- Ah ben c'est toi... qu'est-ce que tu fais ici ? Tiens... je n'avais jamais fait attention à ce terrain, c'est pas mal comme endroit.

Il l'ignora de peur qu'elle ne l'incite encore à s'énerver et s'assit comme prévu sans même la regarder. Par contre, le mélange de soleil et whisky commença sérieusement à lui marteler la tête et il dut se relever, pris par l'envie de retourner à l'ombre. Il se massa le crâne et entreprit de se diriger vers elle, non pour la bousculer mais pour la dépasser et s'échapper de cet endroit brûlant. Il croisa inconsciemment son regard et cette dernière sembla au top de sa forme.

- J'espère que tu es seul, que personne ne te sert de poupée sexuelle.

Cette fois, il s'emporta et fit volte-face pour revenir se planter face à elle.

- Je l'étais alors si tu veux que je le sois à nouveau, va t-en.

- Tu m'as regardée ?

- BARRE-TOI.

Il avait hurlé sans en avoir la moindre envie et cela n'arrangea pas sa douleur, mais il commençait à en avoir par-dessus la tête de la famille Teller.

- Ce terrain est une propriété privée, pauvre idiot. Toi aussi, tu dois t'en aller d'ici et puis qu'est-ce que tu fous là ? Si tu cherches de l'intimité pour tes plaisirs glauques, éloigne-toi de ma famille.

Luis Torres n'acceptait jamais aucun ordre qui ne provenait pas de Parada ou de ses supérieurs fédéraux et il n'hésita pas à le lui exprimer en soufflant :

- Ta putain de famille est loin de moi, dans ce bâtiment derrière où je n'entrerai même pas sous la menace alors ne me dis pas ce que je dois faire et fiche-moi la paix.

- Nero sait que tu traînes ici ?

Torres ne souhaita pas relater devant elle ses conversations, conseils et confidences avec Nero. Il s'abstint donc de lui préciser que le maque lui avait désigné cet endroit afin qu'il se calme car de toute façon, elle en aurait profité.

- Nero est mon petit ami, pas mon père.

Torres se retint de serrer le poing mais lui lança un regard mauvais avant de s'approcher le plus près possible de son visage pour la détailler autant que possible. Plus il en voyait et plus sa colère grimpait.

- Cesse de me jeter ce regard, je vais vraiment finir par paniquer ! ironisa Gemma.

- T'as beau être bien foutue pour ton âge et c'est peut-être la seule qui excitait Nero chez toi mais...

- Une jalousie pareille n'est pas possible, tu es juste possessif.

- ... mais tu pues le cambouis et le cuir. Tu t'es faite escalader par des bikers toute ta vie et l'odeur est restée collée sur toi, c'est immonde.

- Toi tu sens l'alcool, comme quoi... et tu t'exprimes par les insultes. Tu n'aimes pas les motards ? Parce que moi, j'en connais un à qui je suis sûr que ça ferait plaisir de passer une nuit avec toi. Par contre, tu n'aurais pas le dessus avec lui. Tu n'en finirais pas de l'avoir dans le cul, c'est moi qui te le dis.

- La ferme !

Gemma lui tourna autour et le mata sous toutes les coutures en écoutant ses râles.

- Pauvre Nero, qu'est-ce qu'il peut bien trouver d'attirant chez toi ? Ton côté bad boy, ta manie de frapper les femmes, ta faiblesse d'esprit, peut-être...

- Je vais vraiment finir par t'en coller une, il ne faudra pas te plaindre.

Gemma se ficha de lui et l'accusa d'être aussi susceptible qu'un gamin. Cette fois, il leva le poing mais réussit à le retenir au dernier moment.

- Ta gueule, maintenant.

Il lui tira les cheveux en arrière et serra les lèvres au point de se les mordre pendant que Gemma lui jetait un regard digne d'elle, gardant sa personnalité solide et provocante.

- Je savais que tu n'étais qu'une brute, c'est écrit sur ton front. Nero finira par vraiment souffrir avec toi si ce n'est pas déjà fait, il doit rester avec toi par pitié ou alors il voit quelqu'un d'...

Le regard humide, Luis venait de lui serrer une main autour de la gorge et fronça les sourcils mais il eut beaucoup de mal à dissimuler la douleur provoquée par ces mots.

- Je t'interdis de parler de Nero, il est très bien avec moi.

- Mon pauvre, tu es parano et plein d'illusions. Il n'y a rien à aimer chez toi, ça saute aux yeux comme la Faucheuse sur le cuir de ces bikers.

Luis perdit tout contrôle et la poussa violemment contre le mur brûlant, Gemma ressentant la douleur à travers le tissus léger de son haut. Il repoussa ses mains ainsi que ses pieds et se plaqua contre elle, la gifla en rageant et cracha :

- J'ai envie de te bouffer les lèvres, de te les arracher avec les dents.

Gemma, dont la force du coup avait fait tourner la tête, la retourna avec résolution et le brava.

- Voilà pourquoi tu n'as rien à faire avec Nero : tu es un cinglé, un sociopathe. Nero Padilla est un homme qui a un cœur en or, il est capable d'aimer et il respecte les gens, tout l'inverse de toi. Vous devriez vous donner un peu d'espace et vous séparer avant que tu ne lui fasses trop de mal.

Blessé d'entendre une chose pareille alors qu'il croyait Nero heureux, Luis se détesta de se poser la question à cause d'elle.

- J'AIME NERO.

- Que tu crois, il est mélancolique comme tu ne peux pas savoir depuis que vous vous "aimez". Décolle-toi de moi parce que je te signale que d'une seconde à l'autre, tu peux te prendre mon genou dans les noix.

- Je te le déconseille. Tout comme je te déconseille d'approcher mon mec à l'avenir, tu n'as pas à lui parler.

- Nero a beau être mon ex mais il est resté mon ami donc je lui parlerai si je veux. Garde ta putain de jalousie au fond de ton crâne et grandis un peu, Torres, parce que la vie est ainsi faite. Et recule tout de suite, je n'ai aucune envie de te sentir bander contre moi.

Bien qu'il se demanda le but d'un tel avertissement, Luis sourit méchamment et plaqua sans douceur une main sur sa nuque pour s'approcher au maximum de son visage.

- Tu voulais me sucer, tu as changé d'avis ? Parce que moi, non.

- N'y pense pas.

Gemma le sentit lâcher sa main pour lui toucher la hanche et lui embrasser le cou mais collée contre lui, elle ne put répliquer avec ses bras en n'ayant aucune visibilité directe. Elle tenta le tout pour le tout en l'entendant s'attaquer à sa ceinture.

- Comme je te l'ai dit, tu te berces d'illusions.

Le repoussant aussi fort que possible, Gemma lui envoya un coup de pied entre les jambes et il s'écroula sous la douleur.

- Espèce d'animal.

Il encaissa encore un coup de poing mais reprit le dessus au moment où Gemma voulut s'enfuir, et pour se venger en ayant plus de contrôle, il la fit tomber et se plaça à califourchon sur elle en lui appuyant une main sur la bouche. Combative, elle se la dégagea et Torres s'amusa en la voyant gigoter.

- Tu as peur d'aimer ça ?

- Aucun risque, pauvre timbré. Attends que ton mec l'apprenne...

- Il n'en saura rien, ça j'y veillerai.

Il cloua sur elle un regard qui lui fit froid dans le dos malgré son courage, la menant à se demander s'il irait jusqu'à la tuer. Cependant la fierté de Gemma l'empêcha de hurler pour appeler à l'aide alors que les siens n'étaient qu'à quelques dizaines de mètres derrière des murs.

- Tu n'es qu'une ordure, Luis.

- Et toi une hypocrite... Gemma. Tu caches bien ton jeu quand Nero est là mais dès qu'il s'en va, tu vides ton sac. Je te conseille de ne plus m'emmerder après ça. Je vais éviter de te défigurer, rassure-toi, on va faire ça proprement. Allez, ouvre grand la bouche.

- Non...

Au moment où il lui ordonna à nouveau en ouvrant son pantalon, il se prit un nouveau coup entre les jambes, beaucoup plus douloureux que le précédent. Il s'écroula sur elle sous l'effet de la douleur et en profita pour lui bloquer tous les membres et éviter encore un coup. Il sentit son parfum à force qu'elle ne se débatte et le respira malgré l'ajout à sa douleur crânienne. Puis il se lécha les lèvres et lui baisa la clavicule et le cou.

- Arrête de me baver dessus et relève-toi, tu sues comme un porc. Au fait...

Il fit une pause pour l'écouter.

- Comme elle me l'a demandé, je ne dirai rien à Jax mais... ça, c'est pour Tara.

Elle gifla violemment Torres qui estima ne rien avoir à recevoir de sa part concernant l'agression de Tara et au moment où il l'étouffa pour la faire taire et leva le poing, elle entendit une voix plus rassurante :

- GEMMA !

Nero venait de passer par le morceau de tôle et courait vers eux en criant, horrifié de voir son cauchemar du moment se réaliser.

- LUIS ! RELÈVE-TOI, NE LA TOUCHE PAS.

L'agent était uniquement concentré sur celle qui manquait d'oxygène et il chuchota :

- Venant d'elle, je l'aurai accepté mais toi tu vas me le payer.

- ARRÊTE, DEBOUT !

Nero ne parvint pas à le redresser et dut violemment l'entraîner sur le côté pour laisser Gemma respirer, lui hurlant de se calmer et aidant ensuite son ex à se relever. Les deux provocateurs ne se quittèrent plus des yeux, la fureur ancrée dans leurs yeux et Luis ne tenait plus en place. Le maque, qui dut l'empêcher deux fois de se rejeter sur elle, analysa la situation et se retint avec beaucoup de difficulté de faire un carnage. Sans les regarder de peur d'exploser, il resta figé sur l'herbe.

- Vous me décevez gravement tous les deux. Lou, comment tu as pu faire ça ? Rattache-moi ce pantalon. Et toi, qu'est-ce que tu fais là ?

- J'ai entendu du bruit derrière, c'est normal de vouloir vérifier ce que c'était ! se justifia Gemma.

- Je l'ai laissé seul ici pour qu'il se calme à cause de toi, justement.

- Il ne voulait plus me laisser partir, Nero.

Torres frappa le mur et descendit la fermeture de son blouson en grognant :

- Quand tu t'es ramenée, je t'ai ordonné de t'en aller plusieurs fois.

Un point pour lui, apparemment. Nero sembla déjà en vouloir à Gemma mais la défendit quand son amant la menaça.

- Tu finiras par y passer, j'en ai assez de tes grands airs.

Nero fit les gros yeux, stupéfait qu'il ose la menacer devant lui. Il semblait avoir perdu la raison.

- Oh non... que je ne te revoie jamais faire ça.

Gardant les yeux sur sa rivale, Luis resta beaucoup trop calme.

- Pas sous tes yeux, d'accord.

Comprenant le sous-entendu, Nero le secoua et se planta droit devant lui pour lui ôter Gemma de la vue.

- Hé ! ni sous mes yeux ni derrière mon dos, Luis.

Torres se dégagea assez brusquement de sa prise et repensa à ce qu'il avait encore fait, estimant au plus profond de lui que son emportement était justifié, pour cette fois.

- Tous tes bons sentiments à l'égard de cette mégère ne lui serviront plus à rien, Nero. Quant à toi, veille à ne pas rester seule sinon tu ne tiendras pas longtemps, reste bien auprès de ton fiston.

- Ben voyons.

- Je rentre, Nero, à plus tard. Ou pas, ça sera comme tu voudras.

Étonné, Nero eut un haut-le-cœur.

- Quoi ? Ça veut dire quoi, ça ?

Luis les dépassa en ôtant entièrement son blouson et en effet, son t-shirt gris en dessous était couvert de sueur et lui collait à la peau. N'écoutant pas Nero qui le rappelait, il prit le passage avec l'intention de s'éloigner de cet endroit. Il sentit son cœur battre de plus en plus fort et en entendant les deux autres se disputer derrière, il s'arrêta dans l'arrière-cour pour reprendre une respiration régulière en s'appuyant contre le mur, mais il fulmina en entendant les voix se glisser par ce passage qu'il maudissait déjà :

- Qu'est-ce que tu as bien pu lui dire ou lui faire ?

- Laisse-le partir, c'est un homme mauvais et il ne te mérite pas. Tu es trop gentil et trop laxiste avec lui.

Sa respiration redevenue à peu près normale, Luis reprit la fuite avant que son amant ne le rattrape mais Nero fut plus énergique et courut.

- Lou !

- Fous-moi la paix, je ne veux plus parler à personne.

- Pourquoi tu m'as dit ça, tout à l'heure ?

Les yeux en pleurs, Luis s'arrêta et se tourna en répondant :

- Demande à ton ex, c'est elle qui prétend qu'on n'a rien à faire ensemble et que tu n'es pas heureux avec moi. Si c'est vrai, tu n'avais qu'à me le dire.

Il afficha une mine désolée à Nero qui ouvrit la bouche sous le choc, et leur tourna le dos.

- Je n'ai plus rien à foutre dans cette ville.

Nero hurla son nom encore un fois avant de demander à Gemma, presque en pleurant :

- Comment tu as pu te permettre de lui balancer une telle chose ? C'est d'une cruauté sans pareille, même pour lui.

- Affronte la vérité, tu n'as rien à faire avec ce violeur.

- C'est moi que ça regarde.

Luis n'était pas assez loin pour ne pas entendre ça et stoppa son allure alors que sa silhouette était masquée à Gemma par celle de Nero. Celui-ci préféra chuchoter tellement il était en colère envers son ex.

- Ferme-la, j'en ai vraiment marre. Je suis assez grand pour prendre des décisions tout seul et je sais avec qui je veux vivre ma vie. Tu n'avais aucun droit de lui dire une chose pareille. Je l'aime, Gemma.

Le temps que la rage de Nero provoquée par cette agression verbale ne disparaisse, Luis s'était rapidement rapproché en balançant son blouson et le bouscula avant de frapper Gemma de toutes ses forces. Peu surpris même s'il l'avait cru parti, le proxénète l'arrêta au moment où il allait recommencer.

- Arrête.

Malgré les avertissements reçus, Gemma n'en fut pas moins stupéfaite et secouée par l'impact et Nero dut les séparer tous les deux quand elle passa aussi à l'offensive, ne sachant s'il devait prier pour que du renfort arrive ou bien s'estimer heureux qu'ils ne soient seuls à l'arrière. Gemma ne put atteindre Luis au visage et changea de cible en voulant lui donner un coup de pied dans les parties génitales, mais l'agent esquiva d'un geste rapide et voulut l'atteindre encore une fois.

- NON !

Nero se tint solidement au milieu et éloigna Torres de toutes ses forces, mais ce dernier finit par lui mettre son poing dans la figure sous le coup des nerfs. Malgré le fait qu'il ne le regrette après coup, la chose était faite. Sous le choc, Gemma stoppa tout mouvement et regarda Nero. Tremblant de rage à cause d'eux, il plaqua violemment son amant contre le mur où Luis se cogna la tête très fort. Le coup lui fit fermer les yeux quelques secondes et Gemma posa une main sur l'avant-bras de Nero lorsqu'il voulut le frapper. Luis rouvrit doucement les yeux et ne voulut plus se défendre contre lui. Pourtant, Gemma avait fini par l'en empêcher car elle ne souhaitait pas assister à une bagarre entre amants, surtout d'une telle violence.

- D'accord ! cette fois on arrête. Nero, pas toi.

L'un saignait à la bouche et l'autre à la tête, chacun avait fait couler le sang de l'autre et Nero considéra que le prix avait été payé. Son regard menaçant rappela à Luis celui de son père et le plus jeune voulut le voir disparaître.

- P... pardon Nero.

Le maque décida finalement de le relâcher et Luis gémit de douleur avant de partir lentement tout en ramassant son blouson, Nero tendant tout de même un bras dans sa direction. Gemma tourna les yeux pendant que Nero fixait le sol et elle finit par se masser la joue.

- Il cogne encore plus fort que Clay.

Enragé d'en être arrivé là avec son compagnon à cause d'elle, Padilla donna un coup de pied dans le mur.

- Luis n'a rien à voir avec ton ex-mari alors ne les compare pas. Il est difficile à contrôler et je fais tout ce que je peux pour essayer de le faire changer, même lui y met du sien. Ça le bouffe de l'intérieur de se conduire comme il le fait, c'est pour ça qu'il essaie de s'en sortir et si c'est vraiment toi qui l'a provoqué dans ce terrain, tu lui as fait faire un putain de bond en arrière.

- Mais enfin Nero... il s'est attaqué à Tara. Ton propre mec a violé une de tes amies et c'était il y a peu de temps alors ton bond en arrière, tu peux te le mett...

- Il ne savait pas que je connaissais Tara et même s'il l'avait su, on n'était pas encore ensemble lui et moi.

- Peu importe, c'est arrivé. Ce type est violent et il te rend violent, il est fou dans sa tête.

Le regard de Nero devint extrêmement froid.

- Doucement, je l'aime alors fais attention à ce que tu dis.

- Je comprends, Nero, mais tu n'étais pas comme ça avant.

- Ne parle pas de lui comme ça. Tu ne le connais pas et tu ne sais pas ce qu'il a pu vivre. Il est tout le temps en train de mettre sa vie en danger, comme ton fils. Ce genre de choses, ça change une personne.

- Sauf que mon fils ne cherche pas à corriger ça en se branlant sur la première venue. J'en sais assez sur ce Torres pour savoir que tu l'aimes tellement que tu le laisses te taper dessus, je ne t'ai pas connu comme ça. Nero, tu as l'air de vouloir échapper à la réalité, ton mec vient de te cogner.

- À cause de qui, hein ? Je t'ai dit ce qu'il était capable de faire et toi tu l'as carrément poussé à te frapper. Il serait capable de te tuer si je vous tournais le dos, maintenant. En plus il a raison pour Tara, ça ne te regarde pas.

Il avait apparemment entendu leurs dernières paroles. Indignée, Gemma pointa du doigt le club à côté d'eux.

- Tara est de ma famille, je te signale.

- Elle ne s'est pas mêlée de ce qu'il t'est arrivé, elle.

- De quoi tu parles ?

Nero baissa la tête.

- Ton fils m'a dit pour les aryens, je suis désolé...

- Quoi ? Le petit con...

- ... mais peu importe parce que Tara n'a pas versé d'huile sur le feu, à l'époque.

- Sauf que Tara ne se tapait pas un de ces aryens, il me semble.

- Je parie que tu l'as forcée à parler.

- Il le fallait bien sinon la pauvre n'aurait rien dit, j'ai fait comme elle a fait avec moi. Jackson m'a demandé de la surveiller parce qu'elle se conduisait différemment mais j'ignorais qu'elle m'avouerait un truc pareil. Comment tu sais que je l'ai brusquée pour parler ?

- Parce que même si Luis lui a fait du mal, elle lui a montré beaucoup plus de respect que toi. La preuve, je mettrais ma main à couper qu'elle t'a demandé de ne rien lui dire et de ne pas t'en mêler.

Il s'accroupit en posant les mains de chaque côté de son visage, le regard rivé sur le béton.

- Il a plus de droiture que tu ne l'imagines, tu ne comprendrais pas ce qui le pousse à agir de cette manière de toute façon.

- Parce que toi oui ?

Gemma s'avança et lui parla sur un ton plus doux.

- Nero, il allait me forcer à lui en tailler une avant que tu n'arrives et il ne me l'a pas caché.

Le maque releva un regard empli de dégoût et de douleur bien qu'au fond de lui, il s'en était douté sur le moment.

- Je voudrai qu'il me parle de son problème, lui seul en connaît l'origine mais quelque chose le bloque et ça doit être de taille. Je sais seulement que son père le battait à cause de son bord. En dehors de ça, j'essaie de le rendre meilleur et c'est tout ce qui compte, Gemma. Si toi ou d'autres le poussent à rester mauvais, mes efforts ne serviront à rien.

Ils restèrent un instant silencieux avant que Nero n'entende avec une grande surprise des excuses de sa part, ajoutant qu'elle avait juste vengé Tara à sa manière. Gemma lui posa ensuite une main sur l'épaule.

- Tu devrais le rattraper avant qu'il ne tue quelqu'un. T'en meurs d'envie et ça se voit.

- Je sais mais...

- HÉ ! hurla Jax.

Nero se releva. Le président se dirigeait vers eux et semblait furieux mais pas autant que Gemma qui croisa les bras en constatant que ce hurlement lui était partiellement adressé.

- Je te prierai de changer de ton quand tu t'adresses à moi, Jackson Teller.

- Je veux bien mais qu'est-ce qu'il s'est encore passé avec Torres ? Je sais que ça a mal démarré avec lui mais...

- On s'est disputés mais je vais régler ça, improvisa Nero.

- Rien que ça ? Il a du sang plein la nuque et toi sur le visage alors c'est loin d'être une dispute ordinaire.

Refroidi d'avoir à y repenser, Nero fronça les sourcils et Gemma parla avant lui :

- C'est de ma faute s'ils en sont arrivés là. J'ai provoqué Torres, il m'a flanqué une droite et ils se sont battus.

- Il t'a cognée ? répéta Jax.

Nero eut peur de voir une autre personne s'en prendre à Luis mais au lieu de ça, Jax s'énerva plus sur sa mère :

- Ne t'ai-je pas dit que ce mec s'énerve dès qu'on lui adresse la parole ? Et puis pourquoi il a fallu que vous parliez loin des autres, tous les trois ? Ça aurait forcément fini par arriver, une merde pareille.

Jax jura et regarda son ami en secouant la tête pour l'avertir.

- Il est complètement dans le cirage alors j'espère qu'il n'est pas venu en voiture parce qu'il repartait, là.

- Qu'est-ce que tu dis ? Je l'ai blessé à ce point là... où... où il est ?

- Il est reparti alors si tu veux le raccompagner... merde ! c'est à lui, ça ?

Ils suivirent son regard posé sur le mur, Nero n'y avait pas été doucement en le plaquant. Le mur de briques abîmées contenait de nombreux trous et bosses et celle qu'avait percuté Torres avait une légère pointe. Padilla s'avança et s'affola immédiatement :

- Lou !

Gemma ne cacha pas sa crainte non plus et se sentant coupable, l'accompagna lorsqu'il courut rechercher son amant qui risquerait d'avoir un accident en prenant le volant, étant donné la quantité de sang qu'il perdait. "Ils sont amis ces deux-là ou quoi ?" pensa Jax. Nero repensa aux mots de Gemma comme quoi Luis le rendait violent et se rendit compte que cela n'était vrai que lorsque leur amour était mis à l'épreuve par une tierce personne qui cherchait à faire du mal à l'un d'eux.

Il arriva près de la voiture et s'arrêta à quelques mètres en voyant Luis écroulé sur le volant. Sa nuque était rouge de sang et ses mouvements mal coordonnés. Tout à coup, le maque réalisa qu'il s'était penché pour prendre un pistolet dans sa boîte à gants. Pistolet qu'il arma en mettant une balle dans la chambre et qu'il tourna vers son visage avant de regarder le canon.

- Oh ! Luis, non... donne-moi ça.

Il vit Gemma à la fenêtre du siège passager.

- Il va perdre connaissance.

Le maque sentit sa main s'humidifier et constata avec horreur qu'elle était pleine de sang alors que Torres délirait et réclamait son arme.

- Il n'est plus là, il n... plus là, il...

- Je suis là. Tu as pris un mauvais coup à la tête à cause de moi, shhht.

- Je suis tout seul... où est Nero ? Romeo ?

- Lou ?

- Nero, il déraille. Il faut le conduire à l'hôpital sans tarder, il perd trop de sang.

Ils s'entendirent pour s'entraider et le mettre à l'arrière sans le malmener mais Torres s'avéra être lourd. Ils eurent de la chance que Jax ne revienne accompagné de Tig et Happy. Ce dernier donna un chiffon propre à Gemma qui, une fois qu'ils eurent placé Torres à l'arrière avec elle, le posa doucement sur la blessure afin de ralentir le saignement. Jax regarda Nero par la fenêtre et posa une main sur son bras :

- Je vais prévenir Parada, n'hésite pas à passer un coup de fil.

Roulant doucement et prudemment, Nero parlait à son amant pour l'empêcher de sombrer dans l'inconscience quand son ex l'interrompit.

- Qu'est-ce que tu vas leur dire, à l'hôpital ? s'enquit Gemma.

- Je dirai que c'est mon cousin venu du Mexique ou autre chose, je verrai bien. Je donnerai une fausse identité au cas où. On est à Charming, ils ne s'attarderont pas sur la paperasse.

- Oui, bonne idée. En tout cas, c'est un costaud, j'en connais qu'une telle perte de sang aurait déjà tués. Oui ?

Torres avait posé une main sur sa joue et garda les yeux ouverts autant qu'il put.

- C'était ma faute, je te demande par... pardon.

- C'était notre faute à tous les deux, Luis. Je suis autant responsable que toi, même plus.

Malgré sa profonde inquiétude, Nero sourit tout en blâmant le fait que seul un drame parvenait à rapprocher des gens qui s'exécraient. Toujours conscient, Luis se perdit quelques instants dans ses pensées en regardant le siège de devant.

- Nero, ne me mens pas. Il a un problème, non ? Tara m'a dit que quand il s'en est pris à elle et même après, il a été jusqu'à lui présenter des excuses.

- C'est juste un problème de maîtrise, je pense. Luis est loin d'être mauvais, il faut le connaître c'est tout. À la moindre provocation, il répondra toujours parce qu'il est comme ça, comme toi. Mais si le résultat fait trop de dégâts, il finit toujours par le regretter.

- Un vrai petit ange, finalement.

Hôpital St. Thomas

Luis se réveilla sans ouvrir les yeux, avec une douleur supportable mais qui lui coupa l'envie de faire un mouvement. Sauf dès lors qu'il sentit le confort trop étrange de ses draps doux et là, il ouvrit les yeux.

- Non, pas ça.

Il n'était pas chez lui ni au motel, il chercha alors à se remémorer ses derniers souvenirs et jura en se rappelant sa blessure. "Évidemment, je suis à l'hosto. Dire que je n'y ai pas pensé alors que c'est limpide... " pensa t-il en regardant la pièce clair et vide de toute ambiance. Torres haïssait les hôpitaux et malgré tout ce qu'il avait subi dans la vie, jamais il n'y avait mis les pieds. Du moins, pas en tant que patient. Il tenta de se relever pour descendre du lit mais fit trop de bruit, alertant le personnel qui se trouvait à l'extérieur de sa chambre. Un chirurgien et deux infirmières plus jeunes que lui et décidés à faire leur travail.

- Monsieur, vous savez où vous êtes ?

- Monsieur, vous devez vous recoucher. Vous avez perdu beaucoup de sang et vous avez des sutures, il faut vous reposer.

- Je ne veux pas me reposer, je dois voir quelqu'un.

- C'est impossible pour l'instant.

- Laissez-moi, bande de...

Assailli et encerclé, Luis commença à sentir cette montée d'adrénaline qui le submergeait toujours en pleine fusillade, mélangée à une dose de stress de laquelle il se serait bien passée. Claustrophobe limité, il paniqua brutalement lorsque les médecins voulurent le canaliser en l'empêchant de bouger et chercha à frapper le chirurgien. Ce dernier le maîtrisa avec aise et ajouta à sa collègue :

- Daphne, allez chercher la sécurité sinon monsieur ne se calmera pas.

Au moment où elle voulut y aller, elle croisa Nero qui revenait avec un café dans la main. Il le posa sur un chariot à proximité et leur proposa son aide.

- Hé ! non, laisse-les faire.

- Nero, sors-moi de là ! supplia Luis.

Le maque éloigna les blouses blanches avec vigilance et lui prit les poignets.

- Tu as eu une commotion, tu dois rester au lit.

- Ça fait combien de temps que je suis là ?

Nero jeta un œil à sa montre et soupira :

- Tout juste trois heures vingt-sept, je comptais les minutes tellement j'avais peur.

- J'ai mal au crâne.

- Raison de plus pour ne pas t'énerver.

Les médecins proposèrent de les laisser un peu, le temps que leur patient ne reprenne son calme.

- On revient dans dix minutes pour votre antalgique.

- Sûrement pas. Pas de piqûres, je déteste ça.

- C'est fini, oui ? Tu y passeras et j'y veillerai sévèrement.

Remercié par le personnel, Nero fut enfin tranquille avec son compagnon qui parut soudain mal à l'aise.

- Ces horreurs qu'on nous fait porter... Déjà à la télé, je ne supporte pas de voir ça mais le vivre, c'est encore pire. Je me sens à poil là-dessous et c'est franchement désagréable.

Nero afficha un sourire et baissa la tête pour lui montrer en lui tapotant sur la cuisse.

- C'est peut-être parce que tu l'es.

Luis fit les gros yeux en le regardant puis se recouvrit lentement en regardant son amant qui mourait d'envie de rire.

- C'est comme ça, il va falloir t'y faire. Excuse-moi un instant, je vais emprunter tes W.C. et je reviens.

Il se leva en lui caressant le bout des doigts et disparut par la porte désirée au moment où celle de l'entrée pivota pour laisser entrer Gemma. Incapable de réagir, Luis se contenta de la suivre des yeux, méfiant et mystérieux.

- Nero est là ?

- Euh... pas loin, oui.

Elle s'approcha de lui sans réel tact mais lui demanda tout de même s'il allait mieux. Le voir hésiter à parler l'éclaira sur le fait qu'être seul avec elle ne le rassurait pas du tout.

- J'ai l'impression que tu es mal à l'aise quand on n'est que tous les deux. Je vais aller chercher Nero, si tu veux.

- Non, attends...

Au moment où elle se leva pour faire demi-tour, le brun lui attrapa doucement la main et respira profondément.

- Pardon de t'avoir mis mon poing dans la figure.

- Tu sais, chéri, j'ai l'habitude des coups. En revanche, ce que tu as voulu me faire dans le terrain ne m'était jamais arrivé.

- Désolé, je sais que c'est dégueulasse et...

- Roooh !

Gemma lui caressa les doigts pour le rassurer.

- Chéri, on se relaxe. Tu n'as pas arrêté de t'excuser dans la voiture, j'ai failli en faire une overdose. Voilà ce que c'est que d'avoir une blessure à la tête, on oublie tout.

- J'ai tendance à réagir trop vite quand on m'énerve.

- Je le sais, Nero m'avait prévenue mais je n'ai pas pu m'en empêcher. Je voulais me battre avec toi pour avoir le plaisir de t'en coller une.

Sans comprendre véritablement, Luis demanda :

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Je te l'ai dit : parce que j'ai estimé que Tara avait été trop gentille. J'ai juste voulu que tu reçoives la correction qu'elle ne t'avait pas infligée et comme elle ne veut pas que Jax soit au courant, quelqu'un devait agir.

Réfléchissant au sujet, Luis perdit son regard par la fenêtre et en la regardant à nouveau, finit par lui donner raison.

- C'est vrai, oui.

- Je vais devoir aller chercher mes petits enfants. Remets-toi bien et ... ouh ! salut, toi.

Nero avait volontairement attendu avant de sortir pour éviter de montrer qu'il avait tout entendu mais ne fit aucun commentaire, souriant et saluant son ex. Il se rassit auprès de son amant et ils parlèrent tous les trois, Luis comptant de plus en plus les minutes.

- Allez les garçons, je vous dis à la prochaine.

Elle déposa un baiser sur la tempe de Nero après un sourire échangé. Luis insulta la lumière qui lui donnait mal à la tête et ferma les yeux en se posant une main sur le front, si bien qu'il ne vit plus rien, pas même Gemma se pencher sur lui pour lui dire au revoir à sa manière. Figé, il serra les lèvres en rouvrant les yeux après avoir réalisé qu'elle avait déposé un baiser sur ses lèvres. Une fois qu'elle fut hors de vue avec la porte refermée, Nero rit en voyant qu'il n'avait toujours pas bougé d'un cil et passa une main sur son visage rougi.

- C'est sa façon à elle de se comporter avec ses proches, même Tara y a déjà eu droit, c'est dire.

Il lui prit la main et ils restèrent un instant sans rien dire, savourant ce silence bienvenu. Puis Nero s'assit au bord du lit et lui posa une main sur le ventre, perdant son sourire en même temps.

- Je n'en reviens pas d'avoir failli te tuer.

Son amant soupira en fermant les yeux.

- Laisse tomber. Je t'ai collé une pêche et j'aurai sûrement recommencé si personne ne s'était calmé, moi surtout. Tu as fait la seule chose qu'il fallait faire, tu m'as remis les idées en place.

Outré, Nero retint ses larmes.

- Les idées en place ? Lou ! Jax est venu nous engueuler parce que tu étais à moitié évanoui et que tu allais prendre le volant et... on a vu le sang sur le mur. Je n'avais même pas remarqué que tu en avais perdu autant. Si Jax n'était pas arrivé, tu serais sûrement mort dans ta voiture.

Malgré son chagrin, Nero se rembrunit.

- En plus de ça, tu avais l'intention de te coller une balle quand on est arrivés. Tu as voulu te...

- Nero, ne reviens pas là-dessus ! coupa Luis, plus ferme.

Torres l'attira contre lui pendant que Nero se perdait dans les regrets et les larmes. Cependant, lui était très contrarié d'avoir été surpris dans une telle posture même si son compagnon lui avait sauvé la vie.

- Je suis là, pas dans la voiture. Et pour le flingue, j'ai juste déliré.

- Non, bébé.

Nero sentit qu'il n'était pas sûr de lui mais voulut recoller doucement les morceaux. Il l'embrassa doucement, jusqu'à ce qu'une douleur derrière la tête de Luis ne se fasse sentir et Padilla le rallongea lentement. Tout à coup, la porte s'ouvrit à la volée sur Parada qui entra en trombe dans la pièce.

- Hé fiston... comment t'as atterri ici ?

- Voici venir mon papa poule.

- Ta tête, ça va ?

- Qu'est-ce que je disais...

Souriant, les deux hommes se tournèrent vers Parada et Nero commença à se demander quelle allait être sa réaction en apprenant la vérité.

- Au moment où Teller m'a prévenu, des flics ont débarqué au club en masse et on a été obligés de se planquer. Ces cons ont eu un faux tuyau, ils avaient les boules et pourtant ils refusaient de repartir. Je flippais à mort pour toi et je ne pouvais pas sortir, alors une des femmes a proposé de passer à l'arrière dans un terrain vide pour faire le tour et revenir avec une bagnole.

- C'est gentil de sa part, ça ! reconnut Nero.

Romero haussa les épaules.

- Ouai, elle avait l'air inquiète même si j'avais plus l'impression qu'elle était pressée de nous voir repartir. Les gars ont du attendre le départ des flics avant de se barrer.

- Inquiète ? Comment elle était physiquement ?

- Des cheveux blonds et rouges et un parfum à l'odeur de rose. Avec Lou, je m'y connais.

- Penny ! dit Nero.

Interrogeant soudain Luis en voyant son sourire instantané, l'agent leur expliqua son instant de tranquillité et de discussion en compagnie de cette femme. L'instant d'après fut tellement silencieux que Torres devina quels seraient les prochains mots. Il tourna la tête dans tous les sens pour réfléchir à une excuse à fournir et qui éviterait à son boss de filer un coup de poing à Nero. Il s'estima chanceux d'en trouver une au bon moment.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé alors, quelqu'un t'a attaqué ?

Nero commença.

- C'est...

- Je ne me rappelle pas.

Au moment où il avait décidé de tout dire, Torres lui avait coupé la parole. Le maque choisit donc de ne pas fausser son explication par un regard fuyant ou un mot de trop, se doutant que Luis voulait lui éviter une colère énorme de la part de son meilleur ami.

- Les médecins disent que c'est temporaire, c'est dû au choc mais ça va me revenir. Mais... Romeo, qu'est-que tu fabriques ?

Son aîné s'était approché pour vérifier l'arrière de sa tête : les sutures, les produits et ses cheveux rasés.

- Mano, je crois que tu vas devoir passer la nuit ici, ou plus.

- Ah non !

Sursautant avec de grands yeux, Luis s'énerva et voulut sortir de son lit mais ses amis l'en empêchèrent en le gardant plaqué dessus, essuyant par-là quelques injures par rapport à leurs bras sur les siens. Il fut aussi pris de panique l'espace d'un instant, fait observé par les autres et les obligeant à se regarder discrètement.

- S'il le faut, tu resteras là.

- Moi vivant, jamais.

- Si, mon cher.

Les médecins refirent leur apparition pour le plus dur moment de la journée, les manches relevées et une table pleine de seringues au cas où Torres ne s'en prendrait au matériel médical. Parada demanda la cause d'un tel attroupement et souffla après l'explication de Nero, l'un comme l'autre n'étant pas confiant du tout.

- Votre blessure était suffisamment importante pour vous garder en observation au moins une nuit.

Luis fusilla l'infirmière du regard et regretta que le coup de feu n'ait pas pu partir dans la voiture, non sans maudire cette pensée par rapport aux deux seules personnes qui comptaient pour lui dans la vie.

- Vous m'avez regardé ? Je ne supporte pas ce genre d'endroits et en plus de ça, personne ne me donne d'ordres. Oui bon d'accord... à part toi, mon vieux.

Cette fois, son supérieur lui jeta son regard professionnel et le força à se taire pour laisser les personnes compétentes faire leur travail. Il paraissait aussi différent depuis quelques minutes et les regardait chacun leur tour encore et encore. Malgré son calme, Nero finit par s'irriter et lui demanda de tout balancer si besoin et c'est ce que fit l'homme aux cheveux longs après avoir croisé les bras.

- J'ai croisé Gemma Teller en bas, ça m'a étonné de la voir ici mais elle m'a tout dit. Et quand je dis tout... c'est tout.

Par respect, les médecins s'occupèrent de leurs affaires pendant que Luis regardait son amant avec une expression bien à lui.

- En plus, il vous a coupé la parole et je ne suis pas né de la dernière averse. Je voulais seulement voir s'il me dirait la vérité et ce con m'a menti.

Nero posa la main sur le bras de Luis et ils se regardèrent avec hésitation, laissant croire à Parada que les choses "semblaient arrangées", et tous les trois restèrent silencieux jusqu'à ce que le pire arrive.

- Alors, on est au taquet pour l'antalgique ? sourit le médecin.

- Pas le moins du monde, non ! râla Luis.

Cette fois, Nero éclata de rire et Romero demanda :

- C'est vraiment obligé ?

- C'est dans son intérêt, sinon il risque de très mal dormir. Ne vous en faites pas, il est loin d'être le seul à craindre les aiguilles. Mais à son arrivée, il est devenu si agressif qu'on a du se mettre à plusieurs pour le sédater.

- Mais ce n'est rien, je vous ai dit ! râla Luis en tournant la tête.

L'infirmière Dawson, une blonde d'une vingtaine d'années avec d'épaisses lunettes qui ne cachaient rien de son charme, lui posa une tape sur le pied.

- Bah ! s'étonna Luis.

- Ce n'est rien, ce n'est rien... En attendant, dans votre délire, vous avez voulu frapper le docteur Velasquez quand il vous a approché.

Puis elle regarda Nero avec une grande mine de soulagement.

- Par chance, notre collègue est très doué en self-defense et l'a calmé en menaçant de prévenir la sécurité.

L'infirmière le prit à part et prit soin de ne pas se faire entendre de Torres.

- Ça tombe bien que vous soyez là. Comme il a peur des piqûres et qu'on doit lui faire son injection contre les maux de tête... si vous pouviez lui parler, ça nous éviterait d'avoir à l'endormir.

Nero fit les gros yeux en se grattant la nuque, cela lui était sorti de l'esprit.

- Vous ne savez pas de quoi vous me parlez, même moi je n'y arriverai pas. Il serait capable de m'en flanquer une et de tomber sur tout le monde ensuite. Il est très chiant quand il s'énerve, vous l'avez remarqué. Mais bon... je vais le tenir s'il le faut.

Reconnaissante mais légèrement désespérée, l'infirmière appela du renfort et finalement, Luis resta plus calme qu'ils ne l'avaient tous espéré étant donné sa migraine mais il ne resta pas sans broncher. Parada le força à le regarder dans les yeux pendant ce temps-là et Torres s'énerva, se comparant à un aliéné en proie à sa folie.

- Aurelio, c'est pour ta tête alors ne fait pas l'enfant.

Luis eut du mal à réagir par rapport au prénom et jeta un regard noir à Nero pendant que deux médecins costauds le maintenaient solidement.

- Je déteste ça, putain. Tout ce qui pique et coupe me fout les jetons, Nero.

Nero adoucit son regard et lui caressa la joue.

- Il le faut, c'est pour t'éviter d'avoir la rage.

- Tsss... très drôle.

Romero haussa les sourcils et parut pensif.

- Tu n'as pas peur de ton couteau, il me semble. Pourtant, il est plus que tranchant.

- J'ai ce couteau depuis toujours, mano. J'en suis autant proche que je suis proche de vous deux.

Nero se força à sourire.

- Ravi d'être comparé à un couteau.

Une fois le tout effectué correctement par le docteur Velasquez, ils écoutèrent en soupirant et en souriant Luis râler et insulter tout le monde, y compris ses amis. Il fut d'ailleurs nommé le "pire patient de l'année". Romero reçut un appel et dut partir sans le vouloir, non sans demander à son ami de prendre soin de lui. Nero retourna voir celle qui jetait le matériel usagé tandis que les renforts sortaient avec tous les honneurs et que le dernier médecin vérifiait l'assoupissement de Torres, qui luttait de toutes ses forces contre le produit.

- Vous le connaissez depuis longtemps ? Vous êtes de la famille ?

- Oui, on est ensemble.

Il avait finalement opté pour une vérité partielle, devant laquelle l'infirmière fut troublée et demanda :

- Ensemble alors qu'il vous frappe ?

Le maque rit nerveusement.

- C'est déjà arrivé mais c'est une longue histoire.

- J'imagine, oui. Et est-ce qu'il fait des cauchemars la nuit ? Parce qu'il s'est agité pendant l'opération au point qu'on a du lui redonner une dose de peur qu'il ne se réveille en plein milieu.

- Il en fait pratiquement toutes les nuits et ça dure depuis plus de vingt ans.

- C'est anormal, comment est-ce possible ?

Nero n'hésita pas à parler à cette femme car elle était médecin, même si Luis s'y serait opposé en étant pleinement conscient.

- Son père lui faisait du mal et il ne s'en est jamais remis, je n'en sais pas plus.

Devant l'expression furieuse de Nero qui se perdit dans ses pensées, elle ne demanda rien de plus et imagina le pire.

- Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais c'est sûrement à cause de ça qu'il est aussi nerveux et agité.

- Oh ! vous êtes mignon, doc.

Ils tournèrent rapidement la tête vers Luis pour le voir en train de sourire et de faire des signes de main au docteur Velasquez qui riait en attendant qu'il ne s'endorme.

- Un tel changement surprend toujours même si on a l'habitude. On est à Charming, après tout. Un Mayan sous morphine m'a déjà demandé en mariage, c'est dire.

Nero haussa les sourcils en souriant.

- Le monde est vraiment étrange.

L'infirmière tenta de le rassurer à propos de ce genre de comportement.

- La preuve qu'un être humain a toujours deux facettes. Ne vous en faites pas, c'est courant chez les patients. Qu'ils soient renfermés, violents ou même adorables et un tantinet dragueurs, le produit est toujours le plus fort.

Nero sourit en direction de Luis qui tapotait sur la main de Velasquez en marmonnant des compliments.

- T'inquiète, je n'ai pas de femme.

- HUM... mais moi, je suis toujours à côté de toi.

Torres tourna la tête vers lui et Nero lui fit un clin d'œil.

- Hé ! coucou bébé. Regarde, j'ai un médecin ultra canon rien que pour moi.

Nero éclata de rire.

- Si ton pote pouvait voir ça, il serait aux anges.

Il préféra éviter de nommer Parada publiquement pour la même raison que Luis était devenu Aurelio. Le secret restait le secret, ils avaient déjà de la chance que dans une ville aussi surveillée, les médecins n'aient pas fait les difficiles à propos de ses origines troubles. Par pur enfantillage, Nero sortit son téléphone et filma Luis quelques secondes, le temps d'une nouvelle séance de drague avec le docteur Velasquez. Puis il demanda avec précaution avant que son amant ne le fasse à son prochain réveil, s'il pourrait sortir le lendemain. Le chirurgien l'approuva à condition que son patient prenne soin de lui mais Nero lui fit part de sa crainte de le laisser seul, aussi bien par rapport à lui qu'à eux.

ooOOoo

Le lendemain, 12h00

À l'extérieur de St. Thomas, Gemma venait de terminer une discussion légèrement houleuse avec Tara à propos de ce qu'elle n'aurait pas du faire et la plus jeune était retournée travailler après avoir fini sa cigarette. Par simple honnêteté, la matriarche de Samcro s'était mise en tête d'avouer la vérité concernant Luis et bien que celle-ci fut mal accueillie, Tara apprécia néanmoins par reconnaissance, espérant qu'aucune étincelle n'en avait été rallumée.

Gemma, après avoir également fini de fumer, était sur le point de repartir au moment où Jackson se gara devant l'hôpital, descendant de sa voiture en compagnie de son fils. Il embrassa sa mère et demanda :

- Salut ! ça te dérange de prendre Abel pour l'emmener à l'école cet après-midi ? Il faut que je retrouve les Niners et je suis à la bourre.

Toujours partante pour le petit blond, Gemma lui caressa les cheveux.

- Non, bien sûr. Tu vas rester avec moi, Abel, on va aller où tu veux.

Gemma prit la main d'Abel et lui proposa de faire ce dont il avait envie, le petit voulut aller se promener à pied et manger une glace.

- Tout ce que tu voudras, mon bébé. Mais après, nous irons te donner à manger correctement parce que les glaces ne vont pas te calmer la faim.

Ce à quoi il répondit avec le sourire :

- D'accord.

Les embrassant à nouveau tous les deux, Jax repartit en vitesse pendant que sa mère et son fils s'éloignaient du bâtiment dans l'autre sens, main dans la main. Elle adorait ces instants familiaux passés avec son petit-fils, qui lui rappelait tant Jax lorsqu'il était enfant. En marchant, elle constata prendre de la distance par rapport à Abel et se retourna. Il fixait quelque chose ou quelqu'un derrière et Gemma suivit son regard : Nero et Luis s'embrassaient plus loin, le maque étant assis sur un muret et posant les mains sur la taille de Luis. "Il est déjà sorti ?" pensa t-elle. Elle sourit, adorant voir divers types de personnes oser exprimer ouvertement leurs différences. Cependant, elle oublia un détail.

- Oups ! Par ici, Abel.

Haussant les sourcils, Gemma dut détourner le regard du petit qui n'avait pas de scrupule à se montrer trop curieux. Ils reprirent la route sans se soucier de rien même si l'enfant se retournait encore de temps à autre.

- Nero, il aime un monsieur ?

La question fit rire Gemma par sa façon mignonne d'être posée.

- Eh oui mon chou, ça arrive. Tu sais, c'est tout ce qu'il y a de plus normal dans la vie.

Tout en marchant, Abel leva la tête vers elle et manqua de tomber. Elle le rattrapa et vérifia qu'il allait bien.

- Attention mon bébé, tu aurais pu te faire mal.

- Mon copain Trent, il vit avec deux mamans. C'est pareil ?

Gemma sourit largement devant l'innocence de son petit-fils.

- Si tu savais comme je t'aime, mon bébé. Oui, c'est exactement pareil.

Au loin, Luis se sépara rapidement en voyant que Gemma et le petit étaient passés à quelques mètres d'eux sans qu'ils ne s'en soient aperçus. Nero vérifia sa tête encore sous l'effet d'une légère douleur. Torres avait tenu à rester sans médicaments à prendre pour la moindre douleur, décidant de se contenter d'aspirines ordinaires malgré l'inutilité de la chose. Il était déjà nerveux de devoir retourner ultérieurement à l'hôpital pour faire retirer les fils.

- Tu ne te sens pas tranquille, toi. Je vais te ramener.

- Oui, merci. J'ai vraiment mal dormi, ici.

- Motel ou maison ?

- Direction la maison, j'ai envie de revoir mon partenaire aussi. La solitude ne m'a jamais autant pesé que dans cette chambre d'hôpital.

Nero lui fit réaliser son exagération venant du fait qu'il n'y avait même pas passé vingt-quatre heures et en chemin, il lui jeta des regards en biais avant de se décider à parler lorsqu'ils atteignirent presque sa voiture.

- Romero s'en voulait de n'avoir pas pu venir te récupérer.

- Mon papi ne va pas en faire un drame, quand même.

Les deux hommes sourirent mais Luis remarqua que Nero semblait préoccupé.

- Lou, tu es claustrophobe ?

L'agent garda la tête baissée en marchant.

- Tu n'as pas honte, j'espère ?

- Non. Enfin... disons que cette peur n'était pas remontée à la surface depuis des décennies. Mais je l'ai toujours traînée derrière moi, mon père m'enfermait tout le temps et il m'attachait à mon lit quand j'étais gosse.

- Quoi ?

- Oui, à la moindre connerie. Il y a prescription, t'en fais pas.

Heurté, Nero s'arrêta et planta son regard dans le sien en lui caressant la joue.

- Mais qu'est-ce qu'il a pu te faire d'autre, ce fumier ?

Ce fut une question qui resterait sans réponse et il le savait, il l'avait juste posée par réflexe. Il prévoyait également de lui parler de toutes ces cicatrices qui lui déchiraient le corps, chose dont il n'avait pas osé parler le soir de leur rencontre. Luis ne se livrait pas comme ça et affichait juste une mine exprimant le doute pour répondre à tout. Ils se remirent donc en marche mais Nero recommença à lui jeter des regards de côté.

- Qu'est-ce qu'il y a encore ? Allez, crache le morceau.

- Ok ! Juste une chose : pourquoi fais-tu autant de cauchemars ?

Le visage du fédéral ne cacha pas le regret d'avoir insisté et Nero abandonna assez vite tout en se demandant si Luis lui faisait assez confiance pour lui en parler un jour.

Arrivés à la planque des membres du cartel, les deux amants se rendirent au garage, le seul endroit où d'après Torres, il n'y avait presque jamais personne. En gros, ils y avaient plus d'intimité et ils avaient besoin de rester seuls tous les deux. Nero était resté dans le vieil endroit miteux pendant que Luis revenait de la cuisine avec deux bières et découvrant Nero assis sur le capot de la voiture de Romero, il imagina la réaction de ce dernier s'il le voyait. Déjà qu'il râlait pour le 4x4... alors sa voiture personnelle, ce serait encore pire.

- Je te remercie.

- Ah ben, tu peux. Ça a été un vrai parcours du combattant pour éviter tout le monde, sans oublier Parada. Personne ne sait qu'on est là alors autant en profiter.

Nero attira la tête de Luis près de la sienne et vérifia l'arrière en conseillant à son compagnon d'y aller doucement avec la bière.

- T'inquiète pas pour moi. Par contre, tu sais que ton joli cul est posé sur la voiture de Romeo ? Il va nous tomber dessus s'il te voit comme ça, dans le pire des cas où il se pointerait, même si c'est improbable.

- S'il arrive, on l'entendra ! assura Padilla.

Luis confia ses doutes à ce sujet, précisant que lorsque son collègue souhaitait être discret, il y parvenait sans mal et même trop souvent, comme s'il le faisait exprès pour surprendre tout le monde. Nero changea de justification :

- Qu'il se rassure, ce n'est pas comme si on allait faire ça dans sa voiture. Là, il aurait le droit de nous tomber dessus.

Torres leva les yeux au ciel avant de s'approcher du proxénète.

- C'est pas une bonne idée de me parler de ça et tu le sais.

Pensif, Luis regarda Nero et ensuite la voiture : sa hauteur, sa longueur, la largeur du capot... et posa les bouteilles au sol.

- Je n'ai jamais fait ça sur une voiture.

- Quoi ? Non, pas ici. Réfléchis, pense à ta tête.

Il eut droit à un clin d'œil qui manqua de le faire céder.

- Euh... Luis !

Torres lui posa les mains sur les cuisses, les caressant jusqu'à passer en dessous afin de les lui écarter suffisamment, lui permettant de se glisser entre elles et se coller à lui. Il l'embrassa tendrement, les mains de Nero se promenant prudemment dans ses cheveux, hors de sa blessure. Gémissant à l'unisson lorsque leurs langues s'unirent, Nero fut ravi de constater que son amant ne cherchait pas à aller plus loin au fil du temps. Ces derniers temps, Torres faisait de son mieux pour contrôler ses pulsions hors de l'incident "Gemma", ou plutôt les rediriger depuis qu'il était avec Nero. Chose assez facile, il n'avait désormais plus qu'à les calmer ce qui n'était pas aisé pour autant. Malheureusement, le temps qu'ils passèrent à poursuivre leurs baisers et caresses engendra ce que Luis n'aurait pas voulu sentir venir et il s'arrêta pour respirer un grand coup. Voyant l'air compréhensif de Nero, il voulut reculer mais ce dernier le garda contre lui en insistant.

- Nero, je ne suis pas sûr de pouvoir rester calme si on continue. Si tu veux tout savoir, ça commence à me démanger sévèrement.

Le maque plaqua sa bouche sur la sienne pour un baiser plus court mais plus sauvage avant de murmurer contre ses lèvres :

- Je le sens mais il faut que tu te retiennes. Tu dois montrer que tu peux le faire, aussi bien pour toi que pour les autres. Un simple moment de retenue peut tout changer pour toi et les autres. Si ça peut te rassurer, moi aussi j'en ai envie.

- Facile à dire, tu me tortures délibérément. Sinon moi, je me laisserais aller... oh et puis on s'en fout.

Sachant très bien où il voulait en venir, Nero l'arrêta en haussant les sourcils.

- Superbe maîtrise, monsieur Torres. Lou ! tu viens de le dire en plus, c'est la voiture de ton pote. Si tu tiens vraiment à m'étaler sur le capot façon porno, on risque de lui bouffer le pare-brise et là...

Luis rit et se lécha les lèvres avant de l'allonger et de passer au-dessus de lui.

- Pense au moins à ta tête, ce n'est pas raisonnable.

- J'ai trop envie de toi maintenant alors ma tête, je m'en tape.

Il allait abandonner toute retenue, sans influencer son amant qui hésitait encore.

- Pas moi !

- Moi non plus, alors descendez de ma bagnole ! gronda Parada qui venait de se planter derrière eux.

Sursautant, les deux hommes descendirent du capot en quatrième vitesse avec le feu aux joues et Romero accusa son ami du regard. Ils se souvinrent que le temps n'était pas leur allié sur ce coup-là et Luis maudit cette épaisse couche formée par les deux portes extérieures et qui les avait enfermés au point d'isoler les bruits de pas arrivant.

- Heureusement que tu te maîtrises, hein.

Coupable bien qu'ayant une envie de rire non dissimulée, son ami détourna les yeux mais Nero prit le relais en souriant.

- C'est de ma faute, j'ai allumé la mèche.

- Je ne préfère pas imaginer la chose. Si vous tenez à faire ça "façon porno" en toute urgence - il regarda précisément son ami -, trouvez-vous un autre endroit que mon capot. Et puis toi, merci de prévenir quand tu rentres.

Luis reconnut qu'il aurait au moins pu le mettre au courant et le serra dans ses bras, ravi de pouvoir l'avoir contre lui. Les amants se calmèrent et optèrent pour le calme, le maque raccompagnant son amant à sa chambre et le forçant à s'y endormir après l'avoir vu bailler. De toute manière, Nero sentait arriver les problèmes après le coup de fil d'une de ses employées qui avait eu un problème avec un client voleur. Après un très long "au revoir" buccal sur le lit de la chambre commune pendant lequel Luis manqua encore une fois de se laisser aller, Nero le serra contre lui avant de l'embrasser chastement.

- Je n'ai aucune envie de partir mais bon... c'est la vie, Lou.

- Mmm... tu me manques déjà.

Padilla allait passer la porte mais le plus jeune le tourna une dernière fois pour l'enlacer.

- Ils vont gueuler ce soir, il va y avoir un match de football américain à la télé. J'aurais vraiment une vie de merde sans Romeo et toi.

Nero lui caressa le visage et ils se regardèrent dans les yeux, front contre front.

- Mais on est là, tous les deux. Je t'aime.

Nero le quitta après un dernier baiser. Luis se sentait mal à chaque fois qu'il entendait ces mots car il se sentait impuissant de ne pas réussir à les prononcer. Il essaya de dormir pour rattraper son sommeil manqué mais ne put se sentir tranquille que quelques heures. Romero avait laissé les hommes s'acheter de quoi faire la fête à leur manière, un peu de bière et de tequila leur suffit pour accompagner le match de football de la soirée. Malheureusement pour le lieutenant, il eut droit aux acclamations des supporters Mexicains depuis le salon, ce qui ne le réveilla pas dans la bonne humeur. Romero se mêla à leurs gars, sans perdre pour autant son sérieux en hurlant inconsidérément sur une télé.

Luis se dirigea vers la salle de bain afin de se changer les idées par une douche tiède, un mal de tête le prenant de plein fouet. Cette faiblesse physique ajoutée à celle qui le rendait aussi vicieux avec la gente féminine, il en vint à se demander si ses supérieurs hiérarchiques connaissaient tout sur le passé de leurs agents. Il arrêta de penser, d'autant plus qu'il n'y avait pas la moindre aspirine dans cette maison pour apaiser son mal. "Arrête de râler. Tu n'avais qu'à prévoir, ce n'était pas compliqué" pensa t-il. Même sa douche lui fut désagréable, elle fut d'ailleurs le pire moment de sa journée lorsqu'il glissa à l'intérieur. Il s'était laissé aller à penser plus de temps qu'il ne l'aurait cru, si longtemps que l'eau avait fini par être complètement froide et il s'écarta après avoir sursauté en constatant le changement de température. Un faux mouvement le fit glisser et lourdement tomber. Il pesta et grogna, plaqué contre le mur de carrelage froid et n'ayant pas la force de se relever alors qu'il n'avait pas pu éteindre le robinet et recevait encore l'eau froide. Malgré l'inconfort, il s'estima heureux de ne pas s'être cogné à la tête après avoir frôlé le mitigeur.

- Luis ? Ça va ?

La voix de son chef venait de se faire entendre derrière la porte et se retrouvant sans réponse, Romero frappa. N'entendant qu'un inaudible murmure en retour, il demanda avec humour si son ami avait juste eu besoin de solitude pour un plaisir solitaire pour ensuite se faire mal, mais réalisa vite que le plus jeune ne semblait pas plaisanter à l'intérieur et encore moins profiter d'un quelconque plaisir. Dotée uniquement d'un écriteau "Ne pas déranger", la porte ne fermait pas à clé car sa serrure était cassée. Parada vérifia derrière lui et l'avertit avant d'entrer, se précipitant vers lui une fois à l'intérieur. En premier lieu, il attrapa une serviette et éteignit l'eau avant que son ami ne tombe malade. Il posa la serviette sur son intimité voyant qu'il n'était pas résolu à se lever.

- Fils, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? C'est ta tête ?

Torres déglutit et le nia d'un hochement de tête.

- C'est rien, je suis tombé. Je pensais à quelque chose et l'eau froide m'a eu par surprise, j'ai reculé trop vite.

L'aîné sortit une autre serviette et la lui posa sur les épaules.

- Décolle-toi du mur, on va te relever. T'es prêt ?

Un léger rire lui fut adressé et Torres répondit :

- Oui, même si je n'ai pas trop envie d'être dans le plus simple appareil devant toi.

Ils rirent tous les deux, son ami lui promettant de ne pas le mater et Luis fut enfin debout. Remerciant son ami, il eut de nouveau à répondre à des questions.

- Tu es à moitié assommé et tu n'as pris qu'une demi-douche. Ça te dirait que je t'amène à ton motel ? Tu en prendrais une correcte - sans te casser la figure - et tu pourrais dormir dans le calme. D'ailleurs, tu pourrais appeler Nero aussi.

- J'en sais rien, Romeo. Je veux bien mais j'ai l'impression de manquer à mon devoir et de ne rien foutre en ce moment.

- Tu n'es pas en forme alors tu as l'impression de te ramollir, c'est normal. En dehors de ça, tu n'as raté qu'une seule réunion, tu as fait ton devoir pendant la fusillade, tu reviens ici - de temps en temps - et il y a même du progrès avec les gars. Alors vu que tes écarts sont maîtrisés... tu as le droit d'avoir quelqu'un dans ta vie. Ça, les chefs s'en tapent tant que tu fais ton boulot dans la discrétion.

Il lui tapota la joue avant de le laisser se préparer à son rythme. Comme convenu, Romero accompagna son ami dans cet endroit calme qui était devenu comme un second chez-lui. Torres n'hésitait jamais à prolonger la location et commençait même à parler gentiment avec le gérant du motel. Après s'être assuré de la sécurité de son collègue, Parada lui souhaita une bonne nuit et le laissa se reposer.

ooOOoo

Deux jours plus tard

La paix régnait entre tous les clans et dans toute la ville. Nero venait de régler le problème du client voleur mais en avait un autre sur les bras, toujours cet agresseur dont il avait parlé à Romero et qui avait encore frappé. Il ne semblait nullement attiré par l'envie d'avoir des rapports avec des prostituées. Agressif verbalement, menaçant, Hispanique grand au crâne rasé avec un bouc, deux des filles l'avaient suffisamment observé pour en faire une description suffisante. Cet homme attendait dehors en fumant et abordait les femmes dès qu'elles sortaient pour éviter d'entrer dans l'agence. Ensuite il proposait d'aller ailleurs mais en extérieur. Au final, il ne couchait jamais mais les questionnait sur leurs tendances avant d'attaquer. Sachant désormais que sa combine douteuse ne fonctionnerait plus, il choisirait autre chose. Nero dut de ce fait établir de nouvelles règles, publiant une affiche qu'il exposa avec Gemma au moment où celle-ci lui rendit visite.

- Je n'en revienne pas qu'on doive en arriver là, certains mecs sont vraiment barrés.

- Le monde est ainsi fait, on n'y peut rien.

Debout à fixer la grande affiche sur la porte d'entrée, Nero et Gemma étaient sidérés de devoir rappeler des choses aussi basiques :

À notre clientèle,

Suite à une série d'agressions sur mes employées, il convient de prévenir que les contrôles seront fréquents tant au niveau de la santé qu'au niveau des identités. Le respect va dans les deux sens alors quand vous entrez ici, c'est pour passer un bon moment sans franchir les limites. Les FEMMES NE SONT PAS DES OBJETS alors par morale, tous les penchants suivants sont exclus :

Aucun fantasme nécrophile, pédophile ou zoophile,

Pas de coups gratuits sauf ceux autorisés par l'accompagnatrice,

Plus aucun client louche qui refuse d'être répertorié n'est accepté,

Défense d'éloigner nos accompagnatrices si elles refusent,

Aucune exhibition en public,

UTILISEZ UN PRÉSERVATIF.

Les fantasmes de viol sont autorisés à condition d'un respect total de la personne choisie et aussi des interdictions de pratiques générales. Si cela peut éviter d'éventuels passages à l'acte de la part de personnes mal intentionnées, contentez-vous de le simuler et ainsi, vous ne ferez de mal à personne. Aucun client ne sera jugé s'il respecte le règlement.

Soyez élégants. Nous ne sommes pas une agence de porno trash alors si vous voulez du hard, allez donc sur Internet et vous pourrez faire vos dégueulasseries seuls et en tout bien tout déshonneur.

P.S. : Toute pression sur les femmes après avoir contourné le règlement sera révélée au grand jour.

Merci de votre compréhension,

Mr. Nero Padilla.

À la fin de la lecture, Gemma fit grimper ses doigts sur l'épaule de Nero et lui exposa un écrit.

- Dis-moi, cette ligne-là... tu l'as écrite par rapport à quelqu'un ou elle t'est venue avec le reste ?

Souriant légèrement, Nero acquiesça.

- Tu as raison. Un mec attiré par des cadavres a moins de chances de piller des tombes parce qu'on lui refuse la simulation avec nos filles. En plus de ça, il ne voit pas des cadavres à tous les coins de rue sur lesquels il pourrait se jeter. Alors qu'un mec attiré par le viol risque de céder dès qu'il croise une personne qui remplit ses critères de chasse.

- C'est un bon raisonnement, c'est vrai. T'es un sacré patron, et puis quel tact...

Il allait lui répondre au moment où son téléphone se mit à sonner et plongea une main dans sa poche pour en ressortir l'appareil.

- Nero, il faut qu'on parle et c'est plutôt sérieux.

Il s'éloigna pour pouvoir parler discrètement, Gemma ayant tendance à tendre l'oreille en entendant la voix de son fils.

- Hé Jax ! Oui, c'est à propos de quoi ?

- De Torres.

Il entendit Nero soupirer au bout du téléphone.

- Qu'est-ce qu'il se passe encore avec lui ? Tu devrais plutôt appeler Parada...

- Il se passe que j'ai parlé à Abel. Tara et les enfants étaient à Cristal Park l'autre jour et ce mec s'est pointé, Abel l'a vu parler à Tara et c'est pour ça qu'il l'a reconnu et pas les autres. Il lui a dit bonjour au Club-House parce qu'il pense que c'est un ami de sa mère.

Nero jura mentalement et serra fort son portable au creux de sa main avant de le recoller à son oreille.

- Tu as l'air d'en être sûr, Tara l'a confirmé au moins ?

- Non, elle ne m'en parle même pas mais je fais confiance à mon fils. Je voulais juste te prévenir toi, j'ignore si tu me caches un truc mais...

- Non mais j'hallucine...

- Nero, on ne me la fait pas à moi. Je te vois souvent traîner avec ce mec alors j'ignore si tu le connais personnellement, si c'est ton ami ou si ton bizness de putes de luxe est lié au cartel. Je ne veux d'ailleurs pas le savoir, je veux juste que tu sois sincère avec moi. On est amis tous les deux, alors si je viens à apprendre qu'il joue encore la fouine auprès de ma femme...

- Jax, c'est mon mec.

Silence total. Le ton de Nero avait été autant hésitant que maladroit car il ne savait jamais comment parler à Jax, et il voulait encore moins révéler sa relation avec Luis au grand jour pour des raisons de sécurité. Il ne sut même pas si c'était chose faite puisque Jax avait raccroché sans rajouter un mot. Suite aux paroles plutôt franches concernant Luis et Tara, il se colla en tête de retrouver son amant avant Teller pour le questionner car le blond ne lui laisserait pas le temps de s'expliquer. Il commença également à bouillonner de rage contre Luis, il s'agissait probablement de harcèlement après ce qu'il avait fait à Tara et même si Luis était toujours sage devant lui, il n'en était peut-être pas de même dès qu'il lui tournait le dos. "Jax a raison cette fois, Luis me cache quelque chose". Il pensa à tout hasard que son compagnon pouvait être attiré par Tara mais chassa vite cette possibilité car selon lui, cela ne tenait pas debout. Homme entièrement gay ne devenait pas bisexuel comme ça.

Le pistage ne fut pas long. Aucune réponse à chacun de ses appels, il se rabattit sur Romero qui lui donna ce qu'il voulait : le motel Harlington. Luis en avait encore pour quelques jours. Ce fut en direction de cet endroit perdu près du désert qu'il se mit en route sans mettre qui que ce soit au courant.

à suivre...