Voici le deuxième chapitre de cette fic.


Les jours suivants se déroulèrent sans incident du côté des membres du cartel Galindo, les affaires marchaient mieux et les tensions étaient retombées entre tous les clans. Seuls deux hommes parmi tous ne purent trouver le sommeil depuis que leur passé en commun avait refait surface. Luis, de son côté, devenait silencieux et Nero complètement distrait lorsqu'une de ses filles lui adressait la parole. Le proxénète mourrait d'envie de le revoir, de lui reparler au moins quelques secondes et surtout, il voulait finir ce qu'ils avaient commencé avant d'être interrompus par la voix tonitruante de Jax. Voilà pourquoi il n'avait eu de cesse de penser à revoir Luis par tous les moyens nécessaires et avait cherché à repérer des informations permettant de suivre les déplacements des membres du cartel à ses risques et périls.

Du côté du cartel, les hommes commençaient à s'habituer à leur planque décrépie non loin de Charming et à la chaleur de la région qui ne changeait rien à celle du Mexique. Ils faisaient ce qu'il fallait et savaient se mettre à l'écart pour passer inaperçu. Par chance pour eux, leur planque se situait dans un petit village sans histoire, où les habitants restaient polis et n'étaient pas curieux pour un sou. La plupart nettoyaient leurs armes dans la maison à cause de la chaleur, d'autres se détendaient au soleil en plaisantant et les plus discrets avaient tenté une balade dans les rues. Les derniers n'aimaient pas rester à l'ombre, dont Romero, et s'occupaient comme il fallait en restant dehors. Lorsque Parada vit une silhouette connue s'approcher du portail et se laisser "contrôler par la sécurité" non sans rechigner lorsqu'ils le questionnèrent, il fit le tour pour aller voir l'homme concerné par cette visite inattendue. Pensif, Luis était à l'arrière de la maison à regarder les vastes étendues naturelles offertes par la vue de leur terrain. Il passait son temps à ça en dehors du travail, il se renfermait beaucoup trop et Romero s'inquiétait pour lui. La voiture noire avec les portes ouvertes à côté indiquait qu'il s'en occupait après avoir du retaper la carrosserie. Distrait, il avait du faire une pause.

- J'avais raison, tu l'as bien connu pour qu'il revienne te voir jusqu'ici. Il s'est embrouillé avec Fernando et Eduardo juste pour venir te voir, ils sont en train de le fouiller par sécurité. Il savait qu'on serait ici, c'est toi qui lui as dit ?

Malgré le fait que Torres n'aimait pas être extirpé de ses moments de solitude, il ne lui en voulut pas et le regarda en réfutant poliment et même avec un sourire :

- Pas du tout, il a du suivre l'un de nous.

L'aîné se posa face à lui et s'enquit sur ses habitudes récentes :

- Tu vas bien en ce moment ? Où est passé le Torres complètement barje de ces derniers jours ? C'est vrai que t'as des excuses à faire à cette voiture mais de là à t'isoler comme un pestiféré...

Son ami ne répondit pas et son regard se rembrunit en longeant l'horizon azur, puis Romero marmonna en tournant la tête :

- Tiens, regarde qui voilà. Je vais vous laisser, je crois.

Le visage de Luis reprit des couleurs lorsqu'il vit Nero arriver de loin en évitant de passer trop près des autres qui se questionnaient sur sa présence. Il admira son cran d'approcher autant les membres de Galindo sans la moindre sécurité à ses côtés et vit Romero lui tourner le dos.

- Tu peux rester, tu sais. Plus on est de mecs et plus on s'éclate.

Abasourdi, Parada vit son ami se moquer de la mine qu'il lui avait provoquée et lui mit une claque derrière la tête.

- Hé mon vieux, c'était pour rire.

- C'est ça, oui. En tout cas, là tu retrouves ta langue. "Plus on est de mecs"... tu vas voir ton cul, toi.

- Quand tu veux, Parada.

Torres n'hésitait jamais à le provoquer rien que pour l'embêter mais comme Parada n'était jamais sûr de rien avec lui, il ne répliqua pas. Aussi préféra t-il changer de sujet le temps que Nero n'arrive, au passage abordé de part et d'autre par les gars dont les premiers qui le rattrapèrent pour lui rendre son arme non chargée.

- Où est-ce que tu l'as connu, au fait ? poursuivit Romero pour passer le temps.

Luis tourna un regard malicieux vers lui.

- Pourquoi tu veux à tout prix savoir, espèce de curieux ?

Parada le bouscula légèrement de l'épaule en soufflant près de lui :

- Pour ça. Je ne t'avais jamais vu sourire comme ça avant. Autre chose : ton portable a sonné quand tu dormais alors comme tu avais besoin de te reposer, j'ai décroché au cas où Teller aurait voulu te menacer. Mais non ! c'était Padilla et en parlant le premier, il t'a appelé "Lou". Ce surnom vient de lui ? C'était à cause d'un souvenir avec lui que tu n'aimes pas quand je t'appelle comme ça ?

Le plus jeune répondit après un bref hochement d'épaule.

- Oui, il a été le tout premier à m'appeler comme ça et ce souvenir est parfait dans ma mémoire. Je l'ai connu dans un bar, j'étais seul dans mon coin et il est venu me voir. J'ai tout de suite vu qu'il était différent quand il est venu m'aborder. J'ai arrêté de boire en lui parlant, je ne savais pas pourquoi mais l'envie m'était passée. Lui était bien entamé mais il tenait encore debout et il parlait correctement. Il s'est mis à me faire des avances et on a fini chez lui, de la piscine à son lit. La première fois que tu m'as sorti ce nom, ça m'a...

Voyant son ami hésiter, il sourit en lui posant une main sur l'épaule et tourna la tête vers Nero.

- Quelle bande de nazes... LAISSEZ-LE PASSER, LES GARS.

Voyant approcher son amant encore trop loin à son goût, Luis lui adressa un sourire et continua :

- Son souvenir m'est revenu en tête et le fait que je sois sans arrêt seul m'a percuté en même temps. Voilà pourquoi je m'énervais, je pensais juste à lui. Depuis ma rupture avec Rodrigo, il a été la seule chose de bien qui me soit arrivée, hormis toi évidemment. Même s'il n'a été qu'un coup d'une nuit, à l'époque.

- Plus maintenant, faut croire.

- Par contre, ne fais pas comme si j'avais un sourire différent en le voyant, ce n'est pas vrai tout de même. Hein ?

Légèrement tendu par son indiscrétion, Luis haussa les sourcils en cherchant à s'imaginer avec ledit sourire.

- Oh qui si, mano.

Rien qu'en pensant soudain à ses face-à-face avec Nero, le même sourire s'afficha sur le visage de Luis et ses yeux s'emplirent d'une lueur difficile à louper pour Parada qui ressentit un amusement non dissimulé.

- Et voilà, tu recommences.

Torres allait protester en défendant son droit de sourire lorsqu'il entendit la voix qu'il aimait la plus ces derniers temps.

- Messieurs ! les salua Nero.

Parada le salua poliment alors que Torres n'arriva pas à prononcer un mot, probablement à cause de la présence de son meilleur ami qui mit fin à la torture.

- Allez, je vous lâche la bride. J'ai du boulot.

Padilla le remercia du regard alors qu'il se levait mais avant de s'éloigner de son ami, Romero se pencha et lui jeta au visage pour le taquiner :

- Sinon tu risques de rester muet longtemps, gros timide.

Il se prit un regard noir de plein fouet et Nero tourna la tête en se forçant à serrer les lèvres pour éviter de rire alors que l'aîné s'éloignait en ne cachant pas le sien.

- Celui-là alors ! l'entendirent-ils.

Entourés d'hommes, ils n'eurent pas droit à un contact physique ou à un regard trop explicite de peur d'être aperçus. Les membres du Cartel furent débordés suite à un coup de fil, Nero et Luis n'eurent pas beaucoup d'intimité car le bras droit avait comme devoir de seconder son supérieur même si ce dernier chercha en partie à se débrouiller seul. Ils purent néanmoins parler de toutes ces années passées chacun de leur côté et de tout ce qu'ils avaient fait. Luis n'eut pas grand chose à dire, cachant ses pires méfaits personnels et professionnels à son amant mais lui se fit un plaisir de lui balancer tout ce qu'il avait sur le bout de la langue. Les filles et son boulot de proxénète, Lucius et sa maladie, le gang, même son aventure avec Gemma et son amitié avec les Sons furent posées sur la table. Malgré la haine entre lui et Jax, Torres adorait entendre Nero tout raconter en détail car au moins, il avait une vie convenable.

Trois heures plus tard, Parada soupira de soulagement après avoir fini de remplir une tonne de paperasse. Il avait insisté pour tout faire lui-même pour que Luis et Nero puissent rester un peu tous les deux, s'attirant par ce fait toute la sympathie de Padilla. Il s'étira jusqu'à entendre ses os craquer, se leva de sa chaise et entendit frapper à la porte. Eduardo Cruz, le plus fureteur de ses gars, venait se renseigner sur la présence du maque en ce jour mais étant donné son manque d'assurance, les autres avaient du lui forcer la main pour le faire. Romero mentit par sécurité et prétendit qu'il s'agissait d'une très vieille amitié entre Nero et Luis et l'autre homme partit en faisant mine d'avoir accepté, Parada sachant qu'il allait faire le commère devant celui ou ceux qui avaient réclamé l'information. Il ressortit tranquillement pour respirer l'air qu'il avait amplement mérité et trouva le proxénète assis là où ils se trouvaient lors de son arrivée.

- Salut ! désolé pour le bordel mais on a beaucoup à faire. Où est Luis ?

- Ne vous-en faites pas, je m'y connais en bordel. On a chacun le nôtre, si ce n'est que le mien est rempli de gonzesses.

Ils rirent entre eux avant que Parada ne réitère sa question précédente.

- Parti faire la distribution de bières à vos gars et il revient. En parlant de ça...

Nero en sortit une de la glacière, la lui tendit et l'homme aux cheveux longs la prit avant de le remercier et la faire claquer contre la sienne. Il s'assit ensuite et profita de l'absence de son collègue pour savoir s'il y avait des choses qu'il ignoraient encore sur lui.

- C'était il y a si longtemps que vous vous êtes connus avec Luis ?

- Oh oui.

- Et c'était au Mexique ?

- Ouai, exact ! enfin... il avait la vingtaine et moi un peu plus. Il venait de rompre avec son petit ami et moi j'étais en train de me défoncer dans un bar avec deux amies lesbiennes. Résultat, je me sentais un peu de trop et je sniffais pour passer le temps.

- Le tenancier vous laissait faire ?

Nero fit une légère moue avant de le regarder.

- C'était un ami alors oui, il me laissait me faire des lignes tant que je n'allais pas trop loin. Quand j'y repense, ça me fiche la honte. J'ai fini par négliger ma copine et elle qui se droguait aussi a négligé sa grossesse, c'est à cause de nous que le petit est malade. Ce jour-là, j'ai vu un autre mec qui avait l'air de s'ennuyer autant que moi alors je n'ai pas cherché à me refuser un peu de compagnie masculine et j'ai été le voir. Vu la tête qu'il a faite quand je me suis assis en face de lui, j'ai su qu'il n'allait pas m'envoyer voir ailleurs. Il me faisait craquer, mignon comme il était dans son coin même s'il me faisait de la peine. J'ai vu qu'il allait mal alors j'ai essayé de lui remonter le moral, d'ailleurs j'ai du réussir puisqu'il a arrêté de boire au fur et à mesure qu'on parlait. On a été chez moi et on a parlé un peu - enfin surtout moi - avant de... vous voyez...

- Oui, je vois très bien ! coupa Romero.

- Il avait besoin de penser à autre chose.

Riant, Nero se remémora cette soirée et soupira sous l'effet de la nostalgie.

- J'ai été à lui toute la nuit et je peux vous garantir que le lendemain, avec tout ce qu'il m'a fait subir, il avait du en oublier son ex.

Il y eut un très court silence avant qu'une voix basse et exaspérée ne retentisse.

- Pas vraiment, non.

Comme ils auraient du s'y attendre, Luis avait entendu Nero parler avec Romero et le fait que cela s'était passé dans son dos ne fut pas particulièrement apprécié. Sa bière à la main, il les doubla en les regardant de travers et s'éloigna vers le bout du terrain. Un morceau fragile de la clôture en bois lui permit de passer comme à chaque fois que la compagnie des autres lui devenait insupportable et il rejoignit la colline la plus proche derrière sous le regard accablé de son acolyte. Nero se frappa la tempe en jurant :

- Qu'est-ce que je peux être con.

- Ne vous en faites pas, ça lui passera. Il a d'énormes coups de blues en ce moment, ça fait des semaines que ça dure.

- Ah bon ?

Nero n'osa pas se renseigner là-dessus mais se posa pas mal de questions dans sa tête. Deux minutes après, ils virent Carlos en alerte qui se pointa en contournant le terrain et prit Parada à part.

- Je crois qu'il y a un problème, Luis est derrière la colline et il regarde partout autour de lui. On est repérés ?

- Non, ce n'est rien. Il a juste voulu rester seul un moment.

Soupirant de soulagement, l'autre homme posa une main sur son front.

- Oh ok, j'ai eu peur. J'ai cru que ça aurait pu avoir un rapport avec votre invité.

Il avait désigné Nero du bout du nez mais rassuré, il s'éloigna et partit calmer ses rapides battements de cœur ailleurs. Romero conseilla au maquereau de rejoindre son amant car s'il fallait calmer une hypothétique dispute, cela ne donnait jamais rien d'agréable avec lui au point qu'ils avaient déjà manqué d'en arriver aux mains plusieurs fois. Surpris, Nero s'y colla et emprunta le même chemin que Torres alors que Parada partait rassurer d'éventuels nerveux. Au fil de ses pas dans les hautes herbes, Padilla aperçut ce qui plaisait autant à son compagnon. Le calme, la nature, l'idée de laisser son esprit vagabonder à sa guise devait être libérateur et il l'envia. Il s'en approcha silencieusement autant que les hautes herbes le lui permirent et Torres réagit à peine en réalisant qu'il y avait une personne qui venait vers lui. Personne qui, se souvenant des paroles de Romero, ne chercha pas directement le contact. Nero resta à un mètre au moins et ne parla pas trop fort.

- Pardon Luis.

Il allait continuer mais vit Luis se retourner et préféra attendre qu'il n'ait dit ce qu'il avait à dire.

- J'ai bien fini par l'oublier avec le temps, c'est juste que je déteste qu'on parle de moi dans mon dos.

Nero hocha positivement la tête en signe de compréhension.

- Je suis désolé, ton pote et moi on s'est laissés emporter par la discussion.

- Si tu veux tout savoir, plus j'oubliais Rodrigo au fil des jours et plus je voulais te revoir, tellement que j'en devenais malade. Comme je n'avais aucun moyen de te retrouver, ça m'a rendu cinglé et j'ai passé l'éponge comme pour le reste, mais en faisant des conneries.

- Des conneries... du genre sans conséquences ou très graves ?

Luis haussa explicitement les sourcils et lui prit les mains avant de souffler :

- Du genre qu'on n'oublie jamais.

Se souvenant des dires de Romero, Nero ne se renseigna pas en imaginant que ce sujet risquait de mettre l'autre homme à bout de nerfs. Pourtant, il ne se souvint pas avoir autrefois pensé que Torres était de ceux qui savaient si bien franchir la ligne, même s'ils ne se connaissaient pas bien. "Redescends sur terre. Luis Torres est un agent fédéral et forcément, il ne doit pas être un ange" pensa t-il. Oubliant la possibilité d'être surpris par un des gars du cartel, Nero le prit dans ses bras malgré la torture que fut sa retenue de l'embrasser. En cas de surprise, ils auraient pu expliquer une accolade mais pas du tout une embrassade.

- On n'est pas obligés d'en parler, d'accord ?

Il sentit Torres approuver d'un mouvement de tête dans son cou mais sut qu'à l'avenir, lui n'arrêterait pas d'y penser, exactement comme son amant.

ooOOoo

À Charming, le lendemain, Tara ouvrit sa porte d'entrée de bonne heure après avoir réveillé Abel afin de le préparer pour l'école. Elle resta sur le palier à le regarder mettre son manteau en souriant et en même temps, la pestilentielle odeur de la cigarette s'évaporerait aussi. Elle pensa à se concerter avec Jax pour ne plus fumer dans la maison dans l'intérêt des petits. Regardant au dehors, elle découvrit une très belle fleur rouge sur le palier au moment où elle faillit marcher dessus. Leur maison n'était pas parsemée de verdure et le peu qui l'entourait ne lui ressemblait pas du tout. Celle-ci avait été coupée et entretenue avec respect. N'étant pas calée en horticulture, elle la laissa sur le bord de la fenêtre en attendant d'avoir affaire à un expert, ce qui arriva presque en fin de matinée lors de la visite de Nero. Il se flatta d'être pris pour un maniaque des fleurs mais le démentit en disant ne pas trop s'y connaître. Cependant, celle-ci était parmi ses favorites. Il s'agissait d'un dahlia, fleur en partie originaire du Mexique selon lui. La taquinant joyeusement à propos du fait qu'elle avait un admirateur basané et que Jax n'allait pas apprécier, celle-ci marcha dans la blague même si elle ne sut pas à quoi cela rimait au départ. Ses connaissances en la matière concernant le Mexique s'arrêtaient à quelques personnes qu'elle n'allait pas oublier de sitôt et dont la principale était Luis Torres.

Sans en être certaine pour autant, elle ne vit aucune autre option à cet élan de provocation que de frapper au cœur du problème. Elle lut les messages de Jackson pour vérifier la date et le lieu - devant lequel elle jura - de leur prochaine rencontre avec les Mexicains et en prit note, décidant de se rendre sur les lieux le jour même mais avant l'arrivée des Sons pour ne pas créer de conflit. Elle se gara suffisamment loin et observa les "marchands" : leurs rondes, leurs discussions et autres habitudes de groupes. Revoir cet endroit lui donna envie de vomir. Par chance, le responsable de sa présence ne montra pas le bout de son nez. "Peut-être qu'il est dans la grange" pensa t-elle. Elle vit Romero de loin, seul et se rendant à l'arrière du hangar pour s'allumer un cigare en surveillant. Elle contourna la petite colline et courut vers cet endroit avant qu'il n'en ait fait le tour, finissant par tomber nez à nez avec Parada comme voulu, qui ne s'attendait pas à sa présence.

- Mais... madame Teller ! Dites-moi que je rêve, qu'est-ce que vous faites là ? C'est encore sur moi que ça va retomber.

Tara continua d'avancer sans la moindre méfiance ce qui força l'homme à reculer au cas où elle ne serait pas seule et que ce serait un piège.

- Votre mari n'est pas encore là alors veuillez repartir avant que des ennuis n'arrivent encore.

Tara fulmina.

- Des ennuis ? Des ennuis ? Un dahlia rouge, ça vous parle ?

- Quoi ?

- Quelqu'un a eu assez de cran pour s'approcher de chez moi et en a déposé un devant ma porte. D'après un ami, c'est une fleur de chez vous alors il ne m'a pas fallu longtemps pour deviner parce que je ne connais aucun Mexicain d'origine à part vous et votre bande de criminels.

- C'est vrai que vous vous y connaissez en criminels ! rétorqua Romero. Personne parmi mes gars n'a approché votre maison, de même que votre ville. Ils ne vous connaissent que de vue et même Luis est resté tranquille...

Tara le coupa et le pointa du doigt.

- Ah ! ce brave monsieur Torres. J'espère que vous n'alliez pas me dire qu'il s'est calmé parce que ce type de pulsions dangereuses, j'en ai connues des tas et c'est irrémédiable. Je suis médecin, souvenez-vous, alors les victimes de viols j'en ai vu défiler pas mal, ainsi que des violeurs dont les victimes s'étaient défendues. À la différence que ceux-là avaient des menottes aux poignets.

Les yeux de Romero s'élargirent et des tonnes de questions commencèrent à s'entrechoquer dans sa tête.

- Victimes de viol ?

- Évidemment, ça m'aurait étonnée qu'il vous en parle. Pendant plusieurs minutes, j'espérais voir n'importe quel inconnu se pointer pendant que ce cinglé m'embrassait et se branlait au-dessus de moi. J'ai eu la peur de ma vie dans cette putain de grange et aujourd'hui il veut en rajouter. Il est à l'intérieur ?

Mal à l'aise, Romero bégaya :

- Torres vous a...

- Oh parce que ça ne vous a pas effleuré l'esprit ? Vous pensiez que ce sadique s'était allongé sur moi pour me dire bonjour ? Vous l'avez vu vous-même, votre ami.

Le regard de l'homme aux cheveux longs changea d'une manière terrifiante et il eut envie de fracasser tout ce qui se trouvait autour. "On n'est pas partis longtemps... ce con m'a encore menti" pensa t-il avec rage. Voyant que son regard faisait légèrement paniquer Tara, il calma au maximum son expression et ses propos et s'excusa de toutes les façons imaginables, précisant au passage qu'il n'était pas responsable des mauvaises pulsions de Luis et qu'il allait violemment le remettre dans le droit chemin s'il le fallait. Cependant il savait bien que ce n'était pas cela qui remonterait le moral de la jeune femme et il n'avait pas besoin d'être à sa place pour ça. L'acceptant avec mal, Tara repartit en vitesse avant qu'un des autres ne se pointe et l'aperçoive. Fulminant, Romero vit Tara disparaître derrière les herbes et serra les poings tout en pensant à son acolyte qui était resté chez eux sous son conseil.

Les Sons of Anarchy se pointèrent un quart d'heure après et la rencontre lui parut aussi éternelle et stérile qu'une journée passée à ne rien faire avec les siens. Il n'avait qu'une hâte, c'était de flanquer une raclée à son meilleur ami. Par chance, aucun sujet sensible ne fut étalé sur le tapis dans l'après-midi et Teller ne tenait également qu'à en finir. Ils prévirent encore deux rencontres dans les prochaines semaines mais uniquement entre chefs et à Charming. Les Sons se rendant à plusieurs en dehors de la ville éveillaient trop les soupçons du chérif alors que des bruits couraient de plus en plus sur "un certain cartel Galindo". Rentrant tard chez lui, Romero ne fut pas d'humeur à supporter une dispute et d'ailleurs, Luis manquait à l'appel. Il se promit de s'y coller le lendemain en pensant qu'il le chercherait toute la journée s'il le faudrait.

Chose jurée, chose faite. Le jour suivant, il passa des heures à téléphoner et harceler des connaissances pour retrouver son collègue mais y parvint et se mit en route.

Nero s'éternisait dans sa salle de bain en sachant que Luis devait lui rendre visite, il était toujours très long et avait donc laissé la porte d'entrée déverrouillée pour que son amant puisse entrer et se mettre à l'aise. D'ailleurs ce dernier l'attendait, arrivé depuis dix minutes. Cet appartement n'était pas grand mais avait l'air reposant et même si les voisins n'affluaient pas, il était resté discret en arrivant. L'attente fut longue à cause de l'impatience innée et des pensées maussades de Torres qui firent surgir sa mauvaise humeur malgré lui, et il pensa à l'instant tomber la personne qui s'était mise à tambouriner à la porte. Son poing le démangeant, il ouvrit méchamment la porte et pourtant fut le premier à prendre un coup, se retrouvant sur la moquette. Désorienté d'en recevoir une de la part de son commandant et pour rien, il afficha une mine d'incompréhension d'autant plus qu'il croyait que personne ne savait où il était, lui qui vivait tel un vagabond et changeait d'abris comme de chemises... Parada l'avait retrouvé en trouvant une des adresses de Nero.

- Tu peux me dire ce qui te prend ? Et puis comment tu m'as trouvé ?

Parada s'avança en gardant son allure menaçante.

- Fernando. Alors comme ça tu ne l'as pas touchée ?

- Bordel, de quoi tu parles ?

Torres tenta de se relever mais ce fut une erreur car il n'était qu'à la moitié de la hauteur de son ami lorsqu'il s'en prit une autre. Parada ne l'avait pas regardé ainsi depuis qu'il avait su qu'il s'en prenait aux femmes.

- Je te parle du docteur Knowles, puto. Je me disais bien qu'il s'était forcément passé quelque chose ce jour-là. Et en plus, tu oses la harceler ?!

Plaçant un bras devant son visage en se remettant debout une nouvelle fois, Luis s'attendit à une nouvelle attaque et perdit l'équilibre en voulant reculer.

- Non, attends...

- LA FERME ! Elle est venue me voir pour me parler d'un dahlia sur son palier, j'ai tout de suite su que ça venait de toi. Tu es un campagnard pure souche et je connais ta manie de t'attarder sur de la verdure dès que tu en vois.

Les yeux brillants, son collègue baissa la tête et fixa un coin sombre de la pièce.

- C'était juste pour m'excuser, Romeo.

- Les excuses ne servent à rien pour ça, tout le monde le sait. T'es complètement timbré, mon pauvre.

Il le releva de force mais se retint de le frapper à nouveau en voyant son regard maintenant noyé et perdu. De plus, il ne voulait en aucun cas que son meilleur ami ait peur de lui et c'était bien parti, celui-ci continuait de garder un bras devant lui par méfiance. Romero le lui abaissa doucement mais l'autre homme voulut le relever sur le champs.

- Romeo !

- Shht !

- J'ai déposé le dahlia et je suis reparti aussitôt, je te promets qu'on ne s'est même pas croisés, tu as ma parole.

- DU CALME !

Regrettant cruellement de lui avoir hurlé dessus, Romero lui posa une main ferme derrière la tête sans que son ami ne se calme et regarda sa lèvre légèrement ensanglantée. Il lui sembla que l'autre homme paniquait davantage alors il baissa d'un ton.

- Regarde-moi, Luis. Tu as intérêt à arrêter tes...

Sans pouvoir terminer sa phrase, il fut attiré en arrière par Nero qui fit son possible pour ne pas lever la main sur lui pour avoir battu l'homme qu'il aimait. De toute façon, il connaissait très bien ce genre d'amitié indestructible qui les liait tous les deux et savait que Parada aimait profondément son ami.

- Lâchez-le, Parada. Calmez-vous tous les deux.

L'homme en colère se dégagea et regarda Nero avant de grogner :

- Vous êtes bien ignorant, Padilla. Si vous saviez...

- Non !

Tandis que son collègue s'affola en le voyant sur le point de tout déballer, Romero changea d'avis et repartit sans un mot de plus envers qui que ce soit mais Luis frappa dans le mur une fois la porte refermée, ne cachant pas sa douleur autant physique que morale. Sans rien comprendre, Nero l'éloigna du mur et se demanda ce qui avait bien pu engendrer une telle scène entre eux. Un sujet sensible, c'était évident et Parada l'avait presque révélé. Il était impossible de parler à Luis sans qu'il ne s'énerve mais là, le sujet restait obscur.

- Viens là, inutile de maltraiter mon mur.

Nero l'attira à lui et dut le sommer de ne pas réitérer un tel coup, déjà que les voisins avaient du entendre leur querelle... Les larmes de Torres avaient fait place à une mine contrite et il respira un grand coup tout en ne se détachant plus de Nero qui essaya de parler d'autre chose.

- Je suis content que tu sois venu. Mais c'est dommage, j'avais bien fait gaffe à ne jamais révéler cet endroit aux autres. Va savoir comment tes amis l'ont découvert.

Il chercha de quelle manière il pourrait finir sur une note plus enjouée mais Torres parla avant qu'il ne puisse seulement y réfléchir.

- J'ai l'impression que mes problèmes m'épient partout où je vais, désolé pour Romeo.

- C'est rien, voyons. Si tu savais le nombre de disputes que j'ai pu avoir avec mes amis et ma famille... Vu ta réaction, j'imagine qu'il allait dire quelque chose de trop.

Il sentit Torres baisser la tête et devina qu'il ne répondrait pas mais garda un petit espoir. Néanmoins, il resta sans réponse concernant cet incident sur lequel Luis garda le silence tout l'après-midi, refroidissant tellement l'atmosphère entre eux que le maque lui proposa en début de soirée d'aller se dégourdir les jambes tous les deux pour penser à autre chose. Nero en profita pour lui faire visiter ses lieux favoris en ville ainsi que ceux qu'il valait mieux éviter de fréquenter seul ou même accompagné. Luis regretta de ne pas pouvoir aller plus loin lorsque Carlos lui passa un coup de fil. Le cartel avait besoin de lui et au moment où il prononça un "Il faut vraiment que j'y aille, à la prochaine" aussi timide que frustré à son amant après l'avoir prévenu, Nero lui attrapa les épaules par derrière et le retourna doucement. Il lui caressa la joue avant de l'entraîner dans la ruelle près de laquelle ils passaient et lui sourit, Luis s'interrogeant devant sa façon de le regarder.

- Nero ?

Le maque posa un doigt sur sa propre bouche avant de parcourir le long de celle de Torres et dit :

- Ne dis plus rien.

Luis sembla se poser une foule de questions et lui plaqua les mains sur la poitrine avant de regarder la rue où passaient les gens.

- On est en ville, Nero. Tu sais que même d'ici on peut nous voir ? Cette benne ne nous cache pas des masses.

- Je le sais.

Il approcha son visage du sien et souffla en souriant :

- Mais je m'en fiche parce que je suis fou de toi et que ton boulot te prend tout ton temps. En parlant de ça, il y a une chose qu'on n'a toujours pas faite tous les deux alors je veux t'avoir pour moi juste quelques minutes.

Sans lui laisser l'occasion de répondre, Nero lia ses lèvres à celles de Luis et les fit reculer contre le mur pour profiter du contact corporel. Il sentit Luis sourire contre ses lèvres avant que sa respiration ne s'accélère et qu'il ne lui rende son baiser avec plus de puissance et de domination. Inversant leurs positions et imposant la présence de sa langue à Nero, celui-ci l'accueillit avec une frénésie non contenue et ils se laissèrent aller comme des bêtes contre le mur durant plus de temps que Nero ne l'aurait espéré. La brusquerie de leurs attouchements et embrassades témoignait de l'absence de l'autre ressentie pendant si longtemps. "Voilà le Luis que j'ai connu" pensa Nero avec effervescence. Malheureusement pour eux, le téléphone de Torres retentit de nouveau et son interlocuteur sembla lui mettre la pression, cette fois.

- Dis-lui que t'es avec ton mec ! dit Nero.

Le regard de l'agent redevint sérieux mais il ricana avant de lancer à la personne dérangeante :

- Je n'y peux rien si ça n'avance pas, dis-toi que je suis dans un embouteillage et que j'arrive.

Il raccrocha en rouspétant contre son téléphone alors que Nero riait ouvertement en posant une main contre le mur.

- Tu déconnes, un embouteillage à Charming... elle est bien bonne. C'était qui ?

Luis haussa les sourcils et remit son téléphone dans sa poche.

- Romeo.

Le proxénète afficha un air autant amusé que surpris.

- Eh bien notre petite séance m'a extasié et je suis ravi de t'avoir revu mais... tu veux bien de moi à tes funérailles ?

- Arrête ! il ne va pas me tuer, enfin pas comme on l'imagine. Il va me secouer, c'est sûr.

Ils veillèrent à se ressaisir lorsque Nero affirma que le fait d'être secoué ne lui ferait pas de mal sur un certain point. Se faisant une idée, Luis en pensa de même et vit de moins en moins de monde qui passait devant la ruelle, ils se remirent en route et il surveilla son ton avant de demander à Nero :

- Tu veux savoir comment j'ai fini par oublier Rodrigo ? Enfin... en détails ?

Il pensa au départ que mentionner son ex ne plairait pas à Padilla mais au contraire, celui-ci l'encouragea.

- Oui, dis-moi.

- Je t'ai dit que j'avais envie de te revoir à force de l'oublier mais sans t'avoir dit comment. Je pensais à toi. Je n'avançais pas avec son image dans ma tête et j'ignorais au départ si ça voulait dire quelque chose, mais avec la nuit qu'on avait passée tous les deux, j'ai voulu remplacer son visage par le tien.

Il s'arrêta de marcher pour lui caresser la joue en ignorant les autres.

- Wow Luis ! tu as vite changé d'avis sur les passants... on n'est plus dans la ruelle. Oui, je t'écoute.

- Quand j'imaginais ça, son visage disparaissait et un jour, il ne m'est plus resté que le tien. Avec le temps, ça a fini par me faire du mal parce que je voulais te revoir et j'ignorais comment m'y prendre parce que j'avais quitté le Mexique. En plus, voyant comment je changeais physiquement, je me demandais si j'arriverais à te reconnaître si jamais je te recroisais, parce que c'est vrai que tu as changé aussi. Ça a fini par me torturer et j'ai commis des horreurs en voulant chercher une autre voie.

Les derniers mots mirent Nero à vif car il se demanda ce qu'il avait bien pu faire et qui méritait d'utiliser un tel mot, mais avant que l'agent ne s'en rende compte, il passa un doigt sur ses lèvres et lui posa un baiser sur le front. De toute façon, c'était probablement ce qu'avait voulu évoquer Romero et seul le silence lui répondrait en cas d'interrogation.

- Je pourrais essayer te faire oublier cette période même si j'en ignore les zones d'ombre, on verra.

- Je te l'ai dit, ces choses-là ne s'oublient pas. Le pire étant que je n'en ai pas fini, ça me prend encore des fois.

Préférant éviter d'installer un blanc entre eux, Nero l'embrassa chastement et le serra contre lui. Au bout des meilleures secondes de leur journée, Luis chuchota :

- Je donnerais tout pour pouvoir rester près de toi.

Nero lui renvoya également cet espoir et ils furent sur le point de se séparer lorsque le maque devint sérieux devant l'agressivité soudaine sur le visage de son amant.

- Tu veux ma photo, toi ?

Il suivit le regard de Luis qui n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'agresser un passant, sûrement à cause d'un simple regard, et leva les yeux au ciel. Un jeune Afro-Américain avec des tresses, vêtu d'un baggy et d'un maillot de l'équipe des Bulls de Chicago, s'arrêta les mains dans les poches et sourit innocemment.

- Hé m'sieur, on se calme.

- Luis, arrête ça ! calma Nero.

Le maque constata avec stupéfaction qu'il lui en fallait très peu pour s'énerver, son amant semblait très susceptible et le jeune homme se défendit à sa manière :

- J'ai pas de problème avec les gens comme vous mais je supporte pas les histoires, alors fais gaffe.

- Ah ouai ? T'étais en train de me fixer, petit connard.

Torres s'avança vers lui et Nero insista avec plus de colère, plaçant une main ferme sur sa poitrine.

- Luis ! fiche-lui la paix, ce n'est qu'un gamin.

- Je te fixais pas, je trouvais juste que vous aviez de sacrées burnes de vous exposer comme ça. Ce quartier est loin d'être calme.

Regrettant de s'être emballé, Luis grogna et lui présenta ses excuses.

- Dac, sans rancune.

Le plus jeune lui tendit d'ailleurs la main en signe de respect, continua ensuite sa route en solitaire et Nero décida de raccompagner son amant jusqu'à la planque avant qu'il ne fasse pire que provoquer une dispute. Ils retournèrent chez Padilla et ce dernier prit ses clés de voiture avant d'emmener Torres à destination.

Garés devant le lieu une demi-heure plus tard, Nero posa sa main droite sur la cuisse de Luis. Ce dernier avait gardé le silence pendant tout le trajet par honte de son emportement et eut du mal à regarder Nero dans les yeux. Il assuma néanmoins sa culpabilité et planta ses yeux dans ceux de l'autre homme.

- Il faut vraiment que tu te maîtrises avec un tel caractère. Je sais que tu es sur les nerfs en ce moment et c'est normal, mais ce n'est pas une raison pour attaquer tout le monde. La terre entière n'est pas ton ennemie, Luis.

- Je sais, oui.

Ils s'embrassèrent et Torres descendit contre sa volonté, regrettant déjà le départ de son amant.

Malgré son moment magique passé en compagnie de Nero, l'accrochage avec le garçon et l'engueulade de son chef dans l'après-midi avaient suffi à le dégoûter de la compagnie des siens et Luis se mit en tête d'aller dormir ailleurs. Il jeta un œil à la vieille maison où l'attendait sûrement Romero pour continuer ce qu'ils avaient commencé le jour même. Son cœur manqua un battement et il s'installa au volant de leur véhicule le plus discret au lieu d'entrer, en direction du premier endroit qui lui conviendrait. Il ne mit pas si longtemps à en trouver un mais s'éloigna suffisamment des siens en choisissant un petit motel en bord de route et dont l'enseigne était brisée. Il parla le moins possible au gérant et loua une chambre pour deux semaines au cas où. En se rendant à sa chambre, il décida tout de même qu'il passerait quelques jours chez les siens durant cette période afin que Romero ne s'imagine pas des choses à propos de lui. Une fois dans sa chambre, il ne chercha pas à faire le bilan de la pièce et verrouilla la porte. Enfin, il ôta lentement ses chaussures et s'allongea sur le grand lit avant de sombrer dans un monde où il se sentirait mieux.

Au matin, il eut à peine le temps d'ouvrir les yeux que son téléphone sonna, c'était Nero. Romero lui avait parlé de son absence et il aurait du s'attendre à ce que son amant lui avoue l'avoir raccompagné la veille. Les deux étant inquiets, Torres inventa une excuse et prétendit être allé boire au lieu de rentrer, s'étant retrouvé par la suite complètement ivre et endormi dans la voiture. Sachant que Nero n'était pas dupe et allait découvrir son mensonge, il coupa court à la discussion et raccrocha le plus vite possible en prenant soin de ne rien dévoiler sur sa position. Il s'en voulut d'avoir envoyé son amant balader mais il n'avait pas eu le choix car il souhaitait avoir la paix. Nero l'aurait questionné sur tout et rien et aurait voulu le voir. Sauf qu'en mentant à ses amis, il n'arrangeait pas son cas concernant les agressions sexuelles. Il se chaussa et sortit s'acheter un repas rapide au premier endroit qu'il apercevrait, évitant soigneusement de reprendre le moindre appel. Il se doutait bien que son meilleur ami devait être sur ses traces mais pas par inquiétude pour lui, plutôt pour d'éventuelles malchanceuses qui croiseraient sa route. Il ne lui en voulait pas sur ce point car il estima que sa conduite ambiguë avait du les faire paniquer. Il finit par trouver une station-service et acheta des réserves pour ses deux semaines, ne sachant pas combien de jours il repartirait chez les siens. Son regard se posta par hasard sur les revues diverses parfaitement rangées et en particulier sur les magazines gay et malgré la haine d'imaginer des regards inquisiteurs rivés sur lui alors que ce n'était pas le cas, il en choisit un qu'il connaissait très bien avant de passer en caisse.

Il évita de fixer la caissière mais celle-ci vit bien qu'il était mal à l'aise et chercha à le détendre.

- Si on en vend, ce n'est pas pour rien.

Il releva les yeux vers elle en haussant les sourcils, se demandant comment certaines personnes pouvaient aussi bien aborder les inconnus sans complexe. Lui ne niait pas avoir toujours été un peu timide.

- Mon bébé de quinze ans a découvert son homosexualité il y a deux mois de ça, alors je sais de quoi je parle. Le pauvre, il a eu du mal à m'en parler alors j'en lis beaucoup avec lui. Ça nous aide à mieux communiquer, tous les deux. Son père et moi sommes bisexuels alors on s'y connait un peu en la matière.

Elle lui avait chuchoté la dernière phrase même si personne ne leur prêtait attention. Pour conclure, elle lui fit un clin d'œil et réussit même à le faire sourire. Luis la trouva différente des autres femmes et se comporta correctement, la remerciant chaleureusement avant de repartir. Une fois au volant, il regarda son sac de provisions avec le magazine qui dépassait. "Hard Life" avait toujours été son favori, il le lisait depuis qu'il avait ressenti son premier sentiment amoureux envers un autre garçon. C'était aussi grâce à lui qu'il avait accepté sa condition, le menant à sa toute première relation. Excepté Rodrigo, Luis n'avait eu que Nero dans la vie et avec les parents qu'il avait eus, sa confiance en lui avait vite rechuté entre temps. En dehors, il était le mieux placé au monde pour parler de solitude. Il pesta tout à coup contre la fatigue en général en apercevant un panneau indiquant "Charming" à seulement deux kilomètres du motel où il s'était installé. "J'aurai juré m'être assez éloigné... ". Sa journée passa rapidement dans cette chambre où il s'ennuyait et il chercha à la ralentir le plus possible. Ne trouvant rien à faire à part lire, il décida de retourner voir son meilleur ami le jour suivant quitte à être interrogé à la manière mexicaine.

ooOOoo

Le lendemain, le shérif avait tellement dispersé d'hommes dans et autour de la ville que tous les rendez-vous avaient du être annulés. D'autres policiers en civils devaient surveiller les villes à proximité de Charming, à l'affût du moindre suspect. Pour résumer, pendant que les Sons faisaient semblant d'être d'honnêtes citoyens en travaillant au garage ou traînaient autour des employées de Nero, les membres de Galindo, de l'IRA et autres gangs extérieurs se faisaient oublier et ainsi la police ramait. Seuls les Niners paradaient en ville en jouant les caïds de seconde zone pour sauver les apparences et remplir leurs fonctions, et aussi un tant soit peu pour détourner la police de son objectif initial.

Du côté de Galindo, les hommes avaient décidé de passer les prochains jours à boire pour accélérer le temps et avaient pour ça fait le plein de bière et autres alcools, par précaution. Ils avaient en plus acheté plusieurs films pour se distraire étant donné qu'ils se méfiaient du pistage local d'Internet, ils n'avaient rien de mieux pour passer le temps en pleine campagne perdue. L'architecture de la maison et de la cour leur permettait de pouvoir mettre le nez dehors hors de vue de la route et ils en profitaient un maximum. Quant à Romero, il veillait à maintenir l'ordre parmi la meute avec Luis, qui était revenu le matin. Il restait aussi près de son ami pour le surveiller mais savait que cette finalité n'avait pas échappé à Torres. D'ailleurs, ce dernier s'exaspéra parce qu'il savait que la bouche de Parada regorgeait de questions sous lesquelles il voulait le noyer et qu'il n'avait encore rien demandé à propos de son escapade.

Après avoir pris une douche pendant laquelle il avait abandonné l'idée de harceler Luis, Romero pénétra dans sa chambre avec juste ses vêtements du bas, ou plutôt leur chambre car il s'agissait de la seule qui avait deux lits. Les autres avaient rouspété pour avoir leur intimité en prétextant que de toute façon, Romero et son lieutenant se connaissaient bien. Torse nu, il ouvrit le tiroir du haut de la commode, tout abîmé, et en sortit un débardeur blanc et une chemise pour finaliser son habillement mais dut se bagarrer avec le tiroir qui ne voulait pas se refermer.

- On va s'ennuyer pendant plusieurs jours.

Luis était allongé sur son lit, la tête contre son oreiller avec le nez dans un livre.

- Tu sais ce que c'est, tu viens de la campagne.

- Oui, ça ne s'oublie pas.

- Le hic, c'est qu'il n'y a pas grand chose à faire pour s'occuper ici et on ne peut pas mettre le nez dehors à cause des flics. Et une télé pour tous...

- Ouai, surtout avec ces primates.

Romero lui conseilla de rester discret avec ses insultes puis réussit enfin à fermer le tiroir qu'il n'hésita pas à insulter et analysa le silence un instant considérable. Il était rare que Luis reste silencieux en sa compagnie et il réalisa une chose toute bête. Une chambre commune... il s'en voulut d'avoir agi sans réfléchir et ne se demanda plus pourquoi aucun mot ne s'élevait dans la pièce, si ce n'était lui en train de mettre son débardeur en quatrième vitesse.

- Euh Lou... ne m'en veux pas si j'ose te poser la question, mais tu ne serais pas en train de me mater par hasard ?

Aucune réponse ne parvenant à ses oreilles, il tourna la tête et vit un sourire taquin et sournois sur le visage de son ami qui le fixait, son bouquin mis de côté et ses doigts croisées sur son torse.

- Ça va, t'es à l'aise ?

- Désolé, je n'ai pas pu m'en empêcher.

- Tsss...

Romero tourna de nouveau la tête vers la commode pour terminer de s'habiller.

- Tu sais, je suis content que tu sois sorti du placard mais évite ce genre de choses, surtout ici. Les gars tournent en rond et s'ils te voient me reluquer ou faire des choses louches, ils vont se poser des questions. Déjà, Fernando m'a dit qu'il te trouvait changé après ta petite fugue d'avant-hier.

- J'ai passé l'âge pour qu'on appelle ça une fugue.

Le visage de Torres se durcit.

- Les autres, je les emmerde. Et puis ce n'est pas comme s'ils allaient entrer dans la chambre...

Sans se retourner, l'homme aux cheveux longs haussa les sourcils et avant même qu'il n'ait pu lui demander de mesurer ses paroles ou de parler plus bas, il sentit son ami l'enlacer par derrière et le sentit caresser les tatouages de sa poitrine sous son débardeur avec délectation. Sidéré, il pensa à se retourner pour lui administrer une paire de claques afin de lui rappeler qu'il n'était pas son jouet ni un quelconque substitut sexuel.

- Torres ! moi aussi tu m'emmerdes. On ne peut pas... tu es casé avec Padilla alors pourquoi tu fais ça ?

- Je n'ai même pas le droit de le voir pendant plusieurs jours, putain. Il me manque et je n'ai pas pu le mettre au courant.

- Il doit le savoir. Ce n'est pas une raison pour jeter ton dévolu sur moi, je ne sers pas à le remplacer dès que tu as envie de tirer un coup.

Il n'arriva pas à trouver d'autres mots en sentant ses lèvres gourmandes dans son cou.

- T'es vraiment chiant.

Malgré son énervement croissant, il sentit son lieutenant continuer et l'entendit même rire.

- Je sais. Qu'est-ce que tu sens bon !

- Je pourrais être ton père vu mon âge, et physiquement je suis loin d'être un mannequin alors ne te sers pas de moi.

Torres fut tout à fait sérieux en lui susurrant à l'oreille :

- Ne vois pas les choses comme ça, Romeo. J'aime Nero mais je ne me sers pas de toi, pourquoi tu crois que je te tourne autour ? Tu n'as jamais pensé que j'aurai pu en pincer pour toi quand je t'ai avoué qui j'étais ?

- Avec mon physique, je ne me serai jamais posé la question. Mon apparence m'a toujours rendu volontairement solitaire.

Luis afficha une mine chagrinée en y songeant mais l'embrassa chastement dans le cou en lui remontant le moral à sa manière :

- Personnellement, je t'ai toujours trouvé attirant. Ça te choque ?

- Pas vraiment ! Comme on dit, tous les goûts sont dans la nature.

- Et tes goûts à toi, quels sont-ils ? Brunes ? Blondes ? Rousses ? Blanches ou de couleur ?

Devant sa curiosité soudaine, son ami tourna la tête en répondant simplement :

- Je n'ai jamais eu de préférence pour qui ou quoi que ce soit. Comme je viens de te le dire, tous les goûts...

- ... sont dans la nature, oui je te suis. Tu es en train de me dire que tu aimes autant les hommes que les femmes ? Intéressant !

- Oui mais on ne devrait même pas parler de ça, tu as quelqu'un dans ta vie alors profites-en.

"Tu es vraiment immature quand tu t'y mets" pensa Parada mais lorsqu'il y réfléchit, c'était ce qu'il adorait chez Luis. Ayant le début de la quarantaine et donc étant plus jeune, il avait forcément une façon de penser, d'agir et des envies différentes qui influaient autant dans leurs affaires que leur vie personnelle, ce qui n'était pas forcément une mauvaise chose. De plus, Torres se conduisait toujours de façon plus ou moins juvénile lorsqu'ils n'étaient que tous les deux. Il restait sérieux, bien sûr, mais se laissait aller de temps à autre. Le fil de pensées de Romero se coupa brusquement lorsque Torres passa ses mains sous son débardeur.

- Tu peux me dire ce que tu fous, là ?

- Je passe le temps. Depuis combien de temps tu ne l'as pas fait, dis-moi ?

Cette façon de creuser le sujet en lui posant une question pareille énerva son supérieur.

- Disons que si tu n'avais pas violé autant de femmes, on en serait sûrement au même point au niveau du nombre.

Luis fut quelque peu refroidi et éloigna sa tête en fronçant les sourcils.

- Ah bravo ! ça c'était facile, mon vieux.

- Quand on me cherche, on me trouve. Tu pelotes souvent tes amis pour passer le temps ?

- Je n'ai que toi comme ami et tu le sais.

- Peu importe, arrête et trouve-toi un passe-temps plus respectueux. Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le au moins pour ton mec. Si tu aimes Nero, ne joue pas l'infidèle et soit honnête envers lui. Il faudrait franchement que tu parles à quelqu'un de ce problème.

Les caresses accrues par Torres déstabilisèrent pour de bon la patience de Parada qui lui immobilisa les mains devant son buste, agaçant son ami qui soupira.

- Je l'aime, oui, mais à cause de qui je ne peux pas le voir ?

- C'est à cause du boulot... t'es en train d'insinuer que tu te venges sur moi ?

Réalisant qu'il allait une fois de plus trop loin, le plus jeune déglutit et répondit :

- Non. Je me suis un peu emballé, je ne cherchais pas à t'énerver.

Romero relâcha ses mains blanchies au niveau des poignets et finit par se tourner pour le regarder en face. Ce fut un acte irréfléchi car Luis était tout près et ne fut donc qu'à quelques centimètres de son visage. À se trouver aussi près de son boss pour un face-à-face, il devint nerveux à éterniser le contact visuel et n'osa plus bouger. Son cœur battit la chamade et son regard planté dans celui de son collègue, il manqua de faire une bêtise mais s'estima heureux que son ami ne le coupe dans ses pensées.

- Ose me regarder dans les yeux et me dire qu'il ne se passe rien entre tes jambes en ce moment.

Effectivement, Luis lui-même n'avait pas fait attention à ce détail et il baissa la tête en fronçant les sourcils. Il fit deux pas en arrière, embarrassé comme jamais.

- Il faut croire que je n'ai aucun moyen de m'en sortir.

Compatissant, Romero le vit vouloir sortir de la pièce mais le retint et lui posa les mains sur les épaules.

- C'est différent cette fois, je pense. D'après toi, ça vient de tes foutues pulsions ou de ton envie de voir Nero ?

Torres tenta de retenir ses larmes de rage et leva les yeux au plafond avant de s'exprimer franchement :

- Je n'ai qu'une envie là, c'est de le voir. Quand je suis avec lui, au moins, je n'ai pas forcément envie de m'envoyer en l'air. Il est comme toi, il me rend meilleur. J'aime Nero et je veux être avec lui. J'ai l'impression que quand on est tous les deux, j'arrive à me retenir de jouer les obsédés et de faire du mal aux autres, je dirai que sa présence m'arrache mon côté pernicieux.

Malgré le fait qu'il soupçonnait un petit quelque chose d'autre, son aîné souffla un grand coup et lui tapota doucement le cou avant de sourire.

- Eh ben mon frère, t'es carrément mordu.

Mordu ou non, son ami déprima de plus en plus au point que Parada ne le quitta même plus des yeux. Luis pouvait ressentir ou montrer son dégoût par rapport à ce qu'il faisait subir aux femmes, mais il n'en restait pas moins qu'il ne dominait pas ses pulsions.

ooOOoo

Deux jours plus tard, Nero gardait Abel au club et jouait avec lui pendant que Chuck veillait sur Thomas. Il caressa les cheveux blonds du petit et vit Parada franchir le portail d'entrée. Il lui demanda de rejoindre Chuck et parcourut le reste du chemin jusqu'au commandant. Il n'aimait pas du tout parler aux membres du cartel mais c'était différent avec lui, Parada était le meilleur ami de son amant et il éprouvait de la sympathie pour lui. Il se serrèrent la main respectueusement et Nero fit simple :

- Romero ! Si vous cherchez Jax, il n'est pas là. Ce n'est pas trop dangereux pour vous de vous exposer en pleine ville comme ça ?

- Je ne suis pas là pour parler à Teller mais pour vous voir, et je viens jusque là parce que je n'ai pas le choix.

Hormis Jax, un seul homme pouvait les relier tous les deux et le pousser à venir jusqu'ici, et cet homme n'était pas à ses côtés alors Nero se troubla.

- Luis ?

- Oui.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Il va bien ?

Parada passa sa langue devant ses dents et secoua la tête en haussant les épaules.

- Non ! Je ne ne vais pas vous mentir, il ne sait plus du tout où il en est depuis que vous avez ressassé votre fameux souvenir ensemble. Il est déconcentré, il s'en prend à des gens sans la moindre raison, se barre pendant des heures sans me dire ce qu'il a fait, et devient assez indiscret vous concernant tous les deux. Je crois qu'à force de s'en faire pour vous, il a peur de vous perdre du jour au lendemain et il est totalement démoralisé.

- Merde.

Nero se passa les mains derrière la tête et expira difficilement. En cet instant, il voulait le voir plus que jamais.

- Mais le pire reste pour moi, reprit Romero.

- C'est-à-dire ?

Voyant que Romero avait du mal à trouver les mots et balayait le moindre recoin de la cour, Nero l'entraîna loin des regards indiscrets. La caravane d'Unser fit très bien l'affaire, celui-ci étant parti avec Gemma.

- Alors ?

- Je crois que ça le tue d'être seul, sentimentalement parlant. Il profite tellement de vos moments ensemble qu'une fois que vous n'êtes plus là, il se renferme et déprime.

Cela fit du mal à Nero d'entendre ça. Il ne sut pas s'il devait se féliciter d'avoir retrouvé l'homme avec qui il voulait désormais partager sa vie, ou s'il devait justement se lyncher d'avoir placé des œillères entre lui et son boulot d'agent fédéral. Être infiltré dans un cartel était la chose la plus dangereuse qui soit et Luis devait marcher droit sans faire de sentiments.

- Il se fait du mal ? s'inquiéta le maque.

- Pas à lui mais aux autres... j'imagine qu'il ne vous a pas parlé du docteur Knowles ?

- Quoi, Tara ?

- Si ce n'est pas le cas, vous devriez le faire vous. Elle n'est pas la première et s'il n'a ni vous ni moi près de lui, elle ne sera pas la dernière non plus. Il a beau faire de son mieux pour se maîtriser mais la solitude le rend vraiment mauvais.

Sous le choc, Nero fronça les sourcils en pensant à ce que lui avait dit Teller.

- Merde ! alors Jax avait raison, il l'a agressée. Oh attendez... J'ai du mal entendre, vous dites que c'est un violeur en série ?

Le Mexicain prononça honnêtement un "oui" car Nero avait le droit de savoir.

- Nous sommes tous les deux les seuls à être au courant mais là n'est pas le principal problème. Est-ce que vous l'aimez ?

Nero regarda par la petite fenêtre, veillant à ce qu'ils soient seuls et répondit sans la moindre hésitation :

- Oui, je l'aime. Mais quel est le rapport entre vous, moi et les femmes ?

- J'adore Luis, on se connaît depuis de nombreuses années et c'est mon meilleur ami en plus d'être mon collègue. Il m'a appris pour son homosexualité il n'y a pas si longtemps et il était persuadé que j'aller le rejeter. Le problème c'est que quand il ne vous voit pas et qu'il a peur de faire une connerie avec une femme, il se jette sur moi et ne me demande pas franchement mon avis.

Sous la surprise, Nero pencha la tête en réfléchissant sur ça.

- Oui, vous avez bien entendu. J'ignore si c'est aussi pour combler le vide mais je vois parfaitement que c'est par pulsion sexuelle pour lui. Il a besoin de vous et moi je préfère éviter d'en arriver là avec lui parce que c'est mon ami et j'ai passé l'âge, surtout avec un homme. Ne me regardez pas comme ça, vous savez bien que ça n'a rien à voir avec de l'infidélité. Mais il me saute dessus comme je l'ai déjà vu le faire avec vous parce qu'il préfère cette connerie là à une autre bien plus grave. Il vous a déjà dit à quel point il en a bavé à cause de son père ?

Imaginant les pires agissements commis par son compagnon, le cœur de Nero s'accéléra.

- Euh... non. La nuit de notre rencontre, il est resté muet sur le sujet familial et défoncé comme j'étais, je ne me serai pas souvenu de grand chose. Il pleurait beaucoup à cause de son ex petit ami, ça je m'en souviens. Il a juste dit qu'il était parti et qu'ils ne pouvaient plus être ensemble, ça l'a complètement bouleversé. On n'a pas trop parlé d'ailleurs, si vous voyez ce que je veux dire. Je l'ai laissé faire ce qu'il voulait parce qu'il avait besoin de se laisser aller. Le lendemain, on s'est embrassés et il est reparti, même si j'ai toujours espéré le revoir.

Parada se retourna et jeta un œil sur le fusil de Wayne qui trônait dans un coin.

- Il se comporte de plusieurs façons avec moi, je ne vous apprends rien en disant qu'il lui arrive d'être un tantinet immature et inconscient.

- C'est vrai.

Nero en sourit, c'était une des particularités qu'il aimait le plus chez Torres.

- Je suis plus vieux que lui, il pourrait être mon fils. En dehors des femmes, je pense qu'il est comme ça avec moi pour équilibrer le fait que son père ne l'ait pas accepté tel qu'il est et que moi oui. Mais je crois qu'il y voit en même temps une occasion de donner libre cours à ses instincts pour compenser votre absence. Luis est quelqu'un qui a très peur d'être seul, il ne me l'a jamais dit mais je l'ai remarqué il y a longtemps.

Ils s'assirent sur le petit canapé en évitant de se regarder et restèrent sans rien dire un moment. Le maque fut quelque peu énervé, autant par les agissements de son amant que par ce qui avait bien pu lui arriver dans sa jeunesse et qui l'avait rendu ainsi.

- Je n'en reviens pas qu'il s'en prenne à des innocentes.

- Ecoutez, il s'en veut assez alors ne lui rajoutez pas le poids de vos reproches sur les épaules, il a assez avec les miens. Quand son père a appris pour lui, il l'a passé à tabac.

- C'est pas vrai ?!

Nero serra les poings, sur le point de tout envoyer dans le décors.

- Après ça, il a essayé de renier le fait d'être gay en voulant s'intéresser aux femmes mais il n'y est pas arrivé. D'après lui, un jour, il a fini par s'énerver et... ça me gêne de vous dire ça mais il a découvert qu'en les forçant, ça pouvait le faire bander. Tout ça, c'est à cause de son père.

Choqué à l'extrême, les pensées de Nero dévièrent cette fois sur le père de Luis contre qui il eut des envies de meurtre.

- Il vous a dit tout ça ? demanda Nero.

- Oui, il y a pas mal de jours. Quand je suis arrivé à temps pour en arracher une de ses griffes et qu'il avait carrément kidnappée, cette fois.

Cette fois, Nero ne retint pas un hoquet sous le choc.

- Seigneur ! la pauvre.

- Je lui ai parlé et j'ai pu le calmer, après on a libéré cette femme. C'était une immigrée en fuite alors je lui ai donné de quoi tenir un peu en mangeant. Il a eu de la chance, comme il l'a assommée elle ne s'est souvenue de rien le concernant.

- Mais il ne l'a pas...

- Non, il n'a pas eu le temps.

Nero, les larmes aux yeux, se tourna et frappa dans le placard de Wayne en sentant l'énervement le submerger. Cela faisait beaucoup à encaisser en quelques minutes et il sentit Romero poser une main assez brusque sur son épaule, mais qui pourtant se dénuait de toute rudesse. L'habitude de la vie au milieu du cartel, sans doute.

- Tenez le coup, mon vieux. C'est pour toutes ces femmes que c'est dur.

Inquiet comme énervé, Nero s'agitait dans tous les sens.

- Il faut que je le vois, je dois le voir à tout prix.

- Calmez-vous, ça va être impossible pendant une bonne semaine au moins.

Le désespoir se lut sur le visage du proxénète et il demanda au fédéral de se justifier.

- On doit tous se tenir à carreau et éviter de s'approcher le temps que les flics baissent la garde, d'ailleurs il s'inquiète de ne pas avoir pu vous tenir au courant alors je lui dirai que je l'ai fait. Je sais que ça va être difficile pour vous deux mais vous allez devoir vous y tenir, Luis est déjà au parfum alors je ne vous raconte pas... en attendant, je vais le surveiller.

- Le surveiller ? répéta Nero.

- Bien sûr, je n'ai pas le choix. Il a besoin de quelqu'un. Qu'est-ce que vous croyez qu'il ferait si on venait à s'engueuler ? Il se barrerait et après en ne le voyant plus je pense que...

Nero se plia en deux tellement ce fut dur à avaler pour lui.

- Mais c'est maladif, putain... Alors il n'assume toujours pas qui il est puisqu'il continue de faire ça, hein ?

Parada hocha la tête et avant de repartir, lui posa doucement une main sur l'épaule et lui promit de garder son ami à l'œil. Malheureusement pour Nero, il passa ensuite un très mauvais moment à gamberger sur leur relation, tellement instable que l'homme qu'il aimait en devenait dingue. Il sortit de la caravane et resta prendre l'air avant de retourner près des enfants à qui Chuck avait fait faire leur sieste. Soulagé, il l'en remercia et courut s'isoler une bonne heure. Il voulait envoyer des tonnes et des tonnes de messages à Torres mais ignorait si les lignes étaient surveillées ou non, donc il attendit que le temps passe.

Le lendemain, la chance lui sourit enfin lorsque l'effectif des policiers diminua considérablement dans les rues de Charming, ainsi les messages fusèrent pour son amant. Peut-être même un peu trop car celui-ci arrêta de lui répondre dès que le sujet principal fut orienté vers la visite de Parada la veille, précisant qu'il avait été assez bavard. Rien de grave selon Torres mais voyant que l'homme aux cheveux longs ne le lâchait pas d'une semelle, il n'envisagea qu'une possibilité.

à suivre...