Motel Harlington
N'en pouvant plus d'être sans arrêt épié par son collègue, étrangement interrogé par Nero dans ses messages et entouré de bandits, Torres était retourné dans la chambre du motel isolé après leur avoir faussé compagnie. Il appréciait l'isolement et la tranquillité de cet endroit. Il les avait feintés en faisant mine d'aller finir de travailler sur la voiture et au risque d'être harcelé au téléphone ensuite. Seul Nero réussit à le retrouver miraculeusement, se pointant à la porte de la sixième et dernière chambre. Effaré bien qu'agréablement surpris, Luis vérifia derrière le dos du maque pour voir s'il était seul.
- Il n'y a personne d'autre.
- Comment tu m'as trouvé ? J'ai passé des heures à tourner en rond pour semer la moindre voiture et...
- ... et moi j'ai passé des heures à tourner en rond pour te suivre, bébé. Il a fallu que j'approche de votre baraque pour attendre que tu sortes seul. Et puis, on n'est pas loin de Charming.
Frissonnant depuis la prononciation de ce surnom qui remontait à très loin, Torres le laissa entrer non sans regarder une dernière fois à l'extérieur, puis referma.
- C'est plutôt joli, ici.
- C'est surtout tranquille.
La chambre était très meublée pour un motel, le mur de bois clair et la moquette verte donnant un aspect élégant et un lit de deux places trônait contre le mur droit de la pièce avec des draps moins modernes que le reste. Juste dans le fond, derrière le lit, une vieille baie vitrée avec le store à peine descendu donnait sur une prairie ensablée digne de la réputation de la région. La médiocrité du double vitrage, en revanche, rendait la chaleur du soleil aussi douce au départ que lourde par la suite.
- Personne d'autre ne sait que tu es ici, tu peux rester zen. J'ai fait attention à ne pas être suivi.
Luis délaissa enfin la porte mais n'en fut pas rassuré pour autant.
- Je n'en suis pas si sûr que toi. Si tu m'as trouvé, les autres le pourront aussi.
- Je te répète que je t'ai suivi, et je n'ai vu personne sortir de la cour pour regarder ta voiture partir. En plus, ce serait dommage pour nous.
- Je disais surtout ça par rapport à Romeo, il a tendance à beaucoup me coller au train en ce moment.
"Tu m'étonnes, il a bien raison" pensa Nero.
Des froissures sur le lit face à la baie vitrée indiquèrent à Nero que l'autre homme était assis avant son arrivée et pour preuve, il se rassit au même endroit. Le visage devant la fenêtre avec le soleil en pleine figure.
- En dehors de ton boulot, comment tu vas ?
À l'évidence, Torres s'était attendu à sa curiosité puisqu'il répondit en vitesse, de façon banale et évasive.
- Ça va, et toi ?
- J'en avais marre de ne plus te voir, ou plutôt de te voir uniquement entouré de tes potes qui me regardent de travers.
- Pas tous.
- Je sais... Romeo ! c'est vraiment quelqu'un, ton pote.
- C'est vrai ! sourit Torres.
Nero s'adossa au mur du fond malgré le faible écart entre la fenêtre et le lit, puis savoura le soleil qui perçait à travers la fenêtre afin de le laisser caresser son visage.
- Attention à toi, tu ne devrais pas tarder à avoir mal à la tête si tu restes au soleil comme ça.
- Ah bon ?
Luis s'expliqua et Nero jeta un œil rapide à la fenêtre :
- J'ai fait exactement la même chose que toi le lendemain de la location et ça n'a pas perdu de temps. Ça m'a donné une bonne excuse pour m'endormir, au moins ça m'a fait du bien.
Devant un tel sourire, Nero lui caressa la joue avec tendresse et ajouta :
- Ça fait aussi du bien de voir un rayon de soleil sur ton visage.
Hésitant, son amant lui déposa un baiser sur la main et s'enquit :
- Au sens propre ou figuré ?
Nero s'abaissa à sa hauteur pour continuer.
- Je dirai les deux.
Ils ne décrochèrent plus leur regard l'un de l'autre, songeant que cette fois ils étaient seuls sans personne pour crier ou pour les interrompre. Nero ne ressentit qu'une seule envie sur l'instant et se retenir lui fut insupportable.
- Qu'est-ce que ça te ferait si je t'embrassais maintenant ?
Luis releva les yeux vers lui, sérieux :
- Ça ferait que je ne répondrais plus de rien.
Pour répondre au regard interrogatif de Nero, il lui adressa une mine très explicite.
- Alors une petite provocation physique et le beau brun n'est plus responsable de ses actes ? Je demande à voir.
Encouragé sur sa lancée, Nero lui saisit la main pour le relever du lit et l'attira à lui. Ils restèrent un moment à quelques centimètres du visage de l'autre, mélangeant leurs respirations et se caressant. Tandis que Luis reluquait les lèvres de Nero sans cligner des yeux, son amant lui caressait le visage dans les moindres recoins.
- Tu m'as vraiment manqué, Luis. Et je ne parle pas seulement de ces derniers jours.
Les pupilles dilatées quittèrent enfin l'antre buccale du proxénète pour partager son regard et Torres songea à leur première nuit.
- Je te retourne le compliment, tu m'as manqué aussi. J'ai passé mon temps à regretter d'être parti le lendemain, après je ne savais plus quoi faire. Je n'avais plus personne.
Il attira doucement son visage au sien et captura ses lèvres, les gardant tendrement mais fermement jusqu'à en sentir l'ouverture. Depuis leur baiser dans la ruelle, les deux hommes n'avaient eu de cesse de vouloir reproduire ce moment et cette opportunité arrivée les mena là où ils avaient le plus envie d'arriver. Nero sentit la chaleur du soleil se poser sur son amant et malgré cette douceur, il garda en tête l'avertissement de Torres et baissa à moitié le store de droite, qui avait le plus d'impact dans la pièce. Une fois plus à l'ombre, Luis sentit Nero déboutonner sa chemise et le fit s'allonger sur le lit avant de passer au-dessus. Caressant son torse sous le tissu et plaquant la paume de sa main sur la cicatrice de Nero, Torres délaissa les lèvres qu'il aimaient pour sentir la peau de son cou, ainsi que la gorge et la clavicule. Sous les gémissements du maque, il sut que cette zone était toujours aussi érogène chez lui et continua avec insistance, retirant sa chemise après avoir senti tous les boutons être enlevés. Redressant Nero pendant qu'il s'attaquait au tissu encombrant son buste tatoué, il sentit le bas de son dos le brûler légèrement à cause du soleil et insulta l'astre.
- L'erreur est humaine ! plaisanta l'aîné.
Son compagnon dut se relever et Nero se décala contre le mur, savourant au moins une meilleure position ainsi que le confort du traversin et de l'oreiller derrière son dos. Ses mains attrapèrent les deux autres et il accueillit avec un sourire langoureux l'homme qui se posa à califourchon sur ses cuisses. Plaquant envieusement ses lèvres sur les siennes, Luis n'attendit pas avant d'introduire sa langue dans la bouche de Nero et chacun profita longtemps du contact humide. Lorsqu'ils se détachèrent par manque d'air, Luis grogna à cause de l'étroitesse de son pantalon imputable à son érection et aux mains de Nero sur ses cuisses. Ce dernier l'attira à lui, sentit la respiration de Torres s'accélérer dans son cou et entreprit de caresser les frissons qu'il sentaient sur son torse, dus aux frottements de plus en plus durs entre leurs poitrines dénudées. Les images de leur fameuse nuit qui avait un temps rendu le moral à Luis disparurent, remplacées par ce moment et il se laissa porter sur un nuage... jusqu'à ce que de simples mots ne brisent leur tendre moment.
- Je t'en prie, tu veux bien me dire pour Tara ?
Une façon radicale malgré lui de couper court à tout romantisme en cet instant. C'était sorti tout seul, il n'avait pas pu s'empêcher d'en parler. Luis recula tout doucement pour vérifier qu'il avait bien entendu et son regard changea. Ni colère ni tristesse, juste de l'incompréhension venant du fait que Nero ne parle de la jeune femme.
- Romero est venu jusqu'en ville pour me parler, ça je te l'ai dit. Mais ce que je ne t'ai pas dit, c'est qu'il m'a révélé pas mal de choses très inquiétantes à ton sujet.
Torres inspira difficilement, ferma les yeux et plaqua doucement son front contre le mur en priant intérieurement de réussir à garder son calme. Il n'en voulut pas à Nero car après tout, étant son amant, il ne devait rien lui cacher et particulièrement si cela risquait d'avoir des conséquences sur leur confiance mutuelle. La chevelure de Nero dans son cou frôla ses frissons et ses pensées se bousculèrent alors que le maque posa doucement ses mains sur ses hanches.
- S'il te plait, je veux seulement que tu te libères. Jax sait qu'il s'est passé quelque chose mais vu que Tara ne lui en parle pas, il pense sans arrêt à toi de la pire façon et il finira par agir. Quant à moi, le connaissant, je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose s'il vient à en avoir la confirmation.
Son amant n'avait pas écarté son front du mur tellement il avait peur de voir Nero le regarder avec une seule lueur de mépris ou de colère. Il se mit à trembler mais fit tout pour se retenir, ce qui ne fit qu'accentuer les choses et il se rendit compte que ses yeux commençaient à pleurer. Il tenta de retenir ses larmes mais l'une d'elles tomba dans le cou de son compagnon et le fit réagir.
- Regarde-moi, Luis. Allez !
Torres obéit lentement et Nero décela dans ses yeux brillants la réponse à ses tourments. Néanmoins, il voulait l'entendre de sa propre bouche, une vérité avouée était toujours un grand pas pour lui.
- Je t'aime toujours, je veux seulement que tu enlèves ce poids de tes épaules même si ça te fait du mal d'en parler. Tara est mon amie et si tu l'as blessée, tu dois me le dire.
Son homme fronça les sourcils pour se forcer à rester neutre et serra les poings parce que le sérieux de Nero le mettait mal à l'aise.
- Je...
Il souffla un grand coup et le maque perdit son regard à côté de lui sachant que c'était ce qui le rendait nerveux.
- Je ne l'ai pas violée de la façon que tu le penses.
Son amant le regarda de nouveau, l'air confus.
- Mais il s'est bien passé quelque chose sinon tu ne serais pas dans cet état, bébé.
- Disons que je l'ai caressée à certains endroits, embrassée aussi. Rien d'autre, j'ai voulu me la faire mais elle a réussi à m'arrêter. J'ai fini comme un con à chialer comme une fillette, alors je n'ai pas été jusqu'au bout et il a fallu que je me finisse à la main, je ne voulais pas lui faire de mal. Quand je l'ai vue tenter de s'enfuir, je n'ai pas pu m'en empêcher.
Nero inspira très fort, appréhendant le reste qu'il n'avait plus envie d'entendre mais comme il l'avait prédit, l'agent semblait s'être soulagé d'un poids évident. Nero lui montra du doigt une certaine partie de son corps et Torres hocha la tête.
- Embrassée ? Alors pour résumer, tu t'es astiqué sur elle en l'embrassant et en la touchant ? Wow !
Nero, les joues cramoisies, se passa la main de la mâchoire au menton en haussant gravement les sourcils. "Tara, si tu savais comme je suis navré" pensa t-il.
- Bon sang, il vaudrait mieux que Jax n'apprenne jamais ça.
- Il connaît une partie de la vérité comme tout le monde, j'emballais sa femme de force quand ils sont tous revenus. Je pensais tellement à ce que je venais de ressentir entre mes jambes que je ne me suis rendu compte de rien.
- Oh putain...
- Ouai ! maintenant, tout le monde la ferme mais dans les consciences, je suis le violeur attitré.
- Ne dis pas ça.
Nero avait bien vu le dégoût que son compagnon s'était lui-même provoqué en parlant ainsi.
- Et pour ta gouverne, pleurer fait de toi un être humain et non une fillette. Elle a réveillé ta conscience, ça prouve que tu n'es pas quelqu'un de mauvais et qu'au fond de toi, tu n'en avais pas envie. Si Jax le sait, c'est sans en être sûr et c'est déjà ça.
Moyennement soulagé, Nero n'en fut pas moins chamboulé et serra Luis contre lui, mais son compagnon hésita sur l'interprétation qu'il devait donner à ce contact. Était-ce un dernier ? Un adieu ? Il se maudit un moment d'avoir parlé, maudissant également son père au passage et plus encore, se maudissant lui-même d'être ce qu'il était. Incapable d'assumer pleinement son homosexualité, il en faisait beaucoup de mal et il devrait porter ce fardeau sur ses épaules pour le restant de sa vie. Il eut même aussitôt l'envie de voir Tara pour s'excuser, quitte à prendre une balle de la part de Teller une fois sa confession faite. Ses pensées s'interrompirent quand la main de son amant se promena dans son cou avant que ne résonne sa voix.
- Ça n'a rien changé pour toi de m'en parler ? demanda Nero.
La mine lasse, Torres assuma ce qu'il pensait bientôt devoir supporter : la solitude. "Après tout, j'en ai l'habitude" pensa t-il.
- Avec ce que je vois dans tes yeux maintenant, non.
Il se dégagea, se releva et balança en voyant que Nero allait se relever pour le suivre :
- Je vais seulement prendre l'air, Nero.
Il sembla décidé et allait remettre sa chemise mais Nero s'y opposa fermement.
- Hors de question que je te laisse tout seul.
- Je crois entendre Parada. Je ne suis pas suicidaire, monsieur le maque. Et au cas où tu t'en ferais pour une pauvre femme qui aurait le malheur de croiser ma route, je vais justement là où il n'y a personne à croiser. Oh ! suis-je débile, il n'y a personne autour de ce motel perdu. Regarde un peu le décor, on se croirait dans "Psychose".
- Pas la peine de partir au quart de tour, je n'ai jamais dit que tu allais faire quelque chose de mal. Soit dit en passant, la psychose, elle est dans ta tête. J'ai confiance en toi, Luis.
- Tu ne devrais pas.
Padilla, qui s'était décalé jusqu'au bord du lit, se leva et le força à le regarder dans les yeux. Il vit non pas un air blasé sur le visage de l'autre homme mais plutôt un fort découragement. "Comment lui faire comprendre qu'il n'est pas une erreur de la nature ?" se demanda Nero. Il parcourut le peu d'espace qui les séparait et enlaça doucement Torres, masquant son visage dépeignant le regret, l'abandon et un désir naissant.
- Je t'aime, ce qui ne m'empêche pas de croire qu'en tant qu'être humain, tu as tes faiblesses. J'en ai aussi et tout le monde en a, mais quand on cède à ce type de faiblesses, c'est qu'on se croit seul au monde et tu ne l'es pas. Je ne te laisserai pas seul, on est d'accord ?
Le fédéral fut incapable de lui répondre, se contentant de serrer son amant avec encore plus de chaleur.
- J'essaierai de parler à Tara pour voir si je peux faire quelque chose.
S'imageant le visage de celle qu'il avait salie, l'agent resta calme.
- Si quelqu'un doit lui parler, ça devrait plutôt être moi.
- Surtout pas, Luis. Promets-moi que tu ne t'approcheras pas d'elle, ça ne ferait qu'envenimer les choses.
Son amant accepta et lui fit cette promesse bancale malgré sa mine renfrognée et masquée. Le regard sérieux, Nero déposa un baiser sur ses lèvres et ajouta :
- En attendant, on va laisser faire les choses par elles-mêmes.
Luis voulut réagir à ces mots peu revigorants mais le maque serra plus sa prise pour le dissuader de s'en mêler. Il le ramena vers le lit et l'allongea avant de parcourir son torse du bout des doigts en l'embrassant. Luis, bien que mal à l'aise les premières secondes à cause de son mauvais caractère ressorti, finit par se détendre et laissa son compagnon déboutonner son pantalon. Constatant avec stupéfaction que son érection était toujours présente, Luis fut heureux de ne pas être sorti car avec la tension suivant leur froid, la première inconnue autour du motel - ou même le premier - aurait fait l'affaire. Il se fit peur à lui-même en pensant être même prêt à forcer un homme et Nero vit son regard changer.
- Tu vas bien ?
Il sursauta et joua franc-jeu.
- Oui bébé, tout va bien. J'ai un peu... pensé de travers.
Préférant éviter d'aborder ça tous les deux, ils s'embrassèrent à nouveau et Torres renversa Nero sur le dos pour le dominer, le forçant à encaisser les sauvages baisers qui lui furent donnés par la suite. À en juger par la brutalité inconsciente de son amant, Nero fut soulagé d'avoir pu l'empêcher de sortir. Les contacts étaient aussi puissants que l'excitation entre ses jambes et il n'aurait jamais tenu en croisant une seule personne dehors. "C'est effrayant d'y penser mais s'il était passé à l'acte, il ne se serait même pas soucié d'être surpris par une tierce personne avec une telle agressivité. C'est pire qu'une maladie... " pensa Padilla. Il se reprit en sentant les lèvres gourmandes de Torres rejoindre son boxer que ses mains ne tardèrent pas à faire disparaître, libérant son érection vite saisie. Luis masturba Nero en embrassant son torse, plus particulièrement la cicatrice au niveau du cœur.
- Tu as une furieuse envie, ma parole.
Ce dernier releva les yeux avec un sourire qui en dit long pour Nero et revint vers ses lèvres pour l'embrasser brutalement, susurrant près de ses lèvres entre deux légères morsures :
- Mon envie, c'est de te bouffer jusqu'à l'os.
- Ouai... à mon tour là, sens propre ou figuré ?
Luis recula et tira avec puissance sur les jambes de Nero avant de le plaquer totalement sur le dos de façon bestiale et répondit :
- Figuré, monsieur le maque.
Il se rua sur ses lèvres en ôtant son propre pantalon pour exhiber son envie.
- C'est dingue ce que j'ai envie de toi... je n'en reviens pas qu'on n'ait toujours rien fait depuis qu'on s'est revus.
Emporté par l'extase, Luis s'arrêta et réalisa que la faute était sienne, évidemment.
- Laisse.
- Nero, je...
- Passe à autre chose, bébé ! coupa Nero.
Le maque attira le visage de son amant près du sien et l'embrassa chastement.
- C'est juste qu'être avec toi me fait oublier tout le reste, mes débordements compris.
- Ça vaut mieux, non ? On est là tous les deux et c'est tout ce qui compte. On va faire exactement ce qu'il faut pour toi, on va rester là et oublier l'extérieur.
Le regard et les sens embrasés, Torres l'embrassa avec ardeur et sentit son érection toucher celle de Nero. Entendre ce dernier gémir en prononçant son prénom lui donna une envie instantanée et qu'il n'avait pas eue le soir de leur rencontre. S'abaissant, il lui humidifia le buste de ses lèvres et sa langue et caressa sa cicatrice avec douceur, marque qu'il n'avait pas encore à l'époque. Il descendit encore plus bas et empoigna le sexe de Nero avant de le sucer sur toute sa longueur avec un désir presque palpable. Déglutissant, Nero se cambra sous le délice et s'empêcha de bouger, il gémissait mais ne prononça plus un mot de peur de ficher en l'air cet intense moment de plaisir. La douce torture dura encore un moment, entre ceux où Luis remplaçait sa bouche par ses mains pour remonter s'occuper de ses lèvres et ensuite recommencer.
- On ne va pas rendre les choses aussi faciles, hein ! sourit Torres.
Nero lui rendit son sourire et l'allongea sur lui en lui faisant savourer le même plaisir, allant et venant sur le membre de son amant pendant que leurs langues se battaient avec une ferveur grandissante.
- Non, ce serait trop court.
Nero suivit tout à coup le regard du fédéral qui s'était posé sur la fenêtre.
- Un problème ?
- Ben en fait, je n'arrête pas de me dire qu'on aurait l'air de deux gros pervers si quelqu'un venait à passer derrière la fenêtre.
Nero s'esclaffa.
- Tu sais, on ne serait pas plus pervers que celui ou celle qui s'attarderait à nous mater de dehors. Il n'y a rien de pervers à montrer à mon homme que je l'aime. On ne va pas fermer totalement les stores à cause de ça parce que j'ai envie de voir ton beau visage et parce qu'on est dans notre chambre, là où les gens n'ont pas à regarder. Et puis c'est l'arrière du motel, qu'est-ce qu'ils iraient y faire ?
- Plein de choses. Passer un coup de fil, s'envoyer en l'air contre le mur de bois chaud, se battre, tirer encore un coup...
- Ah carrément, toi. C'est bon, j'ai compris ton idée. On verra ça la prochaine fois, va.
Luis serra les lèvres avant de simuler l'innocence en s'exclamant :
- Je n'ai rien dit de tel.
- Fous-toi de moi, c'est ça.
- Wow... ma queue, Nero !
Le proxénète venait d'y exercer une pression suffisante pour être qualifiée de désagréable et fut enfin remplacée par une caresse plus douce avant que Nero ne dise :
- Songes-y la prochaine fois, ça t'apprendra à me mentir.
- Je ne t'ai pas... OUH !
- Attention bébé.
- Tu vas voir, toi.
Luis se lécha la lèvre et fit un moulinet du doigt, que Nero interpréta parfaitement bien avant de se tourner pour se mettre sur le ventre. Il demanda tout de même en espérant que Torres serait gentil :
- Ok ! je vais le payer cher, c'est ça ?
- Pas si tu te rattrapes à temps, chéri. Si tu veux que ceux-là te donnent un coup de pouce, tu sais quoi dire.
Il lui exposa ses doigts devant la figure.
- Mais tu n'avais qu'à pas mentir...
- Mauvais début, monsieur Padilla.
Pour montrer qu'il ne plaisantait pas sur le sujet, d'autant plus que son envie devenait douloureuse, Luis colla son pénis au bord de l'antre de Nero et ce dernier s'agita.
- D'accord, d'accord bébé. Je suis vraiment désolé.
- Ben voilà, c'était pas compliqué.
- Tortionnaire.
Luis se plaça sur le dos de Nero et l'embrassa dans le cou avant de lui fourrer deux doigts dans la bouche, caressant sa langue à l'intérieur autant qu'elle les mouillaient. Il finit par les enlever pour les changer d'endroit et déposa un doux baiser sur le dos de Nero avant de laisser ses doigts faire le début du travail. Padilla grogna sous cette présence mais se résigna vite et accueillit le deuxième sans broncher, sans doute que les mots doux à son oreille y étaient pour quelque chose. Il mit une main en arrière sur la nuque de son amant et affirma être prêt, Luis concluant par un baiser et pénétrant doucement son anus. La préparation avait été suffisante et il commença à effectuer ses va-et-vient dans le corps de l'homme qu'il aimait en le caressant suavement. Exprimant son plaisir par tous les moyens, Padilla l'encouragea à continuer même en sentant le contact être de plus en plus douloureux. Cela faisait partie de lui, Luis ne serait pas resté un ange longtemps et de toute façon, Nero l'adorait comme ça. Comme il l'avait connu.
- Nero...
Ce dernier fut en extase d'entendre Luis gémir son prénom en cet instant, rendant le moment encore plus chaud que la température extérieure. Le dominant devint plus brutal et chercha à aller de plus en plus loin dans le corps qui lui était offert. Passant une main sous Nero pour lui malaxer la hampe, il lui mordit le cou et entendit son amant grogner. La respiration de Torres s'accéléra tellement qu'il eut l'impression que son cœur allait exploser dans sa poitrine. Il finit par presser durement les épaules de Nero en se sentant jouir en lui. Son amant gémit et enfonça ses doigts dans le matelas en savourant le contact de la semence qui se déversa en lui. Il écouta le plus jeune reprendre sa respiration, attendant qu'il se dégage avant de se retourner.
- Ça t'a secoué aussi, on dirait ! sourit Nero.
- Tu m'étonnes, depuis le temps que je n'avais pas fait ça avec un homme...
Le regard de Torres se fit très tendre et il lui caressa le torse.
- Tu étais le dernier autrefois et tu le seras encore maintenant.
Il se pencha, embrassa suavement Nero en s'occupant de lui et ce dernier l'attira totalement sur son corps, plus excité par l'entièreté de la présence physique de Torres sur lui et lui souleva une cuisse qu'il fit remonter le long de son propre corps. Torres gémit dans sa bouche et accéléra ses mouvements de main avant de sentir Nero éjaculer entre eux. Ils sentirent le sperme filer entre eux alors qu'ils s'étreignirent sans séparer leurs lèvres. Caressant son visage barbu, Luis regarda Nero et sourit en se perdant dans ses pensées.
- C'est en partie ce qui fait que je ne t'ai pas reconnu quand on s'est revus, ta barbe. Ça te va bien.
- Tu sais, ce n'est que du laisser-aller.
- Un très beau laisser-aller.
- Merci. Toi aussi, tu as été gâté par les années et le changement.
Il arrêta de parler pour écouter la respiration de Torres redevenir plus régulière et se décala pour l'allonger à côté de lui. Ils passèrent quelques secondes magiques à se regarder dans les yeux, impossible de s'en défaire au point de faire craquer Nero.
- Si tu savais comme je t'aime.
Suite à ces mots, Torres déglutit et releva la tête avec les yeux presque humides. Il semblait devenu muet mais Nero sut ce qui le tracassait et lui caressa la lèvre en tentant de le rassurer.
- Shht... je sais, ne t'en fais pas. Tu as tout le temps, bébé.
Néanmoins perturbé, Luis l'embrassa en gardant un visage aussi neutre que possible. Il n'avait pas prévu d'entendre exprimer aussi vite les sentiments de Nero et se sentait idiot maintenant. Mais autant épuisé que lui, Luis se leva sans envie et baissa le store pour boucher la vue extérieure avant de se rallonger auprès de son amant. Il disposa le drap sur eux et ils parlèrent un petit moment, s'embrassant et se câlinant avant de s'endormir l'un contre l'autre, le soleil et la chaleur de l'après-midi rendant la chose plutôt délicieuse.
Ils dormirent plusieurs heures et restèrent au lit même à leur réveil. Nero se réveilla le premier et vit malgré l'obscurité que le portable de Luis s'était un peu rapproché du bord. Étant sur vibreur, il avait du recevoir un message. Par simple curiosité, il vérifia le dernier qui se révéla être un message de Parada : "Réponds un peu aux messages de temps en temps, Lou. J'espère pour toi que t'es avec ton mec, c'est ta seule excuse valable pour ME filtrer". Nero sourit malicieusement en pensant à la tête qu'allait faire son amant en l'apprenant, enclencha le flash du portable et se permit de lui envoyer une courte réponse accompagnée d'une photo de lui et Luis toujours en train de dormir : "Salut Romeo". Quoi de plus convaincant pour rassurer l'autre homme qu'une photo en prime annonçant un prochain pétage de plomb de la part de celui qui était photographié à son insu, en plein sommeil.
Romero sourit en recevant le tout et commença à ricaner en se promettant de taper sur les nerfs de son ami à son retour. Il jura de conserver ce trésor dans son téléphone au cas où son ami ferait le malin et envoya un dernier message aux deux amants : "C'est super pour vous les gars, mais n'oubliez pas la règle. On doit s'éviter un moment. Alors Nero, faites ce qu'il faut. RHABILLEZ-VOUS, sortez du lit de mon partenaire et veillez à me le ramener vite fait, merci. Les jours passeront vite, vous verrez". Lorsque Nero le reçut, il soupira sachant que son ami avait raison mais retrouva le sourire en entendant Luis sortir de son sommeil. Il se leva et en ouvrant le store, constata que le soleil était encore bien haut avant de se pencher au-dessus de son compagnon qui avait encore les yeux fermés.
- Allez, bel endormi. Je me suis fait agresser par ton pote pour te raccompagner. Je vais te ramener.
- Mmm... t'es au courant que j'ai ma voiture ?!
- Je dois te raccompagner, ordre de Parada. Je te suivrai, tu n'auras qu'à faire comme si j'étais à côté de toi.
Ils sourirent même si Torres garda les yeux à moitié fermés à cause du soleil, demandant :
- Comment il a su que tu étais avec moi, celui-là ?
- Va savoir ! avec lui, tout est possible. Je commence à le connaître, ton ami.
Nero tourna la tête en se retenant de rire et laissa Luis se préparer. Il soupira gentiment en constatant à quel point son amant était lent dès le réveil.
- Tu as mal dormi ou pas assez ?
- Je n'ai jamais aussi bien dormi, c'est la première fois de ma vie que je ne fais aucun cauchemar. J'ai toujours du mal à sortir du lit, tu n'as qu'à demander à Romeo.
Il était heureux de sa "nuit" en compagnie de celui qu'il aimait mais Nero commença à se questionner, soucieux à propos des cauchemars en question.
- Ils sont comment, tes cauchemars ?
- Comme ceux de tout le monde, une bonne trouille et hop... ! sourit Luis.
- Ne tourne pas autour du pot, je veux juste savoir s'ils sont communs ou s'ils concernent tes problèmes personnels.
Torres s'approcha et passa ses bras derrière le cou de Nero avant de l'embrasser.
- Je vais très bien. S'ils étaient communs comme tu dis, j'aurai vraiment un problème à en faire plusieurs par nuit depuis mon enfance. T'as bien raison, ils concernent mes problèmes mais ça ne m'empêche pas d'être encore debout.
- Il faudrait que tu en parles à quelqu'un ! s'inquiéta le maque.
- Qu'est-ce que ça changerait ? Rien. Déjà que je réveille Romeo sans le vouloir à en faire presque toutes les nuits... estime-toi heureux d'avoir pu dormir. Allez, on fonce.
Nero aurait souhaité plus de détails mais si son petit ami avait passé un si beau moment, il n'allait pas le lui pourrir surtout s'il pouvait continuer dans ce sens. En chemin, Luis passa presque la moitié du temps à regarder la voiture de Nero dans le rétroviseur pour profiter de la vue qu'il voulait garder en tête. De toute façon, la route fut loin d'être longue jusqu'à leur destination et à l'arrivée, le visage de Romero se fit apercevoir à la fenêtre du véhicule de Nero alors que Luis les rejoignait après avoir garé le sien, se plantant aux côtés de son ami avec une mine suspicieuse.
- Juste une question, comment tu savais que Nero était avec moi ?
- J'en savais rien, je l'espérais ! mentit l'aîné.
- Je te crois, fous-toi de moi.
Voyant que Nero et Parada ne se quittaient pas des yeux alors que le maque semblait sur le point d'éclater de rire, il tendit la main vers l'aîné.
- Tu peux me faire voir ton téléphone, s'il te plait ?
Romero jeta un regard furtif vers lui et fila vers la maison en sifflant :
- Allez ! à la prochaine, Nero. S'il ne m'a pas tué d'ici là.
Torres les regarda chacun leur tour en serrant la mâchoire parce qu'il savait que quelque chose se tramait. Il s'approcha vite et embrassa passionnément Nero à la fenêtre en finissant par le pointer du doigt.
- On se reverra plus tard et tous les deux vous allez voir. File-moi ton portable, toi.
Parada continua de s'éloigner pour que son collègue le suive et Nero rigola en regardant son amant le harceler, regrettant cruellement de devoir s'en aller. "Quels gamins quand ils sont tous les deux" pensa t-il.
Cette fois, pour respecter les conditions de sécurité, plus aucun contact entre les différentes bandes n'eut lieu pendant une semaine et demi en dehors de brefs coups de fil et ceux-ci affluèrent dans tous les sens. Jax fut l'auteur de l'un d'eux en ayant réfléchi à propos des Irlandais, il n'avait pas tout dit à ses deux "alliés" Mexicains et avait ressenti une petite envie de passer le temps en taquinant un certain agent. Une prochaine rencontre mêlant le cartel et l'IRA aurait prochainement lieu et un certain Torres devait se tenir prêt à rester calme étant donné la mauvaise humeur provocatrice de Galaan O'Shay des derniers jours. Énoncer les termes racistes remplissant majoritairement son dictionnaire n'était pas la pire chose dont était capable le "boucher de Belfast", loin de là.
(DRING)
- Ouai ?
- C'est moi. Passe-moi ton ami, j'ai quelque chose à lui dire.
Romero soupira à cause de Jax et espéra qu'il ne cherchait pas la provocation.
- Et puis quoi encore ? Si c'est pour un lynchage verbal, oublie tout de suite.
- Non, commandant Parada. Je tiens juste à lui parler des Irlandais.
L'agent supérieur continua de s'y opposer en prétextant tout savoir sur eux mais Jax insista.
- D'accord, mais je te préviens que si je l'entends hausser la voix, je coupe la conversation.
- Entendu.
Parada appela son ami mais mit le haut-parleur avant de lui tendre le téléphone en lui précisant de rester près de lui. Sans réponse de son ami en demandant qui était à l'autre bout, Torres ronchonna alors que parler dans un téléphone faisait partie des choses qu'il détestaient le plus. Il grogna directement à la personne de s'annoncer avant qu'il ne raccroche et la voix de Jackson n'améliora pas ses intentions.
- T'es pas à la chasse aux femmes, Luis ?
- Enfoiré !
- TELLER ! râla Romero.
Il entendit le blond rire et s'excuser au téléphone avant de résumer la raison de son appel précisément adressé à Luis, à savoir le côté "grande gueule" des Irlandais auxquels ils allaient devoir rester tous hermétiques.
- Je sais, si un de ces crânes rasés prononce encore les mots "Métèques" ou "Négros Latinos", je suis obligé de la fermer. La dernière fois, personne n'a rien dit et ça a fini en fusillade.
- C'est déjà arrivé, non ? Le club a du s'y faire alors j'imagine que tu le pourras facilement vu qu'on a le même caractère de merde. Ils ont la langue de travers mais ils ont le sens des affaires, alors soyez honnêtes et ils le seront aussi.
Pour éviter un probable accrochage en cas de poursuite de conversation, Jax n'hésita pas à lui raccrocher au nez dès que le sujet fut clos et l'autre homme put pester à volonté avant de rendre le téléphone à son supérieur en le menaçant de le jeter contre un mur s'il lui passait encore un coup de fil du motard.
Deux jours passèrent. Romero était satisfait du professionnalisme que son ami manifestait depuis son retour, et il régnait en lui la plaisanterie due au fait qu'il n'avait toujours pas avoué à Luis pour le message de Nero. Il avait aussi envie d'inviter discrètement Padilla pour surprendre son ami qui méritait cette présence qu'il n'osait jamais réclamer devant les autres. Il était peut-être stoïque devant tout le monde mais continuait de se renfermer si son ami lui tournait le dos ou s'occupait autrement, il avait besoin de se réfugier dans ses pensées. Luis avait toujours besoin de calme, de gamberger, de rester seul pour mettre ses rares belles pensées en ordre lorsqu'il pouvait se concentrer dessus. Au bout d'un troisième jour à voir son ami se réfugier de plus en plus dans leur chambre, Parada se dit que le moment était venu pour Nero, qui ne devait pas être dans un meilleur état à toujours s'en faire pour Luis. Il était comme le jumeau de Romero. Avant d'imposer une semaine et demi sans l'homme qu'il tenait tant à voir, trois jours avaient été amplement à la limite du supportable pour lui et il lui fallait un "remontant".
- Romeo ! dites-moi que tout va bien.
- Tout va très bien, oui. Il est très calme depuis que vous me l'avez ramené et c'est justement pour ça que j'appelle. Il avait un comportement irréprochable à faire peur mais il commence un peu à se mettre à l'écart, alors n'hésitez surtout pas si vous voulez passer le voir, votre présence lui remonterait un peu le moral.
Il entendit des bruits de paperasse et de tripatouillage indiquant un grand désordre là où Nero se trouvait.
- Alors je passerai cet après-midi, si vous voulez bien. Je veux le voir aussi mais on a un gros problème en ville, un type agresse des accompagnatrices alors je ne pourrai pas rester longtemps, les flics tournent en rond, je dois rassurer mes employées et faire attention aux clients louches.
- Des accompagnatrices ?
- Terme élégant pour désigner les prostituées, voyons. Un peu de culture, Romeo !
- Chacun son univers, l'homme à putes.
- Quelle vulgarité, c'est révoltant. On se dit donc à dans quatre heures, toujours au même endroit ?
L'homme aux cheveux longs soupira :
- Toujours, oui.
- Mon pauvre, vous allez finir par prendre racine.
- Vous savez, on a l'habitude d'être parqués comme des bêtes dans cette baraque.
Raccrochant après l'avoir salué, le commandant se mit en direction de la pièce dans laquelle il s'attendait à trouver son frère d'arme et pourtant, il la trouva vide. Soit son ami avait arrêté un instant de se morfondre et s'était occupé soit... Parada évita de penser à la seconde et très mauvaise hypothèse et chercha son ami en espérant le trouver. Malheureusement, la seule chose qu'il constata fut l'absence du 4x4 noir et il commença à rager. Sans envoyer de message menaçant à son ami, il se promit de le bousculer bien comme il faudrait en le voyant rentrer.
Cristal Park
Tara regardait Abel jouer dans le parc public en le gardant à l'œil. La joie qu'elle ressentit fut sûrement égale aux progrès que faisait le petit jour après jour pour s'intégrer parmi les autres enfants. Il souriait plus, parlait plus, il devenait heureux. Elle jouait avec la main de Thomas en lui montrant son grand frère qui s'amusait et lui souffla dans le cou pour le faire rire.
- Je suis désolé, docteur Knowles.
Elle sursauta et se retourna, prête à hurler à tout moment. Chemise bleue, jean beige et lunettes noires, Luis resta calme et l'incita à en faire autant, il ne semblait pas être venu ici pour chercher les histoires.
- Bonjour ! Ne craignez rien, c'est sûrement la dernière fois que vous me voyez. Je ne vais pas m'étendre sur des paroles inutiles étant donné que vous passez un bon moment. Je vous ai vue en voiture et je suis juste venu me... m'excuser. Dites-vous que je ne suis pas quelqu'un de bien, comme ça vous n'aurez pas à accepter mes excuses. C'est juste que je me suis toujours forcé à en faire quand il le fallait et là il le faut.
Il se força à lui faire un dernier sourire et commença à lui tourner le dos.
- Le dahlia, c'est bien de vous ?
Torres s'arrêta mais n'osa pas se retourner, sentant venir une insulte ou un rejet brutal à la hauteur de ce qu'il méritait.
- Je sais que ça ne vaut rien mais j'ai quand même voulu essayer.
Appréciant ce malaise, Tara dévia un peu le sujet.
- Vous aimez les fleurs, vous ?
Une légère gêne, l'homme répondit :
- Oui, j'adore ça.
- Tournez-vous, s'il vous plait.
Tara sentit que sa voix tremblait et manquait d'assurance. Elle s'approcha de lui pour dire moins fort ce qu'elle devait extérioriser et lui ôta ses lunettes après qu'il ne lui ait enfin fait face. Au départ, Luis baissa la tête mais la redressa à la demande de Tara et c'est là qu'elle constata l'ampleur des dégâts émotionnels sur lui comme elle en avait encaissés aussi. Ses yeux étaient tellement rouges qu'il semblait avoir pleuré des heures durant. Le regard sombre de Torres s'adoucit en se posant sur Thomas et la logique le poussa à chercher Abel du regard. Souriant, il le montra à Tara du visage, heureux qu'elle porte le sien ailleurs que sur lui. Abel se disputait le toboggan avec une fillette rousse plus petite que lui et les deux ne lâchaient pas le morceau.
- Abel ! doucement avec la petite fille, le toboggan est à tout le monde.
De loin, ils virent la petite tête blonde les regarder et dire :
- Oui maman.
Il laissa gentiment passer la fillette et celle-ci le remercia chaleureusement avant de lui faire un câlin, attendrissant tous les adultes autour et encore plus les parents, Tara et Luis, lui qui n'était pourtant pas du tout un dingue des enfants. Tara reporta son regard sur lui.
- Vous êtes quelqu'un d'étrange, rares sont les hommes comme vous qui présentent des excuses à leurs victimes. Vous n'êtes pas comme les autres, je l'ai bien remarqué. Vous masquez les apparences mais vous êtes meilleur que ce que vous voulez faire voir, c'est pour ça que vous n'êtes pas allé jusqu'au bout.
Luis regarda ailleurs en y repensant, reprit une grande respiration et finit par trouver en lui le courage de regarder Tara dans les yeux. Après un dernier sourire réciproque, il fut le premier à prononcer un mot.
- Adieu, probablement.
Souriant toujours, Tara admira presque cet homme qui avait plus de cran qu'un autre et répondit humblement :
- Oui, ou peut-être au revoir. On ne sait jamais.
Après un dernier regard à la petite famille, Torres fit enfin demi-tour et marcha jusqu'au bout de l'allée où il avait garé sa voiture. Le cœur toujours aussi lourd, il décida de retourner à la maison même pour affronter l'Inquisition à la manière Parada.
ooOOoo
Torres venait de franchir la porte d'entrée et se félicita d'être passé à l'insu des autres même s'il redouta les questions à venir. Il fut en plus interpellé par la présence de la voiture de Nero garée à l'intérieur de la cour. Connaissant presque ses horaires de travail par cœur, il s'étonna que le temps soit passé si vite même s'il ne sut pas ce qu'il faisait là. "Qu'est-ce que tu viens faire ici, chéri ? Pfff... j'imagine que Romeo t'a appelé pour te balancer que bibi a disparu." Il réfléchit et se demanda tout à coup s'il ne valait pas mieux repartir car si sa pensée s'avérait exacte, cela voudrait dire qu'ils seraient en train de l'imaginer faisant les pires choses, encore une fois. Quoi que repartir aurait justement aggravé la chose.
- Pourquoi il vient souvent, lui ? Aux dernières nouvelles, on ne trempe pas dans la prostitution.
Au moment où il sortit de sa voiture à l'intérieur du garage, Carlos et Fernando y firent leur entrée. Celle de Carlos était plus effacée et il parut mal à l'aise de par la curiosité trop fréquente de son compère. Pas du tout d'humeur à être harcelé par les hommes et n'ayant pas de réponse à leur donner de toute manière, le lieutenant ne put qu'inventer en espérant qu'ils lâcheraient prise ensuite.
- Teller lui a sûrement demandé de passer un message à Romeo, c'est ce qu'il fait à chaque fois.
- Jour d'exception, alors. Parce qu'à chaque fois, ce n'est pas à lui qu'il en a parlé. Il a plus l'air de venir pour toi en général, même s'il s'agit d'affaires.
- Arrête, c'est quoi ton problème ? s'étonna Carlos.
- Vous devez vous dire des choses différentes parce que quand vous vous parlez tous les deux, c'est loin de Parada.
Surpris, Luis fronça les sourcils et claqua la porte en la refermant.
- Qu'est-ce que tu viens de dire ? Tu insinues quoi, là ?
Croyant que le jeune le prenait pour un traître, Luis fulmina. Fernando secoua négativement la tête et marmonna dans son coin en se retournant, exaspérant son supérieur qui le rappela avant qu'il ne s'éloigne trop.
- Ne me tourne pas le dos et regarde-moi.
L'autre homme se retourna avec une suffisance malhonnête pour un sous-fifre et qui hérissa le poil de son chef.
- Si tu as quelque chose à me dire, tu me le dis en face, connard.
Fernando fit mine de réfléchir et s'approcha de son supérieur en franchissant sans hésiter son espace personnel.
- En réfléchissant bien, pourquoi pas ?
Les voyant sortir les crocs, Carlos s'inquiéta et chercha à s'interposer.
- Les mecs, faites pas ça. Romeo va nous tuer tous les trois si vous vous battez.
Malheureusement, les deux hommes l'ignorèrent et continuèrent de se regarder en chien de faïence. Fernando croisa les bras et se mordit méchamment la lèvre inférieure avant de déballer ce qu'il avait en tête :
- Tu traficotes quelque chose avec ce type ? Non parce que s'il a un message pour Parada, c'est à lui qu'il devrait aller en parler. J'ai l'air d'être le seul à avoir remarqué qu'il ne vient que pour te voir et ses allers-retours sont plus que louches même si Romeo nous dit que c'est ton pote. Il est surtout pote avec Teller et ce motard de mes deux n'est pas des nôtres.
Son boss commença à s'impatienter et sortit les mains de ses poches.
- Et tu te permets de me faire la morale à cause de ça ? Tu ne sais même pas de quoi on parle.
- Ah ça c'est sûr, si encore vous parlez.
- Tu veux en venir où, là ?
Carlos s'énerva devant le manque de respect de son acolyte et chercha à l'éloigner mais sans succès.
- Ta gueule, Fernando.
Il tenta de le faire reculer plus fort mais le rebelle le bouscula et le regarda avec dédain. Pensant qu'il pourrait hypothétiquement lui faire du mal, Torres se posta juste devant lui.
- Laisse-le faire, Carlos. On dirait que monsieur grande gueule a quelque chose à me dire.
- Alors j'ai raison, tu traites avec ce maque ? l'agressa le plus jeune.
Luis improvisa de nouveau :
- Si ça peut régler les problèmes avec ces motards, oui.
Un sourire moqueur, Fernando cracha à ses pieds et Luis fronça les sourcils en serrant les poings. Faire ça aux pieds d'une personne était profondément irrespectueux, y compris chez les membres du cartel Galindo. Ce fait avait souvent été relaté dans des cas d'exécutions.
- Et c'est la langue au fond de sa gorge que tu comptes régler nos problèmes avec les motards ? Je savais que tu me mentirais, espèce de pédale.
Carlos hoqueta et recula par inquiétude. Luis avait écarquillé les yeux et Fernando n'eut pas le temps d'ajouter autre chose, il se prit une volée de coups au visage. Le lieutenant fut plus choqué par l'irrespect d'un homme de main que par le terme homophobe. Après tout, il en avait entendu toute sa jeunesse dans la bouche son père. Étalé sur l'autre homme à lui massacrer le visage, il ne lui laissa même pas le temps de se défendre. Carlos s'approcha et fit une tentative pour le calmer mais ne parvint pas à le redresser.
- Arrête. Fais pas ça, Luis.
Voyant que son supérieur ne réagissait pas, il s'éloigna, nerveux à l'idée de voir débarquer Parada ou pire, enterrer Fernando. Le tabassage prit fin au moment où ce dernier cracha une de ses dents sur le côté avec du sang.
- Tu crois que parce que je baise avec un mec alors je suis incapable d'en tuer un autre ? Tu t'imagines aussi que je fais ça avec tous les mecs que je croise ? HEIN ? Que je suis une mauviette ou une pute, aussi ? Réponds-moi, petit enfoiré.
Le jeune homme articula :
- ... ai pas dit chha...
Il cracha le sang qui ne demandait qu'à sortir de sa bouche et qui déformait ses paroles. Luis sortit son arme et lui flanqua un coup de crosse au niveau de la tempe. Il lui ajouta quelques coups de pieds dans la hanche au passage, s'attirant une volée de jurons de Fernando qui continuait à cracher son sang. Carlos se couvrit la bouche, ne sachant plus quoi faire et finit par avoir pitié de son ami avant qu'il ne soit complètement défiguré. Il fit reculer Luis au risque de prendre un mauvais coup ou même une balle.
- Il en a eu assez, arrête tout de suite.
Torres accepta de se calmer mais força ensuite Fernando à se mettre à genoux et lui maintint le visage.
- T'as encore quelque chose à dire ? Tiens, goutte-moi ça.
Torres lui enfourna son arme dans la bouche, enleva la sécurité et le jeune homme se mit à implorer son pardon, pour ce qu'il pouvait comprendre.
- C'est pas vrai... " désespéra Carlos.
Devant les morceaux de mots du blessé qui ne ressemblaient à rien, Torres saisit mais fit semblant de ne pas comprendre et ricana alors qu'un nouveau venu faisait son entrée dans leur dos, désorienté par la scène.
- Désolé, tu dis ? Pas de chance, je ne comprends rien. Mais souviens-toi bien de ça avant de me manquer de respect. C'est pas ma queue que je t'ai foutue dans la bouche, c'est mon flingue.
- Luis, allez ! tenta encore Carlos.
Parada stoppa ses pas déjà lents et ne parvint pas à prononcer une syllabe devant cette "conversation". Pour que son lieutenant et collègue ne pointe son arme sur un des membres du cartel Galindo, il fallait que ce soit grave mais c'était à lui de prendre les décisions et Luis avait pour obligation de toujours en référer à son ami. Il espéra qu'aucun des deux n'ait été découvert mais voyant Carlos dans le coin, nerveux mais sans pour autant agir, il sut qu'ils n'en étaient pas là. Il garda donc son air impassible et pour ne pas décrédibiliser son bras droit, les regarda à tour de rôle en demandant aussi calmement que possible :
- Aucun conflit entre nous, vous vous souvenez ? Luis, qu'est-ce qui se passe ? Un comportement pareil est toujours puni et vous le savez tous les deux, pourquoi tu me l'as mis dans cet état ? Enlève ça de sa bouche.
Sentant une main se poser sur son épaule, Torres ôta enfin son arme de la bouche de Fernando qui se retint de vomir à cause du goût du métal et reprit bruyamment sa respiration.
- Il m'a insulté, c'est aussi simple que ça.
En tant que leader, Romero sortit son arme et observa son gars qui assuma sa culpabilité.
- C'est vrai ça, Fernando ?
- P... pardon. Ça ne se reproduira pas, Romeo. Je le jure.
Parada s'accroupit devant lui et lui coupa l'envie d'en rajouter d'un seul regard.
- Tu as plus qu'intérêt.
Fernando s'excusa une dernière fois devant Luis, apparemment sincère et le lieutenant ajouta froidement :
- Je te préviens, cabrón, la prochaine fois je te l'enfoncerai si profondément dans la gorge que tu t'étoufferas avec ta gerbe.
- Lieutenant, ne va pas trop loin.
Le jeune baissa les yeux et Romero attira le bras de son ami pour calmer les choses. Carlos n'avait pas bougé sachant très bien que son ami avait mérité une bonne leçon. Lui ne se rebellait jamais devant l'autorité et n'avait pas cillé lorsque Fernando avait pris les coups, il avait juste veillé à ce que son supérieur le laisse en un seul morceau. Carlos les vit ressortir, Luis envoyant un signe de tête dans sa direction alors qu'il se mettait à tourner autour de son ami.
- J'espère que t'as pigé ta bourde.
- Tu t'es bien régalé, ça va ?
L'autre homme haussa les sourcils pour bien lui exprimer son désintérêt face à ce qui aurait pu lui arriver.
- Tu l'as pas volé, mano. On n'a pas le droit de se faire remarquer de cette manière et encore moins par nos boss. C'est un milieu dangereux, puto.
- Je sais, je sais. C'est sorti tout seul, j'ai la rage à cause de ces fachos d'Irlandais.
- Et ça vaut la peine d'insulter un de nos chefs parce qu'il est homo ? En plus Luis... t'as de la chance d'être encore en vie, tu sais comment il est. Je vais te dire un truc, quand je vivais encore avec ma famille, j'avais un oncle homo aussi. Je l'adorais même quand j'ai appris qu'il était comme ça, parce qu'il a été le seul à vouloir m'aider à m'en sortir. Ça ne change pas la personne, d'accord ?
- Arrête tes leçons de m...
- Ta gueule. Dans la vie, on peut avoir une mauvaise opinion sur une personne sans pour autant avoir à la lui cracher à la figure. Si un gars te plaît pas, tu l'ignores, t'es pas forcé de lui dire ses quatre vérités. Avec Luis, c'est pareil. En plus, il a toujours été cool avec nous et c'est assez rare alors ne le provoque plus. La prochaine fois, il te tuera et je serai là pour y assister même si je ne le voudrai pas.
Luis suivit Romero qui, comme prévu, le plaqua contre le mur dehors en le bombardant de questions en tout genre dont la plus attendue :
- Où est-ce que tu t'étais encore barré ? Dire que j'ai fait la connerie de l'appeler... j'espère que tu sauras quoi lui dire.
- Je n'ai rien à dire, je n'ai fait de mal à personne. Je n'ai pas non plus à être surveillé comme un enfant, c'est humiliant pour moi, Parada ! pesta Luis en prenant la fuite.
- Luis, tu sais très bien que je n'aurais pas à te harceler si tu n'étais pas celui que tu es.
Romeo s'arrêta en remarquant que Luis en avait fait autant et se tourna vers lui. Le plus jeune semblait blasé du manque de confiance de son ami même s'il était justifié.
- Je n'ai fait de mal à personne. Personne, tu m'entends ? J'ai juste eu besoin de parler à quelqu'un et je t'interdis de me demander qui. J'ai parlé à cette personne et je suis revenu tout de suite après, ça te convient ?
Romero le regarda sans ciller et accepta pour cette fois.
- Ça me convient, oui. Mais préviens quand même, la prochaine fois.
Légèrement fatigué, Torres se dirigea vers sa chambre avec la ferme intention de s'allonger. Baillant, il pesta contre la vieille habitude de Parada de laisser la porte grande ouverte - même s'ils n'avaient rien à cacher - et entra sans pour autant trouver l'énergie pour la refermer derrière lui. Il s'écroula sur son lit et sourit en regardant le plafond, il repensait à sa conversation avec Tara. L'issue avait été bonne même si sa conscience restait telle quelle, et parler avec Tara d'une façon contraire à celle dont il avait agi avec elle le rassura.
- Il paraît que tu as pris la fuite.
Luis sursauta en entendant la voix de Nero et regarda à la porte après s'être à moitié redressé. Personne n'entra mais elle fut fermée de l'autre côté, Nero l'avait attendu et était resté derrière. Ayant oublié qu'il avait vu sa voiture en arrivant, Luis s'assit au bord du lit et lui lança un regard neutre. Bien sûr, il était heureux de le voir mais comme Romero ne l'avait pas lâché d'une semelle depuis son retour, il en voyait venir de même avec son compagnon.
- Salut Nero.
L'homme en face lui sourit.
- Tu vas jouer au flic, toi aussi ?
Il vit le maque s'avancer pour s'asseoir à ses côtés.
- Non, je veux juste être avec toi dans le calme.
Padilla se pencha pour l'embrasser doucement et sentit son amant l'étreindre avec douceur en retour. Luis les allongea tous les deux et ils se régalèrent de ce moment. Le lit n'avait pas de place pour deux mais ça ne les empêcha pas de rester l'un contre l'autre, les caresses rendant leur temps partagé intense en plus de la tranquillité. Les instants de sérénité et de calme étaient si rares pour eux qu'ils passèrent l'après-midi l'un contre l'autre à parler de sujets non fâcheux pour garder ce moment gravé en eux.
Nero craignait pour le lendemain. En effet, une rencontre - et la seule - devait avoir lieu au Club-House, innocente mais redoutée car Galaan lui-même serait présent. Romero avait prévu d'y aller avec Luis et deux nouveaux afin de compléter leur intégration. La tension était insupportable entre les Mexicains et les Irlandais depuis la fusillade et devant l'insistance de ses autres hommes, Parada dut accepter leur venue. Fernando et tous les autres avaient utilisé comme argument, et non le moindre, que les Irlandais chercheraient à les dépasser en nombre au cas où tout partirait encore de travers. Il leur donna raison malgré le risque d'exposition et accepta que tout le monde vienne.
ooOOoo
Avant l'arrivée de leurs invités, les Sons ainsi que Nero et les filles se détendaient en buvant modérément. Ce jour étant synonyme de stress, les employées resteraient donc au studio avec leur patron le temps que la transaction ne se fasse. Finalement, les Irlandais eurent vent de policiers déployés sur leur route suite à un braquage et durent annuler leur venue, amenuisant au moins certaines futures discordes. Tout le monde pourrait au moins se comporter de façon habituelle même si les Sons et Galindo parleraient tout de même affaires.
- Salut Gemma ! tu gardes tes petits-fils cet après-midi ?
- Eh oui ! le grand couillon qui leur sert de père est censé bosser alors il me l'a proposé. Tara travaille toute la journée alors les petits démons sont pour moi, ils vont arriver.
Tous les deux adossés au mur intérieur du garage, ils gardaient les yeux posés sur tous ces hommes dangereux qui constituaient leur entourage et leur famille. Dix membres de Galindo étaient arrivés il y a quelques minutes à peine et plus de la moitié était venue pour la première fois à Charming. Se faisant discrets pour arriver jusqu'au club, ils avaient choisi de rouler dans trois vieilles voitures passées incognito, sans encombre. Même si leur surnombre ne servit finalement qu'à impressionner le reste du monde, ils profitèrent du temps et de la vue avant de passer aux choses sérieuses. Ils se dispersèrent tout de même pour ne pas rendre la famille et les filles nerveuses. Certains restèrent dans leur coin pour être entre eux et ne déranger personne, les plus anciens et expérimentés restaient avec Romero ainsi que deux nouveaux.
Jax était en train de parler avec les Mexicains à côté des motos. Bien qu'elle le regarda d'une façon étrange, Gemma reconnut une chose :
- Il est mignon ton mec, Nero. J'irai volontiers lui dire bonjour.
Sa dernière phrase sonna fausse mais de toute façon, Nero refusa. Il regretta en même temps de lui avoir parlé de sa relation avec Luis.
- Garde tes distances et laisse-le tranquille, Gemma.
- On se calme, bébé, je ne cherche pas les histoires. Tu mènes aussi la barque façon macho avec lui ?
Riant, Nero répondit :
- Non, pas avec lui.
Sans insister, Gemma lui donna un léger coup de coude et le regarda au loin travailler avec les siens.
- Tu as plutôt bien choisi.
- C'est pas vrai, toi aussi tu vas dire qu'il te plait ?
- Non. Il te lance des regards depuis tout à l'heure et il écoute à peine Jax quand il leur parle.
- C'est normal puisqu'ils ne peuvent pas se voir en peinture.
- Ou alors il est jaloux, ton Mexicain.
- Ah pour ça, c'est sûr que tu ne lui arrives pas à la cheville. Il est jaloux comme un tigre, une vraie teigne ! rit Nero.
Pensive, Gemma resta braquée sur lui de longues secondes pour observer à quelle fréquence il regardait Nero. Cependant, son regard insistant vers Torres n'échappa pas au concerné qui eut l'air de s'énerver et la regarda directement. Nero intercepta leur échange et vit son amant agiter les doigts contre le côté de son jean noir avant de voir Parada lui adresser la parole.
- Ne le cherche pas, tu veux, il a un mauvais caractère et je n'ai aucune envie que vous vous disputiez. Surtout devant ton fils, il y a assez d'animosité entre eux et je ne veux pas les voir se bastonner.
- Tu sais que je n'ai pas peur de frapper un homme si ça arrive, j'ai encore moins besoin que mon fils me défende.
Le regard de Nero s'assombrit sous l'affliction.
- Je ne vais pas vous laisser frapper Luis... Ne joue jamais à ça avec lui, Gemma. C'est quelqu'un de violent qui n'hésite pas à lever la main sur les femmes et tu ne feras pas exception à la règle parce qu'on s'est aimés, bien au contraire. Déjà le fait qu'on soit en train de se parler est en train de mettre le feu aux poudres.
Celle-ci le regarda sérieusement de haut en bas avant de soupirer.
- Tu as choisi un homme qui frappe les femmes ? Eh ben mon pauvre, tu devais être désespéré pour te faire un mec pareil, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
- Je ne l'ai pas choisi pour ça. On s'est rencontrés quand on était jeunes et on avait passé une nuit ensemble, je dois dire que j'ignorais presque tout de lui jusqu'à se qu'on se retrouve.
- Tu avais déjà couché avec un homme, petit cavaleur... Tu ne m'avais rien dit.
Elle revint en arrière et pencha la tête en voyant son air sombre, posant même une main sur son visage.
- Jure-moi qu'il ne lève pas la main sur toi.
Nero, étonné, lui adressa l'expression qui servait à lui remonter le moral autrefois.
- Non mamá, rassure-toi.
- Je te connais et même si tu n'es pas du genre à te laisser faire, tu as l'air de beaucoup l'aimer et je ne voudrai pas t'entendre dire que tu le laisses te frapper.
- Non, il ne me frappe pas. On s'engueule ou dans le pire des cas, on se bouscule.
- C'est quand même un début alors fais attention à toi. Ma parole...
Souriant, Nero se figea en fixant le sol, réalisant que Gemma venait de lui caresser le visage et par réflexe, il posa les yeux sur son amant. Ce dernier n'avait évidemment pas loupé ni apprécié le geste, il pinça les lèvres et son regard fut un avertissement suffisant pour le montrer. Il ne tourna les yeux qu'en recevant un coup de coude de Parada.
- Sacrément jaloux, c'est vrai. C'est dingue...
- Je te l'avais dit, rit Nero.
Ils entendirent un vrombissement et en regardant de l'autre côté, virent la voiture de Tara se garer dans la cour. Abel en sortit pour courir vers Jax et le père le prit dans ses bras.
- Alors mon grand, tu t'es bien amusé avec maman ?
- Oui papa.
Il le serra contre lui et le chatouilla avant de lui chuchoter à l'oreille :
- Papa a du travail, il doit parler avec ces messieurs. Tu nous laisses un instant ? Je viendrai te voir après, c'est promis.
- Ok !
- Je t'aime.
Jax l'embrassa et le reposa à terre avant de tourner l'œil vers Parada. Par égard pour son intimité, il s'était tourné vers les siens pour respecter le cercle familial et Luis également même s'il le regarda au dernier moment. Abel sembla se souvenir de lui et lui dit bonjour en lui faisant un signe de la main en s'éloignant - geste que l'adulte lui rendit avec un léger sourire -, rejoignant sa mère alors qu'elle déposait Thomas.
- Un truc me chiffonne, Luis.
Sans le vouloir au fond de lui, Jax déclencha une énième prise de bec. Il se pinça l'arrête du nez et désigna Parada et les autres, l'aîné se demandant déjà ce qu'il allait dire.
- Abel les a tous regardés sans exception et sans leur dire bonjour parce que je lui ai toujours appris à ne pas dire bonjour aux inconnus. Mais quand il t'a vu toi, il t'a dit bonjour. T'as quand même pas approché mon fils ?
- Ne commence pas avec ça, je ne lui ai jamais parlé.
- Il a eu l'air de te connaître alors ne te fous pas de moi.
- Ne commencez pas, qu'est-ce qui cloche chez vous ? s'énerva Romero.
Luis s'approcha de Jax avec son visage imperturbable.
- Ce qui cloche ? Une tête avec des cheveux blonds.
Le président prit ça à la rigolade pour ne pas sortir de ses gonds.
- T'as un problème ?
- Pas encore.
Romero soupira tellement il en prenait l'habitude.
- Quelle bande de brèles vous faites, les enfants, c'est pitoyable.
Se sentant légèrement rabaissés, les deux hommes se reconduisirent en adultes.
- Jackson !
- Les gars, qu'est-ce qu'il vous arrive ?
Nero et Gemma s'approchèrent pour calmer le jeu au cas où les choses se gâteraient à nouveau car ils les avaient vus s'approcher de loin. Les deux derniers membres de Galindo s'étaient éloignés pour parier sur le prochain vainqueur d'une éventuelle bagarre. Parada, qui avait voulu former les nouveaux, eut droit à une démonstration parfaite d'immaturité de leur part, chose dont ils allaient payer le prix en rentrant. Jax reprit :
- Avoue que c'est bizarre, quand même.
- Tu es sûr de vouloir jouer au dur devant ton gosse ? demanda Luis.
Il désigna le petit indiscret qui se trouvait toujours là où avaient lieux les problèmes et qui semblait attiré par les tons hautement agressifs. Il avait suivi Tara qui repartait à sa voiture afin de lui dire au revoir et avait relâché sa main en voyant Jax s'énerver. Malgré son jeune âge, il connaissait très bien son père et son attitude présente le déstabilisait. Tara également, qui jeta un œil après avoir senti la petite main lui échapper. Une telle réunion ne lui donna pas l'envie de s'éterniser au club et elle embrassa le petit garçon avant de remonter en voiture pour partir. De son côté, Jax se calma afin de ne pas effrayer son fils : "Après tout, il l'a peut-être confondu avec quelqu'un d'autre" pensa t-il. Il songea tout de même à poser la question à son fils plus tard mais lui et Torres s'ignorèrent tout le reste du temps. Ils oublièrent les tensions et discutèrent normalement jusqu'à ce que Torres ne reçoive un appel sur son portable et ne s'éloigne jusqu'à l'entrée, Nero le dévorant inconsciemment des yeux et le suivant quelques secondes plus tard. Romero le vit aller le voir mais il remarqua que Jax l'avait vu également et il espéra que ce dernier ne se déciderait pas à faire le curieux en rejoignant Nero, histoire de voir ce qu'il pourrait trafiquer avec un membre du cartel. Il avait peur qu'il ne les voit dans une posture un peu trop explicite, rien qu'une caresse sur le visage signifierait tout et comme il l'avait avoué à Nero, Luis devenait trop indiscret et il risquerait de se laisser entraîner s'ils n'étaient que tous les deux.
L'après-midi fut très long et l'attaque du soleil sur la ville empêcha tout le monde de profiter de l'extérieur, les rares endroits à l'ombre suintant le tabac ou la mécanique. Ils étaient en pleine pause, les Sons avaient offert une bière aux Mexicains et le portail fut fermé au cas où des voitures de police passeraient dans le coin, empêchant ainsi les regards malvenus. Dehors, Romero et Torres parlaient avec un sourire sadique de ce qui attendrait les deux nouveaux une fois retournés chez eux, Nero surveillait la fin du tournage au studio, Chuck faisait encore le baby-sitter avec Lyla, et enfin Gemma aidait son fils à mettre de l'ordre dans tous leurs dossiers de clients, le classement n'étant pas dans les priorités du blond. Le reste des motards se détendait au bar en sirotant quelques bières.
Sortant du studio, Nero sortit par l'arrière pour rester au calme mais croisa Gemma qui apaisait seule sa perte de patience à expliquer à son fils l'intérêt du rangement. Lui parlant de ça, ils rirent aux éclats en imaginant Jax classer des dossiers avec une tenue de secrétaire, mais ce rire ralentit lorsqu'en voulant faire le tour du bâtiment, ils tombèrent sur Torres et Romero. Stoïque, l'aîné vit les muscles de son ami se raidir en fixant Gemma et il lui tapa doucement dans le dos avant de continuer sa route en faisant demi-tour et murmurant :
- Pas de querelle, Luis.
Cependant, une fois son supérieur éloigné, Luis ne put se retenir plus longtemps et désigna l'arrière-cour d'un signe de tête.
- Qu'est-ce que tu faisais encore avec elle ?
Nero soupira et Gemma haussa les sourcils en ricanant devant cette jalousie si aisément exprimée.
- Lou, arrête un peu.
- Au lieu de fumer pour un rien, tu n'as pas plutôt envie de faire connaissance ?
Elle se prit un regard dédaigneux.
- J'en ai autant envie que de me jeter sous un train.
- Bébé, tu pourrais être plus agréable ?
- Qu'est-ce que tu faisais avec elle, Nero ?
- Calme-toi tout de suite ! s'énerva le maque.
D'humeur à le titiller, Gemma fit semblant d'avoir mal interprété la question.
- La liste est longue, chéri. Mais si tu veux réellement savoir ce qu'on faisait... la levrette était notre position favorite mais sinon il y avait...
- Hé ! je ne parle pas de ce que vous faisiez au plumard autrefois. En plus de ça, on n'a pas élevé les cochons ensemble.
L'approuvant sur le premier point et demandant à Gemma de ne pas en rajouter, Nero regarda fixement son amant.
- On parlait de tout et de rien. Toi aussi, tu étais occupé. Qu'est-ce que tu crois, je ne vais pas m'enfermer et ne plus parler à personne parce que tu es jaloux.
La reine des bikers posa un regard narquois sur Torres et lui toucha la lèvre vite fait du bout des doigts, le faisant sérieusement s'enflammer.
- Ne me touchez pas.
- Et si tu veux tout savoir mon chou, je lui ai même sucé la queue.
Outré, Nero se tourna en posant une main devant sa bouche.
- Gemma, ce n'est pas drôle. Tu n'arranges rien.
Rien que d'avoir l'image en tête, Luis la mitrailla du regard en menaçant de se jeter sur elle.
- Tu me cherches, ma jolie ?
- Bébé...
- Qu'est-ce qu'on faisait comme bruit ! continua t-elle.
- Gemma !
Torres fit un pas vers elle.
- C'est quoi ton problème ?
- C'est qu'il s'énerve, le beau Latino.
- Vous m'écoutez un peu, tous les deux ?
- Je connais parfaitement le bruit des lèvres sur une queue, pétasse. Et si tu cherches à m'énerver, tu vas vite le regretter.
- Luis, non.
- Parce ta queue a une taille à faire du bruit ?
Nero leva les yeux au ciel, il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre.
- Si tu veux me la pomper pour savoir, c'est quand tu veux.
Gemma se passa la langue devant les dents.
- Oh le vilain.
Agacé devant un comportement aussi infantile et vulgaire, Nero les fit reculer brusquement chacun d'un côté.
- Non mais vous avez quel âge, bordel ? Toi tu gardes ta queue là où elle est et toi pareil avec ta langue. C'est pas possible, ça.
- Tout va bien, on plaisante. Ton mec a du répondant, Nero.
- En tout cas, vous faites la paire. Vous voulez que je vous laisse ?
- Ouai bébé, laisse-nous. Elle a apparemment envie de se remplir la bouche.
Luis ricana en un éclair sans la quitter des yeux et Nero s'inquiéta, il connaissait suffisamment son amant pour savoir à quel moment ses paroles étaient sincères, voire méchamment sincères et là, Luis avait mis un terme à la plaisanterie. Il devenait très vite mauvais dans ces moments-là et Gemma, en le provoquant sans peur, venait de déclencher quelque chose de dangereux et irréversible : la haine de l'agent à son égard. Nero pensa qu'elle était aussi jalouse pour oser le chercher ouvertement. Nero reçut un appel et fut obligé de le prendre, leur demandant à voix basse de rester corrects. Profitant de leur moment seuls, Teller abaissa un peu ses lunettes de soleil et s'approcha si près de Luis qu'il put sentir son parfum. Au moment où celui-ci décida intérieurement de partir, il recula la tête devant ce visage effronté qui provoquait chez lui un gros malaise mais quelque chose en lui l'empêcha de faire un mouvement.
- Tu as l'air partant... tu accepterais que je te le fasse ? Un homme comme toi qui se bat constamment avec mon fils et homo en prime...
- J'accepterai si je voulais jeter un autre pavé dans la mare. Bon cette fois, je me tire.
Gemma attrapa le col de son blouson pour l'empêcher de faire demi-tour et prit un ton consolant.
- Lâche-moi.
- Pauvre chéri, va. T'es tellement ronchon que ma main refuse de m'écouter.
Torres vissa son regard sur le béton et resta concentré sur tout ce qu'il aurait voulu faire subir à Gemma en cet instant. Nero raccrocha et il lui chuchota avec impatience :
- Je vais me la faire, Nero. Je te préviens que si tu ne lui dis pas de me lâcher, c'est mon poing dans la figure.
Il commença sérieusement à arriver à ses limites et recula pour ne pas perdre ses moyens. Nero se réveilla enfin :
- Allez, viens.
Nero lui prit l'épaule et après avoir vu Teller retourner au club, non sans un regard étrangement mauvais vers Luis, l'emmena dans un endroit où ils seraient plus au calme. Le club avait un petit terrain vague à l'arrière où aucun des bikers n'avait jamais cherché à pénétrer, totalement isolé par des épais murs de tôle, des grillages et envahi par la mauvaise herbe. De plus, il était adjacent à l'arrière-cour du Club-House, où personne n'allait sauf dans les rares cas où un des motards ne souhaitait emmener une femme pour un coup en plein air. Et hormis Tig... personne n'osait, ils étaient tous à l'intérieur ou occupés ailleurs.
Dans le terrain, Torres laissa exploser sa rage tellement il venait d'encaisser, reprochant en même temps à son amant d'avoir laissé Gemma agir en toute liberté.
- Pourquoi elle m'emmerde comme ça, ton ex ? Qu'est-ce que je lui ai fait ? s'enragea t-il.
- Doucement, je ne t'ai pas isolé pour que tu hurles sur le monde alors respire un peu. Elle veut juste te taquiner parce que ta jalousie crève les yeux.
- C'est facile pour toi, tu n'as pas eu à supporter cette...
- Luis !
- Tant qu'on y est, quand tu m'as parlé de cette Gemma, tu as oublié de me dire que son nom était Teller.
- Pour éviter cette réaction, oui. Écoute, tu as un peu répondu et il s'en est fallu de peu mais tu as gardé le contrôle de toi-même et tu dois continuer, c'est seulement pour aujourd'hui. HÉ !
Son amant continuait de s'énerver et avait tapé contre une tôle rouillée.
- Je suis resté zen parce que tu m'as pris le bras et qu'on est partis mais sinon, j'en aurai fait de la bouillie. D'ailleurs, tu n'as pas bronché tout à l'heure.
- J'avoue que je voulais voir aussi jusqu'où pouvait aller ta patience, mais ce n'était pas pour t'emmerder.
- Raté, alors.
- Tu vas rester calme ?
- Je ne crois pas, non. Je préfère rester ici.
- Comme tu veux, andouille. Je t'aime.
Malgré son état, Nero lui saisit le visage et l'embrassa avant de repartir travailler, entendant une nouvelle fois Luis frapper sur le mur avant de s'asseoir dans l'herbe. Les filles tournaient encore un film pornographique, ce qui signifiait une montagne de paperasse à remplir pour sa régularisation vis-à-vis de la loi et Nero avait un stylo qui ne demandait qu'à être vidé de son encre. Il croisa Parada en chemin, ce dernier cherchait son associé et bien que lui indiquant où il était, il lui déconseilla d'aller le voir à cause de son humeur, pourtant l'aîné insista mais Carlos fit appel à lui au loin pour dire que Teller avait une fiche d'armes à lui faire examiner. Il dut repartir mais Nero lui posa une main sur l'épaule pour lui demander encore une chose.
- Qu'est-ce qu'il a, Luis ? Il était très bien hier, il était détendu et il souriait. Il s'est passé quelque chose quand je suis parti ?
Nerveux, Parada se rapprocha doucement de lui et haussa les épaules.
- Pas quand vous êtes parti, il a fait des cauchemars toute la nuit et pas des petits. Il n'a presque pas dormi alors il est claqué et ça le met de mauvaise humeur. Il m'a réveillé trois fois, je l'entendais bouger dans tous les sens et quand j'ai réussi à le réveiller, il s'est rapidement foutu dans le coin de son lit en tremblant. Il transpirait et il s'est mis à pleurer, il n'a pas voulu me dire pourquoi et ce matin, ce n'était pas la peine de lui parler.
Baissant la tête, Nero regarda le mur séparant la cour du terrain vague et se mit en tête d'en parler plus tard avec Torres, c'était son devoir. Ils durent néanmoins repartir chacun de leur côté et le laisser derrière.
Au bout d'une bonne demi-heure passée seul mais en paix, Luis vit une femme arriver par l'entrée qu'il avait franchie et en le voyant, elle n'avait pas eu l'air de s'attendre à voir quelqu'un. Blonde avec des mèches rouges, fumeuse et... une des actrices du studio que l'homme reconnut tout de suite. Luis baissa la tête comme pour lui montrer qu'il n'avait pas l'intention de lui témoigner de l'intérêt si elle n'en voulait pas. De son côté, elle sembla contrariée à l'idée d'interrompre sa tranquillité.
- Pardon, je ne voulais pas vous déranger. Si vous voulez, je peux repartir.
Souriant faiblement, Luis hocha la tête.
- Non, restez. C'est juste que Nero m'a dit que personne ne connaissait cet endroit à part lui, et là je vous vois arriver.
La jeune femme s'approcha et s'assit à une bonne distance de lui pour ne pas envahir son espace.
- Moi, c'est différent. Je connais les moindres recoins de cette ville, surtout les squats et les terrains vides comme celui-là. Ne vous en faites pas, j'ai fait gaffe que personne ne me suive.
Regardant ses bras avec insistance depuis le moment où elle s'était assise, luis fronça les sourcils et demanda :
- Junkie ?
Elle choisit la franchise, non troublée par le côté direct de Luis pour aborder un sujet pareil.
- Autrefois, oui. Mais grâce à Nero, j'ai pu sortir de ce calvaire. Je n'avais aucune situation avant et maintenant, j'ai un boulot.
- Oui enfin... avant vous vous piquiez pour atteindre le bonheur et maintenant, vous restez sur Terre pour faire des cochonneries avec des inconnus. De temps en temps, devant une caméra.
Contre toute attente, la jeune femme éclata de rire.
- C'est une façon de voir les choses... Moi, c'est Penny.
Elle lui tendit la main, qu'il serra par courtoisie en se présentant également.
- Luis.
Ils bavardèrent un peu jusqu'à ce que Torres ne la voie sortir une flasque de son sac, qu'elle s'empressa d'ouvrir.
- Je vois, tu as laissé tomber une addiction pour une autre. Avoue que c'est la raison de ta présence ici, boire un coup.
- On ne peut jamais se défaire d'un vice. Si tu y parviens, tu te sentiras bien, ensuite mal mais il t'en faudra un autre tôt ou tard pour combler le vide.
Pensif, Torres chuchota sans s'en rendre compte :
- Oui.
Il la vit tendre la flasque vers lui.
- Tu en veux ? Whisky purement écossais, le meilleur.
- Connaisseuse ? Non, merci. Je n'ai bu qu'une seule fois dans ma vie et il a fallu que je fasse une crasse.
- Comme danser nu sur une table ? sourit Penny.
Malgré le rire provoqué par cette image, Luis resta sans répondre en espérant qu'elle n'insisterait pas. Pourtant, elle se révéla curieuse.
- Alors ?
- La première fois que j'ai bu, j'avais plus de trente ans. Mon père était alcoolique et je ne voulais pas suivre son exemple alors je n'y avais jamais touché jusqu'à ce jour-là. Étant gosse, j'étais à peine rentré des champs ou des cours que l'odeur de l'alcool emplissait tout mon être, c'était dégueulasse.
- J'ai connu ça avec ma mère, moi. J'avais droit à la ceinture si je n'étais pas sage, dans ses mauvais jours. En tout cas, chapeau bas pour ne pas y toucher, je t'admire.
- Ça vaut mieux pour les autres.
Les jambes croisées, Penny chercha plus loin avant de boire une autre gorgée.
- Les autres ?
- La fois où j'ai bu, j'ai agressé une femme.
Penny referma la flasque et l'observa en serrant les lèvres, Luis tourna la tête.
- Dans le sens que je l'imagine ?
Torres approuva de la tête.
- Ce jour-là, l'alcool m'a révélé mon vice à moi.
- Tu as quand même du cran pour me dire un truc pareil. Ton vice... tu disais que tu ne buvais pas alors qu'est-ce... oh !
Elle avait deviné. Leurs regards se croisèrent et Luis déglutit.
- C'est par méchanceté ou tu ne peux pas t'en empêcher ?
- La première fois, je peux dire que ça l'était. Mais depuis, ça se produit différemment.
Un peu stressée de se retrouver face à cet homme dont elle ignorait la nature il y a quelques secondes encore, Penny se reprit pour ne pas le lui montrer. Elle sourit et changea de sujet pour le faire penser à quelque chose de moins négatif. Ils parlèrent de n'importe quoi de plus gai en y ajoutant du superflu pour faire traîner les choses. Malheureusement, le temps passa plus vite et Penny dut retourner au travail.
- J'aimerai bien te revoir, c'est dommage que tu ne viennes pas souvent.
- J'ai du mal à m'entendre avec la famille Teller. Ah au fait... me revoir ? Si c'est pour...
- Ne t'en fais pas, j'avais juste envie de te proposer un marché. Je sais que tu es homo, je t'ai vu avec Nero. Pas discrets, les gourmands.
Torres fit les gros yeux, inquiet.
- Comment ça se fait ? Tu nous as vus quand ?
- Votre embrassade de tout à l'heure, t'en fais pas. J'ai toujours fantasmé sur le fait de caser deux mecs ensemble.
Elle le rassura au maximum en lui avouant être muette comme une tombe et il la remercia. Par pulsion subite, Luis lui réclama juste une gorgée pour digérer son indiscrétion avec Nero et la fit rire en en avalant plusieurs d'affilée. Il lui rendit sa flasque en toussant et ils se saluèrent avant qu'elle ne reparte.
Torres respira un grand coup, cette conversation lui avait fait du bien et il pensa à retourner avec son collègue. Sauf qu'il se releva trop vite et retomba directement, pris d'un vertige. "Une autre raison de ne pas boire" pensa t-il. Il s'y remit plus lentement et posa une main sur la tôle, non sans se brûler à cause des rayons de soleil qui se reflétaient dessus. Il saisit la partie ballante du mur pour repasser de l'autre côté mais aperçut Gemma arrivant dans l'arrière-cour. Elle semblait composer un numéro sur son portable en jurant.
- Pas elle !
Luis relâcha le morceau de tôle un peu trop fort, le faisant claquer contre les autres. Pour ne pas s'énerver, il attendit un peu puis décida de retourner au même endroit pour s'asseoir, mais sans en avoir le temps.
à suivre...
