La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.

Il s'agit ici d'une Fanfiction.
Fire Emblem Heroes - Livre V - Post End

Zakuro Ruby Kagame
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La Princesse et la Pécore

La pluie avait noyé le continent de Zenith nombre de fois depuis que Freyja avait voulu nous plonger dans un cauchemar permanent duquel nous avions finalement pu sortir, nous, les Gardiens d'Askr. Si nous avions réussi à défaire la reine de Dökkálfheimr et à contrecarrer ses plans, moi, était toujours plongée régulièrement dans ces rêves que je maudissais chaque nuit. Ceux-ci ne remontaient pas aux tentatives de la Reine de nous garder enfermés, prisonniers des mauvais songes, mais à celles d'une autre souveraine : celle du Royaume des Morts. Hel n'avait pas hésité à manipuler sa propre fille afin de nous éliminer et ce fut mon père, le Roi Gustav, qui en paya le prix. Le prix d'une vie : la sienne.

Je me réveillai en sueurs ce matin-là, et bien que les jours, semaines et même mois s'étaient écoulés, égrenés lentement au fil de nos aventures telles les saisons se succédant l'une à l'autre, bien que nous avions vécu maintes autres histoires, je restais profondément marquée par celle-ci, par notre escapade au Royaume des Morts. Je m'éveillais souvent aux aurores pour ne m'endormir qu'au milieu de la nuit. Si j'arrivais à garder le sourire la journée, il me suffisait de fermer les yeux pour voir cette version de mon frère prisonnière à jamais. Une vision qui me hantait depuis que j'avais cru le perdre comme lui, dans cet autre monde, m'avait perdue. Alors, comme bien souvent lorsque nous ne nous affairions pas à résoudre conflits ou guerre entre pays, je m'entraînais de longues heures. Je devais devenir plus forte, plus forte afin que ce futur hypothétique que nous avions déjoué n'arrive jamais. Plus forte afin que ce passé révolu ne se reproduise jamais. Je devais seulement devenir plus forte, à l'image de mon frère.

—Ha ! Sharena ! Tu as encore été bien matinal aujourd'hui !

Lorsque j'entrai dans le mess du QG, je fus immédiatement accueillie par l'invocatrice et sa joie habituelle et c'est tout naturellement qu'elle m'invita à la rejoindre, alors je pris immédiatement place à sa table après avoir attrapé une brioche encore chaude, probablement cuite le matin même.

—Il est pourtant midi passé, je signalai à l'élue en m'asseyant face à elle.

Mon sourire trouvait immédiatement sa place sur mes lèvres sur lesquelles il restait un moment, lorsque je discutais avec Ruby. Après tout, je l'admirais encore aujourd'hui, et peut-être même plus que lorsqu'elle fut invoqué en Askr. Elle non plus, n'avait jamais eu peur de se battre, de prendre part aux combats, et de risquer sa vie. Elle restait enthousiaste en toutes circonstances, même après avoir été enlevée, menacée, et ce, à plus d'une reprise. Tous les Gardiens étaient heureux de la compter dans nos rangs.

—C'est exact ! Mais je t'ai vue sortir de ta chambre alors que le soleil pointait à peine son nez !

—Vous êtes donc encore plus matinale que moi, je souris sans retenue.

Sa bonne humeur était communicative et me faisait souvent oublier tous mes maux. De bien des façons, l'invocatrice me permettait de rester moi-même. J'appréciais nos longues discussions même lorsqu'elles étaient farfelues et tout autant lorsqu'elle me faisait part de ses plans alambiqués pour… Pour bien des choses.

—Je suis l'invocatrice, c'est mon devoir de garder un œil sur vous tous !

—Un œil, et même les deux pour certains d'entre-nous, n'est-ce pas ?

Ses lèvres s'étirèrent un peu plus à ma question qui finalement n'en était pas vraiment une puisque Ruby savait très bien où je voulais en venir. J'aimais cette complicité qui s'était installée entre nous.

—C'est notamment le cas pour toi, Sharena, reprit l'utilisatrice de Breidablik, et je te trouve particulièrement fatiguée, ces derniers temps. Peut-être devrais-tu relâcher un peu la pression ? Tu risques de tomber d'épuisement si tu ne te reposes pas un peu.

—Tout va bien, et puis… j'hésitais pendant une seconde flottant dans l'air, j'ai encore du travail à faire afin de rattraper mon frère.

—Sur ce point, Alfonse est pire que toi.

Elle soupira en terminant sa phrase, ne prenant même pas la peine de cacher son expression découragée à la simple énonciation de mon frère. J'imaginais aisément qu'elle avait à lui aussi du conseiller de se reposer un peu, mais… Ce n'était guère le genre d'Alfonse de rester les bras ballants.

—Il a toujours été ainsi, à la disparition de Zacharias et encore plus depuis que…

Je déglutis tout en cherchant mes mots mais ceux-ci ne vinrent pas. Il m'était encore très difficile de les penser, alors les prononcer…

—Alfonse fait tout son possible pour être à la hauteur de notre père, il devra un jour prendre sa place, finis-je alors.

—De lourdes responsabilités qui pèsent sur ses jeunes épaules.

—N'est-ce pas ? Au moins, je n'ai pas à m'encombrer de tout ça, haha !

Les différences entre mon frère et moi étaient aussi notables que nombreuses, plus que nos ressemblances d'ailleurs. Alors que lui préférait rester à distance des autres héros, et plus particulièrement de l'invocatrice, moi, cherchait toujours à créer de nouveaux liens. J'avais ce besoin d'être entourée, certainement parce que le poids de la couronne n'allait jamais me revenir. De fait, j'étais plus « libre » que lui. Une liberté dont j'aimais profiter mais qui avait des conséquences : jamais je ne pourrais me tenir sur le même pied d'égalité que le prince.

—Alfonse est bien trop sérieux, miroufla l'élue en posant sa joue dans la paume de sa main. Je l'ai encore entendu réprimander Anna et ses plans rocambolesques pour se faire de l'argent. Moi je ne serais pas contre le fait d'augmenter nos revenus, ajouta-t-elle sur un ton plus confidentiel.

Je ne pus que rire devant la connivence qui liait les deux femmes et leur attrait certain pour l'argent. Ruby n'avait jamais caché sa déception dés qu'une des bonnes idées d'Anna rejoignait le néant sur les protestations de mon frère.

—Ha ! Avant que j'oublie, claqua l'invocatrice une toute nouvelle lueur incendiant son regard, je crois que Reginn te cherchait !

—Reginn ? ce nom m'interpella. Qu'est-ce qu'elle voulait ?

Ma curiosité fut instantanément piquée au vif, ce qui n'échappa pas à la jeune femme capuchonnée dont les lèvres s'étirèrent d'une bien douteuse façon.

—Aucune idée ! Tu devrais aller lui demander directement ! Tu devrais d'ailleurs le faire maintenant !

—Maintenant ? Je n'ai aucune idée d'où peut se trouver Reginn, affirmai-je faussement.

—Au garage, comme d'habitude ! C'est à côté des écuries, elle précisa avant que je ne puisse ajouter quoique ce soit.

—Je sais où se trouve le garage, je vous trouve cependant bien enthousiasme, invocatrice, fis-je remarquer devant la jeune femme qui s'excitait sans que je ne veuille en comprendre la raison.

—Enthousiaste ? Moi ? Pas plus que d'habitude !

Devant son air enjoué qui rayonnait d'Askr aux profondeurs de Múspell, je ne pus que céder à sa demande qui n'en était pas une. Et puis, si Reginn souhaitait me faire part de quelques choses, j'aurais fait une piètre princesse et Gardienne de ne pas accéder à sa requête. Peut-être souhaitait-elle des conseils afin de s'intégrer puisqu'elle venait d'arriver au QG bien que je n'en avais pas l'impression. La Reine de Niðavellir n'avait aucunement besoin d'aide pour se faire des amis puisque tout le monde – moi la première – l'appréciait.

Je sortis donc du mess, ma brioche encore dans les mains, et traversai le hall du QG de Askr un peu fébrile. Je passai les écuries afin de me rendre dans le garage qui fut construit suite à l'arrivée de Reginn, curieuse de savoir ce que celle-ci souhaitait me dire. J'étais particulièrement à l'aise avec cette femme chez qui je retrouvais d'étonnantes similarités avec moi, peut-être trop à l'aise même. Ha, j'en étais presque nerveuse.

Les portes étaient ouvertes mais il faisait sombre à l'intérieur. Ce furent les quelques grincements mécaniques qui me guidèrent jusqu'à un renfoncement à l'intérieur dans lequel je ne discernai toujours personne dans un premier temps. Mes yeux eurent besoin de quelques secondes d'acclimatation pour distinguer notre nouvelle camarade, allongée sous son étrange machine.

—Eh bien, alors comme ça la nouvelle Reine de Niðavellir s'occupe des tâches ingrates et basses besognes ?

L'ustensile en métal claqua sur le pavé au moment même où un grognement s'échappa de je ne sus où. Pas très gracieux, pensai-je sourire aux lèvres.

Celui de la jeune femme qui se releva irradia dans la pièce jusqu'à m'atteindre malgré son expression tirée et ses doigts ébouriffant ses cheveux bleus déjà désordonnés. Je me demandai depuis combien de temps elle n'avait pas vu la lumière du jour. Sa tunique de Jais était recouverte de poussière, entre autres choses.

—Comment peut-on être aussi maladroite ? me demandai-je le rire discret en approchant lentement.

—Dixit celle tombée dans une fosse à peine quelques pas faits dans les bois !

—Vous n'avez certainement pas tort, haha ! Mais je tiens à préciser que je ne suis pas tombé dans cette fosse !

—C'est uniquement parce que je vous ai rattrapée.

—Je vous dois une fière chandelle, en effet.

Un voile de silence s'installa ensuite, un moment suspendu au temps lui-même durant lequel je me rappelai l'aventure que nous avions vécue ensembles, lorsque nous l'avions rencontrée. Elle avait d'abord été notre ennemie – très peu de temps – puis notre alliée. Et aujourd'hui, Reginn était devenue notre amie.

—Qu'êtes-vous venue faire dans un endroit aussi sombre, princesse Sharena ? demanda curieusement la reine maladroite. Peu de héros s'aventurent jusqu'ici, d'habitude ils s'arrêtent lorsque l'odeur du purin des poneys est trop forte.

—Ce ne sont pas des poneys, mais des chevaux ! je corrigeai en avalant un rire. Enfin pour la plupart du moins. Et laissez tomber les princesses ou tout autre forme de langage châtié avec moi.

—Très bien, alors qu'êtes vous venue faire là, Sharena ?

Sa question me piqua de nouveau, aurait-elle oublié ?

—L'invocatrice m'a dit que vous me cherchiez, alors me voila !

—L'invocatrice ? Je n'ai pourtant pas croisé sa route depuis les évènements de Niðavellir.

—Vraiment ? Mais alors…

Les paroles de Reginn ne firent qu'un tour dans ma tête et la seconde suivante, je compris non sans aisance que je faisais partie des plans tarabiscotés de notre chère Ruby. Celle-ci se mêlait vraiment de tout et de n'importe quoi.

—Mais puisque vous êtes ici, peut-être pourriez-vous me tenir compagnie à défaut de me donner un coup de main ?

—Sous-entendez-vous que je n'ai pas les compétences pour… Que faîtes-vous donc, d'ailleurs ?

—De la mécanique.

—Ha, oui, voilà. Sous-entendez-vous donc que je n'ai pas les compétences nécessaires afin de vous aider dans votre mécanique ? Après tout, je suis une pécore alors…

—Ho, non, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire, répondit la bleue en se grattant nerveusement la tête, recouvrant au passage quelques mèches d'un étrange liquide noir. Au contraire, vous seriez certainement surqualifiée pour pareille besogne. Ou tâche ingrate.

—Je me moquais seulement un peu de vous.

—Et je vous y autorise, seulement si vous voulez bien me tendre le chasse-goupille.

—Le chasse- quoi ?

—Celui qui dépasse, sur l'établi, m'indiqua-t-elle d'un mouvement de la tête.

J'acquiesçai et attrapa l'objet métallique pour chasser cette chose dont j'ignorais totalement l'utilité ou même la forme d'ailleurs. Reginn saisit l'objet sans attendre et glissa de nouveau sous son poney mécanique avant de disparaitre au moins de moitié. J'ignorai combien de temps je restai là, dans un silence non gênant au contraire, presque agréable, à la regarder bricoler et se cogner régulièrement la tête sous les notes de mon rire qui s'échappait trop souvent d'entre mes lèvres étirées. Je n'avais pas imaginé que ce moment avec elle serait aussi calme qu'apaisant, à ne seulement rien faire, à ne rien dire. A seulement la voir faire quelque chose que ne je comprendrais probablement jamais.

Finalement, c'est l'après-midi toute entière qui s'écoula paisiblement – les rayons orangés dorés du soleil s'étirant timidement jusqu'ici en témoignaient – avant que la Reine ne ressorte enfin la tête du dessous de sa machine, l'expression satisfaite gravée sur son visage recouvert partiellement de noir.

—Qu'est-ce qui vous fait ainsi rire, Sharena ?

—Vous, haha, vous avez du… sur…

Elle regarda son reflet sur une pièce métallique de sa monture avant d'attraper un chiffon pour se frotter les joues avec. Je ne sus si ce fut pire avant ou bien après, mais quelques secondes plus tard, la teinte naturelle de sa peau apparut de nouveau.

—Le cambouis, elle chuchota, ça s'étale vraiment partout.

—Jusque dans vos cheveux ! j'ajoutai moqueuse. Nourrissez-vous votre machine avec ?

—On peut dire cela en effet. Mais ne me laissez pas comme ça, aidez-moi !

J'approchai d'elle après avoir attrapé un chiffon un tantinet plus propre bien que, plus rien ne semblait l'être, pour aller lisser la crinière de mon amie avec. La matière était visqueuse et semblait s'étaler à chacun de mes gestes au fur et à mesure que mes traits se tiraient de n'arriver à rien.

—Vous n'allez tout de même pas pleurer, Sharena ?

—Non ! Je vais y arriver, et puis c'est vous, la pleurnicharde !

—L'une de nos nombreuses ressemblances !

—Je ne pleurerai que si vous, vous pleurez ! précisai-je en venant enfin à bout des traces tenaces.

—Alors ne pleurons pas !

La souveraine de Niðavellir me sourit de plus belle lorsque j'examinai sa crinière afin de m'assurer qu'il ne restait aucune tache de cambouis. Puis ses lèvres s'entrouvrirent de nouveau.

—Fort heureusement, pleurer n'est pas notre seule similarité.

—Pensez-vous ?

—Vous, comme moi, avons toujours cherché à prouver notre valeur... Vous semblez si fatiguée, Sharena.

Mon prénom, soufflé à quelques centimètres de moi, murmura au silence qui suivit. Elle n'avait pas tort et j'étais la première à l'admettre. Nous étions deux pleurnichardes coincées dans l'ombre d'une couronne. Deux héritières qui devaient sans cesse se battre pour prouver notre force, notre valeur. Nous avions nombre de points communs, mais il restait probablement une chose que l'on ne partageait pas : la façon dont mon cœur battait lorsque j'étais avec elle.

—Sharena ? Est-ce que tout va bien ?

Je ne sus quoi répondre et ce furent les grognements de mon ventre qui répondirent à ma place, bientôt rejoints par les siens. Encore un point commun, non ?

—Et si nous mangions quelque chose ? J'ai toujours cette brioche avec moi, nous pouvons la partager, proposai-je lorsque Reginn hocha la tête doucement.

Bien que coupée en deux, je pris le temps d'avaler mon repas. Plus de temps que nécessaire d'ailleurs, j'avais la tête ailleurs, ce qui n'échappa pas à ma camarade qui, elle, avait déjà fini sa part. Je savais qu'elle respectait mon silence puisqu'elle ne réitéra pas sa question, mais j'avais aussi conscience qu'elle souhaitait une réponse, réponse qu'elle n'exigeait toutefois pas. Je fis cependant le choix de me confier à elle, pour une raison qui m'était tout aussi évidente qu'elle m'était inconnue.

—Je ne dors plus très bien depuis que nous avons été envoyés dans le Royaume des Morts.

—J'ai cru comprendre que l'affrontement avec la reine avait été éprouvant.

—Lorsque je pense à Líf ainsi qu'à Thrasir, je ne peux m'empêcher de penser que le même destin aurait pu arriver à mon frère et à Veronica.

Mes yeux redécouvrir mes bottes puisque je n'osais regarder Reginn qui écoutait attentivement les notes de ce pénible souvenir. Même ma voix tremblait.

—Je fais toujours ce cauchemar dans lequel mon frère périt de la malédiction que lui a lancé Hel. Bien sûr, le sacrifice du roi, de mon père… a été plus que terrible. Mais si je perdais Alfonse, je ne saurais m'en remettre.

La tristesse qui quitta mes lèvres sembla trouver sa place dans l'atmosphère jusqu'à atteindre la souveraine qui ne répondit point mot alors je relevai enfin la tête et mon regard chercha le sien, fuyant, perlé… Et mon cœur sembla se fendre en deux.

—Je… Je suis désolée… me fondis-je en excuse lorsque je réalisai que cette souveraine n'avait pas eu ma chance. Je n'aurais pas du vous parler de…

—Tout va bien, me coupa la bleue. Mes frères me manquent terriblement… Je les aimais plus que tout mais j'aime croire qu'ils sont tous les deux dans un endroit débarrassé de tout conflit ainsi que de la noirceur qui les a piégés. Peut-être peuvent-ils enfin profiter l'un de l'autre, et peut-être que Fáfnir a enfin pu retrouver sa femme et sa fille.

—Ce serait un endroit magnifique, soufflai-je à demi-mot.

—Mes frères resteront toujours dans mon cœur, mais aujourd'hui, les Gardiens de l'Ordre, ainsi que vous… Formez ma nouvelle famille…

Une nouvelle famille ? Ces mots, bien que toutefois beaux, me parurent tels des maux. Je me demandai de quelle façon Reginn me considérait. Comme une amie, comme une sœur ? Sa voix était douce, et pour une fois, ce ne furent ses paroles mais mes pensées qui manquèrent de conviction. Pensées que je ne pouvais lui révéler puisque m'étaient étranges à moi-même.

Je me relevai soudain sous son regard surprit et réalisai que ma voix n'était pas seule à trembler. Cette sensation était particulièrement désagréable et ce fut comme si une partie de moi disparaissait. Tout le monde me connaissait comme la Gardienne enthousiaste et enjouée, mais porter ce masque en permanence et toutes circonstances n'était pas chose aisée.

—Sharena ? Où allez-vous ?

—Je… Je devrais vous laisser travailler, haha !

—Attendez !

Et puis, ce fut comme si le sol s'était dérobé sous mes pieds. Je sentis mon corps partir en arrière au moment où mon équilibre s'ébranla. J'eus l'impression que mes pensées s'échappèrent une a une pour apparaitre devant mes yeux grands ouverts, avant de venir me frapper douloureusement. Je sentis très rapidement une pression sur mon bras puis une chaleur diffuse se glisser dans mon dos. Les mèches d'or se mêlèrent à ce voile bleu qui m'enveloppa la seconde d'après. J'avais la sensation que mon cœur battait à cent à l'heure lorsque ses yeux dorés me braquaient de cette façon. Ils brillaient tant que le reflet émeraude des miens les teintait.

—C'est la seconde fois que je vous rattrape ainsi…

Le souffle chaud qui s'échappa lentement de ses lèvres vint caresser mon visage avant d'intensément l'incendier, et tout se tût autour de nous. Même le silence n'osait dire mot. Il n'y avait plus que le son de sa respiration et de la mienne, à peine perturbé par le tintement de sa boucle rouge alors qu'elle restait penchée sur moi.

—Vous allez encore devoir me rendre la pareille… Ha, susurra-t-elle, vous avez…

Mais je ne la laissai pas finir et me redressai afin de me libérer de son étreinte avant que la réaction grimant mes joues ne se remarque, s'il n'était pas déjà trop tard pour cela. Je n'osai plus rien dire et préférai donc rester muette, avant de finalement partir sans même me retourner. Mon geste me parut plus dur que toutes mes pensées, et au moins tout autant cruel.

Je pris littéralement la fuite. C'est ce que je me répétai tout en me précipitant dans le hall du QG avant de me rendre à l'étage où était située ma chambre, avant de m'y enfermer plus qu'honteuse. J'aurais du réagir, dire quelque chose, nous sortir de ce silence étrange… J'aurais du… Faire quoi ? Je me sentais désarmée, et l'étais encore plus maintenant que je réalisais que lui faire face et lui avouer que tout mon corps tremblait était la plus pénible des batailles que j'eus ou bien devrais mener. Une bataille que je ne pourrais gagner. Je n'avais ni le charisme, ni la force de mon frère. J'étais seulement moi… Et prendre conscience de ce que je ressentais pour elle fut bien trop douloureux. Je ne pus m'empêcher de penser que si l'invocatrice et ce cambouis ne s'étaient pas trouvés là, alors rien ne serait arrivé. Et… Je me serais seulement murée dans le silence. N'était-ce pas mieux ainsi ? Nous avions encore tant de batailles à mener, mais celle de mon cœur n'était certainement pas une priorité. J'étais une Gardienne.

La porte de ma chambre amortie la rencontre avec mon dos lorsque je me laissai tomber en arrière, mes jambes ne supportant plus même mon propre poids. Je réfléchis déjà a une façon de m'excuser le jour suivant, ou bien, celui d'après… Lorsque…

—Sharena ?

Reginn toquait à ma porte. Elle m'avait suivie. Et mon cœur qui ne s'était calmé s'emballa de nouveau. Je du faire fi des battements frénétiques afin de regagner une expression plus calme, afin de juste pouvoir ouvrir. Afin de lui faire face. Respirer, voila ce que je devais faire.

—Reginn, fis-je en découvrant son visage ravagé d'inquiétude. Tout va bien, je… Je crois que j'ai seulement attrapé froid.

Ce mensonge était encore plus bancal que moi et à peine prononcé que j'en souris déjà nerveusement. J'aurais pu trouver mieux.

—Vous êtes parties si précipitamment…

—Ca va, je vous assure, j'ai seulement besoin de me reposer, prétextai-je afin d'écourter cette conversation, en vain.

—Vous ne devriez pas passez tant d'heures dehors à vous entrainer, vous allez vraiment finir par vous écrouler de fatigue.

—Vous êtes la seconde personne à me le dire aujourd'hui, je devrais peut-être écouter, haha !

Même mon rire sonnait faux et cela n'échappa pas à la bleue qui m'observait avec bien plus d'attention qu'habituellement. Son regard brûlait ma peau et pesait sur moi comme si je revêtais une armure faite de plomb.

—Et vous avez encore du…

Mais elle ne termina sa phrase que je sentis ses doigts gantés se poser sur ma joue. Malgré cela, la chaleur de sa main se diffusa très rapidement jusqu'à me posséder entièrement tandis que je restai immobile, paralysée. Son pouce épousa ma peau en un seul geste délicat avant que je ne remarque la petite tâche sombre qui s'y était déposée et puis… Sa paume entière vint envelopper ma joue.

—Je suis désolée.

—Désolée ? Mais de quoi ? elle m'interpella.

—Je suis désolée si j'ai pu vous laisser penser que ce que vous ressentiez n'était pas réciproque…

—Qu…

—Sharena, elle me coupa avant que je ne lui demande de répéter, déconcerté.

Et de nouveau, ce petit tintement accompagnant le mouvement de ses boucles rouges scintillants entre ses mèches bleues. Ce regard doré et si intense qu'il me transperçait la poitrine à lui seul même au travers de mon armure. Mon cœur manqua un battement avant de se mettre à frapper si fort qu'il aurait pu rompre dans ma poitrine lorsque ses lèvres vinrent se déposer finement sur les miennes. Son souffle chaud accompagnait ce baiser qui me laissa incertaine, puis je fermai les yeux afin de ne plus penser à rien.

—Je voulais seulement m'assurer que vous ayez bien compris la nature de mes sentiments.

Je détournai le regard à peine le sien de nouveau posé sur moi. Il m'était désormais inutile de chercher à cacher cette chaleur teintant ma peau, plus éloquente que des mots. D'aucuns ne sauraient lui rendre ce que je ressentais alors. Devant son regard d'or, mon cœur battait trop fort.

—Que penserait le peuple en voyant leur nouvelle reine avec une pécore… chuchotai-je de façon à peine audible.

—Qui s'en soucie ?

C'était l'histoire d'une princesse et d'une pécore…

restait à déterminer qui était qui.


Note de l'auteur: Je n'avais pas écrit de texte comme celui-ci depuis des mois. La reprise est rude je dois avouer. Ce texte n'est pas parfait, mais il me convient (pour le moment). J'avais envie d'écrire sur Sharena x Reginn depuis un très, très long moment et j'avais eu cette idée de princesse et de pécore depuis le passage avec Fáfnir au début du livre. J'ai finalement bien fait d'attendre sa fin avant de me lancer. Quoiqu'il en soit, ce n'est pas tout à fait comme mes autres textes (du moins je trouve) mais j'espère qu'il ne dénote pas trop non plus. Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! A plus !

PS: Je fais rarement des K+ en rating, profitez profitez !