Hey !
Alors j'ai écris cet OS y a genre longtemps, puis j'ai oublié que je l'avais écrit et voilà. Et je l'ai relu cette semaine (Meeerci Lae pour les WW !) et je le poste parce que le monde a besoin d'un peu plus de Sanae/Joshua)
Attention, là je pars sur un Joshua un peu beaucoup fuck-up assez proche de lui de Des cendres pour nos feux !
Merci à Lae - encore - pour ses reviews ! Des cœurs sur toi.
Bonne lecture !
All I want for Christmas is a stupide Composer
.
Le quartier est calme à cette heure. Les gosses sont rentrés chez eux. La nuit gagne les rues et, comme elle s'invite, les jardins s'illuminent. Des guirlandes colorées, des points de lumières pétillants qui s'amoncèlent sur les façades des maisons.
Un vent frais passe. Sanae frissonne. Il jette un coup d'oeil vers la rue déserte, les fenêtres pleines de lumières jaune, avant de descendre de son tabouret. Au-dessus de sa tête, les décorations dansent. Il les surveille d'un œil satisfait, plonge les mains dans ses poches pour en tirer ses clopes et son briquet. Et puis, comme tous les soirs après une longue journée au café, il se pose sur le perron.
Il jette un coup d'œil vers son téléphone. Mais rien. Il secoue la tête. Inspire. Le goût du tabac tapisse sa bouche.
Sa cigarette terminée, Sanae ramène ses jambes vers lui et s'en retourne dans son humble demeure. Pas si humble, d'ailleurs. Oh, il n'est pas du genre à abuser des richesses comme Joshua adore faire. L'opulence du Compositeur de l'a jamais attiré. Un appartement au plus haut sommet de la ville, un dressing plus grand que sa propre chambre, très peu pour lui. Non, Sanae préfère sa petite maison. A l'écart du centre ville, plongée dans un coin tranquille. Un petit jardin où pointe un bonhomme de neige qu'il a lui-même installé. Ici, il entend des rires d'enfants qui pédalent dans la rue, les oiseaux qui piaillent à sa fenêtre. le vent. C'est calme. Et malgré les années qui passent, c'est toujours le même ciel noir qu'il aperçoit le soir.
Dire que Joshua a voulu supprimer tout ça.
Un arrière goût de cendre sur la langue, le Producteur se lève et jette un dernier regard vers la rue, avant de regagner sa demeure. Dedans, la tiédeur artificielle lui tire un sourire. Les lumières tamisées happent les murs dans un cocon confortable. Il s'en va vers la cuisine, sort une poêle et y jette ce qui lui servira de repas, puis il scrute sa bibliothèque et les dizaines de livres qu'il n'a pas lus. Il en prend un.
Son fauteuil est confortable. Il aime bien s'installer là, son café maison à la main. Fermer les yeux et profiter du silence percé par les bruits de la maison. Le liquide amer caresse son palais comme un vieux souvenir, alors qu'il cherche la page qui l'intéresse.
Et puis, une sonnerie. Sanae plisse les yeux.
Un des gosses voisins, peut-être ? Ils viennent sonner chez lui, quand ils envoient accidentellement leur ballon dans son jardin. Une marmaille intimidée plantée derrière sa porte, les mains serrées dans le dos. Ça l'amuse. Il aime à croire qu'on le voit comme le gentil tonton du coin, le gars barbu qui vit seul et qui fait coucou depuis sa fenêtre pendant qu'il cuisine. Les mômes ont beau être intimidés, il sait qu'ils n'ont pas peur de lui.
Mais les loupiots dégagent une énergie claire, comme une volée de lucioles au milieu de l'été. C'est franc et doux, sincère. Rien à voir avec ce que le Producteur sent, là. Non, c'est…
Oh. Il préfère aller vérifier lui-même.
Un coup d'œil vers sa poêle. Il baisse le feu, abandonne sa tasse à moitié vide et traverse l'entrée avant d'enfoncer la poignée. C'est froid, dans sa main. Le fer. Comme si c'était mouillé. Froid comme le mauve des yeux qui l'accueille.
Ce regard éclaté comme une ampoule au sol.
— J'ai failli attendre.
Sanae soupire.
— Je peux encore refermer la porte.
— Tu oserais ?
— Tu veux vérifier ?
— Je me téléporterai à l'intérieur.
C'est vrai. Ce ne serait pas la première fois que le barman retrouve son ami chez lui sans souvenir de l'avoir laissé entrer, d'ailleurs. Joshua n'est pas familier des règles de politesse. Il traverse la vie sans s'inquiéter des catastrophes qu'il provoque. Mais quand même, il pourrait faire un effort.
En évitant de disparaître pendant un mois, par exemple.
— Qu'est-ce qui t'amène ici ?
Il voudrait s'énerver, mais c'est au-dessus de ses forces. C'est terrible. Il résiste pour la forme. Au fond, il sait déjà qu'il va le laisser entrer. Parce qu'il n'a rien de mieux à faire. Parce qu'il a envie de l'avoir chez lui, là. Au chaud à l'intérieur.
Et Joshua le sent.
— J'ai vu de la lumière, ça sentait le café. T'en fais toujours pour deux.
Parce qu'il en boit pour deux.
— Et tu ne t'es pas dit que tu pourrais prévenir, avant de passer ?
— Pourquoi ?
Son sourire de chat de gouttière s'allonge.
— T'as pas de place pour moi ? Je ne dérange pas, au moins ? Je m'en voudrais, si tu étais, tu sais, occupé à… Enfin, je peux repasser. Elle est jolie, au moins ?
Le fourbe. Il sait bien qu'il n'y a personne - et si quelqu'un il y avait, ce ne serait pas une elle. Il cherche la baffe. Ce coin de lèvres rehaussé, cet éclat qui vibre comme un rire au fond de l'œil. Regard de félon. Le chat qui veut qu'on lui saute dessus.
Ça lui va bien.
— Allez, entre.
Ce bonnet, en revanche, c'est horrible. Il sait que c'est la période, mais vraiment. Joshua l'a habitué à mieux en matière de vêtement.
Enfin.
Il se décale, laisse le galopin pénétrer son entre. Ferme derrière lui. Les clefs tintent dans la serrure, le courant d'air froid s'amenuise comme la chaleur des radiateurs l'avale et l'efface. Sanae frissonne. Devant lui, le Compositeur admire le salon. Ses bras croisés, son dos voûté, sa nuque dégagée. Il observe et se cache sous son sourire.
— Assieds-toi sur le canapé, Sanae lui dit.
Il pose sa main sur son épaule - froide - l'invite à prendre place. Il sait que c'est ce qu'il veut, là. Ce dont il a besoin. Qu'on le guide, qu'on le chouchoute. Alors il abaisse le plaid sur ses épaules minces, et il revient quelques minutes plus tard, un chocolat chaud maison en main. Il regarde les doigts de Joshua qui s'enroulent autour comme on récupère un trésor. La tasse remonte, jusque sous son nez. Il hume. Laisse la boisson bercer tous ses sens.
— Alors, qu'est-ce qui t'amène ici ? il redemande.
Il le fixe. Cette fois, la question est sérieuse.
Joshua le sait. Il détourne les yeux.
— Tu me manquais.
— Au bout d'un mois ?
— Oh non, avant. Mais j'étais occupé.
— Je serais curieux de savoir ce qui t'a retenu si longtemps.
— Des trucs de Compositeur.
Bah aussi, il fait partie du Plan Supérieur. Et quand il y a une couille assez importante pour retenir les Anges, il est au courant. Joshua en a conscience. Donc, il lui ment ouvertement. Et il croit que ça va passer.
Encore un soupir. Pas la peine de creuser aujourd'hui, ça ne servira à rien. Plus tard, il ira l'embêter. Joshua lâchera l'info quand il viendra combler son besoin d'attention derrière le comptoir de son café.
— Et toi ? Tu as passé un bon mois d'octobre ?
Le garçon porte la tasse à ses lèvres, enfin. Le liquide sucré glisse dans sa bouche. Il plisse les yeux. Sanae n'en voit plus qu'une mince ligne de couleur.
— Sans jeu à surveiller, oui.
— Ça t'aura fait des vacances.
Il n'a rien contre le Jeu des Reapers, mais vient un moment où il se lasse de ces morts répétées. Ça fait du bien, une pause. Néanmoins, il doute que Joshua ait filé juste pour lui accorder du repos. Non, vu sa trogne déglinguée, il a erré. Il a sans doute trouvé un coin où s'enfermer loin du monde. Loin de tout.
Heureux de savoir qu'on s'inquiétait pour lui.
— Sans toi, oui. C'était reposant.
— Oh !
Son regard outré, et sa bouche qui se tord en O. C'est parfait. Un petit plaisir que Sanae s'autorise parfois. Même s'il sent, derrière ce voile offusqué, ce petit morceau de peur qui s'accroche à lui. Cette faille dans la pupille, comme une question. Tu plaisantes, hein ? Assurance brisée. Joshua rit, mais il est déjà grillé. Le Producteur sait quand son Compositeur se cache, et il devine facilement pourquoi.
— Ce bonnet.
Du bout de l'index, il tape le pompon blanc.
— Le prend pas mal, mais c'est horrible.
— Mm.
Moue vexée. Joshua ramène la tasse sur ses cuisses.
— Depuis quand tu t'y connais en mode, toi ?
— Pas besoin de s'y connaître pour le voir.
Même si, à force d'entendre le diablotin déblatérer sur le sujet, il a quelques bases.
Et parce que c'est un sujet que Joshua prend très au sérieux, il doute que le tas de laine soit arrivé par hasard au sommet de la tête.
En bon malfrat démasqué, il fait glisser le masque. Dévoile sa tignasse pleine de boucles, raccourci à l'arrache.
Ah. En effet.
— Tu as essayé de les couper tout seul ?
Trop court derrière, pas assez devant. Inégaux, rassemblés en d'hasardeux paquets que la pression du bonnet a tassés. C'est affreux. Et Joshua a beau passer sa main dedans, comme s'il l'assumait, le graffeur sait qu'il a honte.
— J'ai tenté un truc.
— Tenté, c'est le mot.
— Que veux-tu ? On ne peut pas réussir à tous les coups.
Réussir. Il dit ça, et Sanae le voit, sa tignasse massacrée, son visage trop fin, ses doigts agrippés à sa tasse comme au bord d'une bouée. Il s'arrête sur ce sourire qui ne veut rien dire, les morceaux brisés coincés entre ses lèvres, le rire forcé qu'il échappe et son corps ramassé sous le plaid, un enfant effrayé. Joshua, éclaté. Qui entre chez lui comme on revient de l'enfer.
— J'arrangerai ça demain.
Techniquement, Il aurait pu les allonger lui-même. Peut-être qu'il a fait plusieurs tentatives ? Ou alors, il voulait lui montrer le résultat. Afficher la catastrophe, chercher l'inquiétude et le réconfort. Joshua ne sait pas dire qu'il va mal, mais le montrer, c'est une autre histoire.
Il termine sa tasse, ferme entièrement les yeux. Un monde s'éteint, alors qu'il avale les dernières gorgées. Et puis le temps s'arrête.
De justesse, Sanae pense à la bouffe qu'il a laissée sur le feu. Il se redresse.
— Où tu vas ?
Joshua réagit aussitôt.
— Dans la cuisine.
— Pourquoi ?
— M'assurer qu'on ait un repas correct ce soir.
— J'ai déjà mangé.
Sanae ne doute pas que c'est aussi un mensonge, et quand bien-même, il veut sa part du repas. Mais les doigts impatients de son invité surprise attrapent son bras. Il sent une force insoupçonnée le ramener sur le canapé, suivi du poids de ses jambes minces qui passent au-dessus des siennes, comme on s'installe en travers d'un canapé.
— Ça va brûler, il insiste.
— Arrête, tu peux l'éteindre d'ici.
C'est vrai. Mais au contraire de Joshua, il est attaché aux petits gestes du quotidien. Il n'aime pas tout régler d'un claquement de doigts.
Malheureusement pour lui, il croise le regard du galopin.
Bon. Encore un soupire.
— T'es vraiment intenable.
— Tu me flattes.
Ce n'était pas l'idée.
— Donc, tu restes ?
Il miaule contre son épaule. Ses doigts cherchent les siens. Sa joue pressée contre son pull achève de le convaincre, alors que l'autre installe définitivement ses fesses sur ses cuisses. Il est au chaud, mais Sanae sent qu'il ne s'est pas encore réchauffé. Ses vêtements sont froids.
— Et toi ?
Il connaît déjà la réponse. Le silence que Joshua va opposer à sa question, comme si c'était évident. Il sent sa main aux longs doigts qui vient chercher sa mâchoire. Le contour de ses oreilles.
— J'ai un jeu à préparer.
— A ce sujet, Uzuki s'impatiente.
— Je me doute. Elle s'irrite pour des détails, c'est particulièrement déplaisant.
— Je doute qu'elle prenne ta disparition pour un détail.
— C'était juste une très longue promenade.
Et il recommence.
— Joshua.
Sanae penche la tête, juste ce qu'il faut pour capter ses mirettes. Il ne peut pas laisser Joshua lui filer entre les doigts encore et encore.
— Quoi ?
— Tu peux pas disparaitre comme ça.
— Aucune des règles du Plan Supérieur de l'interdit.
— C'est pas la question.
Il a prévu d'être insupportable jusqu'au bout, hein ? Cette petite teigne. Toujours à se glisser entre les mots.
— Tu t'inquiétais pour moi ? il ronronne.
Il ne lui fera pas le plaisir de répondre à cette question.
— Fais attention à toi.
Et Joshua ne répondra pas non plus.
Il préfère se serrer contre lui, caresser sa barbe de trois jours. Son souffle passe contre lui comme un courant d'air chaud, et Sanae ramasse son bras autour de ce dos frêle. Même sous sa forme adulte, Joshua n'est pas épais. Pas maigre non plus. Mais il a cette finesse fragile, fragmentée. Comme un mannequin rafistolé qu'on maintient au scotch.
— Tu fais quelque chose, pour Noël ? le Compositeur demande.
— Un repas de famille chez une vielle tante.
— Très drôle.
Il prend son air vexé, alors Sanae rit, naturellement.
— Qu'est-ce que tu voudrais que je fasse le 24 ?
— On ne sait jamais. Tu pourrais organiser un repas solidaire, au café.
— Très peu pour moi.
— Et pour les Compositeurs sans famille ?
Il le voit venir. Il en connaît un qui va passer les fêtes de fin d'année dans son lit. Oh, ce n'est pas comme si le Producteur avait des plans pour Noël, il n'a pas grand monde à voir. Au mieux, il fermera un peu plus tard au café, des fois que les habitués passeraient boire un verre avec lui. Mais s'il a quelqu'un qui l'attend à la maison…
Il va pour lui répondre, mais sursaute alors qu'une musique se lance depuis le fond de la pièce. Plus précisément, depuis son ordinateur.
Et ce sourire, sur la face de Joshua.
Oh. Sérieusement ?
— Tu es irrécupérable.
— Je sais.
Mariah Carey ? Il ose lui faire ce coup ? Sanae n'ignore pas l'amour disproportionné que Joshua porte aux chansons de ce genre. Sous ses airs de petit aristocrate, monsieur connaît par cœur les paroles de tous les albums de Britney Spears. Mais là, entre la musique et l'horrible bonnet qui attend sur le canapé, il nage en plein dans le cliché.
Et le voilà qui se redresse sur ses cuisses. Qui se penche, sur son oreille. Ses lèvres entrouvertes.
Le barista les embrasse avant qu'il n'ait le temps de déclamer les premières paroles.
Un mois qu'il n'a pas senti sa bouche sur la sienne, son torse qui se presse contre son pull. Ses bras noués autour de son cou, qui s'accrochent désespérément. Mais ses baisers ont toujours le même goût. Une assurance qu'il feint habilement, et une supplique, en fond, que Sanae a appris à reconnaître. Ne me laisse jamais.
S'il te plait.
Il recule avant que sa langue précipitée ne trouve la sienne.
— Tout doux.
— Tu t'arrêtes au meilleur moment.
— Je crois surtout que tu devrais te poser deux minutes, avant de me sauter dessus.
— Je n'aime pas attendre.
— Tant pis pour toi.
Il le serre contre lui, et son étreinte ne ressemble en rien à son embrassade implorante. Elle est assurée, franche. Comme lui.
Il est conscient que cette attente forcée déplait à Joshua. C'est compliqué de lui montrer le chemin de la douceur. La patience, la tendresse, l'affection. Le Compositeur aime ce qui éclate, les feux d'artifices et les typhons qui l'emportent. Il ne sait pas ralentir. Alors c'est à lui d'appuyer sur le frein. En posant, doucement, sa main sur sa joue. En l'embrassant brièvement.
Derrière eux, All I want for Christmas is you s'écoule. Le rythme bat contre leurs tempes.
— Commence par prendre une douche. Ça te fera du bien.
— Et si je n'ai pas envie ?
— Tu veux te retrouver tout habillé dans une baignoire pleine ?
Joshua plisse les lèvres.
— Moi aussi je sais claquer des doigts, il insiste.
— Tu n'es pas drôle.
— Pas quand je ne plaisante pas, effectivement.
Il le laisse s'abaisser encore contre sa bouche, caresse sa nuque. Le serre tout simplement, alors que le diablotin se repose contre lui. Il le sent qui respire, là. Répète ce mécanisme profondément intégré en eux, qui soulève son torse.
Et c'est rassurant.
Joshua est rentré.
Voilà.
Le titre a été trouvé à l'arrache.
J'aime bien quand Joshua fait n'importe quoi. Et quand Sanae l'attrape par la peau du cou pour le remettre dans son panier.
Bye !
