§ JE TE RETROUVERAI §

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Chapitre 10 : Pour le Coeur d'une Princesse

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Les bals étaient d'un ennui mortel. En dépit de cela, il avait été le premier de sa famille à s'y rendre. Non pas par plaisir, simplement pour comprendre... et qu'on lui fiche la paix sur son caractère qui l'incitait à s'isoler de tous. Il se souvenait encore de l'annonce de son père :

- Un bal aura lieu pour les 16 ans de la Princesse, avait-il dit en passant négligemment une main dans ses cheveux marron ondulés. Tâchez de profiter du moment pour une fois. Tu es également convié, Ulquiorra. Tu ne participes jamais aux festivités, fais donc un effort.

- Je ne comprends pas l'envie de se rassembler de la sorte, avait-il répliqué.

- C'est très simple pourtant. Le poste de conseiller personnel va m'être confié dans un avenir proche. Je tiens à avoir mes trois fils auprès de moi pour faire meilleure impression.

Suite à cette déclaration qui ne lui laissait clairement pas le choix, il s'était détourné de son père et de ses frères, sans un mot. Le jour venu, Stark et Grimmjow se préparaient encore quand il arriva à la salle de réception avec l'idée de vite en repartir pour se replonger dans ses livres. Debout dans un coin, loin de prendre part à l'ambiance festive, les mêmes pensées l'assaillirent.

Pourquoi tous ces gens s'étaient-ils habillés si élégamment pour venir boire, manger et danser ? Quels plaisirs en tiraient-ils ? Quel intérêt y avait-il même à s'amuser ? La nature humaine était si étrange, si complexe, qu'il avait le sentiment d'appartenir à une autre espèce. Pourquoi diable l'être humain aimait-il tant interagir avec ses semblables ? Lui, il les qualifiait tous de « bizarres ». Eux, ils le désignaient sous le terme de « pas normal », disaient que sa façon d'être se situait à l'écart du monde. Il n'en avait que faire de ces remarques peu flatteuses. Tant de choses lui échappaient comme les sentiments. Le plus compliqué et inutile de tous : l'amour.

Pas plus tard que la veille, il se promenait quand les cris d'une femme avaient attiré son attention. Son corps maigre servant de bouclier devant ses deux enfants, elle suppliait des hommes armés de les épargner. Intrigué par ce spectacle, il avait interrompu sa marche pour essayer de comprendre. Pourquoi cette femme sacrifiait-elle sa vie pour deux choses fragiles de toute manière condamnées à mourir ? Aimer pour finir par souffrir n'avait pas le moindre sens. Ce monde était régi par des lois instaurées par des hommes pour les Hommes, qui n'hésitaient pas à les transgresser jusqu'à s'octroyer le droit de vie ou de mort sur les autres.

Indifférent au crime commis sous ses yeux, il avait finalement poursuivi son chemin, croisant toujours les mêmes schémas aux sens insaisissables : des couples, des familles, des femmes enceintes, des amis... Pourquoi lier son existence à un seul être ? N'est-ce pas une preuve de faiblesse que de tout partager, dépendre de quelqu'un ? Le plaisir était-il indispensable pour créer une connexion profonde avec l'autre ? Pourquoi engendrer la vie ? Quel intérêt de donner naissance à un être destiné à disparaître sans laisser de traces dans cette réalité parfois cruelle ?

Lors de ce bal, toutes ces personnes qui s'amusaient, riaient et discutaient, flottaient autour de lui ne faisant que confirmer ses convictions.

C'est alors qu'il la vit pour la première fois.

Elle ébranla quelque chose en lui, chose qu'il était incapable de nommer. Il l'observa ce qui sembla des heures. Ses cheveux auburn décorés d'accessoires coulaient sur son dos, ses yeux gris pétillaient, un sourire éclatant ornait ses lèvres roses, son teint frais contrastait avec celui de nombreux éméchés tandis que son corps mince était mis en valeur par un somptueux kimono or. Sa simple présence illuminait la salle, éclipsant tout le reste et monopolisant son attention comme personne ni aucun roman auparavant.

La soirée se déroula dans son indifférence et il finit par la perdre de vue. A cet instant, son cœur s'emballa comme s'il revenait à la vie. Qu'était-ce donc ? Il ne saisissait pas ce qui lui arrivait mais il devait la retrouver. Il la chercha partout, à l'affût du moindre éclat de sa chevelure de feu. Elle était là, dans le jardin Sud, assise sur un banc en pierre. Il s'approcha, indécis. Elle se tourna vers lui. D'abord surprise, son expression changea en le reconnaissant.

- Ulquiorra kun, c'est ça ? J'ai tout fait pour échapper aux gardes, je ne pensais pas être retrouvée par un invité.

Des larmes sur les joues, un sourire aux lèvres. Était-elle triste ou heureuse ? Et puis comment le connaissait-elle ?

- Nous ne nous sommes jamais parlés mais je vous ai aperçu quelques rares fois au palais. Vous êtes l'un des fils d'Aizen sama, n'est-ce pas ?

Il s'inclina en signe de respect.

- Pourquoi pleurez-vous, Princesse ?

- Oh, je ne suis pas certaine de le savoir, dit-elle en séchant ses traînées salées. Une pression trop forte, peut-être.

- Un bal n'est-il pas censé rendre heureux ? demanda-t-il de sa voix plate.

- Pas si le cœur n'y est pas. Faire semblant est aussi épuisant que douloureux, renifla-t-elle.

Il ne dit rien. Le cœur. Cet organe qui maintenait en vie, voilà à quoi il se résumait pour lui. Le fait qu'il renferme les émotions et les sentiments lui paraissait si abstrait. Aucune définition de livre n'était assez limpide pour lui en donner une idée précise. Il s'assit à ses côtés.

- Pourquoi vous forcer à sourire si vous n'en éprouvez pas l'envie ? s'informa-t-il, sincèrement curieux.

Ses yeux gris s'arrondirent, il ne saurait en dire la raison. Ce dont il fut certain, c'est que d'autres larmes se déversèrent en grande quantité sur son visage dont le sourire avait soudain disparu.

- Parce que je suis la future impératrice. Parfois, j'aimerais juste être Orihime et mener une vie tellement différente ! Fermière, exploratrice ou encore médecin pour venir en aide aux autres, seulement c'est impossible ! Je dois obéir et succéder à mes parents sans le moindre faux pas ! Je les aime, je ne veux pas les décevoir. Mais il y a des jours plus difficiles que d'autres où mes efforts ne suffisent pas.

Sans prévenir, elle pleura sur son épaule. Lui, n'avait pas esquissé un geste ne sachant comment réagir.

- N'est-il pas normal de vouloir vivre pour soi et non pour les autres ? fit-il, très intrigué.

- Je fais simplement ce que me dicte mon cœur.

Il haussa légèrement les sourcils.

- Votre cœur... ?

- Uhum. Le peuple compte sur moi, je ne peux l'abandonner en me comportant égoïstement, souffla-t-elle sur sa veste. Si je veux atteindre le cœur de mes futurs sujets, je dois commencer par écouter le mien, faire ce qui est juste même si c'est douloureux. Je crois que c'est ainsi que les liens de confiance, d'amour et de respect se crées. Mon cœur bat pour cela. N'êtes-vous point d'accord ? termina-t-elle alors qu'il tentait d'assimiler ses paroles.

- Orihime chan ?

- C'est Père, je dois y aller ! réagit-elle en se redressant. Pardon de vous avoir ennuyé, Ulquiorra kun. Je vous serais reconnaissante de ne pas ébruiter mon attitude déplacée envers vous, s'excusa-t-elle en extirpant un mouchoir de sa manche pour se tapoter les yeux. C'est très gentil de m'avoir écoutée et... merci.

Encore un sourire. Était-il vrai ou faux celui-ci ? Difficile à dire. Elle s'éloigna, il la suivit de ses grands yeux verts jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la nuit. Il resta immobile, s'efforçant de donner un sens à leur échange. C'est alors que le vent souffla quelque chose dans sa direction : son mouchoir brodé en tissu. Il se leva pour le ramasser puis le fixa d'un œil vide, profondément troublé par ce qu'il venait de se passer. Il le fourra finalement dans sa poche et rentra chez lui.

A cet instant, Ulquiorra ignorait que sous les ordres de son père adoptif, il accepterait de se fiancer à trois femmes qu'il n'épouserait jamais. Il ignorait que dans chaque femme, il chercherait un peu de la Princesse, en vain. Il ignorait que ce qu'il voulait réellement, c'était le cœur de la future impératrice. Ce cœur qui l'avait fait vaciller, ce cœur capable d'endurer sans se plaindre, d'aimer sans rien attendre en retour. Ce cœur qui avait redonné vie au sien si froid et desséché, réchauffé à son contact. Ce cœur... qui l'avait atteint.

En retournant à ses romans en quête de réponses, Ulquiorra ne savait pas davantage qu'il lui faudrait trois longues années pour enfin comprendre que l'Amour, sentiment dépourvu de sens, avait fini par lui attraper le cœur.

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Eiji douta de son audition.

- Que je t'accorde... ? murmura-t-il, la voix sans timbre.

Non, il avait forcément mal entendu.

- D'abord Grimmjow, maintenant toi... Dois-je m'attendre à la même demande de la part de ton frère aîné ?

- Stark ne s'intéresse pas à la Princesse, répondit Ulquiorra de sa voix calme.

- Et toi si, peut-être ? grogna l'empereur avec colère. Ma fille n'est pas un trophée, j'ai clairement dit à Sosuke être contre ce mariage sans amour avec Grimmjow. Je lui répéterai donc ce que j'ai décidé à savoir que je refuse d'emprisonner Orihime dans un mariage dépourvu de sentiments ! Que ce soit avec toi, Grimmjow ou n'importe qui d'autre ! Elle mérite mieux et... !

Pris d'une violente quinte de toux, il sortit un mouchoir pour le plaquer sur sa bouche. Ulquiorra ne remua pas un muscle, se contentant de le fixer en conservant les mains dans les poches de son manteau. Lorsque Eiji retrouva son souffle, il vit quelques gouttes de sang sur le carré de tissu avec lequel il s'essuya les lèvres, avant de s'éponger le front avec sa manche. Rares étaient les fois où il perdait ainsi son sang-froid.

- Mon père ignore ma démarche, prononça enfin Ulquiorra.

- Vraiment ? Ce n'est pas lui qui t'envoie me demander de te marier à ma fille ? Alors pourquoi me soumets-tu une telle requête ?

La lueur présente dans les yeux d'Ulquiorra fit son retour et s'intensifia. L'émotion qu'elle traduisait teinta fugacement son visage pâle. Eiji en resta bouche bée.

- Tu aimes ma fille, articula-t-il lentement.

Une brise venue de nulle part agita leurs cheveux et le col de fourrure du jeune homme. Le brouillard se dissipait lentement tandis que les rayons du soleil se faufilaient agilement entre les branches, abandonnées par leurs feuilles, jusqu'à déverser sur eux son flot de lumière jaunâtre.

- Je ne porte pas de jugement, reprit le père de la princesse encore sous le choc, mais tu ne t'intéresses pas aux gens qui t'entourent. Chaque conversation semble t'ennuyer et tu ne dévoiles jamais tes pensées.

- Acceptez-vous le marché ? l'ignora Ulquiorra, légèrement tendu.

- Tu vas donc éluder le sujet ? Me crois-tu capable de te laisser épouser ma fille sans connaître tes intentions envers elle ?

- Ce que j'éprouve ne vous suffit-il pas ?

- Pas si j'ignore tes motivations et tu n'as rien confirmé, rétorqua Eiji. C'est peut-être ma place que tu convoites ?

- Je n'ai que faire du trône, trancha Ulquiorra.

- Je regrette, c'est insuffisant, ne transigea pas le vieil homme. Tu vas devoir te montrer plus expansif.

L'autre soupira et s'avança d'un pas.

- Vous allez devoir vous en contenter si vous voulez la sauver, Majesté, dit-il.

Son intonation fit frissonner Eiji. Un frisson de peur.

- Que risque Orihime dans ce complot ?

- Vous le savez parfaitement.

La gorge de l'empereur se noua. Plus de doute : la vie de sa fille adorée était bel et bien en danger, et la protéger n'avait pas de prix. Toutefois, pour Eiji, l'enfermer dans un mariage sans amour était paradoxalement cher payé et contre ses valeurs. En faisant ce choix, il avait pleinement conscience de priver Orihime de la liberté d'aimer l'homme que son cœur aurait choisi. En d'autres termes, il lui enlevait son rêve de vivre une existence heureuse auprès de celui qui l'attendait quelque part, un homme qui pourrait l'aider à surmonter son enfance malheureuse. Ses prochains mots se formant difficilement dans sa gorge, Eiji serra les poings et pria les kamis pour qu'Orihime lui pardonne.

- J'accepte votre mariage, tu as ma parole, céda-t-il, le cœur compressé. A présent, dis-moi ce que tu sais.

Ulquiorra ferma brièvement les yeux, rien dans son apparence ne laissait deviner sa satisfaction. La Princesse lui appartenait et ce serait bientôt officiel. Il pourrait enfin essayer de comprendre sa personne, son cœur qui l'avait fait vibrer et troublé sa personnalité à part. L'occasion lui était donnée de l'aimer, même s'il ignorait comment exprimer ce sentiment inconnu et effrayant selon lui.

- La Princesse est au cœur d'un plan mortel orchestré dans l'ombre depuis des années et vous-même n'êtes qu'une marionnette, annonça-t-il. Votre mort entraînera celle de nombreux autres.

L'empereur se décomposa.

- Ma fille est une âme pure et douce qui fait toujours passer les autres avant son propre bien. Qui pourrait lui en vouloir au point de commettre un crime et y mêler de pauvres innocents ?!

- N'avez-vous pas entendu que vous êtes utilisé comme un simple pantin ?

- Ne comprends-tu donc pas qu'un parent songe toujours à son enfant ? Je n'ai que faire de ce qui peut m'arriver tant qu'Orihime est en sécurité ! renforça Eiji.

- Je vois..., marmonna simplement le fils de Sosuke, son attention attirée par un oiseau sur une branche.

- Continue, tu dois partager toutes les informations que tu détiens ! exigea le vieil homme. Nous devons agir vite pour éviter cette horrible fin à Orihime et aux autres personnes impliquées !

Ulquiorra reposa sur lui ses grands yeux verts teintés par le fantôme de la compassion.

- Les jours de votre fille sont comptés, il nous reste peu de temps si nous voulons la sauver.

- « Nous » ? Tu veux dire toi et moi ? s'étonna l'empereur. Tu l'aimes donc au point de donner ta vie ?

Cette question désarçonna momentanément Ulquiorra.

- Je ne désire pas sa mort et il me faut comprendre.

- Comprendre quoi ?

- Son cœur.

Cette réponse énigmatique troubla Eiji qui avait plus urgent à penser.

- Qui tire les ficelles ?! redemanda-t-il.

- Vous n'en avez réellement aucune idée ? répliqua Ulquiorra, impassible.

- Je..., bredouilla le père de la belle qui essayait de digérer ce peu d'informations. Pourquoi mettre au point un tel plan ?!

- Vous écarter tous les deux pour prendre les commandes du pays et le faire basculer dans une...

Quelque chose siffla à l'oreille d'Eiji. Les deux hommes regardèrent instinctivement autour d'eux tandis que le cheval s'agitait nerveusement. De par son expérience, Eiji comprit immédiatement de quoi il en retournait.

- C'est une embuscade, allons-nous-en ! hurla-t-il en se précipitant sur Ulquiorra pour le protéger.

D'autres flèches furent tirées, les manquant de peu. Effrayé, l'étalon s'enfuit.

- Dépêche-toi mon garçon, il faut s'en aller et trouver... !

Le reste de la phrase d'Eiji mourut dans sa gorge. Sous ses yeux horrifiés se tenait Ulquiorra, choqué, une flèche plantée dans le flan gauche.

- Ulquiorra !

Un filet de sang coula sur son menton puis il s'effondra, la respiration saccadée. Immobile, Eiji fut touché à l'épaule ainsi qu'à la jambe. La douleur le réveilla. Sans réfléchir, il saisit l'un des bras d'Ulquiorra et tenta de le tirer à l'abri. Les flèches cessèrent de fendre l'air.

- Accroche-toi, tu dois me dire tout ce que tu sais !

Hélas, le pauvre homme était blessé et âgé. La force qui était sienne autrefois n'existait plus et sa santé demeurait fragile en plus du reste. Par conséquent, il progressait lentement. Une faiblesse qui décida sans doute l'un de leurs agresseurs à s'exposer armé d'un arc.

- Kaname ?! s'exclama Eiji, estomaqué. Mais enfin que signifie tout ceci ?! Je t'ordonne de baisser ton arme !

Son garde haut gradé les prit pour cible, prêt à décocher.

- La justice, votre Majesté. Ulquiorra avait juré de se taire, il doit donc payer le prix de sa trahison.

- Que dis-tu ?! s'écria l'empereur, révolté. Ce garçon n'a même pas vingt ans, il ne mérite pas de mourir ! Encore moins pour avoir voulu protéger ma fille et le pays !

Il se positionna devant Ulquiorra comme bouclier.

- T-Tousen, articula difficilement ce dernier. Comment... as-tu... osé ?!

- Je te renvoie la question, le contra froidement l'interrogé. Tu as manqué à ta parole, j'ai toujours su qu'il fallait se méfier de toi.

- La Princesse... est... innocente, rétorqua Ulquiorra.

- Garde tes forces jusqu'à ce que tu vois le médecin, lui conseilla l'empereur.

- Toute trahison engendre une sentence juste, déclara Kaname, inébranlable. Votre mort pour le bien du pays.

- Le bien du pays ? Tu le trahis honteusement !

- Je suis navré, Majesté, mais je sais que les Kamis sacrés me pardonneront ce geste, murmura Tousen comme une prière, arc tendu. Vous en savez déjà trop. Adieu.

Eiji n'eut pas le temps de prononcer un mot qu'il fut projeté à terre et roula sur lui-même avec un lourd poids sur lui. Il crut entendre son traître de garde crier de douleur pendant que ce même poids le remettait de force sur ses pieds.

- Hisagi ?! s'étrangla-t-il, très secoué. Mais que... ?

- Il faut partir d'ici et vite ! le coupa son fidèle soldat, légèrement blessé.

Il s'était jeté sur Eiji pour le sauver d'une mort certaine. Il ne s'attarda pas sur les lieux et entraîna l'empereur de force dans son sillage.

- Je vous ai suivi jusqu'à l'orée de la forêt, l'éclaira Shuhei, son sabre en main, l'œil partout. Ne vous voyant pas en ressortir, je suis parti à votre recherche. Comment allez-vous ? Il vous faut un médecin.

- Je survivrai. Est-ce toi qui as neutralisé les deux hommes cachés dans les buissons ? questionna-t-il, peinant à suivre la cadence car il boitait.

- Les traîtres armés de flèches, dire que je les ai formés moi-même, siffla Hisagi, culpabilisant de n'avoir rien vu. Le pire de tout reste la trahison de Tousen !

- Tu n'as pas à t'en vouloir, je n'ai moi-même... Attends, et Ulquiorra ?! réalisa Eiji. Nous devons l'emmener avec nous !

- Nous ne pouvons pas prendre ce risque !

Ils débouchèrent sur un cours d'eau où le cheval de Shuhei les attendait.

- Je ne peux pas le laisser ! Nous devons l'emmener avec nous ! persista Eiji sur le point de faire demi-tour.

Son soldat le retint par l'épaule.

- Nous ne savons pas combien d'ennemis se cachent dans cette forêt ! Je suis désolé, votre Majesté, mais si nous y retournons, nous n'en reviendrons pas !

Eiji serra les dents. En laissant Ulquiorra, il abandonnait son unique chance de connaître les détails du complot. A l'inverse, en revenant sur ses pas pour en apprendre davantage, il risquait sa vie. Opter pour ce dernier choix pouvait aboutir à l'impossibilité de sauver Orihime du sort qui lui était réservé. Shuhei, de son côté, monta en selle avant de lui tendre la main. Déchiré, Eiji décida de quitter cette maudite forêt. Le cheval galopa à vive allure en direction du palais où nombre de choses devaient encore se jouer.

Pendant ce temps, Tousen Kaname, touché au bras par Hisagi, n'avait pas essayé de les suivre. Une dague en main, il marchait vers Ulquiorra avec une assurance qui contrastait avec l'étrange tristesse qui émanait de lui.

- Repose en paix.

- Je te souhaite la même chose, intervint une voix familière derrière lui.

Un sabre ensanglanté à travers la poitrine, Kaname tomba, mort avant d'avoir touché le sol terreux. La personne qui lui avait ôté la vie domina Ulquiorra de toute sa hauteur. Son teint encore plus pâle en raison du sang s'échappant de son corps, celui-ci peinait toujours à respirer et luttait pour rester conscient. Sa lutte devint encore plus difficile lorsqu'il tenta de parler en stabilisant autant que possible ses orbes émeraudes sur...

- Père… p-pourquoi ?

- J'avais tellement confiance en toi, mon fils, déclara Aizen, déçu. De vous trois, je pensais que Grimmjow était celui qui me causerait le plus de problèmes. J'avais de toute évidence tort.

Son fils le regarda sans rien dire, la gravité de sa blessure ne lui permettant plus de répliquer.

- J'étais loin d'imaginer que l'amour s'emparerait de toi au point de me trahir, poursuivit Sosuke en le voyant serrer un mouchoir brodé.

Ulquiorra cessa tout mouvement, ses paupières se fermèrent en même temps que sa tête basculait sur le côté. Son père le fixa plusieurs secondes sans rien laisser paraître.

- Bien. Que vais-je faire de toi ?

{…}

Le soleil baignait Karakura de ses rayons plutôt tièdes. Comme prévu, les « invités » d'une certaine boutique louche s'étaient tous levés aux aurores.

Dans la chambre qu'elle avait occupée durant le séjour chez Urahara, Orihime, déjà lavée et habillée, terminait son sac. La sensation était très étrange. Lors de son départ du palais il y a plusieurs mois, elle avait pour mission de chercher des réponses puis son frère. A présent qu'elle l'avait retrouvé, elle retournait chez elle sans savoir ce qui l'attendait. Enfin si, son père, certes, mais quoi d'autre ? Que lui réservaient sa mère, Aizen, Stark et Ulquiorra ?

Stark possédait une intelligence qui le rendait particulièrement redoutable dans l'élaboration de stratégies. Nul doute qu'il jouait un rôle important dans le plan. Grimmjow, lui, n'était plus à présenter. Quant à Ulquiorra, comme tout le monde, la princesse l'avait toujours trouvé différent, voire à part, mais certainement pas violent. Pour autant, sa nature difficile à cerner le plaçait, aux yeux d'Orihime, dans la position de celui dont il fallait le plus se méfier. Elle n'était pas du genre à juger autrui, difficile toutefois de se sentir rassurée lorsqu'une personne dont les pensées sont impossibles à sonder en a après soi.

- Orihime ?

Elle pivota.

- Sora nii ? C'est Ichigo ? Il s'est encore battu avec Grimmjow ?

- Non mais il l'a à l'œil le temps que Kisuke et Yoruichi mettent leurs affaires en ordre, l'informa son frère en pénétrant dans la pièce.

- Le voyage s'annonce mouvementé, soupira la beauté auburn en fermant son sac.

- As-tu un instant à m'accorder ? demanda Sora, l'air grave.

La jeune femme se redressa pour lui accorder toute son attention.

- Ça semble très sérieux, appréhenda-t-elle.

- A toi de me le confirmer.

Sa sœur fronça ses sourcils.

- Je ne comprends pas.

Sora se gratta la nuque, mal à l'aise.

- Hier soir, je me suis interrogé sur l'ambiance presque mortelle, commença-t-il en choisissant bien ses mots. Je me doute que le rôle de Grimmjow dans le plan était en partie la raison mais...

Il hésita, lui prit doucement les mains et plongea dans ses yeux gris expressifs.

- La réaction de Kurosaki, la colère de Yoruichi, les commentaires déplacés de Grimmjow, toi qui avais du mal à soutenir son regard... Il t'a fait quelque chose, n'est-ce pas ?

Orihime baissa la tête. Très inquiet, son frère lui redressa le menton avec l'index.

- Petite sœur, il t'a fait du mal ?

Les lèvres tremblantes, celle-ci s'entoura de ses bras comme pour se protéger.

- Grimmjow t'a touchée, en déduit Sora dans un murmure.

- Oui, confirma-t-elle, les prunelles embuées. S'il te plaît, ne va pas le voir. J'ai déjà du mal à gérer Ichigo.

- Orihime, Grimmjow est un prédateur pervers, répliqua-t-il avec dégoût. On apprend encore à se connaître toi et moi, mais tu n'en restes pas moins ma sœur. Rien que d'imaginer ce que tu as dû subir...

- Je sais que c'est beaucoup te demander. Seulement, je ne peux laisser Grimmjow m'atteindre davantage et perturber mon entourage qui a mieux à faire que de se soucier de lui, renifla-t-elle. Aujourd'hui, mon objectif est de sauver le pays d'une guerre. Pour cela, je dois rester en vie et pouvoir compter sur vous tous autour de moi.

Impressionné, Sora l'observa un moment sans mot dire. Puis, spontanément, la serra dans ses bras.

- Tu es courageuse, plus que moi à ton âge.

- Je ne crois pas que ce soit du courage, répondit la princesse en lui rendant son étreinte. Ça me semble surtout la meilleure attitude à adopter si je veux avancer.

- Je respecterai ton choix, lui promit Sora. La dérouillée que Kurosaki lui a donnée me console un peu, même si je suis contre la violence en temps normal.

- Je te remercie, sourit-elle, soulagée.

- Toutefois, ça ne veut pas dire que je vais faire ami-ami avec Grimmjow, la prévint-il. Je vais tolérer sa présence tant qu'il reste à sa place.

- Comme je l'ai dit à Ichigo, je vais m'en contenter, s'amusa Hime.

- Vous parlez de moi ?

Le frère et la sœur se séparèrent pour justement voir Ichigo dans l'embrasure.

- Je disais juste à Sora nii combien je suis chanceuse de vous avoir tous les deux à mes côtés, affirma Orihime, ce qui n'était pas faux.

Le roux les rejoignit.

- Ouais, je ne te l'ai pas dit, mais c'est sympa de ta part de nous suivre pour contrer les tordus, déclara-t-il à l'adresse de Sora.

- J'ai encore du mal à digérer toutes ces histoires, j'ignore même si j'y parviendrai un jour. En tout cas, je ne suis pas du genre à laisser une personne mourir si je peux lui venir en aide. Encore moins si cette personne est ma sœur, termina Sora en échangeant un regard complice avec la concernée.

- Tu voulais me dire quelque chose, Ichigo ? s'informa Orihime.

- On est prêts à partir, Urahara san m'envoie vous chercher.

- Oh. Eh bien, allons-y.

Ichigo ramassa son sac pendant que Sora allait prendre le sien dans le couloir. Tous trois retrouvèrent Kisuke appuyé sur une étrange canne, Neliel, Yoruichi et Grimmjow devant la boutique. Tessai apparut peu après, un énorme sac de voyage sur le dos. Il verrouilla la maison avant de rejoindre les autres dont les visages portaient les signes d'une nuit trop courte.

- Tout le monde est prêt ~ ?

- On part pas faire un voyage détente alors arrête de sourire comme un débile ! s'agaça Grimmjow.

- Je me suis dit qu'apporter de la bonne humeur rendrait notre route plus agréable, se défendit Kisuke.

- Ouais, ben, abstiens-toi, ordonna-t-il, les mains au fond de ses poches.

- Ta présence va pimenter le trajet à n'en pas douter, dit le vendeur derrière son éventail. Bien, nous allons faire deux groupes pour attirer l'attention le moins possible, leur annonça-t-il.

- Je veux être dans le groupe d'Orihime chan ! préféra Neliel.

- Tu crois être la seule ? lança Grimmjow avec un sourire qui en disait long.

- Tu insinues quoi, enfoiré ? tonna Ichigo. Approche-toi d'Orihime et tu crèves sur place !

- C'est ce qu'on verra si tu te dégonfles pas avant notre combat.

- Je vois pas qui se débinerait face à une merde comme toi !

- Répète ?!

- T'es sourd en plus d'être con ? Ou les raclées que je t'ai collées ont endommagé tes pauvres petites oreilles ?

- Ichigo ! le réprimanda la princesse.

- C'est lui qui me cherche depuis le début !

- Il n'a pas tort, Orihime.

- Sora nii ?

- Grimmjow est un fauteur de troubles, s'expliqua-t-il en fixant l'intéressé. Le voyage n'a pas commencé et vois déjà l'ambiance.

- Si t'étais moins coincé du cul, tu pourrais peut-être y participer, rétorqua Grimmjow.

- Si tu étais plus malin, tu t'apercevrais que ta manière de réclamer ce combat contre Kurosaki n'est pas différente d'un enfant qui fait un caprice pour un jouet. Tu es pathétique, Grimmjow, lança sèchement Sora.

L'insulté s'avança de deux pas, le visage aussi fermé que ses poings tremblants. Orihime pressa instinctivement le bras de son frère.

- Prends pas ton rôle trop au sérieux, siffla Grimmjow à l'adresse de Sora. Reste à ta place de raté, sinon c'est entre quatre planches que tu franchiras les grilles du palais.

- C'est une menace ? s'assura-t-il, pas impressionné.

- Une promesse.

- Tu n'es pas la première brute que je croise. Ta vie doit être bien triste pour que tu ramènes tout à la bagarre. Tu me fais presque pitié.

- En attendant, c'est pas moi qui a pour mère une vieille qui écarte facilement les cuisses et n'hésite pas à jeter son propre gosse comme un déchet. C'est bien ce qu'elle a fait avec toi ? le provoqua Grimmjow avec un sourire mauvais.

Sora blêmit. Voyant cela, Neliel s'interposa entre eux, son regard clair vrillant Grimmjow.

- Je t'interdis de lui parler comme ça ! s'énerva-t-elle. Sora a raison, tu n'attires que des ennuis et ton comportement est aussi immature que ridicule ! Si quelqu'un devrait rester à sa place, c'est bien toi !

- J'avais bien dit qu'il ne fallait pas l'inclure dans le voyage, s'exaspéra Ichigo. Ce type n'est doué que pour foutre sa merde, pas moyen de faire le trajet avec lui !

- Tu crois peut-être que ça m'enchante de traverser le pays avec une bande de larves comme vous ?! vociféra Grimmjow.

Fatiguée par cette tension de si bon matin, Orihime dut retenir son petit ami pour l'empêcher de se jeter sur Grimmjow, encore...

- En tout cas, c'est pas nous qui retardons le départ depuis tout à l'heure ! Alors ferme ta gueule qu'on progresse un peu !

- Très drôle venant d'une grande gueule comme la tienne, Kurosaki, le nargua Grimmjow. Tu essayes peut-être de compenser avec ton caractère ce qui te fait défaut ailleurs ?

- Quoi ?!

- Tu sais très bien à quoi je fais allusion, ajouta-t-il en jetant un œil à Orihime.

- Je crois qu'il est grand temps d'intervenir, marmonna Kisuke en voyant Ichigo sur le point de perdre le contrôle.

Excédée, Yoruichi décida de prendre les choses en main.

- Ça suffit ! Pendant que vous vous chamaillez comme des gamins, une guerre se prépare !

Plus personne ne prononça un mot. Les bras croisés, elle expira fortement, le sourcil agité d'un tic nerveux.

- Nous allons nous séparer en deux groupes et personne n'a son avis à donner, trancha-t-elle en dardant sur chacun d'eux son regard perçant. Dans le premier : Grimmjow, Kisuke, Tessai et moi-même. Le second groupe se composera de Sora, Ichigo, Neliel et Orihime. C'est bien clair, j'espère ?

Son intervention semblait avoir figé l'air.

- Très clair, Yoruichi san, confirmèrent Neliel et Orihime en hochant la tête.

Sora et Ichigo grommelèrent quelque chose d'incompréhensible. Grimmjow, lui, garda étrangement le silence.

- Nous allons faire un bout de chemin ensemble avant de nous séparer à la sortie de Karakura, déclara le vendeur en arrangeant son bob. Nous nous retrouverons demain dans la ville de Hamamatsu où nous prendrons un bateau vers notre prochaine destination. Je vous rappelle que le but de ce voyage est de nous rendre au palais impérial en nous fondant dans la masse, ajouta-t-il en attardant ses iris sur Grimmjow. La moindre erreur peut réduire notre plan à néant, je compte donc sur votre... discrétion. Des questions ?

- Oui. C'est quoi le plan ?

- Question très pertinente, Kurosaki san. Je vous l'expliquerai en temps voulu.

- T'es sérieux ?! s'étouffa presque le roux. On se lance dans ce voyage à l'aveugle ?

- Ça ne fait guère de différence pour toi.

- C'est censé vouloir dire quoi ça ?!

- Je dois encore peaufiner quelques détails, précisa évasivement Kisuke. D'autres remarques ou suggestions ?

- Si tu me casses les couilles durant ce voyage à la con, je jure de te fracasser la gueule, cracha Grimmjow, dégoûté par la répartition.

Tessai grogna fortement.

- Je ne tolérai pas une telle menace envers mon Patron ! rugit-il, ses yeux lançant des éclairs derrière ses lunettes.

- Tu veux que je t'éclate toi aussi ? s'impatienta Grimmjow.

- Quel grossier individu tu es et le mot est faible ! s'offusqua le grand homme.

- Allons, allons, du calme ! tempéra Kisuke. Je prends note de ta remarque, Grimmjow, fit-il avec légèreté comme si ce dernier lui promettait un gros câlin. A présent, en route ~ !

Il aligna un pied devant l'autre, apparemment ravi d'entamer ce voyage à l'issue incertaine. Peut-être en raison de cet enthousiasme discutable, la tension diminua enfin et le groupe lui emboîta le pas. Orihime se plaça à côté d'Ichigo dans la main duquel elle osa glisser la sienne. Après ce qu'il s'était passé entre eux cette nuit, elle se sentait encore plus proche de lui. Elle devait toutefois reconnaître éprouver de la gêne en passant en revue ce tendre moment intime...

- Je suis contente qu'on soit dans le même groupe, Ichigo et Orihime chan ! s'exclama soudain Neliel.

Elle se plaça d'un bond entre le couple, un bras autour de leurs épaules. L'estomac d'Orihime se noua.

- Ouais, c'est super, Nel, répondit le fils Kurosaki avec un petit sourire. On va enfin pouvoir discuter un peu.

- Oui ! Ce voyage n'a pas un objectif rassurant, mais c'est une chance non négligeable de le faire entourés de personnes de confiance.

- Il faut juste exclure Grimmjow de cette catégorie.

- Je t'emmerde, Kurosaki, l'insulta celui-ci qui fermait la marche.

Sora progressait devant avec Urahara, Yoruichi et Tessai. Orihime préféra aller le rejoindre. C'était sans compter sur Grimmjow qui s'approcha discrètement d'elle pendant que Neliel parlait avec animation accrochée au bras d'Ichigo.

- Le courant passe plutôt bien entre ton mec et Neliel, hein ? A croire que tu n'existes plus, lui dit-il méchamment.

Les larmes aux yeux, Orihime l'ignora et se dépêcha de rejoindre son frère. Placée entre lui et Yoruichi, son cœur se serra en constatant qu'Ichigo n'avait même pas remarqué qu'elle s'était éloignée.

L'étrange groupe traversa Karakura dans une atmosphère mitigée jusqu'à la sortie de la ville. De là, perché sur ses éternels getas, Urahara donna ses dernières recommandations.

- C'est ici que nous nous séparons avant de nous retrouver pour poursuivre l'aventure ! amorça-t-il à croire qu'un séjour de rêve les attendait. Mon groupe prend cette direction, celui de Sora celle-ci, pointa-t-il. Nous arriverons avant vous mais pas de panique ~ ! Nous vous attendrons demain sur le quai Morayachi où nous monterons à bord d'un bateau.

- Vous nous attendrez ? répéta Ichigo, les sourcils très froncés. Ça veut dire que notre trajet est plus long que le vôtre !

- La marche forge la jeunesse, tu ignores donc cela ? répliqua l'homme blond derrière son éventail.

- Des conneries !

- Ne t'es-tu jamais demandé comment je fais pour paraître plus jeune que mon âge ?

- Non. Encore moins avec ta canne qui te donne l'air d'un vieux.

- Sais-tu que la marche peut avoir des effets bénéfiques chez les hommes agités qui ont du mal à dormir même après disons... un bain glacé ? l'ignora-t-il.

Le fils Kurosaki s'avança pour l'étriper. Sora le retint machinalement par le coude.

- Un conseil : ne rentre pas dans ses provocations qu'elles soient subtiles ou non, lui chuchota-t-il.

Ichigo grogna mais opta pour suivre (difficilement) le conseil.

- Bonne route, à demain sur le quai ! lança Neliel.

- Soyez prudents, murmura Yoruichi en observant notamment Orihime.

- Vous aussi même si c'est surtout de courage dont vous aurez besoin pour supporter ce connard, répondit Ichigo, son regard noir sur Grimmjow.

- J'y peux rien si t'as toujours pas digéré que j'ai tâté le terrain, répondit nonchalamment le concerné.

- Vas-tu cesser avec ce genre de commentaire répugnant ! se hérissa Sora, prêt à en découdre. Il n'y a vraiment pas de quoi être fier !

- Sora nii ! le supplia Orihime en le tirant près d'elle. Laisse tomber, ça n'en vaut pas la peine !

Grimmjow éclata de rire.

- Le petit ami jaloux et le grand frère protecteur, on aura tout vu ! Dommage qu'ils n'étaient pas présents dans la grotte, hein, Princesse ?!

Le roux vit rouge.

- Non, Ichigo ! l'implora la princesse. Il vous provoque et tu le sais !

- Tu es vraiment abject, Grimmjow, lui envoya Yoruichi d'un ton acide. Quand cette histoire sera finie, tu auras de sacrés comptes à rendre et je te garantis qu'il ne restera plus grand-chose de toi.

Il sourit de toutes ses dents.

- J'ai hâte alors.

Les nerfs à vif également, Neliel intervint en attrapant Ichigo et Sora chacun par un bras pour les faire pivoter dans la bonne direction et ainsi éviter une bagarre.

- Les garçons, vous valez mieux que ça, les raisonna-t-elle. Alors s'il vous plaît, ne lui accordez pas autant d'importance, c'est exactement ce qu'il cherche ! Allons-y.

C'est ainsi qu'ils se séparèrent en deux groupes distincts. Nel prit toutefois Grimmjow à part, son joli visage figé dans une expression dure.

- Quoi encore ? perdit-il patience. Tu me les brises, là.

- Ne joue pas les importunés quand c'est clairement toi le problème.

- Putain, abrège, Neliel !

- Le fait qu'Orihime chan ne voyage temporairement pas avec toi ne signifie pas que je me méfie moins de ta personne, le prévint-elle.

- Tu m'en diras tant.

- Je suis sérieuse, Grimmjow ! Je t'ai à l'œil alors ne t'avise pas de nous trahir de quelque manière que ce soit ou tu le regretteras amèrement, le mit-elle en garde, les yeux plissés.

Il pencha légèrement la tête pour mieux la jauger.

- Des menaces, hein ? souligna-t-il, pas du tout atteint. Ce n'est pas moi qui mens actuellement à la Princesse alors arrête de me faire chier et regarde-toi avant de me parler de trahison.

La belle femme se raidit.

- Espèce de... !

- Grimmjow, on t'attend ! lui signala Yoruichi. Tu as été le premier à râler alors ne commence pas à traîner la patte !

Un sourire lourd de sens plaqué aux lèvres, l'interpellé fixa Nel quelques secondes avant de lui tourner le dos. Neliel en fit autant pour rejoindre son propre groupe, la colère et un autre sentiment se livrant une rude bataille en elle.

{…}

- Nous avons retrouvé les corps sans vie de Tousen Kaname et de deux de nos hommes.

- Et Ulquiorra ?

- Aucune trace de lui, Majesté, à part une mare de sang. Cependant, nous avons relevé des traces de pas en direction de l'Ouest et dont nous avons perdu la piste.

Assis à son bureau, Eiji se prit le visage dans les mains avec lassitude. De retour au palais avec Hisagi actuellement debout à ses côtés, il avait refusé de faire soigner ses « égratignures » et avait donné l'ordre à ses gardes de se rendre immédiatement dans la forêt porter secours à Ulquiorra, et retrouver les personnes qui avaient attenté à leurs vies. Autrement dit, Tousen Kaname ainsi que les deux soldats éliminés par Shuhei.

Eiji avait toujours du mal à croire que Kaname ait joué un tel rôle tant il avait une pleine confiance en lui. Tousen était certes un homme discret, mais également droit et habité par des valeurs profondes. Comment diable avait-il pu tomber si bas ? De plus, Ulquiorra ne pouvait être celui qui l'avait tué avant de prendre la fuite, pas avec une telle blessure. Que s'était-il donc passé ?

- Combien de traces de pas avez-vous repérées ? demanda-t-il en se redressant.

- Celles de deux personnes, répondit encore le garde responsable de la mission.

Les craintes de l'empereur se confirmèrent.

- Je vois. Laissez-moi, je vous prie.

Le garde s'inclina avant de s'éclipser. Eiji n'avait jamais paru aussi vieux, las et malade : un teint de cendre, le front perlé de sueur et des cernes presque violettes. Inquiet pour lui, Shuhei sortit de l'ombre pour lui dire ce qu'il pensait.

- Majesté, vous devriez...

La porte s'ouvrit avec force pour laisser voir Miyako vêtue d'un superbe kimono. Elle pénétra dans la pièce d'un pas vif.

- Te voilà enfin, Eiji, lui dit-elle en guise de bonjour, une feuille à la main. Où étais-tu donc passé ? Je t'ai cherché ce matin, il nous faut discuter de la liste des invités pour le Bal d'Hiver.

Son mari se mit lentement debout, contourna le bureau pour lui faire face.

- Je dois parler à ma femme seul à seule, prononça-t-il simplement.

Hisagi reçut parfaitement le message. Il courba l'échine tout en reculant et quitta le bureau sans un mot.

- Que se passe-t-il ? demanda Miyako en percevant enfin l'étrange ambiance.

- Exactement la question que je me pose en plus d'une autre qui a toute son importance, dit Eiji sans ciller.

Miyako afficha une mine perdue.

- Vois-tu, j'ai frôlé la mort ce matin et Sosuke est étrangement absent, lui annonça calmement son mari. Dis-moi, Miya, as-tu une idée précise de l'endroit où se trouve ton amant avec lequel tu manigances contre moi ? la questionna-t-il d'une voix coupante.

Sa femme, pétrifiée, lâcha le document qu'elle tenait.

- Eiji, je... tu... comment..., bafouilla-t-elle, les lèvres tremblantes. Sosuke n'est pas mon amant, voyons. Il n'est que ton conseiller pour lequel j'ai beaucoup de respect et que je...

- Cesse de me prendre pour un idiot ! hurla-t-il de toute la puissance de sa voix en la faisant sursauter. Il y a un moment que je le sais, n'essaie pas de me faire croire le contraire ! Est-ce vous ? Est-ce contre vous qu'Ulquiorra a tenté de me mettre en garde pour protéger O... Ori...

Il cligna des yeux et secoua la tête tout en portant une main sur son front luisant.

- Eiji ? l'appela Miyako, perplexe.

Instable sur ses pieds, l'empereur respirait difficilement alors que sa vision se troublait davantage. Il essaya de focaliser son attention sur sa femme.

- Miyako, tu... Comment as-tu pu... ?

Ses jambes se dérobèrent.

- Eiji !

Ce cri de Miyako alerta Shuhei qui revint rapidement en arrachant presque la porte de ses gonds. A genoux, il vérifia l'état de l'empereur. La peur l'étreignit tel un étau.

- Faites venir son médecin immédiatement ! ordonna-t-il à l'un de ses hommes dans le couloir.

{…}

- Oh ? Allons par là ! Ce magasin a l'air fort intéressant, ne trouvez-vous pas ? Entrons ~ !

Il poussa la porte en faisant teinter la clochette. L'endroit plutôt vaste vendait essentiellement des objets divers et des vêtements pour certains passés de mode ou n'en ayant jamais appartenu à aucune.

- Hé, le vendeur louche !

- Plaît-il ? releva le visé, stoppé net dans son élan.

- Des heures qu'on marche pour s'enterrer ici ? l'ignora celui aux cheveux bleus. Tu te fous de ma gueule ?!

- Moi ? Je n'oserais jamais, voyons, assura ledit vendeur louche en faisant tournoyer joyeusement sa canne.

- Quand t'as dit qu'on arriverait avant Kurosaki et son groupe de bras cassés, tu n'as jamais évoqué qu'on s'arrêterait ici ! lui rappela Grimmjow en regardant autour de lui avec colère.

- Ah non ? J'étais pourtant sûr d'avoir abordé ce sujet, ça a dû me sortir de la tête ~ ! Ce ne sera pas long, juste le temps pour moi de remplir mon panier.

- Te la joue pas grand-mère en manque de provisions ! Qu'est-ce qu'on fait ici, bordel ?!

- A ta place, je me ferais moins remarquer, conseilla Yoruichi entre eux.

- Ah ouais, sinon quoi ? la défia Grimmjow. Tu crois m'effrayer peut-être ?

Tessai, qui examinait des objets exposés, se tourna vers lui, la moustache crépitante. Yoruichi lui fit signe de se détendre puis se décala devant Grimmjow sans une once de peur.

- Notre voyage doit se dérouler dans la plus grande discrétion, dit-elle. T'en souviens-tu ?

- T'as pas bien vu où on est ou quoi ? Cet abruti nous fait entrer dans une boutique comme si c'était l'heure de faire les courses !

- Commence déjà par baisser d'un ton, car c'est surtout toi qui attires l'attention, répliqua sèchement la belle femme.

Grimmjow serra les dents.

- Tu me cherches, là.

Yoruichi rétrécit ses beaux yeux clairs, le visage fermé.

- Ton rôle se limite à nous aider à sauver Orihime, non à donner ton avis dont on se passe volontiers. Pour ma part, c'est la seule raison qui me fait tolérer la présence d'un être tel que toi.

Un large sourire s'étira sur les lèvres du concerné.

- Tu veux dire un être qui sait profiter de la vie et des femmes ?

Entourée d'une sombre aura, Yoruichi déployait de gros efforts pour ne pas lui régler son compte ici et maintenant.

- S'il vous plaît, les gens nous regardent, intervint enfin Kisuke en brassant niaisement l'air entre eux avec sa main. Faire des emplettes dans ces conditions n'est pas très chouette !

- Tch, sans moi, se détourna Grimmjow. J'attends dehors.

- Ne t'avise pas de nous faire un mauvais coup, l'avertit Yoruichi.

- Ne t'inquiète pas la chatte en colère, je ne compte pas encore me tirer, se moqua-t-il par-dessus son épaule.

Urahara adressa un signe à Tessai qui hocha la tête.

- Je vais le surveiller, Patron, se chargea-t-il sur les talons de Grimmjow déjà à l'extérieur.

- Tu ne lui fais pas non plus confiance, lança Yoruichi toujours irritée.

- La prudence est mère de sûreté. Comme tu l'as si bien dit, tu n'as pas besoin de l'apprécier, juste le supporter et l'avoir à l'œil. Ainsi, nous pourrons plus facilement riposter au moindre signe de trahison de sa part, souffla-t-il en pressant son épaule.

- Il a beau être odieux, il n'a pas tort, Kisuke, reprit-elle, tournée vers lui. Que fait-on ici exactement ? Toi et moi savons que tu ne fais pas escale par pur hasard.

- J'ai besoin de son aide.

La belle femme écarquilla les yeux.

- Tu n'es pas sérieux ?!

Son ami adopta pourtant cette expression en enfonçant son bob sur sa tête blonde.

- Tu peux venir avec moi si tu le souhaites, répondit-il avant de s'éloigner.

Yoruichi pesta intérieurement mais le suivit malgré tout vers l'arrière-boutique à travers la foule de clients. Deux hommes baraqués et masqués gardaient l'entrée de cette partie du magasin.

- Bien le bonjour, les salua Urahara avec une ridicule courbette. Seriez-vous assez aimables pour l'informer que je souhaite lui parler ?

Les gardes n'esquissèrent pas un geste. Le vendeur ne se découragea pas pour autant.

- Dites-lui dans ce cas que j'ai une offre impossible à refuser, sourit-il mystérieusement.

Cette fois, les deux gardes échangèrent un regard. Puis, l'un d'eux leur fit signe de patienter et passa la porte en prenant bien soin de la refermer.

- Je maintiens que c'est une très mauvaise idée, n'en démordit pas la seule femme présente.

- Aux grands maux, les grands remèdes.

- Tu es bien philosophe aujourd'hui, Kisuke.

- Yoruichi, tu sais parfaitement que si je suis ici, c'est que je n'ai pas d'autre choix, répondit son ami dans un soupir. Je dois envisager le pire. Pour le bien de ce pays, le cœur d'Inoue san ne doit pas cesser de battre.

Yoruichi se contenta de croiser les bras en fixant un point opposé, sa position sur le sujet inchangée. Les minutes s'égrainèrent jusqu'au retour du garde. Ce dernier franchit la porte de son pas lourd, la laissa ouverte et s'écarta en les autorisant à passer. Kisuke et Yoruichi s'exécutèrent. Le second garde claqua la porte aussitôt le passage emprunté, réduisant ainsi la luminosité. En effet, devant les deux amis s'étirait un étroit couloir à angle droit sans ouverture, éclairé par quelques bougies posées à même le sol en pierre.

- C'est plus chaleureux que la dernière fois, nota Kisuke. Il y a deux bougies en plus.

- J'espère vraiment que tu sais ce que tu fais, murmura Yoruichi avec un regard en coin.

- L'avenir nous le dira.

Ils avancèrent jusqu'à l'extrémité où une autre porte ouverte cette fois donnait accès à un immense laboratoire. Les étagères et le plan de travail débordaient de bocaux, éprouvettes, béchers et autres matériels comme des fioles Erlenmeyer dont certaines laissaient échapper des volutes de couleurs diverses, qui embaumaient l'air d'une odeur difficilement identifiable. Un grand appareil de distillation en fonctionnement trônait sur l'îlot central et complétait l'équipement.

- Shihoin Yoruichi, Urahara Kisuke. Vous n'êtes certainement pas les personnes que je m'attendais à voir.

Au milieu de cette panoplie du parfait chimiste se tenait un homme plutôt grand tout de blanc vêtu, les cheveux roses tombant sur ses épaules, des lunettes argentées sur le nez.

- Bonjour, Szayel. Je confirme ne pas être là de gaieté de cœur, précisa Urahara qui s'était approché de lui avec son amie.

- Le contraire m'aurait étonné, répondit le dénommé Szayel, les yeux dans son microscope qu'il ajustait. J'ai cru à une blague de mauvais goût quand mon garde est venu m'avertir de ton indésirable présence.

- C'est toujours un plaisir de se sentir le bienvenu chez toi, ironisa l'autre homme.

Szayel se redressa, écrivit quelque chose sur son bloc-notes avant d'attraper un tube à essai remplit d'un liquide violet qu'il versa dans un flacon.

- Pour un scientifique qui se vante d'être sur le point de mettre la perfection en bouteille, c'est loin d'être le cas de ta personne. Ignorer des gens qui se sont déplacés juste pour te voir est très impoli, tu sais, déclara sèchement Yoruichi en se promenant pour mieux détailler ce qui les entourait.

- Ne touche à rien et n'insulte pas mon intelligence, s'agaça Szayel. Vous n'avez pas quitté Karakura juste pour « venir me voir ».

- C'est exact mais je pense que nous parviendrons tout de même à nous entendre, assura Kisuke qui avait contourné l'îlot central pour satisfaire sa curiosité.

Il saisit une seringue contenant une substance gazeuse. Exaspéré, Szayel la lui arracha des mains et la reposa à son emplacement.

- Ne touchez à rien ! répéta-t-il.

- Je détiens une information qui pourrait t'intéresser, continua le vendeur comme si de rien n'était.

- Tu fais erreur, je ne suis pas intéressé par quoi que ce soit venant de toi, rejeta le scientifique en ajoutant une pincée de petits grains noirs dans un ballon en verre en ébullition.

La rencontre entre les deux produits provoqua un panache de fumée multicolore. Lorsqu'il se dissipa, chacun put voir que le contenu du ballon s'était volatilisé.

- Impressionnant, murmura Yoruichi.

- Épargne-moi tes compliments, ignorante. Je vous ai autorisés à pénétrer dans mon labo uniquement pour pouvoir vous dire en face de ne plus jamais revenir m'importuner. Vous savez où se trouve la sortie, les chassa Szayel en retournant à ses occupations.

- Tiendrais-tu toujours le même discours si je te disais savoir où se trouve ce que tu cherches avec tant d'acharnement ? le testa Urahara, très sérieux.

Szayel plissa ses yeux or sur lui.

- Tu mens, siffla-t-il.

Légèrement en retrait, Yoruichi assistait à l'échange avec une certaine appréhension.

- On dirait pourtant que j'ai toute ton attention, constata Kisuke sans ciller. Je te propose donc que nous passions un marché. Qu'en dis-tu, Szayel Aporro Grantz ?

{…}

Des couinements aigus. Un froid intense. De l'humidité. Une vive douleur. C'est accompagné de ces sensations désagréables qu'Eiji ouvrit les yeux. Allongé sur le sol de pierre froide recouvert de saletés, il se redressa tant bien que mal. Des rats lui tenaient compagnie dans ce qu'il reconnut comme étant l'une des cellules où étaient anciennement isolés les condamnés à mort, et qu'il avait fait fermer le premier jour de sa prise de pouvoir. L'air glacial entrait librement par une ouverture inaccessible proche du plafond, qui permettait de voir un carré de ciel lumineux. Recroquevillé dans l'un des coins, Eiji s'entoura de sa cape en fourrure en tenant sa tête endolorie. Son corps affaiblit par son malaise avait retrouvé quelques forces sauf que l'épuisement persistait. Il s'efforça néanmoins de se remémorer les récents événements qui avaient eu un impact physique et émotionnel non négligeable.

- Vous êtes enfin réveillé. L'espace d'un moment, j'ai cru que votre heure était venue.

Eiji tourna la tête sur la gauche. A travers les barreaux, il vit son conseiller accompagné de sa femme. Leur élégance faisait tâche dans le décor.

- Sosuke, prononça l'empereur avec un profond dégoût.

- Je vous félicite pour votre perspicacité, Majesté, sourit celui-ci, une lueur mauvaise dans ses yeux bruns. J'avais envisagé de nombreux scénarios mais celui-ci déjoue mes pronostiques.

- Où est Ulquiorra ? questionna Eiji en essayant de discerner quelque chose dans les prisons voisines.

- Dois-je en déduire que vous vous souciez de lui ? s'étonna Aizen en arquant un sourcil.

- Vous devriez vous en soucier plus que moi ! s'écria-t-il. C'est votre fils !

- Un fils qui m'a trahi serait plus exact, rectifia froidement Sosuke. Votre sort devrait vous inquiéter plus que le sien.

- Comment ça ?

- Vous le saurez bien assez tôt.

- Miyako, comment peux-tu prendre part à un plan pareil ?! s'emporta son mari en venant agripper les barreaux. Pense à tout ce que nous avons fait jusqu'à aujourd'hui, pense à notre peuple, à notre fille !

- C'est toi que tu viens de décrire, déclara enfin l'impératrice avec une effrayante indifférence. Quoi que je fasse, ton ombre n'est jamais loin. Il est temps que la lumière brille sur moi et moi seule !

- En sacrifiant Orihime ?! articula Eiji. Notre rôle est de la protéger, non de la... !

- Mon rôle est de prendre la tête de ce pays en éliminant tous les obstacles, y compris Orihime et toi ! le coupa Miyako, un brin de folie dans ses iris noisette. Ma sœur, mes parents, Rangiku et tant d'autres... Morts ou bannis, j'ai su m'en débarrasser, ce n'est pas pour renoncer maintenant ! Pas après une vie entière de sacrifices, le pouvoir ultime me revient de droit !

Eiji ne sut quoi répondre, trop occupé à se demander comment il avait pu rester marié aussi longtemps à cette femme si différente de lui.

- Je ne te reconnais pas, murmura-t-il, atterré.

- Je ne t'ai jamais laissé voir la vraie Miyako, pesta-t-elle avant de s'accrocher sensuellement au bras de Sosuke qui assistait à la scène en silence. Celle qui rêvait de richesses et d'épouser un homme qui partage sa vision des choses. Tu as été la passerelle qui m'a permis d'accéder à cela. Ton rôle s'arrête ici.

- Tu en as laissé voir plus que tu ne le penses, j'ai simplement refusé d'y croire. Je sais par exemple que tu ne m'as jamais aimé, l'espoir que cela change m'a quitté depuis fort longtemps. Mais comment ne serait-ce qu'envisager qu'une mère haïsse son propre enfant au point de vouloir le voir disparaître à jamais ? C'est hélas ce que tu ressens envers notre fille et à cause de mon refus de l'admettre, ma pauvre Orihime risque de le payer de sa vie, souffla Eiji, anéanti.

- Sa vie aurait pu s'arrêter bien avant. C'est à moi qu'elle doit son sursis et il ne tient qu'à moi d'y mettre fin.

Cette déclaration de son conseiller interloqua Eiji. Son expression poussa l'autre homme à développer.

- Je me doutais que la Princesse s'enfuirait pour échapper à ce mariage et à sa mère ici présente, dévoila-t-il en jetant un coup d'œil à Miyako qui conserva le dos droit et son air fier. J'ignorais simplement quand. De par sa nature, il était évident que la Princesse Orihime trouverait des alliés qui n'hésiteraient pas à la défendre farouchement, empêchant de ce fait Grimmjow de la toucher. Mon cher fils étant né pour se battre, il n'allait pas manquer l'occasion de provoquer le plus fort des défenseurs de la Princesse, quitte à révéler le plan en échange d'un combat à l'issue mortelle.

- Mais enfin, c'est absurde ! Vous n'avez aucun intérêt dans une telle situation ! objecta Eiji.

- C'est là que tu fais erreur, très cher, se moqua ouvertement sa femme. Je te laisse lui expliquer, Sosuke.

Son amant lui adressa un sourire charmeur sous son regard marron, miroir de son intelligence aiguisée.

- Tuer la Princesse entre les quatre murs de ce palais était trop risqué pour Miyako et moi-même, reprit-il. Peu de personnes ont la permission de rester seules avec elle. La liste des suspects réduite, nous serions rapidement soupçonnés. L'élaboration d'un plan solide était donc nécessaire pour contourner cette difficulté.

- « Difficulté » ?! Vous parlez d'ôter la vie de ma fille ! explosa Eiji en essayant, en vain, de l'empoigner par le col. Une âme innocente qui ne vous a jamais rien fait !

- Grimmjow n'ayant sans doute pas réussi à résister à son instinct bagarreur, quoi de mieux que de faire en sorte que la Princesse revienne au palais de son propre gré une fois qu'elle eût connaissance de ce que nous préparons ? l'ignora Aizen.

- Vous voulez dire qu'Orihime est informée du sort que vous lui réservez ? prononça-t-il, ahuri.

- Il ne nous reste plus qu'à l'attendre et nous avons l'appât idéal pour cela. Je dois toutefois vous remercier, Majesté, sourit Sosuke. Voyez-vous, il est impossible de vous faire disparaître sans qu'une bonne partie du pays ne se lance à votre recherche. Grâce à votre malaise, vous m'offrez une raison des plus convaincantes pour justifier votre absence. Le bouche-à-oreille déjà à l'œuvre ne fera qu'attirer plus rapidement la Princesse dans nos filets. A présent, si vous voulez bien nous excuser, nous avons un bal à préparer, termina-t-il comme s'il clôturait une discussion autour d'un thé.

Miyako ne bougea pas, se contentant de fixer son époux avec une expression indéchiffrable. Ce dernier lâcha lentement les barreaux, complètement sonné.

- Miyako ? l'appela son amant.

Elle cligna des yeux et se détourna.

- Attendez ! s'écria soudain Eiji. Si vous ne pouvez pas tuer Orihime, qu'allez-vous lui faire ?!

L'impératrice interrompit sa marche pour lui jeter un regard méprisant.

- Il existe des sorts pires que la mort dans ce bas monde. Sosuke n'a pas manqué de me le rappeler et tu en seras bientôt témoin.

Sans plus de détails, elle quitta le cachot pour retrouver Aizen à la lueur des torches du petit couloir désert.

- Es-tu sûr que nous agissons pour le mieux ? dit-elle avec hésitation en calquant sa marche sur la sienne. Ce n'est pas exactement ce que nous avions prévu.

- Ne me dis pas que tu as des remords après tout le chemin parcouru ? répliqua Sosuke avec une note d'amusement. Tu l'as dit toi-même : le sommet est à portée de main.

Il poussa la lourde porte métallique pour retrouver l'air libre.

- Ce n'est pas ça, corrigea-t-elle, arrêtée près d'un arbre.

Sosuke verrouilla soigneusement avant de glisser la clé dans l'une des poches de son uniforme impeccable, puis rejoignit sa maîtresse qui lui tournait le dos. Le palais se trouvait à plusieurs centaines de mètres, personne dans les environs.

- Si quelqu'un découvre qu'Eiji est retenu prisonnier, nous aurons fait tout cela pour rien ! Eiji devait mourir de sa maladie devant des témoins, non au fond d'un trou à rats ! asséna Miyako. Comment allons nous justifier sa mort dans ces conditions et ramener son corps sans être vus ?!

- Calme-toi, la détendit Sosuke en pressant ses épaules. Pour tout le monde, l'empereur est soigné dans ses quartiers par son médecin qui a donné l'ordre de ne pas le déranger. Je m'occupe du reste.

- Et si le docteur parle ? Il pourrait nous trahir et...

- Un mort ne peut trahir qui que ce soit.

La femme écarquilla les yeux.

- Le docteur Kahito, tu l'as tué ?

- Je te l'ai dit, je pense à tous les détails, susurra Aizen en lui attrapant le menton avant de lui caresser la joue avec le pouce.

- Comme tu as pensé à m'informer que tu avais prévu la fuite d'Orihime ? lui envoya-t-elle sèchement en dégageant son visage. Je n'ai pas voulu perdre la face devant mon mari, mais l'apprendre en même temps que lui a été humiliant ! Si tu me l'avais dit, j'aurais fait surveiller Orihime plus étroitement et nous n'en serions pas là !

- Cela aurait enlevé la beauté du jeu.

- Du jeu ? Crois-tu que je fais cela pour m'amuser ?!

- Cela te semble étranger, autrement tu aurais compris qu'il n'y a pas de plus belle manière de piéger une personne que lorsqu'elle se sent en sécurité, lui murmura Sosuke avec un sourire triomphant. C'est le cas de ta fille qui a probablement un plan pour nous arrêter et que nous sommes en mesure de contrer.

Miyako pinça les lèvres.

- J'espère sincèrement que tu sais où tu vas, Sosuke. Aussi intelligent sois-tu, tu n'es pas une divinité qui peut tout prévoir. Nous avons modifié notre plan plus d'une fois, ce qui pourrait se retourner contre nous. Je répugne à l'admettre mais être si près du but me rend nerveuse. Je ne supporterai pas de ne pas l'atteindre.

- Cela n'arrivera pas tant que je serai là, lui assura son amant.

Ils échangèrent un baiser passionné.

- Rentrons pour ne pas éveiller les soupçons.

Pendant qu'ils se dirigeaient vers le palais en dissimulant savamment leur liaison et leur plan sanglant, Eiji, de son côté, s'était ressaisi pour prier en fixant ce qu'il pouvait du ciel.

- Je t'en prie, Orihime, reste en vie, implora-t-il, les mains jointes. Sois plus forte que jamais, tu es de taille à affronter ta mère quels que soient ses noirs desseins. Tu as encore tant de choses à accomplir...

Il supplia un long moment toutes les entités possibles d'épargner sa chère enfant.

- Je t'en conjure, Neliel. Protège ma fille.

{…}

- Ça fait combien de temps que tu sors avec Orihime ?

- Hein ?

Le crépuscule venait de tomber donnant au ciel une jolie teinte rouge et or. Neliel, Orihime, Sora et Ichigo avaient bien progressé. Ils s'étaient arrêtés pour manger les quelques provisions préparées par Tessai et avaient fait de courtes pauses pour ménager leurs forces. Actuellement, les deux hommes marchaient derrière tandis que les deux femmes discutaient à bonne distance.

Cette question tombant comme un cheveu sur la soupe perturba Ichigo d'autant plus qu'ils parlaient de la chasse au gibier à la base. Le manque de transition n'empêcha pas Sora d'attendre impatiemment sa réponse. Ichigo attendit qu'ils pénètrent dans la forêt au bout du chemin le temps de trouver quelque chose à répondre.

- Tu veux me mettre en garde et me dire que j'ai intérêt à prendre soin d'elle, c'est ça ?

- Pas du tout même si j'espère que tes intentions envers ma sœur son honorables et...

- Elles le sont. Enfin disons que je ne veux pas lui faire de mal et être là pour elle, précisa aussitôt le fils Kurosaki d'un ton ferme. J'ai promis de protéger Orihime.

- Je suis ravi de l'apprendre, affirma Sora en écartant une branche basse. Ce n'est toutefois pas pour cette raison que je t'ai posé cette question. Je ne pense pas avoir encore le droit de jouer mon rôle de grand frère à ce niveau, je ne vous connais pas suffisamment.

Le roux haussa un sourcil.

- Alors pourquoi ?

- Tu ne m'as toujours pas répondu, tu sais.

- Ça fait quelques semaines, livra Ichigo peu séduit par l'idée d'évoquer sa vie privée.

- Tu as plus d'expérience que moi, sourit Sora.

- Je ne sais pas si on peut parler « d'expérience », répliqua-t-il en fixant sa petite amie qui venait de rire à une parole de Neliel. Orihime est la première fille... femme avec laquelle je sors.

- Comment vous êtes-vous rencontrés ?

- Euh... Par hasard dans une auberge...

- Tu as dû l'aimer dès que tu l'as vue, continua naturellement Sora.

Ichigo était franchement mal à l'aise à présent. De tous les sujets de conversation, pourquoi celui-ci nom d'un Kami ?!

- Pas exactement, Orihime et moi avons pris le temps de nous connaître, parvint-il à articuler en fixant ailleurs.

- Ah, tu veux dire que tu n'as rien ressenti pour elle au début ? Rien du tout ? Même pas physiquement ?

- Ce n'est pas... je veux dire... Orihime est..., bafouilla le roux.

- Belle ? Gentille ? l'aida Sora, amusé par sa gêne.

- Pourquoi tu me poses toutes ces questions ?! craqua Ichigo en contournant un arbre.

- Depuis que je suis enfant, je me débrouille pour survivre, expliqua le frère de la princesse. Je me suis toujours interdit d'imposer ce mode de vie à quelqu'un. De ce fait, je ne me suis jamais vraiment intéressé aux femmes. Du moins, jusqu'à récemment, acheva-t-il, gêné à son tour.

Les sourcils froncés, Ichigo suivit son regard posé sur Nel qui s'esclaffait.

- Tu peux m'en dire plus sur Neliel ? osa finalement Sora en faisant mine d'admirer la cime des arbres.

- C'est pas vrai, t'en pinces pour elle ?! percuta enfin Ichigo, bouche bée. Si je m'attendais à ça en me levant ce matin...

- Eh bien, c'est une jolie femme, forte et attachante. Ça m'est tombé dessus sans prévenir, tu t'en doutes et je ne sais pas quoi faire.

- Bah, dis-lui ce que tu ressens, suggéra le fils Kurosaki qui ne voyait pas quoi dire d'autre.

- Comme je te l'ai avoué, c'est nouveau pour moi. J'ignore comment m'y prendre, confessa-t-il, très embarrassé.

Ichigo le regarda avec une expression ahurie. Était-il sérieux ?!

- Putain et c'est à moi que tu demandes des conseils ?!

- Tu es un homme, mon beau-frère et l'ami de Neliel. Tu vois une personne mieux placée ? répliqua Sora, surpris de sa réaction.

Une réponse du tac au tac qui coinça le roux.

- C'est bon, tu veux savoir quoi ? se résigna-t-il, loin d'avoir l'âme d'un Cupidon.

- On pourrait en parler sans les filles à proximité durant la chasse par exemple ?

- Si tu veux.

N'imaginant pas un instant la nature de la conversation entre ces deux-là, Orihime et Neliel bavardaient dans la bonne humeur. Un œil extérieur dirait qu'une amitié naissait entre les deux femmes. Elles eurent l'occasion de parler de tout et de rien, sauf d'un sujet qui préoccupait pourtant énormément la beauté auburn. Plus le temps passait, plus elle se disait s'être trompée sur Neliel qu'elle qualifierait d'adorable et amusante. Néanmoins, le doute demeurait et Hime devait en avoir le cœur net. Après avoir beaucoup hésité, elle décida d'enfin prendre son courage à deux mains.

- Je peux te demander comment tu as rencontré Ichi... ?

- Orihime ! Nel ! On va s'arrêter ici pour la nuit ! leur indiqua Ichigo en posant son sac au sol, imité par Sora.

Les deux interpellées revinrent sur leurs pas.

- Tu es sûr que c'est une bonne idée, Ichigo ? s'inquiéta Neliel.

- Ouais, c'est plus prudent et cette forêt connaît peu de passages la nuit. Si quelqu'un s'approche, on l'entendra facilement.

- Je suis d'accord, approuva Sora en s'étirant la nuque. Je suis passé de nombreuses fois par cette forêt avec Kukaku et Ganju. De plus, il y a pas mal d'animaux à chasser pour se nourrir et une cascade pas très loin d'ici. C'est l'endroit parfait pour passer une nuit à la belle étoile.

Nel parut rassurée. Ils déballèrent le peu d'ustensiles en leur possession puis se répartirent les tâches : les garçons, arc en main, iraient chasser -et donc discuter- pendant que les filles s'occuperaient de ramasser du bois pour le feu et cueillir quelques fruits. Neliel s'y opposa aussitôt, ne voyant pas pourquoi elle ne pourrait pas chasser également. Orihime, incapable de tuer un animal, insista pour maintenir cette composition et ainsi faire équipe avec elle. Nel se laissa finalement convaincre et toutes deux allèrent explorer les lieux.

Elles trouvèrent rapidement du bois sec et diverses sortes de fruits et plantes comestibles. A leur retour au campement de fortune, Inoue se chargea du feu qu'elle avait appris à maîtriser lors de sa traversée du pays avec Renji et Ichigo. Ce dernier et Sora n'étaient toujours pas revenus, aussi la princesse saisit cette nouvelle opportunité. Assise à côté de Neliel à la lueur des flammes pour se réchauffer, elle se lança.

- Comment as-tu connu Ichigo ?

Les mains tendues vers le feu, l'interrogée sourit tristement.

- Grâce ou à cause de Grimmjow.

- Grimmjow ? répéta Orihime, stupéfaite.

De toutes les réponses envisagées, celle-là n'en faisait pas partie.

- Je croyais qu'Ichigo et Grimmjow ne se connaissaient pas ?

- C'est le cas, confirma Nel, les bras autour de ses genoux ramenés contre sa poitrine.

- Je ne comprends pas, la pressa la belle, le cœur cognant contre ses côtes. Que veux-tu dire ?

L'autre femme ferma brièvement les yeux.

- Je viens d'un petit village au Nord, commença-t-elle. Fille du chef, j'étais destinée à le diriger un jour et c'est pourquoi j'ai parcouru le Japon avant que cela n'arrive. Profiter d'une certaine liberté.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? l'encouragea la beauté auburn qui percevait une immense tristesse émaner d'elle.

- J'ai rencontré Grimmjow dans une ville de passage, il se battait pour changer, soupira Nel. Pour résumer, nous avons fait un bout de chemin ensemble et avons fini par former un couple. Ce que je prenais pour de l'amour a duré quelques mois et s'est fini de la pire manière qui soit.

La tristesse laissa place à une intense colère qui déforma ses jolis traits, ses mains crispées sur ses bras.

- Mon père faisait partie de la Résistance, ouvertement opposé à l'autorité de l'empereur Seto, ton grand-père. Comme beaucoup d'autres, notre village a été l'un des champs de bataille de la guerre qu'il a provoquée et encouragée. A cause de Seto, nombre de familles ont été brisées. Je suis née après la guerre mais j'ai grandi avec le récit d'histoires horribles qui me hantent encore aujourd'hui.

Elle se tut un instant. Orihime se sentit envahir par le trop familier sentiment de culpabilité. Certes, elle n'était pas responsable des ravages de la guerre. Cependant, elle faisait partie de la famille de celui qui n'avait rien fait pour y mettre fin.

- A la mort de Seto, l'empereur Eiji a accepté de rencontrer mon père, poursuivit Neliel. Papa était le premier à exiger que ton père reconnaisse les mauvais choix, parfois sanglants, de Seto. Après un entretien, l'empereur Eiji a signé un accord avec Papa l'autorisant à diriger le village comme bon lui semblait, à condition que cela n'interfère pas avec la paix qu'il voulait instaurer. En clair, plus de sang versé sur nos terres et quelques richesses pour aider les familles endeuillées. Je suis venue au monde durant ces temps joyeux. Nous avions un quotidien agréable grâce à cet accord qui nous conférait une certaine autonomie. Par exemple, aucune arme n'était tolérée dans le village.

Elle marqua une nouvelle pause, les flammes dansant dans ses yeux chargés de souvenirs.

- Les années ont passé et Aizen Sosuke n'a jamais accepté cet accord.

- Il est également lié à tout ça ? s'étonna Hime.

- A cette époque, il n'était pas encore conseiller personnel mais ses mains n'étaient pas innocentes pour autant, siffla Nel. De par notre envie de liberté, il a considéré notre village comme une menace pouvant donner des idées à d'autres. Aizen s'est alors mis en tête de nous rayer de la carte, raconta-t-elle, les yeux baignés de larmes. Avec des soldats corrompus de l'armée impériale auxquels Grimmjow s'est mêlé, ils ont tué mon père, mes frères, ma famille. Mon village. Je les ai trouvés à mon retour du village voisin, je n'ai rien pu faire. Ils étaient déjà tous… Je suis la seule survivante. Pour une raison que j'ignore, Aizen a choisi de m'épargner et s'en est simplement allé avec ses hommes. Je n'oublirai jamais son regard dépourvu d'émotion comme si ces vies arrachées, ces innombrables corps jonchant le sol autour de lui n'étaient rien, acheva Neliel d'une voix étranglée.

Orihime était bouleversée. Cette histoire était effroyable, Nel avait dû tant souffrir... Orihime n'oubliait évidemment pas qu'Aizen projetait de diriger le pays avec Miyako. Seulement, apprendre qu'il nourrissait ce projet depuis des années dans l'ombre, en tuant de pauvres innocents traumatisés susceptibles de se révolter, donnait froid dans le dos.

- Je suis désolée, Neliel san, murmura-t-elle en entourant ses épaules d'un bras.

- Tout ça s'est produit il y a des années, je n'en parle pas souvent car la douleur reste vive. Je m'efforce d'avancer parce que la vie continue.

- Voyager à nouveau avec Grimmjow doit être très pénible pour toi.

- Ça l'est, confirma la beauté verte en séchant ses larmes, le visage fermé. Son père l'a poussé à se rapprocher de moi pour mieux préparer le massacre de mon village. Il s'est servi de moi, rien que ça est impardonnable. Lorsque je suis tombée sur Grimmjow dans cette grotte, ce qu'il m'a fait est remonté à la surface. Mais ensuite, il m'a avoué ce qu'il t'a fait endurer. Je n'ai pas pu rester insensible et le laisser ruiner d'autres vies.

- Je te remercie, c'est très courageux. Peu de personnes seraient capables de supporter l'être qui a brisé leur famille, mit en avant Orihime, impressionnée par une telle force de caractère. Une chose m'intrigue cependant.

- Laquelle ?

- Je connais mon père, il n'aurait jamais accepté qu'Aizen devienne son conseiller en sachant tout cela. Pourquoi ne pas l'avoir dénoncé ?

- L'empereur Eiji est un homme bon et généreux, je savais qu'il n'avait rien à voir dans tout ça, expliqua Nel. J'ai donc pris la décision de tout lui raconter, je tenais à ce qu'il sache à qui il avait affaire. Il a immédiatement voulu qu'Aizen et Grimmjow soient jugés et punis. J'ai refusé.

Hime écarquilla les yeux de stupeur.

- Pourquoi donc ? Ce n'est que justice.

- Parce qu'Aizen est trop intelligent pour se laisser docilement punir. Il se serait enfui et vengé d'une manière ou d'une autre, faisant encore plus de victimes. Non, j'ai supplié l'empereur de faire comme s'il ne savait rien et de continuer à travailler avec lui.

- Pour protéger des vies innocentes, murmura la petite amie d'Ichigo.

Neliel hocha la tête.

- Ton père pouvait le surveiller. Moi, je savais où il était, ça me suffisait. Connaître la position de son ennemi est mieux que de le savoir dans la nature à commettre l'impensable, conclut-elle d'une voix assurée.

Pendant une minute, seul le crépitement du feu ponctua le silence.

- Après la mise à feu et à sang de mon village, j'ai traversé le pays pour tenter d'oublier et c'est ainsi que j'ai croisé la route d'Ichigo, continua Neliel, plus calme. Nous partagions une douleur similaire : son monde s'est effondré au décès de sa mère, le mien après la perte de ma famille. La seule différence est que lui voulait se venger, ce que je désapprouvais. Malgré cela, je l'ai aidé à chercher sa maman pendant deux ans, parfois avec Renji. Nous sommes venus en aide à de nombreuses personnes, nous nous sommes battus pour en sauver d'autres... La vie a fait que nous avons fini par emprunter des chemins différents, mais ça ne change rien au fait qu'Ichigo est plus qu'un ami à mes yeux.

La princesse retint son souffle, le cœur compressé, la tête baissée.

- Il est mon frère de cœur.

Inoue redressa le menton si vite que sa nuque craqua.

- Un frère ? Tu considères Ichigo comme ton frère ?! s'écria-t-elle en peinant à y croire.

- Oui, pourquoi es-tu si... soulagée ? demanda l'autre femme, perplexe.

- Vous avez l'air si proches, tu le connais mieux que moi, se justifia honteusement Orihime. Il y a ce lien entre vous, alors j'ai cru...

- ...que j'étais amoureuse de lui, termina Neliel, éberluée. Je comprends mieux pourquoi tu étais distante avec moi.

- Je m'excuse sincèrement, je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai même fait une scène de jalousie à Ichigo chez Urahara san... Oh, j'ai tellement honte ! confia-t-elle, cachée derrière ses mains.

Neliel s'autorisa à rire avant de prendre ses paumes dans les siennes.

- Il y aura toujours un lien entre Ichigo et moi, impossible d'en être autrement après ce que l'on a vécu, dit-elle en la regardant droit dans les yeux. Je serai toujours là pour lui. Cela étant, ce lien ne dépassera jamais le stade de l'amour fraternel parce que c'est ainsi que je considère et considérerai toujours Ichigo. Sois rassurée.

Orihime sentit un poids énorme la quitter et ne put s'empêcher de la serrer contre elle. C'est à ce moment que Sora et Ichigo revinrent avec un sanglier pour le dîner. Neliel embrassa Orihime sur la joue puis se leva aider Sora à préparer la bête avant de la faire griller. Conscient qu'Orihime ne supporterait pas de voir le sort réservé à l'animal, Ichigo entreprit de se poser à ses côtés pour trier les fruits avec elle et entretenir le feu.

- Ça a été avec Nel ? se renseigna-t-il en jetant du bois dans les flammes qui craquaient allègrement.

- Oui, nous avons bien discuté, répondit-elle sans plus de détails.

- Tant mieux, je craignais que le courant ne passe pas entre vous.

- Pourquoi ça ?

- Je dois vraiment te répondre ?

- Tu m'as assuré qu'il n'y avait rien entre vous deux, répliqua Orihime.

- Ce qui ne t'a pas empêché de quasiment ignorer Nel au début du voyage, la contra le roux.

Mal à l'aise, elle cala une mèche derrière son oreille et se concentra sur les fruits, sans oser croiser ses yeux bruns.

- C'est réglé, tu peux me croire. Je me suis débarrassée de ma jalousie.

Le fils Kurosaki conserva ses orbes sur elle.

- J'espère que c'est la vérité parce qu'il n'y a que toi et personne d'autre, Orihime, lui répéta-t-il avec la même sincérité que la veille.

- Je sais.

Après avoir vérifié que Sora et Nel étaient occupés, la beauté auburn lui fit silencieusement comprendre de se pencher pour lui donner un baiser. Cette histoire close, elle décida de se jeter à l'eau pour aborder un autre sujet.

- Nous devons parler, Ichigo.

- A propos de quoi ?

- Ce n'est pas quelque chose que je souhaite évoquer à la portée des oreilles de mon frère. Viens.

Sur ces mots, Orihime se leva et marcha droit vers un arbre contre lequel elle s'adossa. Largué, Ichigo la suivit. Planté devant elle, il attendit patiemment -comprendre par là trois secondes.

- Je t'écoute.

Les yeux rivés au sol, les joues rouges, un poing fermé devant sa forte poitrine, elle ne dit rien.

- Si tu préfères m'en parler quand tu seras prête..., retenta-t-il.

- Pourquoi tu n'as pas été capable d'aller jusqu'au bout hier soir ? sortit-elle enfin en l'observant à la dérobée sous ses longs cils.

Ichigo donnait l'impression d'avoir avalé un citron entier.

- Est-ce que ça va ? s'inquiéta Inoue.

- … J'en suis pas certain.

Il s'attendait à quelque chose de difficile à dire mais certainement pas à entendre ça.

- Pourquoi je n'ai pas... quoi ? articula-t-il, pas sûr d'avoir bien compris et franchement vexé.

Pas capable ?!

- Pour tout te dire, je repense souvent à notre rapprochement, précisa la belle toujours aussi embarrassée. Je t'ai dit que c'était la première fois que je faisais... la chose avec un homme que j'aime. Pourtant, tu n'as pas été au bout... Je pense que ta colère envers Grimmjow, sous le même toit en plus, n'a fait que te rappeler que tu n'es pas mon premier, ce qui t'a déçu. Ou alors tu as refusé finalement parce que mon corps te répugne et tu ne sais pas comment me le...

- Bon sang, tu vas chercher de ces trucs ! l'interrompit-il en se frappant le front.

- Eh ? fit-elle en clignant des yeux tel un hibou.

Le jeune homme soupira.

- Je t'ai dit pourquoi je n'ai pas été jusqu'au bout.

- Je ne peux pas m'empêcher de penser que c'était une excuse, confessa-t-elle en s'entourant de ses bras.

- Ce n'en est pas une, lui assura fermement son petit ami. Tu as vécu un traumatisme, je peux en quelque sorte comprendre que mon choix de ne pas coucher avec toi t'amène à penser ça. Il faut que tu saches que si c'était à refaire, j'agirais exactement de la même manière.

- Pourquoi ?

Ichigo posa une main sur son doux visage, ses yeux bruns ancrés dans les siens empreints de tristesse et de doutes.

- Tu t'es crispée plus d'une fois dans mes bras. J'en déduis que des images horribles te revenaient, je me trompe ?

La princesse rompit le contact visuel, agacée contre elle-même pour son incapacité à chasser complètement ses deux agresseurs de son esprit.

- Je suis désolée, Ichigo, évacua-t-elle, les yeux humides. Je me suis vraiment raisonnée pourtant.

- Je ne t'en veux pas, simplement te faire comprendre que je te veux pleinement avec moi quand ce moment arrivera. D'où le fait de ne pas aller trop vite, l'éclaira-t-il à mi-voix. Mais si ça peut te rassurer, je n'aurais peut-être pas résisté si tu n'avais pas été gagnée par la fatigue.

- C'est vrai ?! lâcha-t-elle, très surprise.

- Tu n'as vraiment pas conscience du sacré corps que tu as, hein ? répliqua Ichigo mi-exaspéré mi-amusé.

- Euh..., rougit-elle.

- Je me soucie aussi de celle que tu es à l'intérieur, Orihime, enchaîna-t-il sans attendre de réponse. C'est l'unique raison pour laquelle je n'ai pas été plus loin hier soir.

Profondément touchée, la jeune femme l'enlaça avec force. Cette étreinte exprimait ce qu'elle était incapable de formuler sous l'émotion. L'un dans les bras de l'autre, ils profitèrent de cet instant où ils se comprenaient enfin.

- On devrait retourner au campement. Nel et Sora vont se demander où on est passés.

- Um.

{…}

La nuit régnait sur cette partie du monde où la plupart des gens dormaient. La demi-lune, parfois cachée par des cumulus, éclairait par intermittence la forêt de son halo argenté rassurant.

Sora, les bras chargés de branches, revenait au campement quand il entendit un craquement suspect. Sur ses gardes, il posa le bois, attrapa son arc et encocha une flèche en s'avançant prudemment vers la source du bruit. Il ne tarda pas à apercevoir une silhouette. Caché derrière un arbre, il se tint prêt à décocher.

- Neliel ?!

Cette dernière attachait un message à la patte d'un faucon messager.

- Sora ! sursauta-t-elle avec la tête de celle prise la main dans le sac. Je croyais que tu dormais ?

Il abaissa son arc et s'approcha d'elle.

- C'était le cas, mon sommeil s'est simplement coupé. Ne voyant aucun de vous et le feu presque éteint, j'ai été chercher du bois. Et toi ?

- Tu ne devrais pas être là, marmonna Nel en se trémoussant, mal à l'aise.

- Toi non plus pourtant tu y es, répliqua-t-il.

- Tu ne comprends pas. J'ai tout fait pour éviter cette situation ! s'exclama-t-elle, contrariée.

- Alors explique-moi.

- T'expliquer ? ne saisit-elle pas avec une moue perdue.

- Notre voyage est supposé se dérouler dans la plus grande discrétion pour des raisons évidentes, lui rappela Sora. Tu le sais parfaitement, pourtant je te surprends avec un faucon en cachette en plus. D'après ta réaction et le moment choisit pour l'envoyer, tu n'écris pas à n'importe qui. Alors dis-moi, Neliel, à qui est destiné ce message pouvant tout compromettre ? exigea-t-il de savoir d'un ton méfiant, debout à sa hauteur.

{…}

Loin de ces préoccupations, Orihime était comme dans un autre monde.

- Je me suis rarement sentie aussi bien ~

Lorsque son frère avait évoqué une cascade dans la forêt, la princesse était loin d'imaginer qu'il s'agissait en réalité d'une source d'eau chaude naturelle. Ichigo et Sora en avaient un peu profité après le repas, pour ensuite lui permettre ainsi qu'à Neliel d'y rester autant de temps qu'elles le voudraient. Si la beauté verte était sortie il y a un bon moment, Orihime, elle, fit le choix de ne pas bouger tant elle s'y sentait bien.

Le contraste entre la fraîcheur de la nuit et la chaleur de l'eau avait un effet aussi apaisant qu'exaltant sur son corps nu. Les pores de son visage picotaient au contact de l'air tandis que ses muscles endoloris par la marche se décontractaient grâce aux bienfaits de la source. De plus, de la vapeur s'échappait de l'eau, la dissimulant partiellement tout en lui donnant l'impression d'être dans une bulle de bien-être. Tout près de la petite cascade au son agréable, le dos contre un rocher, la belle observa le ciel nocturne. Elle était pourtant loin de réellement contempler les étoiles. Cette espèce de bain géant lui procurait des sensations familières et ô combien gênantes...

- Je ne dois pas penser à ça, je ne suis pas ce genre de personne ! se gronda-t-elle, honteuse.

Les pommettes colorées, Orihime ne parvint pas longtemps à empêcher ses pensées de dériver une nouvelle fois vers un événement précis : son rapprochement la veille au soir avec son petit ami. Son cœur s'emballa rien qu'au souvenir ardent qui ne la quittait pas, notamment depuis leur échange à ce sujet quelques heures auparavant.

- Il était énergique et en même temps tellement doux..., chuchota-t-elle avant de se mordre la lèvre inférieure.

Les mains d'Ichigo parcourant sa peau, sa langue pleine d'ardeur dans sa bouche, ses doigts pressant ses seins, ses lèvres délicieuses goûtant son mamelon, son sexe se frottant contre le sien… Un doux gémissement échappa à Orihime alors qu'elle frottait ses cuisses ensemble. De retour à la réalité, elle scruta les alentours pour être certaine d'être bien seule. Elle était suffisamment gênée pour ne pas être devant témoins en plus. Rassurée par l'endroit effectivement désert, elle fut soudain prise d'une envie, d'un besoin étrange difficile à interpréter pour elle. C'est en cherchant à percer ce mystère que la beauté auburn passa le rideau d'eau de la cascade pour se cacher dans ce qui ressemblait à une petite crique tout juste éclairée par la lune. Ici, l'eau était moins profonde par endroits, avec un banc de roches naturellement alignées de sorte que l'on pouvait s'y installer.

Sa longue chevelure trempée étalée sur son dos et sa voluptueuse poitrine, Orihime décida de s'asseoir de façon à s'immerger jusqu'à la taille. A l'abri des regards, elle tenta de donner un sens aux signaux que son corps lui envoyait. Les joues très rouges, les seins soudain plus lourds, elle ferma les yeux et laissa ses pensées impures l'envahir.

La manière unique qu'Ichigo avait de l'embrasser, de lécher son cou, de mordiller sa peau...

- C'est si... bon, murmura-t-elle en empoignant sa poitrine.

Ses dents mordant délicatement ses tétons, sa langue glissant sur sa peau en laissant des traînées de feu sur son passage...

- Aaah... oui..., se lâcha-t-elle, la respiration saccadée.

Elle n'avait toujours aucune idée de la raison pour laquelle elle agissait de la sorte. Tout cela était nouveau, elle ne s'était jamais sentie aussi confuse, honteuse et excitée de toute sa vie. Orihime sentait néanmoins qu'elle devait aller jusqu'au bout, que s'abandonner à ce moment solitaire mènerait à quelque chose de fabuleux. Quelque chose de similaire au plaisir qu'Ichigo lui avait procuré.

- Son corps contre le mien..., se remémora-t-elle en plissant ses paupières closes pour mieux revivre ce moment.

Les mains toujours occupées à masser ses seins, Orihime frissonna, enveloppée par une autre envie dévorante. Cela était-il mal ? Passait-elle pour une fille sale ? Dégoûtante ? Tout ce qu'elle savait en cet instant, c'est qu'il fallait qu'elle se touche là. Le visage rose, les lèvres entrouvertes afin de laisser passer son souffle erratique, elle écarta ses jambes pour timidement glisser une main sur sa zone la plus intime, qui chauffait presque sous l'eau dont la température exacerbait son excitation. Elle explora cette partie de son anatomie pour la première fois. Les plis lisses, l'entrée serrée, ce petit bouton sensible...

- Mhmmm...

Les images mentales d'elle et de son unique amour ne firent qu'amplifier ces exquises sensations : le souffle chaud de son roux à son oreille, ses geignements rauques qu'il étouffait tant bien que mal, ses coups de reins qui la précipitèrent dans la jouissance absolue...

- Ichigo ~ ! gémit Orihime, cambrée, son majeur titillant rapidement la perle féminine au sommet de son sexe.

- J'étais loin de penser à ça en me demandant ce qui te retenait si longtemps.

La bulle de bonheur de la princesse éclata. Elle s'empourpra violemment, soudain inondée par le désir de disparaître avec sa honte d'avoir été surprise en train de faire des choses aussi scandaleuses.

A moins d'un mètre d'elle, Ichigo, lui, se délectait intérieurement de l'effet qu'il provoquait chez sa belle. Ses cheveux orange humides collaient sur son front, des gouttes d'eau dégoulinaient sur son torse et son expression montrait clairement qu'il l'observait depuis un certain temps. Ce constat acheva presque Orihime qui se demanda comment diable elle avait fait pour ne pas relever sa présence. Très vite cependant, une autre évidence s'imposa : l'eau lui arrivant au nombril, nul doute que l'élu de son coeur était entièrement nu également. Elle discernait même son... Oh, Kama sama !

- Je... Je sais ce que tu te d-dis, bégaya-t-elle sans croiser ses yeux marron et cachant sa poitrine avec ses bras. Que je suis dégoûtante et...

- Continue, la coupa-t-il.

- Eeh ?

Elle lui jeta un regard interrogateur. En guise de réponse, Ichigo se logea entre ses cuisses. Puis, il attrapa doucement sa main droite pour la replacer au niveau de son entrejambe, comme précédemment. Orihime n'était pas sûre de bien saisir où il voulait en venir, surtout que sa grande main couvrait la sienne. Ses joues entrèrent en éruption. Par tous les kamis... Ichigo maintenait fermement sa main sur son sexe qui plaidait encore pour un plaisir non autorisé ! Comme si ça ne suffisait pas, son petit ami braquait sur elle ses iris assombris par une telle passion qu'Orihime perçut le retour de son excitation à l'endroit où leurs mains étaient liées. Lutter pour ne pas écarter davantage ses jambes devenait difficile. Elle avait chaud, si chaud...

- Ichi..., commença-t-elle en proie à diverses sensations.

Son excitation la brûlait presque à l'intérieur, sa peau à l'air libre frissonnait, son cœur pompait plus vite. Elle avait une idée de ce que tout cela signifiait et une chose était sûre : elle ne voulait pas que ça s'arrête ! De son côté, Ichigo se contenta de profiter du spectacle de sa petite amie qui se tortillait tout en admirant sa silhouette de déesse. Sans ciller, il se pencha pour effleurer ses lèvres. Son souffle s'écrasant sur sa bouche combiné à son regard provoquèrent une décharge en Orihime, qui se sentait douloureusement attirée par lui.

Toujours sans la moindre explication, le fils Kurosaki plaqua son torse contre ses seins, l'obligeant à reculer sur la paroi rocheuse. Hime se rendit à l'évidence : tout son être n'aspirait qu'à s'unir à l'homme qu'elle aimait et elle était quasi-certaine qu'il en était de même pour lui. Était-ce à cela qu'Ichigo faisait allusion ? Que chaque fibre d'elle ait envie de lui avant de ne faire qu'un ? Car tel était le cas actuellement. C'était si fort, si agréable de se sentir en phase avec son corps réceptif au sien. En dépit de tout cela, Orihime souhaitait avoir la certitude qu'ils étaient bel et bien sur la même longueur d'onde.

- Que je continue quoi ? l'interrogea-t-elle encore.

Il lui donna un chaste baiser qui la frustra plus qu'autre chose. Décidée à y remédier, la princesse entreprit de l'embrasser langoureusement. Elle eut à peine le temps de frôler sa bouche qu'un son qu'elle jugea parfaitement obscène franchit la sienne.

- C'est ça que je veux, déclara Ichigo dont la propre excitation atteignait des sommets. Que tu te réappropries ton corps et que ton esprit se focalise uniquement sur nous et rien d'autre.

Orihime gémissait, incapable d'aligner deux mots. En effet, tout en l'accompagnant manuellement sous la surface, Ichigo faisait en sorte qu'elle recommence à se caresser elle-même. C'est en se nourrissant de ses cris aigus répercutés en écho que le roux pressa tendrement l'un de ses seins, tout en se rendant à son oreille.

- Cette fois allons jusqu'au bout, Orihime, susurra-t-il, la voix chargée d'un lourd désir.

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Bonjour / Bonsoir à tous ! Je commence par vous souhaiter une bonne année 2022 ! Que les projets qui vous tiennent à cœur se concrétisent et que votre santé soit préservée ! =)

Ce chapitre à présent. Il m'a demandé énormément de temps, j'ai dû pas mal le modifier avant d'aimer le résultat. Il s'y passe beaucoup de choses, l'histoire amorce un autre virage... J'ai essayé d'être la plus claire possible, aussi j'espère n'avoir perdu personne en cours de route et que vous avez apprécié la lecture.

Comme toujours, je remercie les fidèles lecteurs qui me suivent ;) En particulier Angie-Tenshi, Elendrial et Shiori qui prennent toujours le temps de me laisser leurs impressions.

Bisoux masqués ~