Et non vous ne rêvez pas... C'est bien le dernier chapitre de Mystère et boule de neige ! Une conclusion qu'il m'a été difficile d'écrire, comme vous aurez pu le constater ^^ Quand je me suis lancée dans ce projet, ce défis, jamais je n'aurais cru le terminer si tard, ni même qu'il tournerait ainsi. Mais j'en suis plutôt fière. Ma plus longue histoire jusqu'ici... Merci beaucoup de l'avoir suivit, pour votre soutien, votre implication, et vos retours si positifs. Des encouragements inspirant et motivant. J'espère que l'ultime chapitre vous plaira autant que le reste.

Bonne lecture !


24 Décembre (2/2)

Encore totalement tourneboulé par sa matinée, la panthère triture son assiette, et finit par la repousser. Il a beau avoir dit à Kagami qu'il demanderait à ses parents, maintenant qu'il est là, sa rencontre avec le tigre lui paraît surréaliste et lui noue l'estomac. Est-ce qu'ils se sont vraiment embrassés ? Et est ce qu'il a véritablement et terriblement aimé ça ? Toujours sous le choc, il a du mal à l'admettre. Pourtant il a l'impression que c'est écrit sur sa figure, puisqu'il peut encore sentir ses lèvres gonflées de leur baiser figées dans un rictus rêveur.

Kagami le met encore au pied du mur. La dernière fois, il l'avait poussé à sortir de sa léthargie, à utiliser son arme secrète, entrer en zone pour le vaincre, en vain. Aujourd'hui, bien que ce soit toujours pour une question de basket, la portée de ses actions est beaucoup plus grande qu'un tournoi sportif de lycéens. Plus importante. Étourdissante. Il n'est pas sûr de réaliser à quel point, ni tout ce que ça implique pour son avenir. Mais il ne peut plus reculer. C'est maintenant ou jamais que s'écrit le point de départ de sa carrière. De ça, il en est certain. Taïga a fait pratiquement tout le chemin pour lui, mais le dernier pas, le choix de sauter dans le vide ou non est sien. Il n'a pas eu le temps de s'y préparer. C'est vrai. Mais c'est vrai aussi qu'il peut devenir bête à cogiter de trop. Se laissant embobiner par ses démons intérieurs, embourber et empêtrer dans des marais d'angoisses et des forêts de peurs. Regardant passer sa vie sans plus parvenir à en être acteur. Seulement un PNJ, un passager, un spectateur. Mais l'énergie et la détermination de son rival l'a toujours repousser dans ses retranchements, au bord de ses limites. Qu'il se voit étonnement dépasser à chaque fois. Non, avec Kagami pas le temps de se poser milles questions. De contempler filer l'existence. Il est obligé de suivre. De sauter. Au risque de le voir briller loin de lui. De se retrouver de nouveau seul du mauvais côté.

Au diable son parachute. Ce voyage il veut vraiment le faire. C'est la chance de sa vie, et son rival à raison. Il serait fou de ne pas au moins essayer. Des regrets, il en a déjà trop. Fort de cette résolution, bouillonnant de l'énergie de l'aventure maintenant que sa décision est prise, il réfléchit à comment poser sa question. À la fin du repas, au moment du thé lui semble le plus propice. Il attend donc que ses parents terminent leurs repas, qu'ils s'installent. Et avant de les rejoindre, il monte dans sa chambre. Le cœur en perdition, préférant ne pas penser à l'éventualité d'un non, il attrape les billets d'avion. De retour à la table de la salle à manger, il s'assied en tailleur en face de ses géniteurs et pose entre eux la pochette contenant littéralement tous ses espoirs. Un si petit objet… pour une si grande ambition... Sa mère lui adresse une œillade curieuse, s'en saisit et l'ouvre tandis qu'il avale une gorgée de liquide chaud, pour s'occuper les mains.

La femme dont il a hérité la couleur de peau lui sourit, amusée, alors qu'elle tend les billets à son mari. Sérieusement ? Qu'est-ce qu'il y a de drôle exactement ? Sa mère retient un gloussement en se pinçant les lèvres alors qu'intérieurement, il vit la fin du monde, l'apocalypse ! Il s'apprête à lui rugir dessus, à bout de nerfs, mais le rire de son père d'une rareté licornesque le coupe dans son élan. Médusé, il tourne le regard vers lui, sans comprendre.

- « Dit lui chérie, sinon je crois qu'on va le perdre. Regarde, ton fils frise la syncope. » Se moque son père en le pointant des billets qu'il tient toujours.

- « Rho mais on devait attendre demain ! »

- « Attendre ? Attendre quoi ? » S'exclame-t-il de plus en plus perdu.

Ahuri, il regarde sa mère céder, se lever et se diriger vers le petit secrétaire. Elle en sort une chemise en carton. Il ne peut détacher ses yeux d'elle lorsqu'elle se rassoit et lui tend l'objet. Il brandit une main hardie de convoitise pour l'attraper mais à peine a-t-il le temps de l'effleurer qu'elle se dérobe entre ses doigts. Son pauvre cœur qui ruinait déjà ses côtes vient de rater un battement, voire deux. Bordel… il ne va pas survivre assez longtemps pour savoir ce qu'il y a là-dedans ! Sa mère la tient toujours hors de portée, et de son autre main le met en garde d'un index intransigeant :

- « C'est sous condition Daïki… Il faut que tu aies ton diplôme c'est compris ? »

Il déglutit et hoche frénétiquement la tête. Tout ce qu'elle veut mais qu'elle lui file cette foutue enveloppe !

- « Nous avons bien vu tous tes efforts ces derniers mois. Alors nous pensons que c'est mérité… » Ajoute-t-elle en lui donnant enfin le dernier mystère à résoudre.

Daïki la lui arrache presque des mains et se dépêche de l'ouvrir. À l'intérieur, plusieurs documents. Le premier, un fiche de renseignements en tout genre, très complète, à son nom. Il passe à la suivante : un bilan médical. Celui obligatoire pour tous les joueurs en club à l'académie de Too. Les prochains, il ne les lit qu'en travers, sentant déjà sa gorge obstruée d'émotions. Des lettres de recommandations… Cinq. Autant ? Préférant ne pas s'y attarder pour ne pas craquer, il déchiffre seulement les noms en bas des pages.

Une signée de son vieux coach à Teïko : Kozo Shirogane. Qu'il savait correspondre encore de temps en temps avec Satsuki. Lui avait-elle demandé ? Son entraineur actuel, Harasawa en a aussi rédigé une. Longue. Alors que cet homme, ancien membre de l'équipe nationale de basket ne parlait qu'en mono syllabes, en ordres quasi militaires. Un autre de ses anciens membres qui a aussi été son coach, quoi que brièvement, pour les Vorpal Sword. Kagetora. Qui d'après les mots qu'il saisit ne tarit pas non plus de louanges. L'avant dernière est signée de son équipe. Même les sempaïs qu'ils ont vu partir ont apposé leurs griffes, donnant un peu plus de poids encore à la missive, et à sa poitrine, croulant désormais sous tant de témoignages élogieux. La dernière le fait sourire. Seijuro Akashi... Celui qui fut son capitaine le plus longtemps, et qui de tous, connaissait certainement le plus de facettes de lui. En tant que joueur, ami et miracle. Comme les autres, il ne la lit pas vraiment, il capte seulement quelques mots avant de passer à la suite du dossier : « génie », « prodigieux », « indomptable », « joueur exceptionnel ». L'empereur pense-t-il vraiment tout ça de lui ? Incroyable…

Après les lettres il trouve le formulaire d'inscription, déjà rempli d'une écriture qu'il croit reconnaître et qu'il n'aura plus qu'à signer s'il en croit le petit post it de la dernière page. Puis une attestation de demande de passeport lui arrache un soupir de soulagement. Contrairement à ces deux derniers bulletins scolaires qui le font grimacer. Il en a eu des pires, mais ils ne sont pas non plus très glorieux… Après le petit tas de feuillets, au fond de la chemise cartonnée, dans une petite pochette carrée transparente il découvre un CD portant son nom. Dubitatif il redresse la tête à la recherche de réponses. Sa mère lui sourit et adresse une œillade moqueuse à son mari.

- « C'est une compilation de tes plus beaux matchs, et de quelques entrainements si j'ai bien compris. Ton père l'a déjà regardé dix fois au moins. » Précise-t-elle.

- « N'écoute pas maman, elle exagère. » Réplique le concerné en se frottant la nuque.

Mots et gestes qui le font sourire, mais il n'a pas le temps de s'étonner de la remarque ni de la gêne de son père que ce dernier sort de sa poche une dernière feuille qu'il lui tend par-dessus la table.

Machinalement il la récupère. En ouvrant la page, ses yeux s'écarquillent. L'autorisation parentale. Paraphée des deux premiers kanjis qu'il a appris à reconnaître. Il redresse son visage incrédule sur ses parents, la bouche figée dans une nouvelle question muette qu'il ne parvient pas à formuler. Son père plante son regard tempête qu'il lui a légué dans le sien et se racle la gorge avant d'expliquer :

- « Nous avons bien vu ce que l'absence du basket dans ta vie a déclenché. Et même si j'aurais préféré entendre ces mots de la bouche de tes professeurs… Les lettres que ton ami nous a apporté, et ces images… Bon sang ! J'ai eu du mal à croire qu'elles parlaient de toi. Elles m'ont rendu tellement fier fils. Alors s'il y a vraiment une chance que tu réussisses… on est avec toi. »

- « Mais si ça rate Daïki, tu rentres et tu t'inscris à la fac au semestre d'automne d'accord ? » Tempère sa mère, sans parvenir à le faire descendre de son nuage d'euphorie.

De la part de la matriarche ça ne l'étonne pas, elle a toujours été hyper protectrice. Donc si Taïga a touché sa corde sensible, la faire céder à dû être facile. Mais son père… Il est plutôt du genre mauvais flic… Pourtant des deux, c'est celui qui semble le plus ému. Il n'en mène pas large non plus… Kagami a vraiment pris le temps de comploter tout ça ? Sans qu'il n'en sache rien ?! Pourtant, au lieux de se laisser emporter par sa propre émotion, incapable de s'exprimer autrement pour l'instant, il râle, un peu vexé quand même d'avoir été mené en bateau :

- « Vous étiez au courant ! Vous étiez dans le coup depuis le début !? »

- « Hé bien… je n'avais pas les détails, mais oui, Kagami-kun est venu me parler de son projet et… il a avancé des arguments plutôt convaincants. » Avoue sa mère d'un air malicieux.

- « Et toi ? » Demande-t-il à la figure paternel.

Pour toute réponse, son père lui adresse un sourire mystérieux, de ceux qui cachent un secret. Il est alors témoin de cet échange silencieux et complice entre ses parents, dont il se sent exclu. Il manifeste sa présence d'un lourd soupir, le plus audible possible, jusqu'à capter le regard amusé d'Aomine senior. Il rêve, ou bien il se moque de lui là ?

- « Daïki, chéri… rappel moi le métier de papa ? » l'aiguille sa mère.

- « Hein ?! » S'agace-t-il. « Mais il est ou le rapp_ »

Oh non… Non ce n'est pas possible ! Il bug. Mais comment a-t-il pu passer à côté de ça !? Bordel, à se demander s'il a vraiment un cerveau fonctionnel. Mais quel con ! Daïki se passe les mains dans les cheveux, réalisant l'ampleur de sa bêtise. Il observe son géniteur, effaré. La réponse était pourtant là, sous son nez, sous son toit depuis le départ… Évidement que ce n'était pas de la magie si les casiers étaient toujours à la bonne taille, parfaitement ajustés au trésor qu'ils renfermaient. Bien sûr que ce sapin avait été construit sur mesure… L'évidence le frappe tel un uppercut en pleine mâchoire. Sonné, il regarde de nouveau son père, aussi ému que lui à présent qu'il comprend l'importance de son implication dans le projet. Pour mettre du riz sur leur table au quotidien, cet homme aux mains calleuses, trainant toujours derrière lui une fraîche odeur de sciure de bois, est artisan.

- « Mais bien sûr… » Souffle-t-il. Avant de s'exclamer, surexcité : Papa est menuisier ! C'est toi qui l'as fait !? »

- « Il y a longtemps que tu n'es pas venu voir ton vieux père à l'atelier fils. J'en suis presque vexé que tu ne m'ai pas démasqué. » Ricane senior.

- « … »

Ne trouvant absolument pas quoi répondre à ce simple mais non moins vrai constat, il se cache la tête dans les mains, honteux, en gémissant des excuses incompréhensibles. Puis il ose les affronter d'un œil entre ses doigt écartés. Et il tombe sur deux figures aimantes et rieuses l'observant en retour. Visiblement diverties par son désarroi. Ses parents, bien qu'ils ne l'aient pas toujours compris, ont été aux toutes premières loges de sa déchéance. Essuyant ses tempêtes, subissant ses colères et sa frustration au quotidien, ne sachant ni trop comment le gérer, ni comment l'aider. Tentant comme ils pouvaient de contenir la bombe à retardement qu'il était devenu. Apprendre qu'ils ont participé à leur façon à ce merveilleux cadeau le bouleverse. Et il se sent soudain terriblement bête et coupable de ne pas y avoir pensé… En fait, il comprend seulement maintenant… Il réalise à l'instant qu'il n'a jamais été seul. Jamais autant que ce que son esprit d'adolescent tourmenté a bien voulu lui faire croire.

Daïki n'essaye même pas de dissimuler ses yeux embués, menaçant de déborder à nouveau face à tant d'amour. Profondément reconnaissant de les avoir eux et leur insoupçonné soutien dans cette aventure folle, il s'assoit sur ses talons, joint les mains et s'incline si bas face à ses parents que sa tête repose presque sur ses genoux.

- « Arigatogozaimasu ! Je vous promets d'obtenir mon diplôme, et de vous rendre fier. »

Lorsqu'il se redresse, il voit sa mère laissant enfin paraitre son émotion jusqu'alors contenue, et ouvrir grand les bras. Daïki n'hésite pas une seule seconde. À quatre pattes, il s'avance jusqu'à elle et se précipite dans le giron maternelle, laissant ses bras se refermer sur lui. Il savoure la sensation que l'éducation nippone et la pudeur de la société dans laquelle il a grandit lui ont rendu si rare. Tandis qu'il profite de cette étreinte, une grande main un peu calleuse vient tendrement, bien que maladroitement enlacer sa nuque et frotter son dos. La voix rocailleuse de son père finit par briser le silence :

- « Ce Kagami Taïga… il a l'air d'un jeune homme remarquable. Et il semble beaucoup tenir à toi. Alors j'espère que tu sauras le remercier comme il se doit. Les Aomine paient toujours leurs dettes. »

- « Oh oui, tu pourrais commencer par l'inviter à dîner à la maison, tu ne crois pas ? » Ajoute sa mère en l'écartant un peu.

Trop émue et embarrasser pour dire quoi que ce soit sans que sa voix ne se brise, il se décide à reprendre sa place et hoche doucement la tête avant de terminer son thé. L'inviter à diner… oui, pourquoi pas. Même s'il ne voit pas vraiment ce qu'il pourrait faire pour le remercier convenablement de tout ce qu'il a fait pour lui. Mis à part … Bon, et bien, il ne lui reste plus qu'une chose à faire pour réaliser le souhait de son rival de voir à ses côtés cet été… Avoir ce foutu diplôme, et réussir la sélection pour le stage. L'une des deux conditions lui paraissant beaucoup plus facile à remplir que l'autre !


Devant l'immense porte du manoir, le poing en l'air prêt à toquer, Aomine se fait happer par de vieux souvenirs. Cependant, il n'a pas le temps de s'y complaire qu'un major d'homme lui ouvre la porte et le salut. Poli, il le lui rend, un peu gauche et entre dans le vestibule. Il ôte sa veste, que quelqu'un qu'il n'avait même pas vu vient réceptionner et rejoint la pièce de droite, d'où s'élèvent les voix familières. À son arrivée, Satsuki est la première à le voir. Elle lui adresse un clin d'œil malicieux et un sourire angélique. Elle sait… Il se masse la nuque, étrangement gêné de se retrouver là, impressionné par la grandeur des lieux pourtant familier et à la fois différents. Déroutant. Ou alors, est-ce lui qui a changé ? Pris en tenaille dans un nouveau désordre émotionnel, Aomine ne sait même plus comment aborder ses amis. Son clan entièrement réunis, et un peu agrandit. Sûrement témoin de la grimace de la rose à son égard, le blond se retourne et finit par le voir. Dans un cri Kiseral, il vient enserrer son cou dans une embrassade amicale.

- « Daïki-chiiiiii ! Manquait plus que toi ! »

Et là, juste comme ça. Juste … parce que Ryota, sa bonne humeur rayonnante et contagieuse, il se détend. Retrouvant ses réflexes et son assurance à ses côtés. Laissant son cœur débordant et vulnérable se gorger un peu plus, acceptant l'affection témoignée. Il ricane en lui rendant son accolade bourrument et le pousse un peu plus loin pour aller saluer les autres. Affalé dans un fauteuil, Atsushi daigne seulement lever une main sur son passage. Il répond à son high five et cogne de nouveau la main qui se resserre en un poing géant. Il le contourne ensuite pour venir caresser les cheveux de Satsuki, assise non loin. Ils échangent un sourire entendu. À l'approche du shooter, il remarque son léger mouvement de recul. Un rictus mauvais retrousse sa bouche quand il lui tend la main. Shintaro l'étudie avec un air des plus sérieux. Puis en remontant ses lunettes, méfiant, dans une moue de dépit finit par s'en saisir. Aomine ne peut pas résister. Brusquement, il feinte une approche et cela suffit à faire bondir Midorima, dans un cri indigné. Il explose de rire, accompagné par Takao, littéralement plié en deux qui le félicite d'un pouce levé, tandis que le tsundere leur hurle dessus. Leur fou rire alimente vite celui des autres, au grand dam de Shin, rosissant légèrement. C'est Akashi qui met fin à leur petit cirque, de sa simple présence. Dès qu'il les rejoint, ils se taisent tous, se figent, sur le qui-vive. Mais Daïki n'est pas le seul à avoir changé… Seijuro lui sourit chaleureusement et vient poser une main sur son épaule qu'il presse doucement.

- « Aomine… C'est bon de te voir ici. »

- Il déglutit, se gratte le crâne et marmonne : « Ouais… c'est bon d'être là. »

Ainsi accueilli dans ces lieux symboliques, témoins de leur lien et imprégnés de leurs rires passés faisant écho à ceux d'aujourd'hui, Daïki est rassuré. Doucement le poids de l'angoisse alourdissant son estomac s'évapore. Il a enfin ouvert la boîte, et à son plus grand soulagement, le chat n'est pas mort…

À ses pieds vient se frotter un autre genre de boule de poils, langue pendante, queue remuante, regard amoureux. Il se penche pour saluer Nigou d'une gratouille derrière l'oreille quand il réalise. Tetsu. Il ne l'a pas vu mais il sent sa présence dans son dos. Telle une ombre. Son ombre… Cette pensée dessine un nouveau rictus sur son visage. Il se redresse et se retourne, le poing tendu et le fantôme y colle le sien. Ayant salué tous ses amis présent dans la pièce, il la balaye du regard. S'attendant à le voir débouler d'un moment à l'autre. Toujours près de lui, Kuroko lui chuchote avec un air de conspirateur et un ton pourtant des plus neutre :

- « Il est dans la cuisine. »

- « Hein ? » S'affole-t-il.

- « Si c'est Kagami-kun que tu cherches, il est _ »

- « La cuisine ! C'est bon, j'ai compris ! » S'agace-t-il en s'y dirigeant déjà.

Foutu fantôme ! Il secoue la tête, étonné de l'être encore par ce petit gars et ses pouvoirs omniscients. À l'entrée de la pièce indiquée, il s'appuie sur le chambranle de la porte, les mains dans les poches de son jean. Il s'attendait à le trouver seul, mais bien évidemment, le dragon est là aussi… Dos à lui, ils s'affairent à quatre mains sur l'immense plan de travail.

- « Come on Taïga… Don't need to be perfect ! On est juste entre nous ! »

- « Yes it is ! » Grogne le tigre au brun.

Inexplicablement, ça lui plait bien de voir ça. Satisfait, il croise les bras sur sa poitrine. Son mouvement attire le regard de Himuro. Du sien, il en profite pour il lui intimer de déguerpir. Surpris, ce dernier se fige une seconde sous le poids de son intimidation silencieuse avant de s'éloigner de son frère, le laissant à sa concentration. Il défait lentement son tablier et se dirige vers la sortie.

- « J'te laisse finir Taï, je vais rejoindre les autres. »

- « Yeah yeah … » Acquiesce distraitement Kagami.

Avant de franchir le seuil de la porte qu'il encombre toujours sans aucune gêne, Tatsuya l'observe de haut en bas. D'une prunelle d'acier il le juge sans dire un mot. Puis le cyclope pointe son œil découvert de son index, avant de le diriger contre lui, menaçant. Pour toute réponse Aomine roule des yeux et lui indique la sortie d'un geste du menton. En levant fièrement le sien, d'un pas gracieux le brun s'éloigne et les laisse enfin.

Le cœur battant plus vite en sa présence, après l'avoir observé encore quelques instants, sans faire de bruit Daïki s'avance. Il se calle contre l'ilot central, juste derrière Kagami. Le fauve suspend alors son geste de découpe et se redresse instinctivement. Il se retourne pour lui faire face, un doux sourire aux lèvres qu'il abandonne aussitôt que leurs regards se croisent.

- « Aomine… »

- « J'arrive pas à le croire. » Lâche-t-il, faussement furax.

- « What ? » Interroge Kagami, embarrassé, presque inquiet.

- « Mes parents bordel… T'es allé jusqu'à parler à mes parents ! »

- L'américain ne se démonte pas, il hausse simplement les épaules : « Tu me connais… quand je veux vraiment quelque chose, je ne laisse rien se mettre en travers mon chemin. »

Il ne peut s'empêcher de rire. Parce que c'est justement un des trucs qu'il aime le plus chez lui. Sa ténacité. Comprenant qu'il le faisait marcher, le tigre se détend et lui cogne l'épaule avec une moue boudeuse, quoiqu'un peu rieuse. N'y tenant plus, Aomine se décolle du meuble et se rapproche de Taïga. Il enroule un bras autour de sa nuque et de l'autre, il le plaque contre son torse. Passé l'étonnement, Kagami lui rend son étreinte, emprisonnant sa taille entre ses bras puissants, posant son menton sur son épaule. Alors il ressert un peu plus sa prise sur lui aussi, enfouissant son visage dans le creux de son cou. Silencieux, immobile, il l'enlace simplement. Pour le remercier encore, lui témoigner son infini gratitude. Parce qu'il ne sait pas quoi faire d'autre, et encore moins quoi dire. De toute façon, il est sûr que dans aucune langue, il n'existe aucun mot assez fort pour exprimer ce qu'il éprouve pour cet homme en cet instant.

La panthère ne sait pas exactement combien de temps ils s'étreignent de la sorte, mais il finit par le relâcher doucement, le visage toujours niché dans sa nuque, laissant ses bras glisser le long des siens. Au bout du chemin, il trouve ses grandes mains chaudes et habiles. Aomine entremêlent timidement leurs doigts, tandis qu'il frotte son nez dans le cou doré aux veines pulsantes, témoins du rythme cardiaque affolé du tigre. Au moins autant que le sien. Puis il relève la tête vers lui, frôlant le bout de son menton, ses lèvres entrouvertes et son nez aquilin, jusqu'à joindre leurs fronts. Exactement comme Kagami l'avait fait plus tôt dans la journée. Ses prunelles sombrent dans les deux puits de lave incandescente qui ne le quittent pas. Il peut sentir le souffle erratique de Kagami contre sa peau, et contre son torse qu'il effleure du sien chaque fois qu'il inspire. Il se délecte de ses réactions, ce qui n'améliore pas son propre état. Daïki ferme les yeux, et se concentre pour ne pas laisser l'émotion l'envahir de trop. Puis, dans un Shakespeare très appliqué, d'une voix presque sûr, il murmure :

- « You win Tiger… Let's do this, I'll come with you. »


Épilogue

Los-Angeles. Sous le ciel embraser des feux d'un couchant de printemps. Les ombres des palmiers longeant Venice Beach s'étirent et marbrent bitume et sable sans distinction. L'air se rafraîchit, mais la douce atmosphère invite les promeneurs à prolonger l'après-midi. Sur le playground non loin de la plage, quelques passants s'arrêtent. Des spectateurs s'attroupent pour admirer l'affrontement acharné qui s'y joue. Connaisseurs et néophytes ne peuvent qu'admirer le spectacle envoutant de cette danse que seuls les joueurs paraissent maîtriser. Un ballet incohérent et imprévisible, mais d'une harmonie telle qu'il semble pourtant parfaitement orchestré. Les deux basketteurs sont perdus. Loin des encouragements et des exclamations enthousiastes bordant leur monde. Leurs regards sont focalisés sur l'adversaire, le ballon presque devenus secondaire. Une extension d'eux même qu'ils retrouvent sans peine, préférant scruter les gestes de l'autre pour le contrer.

Le jeune homme torse nu vient de marquer un panier. Un dunk magistral qui ébranle la petite assemblée d'exclamations et d'applaudissements. Son rival s'éponge le front de son maillot à l'effigie des Raptors, faisant un peu office de provocation au pays des Lakers, avant de se replacer au centre du terrain. Sur son visage, même de loin, personne ne peut manquer son regard encore plus déterminé, ni son sourire à en éclipser la lune se joignant à présent aux spectateurs.

Pour la première fois de sa vie, Daïki se sent à sa place. C'est à presque neuf milles kilomètres de chez lui qu'il a trouvé le bon chemin. Pour arriver jusqu'ici, là où il en est aujourd'hui, il a fallu qu'il le rencontre. Lui son ange tombé du ciel. Il a fallu que cette lumière débarque dans sa vie pour qu'il s'autorise à voir au-delà de ses murs sombres. Ceux qu'il avait lui-même construit. Un par un, Kagami les a fait tomber, il lui a ouvert toute les portes, tous les possibles. Il lui a offert l'opportunité de choisir, d'atteindre ses rêves, même les plus fous... Surtout les plus fous. Taïga a tout simplement ouvert la cage dorée dans laquelle il s'était emprisonné. Lui rappelant qu'il avait des ailes, et qu'il pouvait les déployer. Qu'il devait s'envoler. Qu'il avait le droit de vivre. Tout simplement.

Après sa semaine intensive, ils sont venus jouer juste pour le plaisir. Il est plutôt confiant pour le résultat de la sélection. Parce qu'il s'est donné à fond, et que de toute façon, ce n'est plus entre ses mains. Mais ils en ont beaucoup discuté avec Kagami. Si ça échoue, ce ne sera pas la fin. Ce n'est que le plan A. Le basket fera toujours partie de sa vie. Du moment qu'il le décide et s'en donne les moyens. Tant qu'il n'abandonne pas… Plus jamais ! Alors si le rêve Américain devait s'arrêter demain, il rentrerai la tête haute et se ferait une place en League nationale. Peut-être moins prestigieuse que celle qu'il vise, mais un début, un point de départ. Ou alors, soigneusement élaboré par Satsuki, le plan C. Celui qui demandera d'après lui le plus d'effort et d'autres talents aussi. Réussir la fac, et demander un échange scolaire avec une bourse. Pour introduire le circuit classique sans le raccourcit du stage. Mais pour l'instant le match ! C'est en réfléchissant à tout ça qu'il s'est bêtement fait passer et qu'il a pris un point. Il a le temps de voir venir demain, pour l'instant il a encore le cul d'un tigre à botter… Jouer à domicile à l'air de donner de vraies ailes à son ange gardien, et il va vite le calmer… En se replaçant, Daïki se laisse sombrer. Il ouvre les portes de la zone en grand et y plonge tête la première. Dès lors, instinctivement, comme Oli Sykes semblait l'avoir écrit pour eux, Taïga "dive in when he is down and drag him out alive" … pour son plus grand bonheur.


Et voilà... Je l'ai fait ! C'est un peu triste que je termine cette histoire, mais surtout plus riche de ce que son écriture m'a apporté. Merci Kuro pour ce challenge, et merci encore chers lecteurs de m'avoir suivit jusqu'ici.
Je vous dis à la prochaine ;)

PS: Bravo Setsuna, tu avais vu juste pour la compilation de "happy Ao" ^^ Un dernier point pour toi ! Félicitation de n'avoir... rien gagné =P