciente que nous allons franchir un autre cap ? souligna Ichigo.

Elle logea la tête dans son cou en resserrant sa prise autour de lui.

- Un cap que je veux vivre avec l'homme que j'aime cette fois.

Sans la libérer, Ichigo fit quelques pas pour l'allonger sur le futon. Puis il ôta sa chemise qu'il posa au sol et se positionna à quatre pattes au-dessus de sa petite amie. Les bougies presque noyées dans leur cire diffusaient une lueur incertaine, suffisante pour se distinguer malgré tout. Sa chevelure de feu étalée autour d'elle, Orihime, décidée à profiter de cet instant sans se laisser submerger par son traumatisme, attrapa la nuque de sa moitié pour l'attirer plus près et l'embrasser. Rapidement, le baiser se teinta d'érotisme. Leurs langues glissaient l'une contre l'autre tandis que leurs bouches se mouvaient dans une danse enflammée.

Ichigo cala son poids sur un bras pour laisser sa main voyager lentement entre eux, se stabiliser sur l'ouverture du kimono qu'il écarta pour révéler un sein. Le premier réflexe de la belle fut de se cacher, toutefois l'autre part d'elle voulant poursuivre l'en dissuada. L'effet délicieux de la chaleur qui se diffusait dans ses veines associé à la fraîcheur de la pièce qui picotait sa peau, la firent frissonner et libérer un doux soupir. La main d'Ichigo caressa cette chair abondante presque satinée au toucher. Il traça des cercles autour du mamelon avec son index et asticota le téton dressé. Hélas, aussi plaisant que cela puisse être, Inoue restait bloquée à mi-chemin entre le plaisir intense et la peur de continuer.

C'est Ichigo, se résonna-t-elle mentalement avec colère. Pas Saburo ni Grimmjow, mais bel et bien Ichigo. Il n'est pas comme eux, il prend soin de moi et surtout il m'aime.

Un faible cri remonta sa gorge. Le roux venait de quitter ses lèvres pour son cou sur lequel il laissa des chaînes de baisers. Il la mordilla avant d'apaiser la faible douleur en léchant la zone. La princesse pressa sa nuque et griffa son dos en sentant ses muscles sauter sous ses doigts. Il grogna en continuant sa descente. Orihime se tendit lorsqu'elle perçut le souffle chaud de son petit ami sur son téton qui durcit davantage. Elle frotta ses cuisses ensemble, que c'était gênant… De son côté, Ichigo exposa l'autre sein de sa belle et s'autorisa un moment pour les détailler pour la première fois. Ronds, gros, lourds... presque parfaits. En effet, en plissant les yeux dans la lumière vacillante, il discerna des cicatrices. Inutile d'en demander l'origine, Orihime était condamnée à vivre avec son traumatisme gravé sur sa peau. Sa colère fit son retour.

- Ça va.

Le fils Kurosaki cligna des yeux.

- Quoi ?

Elle lui sourit faiblement.

- Ça va, répéta-t-elle. Je suis habituée à ces cicatrices, un peu moins à leur origine. Je peux comprendre qu'elles te dégoûtent et que tu m'en veuilles de te les avoir cachées.

Honteuse, elle attrapa son kimono pour se couvrir. Ichigo saisit aussitôt son poignet, l'air sévère.

- Ne fais pas ça. Je ne peux pas t'en vouloir pour quelque chose dont tu n'es pas responsable.

- Tu es en colère pourtant, objecta-t-elle.

- Ce n'est pas dirigé contre toi, mais contre les raisons qui font que ta peau est marquée. Alors arrête de te punir ou de croire que ton corps est dégoûtant parce que ce n'est pas le cas, dit-il fermement.

Rassurée, la princesse acquiesça en silence pendant qu'Ichigo se détendait un peu. Ça le faisait tout de même chier d'admettre que sa haine envers Saburo et Grimmjow n'effacerait pas leur immonde comportement. Orihime était-elle vraiment prête à le laisser profiter de son corps après le passage de ces deux salauds à la morale dégueulasse ?

- Tu es sûre que tu veux... ?

- Oui, Ichigo. J'en suis sûre, dit-elle en lui caressant la joue.

Il ne dit rien. Sans rompre la connexion visuelle, il couvrit l'extrémité de son sein de sa bouche affamée. La beauté auburn se cambra en gémissant, ses ongles enfoncés dans son cuir chevelu. Le roux grogna sans cesser sa douce tâche. Il suça, palpa, lécha alternativement ses seins ô combien attirants avec leur goût si particulier. Sa langue tournoya autour de chaque mamelon et prit un malin plaisir à aspirer tendrement les tétons pour le simple plaisir de l'entendre geindre faiblement sous lui. L'un et l'autre gardaient en tête ne pas être seuls dans cette maison, se contenir était donc assez ardu. Le corps d'Orihime était secoué de soubresauts dans son souci de ne pas faire trop de bruit, poussant Ichigo à se moquer. Boudeuse, la princesse en profita pour inverser leur position. A califourchon sur lui, elle ignora son air surpris, colla sa poitrine contre son torse et l'embrassa passionnément. Ils gémirent à l'unisson dès la rencontre de ses seins mous avec son buste tonique. Emportée par cette passion, Orihime titilla également les tétons de son petit ami qui, ne s'y attendant pas, sursauta. Ses mains volèrent instantanément sur les fesses d'Orihime qu'il malaxa de manière lascive. Le souffle de celle-ci s'accéléra près de son oreille qu'elle grignotait sensuellement.

Guidé par un désir ardent, Ichigo glissa ses mains sous le kimono directement sur ses cuisses. Orihime repoussa tant bien que mal l'image de Grimmjow faisant de même dans la grotte. Elle y parvint grâce à Ichigo qui la caressa en amorçant lentement mais sûrement sa remontée vers son intimité humide. Aucun geste brusque. En agissant ainsi, Ichigo lui permettait de se préparer à cette nouvelle exploration avec ses doigts dans un premier temps. Le désir qui nouait le ventre d'Orihime coula plus bas, ce qui émoustilla ses sens. Tout en faisant un suçon à l'amour de sa vie, elle sentit son sexe palpiter à croire qu'un second cœur y était né, battant fort, implorant pour que ce besoin charnel soit enfin assouvi au point de ne presque plus se contrôler...

- Merde, Orihime ! siffla Ichigo entre ses dents serrées.

- Je suis désolée ! Je t'ai fait mal ?! s'affola-t-elle.

La mâchoire contractée, la respiration d'Ichigo était irrégulière comme s'il venait de courir. Chaque muscle de son corps n'aspirait qu'à faire l'amour à la femme dans ses bras, se noyer en elle, atteindre l'orgasme ultime. Cette envie s'exacerba dès qu'il s'approcha de son cœur inférieur chaud et mouillé qu'il effleura. Au contact de son doigt, sa princesse ne trouva rien de mieux que d'envoyer son genou contre son érection déjà douloureuse dans son pantalon trop serré.

Alors oui, elle lui avait fait mal, putain. Mais un putain de mal qui renfermait un désir presque incontrôlable. Il roula sur le côté pour la dominer à nouveau et surtout ne pas risquer un autre coup du genre. Positionné entre ses jambes fléchies, il l'embrassa avec frénésie en partie pour évacuer la douleur lancinante de son entrejambe. Cette dite douleur diminuée, il mouva expérimentalement son bassin vers l'avant ce qui provoqua un petit cri mutuel. Comme il était encore partiellement vêtu, la sensation était donc différente mais l'effet suffisamment intense pour vouloir recommencer. Le jeune homme s'accrocha fermement à la cuisse de sa partenaire qui elle-même tenait ses épaules, et répéta son mouvement, le visage chutant dans son cou un peu transpirant. A chaque va-et-vient, son envie d'Orihime le consumait. Chaque souffle asséchait ses lèvres qui avaient soif d'elle. Pourtant, Ichigo résistait à ses tripes qui lui hurlaient d'entrer en elle et l'aimer comme elle le méritait.

Ses bras l'enlaçant, Hime étouffait autant que possible ses gémissements en mordant l'épaule d'Ichigo. Privée de sous-vêtements, les coups de reins rapides de son roux étaient si bons qu'elle en perdait presque la tête. A chaque fois que son érection rencontrait le point le plus sensible de son intimité, l'impact envoyait une décharge de pur bonheur dans ses membres. Les grognements d'Ichigo vibraient en elle, sa prise sur sa cuisse s'accentuait, son cœur pompait à un rythme démentiel, l'extrémité de ses seins très sensible lui donnait l'envie gênante qu'il les suce à nouveau. A travers tout cela, Orihime se sentait comme attirée vers un précipice dont elle avait atteint le bord et ne voyait pas le fond. Lâcher prise promettait le plaisir à son paroxysme, elle le savait. Pour cela, Ichigo devait se déshabiller et se lier à elle de la manière la plus intime qui soit.

- I-Ichigo, chuchota-t-elle, essoufflée. Tu dois...

Il accéléra sa cadence déjà élevée en guise de réponse. Incapable de parler désormais, Orihime se concentra sur la chose qui enflait de plus en plus dans son bas-ventre et menaçait d'éclater sous peu. Deux coups de reins plus tard, le membre enflé d'Ichigo entra en collision avec le point exact relié à la chose en elle qui explosa. Le beauté auburn rejeta la tête en arrière sans pouvoir retenir un profond gémissement qu'Ichigo avala en couvrant sa bouche avec la sienne. Les jambes tremblantes, le corps momentanément affaibli, Orihime parvint à lui retourner son lent baiser destiné à la faire redescendre tendrement de son nuage. Le fils Kurosaki s'effondra sur le futon. Inoue se blottit tout de suite contre lui.

- Pourquoi tu n'as pas..., débuta-t-elle, les joues roses.

- Je n'ai pas voulu aller trop vite, dit-il franchement.

Il baisa la racine de ses cheveux.

- Je vais me laver.

- Je le devais aussi mais je n'en ai plus la force, bâilla-t-elle.

Il se releva en attrapant sa chemise au passage.

- Tu dors avec moi ? osa-t-elle en resserrant son kimono.

Ichigo n'avait pas prévu de passer la nuit ailleurs avec Grimmjow dans les parages. Inutile toutefois d'évoquer ce sac à merde dans un moment pareil.

- Je reviens dès que j'ai fini, promit-il.

Ravie, la belle s'enroula dans les couvertures.

- Je t'attends, je refuse de dormir tant que tu ne seras pas là, décida-t-elle, les paupières lourdes.

Persuadé qu'elle serait déjà au pays des rêves à son retour, Ichigo alla chercher des vêtements de rechange. Ce n'était pas si mal qu'Orihime tombe de sommeil parce qu'il n'était pas certain de résister à la tentation dans le cas contraire. Il ne regrettait évidemment pas son choix de ne pas faire l'amour à Orihime jusqu'au bout, sentant qu'elle avait encore besoin de temps, bien qu'elle lui ait assuré le contraire. Seulement, se repasser leur intense moment chauffé ne faisait qu'accentuer sa frustration.

En poussant la porte de la salle de bain, Ichigo veilla à bien s'enfermer. Dos au mur, il entreprit d'enfin libérer son membre de cette irritante prison de vêtements. A cet instant, il prit pleinement conscience que s'empêcher de jouir après avoir atteint un tel degré d'excitation était véritablement une putain de torture. Au moins, il n'aurait pas à se justifier auprès de la belle endormie sur la durée exceptionnellement longue de son bain glacé...

{…}

- Te voilà enfin.

- Veuillez m'excuser, Majesté, dit Shuhei en courbant brièvement l'échine. J'ai senti une présence dans le jardin Ouest d'où mon retard.

Tous se deux se tenaient sur les rives du Lac de la Mort, lieu où ils se retrouvaient régulièrement pour discuter loin des oreilles indiscrètes et s'échanger les messages de faucons. La lune en lame de faucille haute dans le ciel déversait sur les environs son halo argenté. Une nappe de brouillard s'étendait paresseusement, renforçant la sinistre légende entourant ce lac.

- Une présence ? répéta Eiji, appuyé sur sa canne. Probablement un garde qui faisait sa ronde.

- J'en doute, rejeta l'autre homme, la main crispée sur la garde de son sabre. J'ai aperçu une ombre qui a disparu lorsque je l'ai prise en chasse. Cette personne ne voulait de toute évidence pas être vue. Je suis venu vous donner ça avant d'aller poursuivre mon enquête. Quelque chose de mauvais se profile, je n'aime pas ça, acheva-t-il, les yeux plissés.

- Ton instinct te trompe rarement mais sois prudent, lui conseilla l'empereur en prenant le petit rouleau de papier qu'il lui tendait.

- Je serai discret. Quoi qu'il se trame, je mettrai ça en lumière.

- Je n'en doute pas. Eh bien, qu'attends-tu ? s'étonna-t-il en le voyant immobile.

- Je ne peux vous laisser seul avec un intrus dans les parages, répliqua le soldat en sondant les alentours.

- Je suis entouré d'hommes fidèles et courageux, nous nous trouvons dans l'endroit le plus sûr du Japon, minimisa le père de la princesse.

- Ce qui n'a pas empêché une intrusion suspecte, lui rappela Shuhei déterminé à percer ce mystère.

- Je suis l'empereur du pays. Je n'ai pas que des amis, je ne peux pas pour autant vivre dans la peur, murmura Eiji qui avait autre chose en tête.

- Mais Majesté...

- Ce sera tout, Hisagi, le coupa-t-il.

Ce dernier voulut protester, cependant il ne pouvait aller contre un ordre direct. Il s'inclina puis tourna les talons, sa haute silhouette avalée par le brouillard.

Eiji déroula le message et fut surpris d'en découvrir deux. Il lut le premier.

.

La colombe est en sécurité.

Le dragon est sous bonne garde. Il ne pourra plus cracher ses flammes sous peine de perdre ses écailles.

Le soleil a dissipé les ombres. Une nouvelle aventure va commencer !

.

Le vieil homme ne put s'empêcher de sourire. Neliel et ses messages codés... « Orihime est en sécurité. J'ai Grimmjow à l'œil, il ne pourra plus lui faire de mal sans amèrement le regretter. Son plan n'est plus un secret. Le retour est prévu bientôt ! ». Voilà comment interpréter ces lignes, cela soulagea Eiji au-delà des mots.

Tu vas bien et tu n'es pas seule, ma petite Orihime, pensa-t-il, son cœur allégé pour la première fois depuis longtemps. J'espère que tu as trouvé les réponses que tu cherchais, il me tarde de te revoir.

Sa reconnaissance envers Neliel était éternelle. Il se jura de la récompenser comme il se doit, conscient que voyager avec Grimmjow était un véritable calvaire pour elle. Il prit connaissance du second message.

.

Le cœur de la forêt au lever du soleil.

Venez seul.

.

C'est tout.

Eiji fronça les sourcils. L'écriture était différente de celle de Neliel alors comment ces messages avaient-ils pu arriver ensemble ? Cela avait-il un rapport avec l'intrus aperçut par Hisagi ? L'empereur observa le ciel, le soleil allait régner sur cette partie du monde dans peu de temps. Il devait en avoir le cœur net. Les doigts empoignant fermement sa canne, il prit sa décision. Eiji retourna au palais faire part à sa garde rapprochée de son désir de partir chasser, demanda qu'on scelle son cheval et que lui soient amenés son arc et ses flèches. Sur sa monture après quelques minutes, il ordonna à ses soldats de ne pas le suivre pour pouvoir s'adonner seul à son passe-temps. Il s'agissait là d'une simple excuse destinée à ne pas éveiller les soupçons.

La traversée de la forêt se fit dans un silence perturbé uniquement par les sabots de son noble étalon. La fraîcheur était plus intense ici, le brouillard épais. Indifférent à cela, Eiji se posait toujours mille et une questions. Qui se cachait derrière le message ? Pourquoi cette entrevue secrète ? Était-ce un piège ? Il distingua le plus vieil arbre de la forêt avec ses épaisses racines semblables à des tentacules en bois, son tronc large et solide sous ses branches hautes abandonnées par leurs feuilles. Le repère du cœur de cet endroit. L'empereur mit difficilement pied à terre, caressa l'encolure de son cheval et attendit en surveillant le périmètre. Le premier rayon du soleil qui se fraya un chemin à travers la cime des arbres fut le bienvenu. Il allait enfin réchauffer l'air et dissiper ce brouillard qui rendait l'atmosphère lugubre. Le cheval hennit faiblement.

- Vous êtes venu.

Le pauvre Eiji sursauta. Cette voix était l'une des dernières qu'il s'attendait à entendre.

- Ulquiorra ?

Emmitouflé dans un long manteau au col en fourrure, les mains dans ses poches, le désigné émergea de derrière l'arbre réputé millénaire. Aussi pâle et inexpressif qu'à l'accoutumée, ses cheveux noirs remuant faiblement au gré de ses mouvements, il s'approcha lentement d'Eiji qui était perplexe.

- Tu es l'auteur du message, conclut-il. Comment... ?

- J'ai tué le faucon, j'y ai joint mon message et vous l'ai envoyé.

- Est-ce ta présence que Hisagi a sentie ?

- J'ignore de quoi vous parlez, répliqua Ulquiorra, les yeux brièvement clos.

- Pourquoi avoir fait cela ? demanda l'empereur, ravi que Neliel ait écrit un message codé qu'il ne pouvait comprendre s'il l'avait lu.

- Pour vous voir.

Tout Ulquiorra, ça... Le minimum de mots dans une phrase. Eh bien au moins, il devrait aller droit au but. Son habituelle aura froide et tranquille émanait de lui, aucune nervosité ou quelque autre émotion en digne Ulquiorra qu'il était. Pas suffisant pour détendre Eiji néanmoins. Le dernier fils de son conseiller personnel était le plus dur à cerner de la fratrie. Ulquiorra était du genre à évoquer une banalité ou une catastrophe avec un visage aussi impassible que sa voix. Eiji se racla la gorge et décida de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

- Pourquoi désires-tu me voir dans un endroit isolé ?

Ulquiorra le fixa un long moment sans esquisser un geste.

- Vous êtes visé par un complot qui a pour but de précipiter votre mort, lui annonça-t-il sans ambages.

Le sang d'Eiji se glaça. Il se considérait comme un empereur bon et juste, cela n'empêchait pourtant pas certaines personnes de vouloir voir sa tête au bout d'une pique. En partie pour la puissance et l'autorité qu'il incarnait et aussi en raison du règne de terreur que son père avait instauré avant lui. Règne qui marquait sensiblement les esprits à différents niveaux. Le lien entre cette information brutale révélée par Ulquiorra et l'intrus dans le jardin résidait peut-être là. Plus grave encore, Eiji se disait que s'il était une cible, sa fille l'était aussi par extension en tant que future impératrice.

- Comment es-tu au courant de cela ? s'informa-t-il, la voix tremblante. Fais-tu partie de ce complot ou en as-tu entendu parler ?

- Je vous dévoilerai tout à une condition, précisa le jeune homme d'un ton monotone.

C'était bien trop grave, Eiji ne pouvait risquer la vie de sa fille déjà marquée par tant d'épreuves.

- Très bien, consentit-il.

Son cœur s'emballa sous l'effort qu'il devait faire pour contenir son inquiétude couplée à une peur grandissante pour Orihime. Il déplaça son poids sur ses jambes et régula sa respiration, les mains soudain moites sur sa canne.

- Je t'écoute. Que veux-tu en échange d'informations ?

Une lueur adoucit étrangement de regard émeraude d'Ulquiorra, première émotion visible chez lui depuis son arrivée.

- Que vous m'accordiez la main de la Princesse à la place de Grimmjow.

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Bonjour / Bonsoir à vous tous =) Un long moment que je n'ai rien posté et je m'en excuse. Je traverse des moments difficiles depuis quelques temps, je n'avais donc ni le temps ni l'envie de reprendre cette fiction. Cela ne veut pas dire que je comptais l'abandonner, je l'ai simplement mise de côté car elle ne faisait pas partie de mes priorités.

Récemment, l'envie de m'y remettre est revenue, ce qui m'a finalement aidée à penser à autre chose quand je m'y consacrais. J'espère donc que ce chapitre est à la hauteur de cette longue attente car, me concernant, il fait partie de ceux que j'ai le plus aimé écrire.

Je tiens à remercier Zz pour son adorable review. Disons que je vais un peu mieux, raison pour laquelle je suis de retour. Ma chère Angie, je n'ai pas oublié ta fiction que je vais finir de lire dès que je peux. Merci à mes lecteurs qui se reconnaîtront pour leurs reviews sur le chapitre précédent et merci à vous tous de continuer à me suivre en dépit de mes parutions aléatoires. Gros bisoux masqués, à bientôt avec le chapitre 10 qui ne sera finalement pas le dernier ! ;)