Drabble 9 : Le coeur et l'âme (10 minutes)
Contexte : toutes saisons
Toute sa vie, on lui a dit qu'avoir des enfants était la chose la plus merveilleuse du monde.
Que quand elle en aurait, elle comprendrait qu'il n'existe aucun amour plus puissant, aucune sensation plus grisante que de sentir son enfant dans ses bras. Que son cœur et son âme seraient tout entiers consacrés à eux.
Le problème de Petra, c'est qu'elle ne se retrouve absolument pas dans cette description.
Elle aime ses filles. Elle serait prête à tuer quiconque qui s'aventurait à leur faire du mal ; c'est bien ce qu'elle a fait d'ailleurs. Elle trouve que ses petites sont des filles intelligentes, belles, vives d'esprit. Elle aime passer du temps avec elles.
Mais contrairement à ce que les autres ont pu lui dire, son monde ne se résume pas à elle.
Pire que ça : elle n'a absolument pas envie que son monde se résume à ses filles.
Elle a son entreprise à gérer, des affaires à faire prospérer. Elle a aussi sa vie de femme, une vie amoureuse chamboulée depuis qu'elle a comprit qu'elle désirait aussi les femmes, une vie qu'elle a envie d'explorer même si elle se sait encore maladroite.
Elle aime se lever le matin et avoir pour première pensée la programmation de l'hôtel.
Elle aime se coucher et avoir comme dernière pensée un fantasme qu'elle aimerait essayer avec JR.
Elle aime avoir des pensées pour elle, tout simplement.
Et parce qu'elle pense ainsi, les autres la qualifient de mère indigne, égoïste. Au début, ces jugements la blessait, elle qui avait tant souffert de sa relation toxique avec sa mère : n'était-elle pas en train de faire la même chose ?
Elle s'était alors tournée vers la personne la plus saine qu'elle connaissait.
Jane.
Jane, qui l'avait rassurée : Madgalena ne voyait ses filles que comme des moyens de parvenir à ses fins. Elle manipulait, rabaissait, torturait mentalement. Petra, elle, s'occupait de ses filles avec amour. Simplement, elle ne les voyait pas comme le seul moyen d'accéder au bonheur.
« Ce qui est sain » avait conclut la jeune femme. « Une relation dont dépend entièrement ton bonheur ne peut jamais être saine. Les enfants ne font pas exception »
Ainsi, maintenant, quand on dit à Petra qu'elle est une mauvaise mère, elle se contente de sourire : si être une femme épanouie fait d'elle une mauvaise mère, et bien soit. Elle le sera. A leurs yeux tout du moins ; car l'essentiel, c'est bien le regard de fierté que pose sur elle ses filles.
Ca, ça veut tout dire.
