Note de la traductrice : Dean Koontz est un auteur de best-sellers du genre suspense, horreur et science-fiction.
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Chapitre 6
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La maison Hale est située au fond de la réserve, après un kilomètre de route sinueuse et boisée. Stiles était venu ici une fois pour un gage et sa mère l'avait grondé. Elle lui avait dit que les loups-garous ne sont pas des bêtes de foire et ne devraient pas être traités comme tels. La honte de son action l'avait suivi pendant un moment.
Il y a beaucoup de voitures dans l'allée, mais les Hale sont une grande famille. Ce qui signifie qu'il n'a aucune idée du nombre de personnes à l'intérieur. Peter dit qu'il sera finalement capable de lancer sa magie comme un sonar mystique et de savoir combien de personnes se trouvent à proximité. Cela semble super cool pour Stiles et également bien au dessus de son niveau actuel.
Personne ne vient les saluer, même si tout le monde sait probablement déjà qu'ils sont là. Stiles ne sait pas si c'est une bonne chose ou pas, mais Peter semble indifférent. Là encore, peu de choses semblent vraiment le préoccuper. Ils marchent jusqu'au porche les mains vides, ce qui déroute Stiles. On lui a toujours appris à apporter du vin, un dessert ou autre chose quand on est invité, mais Peter ne veut pas. Il a dit, « Si elle veut nous prévenir à la dernière minute, alors elle peut s'occuper de fournir le vin elle-même. » Stiles ne sait pas s'il veut démêler ce fil particulier de rivalité fraternelle.
Peter ne se donne pas la peine de frapper, il les fait juste entrer et la première impression de Stiles n'est que pur chaos. Il y a une femme brune qui court après deux enfants, probablement de cinq ans, qui courent nus et couverts de ce qui ressemble à du rouge à lèvres. Un homme dont il est assez sûr que c'est le mari de Talia, David, a son téléphone entre son épaule et son oreille, discutant d'un dossier entre ses mains alors qu'il arpente le salon. Il y a quelqu'un qui crie plus loin dans la maison, quelque chose à propos de l'utilisation de toute l'eau chaude, du fracas venant de la cuisine et les basses profondes de la mauvaise musique trance des années 2000.
« Je pensais que les loups-garous avaient l'oreille sensible ? »
« C'est le cas, » dit Peter en grimaçant. « C'est Ashley. Elle est humaine et quand elle est d'humeur, elle aime mettre de la musique forte pour être odieuse. »
Peter pose une main dans son dos pour le guider depuis le salon et le long du couloir, qui s'ouvre sur une immense cuisine lumineuse. Stiles n'a rien vu d'aussi pur et chic en dehors des magazines. Cora est assise sur un comptoir, épluchant une orange avec ses griffes, tandis que quelqu'un, qui ne peut être que Derek, regarde dans le four, vérifiant ce qui semble être du saumon. Ça sent délicieusement bon et son estomac gronde malgré le stress.
« Hey, Stiles, » dit Cora en faisant signe depuis le comptoir. Le dos de Derek se tend et le nœud d'anxiété de Stiles grandit.
« Hey, » dit Stiles, saluant faiblement.
« Comment va ton dos ? » demande-t-elle.
« Peter a fait son mojo de guérison fantaisie, donc ça nique moins que tout à l'heure. »
« Vraiment ? demanda Cora en remuant les sourcils. Peter soupire.
« Où est ta mère ? » demande-t-il.
« Elle est dans son bureau, en train de parler à Bernard, » dit Cora. « Il est de nouveau insistant à propos du rassemblement électoral. »
« Talia se présente comme sénateur », dit Peter en réponse au regard confus de Stiles. « Contre Gerard Argent. »
Ses sourcils se haussent à cette mention. Gerard Argent est un marchand d'armes et homme d'affaires bien connu, notoirement conservateur. Il a investi des centaines de milliers de dollars dans la législation anti-loup-garou et a récemment commencé à cibler la communauté surnaturelle en général. Lorsqu'il a annoncé qu'il se présentait pour le siège du Sénat laissé vacant par quelqu'un qui ne cherche pas à se présenter de nouveau, il a semé une vague de panique à travers la communauté surnaturelle. Alors, qu'un loup-garou très en vue se présente contre lui...wow.
« Je ne l'envie pas, » dit Stiles.
« Je pense personnellement qu'il serait beaucoup plus facile de le tuer et d'en finir, mais Talia pense que c'est 'envoyer le mauvais message', » dit Peter. Cora ricane.
Derek ne leur fait toujours pas face, apparemment très intéressé par ce qui est sur le feu. Cora fronce les sourcils et lui donne un coup de pied dans la cuisse, le faisant la regarder furieusement. Elle pointe de la tête vers Stiles et Peter, totalement pas subtile, mais cela lui fait comprendre très vite le message. Il semble se raidir avant de se tourner vers Stiles. Sa mâchoire est tendue et ,oui, il est habitué à ce que les gens ne l'aiment pas, mais il doit généralement faire quelque chose avant qu'il n'obtienne ce niveau de dégoût de la part de quelqu'un.
« C'est un plaisir de te rencontrer, Stiles, » dit-il en serrant les dents.
Stiles veut le dénoncer pour le mensonge le plus flagrant qu'il ait jamais entendu, mais ce n'est probablement pas la meilleure façon de faire bonne impression aux Hale alors il hoche la tête et dit, « De même. »
Il est presque sûr que la tension de Derek est parce qu'il est un utilisateur de magie. Il essaie de ne pas être offensé compte tenu de son histoire, mais putain, c'est dur. Stiles a failli être déchiqueté quand un camarade de classe au lycée s'est transformé en loup-garou pour la première fois, mais il ne garde aucune haine contre les loups-garous pour autant.
Derek retourne à sa cuisinière, Cora fait un bruit irrité. Quand Stiles regarde Peter, il le voit froncer les sourcils aussi. Génial.
« Allez, » dit Peter avec une main sur l'épaule de Stiles. « Je vais te faire visiter la maison. »
Il est reconnaissant pour la porte de sortie et se laisse guider hors de la cuisine. Il entend Cora siffler quelque chose à Derek, mais il n'est pas sûr de ce que c'est.
Peter le conduit dans un autre couloir, montrant le salon, la porte du bureau de Talia, la porte du sous-sol. A l'étage se trouvent des chambres et une bibliothèque qui fait craquer Stiles.
« Et je pensais que ta bibliothèque était énorme, » dit-il avec admiration.
« La mienne est meilleure. »
« Ce n'est pas un concours de bibliothèque. »
Peter lève les yeux au ciel. « Je veux dire, en ce qui concerne les livres rares et précieux sur la magie, la mienne a plus de choix. Il y a beaucoup de Dean Koontz ici. »
Stiles rit.
Peter le ramène en bas, grimace en passant devant la chambre avec la musique forte et l'emmène au sous-sol, ce que Stiles trouve étrange jusqu'à ce qu'il remarque tous les réseaux de runes sculptés dans les murs et le plafond.
« Whoa. » Il aimerait utiliser un mot plus grand, plus impressionnant, mais il est actuellement muet de béatitude.
Stiles n'a jamais vu un travail de rune aussi compliqué. Il y en a quelques-unes qu'il ne reconnaît même pas et il a un mal de tête rien qu'en pensant à combien de temps et combien d'énergie cela aurait pris.
« Je n'ai rien senti de tout cela quand nous sommes arrivés. »
« Tu as été invité et tu n'avais pas de mauvaise intention. Si c'est le contraire pour quiconque... eh bien, disons que cela ne se terminera pas bien pour lui. »
Et Stiles... Stiles ne devrait probablement pas être attiré par ça, mais il a toujours eu un faible pour le pouvoir.
Quelqu'un à l'étage crie, « A table ! » et piétine, le faisant sursauter.
« Allez. Derek est peut-être grincheux, mais son saumon est divin, » dit Peter en le dirigeant vers les escaliers.
Il a raison sur les deux points. Le saumon est à tomber par terre, tout comme les pommes de terre, les salades et les crevettes. Derek est toujours grincheux. Il fixe presque perpétuellement son assiette et lance à Stiles des regards impénétrables de temps en temps.
Le reste des Hale est très gentil. Laura, qui, il s'avère, est la femme qui poursuivait les enfants couverts de rouge à lèvres plus tôt, est assise au bout de la table avec sa femme, les deux essayant de s'assurer que leurs enfants ont plus de nourriture dans la bouche que sur la table. Elles se joignent à la conversation quand elles le peuvent, mais la plupart de leur attention est, naturellement, sur leurs enfants. David est assis à côté de la chaise vide en tête de table, posant à Stiles des questions sur son travail, comment va son père, si Peter n'est pas trop dur avec lui. Cora est assise en face de Stiles, Peter est à côté de lui et elle discute avec eux de ses prochains voyages pour des conventions de tatouage. Ashley, qui s'avère être une cousine éloignée vivant avec eux, intervient même à quelques reprises, bien qu'elle semble plus déterminée à lire le roman qu'elle a apporté avec elle.
Talia ne les rejoint qu'à la moitié du repas, ce que Stiles trouve un peu impoli étant donné que c'est elle qui a insisté pour qu'ils viennent, mais peu importe. Elle entre et s'assoit avant que Stiles ne se demande s'il est censé se lever et lui serrer la main (qu'est-ce que préconise le protocole des loups-garous ? Il n'en a aucune idée). Elle lui fait un sourire crispé et se présente alors qu'elle se sert dans les plats de nourriture.
« Je m'excuse pour le retard. Mon appel a duré plus longtemps que prévu. »
« C'est bien, » dit Peter. « Nous profitions du calme. » Il le dit comme une blague, avec une voix taquine, mais son sourire n'atteint pas ses yeux. Celui de Talia en réponse non plus. Génial.
Heureusement, la conversation n'est pas trop gênante. Talia parle surtout avec David ou écoute attentivement tout ce qui est dit. Elle essaie de faire parler Derek quelques fois, mais il se contente de grogner. Stiles a le sentiment que le fait qu'il soit invité par Talia ne passe pas bien avec Derek. Cool.
Les enfants de Laura commencent à s'agiter après le dîner alors elle et sa femme les emmènent dans le salon pour jouer à des jeux de société. Derek prend cela comme une excuse pour partir et s'éclipse. Ashley suit, le nez toujours dans son livre.
« C'est bon, je fais la vaisselle, pas de problème ! » les réprimande Cora.
« On s'occupera de la vaisselle, » dit Talia. « Pourquoi toi et Stiles n'iriez pas un peu dans le salon ? »
Stiles reconnaît un ordre lorsqu'il en reçoit un. Il jette un œil à Peter, qui n'a pas l'air ravi, mais acquiesce quand même. Cora hausse les épaules, probablement heureuse de ne pas être de service. Il n'échappe pas à l'attention de Stiles que le salon est aussi loin de la cuisine que le permet le rez-de-chaussée. Talia ferme la porte de la salle à manger derrière eux.
« Notre maison est vieille, » dit Cora sur le ton de la conversation alors qu'ils marchent dans le couloir. Ils finissent par être les seuls dans la pièce. « Beaucoup de fonctionnalités cool. La préférée de Peter, c'est les moulures. » Elle ferme la porte derrière eux et monte sur le dossier du canapé, la main planant au-dessus d'un vieux conduit de chauffage. « Ça, c'est la mienne. »
Cora fait basculer l'interrupteur en métal sur le côté, ouvrant la grille et laissant entrer les voix de la cuisine. Stiles fait un grand sourire.
« Tu lui as montré nos runes ? » dit Talia.
« Il ne nous fera pas de mal, » dit Peter.
« Tu m'excuseras si je ne trouve pas ton opinion rassurante, étant donné tes antécédents. »
Cora et Stiles grimacent tous les deux.
« Tu as aussi fait confiance à Jennifer. Si je me souviens bien, vous faisiez des déjeuners hebdomadaires et des journées shopping ensemble, » dit Peter de façon cinglante.
« Si tu penses- »
« Je pense que nous pourrions avoir besoin de souffler un peu. » Stiles reconnaît la voix de David.
« Bien, » claque Talia et Stiles est honnêtement surpris qu'elle écoute la suggestion.
Il y a des bruits qui suggèrent qu'ils se déplacent avant que Cora ne referme la ventilation pour s'asseoir à côté de Stiles sur le canapé.
« Eh bien, c'est charmant, » dit Cora. « Alors, toi et Peter, vous baisez ? »
Stiles s'étouffe avec sa propre salive, tousse quelques fois pendant que Cora glousse délicieusement.
« Quoi ? Non ! Il m'entraîne ! Pourquoi tu dis ça ? »
« Oh, comme ça, il passe tout son temps avec toi, il te complimente plus que je ne l'ai jamais entendu le faire, il se vante de son apprenti génie. Oh, et il regarde toujours ton cul, » dit Cora. « Et tu as des cœurs géants dans les yeux quand tu le regardes. »
Stiles bafouille, les yeux écarquillés. Bon, il sait qu'il n'est pas la personne la plus subtile, mais bon dieu, il ne pense pas que c'est si évident qu'il cache un béguin ridicule pour Peter. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit (déni, déni, déni !), la porte du salon s'ouvre. Peter hausse un sourcil, probablement à cause du visage rougissant de Stiles, de son bégaiement et du sourire de Cora.
« Tu es une menace, » dit Peter à Cora, avant de se tourner vers Stiles. « Nous allons partir. »
« D'accord, » dit Stiles en se levant rapidement, comme si s'éloigner de Cora maintenant rendrait faux tout ce qu'elle a dit.
« On se parle plus tard, oncle Peter. Au revoir, Stiles, » dit-elle en faisant un petit signe de la main en sortant.
Stiles attend qu'ils soient dans la voiture et dans l'allée avant de dire : « Donc... ça aurait pu mieux se passer. »
« Ça aurait pu être pire. Ma sœur n'est pas la femme la plus chaleureuse du monde. »
« C'est ce qui l'aidera à devenir sénatrice, » grogne Stiles. Peter renifle. « Est-ce que je te complique la vie ? Je te cause des problèmes avec ta meute ? »
« Non, » dit Peter immédiatement. « Ne t'inquiètes pas pour Talia. Elle n'affecte pas ce que nous faisons. »
« Elle pourrait t'ordonner d'arrêter de m'entraîner, n'est-ce pas ? » demande Stiles. « Je veux dire, elle est ton alpha. »
« Elle pourrait, » dit Peter. « Mais cela ne signifie pas que je voudrais écouter. » Stiles le fixe, Peter le regarde avec un grand sourire. « Je n'ai jamais été un bon bêta. »
Eh bien, Stiles ne sait pas vraiment quoi dire.
Il passe la majeure partie du lendemain chez Peter, à lire sur la divination. Peter n'en est pas un grand fan, il dit que ce n'est pas une branche fiable de la magie et même si tu obtiens une lueur de quelque chose, l'avenir n'est pas gravé dans la pierre et voir l'avenir peut causer plus de mal que de bien. Il veut quand même qu'il ait des connaissances, cependant. Lui donner une base solide dans tous les aspects de la magie et tout ça. Stiles pense que c'est plutôt intéressant de lire des feuilles de thé, des cartes de tarot et des boules de cristal, mais pas d'une manière qui lui parle réellement. Il est d'accord avec Peter (et Hermione), c'est très imprécis et pas du tout pratique.
Peter n'a pas envie de cuisiner ce soir-là, alors il sort chercher à manger pendant que Stiles continue de lire. Il est pris dans les récits d'un voyant du 16ème siècle, Basel ronronne sur ses genoux et pétrit parfois sa cuisse, quand son père appelle.
« Hey, Pap's, » répond Stiles, sans quitter la page des yeux. « Quoi de neuf ? »
« Hey, gamin, » dit le shérif. « Je n'ai pas eu de nouvelles de toi depuis un moment. Je t'appelle juste pour m'assurer que tout va bien. »
« Oui, c'est juste que j'ai souvent été chez Peter, » dit-il distraitement, puis il grimace. Il n'a certainement rien dit à son père à son sujet. Il place un marque-page dans le livre et le met de côté, ayant le sentiment que cette conversation va avoir besoin de son attention pleine et entière.
« Qui est Peter ? »
« Euh, Peter Hale. Il m'apprend en quelque sorte à contrôler ma magie. »
Il y a du silence sur la ligne. Stiles aime son père, il l'aime, mais il a quelques visions très démodées sur la magie. Les loups-garous et les banshees lui conviennent bien, mais la magie le fait toujours grincer des dents. C'est pour ça que Stiles retarde cette conversation depuis si longtemps.
« Stiles, » dit le shérif d'une voix dangereusement calme. « J'espère que tu plaisantes. »
« Euh, non, » dit Stiles. « Tu vois, j'ai trouvé ce chat et- »
« Merde, Stiles, tu es plus intelligent que ça ! »
Il cligne des yeux. Pas tout à fait la réaction qu'il attendait. Méfiance, oui, mais pas d'être grondé comme un enfant errant.
« Papa, écoute, je sais que tu penses que la magie est louche, mais c'est naturel, okay ? C'est juste quelque chose avec lequel je suis né. C'est quelque chose en moi que tu vas juste devoir accepter et sans faire ton Vernon Dursley. »
« Pas quand ça a tué ta mère, non ! »
Cette fois, c'est au tour de Stiles de se taire. Lui et son père ne mentionnent pas sa mère, pas souvent. Surtout pas sa mort, quand un de ses derniers actes a été d'essayer d'étrangler Stiles avant qu'elle ne se suicide.
« Maman est morte des complications de la démence, » dit Stiles d'un ton monotone.
« Elle n'est pas venue comme ça naturellement ! Sa magie l'a brûlée et l'a rendue folle ! »
« De quoi tu parles ? » Il y a quelque chose de très proche de la panique qui s'installe dans sa poitrine.
« Elle n'en voulait pas. Elle ne pouvait pas le contrôler et ça l'a tuée. »
Stiles... ne peut pas gérer ça maintenant. Son monde, tout ce qu'il sait de sa mère est balayé. Il pourra y revenir plus tard et essayer de concilier les deux, mais pour l'instant, il a un parent bien vivant et très en colère, c'est sa priorité.
« D'accord, mais ça ne devrait pas vouloir dire que tu veux que j'apprenne à contrôler ça ? Pour que ça ne m'arrive pas ça aussi ? » demande Stiles. « Sans oublier, comment as-tu pu me cacher un tel secret ? Tu pensais que ça ne m'affecterait pas ? »
« La magie est dangereuse, Stiles. Tu vas arrêter ça maintenant. » Il prend la voix qu'il utilise sur les enfants qu'il trouve en train de vandaliser le dépôt de train abandonné et soudainement Stiles est tellement, tellement en colère.
« Non, je ne le ferais pas. »
« Excuse-moi ? »
« Tu n'as pas le droit de me dire de faire ça. »
« Je suis ton père, j'ai tous les droits ! »
« Je suis un adulte ! Je prends soin de moi comme un adulte depuis que j'ai dix ans ! » crie-t-il. Il n'avait pas l'intention de dire ça, il n'en avait vraiment pas l'intention, mais cela jaillit de lui maintenant et il ne peut pas l'arrêter. « Quand tu étais trop occupé par ton travail et que tu buvais à cause de la mort de maman, je prenais soin de moi ! Tu n'as plus le droit de me faire la morale depuis longtemps ! »
« Stiles- »
« Non. Tu ne peux pas simplement lâcher cette bombe que tu me caches depuis plus de vingt ans et ensuite exiger de décider ce que je fais de ma vie. Je- Je ne peux pas te parler maintenant, okay ? »
« Écoute- »
« Je raccroche maintenant. Je t'aime. »
Stiles est peut-être énervé, mais il ne peut pas ne pas dire ça. Depuis qu'il est enfant, même quand ils se disputent, il s'assure toujours de dire à son père qu'il l'aime avant de partir travailler ou d'aller se coucher. Il a déjà perdu un parent et être shérif est un travail dangereux. Il ne voudrait pas que ses derniers mots à son père soient autre chose que « Je t'aime ».
Son père est assez intelligent pour ne pas essayer de le rappeler. Stiles ne sait pas comment il réagirait, mais ce ne serait pas bon. Il s'effondre sur le canapé, pressant ses mains sur ses yeux. Basel grimpe sur sa poitrine et se frotte sur ses mains, ne s'arrête pas jusqu'à ce qu'il cède et lui gratte les oreilles.
C'est... Il ne sait pas. Ses sentiments et ses souvenirs de sa mère sont compliqués. Il se souvient qu'ils faisaient des pique-niques dans le jardin et l'aidaient à planter ses rosiers. Il se souvient aussi d'elle à l'hôpital, criant qu'il essayait de la tuer. Il se souvient de ses mains autour de sa gorge alors qu'elle essayait de lui arracher la vie.
Il est toujours assis sur le canapé de Peter, accroché à Basel, quand il entend la porte d'entrée s'ouvrir. Peter crie qu'il est de retour et qu'il est revenu avec du riz frit, mais Stiles ne peut pas répondre. Il apparaît quelques minutes plus tard, fronçant les sourcils quand il le repère. Il est sûr qu'il ressemble à une épave, les yeux furieux, serrant son chat.
« Stiles ? » demande prudemment Peter. Il pose la nourriture et s'assied sur la table basse en face de lui.
« Tu savais pour ma mère ? »
« Quoi ? »
« Je ne déconne pas, Peter. Tu le savais ? Le monde magique est petit, ça serait pas déconnant. »
« Stiles, je n'ai aucune idée de quoi tu parles. »
« Ma mère, elle... » Il déglutit, repoussant les larmes. « Mon père a dit qu'elle avait de la magie. Il a dit qu'elle n'en voulait pas et que ça l'avait brûlée et rendue folle. »
Les yeux de Peter s'adoucissent. Il se dirige vers le canapé et place une main sur son épaule. Stiles tremble à son contact et s'y penche. Peter le prend comme une invitation et le tire contre lui en l'enveloppant pratiquement dans ses bras. Basel n'a pas l'air ravi de perdre son perchoir sur le torse de Stiles, mais il se réinstalle sur ses genoux, frottant son visage contre son estomac.
« Ça peut arriver, » dit doucement Peter. « Si quelqu'un a assez de pouvoir et rejette cette partie de lui-même, ça peut le ronger ainsi que son esprit. Ça cherche à obtenir une libération et lorsqu'on le lui refuse... eh bien, il peut arriver de mauvaises choses. »
« Et si je suis sensible à ça à cause d'elle ? Je veux dire, si je tiens ma magie d'elle, ça peut arriver ? Putain Peter et si ça m'arrive ? Et si je deviens fou et- »
« Stiles, » dit Peter, l'interrompant avant qu'il ne puisse trop paniquer. Il berce le visage de Stiles entre ses mains comme s'il était quelque chose de précieux. « Je ne laisserais jamais rien t'arriver, » dit-il farouchement. « Tu ne combats pas ta magie. Tu apprends à la contrôler. Elle ne te contrôle pas, n'est-ce pas ? »
Stiles déglutit et acquiesce. « D'accord, » dit-il doucement, se raclant la gorge. « D'accord. »
« Et je suis désolé pour ta mère, » dit doucement Peter.
Stiles ferme les yeux et hoche la tête. « Moi aussi. »
« Je vais joindre certains de mes contacts, voir s'ils ont déjà eu affaire à quelque chose comme ça, d'accord ? »
Il hoche de nouveau la tête. Peter soupire et presse un baiser au sommet de sa tête puis le rapproche près de son torse. Aucun d'eux ne bouge avant longtemps.
