§ JE TE RETROUVERAI §

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Chapitre 11 : Révélations & Confidences

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- Je t'écoute, Nel, la relança Sora, fermement décidé à lui faire tout avouer.

La jeune femme ne pouvait se sentir plus mal à l'aise. Était-ce en partie parce qu'il venait de l'appeler par le diminutif de son prénom ? En tout cas, il la regardait d'un air qui l'intimida, sentiment qu'elle n'éprouvait pas souvent pour ne pas dire rarement.

- Tu ne me croiras pas si je te le dis.

- Essaye toujours, n'en démordit pas le frère de la princesse. A qui est destiné ce message ?

- Je...

Le faucon s'agita sur son bras, percevant sans doute la tension entre eux. Neliel le ramena contre sa poitrine pour le caresser et ainsi le calmer. Un soupir résigné franchit ses lèvres pulpeuses.

- Tu ne renonceras pas, n'est-ce pas ?

- Non, ce qui me semble normal étant donné que la vie de ma sœur est au cœur de ce voyage que tu sembles compromettre, lui rappela Sora, les yeux plissés.

- Bien sûr, mais s'il te plaît ne te fais pas de fausses idées, l'implora-t-elle. J'agis avec les meilleures intentions, je t'assure.

- Ça, c'est à moi d'en juger. Je t'avoue commencer à douter quand je vois ta réticence à me répondre alors que ma question est on ne peut plus simple, s'impatienta le jeune homme.

Atteinte par son ton froid, Neliel ne voyait pas quel mensonge inventer pour s'extirper de cette situation inconfortable. De toute manière, mentir ne ferait qu'aggraver les choses. Le cœur serré à l'idée de rompre sa promesse de se taire, la jeune femme ferma brièvement les yeux en inspirant profondément pour s'insuffler du courage.

- A ton père, révéla-elle enfin. Je corresponds régulièrement avec l'empereur Eiji.

Les yeux écarquillés, Sora ne s'attendait de toute évidence pas à cette réponse.

- Tu... quoi ?

- Je t'ai prévenu que tu ne me croirais pas.

- Orihime m'a dit que son père ignore où elle se trouve, comme tous les membres du palais d'ailleurs, objecta-t-il.

- C'est aussi ton père et c'est vrai. Personne ne sait où nous nous trouvons, je te le jure.

- Tu vas devoir te montrer plus claire, s'exaspéra-t-il. Pourquoi correspondre avec l'empereur dans ce cas ?

Nel détourna le regard.

- Je ne peux pas t'en dire plus, je reviens déjà sur ma parole en te révélant ça, ce qui me coûte, murmura-t-elle. Mais surtout pour ta sécurité, il est préférable que tu n'en saches pas davantage. Fais-moi confiance.

Un peu agacé, Sora fit un pas de plus vers elle au point d'être quasiment poitrine contre poitrine.

- Te faire confiance alors que j'ignore toujours tes réelles intentions ? Tu ne peux pas me laisser avec cette information qui m'apporte plus de questions que de réponses !

Effrayé par sa voix en colère, l'oiseau s'envola.

- Oh non ! se lamenta Neliel. J'ai eu tant de mal à en trouver un !

- Ce n'est pas de l'oiseau dont tu devrais te soucier, ne s'en formalisa pas Sora. Je ne vais pas te faire de mal, précisa-t-il lorsqu'elle se mit en position de défense.

- Alors quoi ? Je viens de te dire...

- J'ai entendu. Seulement, j'ai le droit de savoir pourquoi tu mets en péril notre voyage. Bon sang, Neliel, as-tu oublié qu'on risque de ne pas en revenir indemnes ?

- J'ai promis de ne rien dire et je tiens toujours mes promesses. J'ignore l'ampleur des conséquences si je venais à tout te raconter, acheva-t-elle, recroquevillée sous le poids de sa responsabilité dont elle prenait pleinement conscience.

Pas insensible à cette image qu'elle renvoyait, Sora posa doucement les mains sur ses épaules, ce qui l'incita à relever la tête. L'intensité de son regard gris accentuée par la lueur de la torche au sol la fit frissonner.

- Je commence à me dire que tu n'es effectivement pas une traîtresse, reconnut-il, ce qui soulagea profondément Nel. Tu vas pourtant devoir en dévoiler davantage si ça peut nous aider à contrer la guerre qui nous attend tous.

En dépit de la gravité du sujet, Neliel dut se rappeler comment respirer. Elle ne se souvenait pas avoir déjà éprouvé pareille sensation en présence d'un homme.

- Quelle relation entretiens-tu avec l'empereur ? la questionna plus calmement Sora.

- Pas celle que j'aimerais avoir en tout cas, laissa-t-elle échapper avant de le regretter.

- Que veux-tu dire par là ?

La beauté verte tortilla ses doigts en posant son regard clair partout sauf sur lui.

- Nel, s'il te plaît, la pressa Sora.

Celle-ci accepta la défaite.

- L'empereur Eiji m'a demandé de protéger sa fille de Grimmjow et découvrir ce que ce... scélérat manigance. Nous correspondons régulièrement par messages codés, je le tiens informé de notre progression.

- Mais enfin, ça n'a aucun sens, répliqua le frère d'Orihime, perdu. Pourquoi toi ?

- J'ai une dette envers ton père qui a gardé un œil sur moi après la mort de ma famille, l'informa-t-elle, les larmes aux yeux.

C'est ainsi qu'elle lui raconta son histoire avec Grimmjow et l'enfer traversé après la mise à feu et à sang de son village.

- Après ça, je n'étais plus que l'ombre de moi-même. L'empereur, qui tenait mes frères en haute estime, a veillé à distance à ce que je ne manque de rien. Du moins, jusqu'à ce que je sois suffisamment forte pour reprendre ma vie en main. Je dois payer ma dette même si ça implique supporter la présence de Grimmjow, expliqua Neliel, les joues inondées.

Le cœur de Sora s'était alourdi durant son récit. Un profond ressentiment à l'égard de Grimmjow enflait en lui tandis que les pleurs de la pauvre femme s'intensifiaient. C'était en effet particulièrement difficile pour Neliel qui avait plus évoqué sa famille aujourd'hui qu'au cours des dernières années écoulées. Deux bras l'enlacèrent soudain. Ses yeux s'écarquillèrent.

- Je suis désolé, souffla Sora dans sa volumineuse chevelure. Tu es très courageuse car peu de personnes réussiraient à faire face à une telle situation.

- Je m'efforce simplement d'agir de manière à ce que mon père et mes frères soient fiers de moi, renifla-t-elle.

- Je suis sûr qu'ils le sont. Je déteste me confier mais je sais écouter. N'hésite pas si tu en as besoin.

- Je te remercie.

Neliel répondit timidement à son éteinte. Tous deux s'étaient rencontrés la veille, pourtant c'était comme s'ils se connaissaient depuis plus longtemps. Elle avait déjà vécu cela avec Ichigo, leur amitié était née très rapidement. Cependant, en comparaison, sa connexion avec Sora en cet instant était différente. Plus... profonde. La tête sur son épaule, elle parvint à se détendre peu à peu.

- Je m'excuse d'insister mais je ne comprends pas pourquoi Orihime n'est pas au courant que son père veille sur elle de loin, reprit sérieusement Sora en lui caressant le dos. Ce n'est pas comme si c'était une mauvaise chose.

- L'empereur est contre son mariage avec Grimmjow, il fait pour ainsi dire barrage à sa célébration mais il est mourant. L'empereur Eiji est persuadé que l'impératrice forcera Orihime à se marier quand il ne sera plus là pour la protéger.

- D'accord mais en quoi te demander de voyager avec ma sœur y changera quelque chose ? ne saisit-il toujours pas.

Nel se détacha de lui, lui lança un regard indéchiffrable et lui tourna le dos.

- Où tu vas ? s'étonna Sora.

- Je retourne au campement, nos affaires sont là-bas, dit-elle en ramassant la torche avant de s'éloigner. Ichigo et Orihime chan vont finir par s'inquiéter en ne nous voyant pas revenir.

Les sourcils froncés, Sora se demanda si elle se moquait de lui. Mettait-elle aussi abruptement fin à leur discussion si étrange soit-elle ?

- Attends !

Il la rejoignit à grands pas sous le couvert des arbres.

- N'étais-tu pas d'accord pour tout m'avouer ?

- Je t'en ai déjà trop dit, répondit-elle en écartant des branches basses.

- Uniquement des bribes d'informations, corrigea Sora en calquant sa marche rapide.

La jeune femme ne répondit rien, refusant de croiser ses yeux désormais.

- C'est l'avenir de ma sœur qui est en jeu et j'accepte de risquer ma vie pour la sauver ! craqua-t-il, frustré. J'ai le droit de savoir si d'autres choses se passent dans l'ombre et Orihime aussi ! Elle a suffisamment souffert, je croyais que tu avais au moins compris ça !

Neliel s'arrêta brusquement. Le corps tendu, le poing serré, elle pivota pour lui faire face. Le halo de la torche qui brûlait dans sa main droite mettait en lumière la tristesse sur son visage.

- Je l'ai parfaitement compris et c'est justement pourquoi j'agis de la sorte. Orihime chan ne doit pas être informée de mon rôle dans cette histoire. Tu dois me promettre de ne rien lui dire.

Sora ne contint plus son exaspération.

- Tu ne m'as pas écouté à l'instant ou quoi ?

- Si, mais c'est pour son bien, maintint Nel.

- Son bien ? s'étouffa-t-il presque. Orihime a vécu toute sa vie entourée de mensonges et tu me demandes d'en rajouter une couche ? Trahir sa confiance ?!

- Oui, confirma-t-elle sans ciller.

Sora resta sans voix. Le sens de cette conversation et surtout sa finalité lui échappaient totalement. Mentir à sa sœur alors que lui-même savait ce que cela faisait d'être blessé par quelqu'un de proche ?

- Je sais que tu es bien placé pour savoir ce qu'elle ressent, reprit Nel qui discernait une lutte interne dans ses yeux. Mais je t'assure que c'est pour le mieux, elle ne doit rien savoir, pas encore.

Sora la fixa quelques secondes.

- Donne-moi une seule bonne raison, dit-il, la voix instable.

Cette réponse rassura partiellement Neliel qui redoutait néanmoins sa réaction à venir.

- Prépare-toi à m'écouter attentivement dans ce cas. Autant te dire que tu ne vas pas aimer ce que tu vas entendre de ma bouche, le prévint-elle, très sérieuse.

{…}

Leurs langues tournoyaient en rythme dans la bouche de l'autre, leurs cœurs battaient à l'unisson, leurs mains se redécouvraient. Cette ardeur combinée à une excitation décuplée masquait néanmoins une appréhension grandissante. Aussi présente que soit l'envie de fusionner avec leur moitié, il s'agissait pour lui comme pour elle de leur première fois avec un être aimé. Une première fois accompagnée de son lot de questions et la crainte de ne pas s'y prendre comme il faut. Familière avec ce genre de sentiments, Orihime décida d'affronter non seulement les siens mais également ceux d'Ichigo qui, de par son caractère, n'admettrait sans doute jamais éprouver la même chose.

Elle décolla doucement ses lèvres des siennes et, tout en l'observant tendrement, posa une main sur sa joue humide. Les mots lui vinrent naturellement, ce qui la conforta dans son choix de franchir avec lui cette étape symbolique dans leur relation. Par ailleurs, Orihime était fière de pouvoir, à son niveau, rassurer l'homme dont elle était amoureuse sur un sujet aussi délicat.

- Tu sais que je suis de nature à toujours m'en faire, parfois à douter et même avoir peur, amorça-t-elle. Pour une fois, je n'ai pas envie de ressentir ça.

- Pourquoi tu me dis ça ? ne capta pas Ichigo, les mains crispées sur la taille de sa petite amie.

- Parce que toi et moi savons ce que nous voulons. Tu ne crois pas que ce serait plus facile de se laisser porter sans réfléchir ?

Le roux afficha une mine surprise qui le laissa muet. Orihime ignorait si elle avait visé juste ou complètement à côté. Lorsque Ichigo écrasa brusquement sa bouche sur la sienne comme s'il voulait la dévorer, elle eut la réponse. Ses grandes mains passèrent de sa taille à ses fesses pour la plaquer contre lui. La princesse prit véritablement conscience du membre rigide entre eux. Ses joues chauffèrent. Elle voulait tout connaître d'Ichigo y compris cette partie de lui.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Ichigo quand elle recula soudain.

- Est-ce que... je peux ? l'interrogea-t-elle dans un murmure à peine audible.

Mal à l'aise, Ichigo se gratta l'arrière de la tête en fixant un point opposé.

- Euh... ouais, si tu veux, parvint-il à articuler.

- Comment je... Tu veux bien... enfin..., bafouilla la belle en calant une longue mèche derrière son oreille.

Le fils Kurosaki reporta son attention sur elle. Elle était intimidée mais paraissait sûre d'elle. Lui-même n'était pas un expert, mais eut l'idée de prendre ses moments de plaisirs solitaires comme base. Il attrapa donc sa petite main dans la sienne pour la guider sous la surface, vers son érection. Après une faible inspiration, Orihime enroula lentement ses doigts fins autour de lui. Il frissonna tandis qu'elle se demandait comment procéder. Ce membre qu'elle osait à peine presser par crainte de lui faire mal était si chaud, dur et intimidant que la peur la traversa. Allait-il réussir à franchir son intimité sans que cela soit aussi douloureux que sa précédente expérience horrible ? Elle secoua la tête afin de chasser cette pensée. Ichigo souffla brusquement.

- Tu peux y aller, Orihime, fit-il en réponse à son air hésitant. Ta main, tu peux la bouger plus rapidement.

- Oh, je n'ai pas fait exprès, j'étais dans mes pensées.

Elle n'avait effectivement pas remué volontairement.

Ça doit être l'instinct, songea-t-elle.

- Alors reste avec moi.

- Um ?

Ichigo dégaina un regard particulièrement ardent qui la réchauffa jusque dans l'entrejambe. Dans cette source, Orihime crut fondre.

- Comme tu l'as dit, pas besoin de se prendre la tête, continua le jeune homme en la libérant pour la laisser poursuivre seule.

Adhérant à ses paroles, Orihime entreprit de faire glisser sa main le long de son érection. Les gémissements de son roux entrecoupés par sa respiration difficile lui donnèrent des ailes. Elle augmenta la vitesse de son poignet, gagnée par une nouvelle fierté : faire un tel effet à Ichigo qu'elle trouva terriblement beau dans ce moment d'abandon. Tout en maintenant l'allure sur son sexe qui palpitait dans sa paume, elle osa courageusement prendre en coupe la paire qui se balançait dessous. Ichigo l'arrêta immédiatement.

- J'ai fait quelque chose de mal ? s'inquiéta-t-elle.

Il fallut un instant à Ichigo avant de répondre. C'est-à-dire le temps nécessaire pour empêcher sa semence de gicler dans l'eau.

- Non, au contraire. Juste pas comme ça, c'est trop tôt.

- Tu ne veux plus aller jusqu'au bout ? déduit-elle, déçue.

Trop excité pour la contredire, Ichigo l'embrassa avec une ferveur qui la fit couiner. Bordel, autant passer aux actes pour se faire comprendre. Ils étaient nus, à moitié immergés dans cette eau chaude, la vapeur les faisaient transpirer, l'air leur causaient des frissons, tout ça derrière une petite cascade offrant une barrière naturelle qui les cachaient aux yeux du monde. Ajoutés à ces conditions bien réunies, tous deux voulaient faire l'amour, leur désir était presque palpable et pour couronner le tout, sa petite amie était même déçue (vraiment déçue !) qu'il fasse « machine arrière ». Comme si c'était possible dans un tel contexte !

Toutes ces pensées ravivèrent un souvenir ancré à jamais dans la mémoire d'Ichigo : Orihime se procurant du plaisir en gémissant son prénom juste avant qu'il ne signale sa présence. Bon sang, elle avait presque joui dans ses bras lorsqu'il l'avait encouragée à se caresser elle-même. Cette scène encore fraîche décupla l'excitation d'Ichigo qui grogna.

Orihime nota un changement chez lui qui était loin de lui déplaire et pour cause : son petit ami lui donnait l'impression de vouloir aspirer tout l'air dans ses poumons tandis qu'il mouvait son bassin. A travers cette impatience, elle comprit que l'union tant attendue allait enfin se produire.

La suite lui prouva qu'il lui faudrait encore patienter.

Le baiser diminua en intensité pour devenir plus lent et passionné. Les doigts dans ses cheveux orange hérissés, Inoue y transmit tout l'amour qu'elle pouvait. Leurs langues se cherchaient, se trouvaient, se frôlaient entre leurs lèvres humides. Ne pouvant se passer d'oxygène plus longtemps, Ichigo s'approcha de l'oreille de sa petite amie, qui le gratifia d'un doux miaulement. Satisfait, le roux quitta ses fesses rebondies afin de stabiliser ses mains sur ses seins qu'il soupesa avant de les presser l'un contre l'autre. Tempe contre tempe, la princesse soupira de plaisir, notamment quand il alterna entre pincer et rouler ses tétons entre le pouce et l'index.

Ses yeux dans ceux de sa belle, Ichigo se baissa vers sa cible et, sans ciller, suça ses mamelons à tour de rôle avec une avidité qu'elle lut aisément dans ses orbes bruns. Orihime se tortilla, se délecta de ce traitement fort agréable qu'il lui procurait. Comme la dernière fois, Ichigo mordillait, massait, léchait, palpait sa poitrine. Le dos toujours contre la paroi, assise sur le banc de roches, la beauté auburn pressa la nuque de sa moitié, ferma les yeux puis se cambra pour s'offrir à lui et profiter au maximum de ces exquises sensations.

Fermement maintenu contre cette chair abondante, Ichigo ne se fit pas prier pour la savourer comme il se doit. Ses lèvres, son nez, ses dents, sa langue, ses mains se délectaient de ces seins aussi attirants qu'envoûtants. Bientôt cependant, l'étape suivante en tête, Ichigo se redressa. Orihime saisit l'occasion pour lui voler un baiser et se mit à rire lorsque sa main droite descendit de son sein à son ventre qu'il chatouilla. Ichigo n'agissait évidemment pas ainsi par hasard. Quelque part, Orihime savait ce qui allait se passer. Ichigo tournoya un court instant autour de son nombril pour finalement plonger sa main dans l'eau.

- Orihime, tu es d'accord pour que je... ?

- Oui, le coupa-t-elle, un peu rouge. C'est la suite logique, n'est-ce pas ?

- Pas si tu n'es pas à l'aise avec ça, répliqua-t-il très sérieusement.

- Ça va et je ne dis pas ça pour te faire plaisir, assura la jeune femme.

Ichigo scruta son visage, prêt à traquer le moindre signe d'inconfort. Il écarta davantage les cuisses de sa belle et expérimentalement, inséra un doigt en elle. Un violent frisson parcourut le corps d'Orihime qui se mordit la lèvre pour s'empêcher de crier son bonheur de vivre une telle expérience. Contrairement aux apparences, Ichigo livrait une rude bataille intérieure. Elle était si étroite, douce et chaude qu'il devait déployer de gros efforts pour ne pas la pénétrer avec son sexe dont l'érection devenait douloureuse. Il se raisonna et commença à déplacer son doigt. La sentant très réceptive et ne décelant pas de gros malaise comme l'autre fois, Ichigo tenta de glisser un deuxième doigt et, avec son pouce, appuya avec précaution sur le petit bourgeon au sommet de son intimité.

Agrippée à ses robustes épaules, la tête dans son cou, les gémissements d'Orihime devinrent plus forts. Elle mouva à son tour son bassin contre la main de son petit ami qui entrait et sortait plus activement ses doigts. D'ailleurs, ce dernier la sentit se contracter en même temps qu'elle plantait ses ongles dans sa peau. En effet, Orihime était proche, si proche de la jouissance qu'elle désirait tant atteindre. Elle devait se laisser aller mais que se passerait-il ensuite ? Son corps meurtrit parviendrait-il à s'autoriser un tel paroxysme consenti cette fois ?

- Lâche prise, lui chuchota Ichigo.

Deux mots simples mais efficaces qui firent tomber les dernières barrières d'Orihime. La tête rejetée en arrière, un son qu'elle ne reconnut pas remonta sa gorge alors qu'elle se laissait posséder par son orgasme. Son extase était telle qu'elle glissa, forçant Ichigo à enserrer son bras libre autour d'elle pour la maintenir contre lui. Fier qu'elle se soit libérée de la dernière chaîne de son passé qui l'entravait, il se retira lentement d'elle.

Toujours positionné entre ses jambes, Ichigo plaça ses mains derrière ses cuisses afin de la soulever. Leurs iris de nouveau connectés, ils se comprirent sans qu'aucun mot n'ait besoin d'être prononcé. Ils échangèrent un baiser pendant lequel Ichigo frôla son entrée luisante avec son membre sensible. Orihime approfondit leur échange ponctué d'un petit miaulement bien à elle. Prenant ça pour une invitation à poursuivre, Ichigo la pénétra d'un mouvement fluide. Son grognement de satisfaction cassa le baiser. Putain, ça valait la peine d'attendre ! Orihime l'accueillait pleinement, les muscles intimes l'entouraient comme une gaine. En clair, c'était aussi bon qu'il l'avait imaginé, voire plus. Sans perdre davantage de temps, il amorça des va-et-vient. Leurs gémissements se mêlaient, leurs corps claquaient l'un contre l'autre dans un son amplifié par l'eau qui éclaboussait autour d'eux. L'énergie qu'Ichigo mettait dans l'acte poussa Orihime à prendre le relais en ondulant son bassin, ce qui fit rebondir ses seins à chaque mouvement.

Ichigo palpa encore ses fesses pour la ramener au plus près de lui et reprendre le contrôle de l'action en cours. Plus profond, plus vite, plus fort. Orihime se nourrissait des gémissements de son petit ami qui résonnaient avec un réel plaisir à ses oreilles. Comme elle, il vivait complètement ce moment charnel qui n'appartiendrait qu'à eux à jamais.

Après un ultime coup de reins, fermement accroché à sa princesse, Ichigo jouit en elle dans un geignement rauque qui fit vibrer l'air. Épuisé, sa tête rousse retomba sur l'épaule de sa moitié qui entreprit de lui caresser les cheveux. Orihime n'avait pas eu de second orgasme, toutefois cela n'avait aucune importance. Car elle avait trouvé quelque chose d'inestimable fermement serré dans ses bras : l'Amour.

Pas pressés de se séparer, Ichigo et Orihime restèrent ainsi avec la même pensée : ils ne pouvaient pas retrouver ce qu'ils avaient perdu, mais en revanche tout faire pour garder ce qu'ils partageaient. La vie ne leur avait pas fait de cadeau, certaines épreuves si douloureuses qu'ils auraient pu ne pas s'en relever. Cependant à deux, ils pouvaient faire face à ce qui les attendait dans un avenir proche ou lointain. Pour l'heure, tout ce qui comptait était cette bulle d'apaisement, parenthèse de bien-être avant de reprendre la route et se confronter inévitablement à la dure réalité.

{…}

- Qui venez-vous voir ?

- Une amie.

- Quel est son nom ?

- Qu'est-ce que ça change que je vous le dise ou non ? C'est pas comme si vous alliez nous suivre jusqu'à sa porte pour vérifier, si ?

- C'est la procédure, chacun doit s'y plier.

- C'est vous qui allez finir plié en deux si vous ne nous laissez pas passer !

- Arisawa, il fait juste son travail pour éviter que n'importe qui entre dans la ville.

- Son travail ?! Tu crois vraiment que c'est avec ce genre de question pourrie qu'il va reconnaître un innocent d'un meurtrier par exemple ? Tu plaisantes, Kuchiki.

Rukia soupira et ne dit plus rien pour ne pas envenimer les choses. Voilà quelques heures qu'avec Renji, Sado et Uryu ils avaient quitté le Seireitei. Le départ était initialement prévu deux jours avant, seulement Isshin, qui souhaitait se joindre à eux, leur avait demandé de le décaler à aujourd'hui. En effet, il ne pouvait planter ses patients du jour au lendemain. Sauf qu'à l'aube, alors que Rukia et les autres se tenaient prêts à entamer ce court voyage, aucune trace du père de famille. Plus étrange encore, personne n'avait la moindre idée de l'endroit où il se trouvait. Déconcerté mais déterminé, le groupe des cinq amis n'eut d'autre choix que de partir sans lui. C'est ainsi qu'animés par la mauvaise humeur de Tatsuki que leurs pas les menèrent aux portes de Nargoya, toujours aussi fidèlement gardée. Le garde armé sur lequel ils tombèrent fit les frais de la colère croissante de Tatsuki. Imperturbable car en ayant vu d'autres, il se détourna carrément d'elle pour plisser ses yeux méfiants sur Renji.

- Ta tête me dit quelque chose, toi, grogna-t-il.

- Ah ouais ? Bizarre, c'est la première fois que je viens ici, répliqua Renji d'un air détaché en se grattant la tête. Vous devez confondre.

- Ça, j'en doute, rétorqua l'autre homme en pressant son sabre. Une chevelure comme la tienne, ça s'oublie pas.

- C'est pourtant le cas puisque vous n'avez rien à lui reprocher. Vous allez provoquer Abarai en duel sans la moindre preuve ou enfin nous laisser passer ?! s'emporta Tatsuki.

Ishida vint presser doucement sa main pour l'inciter au calme. En croisant ses yeux bleus, elle comprit et fit en sorte de diminuer la pression qui l'étouffait presque. Le garde, quant à lui, les observa avec le même air soupçonneux. Finalement, n'ayant aucun grief contre eux, il s'écarta pour leur permettre d'entrer dans la ville. Renji qui savait où se situait la maison de Rangiku prit la tête, Rukia à ses côtés.

- On a eu chaud, souffla-t-il.

- A qui le dis-tu, soupira-t-elle encore.

L'ambiance au cœur de Nargoya était radicalement différente de l'hostilité à l'extérieur. Il fut bientôt évident qu'il s'agissait d'un jour de fête. Les rues grouillaient de monde, la plupart parés de leurs plus beaux kimonos, des stands variés se dressaient ici et là, de la musique s'élevait dans l'air, un mélange d'odeurs alléchantes chatouillait les narines et ils virent même des gens préparer des lanternes sans doute destinées à être allumées dès la nuit tombée.

- Une ambiance aussi légère, ça fait du bien, sourit Sado.

- En effet, cela nous rappelle combien il est important de profiter des choses simples, l'approuva Rukia, l'œil brillant.

- Ouais, c'est vrai, ajouta Renji. Avec tous nos problèmes, on en viendrait presque à oublier ce genre de moments.

Uryu lança un regard en biais à sa fiancée qui fixait droit devant elle, les poings serrés. Pour Tatsuki, voir tous ces habitants aussi insouciants alors que leur future impératrice était menacée de mort, c'était révoltant ! L'idée de crier la vérité sur Miyako et provoquer un soulèvement du peuple lui traversa l'esprit.

- Je sais à quoi tu penses, tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas la solution, lui murmura Uryu, peiné de la voir ainsi.

- C'est plus fort que moi. Sans cette horrible femme, tant de vies seraient différentes ! A cause d'elle, Orihime est dans la nature avec Grimmjow, on ignore si elle va bien et ces gens font la fête comme si de rien n'était !

- Kurosaki l'a sûrement retrouvée depuis.

- C'est ce qu'on veut croire mais en réalité, on n'en a aucune idée ! rétorqua-t-elle. Tout ce que je vois moi, c'est qu'Orihime a morflé toute sa vie et même loin de chez elle, elle n'a pas de répit !

- Aucun de nous ne soupçonnait le calvaire d'Inoue san. Elle a préféré prendre sur elle pour n'impliquer personne, la raisonna-t-il.

- Y compris moi, sa meilleure amie qu'elle a préféré tenir à l'écart.

- Je suis certain qu'elle pensait agir pour le mieux, te protéger et...

- C'est bon, Uryu ! s'irrita-t-elle. Laisse tomber, tu veux ? Ce qui compte, c'est de venir en aide à Orihime. Au lieu de partir à sa recherche, nous sommes venus nous enterrer ici alors j'espère vraiment que cette Matsumoto pourra nous être utile. Sinon...

Sa phrase inachevée, Tatsuki s'enferma à nouveau dans le mutisme, ses pensées négatives toujours actives. Évidemment, son attitude avait un impact sur les autres qui n'osaient plus trop lui adresser la parole par crainte de se faire bouffer.

- Arisawa est d'une humeur massacrante depuis des jours, releva Renji à voix basse après lui avoir jeté un coup d'œil. Une vraie bombe à retardement, j'ai presque l'impression d'être avec Ichigo version fille. Je comprends qu'elle s'inquiète pour Orihime san, mais là...

- Il n'y a pas que ça, se désola Rukia tandis qu'ils montaient une pente douce. Je pense que c'est un tout.

- C'est-à-dire ?

- Eh bien, Arisawa n'est pas du genre à se confier comme tu le sais. Je crois néanmoins que l'impératrice Miyako a marqué sa vie douloureusement d'une façon ou d'une autre, supposa la petite Kuchiki, songeuse. Constater que l'impératrice n'a pas du tout changé et s'en prend aujourd'hui aussi cruellement à Inoue -qu'elle considère comme sa sœur- doit en quelque sorte attiser l'instinct protecteur d'Arisawa et aussi celui de...

- Vengeance ? acheva son fiancé. Si c'est le cas, le pire est à venir parce qu'elle a quand même failli démolir ce garde tout à l'heure.

- Ce ne sont que des suppositions, Renji.

- Ouais, ben, ce que je sais moi, c'est qu'on devrait être en train de préparer notre mariage, grommela-t-il. J'espère que cette histoire va vite se tasser qu'on puisse reprendre nos vies sans l'impératrice et ses plans foireux.

Amusée par son expression bougonne, Rukia l'incita à se baisser pour lui planter un discret bisou sur la joue.

Ils progressèrent encore un peu en profitant visuellement des festivités. L'élégante maison de Rangiku ne tarda pas à se dessiner dans leur champ de vision et fit son petit effet.

- Cette demeure est magnifique, déclara Uryu, impressionné. J'ai entendu parler de la richesse de Nargoya et cela se confirme.

- C'est vrai qu'elle est jolie, renchérit Sado. Matsumoto san a un sens du goût prononcé, c'est certain.

Ils s'engagèrent tous dans la grande cour arborée pour s'annoncer.

- Je te conseille de l'appeler par son prénom si tu veux rester entier mon vieux, le prévint Renji.

- Nous ne la connaissons pas, c'est irrespectueux, contesta Uryu en remontant ses lunettes.

- Rangiku san ne s'embarrasse pas de ça, rejeta Renji en bâillant largement avant de frissonner. De toute façon, elle est mariée.

- Et alors ?

- Et alors, Ishida, son nom de famille est désormais celui de son mari.

- Ça ne change rien au fait que...

- Rah, putain, tu vas me les briser encore longtemps ? s'agaça Renji pendant que Tatsuki frappait à la porte. Si tu tiens tant que ça à l'appeler « Matsumoto san », libre à toi ! Mais viens pas te plaindre si tu te retrouves avec la mâchoire de travers !

Uryu serra les dents. Abarai était aussi exaspérant que son insupportable cousin.

- On aurait peut-être dû la prévenir de notre arrivée, réalisa Rukia. Qu'allons-nous lui dire ?

- La vérité, trancha son fiancé. De toute façon, on ne l'avait pas non plus prévenue la dernière fois et elle nous a très bien accueillis avec Ichigo et Orihime san.

La porte s'ouvrit à cet instant sur une personne inattendue.

- Qui êtes-vous ? demanda froidement ladite personne.

- Et toi, petit ? retourna Renji, intrigué. Tu n'étais pas là quand je suis venu l'autre fois.

Une veine sur la tempe, la personne se crispa.

- « Petit » ? répéta-t-elle.

- Bah, tu sais... c'est que... comment dire ? T'es pas grand, quoi, s'emmêla Renji, conscient de fouler un sujet en terrain miné. Enfin, pas un minus non plus mais par rapport à moi, t'es pas un homme... pas encore... Tu dois avoir quoi, dix ans ?

Les bras croisés, Rukia expira bruyamment. Son futur mari pouvait être un tel idiot parfois.

- Baka, tu t'enfonces, lâcha-t-elle, blasée. Il est évident que ce garçon a au moins douze ans.

- Hum... je dirais neuf ans, moi, intervint Sado.

- Je suis de l'avis de Kuchiki san, ce garçon doit avoir douze ans, s'incrusta Ishida sur un ton d'expert, le majeur au centre de sa monture.

- J'ai quatorze ans ! s'écria le garçon, une veine palpitante de colère sur le front.

La stupéfaction régna.

- Comme quoi, la taille ne fait pas tout. N'est-ce pas, Renji ? chuchota Rukia avec un sourire taquin.

Vexé, il ne dit rien préférant regarder ailleurs.

- Tu dois être Abarai Renji, ajouta le garçon, ses yeux aussi froids que perçants rivés sur lui. Mes parents vous attendent.

- Tes parents ?!

- Je suis Toshiro, se présenta-t-il sobrement sur le même ton glacial. Entrez, ajouta-t-il en se détournant.

- Aussi chaleureux que ton frère, hein Rukia ? se moqua Renji.

Un coup de coude bien senti le fit efficacement taire. Pas du tout intéressé par leurs chamailleries, Toshiro patientait dans la vaste entrée. D'après les traits crispés de son visage, les allusions sur sa taille ne passaient toujours pas. La réalité demeurait pourtant là. De taille très moyenne, les cheveux blancs et courts et les yeux d'un bleu surprenant, seule sa voix grave permettait de supposer qu'il était effectivement adolescent. En tout cas, comme Renji l'avait souligné, aucune chaleur ne se dégageait de lui à l'image de Byakuya.

- Refermez bien derrière vous et suivez-moi, les pria Toshiro dès qu'ils se déchaussèrent.

Il coulissa une porte et disparut dans les profondeurs de la maison. Le groupe lui emboîta le pas en prenant bien soin de verrouiller comme exigé. Tous sauf Renji admirèrent la belle décoration dans le couloir qui menait au salon où un feu brûlait dans la cheminée, baignant la pièce d'une vive couleur jaune orangé. Assis autour de la petite table se trouvaient Rangiku, Gin et...

- Kurosaki san ?! s'étrangla Tatsuki. Bon sang mais qu'est-ce que vous faites là ? On vous a attendu ce matin !

Le ton était donné. Tout comme Gin et Rangiku, Isshin se mit sur ses pieds. Toshiro, lui, se tenait assis en tailleur dans un coin, yeux clos, bras croisés.

- J'ai de bonnes raisons, dit doucement Isshin qui s'attendait à cette réaction.

- Lesquelles ?

- Nous allons discuter mais avant toute chose, soyez les bienvenus, les accueillit Gin avec un large sourire. J'espère que votre route n'a pas été semée d'embûches.

- Aucun problème jusqu'à l'entrée de la ville, répondit Sado.

- Certains gardes sont plus méfiants que d'autres, souligna Ichimaru.

- C'est le cas de le dire, s'enflamma Tatsuki. En attendant, on ne sait toujours pas pourquoi vous êtes là, reprit-elle à l'adresse d'Isshin. C'est vous qui avez suggéré que nous venions ici avant de marcher vers le palais. Pourquoi avoir fait le voyage en solo et nous planter sans prévenir ?

- On s'est inquiétés, avoua Rukia. Personne ne savait où vous étiez en plus.

- Je suis navré, s'excusa le paternel. C'était nécessaire, Rukia chan.

La dernière fibre de retenue de Tatsuki craqua.

- Nécessaire ? tonna-t-elle. On vous fait confiance en acceptant de faire un détour par ici sans savoir pourquoi exactement, vous disparaissez sans raison pour finalement réapparaître, tout ça parce que c'était nécessaire ?! Vous réalisez que la vie d'Orihime est en danger ?! Qui sait ce qu'elle doit subir en ce moment !

- Je suis conscient que tu dois être morte d'inquiétude pour elle, reconnut le père Kurosaki. Inutile d'imaginer le pire pour autant.

- Elle est avec Grimmjow qui veut la tuer !

- Mon fils est avec elle.

- Vous n'en savez rien ! Des jours qu'Ichigo est parti et on a aucune nouvelle !

- J'en sais plus que vous, c'est pourquoi je pense que tu devrais te calmer et me laisser parler, répliqua sérieusement Isshin. Je ne connais pas Orihime chan aussi bien que toi, mais tu sais que je ne suis pas du genre à laisser mourir une jeune femme sans réagir.

- Vous nous avez empêchés de partir à sa recherche, lui balança-t-elle sur un ton de reproche. En quoi venir ici peut être utile à Orihime ?

- Tu n'as d'autre choix que de me faire confiance quand je dis que nous sommes là où nous devons être, toi y compris.

La tête baissée, la meilleure amie d'Orihime serra dents et poings et ne prononça plus un mot. Les autres se sentaient pris entre deux feux : d'un côté leur compréhension à l'égard de l'inquiétude presque douloureuse de Tatsuki et de l'autre, leur curiosité grandissante sur ce qu'Isshin avait à leur dire.

- Je propose que nous parlions autour d'un bon verre de saké ! tempéra Rangiku en filant vers la cuisine. Prenez place, je vais chercher de quoi grignoter en attendant le déjeuner.

Comme un signal, Renji, Uryu, Sado et Rukia réalisèrent n'avoir rien avalé depuis des heures et s'installèrent avec Isshin et Gin. Tatsuki, elle, resta debout. Il se passait quoi au juste ? On tardait à répondre à ses questions et voilà que maintenant, ils s'apprêtaient tranquillement à passer à table ! Merde, chaque minute de perdue équivalait une espérance de vie raccourcie pour Orihime !

- Arisawa san, ne veux-tu pas t'asseoir avec nous ? l'invita Gin en pointant une place vide.

- Comment me connaissez-vous ? s'étonna-t-elle.

- Je lui ai parlé de vous ainsi qu'à sa femme, l'éclaira Isshin. Je ne suis pas venu sans vous par hasard. Si tu veux bien te joindre à nous, je vais tout vous expliquer.

Les nerfs toujours à vif, Tatsuki accepta de se poser avec eux, bien décidée à tirer toute cette histoire au clair. Gin servait un verre à tout le monde au moment où sa femme revenait de la cuisine avec un énorme plateau contenant divers assortiments salés. Elle le posa sur la table avant de se laisser choir entre Rukia et Sado.

- Tu ne veux pas venir avec nous, Shiro ? lança Rangiku, penchée en arrière pour mieux le voir.

Une autre veine se dessina sur le front de son fils.

- Arrête de m'appeler comme ça ! Et je n'ai pas faim.

- Comme tu veux, Shiro chan ~, abandonna-t-elle en lui envoyant un bisou en cœur qui fit bouillonner Toshiro.

- Pour commencer, je suis content que vous alliez tous bien et je suis désolé de vous avoir fait faux bond, s'excusa Isshin.

- Pourquoi avoir agi ainsi ? le questionna son neveu, les flammes dans l'âtre se reflétant sur ses verres. Tu avais forcément une bonne raison.

- Plusieurs, Uryu. Déjà, pour votre sécurité.

- Notre sécurité ? ne saisit pas Rukia en piochant un petit-four.

- La tête d'Ichigo est toujours mise à prix, leur rappela le médecin. Une personne aurait pu me reconnaître comme étant son père et, poussée par la récompense, s'en prendre à moi, vous mettant ainsi en danger.

- D'accord, ça se tient, admit Tatsuki, la seule avec Uryu à n'avoir pas touché à son verre. Mais pourquoi avoir voulu nous accompagner dans ce cas ?

Isshin poussa un long soupir.

- Je n'ai jamais eu l'intention de partir avec vous, seulement vous aiguiller sur la piste de Rangiku. Mise à part la raison que je viens de vous donner, je voulais la prévenir moi-même de votre intention.

- Sauver Inoue d'une mort certaine, comprit Sado.

- Oui. J'avais aussi l'espoir qu'elle vous dissuade de vous lancer dans cette mission dangereuse, préférant que vous nous laissiez agir. Hélas, Rangiku n'est pas de cet avis, déplora-t-il en jetant un coup d'œil à l'intéressée.

- En effet, renforça Rangiku en reposant la bouteille. Je pense que chacun de vous peut jouer un rôle dans cette histoire tant que votre sécurité est préservée. Miyako est plus dangereuse que vous ne le croyez.

- Ce mariage mortel est loin d'être la seule idée horrible qu'elle ait eue, ajouta Gin sur un ton qui jeta un froid.

- Qu'est-ce qui peut être pire que de condamner son propre enfant a une mort aussi cruelle ? questionna Renji, écœuré. Cette femme a carrément poussé sa fille a fuir, Orihime san aurait pu y passer dès le début de son voyage. Sa mère n'est qu'un monstre.

- Nous sommes tous d'accord sur ce point, nous allons y revenir. Sachez d'abord qu'Ichigo a retrouvé la piste de Grimmjow et d'Orihime chan, l'empêchant ainsi de l'emmener de force au palais, leur annonça le père Kurosaki avec un petit sourire.

Tatsuki n'en crut pas ses oreilles.

- Orihime est hors de danger ? articula-t-elle, la voix tremblotante.

- Sa mère reste toujours une menace mais actuellement oui, elle va bien, lui assura le médecin.

Tatsuki fut tellement soulagée que des larmes inondèrent ses yeux. Les mains crispées sur ses genoux, elle se mordit la lèvre pour pudiquement taire sa vive émotion. Elle ne doutait pas qu'Ichigo avait méchamment botté le cul de ce salaud de Grimmjow qui, à ses yeux, méritait une castration pure et simple. Minimum.

- Je savais qu'Ichigo la retrouverai, sourit Sado.

- Reste à savoir si Grimmjow est encore entier, se moqua Renji avant d'engloutir un morceau de pain.

- Si Ichigo a réalisé ses sentiments pour Inoue, rien n'est moins sûr, intervint Rukia. Quoi qu'il en soit, c'est une excellente nouvelle.

- Mon cousin ne pouvait pas tomber amoureux d'une femme plus différente de lui, soupira Uryu. Pauvre Inoue san.

- Les opposés s'attirent parfois, regarde Arisawa et toi.

- C'est censé vouloir dire quoi, Abarai ? se hérissa Ishida.

- Renji, tu te souviens qu'Orihime chan était à la recherche d'une personne quand tu l'as rencontrée ? les interrompit fermement Isshin.

- Oui. Elle n'avait aucune piste que ce soit un nom ou même une ville dans laquelle commencer à chercher.

- Eh bien malgré ce manque crucial d'informations, elle a retrouvé cette personne. Il s'agit de son frère aîné.

Il y eut un énorme blanc. Même Renji cessa de mâcher.

- Orihime n'a pas de frère, prononça Tatsuki aussi choquée que les autres.

- Si, elle en a un et il s'appelle Sora, affirma Matsumoto très sérieuse. Étant l'une des rares personnes au courant de son existence, j'ai personnellement révélé ce secret à Orihime lors de son passage ici.

- Le jour où avec Ichigo on a découvert sa véritable identité ? Après la dispute qui a éclaté ce jour-là entre eux, ça a dû faire beaucoup a encaisser pour elle, compatit Renji. Pour le coup, Ichigo a été encore plus con que je le pensais.

- Quelle dispute ? s'intéressa Tatsuki, finalement tentée par l'appétissant plateau.

- Disons qu'Ichigo a mal réagi quand il a su que Kana était en réalité Orihime san.

- Le plus important est que Sora accepte d'aider Orihime à réduire à néant le plan de Miyako, les recentra Rangiku.

- Comment savez vous tout ça Matsu... enfin, Rangiku san ? se renseigna Ishida sans prêter attention au sourire narquois de Renji.

- Nous sommes en contact avec de vieux amis à moi, révéla Isshin en croisant les bras. Ils nous tiennent au courant de leur progression. C'est également d'eux que nous tenons toutes les informations que nous venons de vous transmettre. Nous aurons bientôt les détails de vive voix.

- Vous voulez dire..., débuta Rukia, les yeux écarquillés.

- Oui, Orihime chan, Kurosaki Ichigo, leur amie Neliel et Sora sont en route vers Nargoya, confirma Gin.

Un sentiment de joie se diffusa autour de la table. Tant qu'Orihime resterait auprès d'eux, l'impératrice ne pourrait pas mettre son plan à exécution, ce qui leur donnait davantage de temps pour la contrer.

- Une fois que Kisuke et Yoruichi nous aurons rejoints, nous pourrons lancer des phases du plan destiné à mettre l'impératrice hors d'état de nuire, poursuivit Isshin.

- Quel est ce plan ? l'interrogea Sado, perplexe en raison du mystère émanant du père de famille.

- Nous vous le dévoilerons en temps voulu, précisa Gin qui préférait ne pas s'épancher. Il nous reste des détails à régler en raison de quelques imprévus, nous faisons au mieux pour que ça ne traîne pas trop.

- Ce dont vous pouvez être certains, c'est qu'il est hors de question d'abandonner Orihime à son sort, jura Rangiku, une lueur déterminée au fond de ses yeux bleus. J'ai été contrainte de l'abandonner une fois aux griffes de sa mère, je ne compte pas recommencer.

Tatsuki ne put empêcher un sourire de naître sur son visage. Sa tension avait diminué, dénouant le gros nœud dans son estomac. En s'arrêtant dans cette ville, elle s'attendait à devoir tout expliquer à Rangiku et batailler pour la convaincre de les aider à faire tomber l'impératrice. Le fait qu'elle, son mari, Isshin et leurs amis soient déjà tout disposés à leur prêter main-forte leur faisait gagner un temps précieux, et lui enlevait un sacré poids des épaules. En plus, un plan était en marche, leur mission prenait enfin forme ! Des moyens allaient être utilisés pour éviter à Orihime une mort certaine et c'est tout ce qui intéressait Tatsuki.

Par ailleurs, elle conservait en mémoire de brefs souvenirs de Rangiku qu'elle avait autrefois croisée au palais lorsqu'elle était enfant, et Orihime lui parlait souvent d'elle à cette époque. Par conséquent, Tatsuki lui faisait confiance et était prête à tout pour permettre à sa meilleure amie de reprendre le contrôle de sa vie.

- Il y a autre chose que vous devez savoir, les avertit Rangiku en attardant son regard sur Tatsuki.

- Ça concerne Orihime ? demanda cette dernière gagnée par un mauvais pressentiment.

- D'une certaine manière, oui, répondit la femme de Gin. Nous ignorons pourquoi exactement mais Grimmjow fait également partie de leur groupe. Lui aussi franchira bientôt la porte de cette maison.

{…}

- Neliel san a l'air peinée.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Regarde-la, c'est évident, non ?

- C'est pas cette évidence qui me saute aux yeux, tu vois.

- Um ? Oh non, tu continues !

- Quoi ?

- Tu le sais très bien. Cesse de défier ces hommes du regard, tu veux ?

- Qu'ils commencent par rester à distance alors !

- Pfff...

La fin d'après-midi était déjà là. Après leur agréable moment intime cette nuit, Ichigo et Orihime avaient trouvé Nel et Sora endormis près du feu, et en avaient fait autant blottis l'un contre l'autre. Tous quatre s'étaient remis en route au lever du soleil dans une atmosphère plutôt oppressante. Cela se confirma lorsque Orihime nota un changement chez Neliel et Sora distants physiquement (ils ouvraient la marche à trois mètres l'un de l'autre) et dans leurs pensées. Persuadée qu'un malaise planait, la belle ne put s'empêcher de songer qu'en réalité, ils avaient fait semblant de dormir la veille au soir.

Après des heures de marche, ils avaient enfin atteint Hamamatsu, ville pour le moins craignos qui donnait des envies de meurtres à Ichigo. En l'espace de cinq minutes, il avait déjà dû massacrer deux imbéciles qui voulaient sa tête en échange de la récompense promise sur l'avis de recherche. Comme si ça ne suffisait pas, une cinglée l'avait pris en chasse car elle tenait absolument à lui donner son sous-vêtement en souvenir. En souvenir de quoi ? Ichigo n'en avait aucune idée et s'en tapait royal. Cette tarée l'avait coursé dans plusieurs rues en criant son amour pour lui, son « souvenir » en main. Orihime, Neliel et Sora avaient tenté de raisonner cette femme de toute évidence dérangée, sans succès. La honte totale mais ce n'était pas le pire.

A peine débarrassé de la folle cul nu, Ichigo avait successivement collé son poing dans quatre mâchoires appartenant à des gars qui avaient osé reluquer, siffler ou approcher Orihime et Neliel avant que les concernées puissent réagir. Lorsqu'un cinquième osa toucher les fesses de sa petite amie, Ichigo le cogna si fort et si vite qu'Orihime ne put compter le nombre de dents qui volèrent.

Elle venait seulement de calmer son volcanique roux qui maudissait Urahara pour son choix d'escale plus que douteux. La princesse, pour sa part, avait autre chose en tête. Le port Morayachi, point de rendez-vous avec leurs amis et Grimmjow, n'était plus très loin d'après l'air de plus en plus iodé. Aussi décida-t-elle de lever le voile sur ce qui contrariait autant son frère et Nel avant d'y arriver.

- C'est curieux, je croyais que Sora nii aimait bien Neliel san, dit soudain Orihime. Peut-être qu'il s'est déclaré et qu'elle l'a rejeté, imagina-t-elle tristement.

- Tu crois pas que tu tires des conclusions hâtives pour pas grand-chose ? grogna Ichigo en veillant à ce que tous les mâles qu'ils croisaient gardaient bien leurs yeux au fond de leurs poches. Des tas de raisons peuvent expliquer leur état comme la tronche de cette satané ville par exemple.

- Umm... Je sens qu'il se passe quelque chose, maintint la beauté auburn, soucieuse. Tu n'as pas remarqué comment mon frère regardait Neliel san ? Elle lui plaît, ça crève les yeux.

- Euh... tu sais, moi ces choses-là..., se défila le fils Kurosaki, mal à l'aise.

- Tu devrais parler à Neliel san et moi à Sora nii.

- Quoi ? Et pour lui dire quoi ? On devrait surtout se mêler de nos affaires. On a franchement de quoi faire et de toute façon, Nel sait où me trouver si elle veut se confier.

- Elle doit sûrement attendre que tu viennes à elle, souligna Orihime.

- Alors ça, j'en doute, rejeta-t-il d'emblée. Je ne suis pas le genre de gars qui tend le mouchoir et réconforte.

- Tu as bien réussi avec moi, mit-elle en évidence avec un petit sourire.

- Ça n'a rien à voir et tu le sais, Orihime, perdit-il patience.

- Oh, je t'en prie, Ichigo, souffla cette dernière. Neliel san est ton amie, tu peux bien faire ça pour elle. Ça ne te fait donc rien de la voir ainsi ?

- Ne m'entraîne pas sur ce terrain.

- C'est une simple question, inutile de t'énerver.

- Tu n'es pas plus joyeuse que moi, je te signale, rétorqua le roux.

- Alors ? l'ignora Orihime.

- Je ne suis pas insensible, évidemment que je n'aime pas savoir Nel triste !

- Tu vois !

- T'emballe pas, la freina-t-il. Ce n'est pas pour autant que je vais aller à la pêche aux infos.

- Très bien, j'ai compris ! abandonna Orihime, mécontente. Je vais donc me débrouiller seule ! Je vais parler à Sora nii, je te laisse avec ta conscience ! lui balança-t-elle avant de s'éloigner.

Ichigo resta bouche bée. Était-elle vraiment agacée parce qu'il préférait s'occuper de ses oignons ?! Venaient-ils réellement de se prendre la tête sur un sujet qui, de base, ne les concernait même pas ? Quelque peu ébranlé par cet échange frustrant qui donna naissance à un sentiment de culpabilité, il décida malgré tout de rejoindre Neliel.

- Ah, Ichigo, fit-elle avec un léger sourire. Tu dois avoir hâte de lever l'ancre.

- Ouais, cette ville craint un max.

- J'ai cru comprendre quand tu as failli tuer ces hommes, pouffa-t-elle.

- Ces porcs, tu veux dire. Sinon, toi ça va ? glissa-t-il avec une certaine gêne.

- Oui, pourquoi ?

- Je sais pas, tu as l'air ailleurs...

Le sourire de Nel quitta son visage pendant qu'elle détournait le regard et serrait le poing.

- C'est le fait de retrouver Grimmjow, tu es bien placé pour comprendre.

- C'est clair que revoir sa sale gueule est loin de me réjouir, confirma-t-il. Mais euh... tu es sûre qu'il n'y a que ça ?

Poser cette simple question lui demandait un effort qui l'obligeait à quitter sa zone de confort. Que répondre, comment trouver les mots pour la rassurer si Orihime avait deviné juste ? Ce n'était vraiment pas son truc de pousser les autres à s'ouvrir quand lui-même détestait ça.

- Que veux-tu qu'il y ait d'autre ? répondit Nel à voix basse.

Ichigo l'observa un instant.

- Rien, laisse tomber.

Ils se murèrent dans un silence que Neliel finit par rompre en racontant des banalités.

Non loin devant, Orihime tenta une approche avec son frère. Les bras dans le dos, sa marche calée sur la sienne, elle se lança.

- Sora nii ?

Les yeux dans le vague, il ne sembla pas l'avoir entendue. L'inquiétude d'Orihime doubla.

- Grand frère.

Cette fois, il sursauta et se tourna vers elle. La jeune femme vit dans ses yeux gris foncé le nuage de ses pensées disparaître dans un tourbillon de tristesse.

- Désolé, tu m'as parlé ? s'excusa Sora avec un sourire qui ne la dupa pas.

- Comment vas-tu ?

- Bien, et toi ? Avec Ichigo vous nous avez rejoints tard hier soir, on s'est endormis avant votre retour.

Ne s'attendant pas à un tel retournement, Orihime piqua un fard.

- Euh oui, euh... Nous... Nous avons profité de la source chaude, héhéhé...

- Ça fait un bien fou, pas vrai ?

La princesse ne put s'empêcher de repenser à la délicieuse sensation d'avoir Ichigo en elle dans cette espèce de bain relaxant, excitant... Elle s'empourpra davantage, si possible. Elle toussota et s'efforça de reprendre ses esprits. Le très grand port enfin visible où étaient amarrés de nombreux bateaux de toutes tailles l'y aida. Ils prirent cette direction, Nel et Ichigo à quelques pas derrière.

- Tu sembles contrarié, tu veux parler ? poursuivit la beauté auburn.

Sora se raidit et fuit ses prunelles inquiètes.

- Je vais bien, petite sœur, rassure-toi, répéta-t-il.

- Pardon d'insister mais je sens que tu ne me dis pas la vérité, persista celle-ci, habitée par un mauvais pressentiment.

Ils s'aventurèrent sur le ponton en bois au bout duquel ils s'arrêtèrent. Les vagues s'écrasaient juste sous leurs pieds, le vent leur fouettait le visage. Sora soupira dans la défaite avant de planter ses yeux dans ceux de sa sœur si similaires aux siens.

- Je ne suis pas du genre à me confier, débuta-t-il en choisissant bien ses mots pour éviter de la froisser. Depuis gamin, j'ai appris à prendre sur moi, encaisser sans me plaindre parce que je n'avais pas le choix si je voulais survivre. Alors oui, quelque chose me tracasse mais je ne peux pas t'en parler. Cependant ne t'inquiète pas, je suis toujours aussi décidé à t'aider à éviter la guerre.

Déçue de ne pouvoir lui remonter le moral, Orihime accusa le coup. Si Sora ne voulait pas parler, elle ne pouvait pas l'y obliger. Et puis, il avait fini par admettre avoir l'esprit chargé. De ce fait, peut-être changerait-il d'avis si ses soucis devenaient trop pénibles à gérer.

- D'accord, je comprends, dit-elle sincèrement. Sache que je suis là si tu en as besoin.

Sora lui accorda un petit sourire et lui pressa doucement le bras.

- J'en prends note, je te remercie.

Ichigo et Neliel vinrent à leur hauteur.

- Cette odeur est épouvantable. C'est bien ici le lieu du rendez-vous, non ? s'assura la beauté verte.

- Oui, confirma Orihime en scrutant les alentours. Urahara san et les autres ne devraient pas tarder.

- C'est bien la peine de se farcir le chemin le plus long si au bout du compte, on arrive avant eux, siffla Ichigo.

- Peut-être ont-ils pris du retard à cause de Grimmjow, supposa Sora qui essayait de les apercevoir parmi les habitants.

- Youhouuuu ~ !

Tous les quatre se regardèrent avant de détailler autour d'eux. Par tous les kamis, cette voix...

- Plus hauuuut ~

Ils levèrent le nez pour voir accoudé à la proue d'un bateau...

- Urahara san ?!

- Vous voilà enfin ! dit-il niaisement, une main sur son éternel bob pour l'empêcher de s'envoler. Vous avez fait bonne route ?

- Tu ne changeras jamais, Kisuke, décréta Sora, blasé. Tu es perché là depuis quand ?

- Depuis la minute qui vient de s'écouler. Je voulais justement voir si vous étiez arrivés.

- Nous n'allons pas naviguer à bord de ce bateau, n'est-ce pas ? espéra Nel en se pinçant le nez.

- Que lui reproches-tu ? s'étonna Urahara.

- Eh bien...

- Ce rafiot pue la sardine, voilà ce qu'on lui reproche, tonna Ichigo qui combattait la nausée. Et il n'est pas discret, on va se faire repérer vite fait là-dessus !

- On s'habitue vite à l'odeur, minimisa le vendeur. Et ce « rafiot » est le seul qui a accepté de nous prendre sans poser de questions et à un prix abordable. Montez donc à bord ! les invita-t-il en agitant son éventail. Je vais avertir le capitaine que nous pouvons lever l'ancre.

Les amis grimpèrent sur le bateau de plusieurs mètres de long avec des sentiments mitigés. Les marins en plein travail ne leur prêtèrent guère d'attention.

- J'ai aperçu Tessai là-bas, je vais le saluer, déclara Sora.

- Cette odeur va nous poursuivre durant des jours, se lamenta Nel en respirant ses cheveux. Yoruichi san est probablement dans l'une des cabines, peut-être a-t-elle une solution pour ça.

Avec Sora, ils filèrent dans des directions opposées.

- Un filet de pêche, des seaux et bacs remplis de poissons et d'appâts..., releva Orihime restée sur le pont avec son petit ami à ses côtés. J'espère que nous n'assisterons pas à une séance de pêche. Je n'ai aucune envie de voir des poissons se débattre.

- Alors toi, t'es du genre à manger tout cuit dans l'assiette et ne pas vouloir savoir comment ça y arrivé, hein ? se moqua une voix dans son dos. Ça te ressemble bien.

- Grimmjow, reconnut Ichigo entre ses dents serrées.

Toujours aussi provocateur dans sa manière de s'exprimer et de mater Orihime, il venait d'apparaître de Kami sait où. En plein passage, il ne se souciait pas du fait de gêner les marins qui s'activaient -et qu'il terrifiait.

- Pas trop triste de rentrer ? lança-t-il à Orihime, rieur. Ta mère doit t'attendre avec un cercueil mais ne t'en fais pas, Kurosaki te rejoindra bientôt.

- Tu ne perds jamais de temps pour faire chier ton monde, toi ! s'énerva Ichigo. Continue comme ça et je vais te jeter par-dessus bord ! Cela dit, tu es tellement pourri que même les poissons ne voudront sûrement pas de toi !

- T'as l'air à cran, tu veux peut-être te battre tout de suite ? s'amusa Grimmjow en retroussant ses manches.

- Si tu veux crever tout de suite, moi ça me va, accepta le roux prêt à dégainer son sabre. Allons ailleurs.

Un son caractéristique les incita à tourner la tête : ils levaient l'ancre. Orihime profita de cette distraction pour saisir la main d'Ichigo afin de l'entraîner dans le sillage de Neliel, et ainsi éviter ce fameux combat. Elle se promit de tout faire pour qu'il n'ait jamais lieu.

- Doucement, on a failli louper une marche ! Où tu m'emmènes comme ça ? râla Ichigo alors que sa petite amie leur faisait dévaler l'escalier menant aux cabines.

Ils s'immobilisèrent après la dernière marche. Devant eux s'étendait un étroit couloir où s'alignaient des portes numérotées des deux côtés. Un marin quitta justement sa cabine, ils s'écartèrent pour lui permettre de rejoindre le pont.

- Te battre avec Grimmjow au milieu de tous ces marins. Non mais quelle idée ! le réprimanda-t-elle, les sourcils froncés.

- Hein ? J'ai proposé qu'on aille ailleurs ! se défendit Ichigo.

- Et ça change quoi ? Ce combat est ridicule, tu ne dois rien à Grimmjow, s'exaspéra Orihime, soulagée tout de même que ce dernier ne les ait pas suivis.

- Alors quoi ? Je dois fermer ma gueule quand il ouvre la sienne, c'est ça ?!

- Ignore-le.

- Difficile quand il s'en prend à toi ! riposta Ichigo.

- Combien de fois je vais devoir te dire que ce ne sont que des provocations ? soupira la sœur de Sora.

- Et toi, quand vas-tu comprendre que je ne pourrai jamais l'encadrer ? Grimmjow et moi on ne s'entendra jamais, Orihime, décréta-t-il. C'est vrai que ce combat est ridicule comparé à la guerre qui se prépare, mais ce n'est pas pour autant que je vais réussir à supporter ce connard. Encore moins après tout ce qu'il a fait.

- Tu es en train de me dire que ce n'est qu'une fois la guerre évitée et Grimmjow en dehors de ton champ de vision que je n'aurai plus à intervenir entre vous ?

- Ouais, exactement, s'entêta-t-il.

La princesse soupira encore et préféra laisser tomber cette fois.

- Neliel san était vraiment incommodée par l'odeur de poisson, changea-t-elle de sujet. Je n'aime pas ça non plus mais elle paraît vraiment détester ça.

La mine du fils Kurosaki s'assombrit.

- Il y a une bonne raison.

- Um ?

- La mère de Nel adorait pêcher. Elle a disparu en mer il y a des années.

Cette annonce toucha profondément Orihime. En évoquant sa famille, Neliel n'avait pas mentionné sa mère et elle comprenait mieux pourquoi.

- Cet environnement doit lui rappeler sa maman, voilà pourquoi elle ne va pas bien, dit-elle à mi-voix. Je suis désolée, Ichigo, moi qui t'ai poussé à lui prêter une oreille attentive alors que ça doit être dur pour elle d'en parler, culpabilisa-t-elle.

- Tu pouvais pas savoir, c'est un sujet difficile à aborder pour elle.

- Toi mieux que personne comprend ce qu'elle ressent.

- C'est pourquoi tu ne dois pas parler de ça avec elle, lui recommanda-t-il, un voile de tristesse couvrant ses iris bruns si expressifs. Si Nel veut garder ça pour elle, c'est son choix.

- Bien sûr, compte sur moi, promit la princesse.

L'une des cabines s'ouvrit pour laisser voir Yoruichi.

- Orihime, Ichigo, contente de vous retrouver, leur sourit-elle.

- Nous aussi, Yoruichi san ! s'exclama la belle, heureuse également. Tout s'est bien passé pour vous ?

- Quelques imprévus mais nous sommes arrivés à bon port, c'est le principal, expira-t-elle en arrangeant sa longue queue-de-cheval.

- Nel est descendue tout à l'heure, tu ne l'as pas vue ? l'interrogea Ichigo.

- Si, elle se repose dans ma cabine. Son mal de mer s'est réveillé dès que le bateau a commencé à prendre le large. J'allais monter demander au capitaine s'il n'avait pas quelque chose pour l'aider.

- C'est très gentil à vous, murmura Orihime.

- Vous devez être fatigués vous aussi, réalisa Yoruichi. La cabine numéro 15 est libre si vous voulez, elle se trouve au milieu à gauche. La traversée ne sera pas très longue. A tout à l'heure.

Elle grimpa les marches, ses pieds disparurent rapidement. Le jeune couple décida d'occuper la cabine en question qui s'avéra très exiguë et minimaliste : un lit tout juste assez large pour une personne de corpulence moyenne, deux étagères ainsi qu'un tabouret sous une petite table en bois fin fixée au plancher. Ichigo appuya son sabre dans un coin et opta pour s'installer sur le tabouret qui craqua sous son poids. Orihime, elle, préféra le matelas placé sous le hublot. La côte ressemblait de plus en plus à une île perdue dans l'immense océan. Elle agrippa la couverture.

- Ichigo, prononça-t-elle sans le regarder.

Son cœur cognait frénétiquement dans sa poitrine.

- Hmm ?

Il reposait tranquillement ses yeux, le coude sur la table, le menton dans la main.

- Nous devrions profiter d'être seuls pour discuter, proposa-t-elle.

- Discuter de quoi ?

Orihime joua nerveusement avec ses doigts puis se tourna vers lui. Mieux valait aller droit au but.

- Quand nous serons au palais, ne confronte pas ma mère à cause de ce qu'elle m'a fait.

Ichigo souleva ses paupières dès la fin de sa phrase.

- Je déteste vraiment cette foutue ville, articula-t-il entre ses dents serrées.

Surprise par cette réaction, Orihime le regarda sans comprendre.

- Quoi ?

- Hamamatsu a un truc contre moi. D'abord les porcs dégueulasses, puis la folle sans culotte. Ensuite, on s'est disputés à cause de Nel et Sora, après à propos de Grimmjow et maintenant ta mère. Qui sera le prochain ?

- Tu parles comme si j'avais voulu ça, releva Orihime, les sourcils froncés.

- Tu n'y es pour rien pour les porcs que j'ai défigurés, ni pour l'autre tarée, précisa-t-il.

- Mais pour le reste, oui ? en déduit la belle, contrariée.

- Ce n'est pas moi qui ai amené ces sujets en tout cas, répliqua sèchement Ichigo.

- Ce sont tes réactions sur le moment qui m'ont poussée à réagir comme ça.

- Donc c'est de ma faute si on se dispute encore ?

- Je veux seulement t'exprimer ce que je ressens, essaya de l'apaiser Inoue.

- Ouais, épargner l'impératrice, c'est ça ? Tu n'es pas sérieuse en me demandant une chose aussi stupide, gronda le roux.

- Ce n'est pas stupide, se défendit Orihime, vexée.

- C'est stupide et je suis poli, renforça-t-il. Comment tu peux même penser un truc pareil ? L'impératrice est un monstre qui ne mérite aucune compassion !

- Je rentre chez moi pour l'empêcher de mettre son plan à exécution, non pour me venger, lui expliqua patiemment la princesse. Ça ne me ressemble pas et tu le sais.

- Une fois là-bas tu vas la saluer et lui demander gentiment de ne pas provoquer une guerre ?!

- Je n'exclue pas de parvenir à la raisonner.

Ichigo bondit. Entendre des conneries pareilles dans son état de fatigue eut raison de son self-control. Sa colère était si intense qu'elle prenait autant de place qu'une troisième personne dans cette minuscule cabine.

- Merde, Orihime ! Je sais que tu es contre la violence mais ouvre les yeux ! Ta mère a pourri ton existence depuis ton enfance, elle te condamne à mort à travers un mariage, elle a essayé de te noyer et même de tuer ton frère, putain ! s'écria-t-il. Cette femme a brisé de nombreuses vies et prévoit d'en détruire des milliers d'autres ! Il est normal de lui faire payer la facture du montant de ses actes !

Le cœur d'Orihime se serra. Elle savait qu'il ne comprendrait pas.

- J'entends tout ce que tu me dis, je t'assure, affirma-t-elle, désolée qu'ils en arrivent là. Seulement, je dois montrer l'exemple à mon peuple qui passe avant moi. Mon rôle se résume à le sauver des griffes de ma mère et d'Aizen.

- T'es pas en train de me dire que tu vas finalement accepter cette union tordue avec ce salaud de Grimmjow ?!

- Bien sûr que non, frissonna-t-elle, toujours assise sur le lit. Contrer leur plan implique aussi ce mariage. Je veux simplement mettre en lumière que je n'ai pas le pouvoir de changer le passé, je me concentre donc sur l'avenir. Un avenir sans guerre.

- Et c'est tout ? se hérissa Ichigo debout devant elle. Tu n'as rien à dire à ta mère après tout ce qu'elle t'a fait ?! Tu laisses couler sans réagir ?

- Qu'est-ce que ça changerait ? répliqua Orihime, troublée par sa vive réaction. Je ne peux pas retrouver tout ce que j'ai perdu par sa faute, ni effacer toute la souffrance causée.

Ichigo grogna fortement puis donna un gros coup de poing dans le faux mur qu'il perfora. La belle sursauta. Elle amorça un geste pour vérifier l'état de sa main, sauf que son intense regard brun la cloua sur place.

- Ichigo...

Elle essayait d'y déchiffrer les différentes émotions lorsqu'il reprit la parole.

- Tu as raison, tu ne peux pas modifier le passé, reconnut-il, la voix frémissante de colère. Ça ne dispense pas pour autant ta mère d'entendre qu'elle t'a blessée, mais que tu as réussi à te relever malgré ça.

- C'est vrai, mais je...

- Et que tu es désormais assez forte pour lui tenir tête, acheva-t-il.

Les larmes d'Orihime se réunirent dans ses perles grises avant de chuter sur ses joues.

- Pourquoi tiens-tu tant à ce que je la confronte ?

Une nouvelle émotion traversa furtivement les orbes d'Ichigo qui ferma le poing.

- Parce que l'un des rôles d'une mère est de protéger ses enfants, la mienne était comme ça, articula-t-il difficilement. La tienne a misérablement échoué sur toute la ligne.

Il marqua une courte pause sans rompre la connexion visuelle. La détermination orna les traits de son visage, ce qui n'échappa pas à Orihime.

- Une partie de ce que tu as vécu a créé des tensions entre nous et c'est le cas jusqu'à maintenant, reprit Ichigo toujours énervé. Je n'ai pas besoin de te rappeler le rôle que l'impératrice a joué dans les galères endurées par ma famille et les conséquences qui en ont résulté. Elle a des comptes à rendre. Si tu ne veux pas l'affronter, je le ferai pour nous deux.

Il se tourna vers la porte de la cabine qu'il coulissa et resta de dos. La princesse posa ses prunelles ruisselantes sur sa crinière orange, ses ongles enfoncés dans le matelas, l'appréhension grignotant son cœur déjà éprouvé.

- J'espère que tu ne t'interposeras pas quand ce moment arrivera, Orihime, murmura Ichigo. Autrement, tu n'auras d'autre choix que de choisir ton camp.

Sur ces mots, il s'en alla en fermant plus fort que nécessaire, signifiant ainsi que sa colère n'avait pas faibli. Orihime s'effondra, ses pleurs étouffés dans l'oreiller. Le pire n'était pas derrière mais bel et bien devant elle.

{…}

Il se pencha en arrière pour conserver sa tête sur ses épaules et vit la lame couper net quelques uns de ses épis bruns, frôlant son nez au passage. Il se décala sur le côté et contra rapidement la puissante attaque directe qui fit vibrer son bras. Un sourire étira ses lèvres.

- Tu as bien progressé, Yuei. Continue comme ça, ta persévérance finira par payer.

Shibura Yuei, le front en sueur sous ses cheveux blond platine, rangea son sabre dans son fourreau, fier du compliment.

- Merci, Capitaine Hisagi.

- Tu peux y aller, ton entraînement est terminé, l'autorisa ce dernier en rengainant également.

- Je vais rejoindre les autres. Voulez-vous m'accompagner ?

- Je vais plutôt ranger, déclina Shuhei. Profite de tes amis mais n'oublie pas de rester sur tes gardes.

- Bien, Capitaine, répondit Yuei en s'inclinant.

Hisagi regarda partir avec fierté sa nouvelle recrue, puis entreprit de remettre en ordre la salle d'armes. Depuis la mort de Tousen, c'est à lui qu'était revenu le poste de Capitaine. L'empereur le lui avait confié en personne sur le chemin du retour de la forêt. Il était désormais à la tête de tous les soldats du palais ; après l'empereur bien sûr qui restait le chef de l'armée impériale.

Sur le moment, Shuhei avait été surpris, puis honoré et enfin, envahi par le doute. Tousen était un Capitaine intelligent, habité par ses valeurs propres et exceptionnellement doué. Oui, il avait honteusement trahi le pays et bafoué ses engagements, mais il avait tout de même mis la barre très haut. Shuhei pouvait néanmoins se targuer d'avoir gagné le respect de ses hommes, ce qui était déjà un bon point. Toutefois, le besoin de se prouver mériter cette promotion ne le quittait pas et il comptait se donner les moyens d'acquérir cette certitude.

Les armes remises à leur place, Shuhei quitta la salle avec finalement l'envie de se joindre à Yuei et ses camarades. Ce jeune homme un brin téméraire était le plus prometteur des petits nouveaux, qui ambitionnaient de faire un jour partie intégrante de la garde rapprochée de l'empereur. Parce qu'il croyait en Yuei, Hisagi l'entraînait personnellement sans le ménager. Un jour, ce gamin deviendrait un grand soldat.

- Il est déjà si tard, releva-t-il en traversant la petite cour pavée.

Le ciel d'encre était tapissé de nombreuses étoiles, l'air plutôt froid. Shuhei frissonna et pressa le pas. Il s'amusait à imaginer ses soldats rire et trinquer autour d'un bon saké quand les fins cheveux sur sa nuque se dressèrent. Il s'immobilisa, l'œil partout, une main sur la garde de son sabre. Il y eut un faible bruit indistinct. Aussi silencieusement qu'une ombre, Shuhei se cacha derrière l'un des piliers en pierre.

Au Sud de sa position, à l'ombre des torches, il distingua une silhouette. Qui que soit cette personne, elle ne voulait de toute évidence pas être vue d'après sa longue cape sombre à capuche. Plus intrigant encore, l'individu se dirigeait vers une aile abandonnée du palais. L'accès y était formellement interdit à quiconque sur ordre de l'empereur Eiji lui-même, sous peine d'une sévère sanction. En effet, ces lieux souillés par le sang et la mort, et dont les ramifications s'étiraient jusque sous terre, avaient été le théâtre d'actes de tortures et de barbaries sur d'innombrables prisonniers sous l'ère de l'empereur Seto.

La silhouette ignora l'unique entrée, condamnée par des lourdes chaînes consolidées par des pythons de fer et des gros cadenas, pour s'arrêter un peu plus loin. D'abord sans réaction, la personne vérifia soudain les alentours. Hisagi plissa les yeux dans la méfiance, croyant reconnaître le profil fugacement éclairé par une flamme. Comme sentant sa présence, la silhouette encapuchonnée se tourna dans sa direction. Fort heureusement, Shuhei eut le réflexe de se cacher, prêt à se battre si nécessaire. Après quelques instants, il risqua un coup d'œil : l'individu avait disparu.

- Qu'est-ce que tu manigances, Aizen Sosuke ? souffla Hisagi, persuadé de flairer quelque chose de louche.

{…}

Quand le bateau s'accosta, ils mirent tous pied à terre. Neliel, presque aussi verte que ses cheveux, fut la première à s'éloigner de cette étendue salée qui lui soulevait le cœur. Orihime s'empressa d'aller s'assurer de son état, le reste du groupe sur ses talons. Ils se trouvaient sur un étroit sentier qui serpentait pour se perdre sous les arbres.

La traversée de la mer fut une véritable épreuve pour certains. La nuit tombée s'accompagna de tensions exacerbées par la fatigue et la faim. Lorsque Ichigo constata la finalité de tout ce merdier enduré, il crut halluciner.

- Tout ce mystère autour de notre itinéraire pour finalement revenir à Nargoya ? s'écria-t-il devant un panneau de bois. C'est une plaisanterie !

- Vous y êtes déjà venus ? demanda Kisuke avec un léger sourire moqueur.

- Tu le sais parfaitement, Orihime et moi on l'a mentionné quand on vous a tout raconté chez toi !

- Ah oui, peu après que je vous ai croisés dans les bois...

- Espionnés ! N'arrange pas les choses à ta sauce !

- Tout ça ne nous dit pas ce que nous faisons ici, objecta Neliel qui reprenait des couleurs.

- C'est vrai, nous ne connaissons personne ici à part Rangiku san, approuva Orihime.

- Vous serez donc ravis de la revoir, sourit Yoruichi, une main sur la taille.

- Vous la connaissez ? s'étonna le roux.

- Nous avons eu l'occasion d'échanger, marmonna le vendeur en getas.

- Tu ne réponds pas vraiment à la question.

- Kisuke connaît énormément de monde même les moins recommandables, soupira Sora.

- Si tu voulais me défendre, je crains que ta déclaration ait l'effet inverse, déplora le blond.

Sora haussa les épaules.

- Le patron ne veut que votre bien, affirma Tessai en rajustant son sac à dos.

- C'est censé nous rassurer alors qu'on ne sait même pas ce qu'on fout ici ?

- Cette ville est un endroit sûr, Kurosaki san, assura Urahara en s'éventant malgré le froid ambiant.

- On voit que c'est pas toi qui es recherché avec ta tête mise à prix !

- Tu es d'une humeur de chat errant, mon petit Ichigo, le taquina Yoruichi. Se serait-il passé quelque chose ?

Orihime se trémoussa, mal à l'aise, ce que relevèrent les iris perçants de la femme aux cheveux violets.

- Je vais bien et arrête de me parler comme à un môme, tu veux, grogna le fils Kurosaki.

- Oh très bien, je disais ça comme ça, répliqua son amie.

- Je propose qu'on se mette en route, suggéra Neliel qui frissonnait.

- Ouais en espérant que personne ne me fasse encore chier en cours de route, expira Ichigo.

- Quelqu'un vient vers nous, pointa Sora.

Ils virent un homme tituber vers eux, une bouteille presque vide à la main.

- J'te connais, toi ! s'égosilla-t-il soudain à un mètre d'eux. C'est ta... tronche... qui est... placardée... partout ! termina-t-il entre deux hoquets, l'œil vitreux.

- Tu aurais dû te taire, Ichigo, s'amusa Yoruichi.

- Cela s'appelle le karma, voyons, ajouta Urahara.

- Ça va, fermez-la, soupira Ichigo. Toi, le poivrot, va voir ailleurs et fous-nous la paix. Allez, on y va.

Ils s'engagèrent enfin sur le sentier, tournant ainsi le dos à l'inconnu.

- Hé ! Attends... Crottinsaki ! hurla celui-ci. Je veux... la récompense... en échange de ta... sale gueu... !

Il y eut un bruit sourd. Ichigo, une veine sur la tempe, se retourna pour lui demander de répéter s'il l'osait. Il put tout juste voir du sang gicler et le mec bourré décoller pour atterrir sur le quai, inconscient, évitant de justesse la noyade. Yoruichi se dépêcha d'aller le tirer plus loin afin de lui épargner ce sort cruel. Une seule personne pouvait être capable d'une telle violence.

- Grimmjow !

Un sourire mauvais s'étala sur le visage du concerné.

- Je suis celui qui te refera le portait, inutile de me remercier, Kurosaki.

- Va te faire foutre ! Je croyais que t'étais parti pisser, qu'est-ce qui t'a pris si longtemps ?!

- Kisuke doit avoir de quoi te soulager, lança sarcastiquement Sora à Grimmjow.

- Je crains de ne pas vendre ce genre de produit, contredit Urahara derrière son éventail. Quel usage en ferais-je de toute façon ?

- Toi, je ne sais pas mais pour la plupart des gens, il n'y a qu'un usage possible, répondit le frère d'Orihime avant de bâiller.

- Rah, vos gueules vous deux et je vous emmerde ! tonna Grimmjow.

Des cris angoissés s'élevèrent soudain du bateau qu'ils venaient de quitter, toujours amarré.

- Qu'as-tu encore fait, Grimmjow ? s'irrita à présent Sora. C'est donc ça qui t'a retenu si longtemps ! Ça te tuerait de passer une journée sans te battre ?!

- A ton avis ?

- Tu ne changeras décidément jamais, lança Neliel, révulsée.

- Ils n'ont que ce qu'ils méritent, rétorqua son ex-petit ami.

- Putain, t'es encore bloqué sur le « putois bleu » ?! s'exaspéra le roux.

- Tch ! Ces connards m'ont manqué de respect, siffla Grimmjow en les rejoignant de sa démarche assurée.

- C'était pas une raison pour leur péter la gueule ! Tu t'es pas dit que si ces gars t'ont appelé comme ça, c'est qu'il y a une raison ?

- Je vois surtout une raison de plus de te transpercer avec mon sabre si tu ne la fermes pas, Kurosaki ! s'énerva Grimmjow.

- Comment ces pauvres pêcheurs vont-ils manœuvrer leur bateau avec des hommes en moins ? s'inquiéta Orihime.

- C'est pas mon problème, cracha son ex-fiancé.

- Bien sûr, toi c'est « je fous ma merde et je me casse ensuite sans me soucier des conséquences » ! s'emballa Ichigo.

- Assez ! les interrompit Yoruichi, de retour maintenant l'homme ivre en sécurité. Grimmjow rentre tes griffes et toi Ichigo, rétracte tes crocs. Rangiku nous attend alors en route, nous avons suffisamment perdu de temps inutilement !

- Sa maison est loin ? demanda Nel en se frottant les yeux.

- Non, je me suis arrangé pour que nous accostions le plus près possible, la rassura Kisuke. L'entrée de Nargoya se trouve au-delà de ces arbres. Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre.

Tout le monde lui emboîta le pas avec la hâte de se réchauffer. Un silence inhabituel mais bienvenu régna temporairement. Autrement dit, une porte ouverte pour cogiter, ce qui était le cas d'Orihime.

- Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais ça a l'air tendu entre toi et Ichigo, lui murmura Neliel en la faisant sursauter. Il s'est passé quelque chose ?

La princesse jeta un œil à son petit ami qui marchait devant.

- Nous nous sommes disputés, révéla-t-elle à voix basse pour éviter de se faire entendre.

- Hum, je m'en doutais.

- Ah oui ?

- Nous allons affronter l'impératrice. Aussi horrible soit-elle, elle reste ta mère, répondit Neliel avec une pointe de tristesse. Pour Ichigo, elle n'est qu'un monstre. Il était donc évident que vos visions différentes s'entrechoqueraient. Je reste pourtant persuadée que vous pouvez trouver un terrain d'entente.

Inoue était sidérée que Neliel ait cerné si vite la situation. Était-ce si évident, vraiment ?

- Que dois-je faire selon toi ? se lamenta-t-elle, les larmes au bord des cils.

Nel entoura ses épaules d'un bras.

- Je crois que tu le sais, chuchota-t-elle avec un petit sourire encourageant.

- Nous y voilà, dit soudain Tessai à la tête du groupe. L'entrée de Nargoya.

De ce qu'Ichigo et Orihime pouvaient voir, ça n'avait pas changé en dehors de l'animation suggérant la tenue d'un festival.

- Il n'y a qu'un garde de ce côté, parfait, se réjouit Kisuke.

- Ne te fie pas trop à ça, le prévint Sora. Il peut ameuter ses copains avec son cor.

Urahara lui adressa un sourire mystérieux avant de s'approcher dudit garde qui les avait évidemment repérés.

- Bonsoiiir ~ ! le salua celui au bob rayé. Nous sommes d'humbles voyageurs qui souhaitent faire une halte dans votre charmante ville.

L'homme en uniforme les observa tour à tour. De l'hostilité naquit sur son visage lorsqu'il aperçut Ichigo et Grimmjow.

- « Humbles », dis-tu, vieil homme ? Avec Kurosaki qui est recherché et son frère aux cheveux bleus ?

- Qu'est-ce que t'as dit ?! explosèrent les deux « frères ».

- Pardon, mais je ne suis pas vieux, rectifia Kisuke, vexé.

- Ça doit être la canne, souffla Sora.

- Fichez-moi le camp et que je ne vous revois plus ! Cette ville n'a pas besoin de racaille comme vous ! les rembarra le garde.

- Quelle grossièreté de juger ainsi sans nous connaître ! fulmina Neliel.

- Ah là là, je ne voulais pas en arriver là, bouda Urahara.

Le garde haussa un sourcil.

- Eh bien, tant pis ! sourit largement le « vieux ». Oh, n'est-ce pas une lanterne remplie d'or que je vois là-haut ? montra-t-il en direction du ciel.

Ils levèrent tous les yeux pour voir que dalle. Le garde, lui, s'écroula.

- Ouah !? Que lui avez-vous fait, Urahara san ?! s'écria Orihime, choquée.

- Un simple repos forcé, Inoue san ~

- Vous dites ?!

- Du calme, il est encore en vie, l'apaisa Yoruichi.

- C'est quoi l'espèce de farine que tu lui as soufflé sur la tronche ? demanda Ichigo, méfiant. Je croyais qu'on ne devait pas se faire remarquer !

- Je ne vois aucun témoin, Kurosaki san, se dédouana le vendeur.

- Et que crois-tu qu'il va se passer quand ses potes le trouveront évanoui ?!

- Je suggère que nous nous remettions en route pour éviter ce cas de figure !

- Tes encore plus louche que je le croyais, vendeur de mes deux, marmonna Grimmjow. Te balader avec un tel truc dans tes poches, c'est vicelard.

- Au moins, Kisuke ne lui a pas brisé la mâchoire, lança abruptement Sora.

- La maison de Rangiku san est par là ! intervint Orihime en saisissant le bras de son frère pour l'entraîner avec elle.

Elle avait eu sa dose d'émotions pour aujourd'hui et ne supporterait pas une autre bagarre. Ils traversèrent les rues remplies de monde, chacun des habitants profitant de ce moment de fête. Le groupe d'amis se laissa atteindre à différents degrés par l'ambiance contagieuse alimentée par la musique. Ça allait de Neliel qui se trémoussait et intéressée par tous les stands à Grimmjow agacé par ce vacarme et jetait des regards noirs à quiconque le frôlait.

Après quelques minutes au cours desquelles se frayer un chemin se révéla être un véritable parcours du combattant, la belle maison de Rangiku s'offrit à leurs yeux. Située un peu à l'écart du cœur du festival, ils furent contents de pouvoir circuler plus librement. La première devant l'entrée, Orihime n'eut pas le temps de frapper. La porte s'ouvrit à la volée, laissant apparaître une tignasse blonde au-dessus d'une opulente poitrine qui se jeta sur elle.

- Rangiku san !

- Je suis si heureuse de te revoir, Orihime ! s'exclama la femme de Gin, émue.

- Moi aussi !

Orihime était sincèrement ravie que leurs routes se croisent à nouveau. Après quelques instants, elles se séparèrent.

- Je vous attendais plus tôt, se reprit leur hôtesse.

- Disons que le trajet a été semé de quelques embûches, résuma Kisuke.

- Je vois. Vous devez être Neliel et Sora, continua Rangiku.

- Comment le savez-vous ? demanda Nel.

- Kisuke a dû lui parler de nous, visa juste Sora.

- Pas que, le contra Rangiku en le dévisageant. Tu ressembles énormément à ton père.

- Vous allez causer encore longtemps ? gronda Grimmjow. J'ai pas signé pour vous entendre jacasser !

Rangiku plissa ses beaux yeux bleus.

- Grimmjow, je présume.

- Je dois beaucoup à ma réputation, se vanta celui-ci.

- En même temps, elle est si mauvaise qu'il faut y aller pour te détrôner, dit sèchement Ichigo.

- Vous n'allez pas recommencer, soupira Yoruichi.

- Toujours aussi énergique apparemment, hein, Ichigo ? Ça me fait plaisir de te revoir toi aussi ! le taquina Rangiku en lui pinçant les joues.

- Oi ! Arrête ça, je suis plus un gamin !

- Tu en es sûr ? Serais-tu devenu un homme, un vrai ? Tu vois ce que je veux dire, huh ?

Nel éclata de rire. Orihime rougit. Cette dernière réaction n'échappa évidemment pas à Matsumoto.

- Allez, entrez tous ! Débarbouillez-vous et filez dans le salon, Gin va vous servir les restes du dîner.

Elle n'eut pas à le répéter deux fois.

- Merci de nous accueillir chez vous, Matsumoto dono, murmura Tessai.

- Tout le plaisir est pour moi, répondit-elle. Et tu peux m'appeler Rangiku.

Tessai s'inclina, se déchaussa également avant de rejoindre les jeunes. La maîtresse de maison, elle, referma la porte et resta dans l'entrée avec Kisuke et Yoruichi. La bonne humeur laissa place à un sérieux déstabilisant.

- Où sont-ils ? se renseigna Urahara.

- Dans les chambres les plus éloignées, l'informa Rangiku, dos au mur, bras croisés. Je trouve tout de même que c'est assez drastique.

- C'était surtout nécessaire, se défendit-il, une lueur inquiétante au fond de ses yeux. Le groupe d'Abarai san n'était pas censé quitter le Seireitei et nous ne pouvions retarder notre départ de Karakura. Quand Isshin m'a prévenu de l'entêtement d'Arisawa san, j'ai été forcé d'improviser. Ajouté à la rumeur peu rassurante qui circule et ne doit en aucun cas parvenir aux oreilles d'Inoue san, ça fait déjà beaucoup. Le plan s'en retrouve modifié, nous devons gérer cela sans les questions et tensions palpables que vont générer ces retrouvailles.

- Tout de même, mettre ta poudre de sommeil dans leur repas... Je ne m'en serais jamais crue capable. Kuchiki a fini le nez dans son assiette et Ishida a manqué sa bouche en voulant boire, souligna Rangiku. Ils ont tous mis ça sur le compte de leur trajet fatigant et sont allés se coucher. Ils dorment tous à poings fermés depuis des heures déjà.

- Tant mieux, c'était l'effet recherché. Abarai san, Kuchiki san et les autres ne se réveilleront pas avant demain quoi qu'il arrive, assura le vendeur sans le moindre remords. Je compte sur toi pour nous attribuer des chambres à l'opposé des leurs, notamment pour éviter que Kurosaki san et Inoue san ne tombent sur eux par inadvertance.

- Je ne les imagine pas explorer ma maison en pleine nuit mais si tu insistes, marmonna Rangiku en se grattant la tête. Une chance pour moi d'avoir une si grande maison.

- Que leur as-tu raconté ? demanda Yoruichi.

- Ce qu'Urahara m'a demandé de dire, à savoir qu'ils joueront un rôle dans le plan destiné à arrêter Aizen et Miyako, qu'Orihime va bien, qu'elle a retrouvé son frère et que vous étiez tous en chemin.

Le ton de sa voix montrait clairement que les projets sanglants de l'impératrice et de son amant lui donnaient la nausée. Son ancienne meilleure amie était tombée bien bas.

- Comment ont-ils réagi ? Tatsuki doit mourir d'envie de castrer Grimmjow.

- Tu ne crois pas si bien dire, Yoruichi, rit Matsumoto. Elle parlait de « les réduire à des raisins secs » quand la poudre a commencé a faire son effet.

- L'ambiance promet...

- Je ne sais pas pour les autres mais Arisawa est une vraie tigresse. Elle a plus que hâte de revoir Orihime mais aussi d'étriper Grimmjow, renforça Rangiku.

- Vous comprenez mieux pourquoi j'ai usé de la poudre, intervint Kisuke, une main sur son bob cachant ses yeux. Arisawa san est émotionnellement impliquée de par la nature de son lien avec Inoue san.

- Personnellement, je la comprends. Accueillir cet homme immonde sous mon toit alors que je le corrigerais volontiers pour tout ce qu'il a fait et compte faire ! Prendre sur moi est vraiment difficile, livra Rangiku, les poings serrés.

- Il te faut tenir encore un peu, lui rappela fermement Urahara. Le but n'est pas de provoquer des tensions mais de les éviter autant que possible. Pour résumer, il y a deux groupes dans cette maison qui ne doivent pas se croiser avant demain. Soit le temps pour nous de vérifier la véracité de cette rumeur, écarter Grimmjow et revoir le plan.

- Et comment comptes-tu valider ou non la rumeur si tu es ici ? ne saisit pas Rangiku, toujours en colère.

- J'ai quelqu'un sur le terrain, répondit évasivement l'homme en getas appuyé nonchalamment sur sa canne. La réponse ne devrait guère tarder.

- En parlant du plan, je pensais voir Isshin ? lança Yoruichi.

- Il prépare l'une des phases, déclara Rangiku, le visage soudain fermé. Gin ira prendre le relais.

- Urahara san, Yoruichi san ! Qu'est-ce que vous foutez ? les appela Ichigo depuis le salon hors de vue. Si vous ne venez pas, il ne restera plus rien à bouffer.

- Tu es sûr que ta poudre est puissante et sans danger, Urahara ? Parce que les cordes vocales d'Ichigo peuvent réveiller toute la ville, dit Rangiku, sceptique.

- Absolument !

Matsumoto les incita à la suivre dans le salon.

- Par précaution, j'en ai donné à Toshiro, précisa-t-elle en leur jetant un œil par-dessus son épaule. Il a horreur que son sommeil soit perturbé.

Kisuke déglutit et sourit nerveusement. Traduction des paroles de Rangiku : s'il arrive quelque chose à mon fils, tu es un homme mort.

- Tu as volé cette poudre dans le laboratoire de Szayel, l'accusa sévèrement sa meilleure amie en chuchotant.

- Yoruichi, je ne suis pas un voleur, voyons ! fit-il sur le même ton, outré par de tels propos.

- Humph.

{…}

Le dîner d'abord calme fut sans surprise rapidement ponctué de piques et de menaces, essentiellement envoyées par Grimmjow et Ichigo. Ces deux-là s'écharpaient verbalement pour un rien, poussant Rangiku et Yoruichi à intervenir plus d'une fois pour les empêcher d'en venir aux mains. Après le dessert, tandis qu'ils étaient tous assis autour de la table, repus, Grimmjow bondit sur ses pieds pour « massacrer Kurosaki » qui lui sortait « par tous les trous ». C'est là qu'il se passa quelque chose d'inattendu : le poing levé pour le frapper, il s'effondra littéralement... de sommeil.

- Il ronfle ? Il est tombé de fatigue ? questionna Orihime, bouche bée.

- Il semblerait. On a tendance à l'oublier mais lui aussi a besoin de se reposer, déclara Kisuke en s'éventant l'air de rien.

Yoruichi roula les yeux.

- Comme quoi ça fatigue de débiter des conneries, conclut Ichigo. Ça fait une merde en moins pour ce soir.

Sora et Neliel acquiescèrent. Rangiku échangea un discret regard avec Urahara.

- Gin, Urahara, vous devriez emmener Grimmjow se reposer ailleurs que sur mon plancher, suggéra-t-elle.

Les deux hommes s'exécutèrent. Chacun un bras de Grimmjow autour des épaules, ils quittèrent le salon. Tessai, de son côté, insista pour débarrasser et tout nettoyer dans la cuisine.

- J'ai très bien mangé, c'était délicieux, Rangiku san ! la complimenta Nel.

- Merci beaucoup, sourit celle-ci. Il est très tard, je vous propose donc de passer chacun dans la salle de bain de ce côté.

- De mémoire, il me semble que la plus proche est par là, pointa Orihime.

- C'est vrai qu'utiliser les deux sera plus rapide, ajouta Ichigo.

Matsumoto se crispa une fraction de seconde. L'autre salle de bain en question se trouvait du côté des chambres où dormaient Tatsuki, Ishida, Sado, Rukia et Renji. Trop risqué.

- Nous avons un souci avec l'un des robinets donc vous devrez uniquement utiliser l'autre, improvisa-t-elle. Je vous demanderai de ne pas faire de bruit pour éviter de réveiller Toshiro.

- Oh, Toshiro kun est là ?! s'enthousiasma Orihime.

- Oui, tu le verras demain, répondit Rangiku, amusée par sa réaction.

- Qui est Toshiro ? interrogea Sora.

- Son fils, l'éclaira Yoruichi.

- Vos chambres sont prêtes, reprit Matsumoto. Sora, tu dormiras dans celle de Toshiro.

- Il sera surpris de me voir demain, non ? Il ne me connaît pas en plus.

- Nous l'avons prévenu, le rassura-t-elle. Neliel partagera sa chambre avec Yoruichi tandis qu'Ichigo et Orihime dormiront ensemble.

Orihime jeta un coup d'œil à son petit ami qui ne manifesta aucune réaction. Elle baissa tristement la tête.

- Si c'est bon pour vous, emmenons le reste de la vaisselle à Tessai, proposa Yoruichi.

Cette tâche accomplie, Rangiku les guida vers leurs chambres afin d'y déposer leurs affaires. Neliel insista pour se laver la première afin de se « débarrasser de cette odeur d'algues ». Orihime, elle, préféra bavarder avec sa tante de cœur et Yoruichi dans le salon autour d'une dernière tasse de thé. Quant à Sora, il s'enferma dans la salle de bain après Neliel fraîche et parfumée, revenue leur souhaiter une bonne nuit. Ichigo, lui, s'était isolé dans le jardin.

Le temps s'écoula et Orihime finit par prendre congé des deux autres femmes pour se laver aussi. Son bain chaud la détendit partiellement...

Une fois séchée, la beauté auburn enfila la longue chemise de nuit jaune prêtée par Rangiku et enveloppa ses cheveux d'une serviette, prête à libérer la place. Avec une certaine appréhension, elle se dirigea vers leur chambre située juste en face. Elle ne pouvait l'éviter plus longtemps, il avait occupé ses pensées toute la soirée. Après une grande inspiration, Orihime coulissa la porte. Allongé sur le dos sur l'un des futons, un genou plié, les mains croisées sous sa tête orange, ses orbes bruns étaient rivés au plafond éclairé par les bougies disposées aux quatre coins de la pièce.

- La salle de bain est libre, lui annonça-t-elle.

Il ne réagit pas. Elle s'approcha.

- Ichigo.

Il tourna le cou vers elle. Orihime vit nettement dans ses yeux qu'il était ailleurs.

- Qu'y a-t-il ? s'inquiéta-t-elle.

Il se redressa en position assise et se gratta la tête en soupirant.

- Rien, c'est juste que je trouve bizarre qu'Urahara san ne veuille pas nous parler du plan avant demain. Il a esquivé durant tout le dîner.

- Il nous a dit avoir quelques détails à régler avant de tout nous dire, lui rappela-t-elle. Et puis demain, ce n'est pas si long à attendre.

- Hum, je sais pas. J'avais surtout l'impression qu'il voulait changer de sujet ou qu'il cache un truc.

- Comme quoi ?

- J'en sais rien, je m'attends à tout avec lui.

Il se remit debout, ôta sa chemise et ses chaussettes.

- Je vais me laver, l'informa-t-il en passant près d'elle.

- Attends.

Le roux baissa les yeux sur sa main que sa petite amie venait de fermement attraper.

- Je suis désolée, Ichigo, s'excusa-t-elle, la voix tremblante.

Il observa son profil, les sourcils froncés.

- Désolée de quoi ?

- De ce qu'il s'est passé sur le bateau.

- Je n'ai pas envie de reparler de ça, se dégagea-t-il.

- Il va bien falloir pourtant !

Orihime avait haussé la voix sans le vouloir. Ses perles grises brillantes, elle s'en voulut aussitôt mais au moins, cela eut pour effet de pousser Ichigo à lui faire face.

- Tu as vraiment envie qu'on se prenne la tête une fois de plus ?

- Je conçois tout à fait que tu considères ma mère comme un monstre, déclara-t-elle sincèrement.

- Tu as conscience qu'il y a mieux comme sujet à aborder surtout après une journée aussi pourrie ? répliqua-t-il, un brin agacé.

- Je suis en train de m'excuser, essaye d'y mettre du tien.

- Pour t'entendre me dire que tu me comprends mais que ta mère ne mérite pas tant de haine ?

- Je n'ai jamais dit ça, n'apprécia pas Orihime.

- Tu vois ce que je veux dire.

- Ichigo...

- Si tu campes sur cette position, je préfère que tu lâches l'affaire tout de suite parce que je ne changerai pas d'avis, trancha-t-il.

- Je ne veux pas que mère te fasse du mal, avoua la princesse dont rien que l'idée lui était inconcevable.

Il y eut un bref silence pendant lequel Ichigo ne parvint pas à intégrer le sens cette réponse.

- Je suis censé comprendre quoi ?

Orihime posa ses mains sur ses joues.

- Je ne peux pas souhaiter malheur à ma mère justement parce qu'il s'agit de ma maman, et que c'est contre ma nature, lui dit-elle doucement. Je ne peux pas non plus te demander de lui pardonner tout ce qu'elle a fait.

- Alors nous sommes dans une impasse, résuma le jeune homme. Je ne vois pas ce que tu attends de moi dans ce cas.

- Rien.

Il lui lança un regard perdu. Elle lui adressa un sourire triste.

- J'ignore ce qu'il va se passer. Ma mère va-t-elle réaliser que ce qu'elle fait est mal ? S'enfuir avec la honte d'avoir perdu ? Devrai-je l'isoler pour qu'elle ne blesse plus personne ? Ne plus la revoir ou l'emprisonner me fera de la peine, mais devoir vivre sans toi me tuerait.

Des larmes s'échappèrent de ses yeux pour couler librement. Son petit ami ne voyait toujours pas où elle voulait en venir.

- Orihime...

- Je suis parfaitement consciente qu'il y a plus de chances que ma mère s'entête à mener son plan à bien, l'interrompit-elle. Après tout, elle s'est toujours acharnée sur moi, ça ne changera pas du jour au lendemain.

- Tu as pourtant l'espoir qu'elle change un jour, visa juste Ichigo.

- Oui.

- Bon sang, Orihime ! Tu ne l'as jamais vue faire preuve de gentillesse !

- Je sais que mon raisonnement t'échappe et je ne te demande pas de faire l'effort de me suivre, mit-elle au clair en pressant ses joues. C'est dur mais ma mère récolte ce qu'elle a semé. Je ne vais donc pas t'empêcher de l'affronter si c'est ce que tu veux vraiment. En revanche, je ne peux pas te promettre d'en faire autant pour cette raison.

- Comme je te l'ai dit, je le ferai pour toi s'il le faut, maintint Ichigo, soulagé qu'elle fasse enfin preuve de bon sens. Je crois que je dois aussi m'excuser, hein ? ajouta-t-il, penaud.

- T'excuser ?

- Ben, je me suis énervé assez rapidement sans prendre en compte ta position qui n'est ni facile ni enviable.

- Ce n'est pas grave et je ne resterai pas inactive pour autant, précisa la belle. Je n'oublie pas que mère a violemment écarté de ma vie les personnes que j'aimais le plus.

- Tu fais allusion à Rangiku san et Tatsuki.

- Um. Cette fois, je ne la laisserai pas faire, jura Orihime, déterminée. Je l'affronterai pour te protéger parce que je t'aime, Ichigo. C'est tout ce qui compte.

Sans le laisser réagir, elle se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa amoureusement. Lorsque Ichigo lui retourna son baiser, un poids énorme quitta son cœur. Ça n'avait pas été facile mais cette fois encore, ils se comprenaient. Ichigo était son premier petit ami et Orihime réalisa que dans leur relation, le plus difficile était de s'ouvrir l'un à l'autre.

- Couche-toi, j'arrive, lui murmura Ichigo avant de lui déposer un baiser sur le front.

Il se rendit dans la salle de bain. Orihime libéra sa chevelure et entreprit de finir de la sécher. Ceci fait, elle étendit la serviette près de la fenêtre puis souffla des bougies pour n'en laisser que quelques unes, qui diffusèrent une lumière tamisée. Au chaud sous les draps, elle laissa son esprit dériver.

Elle retournait au palais, reverrait sa mère et son cher père. Des moments difficiles les attendaient peut-être tous, pourtant ce n'est pas cela qui l'empêchait de dormir. Cette escale chez Rangiku san était le calme avant la tempête. Une occasion pour Orihime de tirer un bilan de son voyage depuis le jour où elle avait décidé de s'enfuir de chez elle, avec le portrait d'un inconnu dans son sac.

Impossible de se concentrer là-dessus cependant.

Un événement précis avait déjà pris le contrôle de ses pensées. Ça avait été pire pendant son bain si semblable à la source chaude... Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ?!

- Je suis décidément une personne sale et égoïste ! se lamenta-t-elle en se couvrant le visage avec oreiller voisin.

Ichigo entrant en elle, leurs corps se mouvant de manière synchronisée, le plaisir qu'il lui avait procuré avec ses doigts... Orihime rougit profusément. Il s'agissait pourtant là d'une réaction on ne peut plus naturelle. Elle avait eu sa vraie première fois avec le garçon qui faisait battre son cœur, elle avait tout simplement adoré ce moment qu'elle qualifierait de magique, tendre et tellement sensuel. Ils n'en avaient pas parlé tous les deux, sans doute gênés d'être le premier à amener le sujet. Pourtant, Orihime y songeait depuis son réveil le matin même et se repassait leurs ébats jusqu'à éprouver des sensations très embarrassantes.

Si seulement Tatsuki chan était là, pensa-t-elle sans se douter que celle-ci dormait à l'autre bout de la maison.

Sa meilleure amie lui manquait, elle aimerait tant lui demander conseil ! Bien sûr, il y avait Rangiku san et Yoruichi san, seulement Orihime ne se voyait pas se confier sur un tel sujet personnel avec elles. Toutes deux voudraient sûrement connaître tous les détails et la taquineraient à coup sûr.

En réalité, Orihime se posait surtout une question : était-il normal de vouloir le refaire si vite ? Elle mourait d'envie qu'Ichigo pose ses mains sur elle, ressentir une nouvelle fois cette osmose parfaite. En bref, qu'ils s'aiment de la manière la plus charnelle et privée qui soit. La princesse gémit faiblement dans l'oreiller : son corps était en manque de lui. Sous l'effet de ses pensées, ses tétons avaient durci, des fourmillement la parcouraient, son sexe s'humidifiait et une envie désormais familière émergea...

En entendant du bruit, elle dégagea son visage et reposa l'oreiller pile au moment où Ichigo revenait uniquement vêtu d'un caleçon. Cette vision de lui n'arrangea en rien l'état d'Orihime.

C'est même pire !

Que Kami sama lui vienne en aide. Elle se tourna sur le côté pour lui cacher ses joues roses. Son petit ami la rejoignit sous les couvertures, son torse contre son dos, un bras posé mollement sur sa hanche.

- Ça fait du bien de se sentir propre, bâilla-t-il dans sa chevelure auburn parfumée.

- Uhum.

- Bonne nuit, Orihime.

- Bonne nuit.

Orihime resta immobile, attendant qu'il dérive vers le sommeil. Elle avait honte, tellement honte mais la vérité résidait là : elle était frustrée. Elle avait tout simplement aimé faire l'amour avec Ichigo et voulait recommencer. Tout de suite. Le courage de le lui avouer lui faisant cruellement défaut, elle n'avait d'autre choix que de se caresser elle-même. Ce n'était pas la première fois et aussi gênante que fut cette découverte, elle avait été couronnée de succès puisqu'elle avait joui.

Kami sama, ces pensées sont si impures ! s'admonesta-t-elle mentalement, mortifiée.

Se toucher seule était une chose. Cependant comment le faire dans les bras d'Ichigo ? Déjà se dégager de sa prise -ce qui n'était pas chose aisée- et se rendre ensuite dans la salle de bain pour plus d'intimité. Elle attendit que sa lente respiration témoigne de son départ au pays des rêves pour mettre son plan à exécution.

- Tu as froid ?

Orihime se raidit.

Oh non, je l'ai réveillé ! Euh non, pourquoi tu me demandes ça ?

- Tu te tortilles depuis tout à l'heure, répondit-il.

- Tu ne dormais pas ?

- Non. Pourquoi tu as autant la bougeotte ?

- Pour rien ! mentit-elle. J'ai froid, je voulais aller chercher une autre couverture, héhé !

- Orihime, gronda le roux.

- En fait, c'est bon, je n'ai plus froid. Nous devrions dormir, il est vraiment très tard.

Elle remonta la couette jusqu'à son menton, bien décidée à finalement étouffer ses pulsions.

- Ouaah !?

En un éclair, Ichigo l'avait retournée sur le dos. Appuyé sur un coude, il garda une main sur son ventre pour l'empêcher de bouger.

- Qu'est-ce qui se passe ? exigea-t-il.

- J'avais juste froid, s'entêta-t-elle. Pourquoi tu insistes ?

- Parce que ta peau est chaude même à travers ta chemise de nuit, rétorqua le jeune homme.

- Euh... et alors ?

- Alors, je doute que tu aies réellement froid. Dis-moi la vérité.

- Ah... euh, j'ai confondu, j'ai trop chaud en fait, s'enfonça la belle qui peinait à maintenir la connexion visuelle. Je suis vraiment fatiguée pour confondre le chaud et le froid, hein ? Héhéhé ! rit-elle encore nerveusement. Dormons maintenant, ça a été une longue journée.

Ichigo l'observa attentivement. Sa petite amie fuyait son regard, parlait à toute vitesse, se tordait les doigts et ne cessait de se tortiller. Le prenait-elle pour un idiot ?

- Tu ne crois quand même pas que je vais avaler ça ?

- Que je suis fatiguée par la journée ? C'est la vérité pourtant.

- Bon ça suffit, Orihime, craqua-t-il. Il est évident que tu me caches un truc alors crache le morceau.

- Je ne cache rien du tout, c'est toi qui t'imagines des choses, répliqua-t-elle, agacée d'être presque percée à jour.

Gérer cette émotion en plus de son désir était particulièrement ardu et contradictoire. En vouloir à Ichigo pour son étonnante perspicacité et avoir parallèlement envie de lui était vraiment étrange. S'il s'était vite endormi, elle n'en serait pas là !

- Moi, je m'imagine des trucs ?! répéta-t-il comme s'il avait mal entendu.

- Parfaitement.

- Alors que c'est toi qui agis bizarrement ?

- Inutile de se disputer pour si peu, tempéra la princesse.

- Tu admets qu'il y a bien quelque chose ? s'accrocha Ichigo.

- Disons plutôt que ce n'est rien, c'est passé maintenant.

- Vu ta tête, ce n'est pas rien, perdit-il patience. Alors soit tu me dis ce qui se passe, soit je te repose la question demain et les jours suivants jusqu'à ce que tu cèdes. Tu sais que j'en suis capable.

- Oh oui, je le sais, soupira-t-elle.

- Donc ?

Orihime réfléchit à un mensonge plausible pouvant justifier son comportement. Hélas, pas la moindre idée ne lui vint à l'esprit. Un comble étant donné son imagination sans limites ! Le cœur cognant contre ses côtes, elle n'eut d'autre choix que de dire la vérité.

- Nous n'avons pas... reparlé de... eh bien... de la source. Ce qu'on a f-fait, je veux dire. J'ai... J'ai aimé ce moment avec toi et j'avais simplement envie de... euh... um... revivre ça ?

Broder sa dernière phrase sans s'évanouir relevait de l'exploit. En revanche, sa tête auburn semblait sur le point de fumer tant son visage était rouge. Entendre un tel aveu inattendu de sa part choqua Ichigo qui resta momentanément sans voix. Les pommettes un peu rosées, il s'efforça de se reprendre.

- Tu croyais que je dormais et tu ne m'as pas réveillé, mit-il en évidence. Comment tu comptais « revivre ça » sans moi ?

La question qu'Orihime voulait fuir jusqu'aux portes de l'enfer s'il le fallait.

- Je pensais me débrouiller, répondit-elle en fixant ailleurs.

- Te débrouiller ? se bloqua le fils Kurosaki, pas sûr de piger. Mais...

- S'il te plaît ! Ne m'oblige pas à t'avouer mon plan ! Le fait que tu m'aies déjà surprise dans un tel moment va me hanter le restant de ma vie ! lança Orihime, les mots s'échappant de sa bouche.

Le visage derrière ses mains, elle refusait obstinément de le regarder. Si elle s'était déjà trompée à ce sujet, nul doute désormais qu'il pensait qu'elle n'était bel et bien qu'une fille répugnante. Emprisonnée dans sa bulle erronée, Orihime ne remarqua même pas qu'Ichigo l'avait découverte ni qu'il s'était déplacé à ses pieds. Ce fut seulement lorsqu'il remonta sa chemise de nuit jusqu'à ses genoux qu'elle osa recroiser ses orbes bruns animés d'un vif éclat.

- Tu m'arrêtes quand tu veux, dit-il simplement en tenant ses chevilles.

Partagée entre la crainte, l'excitation et la curiosité, la princesse se trémoussa dans l'attente. Qu'allait-il faire ? Couchée sur le dos sans rien à quoi se raccrocher, elle se sentit soudain vulnérable après sa confession.

- Tu m'as entendu ?

- Um ?

- Je suis sérieux, Orihime, insista-t-il. Si je vais trop loin, n'hésite pas à me le dire.

Elle acquiesça, elle lui faisait confiance. C'est tout ce qu'il fallut à Ichigo pour continuer.

- Fléchis tes jambes.

Perplexe, la belle s'exécuta. Le bout de ses doigts courant sur la peau de ses cuisses, Ichigo entreprit de remonter lentement la chemise de nuit jusqu'à sa taille. Sa rougeur s'étendant jusqu'à son cou, Orihime se fit violence pour ne pas se cacher. En effet, sa fleur délicate non dissimulée par un sous-vêtement était exposée librement à Ichigo qui, en plus, fixait cette zone comme s'il y trouvait un intérêt particulier. Orihime mourait d'envie de se fondre dans le futon tellement elle était embarrassée. Malgré tout, son sexe chaud palpitait presque dans l'attente de soins particuliers qu'Ichigo paraissait tout disposé à lui prodiguer.

En vérité, Ichigo ne distinguait pas grand-chose dans les faibles flammes des bougies. Du moins, en voyait-il suffisamment pour se sentir trop à l'étroit dans son caleçon. Comme sa princesse, leur première fois ensemble n'avait pas quitté son esprit, la hâte de recommencer non plus. Par peur de passer pour celui qui « ne pense qu'à ça », il avait étouffé ses pensées érotiques au fond de lui. La surprenante révélation de sa petite amie avait fait ressurgir ce désir avec une force lui donnant le courage de tenter autre chose. Car oui, cette fois il n'avait qu'une envie : la goûter. Impatient de tenter cette expérience, Ichigo se pencha et passa les bras sous les cuisses écartées d'Orihime afin de la tenir fermement. Puis, sans la quitter des yeux, il déposa un baiser furtif sur son sexe sensible, avant de laisser courir sa langue sur toute sa longueur. Orihime se raidit. Par tous les kamis... son petit ami la goûtait ! Il remit ça, elle ne put retenir un faible gémissement. Sa gêne se retrouva peu à peu rongée par les prémices de l'extase.

Elle ne pensait pas pouvoir ressentir un tel plaisir si différent de leur rapprochement significatif la veille. Tantôt cambrée tantôt l'entrejambe au plus près de la bouche de son roux, Orihime se tortillait dans le bonheur. Chaque coup de langue d'Ichigo la rapprochait un peu plus de la jouissance. Délicatement, il écarta les plis humides fragiles pour la lécher autant que possible, tournoya sa langue autour de son entrée avant de se concentrer sur la perle de nerfs au sommet. A peine la frôla-t-il qu'Orihime poussa un petit cri sexy. Ichigo sourit. La fierté de lui faire un tel effet pour une première fois gagnait du terrain.

Du bout de la langue, il taquina ce petit bourgeon tout en insérant un puis deux doigts en elle. Une boule de chaleur enflant dans son ventre, Orihime remonta ses genoux plus haut vers sa poitrine et ouvrit les jambes au maximum. La tête penchée vers l'arrière, une main dans les cheveux de son petit ami pour bien lui faire comprendre de ne pas arrêter, Orihime essaya d'onduler le bassin pour répondre au rythme plus rapide de sa langue et de ses doigts. Ses gémissements, bien que discrets, témoignaient de son désir d'atteindre le paroxysme.

- Oooh oui... humm... continue, Ichigo ! l'encouragea-t-elle, les yeux clos.

Il poursuivit sa douce tâche sans se faire prier, dégagea son autre bras pour aller presser un sein et tirer le téton raide à travers la chemise de nuit. Être stimulée de la sorte fit presque tourner la tête d'Orihime dont la respiration était de plus en plus difficile. Ses doigts toujours à l'œuvre, Ichigo lécha frénétiquement son clitoris. Cette manière de lui faire l'amour propulsa Orihime dans un monde de plaisir indescriptible, son orgasme déferlant telle une vague qui la renversa. Tellement intense qu'elle fut certaine d'avoir uriné. Horrifiée, les jambes tremblantes, elle se redressa pour vérifier pendant qu'Ichigo baissait son caleçon. Elle put tout juste constater que fort heureusement non, qu'il l'incita à se rallonger. Au-dessus d'elle, il lui jeta un regard qui réveilla son excitation.

- Tu n'es pas la seule à penser à hier soir, Orihime, chuchota-t-il.

Avant qu'elle puisse répondre, il la pénétra sensuellement. Orihime l'accueillit sans sourciller, plus qu'heureuse de le sentir en elle à nouveau. Une main pressant sa nuque, l'autre au bas de son dos afin que leurs corps soient étroitement en contact, Orihime profita de cet instant si ardemment désiré.

Ichigo lui donna un lent et langoureux baiser qui contrastait avec la cadence de ses coups de reins. Joue contre joue, Orihime lui murmura des mots doux tout en profitant de chaque sensation délicieuse. Déjà très excité, Ichigo ne mit guère de temps à atteindre l'apogée, préférant repousser cette libération le plus possible pour faire durer le plaisir. Lorsqu'il jouit, il se dit que décidément aucune autre femme ne pourrait jamais avoir un tel effet sur lui.

{…}

Le ciel nocturne se chargeait peu à peu de nuages menaçants.

Ses iris sombres perdus sur le mur opposé, où dansaient les ombres des branches d'arbres malmenées par le vent, Shuhei n'était pas parvenu à trouver le sommeil. Ce qu'il avait vu quelques heures plus tôt le travaillait. Que pouvait bien faire Aizen de ce côté du palais ? Hisagi plissa les yeux dans la pénombre. L'empereur savait-il que son conseiller se promenait dans cette partie sinistre et interdite d'accès ? Peut-être serait-il judicieux de lui en faire part une fois remis de son malaise. Shuhei se promit de prendre de ses nouvelles auprès de son médecin dès le lever du soleil. En attendant de partager ses soupçons avec Eiji, il devait tirer tout ça au clair.

- Je dois en avoir le cœur net.

Quelque chose se tramait dans l'ombre, il en mettrait sa main à couper. Toujours habillé, Shuhei quitta son futon, plus déterminé que jamais. Torche en main, il traversa le palais endormi, ne croisant que des gardes effectuant leur ronde, qu'il salua brièvement. Les derniers préparatifs pour le Bal d'Hiver étaient presque achevés. La frénésie de la journée avait laissé place à une brève sérénité, qui serait pulvérisée dès l'aube par les exigences sans fin de l'impératrice Miyako.

Certain de ne pas être suivi, il se rendit sur les traces d'Aizen du côté de l'aile abandonnée. Comme lui, Hisagi ignora la porte solidement cadenassée préférant passer les alentours au crible à la recherche de quoi que ce soit d'inhabituel. Il ne trouva rien de suspect jusqu'à trébucher sur un anneau en fer camouflé dans une touffe d'herbe. Se félicitant d'avoir mis le doigt sur quelque chose, Shuhei souleva ce qui s'avéra être une trappe. Accroupi, sa torche éclaira un escalier en pierre qui l'invitait à descendre dans les entrailles de la terre. C'est en vérifiant une dernière fois être bien seul qu'il décida d'aller explorer en fermant la trappe au-dessus de lui.

Il s'agissait en réalité d'un passage souterrain menant aux salles de tortures. L'endroit était sombre et lugubre, un goutte à goutte incessant laissait supposer qu'il y avait une fuite d'eau quelque part. Bientôt, une fenêtre avec vue sur le ciel lui indiqua qu'il était bien remonté. Hisagi frissonna, ces cachots le mettaient mal à l'aise. Plus il progressait dans ces successions d'allées, plus il ne se sentait pas le bienvenu. Comme si l'âme des morts emprisonnée en ces lieux à jamais le tenait pour responsable de leurs malheurs.

Ses yeux tombèrent sur des instruments barbares, pour certains rouillés, qui ébranleraient le plus courageux des hommes. Il était encore un jeune garçon à l'époque du règne de Seto et Shuhei s'estimait chanceux de n'avoir jamais eu à servir un homme ayant recours à des pratiques aussi inhumaines. Il inspecta chacun des cachots vides et froids. Y avait-il vraiment une chose digne d'intérêt ici ? Pour dissiper tout doute, un bruit résonna au fond, dans le dernier cachot. Prudemment, son sabre dégainé, Shuhei scruta ce qu'il pouvait à travers les barreaux. Une forme qu'il éclaira à la lueur des flammes attira son attention. Une personne se tenait mollement assise, le menton sur la poitrine. Une goutte de sueur coula sur la tempe de Shuhei qui ne s'attendait pas à pareille découverte. Cette silhouette très mince, ces cheveux noirs...

- Ulquiorra !?

Une chose facilement identifiable appuya fermement sur l'arrière de la tête de Shuhei qui n'esquissa pas un geste. Il se traita mentalement d'imbécile pour s'être fait avoir si facilement.

- Lâche ton sabre, ordonna celui qui le tenait en joue.

Les dents serrées, le fidèle soldat s'exécuta.

- Tu fais une grossière erreur, dit-il.

- J'allais te faire remarquer la même chose. Tu aurais mieux fait de rester à ta place de toutou de l'empereur.

- Laisse-le partir, Stark, articula Ulquiorra d'une voix éraillée en relevant péniblement la tête.

- Désolé, petit frère, je crois plutôt qu'il va te tenir compagnie.

Stark shoota le sabre au sol et, menaçant toujours Shuhei de son pistolet, déverrouilla le cachot.

- Entre et je te déconseille de jouer les héros, le prévint-il.

- Mon absence sera remarquée, tu ne t'en tireras pas comme ça, siffla Hisagi, enfermé à son tour.

- Je doute qu'on vienne te chercher ici, répliqua nonchalamment Stark.

- Qu'est-ce que vous manigancez avec ton père ?

- C'est pas tes affaires. Bientôt le monde va changer et tu seras aux premières loges. Profite bien du spectacle, Hisagi Shuhei.

Il bâilla à s'en décrocher la mâchoire et se gratta la tête.

- Bonne nuit, leur souhaita simplement Stark en se détournant, la main levée.

- Reviens ici ! s'écria Shuhei accroché aux barreaux. Stark !

- C'est inutile.

Hisagi en aurait presque oublié la présence d'Ulquiorra dans l'un des coins. Il posa sa torche et s'approcha de lui pour le dominer de toute sa hauteur et le détailler. Encore plus pâle que d'habitude et légèrement transpirant, un bandage crasseux et ensanglanté entourait son torse. A en juger par la nature douteuse des soins reçus, sa blessure n'était pas près de guérir.

- L'empereur Eiji a insisté pour retourner te chercher dans la forêt, débuta Shuhei, les yeux plissés dans la méfiance. Je ne sais pas ce que tu lui as dit mais il était très soucieux. Vous trafiquez quelque chose avec ton père, ton frère l'a confirmé. Que voulait-il dire par « le monde va changer » ? Et pourquoi es-tu emprisonné ?

Une main sur les côtes, Ulquiorra se redressa légèrement.

- Tu vas m'aider à sortir d'ici, dit-il en masquant sa douleur. J'ai une mission à mener à bien.

L'autre homme haussa les sourcils.

- De quel ordre ?

- Mon père m'a raconté que la Princesse serait bientôt de retour, sans doute avec Kurosaki Ichigo.

- La Princesse Orihime ?! s'étrangla presque Hisagi. Que vient-elle faire dans cette histoire ? Je savais que Grimmjow en avait sans doute après elle mais...

- Je dois la retrouver, l'interrompit l'autre.

- Pourquoi ? Si tu comptes lui faire du mal, je ne te laisserai pas faire, l'avertit-il froidement. J'ai juré de la protéger au péril de ma vie s'il le faut.

- J'ignore quelle relation elle entretien avec Kurosaki mais je le considère comme une menace, l'ignora le plus jeune fils de Sosuke de sa voix monotone.

Agacé, Shuhei ne voyait toujours pas où menait cet échange. Pourquoi Ulquiorra était-il retenu ici ? Que complotait Aizen Sosuke ? Que sous-entendait Stark ? Quel lien la Princesse avait-elle avec tout ça ? Pouvait-il faire confiance à Ulquiorra dont le frère et le père étaient corrompus ? Et puis qui diable était ce Kurosaki Ichigo ? A la recherche de réponses, Shuhei avait au final récolté plus de questions.

De son côté, loin d'avoir l'esprit aussi embrouillé, Ulquiorra se remit péniblement sur ses pieds en s'aidant du mur en pierre brute. Face à un Shuhei toujours aussi indécis, il soutint son regard.

- L'empereur m'a accordé la main de la Princesse, annonça-t-il de but en blanc. Elle refusera ce mariage si le plan de mon père abouti. Il me faut donc la retrouver, lui parler et accomplir ma mission.

Hisagi tomba des nues. Si la situation n'était pas aussi dramatique, il penserait avoir abusé du saké. Toute cette histoire ne tenait vraiment pas debout.

- Ta mission ? Épouser la Princesse, c'est ça ? supposa-t-il, blasé. Tu es du genre à rêver d'un mariage impossible et improvisé dans les bois ?

Sa moquerie glissa sur Ulquiorra aussi imperturbable qu'à l'accoutumée.

- Pourquoi je t'aiderais à retrouver la Princesse ? reprit sérieusement Hisagi.

- Je ne vais pas faire de mal à ma fiancée, répliqua Ulquiorra sur un ton étrange.

- Je dois me contenter de ta parole ? Ça pourrait être un piège, je ne te fais pas confiance.

- Tu n'as pas le choix si tu veux sauver le pays que tu as servi loyalement plus d'une fois, Hisagi Shuhei, lança le jeune homme avec une pointe d'impatience. Et ma mission n'est pas d'épouser la Princesse mais d'éliminer l'obstacle à ce projet.

- Je ne t'ai jamais autant entendu parler, souligna Shuhei, le visage fermé. Es-tu en train de me proposer un marché ?

Ulquiorra conserva son air impassible si irritant en cet instant d'après Shuhei. Dans quoi s'était-il embarqué ?

- Très bien, Ulquiorra. Admettons que je te crois, quelle est cette fameuse mission ?

Les doigts pressés sur sa blessure qui recommençait à saigner, Ulquiorra garda le dos droit, un vif éclat témoin de sa détermination au fond de ses grands yeux verts lorsqu'il prononça ses prochains mots.

- Affronter Kurosaki Ichigo.

- Affronter Ichigo, hein ? lança une voix de l'autre côté des barreaux. Tu n'as pas peur de mettre l'autre pied dans la tombe, toi.

Shuhei et Ulquiorra tournèrent la tête d'un même mouvement.

- Qui est là ? demanda le fils d'Aizen, méfiant.

Après un court silence, quelqu'un s'avança dans le halo des flammes.

- Toi ?! Qu'est-ce que tu fais ici ?! laissa échapper Hisagi qui n'en croyait pas ses yeux.

- Salut, Shuhei, ça fait un bail, hein ? répondit la personne. Laisse-moi deviner. Tu as flairé une piste, tu l'as suivie et tu t'es fait bêtement avoir, c'est ça ? Une chance que je passais dans le coin... Les choses sérieuses vont enfin pouvoir commencer. Alors dites-moi, lequel de vous deux veut crever le premier ?

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Bonjour / Bonsoir à vous tous ;) Des mois que je n'ai rien posté et j'en suis navrée. Celles et ceux qui continuent à me suivre malgré tout, je vous remercie beaucoup ! Je suis soulagée d'enfin parvenir à mettre ce chapitre en ligne. Initialement prévu en deux parties, je l'ai finalement laissé tel quel, pensant que vous méritiez un très long texte après cette attente. Il se passe énormément de choses dans ce chapitre, j'espère que vous avez réussi à suivre.

Le prochain chapitre sera l'avant-dernier, je vais me pencher dessus sous peu. Avant que l'on me pose la question, non, je n'ai pas l'intention de poster une autre fanfiction après celle-ci. Je confirme donc que Je te retrouverai sera le point final pour moi ici. Je vous donne rendez-vous prochainement pour découvrir la suite et presque fin de cette histoire ! =D Merci pour vos commentaires sur le chapitre précédent y compris toi Liluana, ça m'a fait très plaisir. Bisoux à vous tous et merci pour votre soutien !