L'agent fédéral était entièrement isolé dans cet endroit. Il y savourait toute la tranquillité du monde mais s'y sentait seul malgré tout, Nero lui manquait et il aurait tout donné pour l'avoir près de lui. Depuis sa blessure à la tête, ses migraines s'accentuaient et il prévoyait de se procurer tout un stock d'aspirines si les choses ne s'arrangeaient pas rapidement, sans recourir à des moyens illégaux. En patientant, il végétait sur son lit à regarder par la fenêtre et pensait à sa vie qu'il trouvait de plus en plus lamentable. L'histoire avec Gemma l'avait mentalement remué sur le fait qu'il estimait normal d'avoir reçu une correction, mais au point qu'il en vint à se demander pourquoi il était encore vivant après tout ce qu'il avait fait comme mal dans sa vie.

Il passait ce début d'après-midi allongé sur son lit à se masser la tête avec l'impression de dépérir, et ses yeux sombres oscillaient entre la fenêtre brûlante et le plafond. Il avait tellement l'habitude du soleil que ses maux de tête ne le poussaient pas à baisser les stores et de toute façon, il était de ceux qui prenaient toujours plaisir à regarder le ciel dans toutes ses humeurs.

POV LUIS

Dios mío ! Je passe mon temps à faire du mal alors que mon métier est de protéger les gens. Romeo, Nero... ils disent m'aimer et moi je leur fais du mal alors qu'ils sont tout pour moi. J'ai intégré les fédéraux pour servir et protéger et c'est par des moyens immoraux qu'on m'a obligé à m'y prendre. Professionnellement j'ai tué, personnellement j'ai violé, et pourtant ce monde s'obstine à me laisser la vie sauve. La mort ne veut-elle pas de moi ? Pourquoi laisser les personnes comme moi fouler la Terre alors que nous n'avons rien de bon à apporter à Votre création ? J'ai beau aimer deux personnes mais ça ne m'empêche pas d'avoir en tête que je passe mon temps à leur faire du mal, ils veulent croire en moi mais c'est impossible. Une partie de mon père continue de flotter dans ma tête, de me frapper, il se rit de moi et m'empêche d'avancer alors pourquoi suis-je encore ici ?

FIN POV

Flashback

Le jeune Luis Torres partit très tard de chez ses parents, il était âgé de vingt-quatre ans. N'ayant pas eu la possibilité de s'armer d'ambitions et ne disposant d'aucun moyen de se bâtir une vie meilleure, il s'occupait de la ferme familiale et des champs en offrant de temps en temps son aide aux voisins dans le besoin. Il avait été le seul de la famille à être un fervent catholique dans sa jeunesse, il se rendait seul à l'église et sa croyance fut sa première distinction sur le chemin de l'indépendance parentale, mais cet aspect de sa personne fut presque abandonné le jour où son père l'avait traité de "monstre" en apprenant pour son homosexualité. Après vint la rupture avec son petit ami Rodrigo Montoya qui était alors tout pour lui. Depuis ce moment où il s'était senti rejeté de tous, il n'avait plus parlé à Dieu et avait choisi sa voie après avoir quitté la ferme familiale une nuit, sans prévenir ses parents.

Marchant pendant des jours en cherchant une terre promise, il se consolait en se disant que même s'il ne venait pas à connaître le bonheur, le reste du monde ne pourrait pas être pire que la ferme où il avait grandi. Il lui fallut de la volonté pendant deux jours de stop et de marche sans boire ni manger, pour atteindre la capitale : Mexico. Après avoir testé divers petits boulots insatisfaisants en quelques mois et gagné peu, il ne savait plus du tout quoi faire et s'était cru fini. Son seul moment agréable fut le soir où il rencontra un certain Neron Padilla dans un bar et chez qui il passa la nuit, sa meilleure nuit depuis toujours. Il partit le lendemain parce que tout n'était que souffrance et il la connaîtrait à nouveau s'il s'attachait à ce garçon, telle était sa pensée. En dehors de l'inexistence de sa vie sentimentale suite à cela, il n'avait pas non plus de vie sociale.

Après avoir passé son anniversaire à fuir les gangs qui le menaçaient parce qu'il refusait de les intégrer et franchissait leurs territoires, par une froide nuit d'automne, il était assis dans une rue sombre et crade de Mexico à écouter les jacassements et bruits de personnes encore éveillées à cette heure. La transition avait été horrible, passer de la campagne paisible à la ville avait été dur pour lui et ayant les poches vides, il n'avait aucun toit sur la tête depuis deux jours et supportait l'environnement autant qu'il le pouvait. Il gagnait trop peu pour dormir dans un endroit décent, alors il accumulait les motels sordides et ses douches n'étaient que des jets glacés contrastant avec la température extérieure. Cette routine le poussa à dormir dehors, économisant au moins le peu qu'il gagnait pour s'acheter à manger. Amaigri sans être affaibli pour autant, il restait batailleur dès que des voyous l'approchaient, ce qui était fréquent dans cette ville où la vie était éphémère.

Ce soir-là, lorsqu'un dealer et son rabatteur l'accostèrent méchamment en crachant qu'il était sur leur territoire, il ne se laissa pas impressionner et sortit de sa poche ce couteau noir qui le suivrait toute sa vie et qu'il avait dérobé à son père. Sur le point de dégainer, les malfrats tournèrent la tête vers une silhouette arrivante dont les pas claquaient sur le sol et à laquelle ils n'avaient pas prêté attention plus tôt. Visiblement, ils le connaissaient et s'en méfiaient car ils tournèrent la tête sans se poser de question, changeant ensuite de trottoir pour s'éloigner. Luis tourna la tête vers l'homme sans ranger son couteau et le détailla malgré le minimum de lumière : plus petit que lui mais d'apparence agressive, cheveux longs, noirs et attachés. Vêtu de bottes, d'un simple jean et d'une chemise bordeaux, il semblait en imposer beaucoup malgré son allure banale et Luis s'étonna de ne jamais l'avoir croisé en arpentant les rues. Après tout, s'il inspirait la crainte aux gangsters, il n'était pas du genre à rester chez lui pour se faire oublier. Il mit de la volonté à ne montrer aucune crainte et l'autre homme fit baisser la tension en se présentant : Romero Parada. Remarquant que la confiance de Torres était difficile à acquérir, il fut honnête et garda ses distances, parlant modestement avec le plus jeune et selon lui, il l'observait depuis plusieurs jours. Ce fut cette nuit-là que Luis trouva son guide, son exemple, la personne qui le garda dans le droit chemin en lui redonnant toute sa dignité. Il avait parlé de lui à ses supérieurs et à leur "agence associée" qui manquait de mains compétentes et fiables, l'armée l'avait accepté après une série de tests d'aptitudes physiques et psychologiques. Luis n'avait que peu révélé sur lui malgré la réussite des tests, mais Romero avait remarqué à quel point le jeune homme semblait torturé en voyant ses cicatrices lors de séances d'entraînements alors que le jeune tentait vainement de les cacher. Il changeait de sujet ou alors se murait dans le silence dès que son patron lui en parlait et pourtant, Torres avait su montrer de la détermination dans le métier.

Commencèrent alors les choses sérieuses et les missions les plus périlleuses. Le directeur avait chargé Romero de former son nouveau protégé en faisant équipe avec lui pour ses premières missions afin de l'aider à acquérir de l'expérience sur le terrain. Au fil des années, ils eurent aussi droit à des missions séparés l'un de l'autre et les résultats étaient indiscutables, même si cela manquait à Torres de ne pas voir son seul ami. Parada en était conscient et savait ce qu'il représentait pour le plus jeune. Très productif même sans l'aîné, Luis restait néanmoins meilleur avec lui et le rendement de leur duo avait impressionné leurs supérieurs depuis le début, au point qu'ils décidèrent de les infiltrer au cartel Galindo de façon stratégique. Romero en premier le temps qu'il ne se fasse respecter et Luis quelques mois plus tard pour ne pas attirer les soupçons et pour être sûr que Torres y soit reçu, Parada avait appuyé son sang-froid, sa capacité à se faire obéir et bien d'autres qualités requises dans ce milieu. Un milieu qui, bien des années plus tard, avait trop influencé Luis. Avec son supérieur, ils ne côtoyaient plus que des criminels et se devaient de changer de personnalité comme de caractère. Le pire moment pour Luis restait le premier jour où il avait été forcé de tuer un homme. En effet, un des leurs avait été reconnu comme étant un traître et le patron lui-même avait désigné Luis pour le punir afin de prouver sa loyauté envers lui, et ne sachant pas qu'il n'avait jamais eu du sang sur les mains. Le pire étant que Torres avait du lui trancher la gorge et le soir venu, il tremblait sans cesse et Parada dut l'empêcher de s'abîmer les mains à force de se les frotter durement en les lavant. Déjà à l'époque, ils vivaient sous le même toit par sécurité, ils ne s'éloignaient jamais l'un de l'autre. Ce meurtre horrible avait noirci l'âme de Torres et Parada s'en faisait de plus en plus pour lui mais au moins, le boss était satisfait que son petit dernier ait réglé le problème à la perfection.

Il avait espéré pouvoir échapper à ses démons, mais lorsque la solitude avait commencé à se faire sentir en plus de la culpabilité et qu'il se surprenait à regarder un homme avec trop de tendresse, il se reprenait avec violence et se questionnait sur son indifférence par rapport aux femmes. Il pensait à Rodrigo et déprimait, de même que s'il pensait à sa famille. Puis un soir, un vague souvenir lui revint : celui de ce jeune homme rencontré dans un bar et avec qui il aurait pu construire quelque chose s'il l'avait voulu. Mais une fois de plus, il avait creusé un fossé entre lui et le bonheur et ce fut cette pensée qui l'avait persuadé qu'il était fait pour souffrir et mourir seul.

Fin flashback

Longtemps plus tard, la voie qui lui avait été tracée par son ami Parada le remit sur la route de celui qu'il avait perdu. Ce jour-là, il avait ressenti ce qu'il n'avait pas pris la peine de rechercher leur première nuit : de l'amour. Il s'en était surpris lui-même comme si par rapport à leur première nuit, il venait seulement de considérer Nero avec l'humanité qui venait de remonter en lui et qu'il avait reçue de sa part cette fameuse nuit. Désormais, il avait beau avoir Romero et Nero et les aimer tous les deux, tous ses actes lui pourrissaient le cœur et parvenaient à détruire cette image d'eux qu'il voulait garder face à lui quand il s'apprêtait à franchir tout interdit.

TOC TOC

Torres sortit de ses moroses pensées et vit que quelqu'un essayait d'ouvrir la porte fermée à clé. Fronçant les sourcils, il fusilla la porte des yeux mais ne bougea pas pour autant du lit en espérant que la personne partirait le plus vite possible. "Un peu de tranquilité, c'est trop leur demander ?" pensa t-il en se tournant dans son lit pendant que la porte continuait de recevoir des coups.

- Je sais que t'es encore là, j'ai parlé à Romeo.

Nero ! Il se redressa rapidement en restant assis sur le lit mais hésita avant d'ouvrir, saisi d'une imposante appréhension en se demandant ce qu'il avait pu faire. Le ton de son amant ressemblait à celui qu'il manifestait en cas d'humeur orageuse et tout à coup, il voulut être seul au monde, que ce soit pour épargner le poids de ses actes aux autres ou pour éviter d'en subir les jugements. Il passa les bras derrière sa tête et s'énerva en se tournant vers la fenêtre, attendant que son amant ne s'en aille. Mais au contraire, il sursauta au moment où la porte s'ouvrit à la volée, Padilla l'ayant enfoncée d'un puissant coup de pied. Luis râla et fixa le maque, réalisant qu'il avait visé juste et que ce n'était une visite ni amicale ni romantique. Nero s'en voulut d'avoir fait un tel vacarme de peur d'avoir dérangé le peu de voisins mais par chance, personne n'apparut sur le pas de la porte pour le lui reprocher. Il oublia le problème secondaire et posa un regard sérieux sur son amant qui n'avait pas intérêt à se défiler, ce qu'indiquait justement son expression hésitante.

- D'accord ! Qu'est-ce qui me vaut une telle entrée, monsieur Padilla ?

- Je ne vais pas y aller par quatre chemins, Luis. Je sais que tout repartait sur de meilleures bases avec Gemma mais pour le reste... qu'est-ce que c'est que cette histoire à propos du parc ?

Il s'énerva en voyant l'autre homme hausser les sourcils par signe d'ignorance mais resta silencieux pour le forcer à parler.

- Quel parc ? De quoi tu parles ?

Sincèrement confus, Luis se releva et fut pris d'une envie soudaine et inédite : mettre son petit ami dehors. Il n'avait envie ni de réfléchir ni d'écouter ses questions accusatrices.

- Il se passe qu'Abel a dit à Jax que lui et Tara t'avaient vu au parc de jeu en ville et il me semble que tu n'as pas de gosse.

Fermant soudainement les yeux en y repensant, Torres pencha la tête en arrière.

- Tu as deviné ça tout seul, grand malin ?

- Ne prends pas ça à la légère. Alors c'était là-bas que tu te trouvais le jour où Parada m'a appelé... mais qu'est-ce que t'y foutais, bordel ?

Les yeux de Torres se rouvrirent à l'entente de ce changement de langage et il se redressa si vite qu'il eut l'impression de recevoir un coup à la tête.

- Nero !

- Magne-toi de me répondre ou sinon...

- Doucement, fais gaffe. Évite les menaces avec moi.

Luis lui avait coupé la parole en sentant son irritation grimper en flèche, lui qui voulait voir son amant l'instant d'avant... Rien que cette entrée fracassante et son introduction accumulées ne lui annonçaient rien de bon.

- Je me demande si tu ne cherches pas les histoires, tu aimes ça ou quoi ?

- Nero, n'insiste pas.

L'accusateur fit deux pas en avant, à deux doigts de craquer. Il exécrait cette habitude qu'avait Luis d'échapper à une conversation quand le sujet était trop chatouilleux pour lui.

- "N'insiste pas", non mais c'est le monde à l'envers... je commence à croire Jax, tu harcèles Tara et je te promets que si tu as de mauvaises intentions vis-à-vis d'elle, tu auras affaire à moi. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Tara est mon amie et quand je pense à ce que tu as osé l...

- ARRÊTE !

Torres serra les poings et se pencha en posant les mains sur sa tête car hurler lui avait donné la nausée à force d'être resté au soleil. "Putain ! même si en faisant des excuses je morfle, je ne vois pas à quoi ça sert" pensa t-il. Nero soupira en fermant les yeux et joignit ses mains. Il se promit de parler à Abel pour savoir si sa mère s'était disputée ou non avec Luis mais en attendant, il avait un comportement suspect et s'il refusait de se justifier, il avait quelque chose à se reprocher.

- J'espère pour toi que tu n'as pas voulu faire pression sur elle pour qu'elle se taise.

Attristé, Luis resta calme.

- La seule chose que tu sauras, c'est qu'il ne s'est rien passé de mal. Je ne l'ai pas menacée ni attirée sous le toboggan pour lui faire du mal si c'est ce que tu imagines, et ne me dis pas le contraire parce que je le vois dans tes yeux. J'aimerai de temps en temps pouvoir rester sans me justifier tout en sachant que vous me faites confiance.

- CONFIANCE OU NON, TU M'AVAIS DONNÉ TA PAROLE.

Cette fois, Nero décida d'extérioriser tout ce qu'il avait sur le cœur parce que pour lui, le moment était venu de brusquer un peu Luis. Si le Mexicain était incapable de se faire violence et de faire front, il le ferait pour lui.

- Comment veux-tu que je te fasse confiance après ça ? Tu veux que je te dise... en fait, tu cherches à être seul. Tu rejettes tout le monde et tu t'isoles parce que tu sais que tu n'auras jamais le dessus sur tes pulsions animales. Comme ça, tu te sens mieux et tu t'imagines que tes explosions de violence sont justifiées. Ça t'arrange en fait.

- Quoi ? Tu crois vraiment ce que tu dis ?

Luis se sentit envahi par la rage devant la froideur déferlante manifestée par Nero qui lui jetait ça à la figure et pourtant, il se tint à sa volonté de tout garder pour lui.

- Oui ! En t'isolant, elles prennent le dessus parce que personne n'est là pour t'éviter de faire le con et tu sors de ton trou pour abuser d'une innocente.

La bouche entrouverte, Torres la referma avant de pouvoir trouver les mots justes.

- Comment tu peux t'imaginer une chose pareille ? Mais merde, qu'est-ce que tu attends de moi ? Que je te dise à quel point je suis désolé ?

Nero hocha les épaules.

- Ce serait déjà un début.

- Ça ne rendrait service à personne, Nero.

- Peut-être bien, mais ce serait dans ton intérêt de montrer que tu as des remords.

- En quoi ce serait dans mon intérêt si je ne peux pas m'empêcher de recommencer ?

Luis baissa les yeux tellement il s'en voulut d'avoir demandé ça, insinuant qu'il y avait de fortes possibilités de récidive qui n'échappèrent pas à Nero.

- Rien que le fait de l'évoquer prouve que tu es incapable de tenter quoi que ce soit pour y arriver réellement, à croire que tu n'es qu'un animal qui n'obéit qu'à ses bas instincts. J'ai l'impression que si quelqu'un te déroute du bon chemin, tu t'en sers comme excuse pour le suivre sans revenir en arrière.

- TA GUEULE !

Après avoir frappé dans la commode en hurlant, l'agent Mexicain se décida à éviter le regard de son accusateur pour fixer le sol. Nero ne le montra pas mais fut quelque peu avisé par cette réaction et se prépara à pire. Il chercha donc à faire retomber la fureur qui grimpait en Luis mais ce dernier était déjà à cran, il était trop tard.

Torres jeta un œil à la fenêtre, la chaleur du soleil lui paraissait bien loin à présent.

- Tu me traites de monstre, Nero ? Si c'est pour en arriver là, laisse ton pote gringo me liquider la prochaine fois parce que venant de toi, je n'ai pas envie d'entendre ça.

- Tu n'es pas un monstre, Luis, juste un putain de prédateur sexuel et c'est déjà pas mal.

Luis ferma lentement la bouche et ses yeux ne cillèrent plus. Quant à Nero, il n'en revenait pas d'avoir dit ça et se serait désintégré lui-même s'il l'avait pu, mais il tint bon en se disant que tout le monde devait affronter un jour la vérité. Torres baissa la tête tout en s'approchant à pas lents, les larmes aux yeux et afficha un triste sourire... qui n'en fut plus un lorsqu'il releva la tête. C'est alors que le côté le plus sombre de son amant apparut à Nero lorsque Luis explosa et se jeta sur lui pour le cogner contre le mur et le marteler de ses poings. Il ne reconnut plus ce doux visage qu'il aimait et dut parer ce qu'il pouvait comme coups en repoussant la main qui s'acharnait à vouloir l'étrangler.

- Luis, arrête tout de suite. Pas ça, non, je te préviens...

Nero hésita à se défendre après l'avoir averti mais lorsque le poing de Torres l'atteignit en plein dans l'estomac en lui coupant le souffle, il fut obligé de contre-attaquer en lui rappelant par-là qu'il sortait à peine de l'hôpital. Malheureusement, Luis cracha sur son avertissement car d'autres coups furent assénés et l'agent les entraîna rapidement sur le lit. Secoué malgré sa plus grande taille, le maque tenta de se décaler pour se redresser. Il encaissa le premier coup martelant son visage ainsi que le deuxième, mais au moment où le troisième allait l'atteindre, il l'esquiva rapidement d'un mouvement de tête sur le côté et Luis frappa la tête de lit. Rageant sous la douleur, il fixa sa main en geignant et Nero lui décocha un lourd et décisif coup au visage qui le fit tomber du lit. Calmé malgré sa respiration bruyante, Torres resta au sol en se tenant la main et en fixant le vide, il avait l'impression que son cœur allait exploser dans sa poitrine. Furieux d'être impuissant face à ses problèmes, il resta sans faire un seul mouvement et repensa à la fois où son père l'avait battu. Il avait trébuché et avait fini dans cette même position, émotionnellement bloqué, humilié et renfermé.

Respirant tout aussi fort, Nero était toujours allongé la tête contre le mur et l'appela, tout de même soulagé que sa tête n'ait reçu aucun choc. Ce qu'il voulait dire ne sortit pas tout de suite de sa bouche et il observa quelques secondes l'homme au regard perdu.

- Tu ne serais pas aussi antisocial sans tout ce que tu as du traverser en étant gosse mais que ce soit moi ou ton meilleur ami, tu refuses de nous parler. Il faut que tu te fasses soigner.

Le concerné sortit de sa langueur et s'exclama agressivement :

- J'ai une tête à me faire soigner ? Personne ne peut m'approcher, j'ai toujours été comme ça.

- Alors change, parce que ça ne justifiera jamais de violer des femmes. Tu préfères passer ta vie à détruire des gens ? T'es incapable de te contrôler et un jour, tu finiras soit par te faire tuer soit par en tuer une. Ne me force pas à croire que tu es quelqu'un de perfide et mauvais, Luis. Et ce n'est pas à ton métier que je fais allusion.

Nero se remit debout et marcha en direction de la porte, non sans se tourner une dernière fois avec peu d'espoir.

- Fais en sorte que je puisse ravoir confiance en toi.

Ce fut sur ces mots à l'équivocité blessante que Padilla quitta la chambre sous les yeux de Torres qui le suivit du regard.

- NERO ! NERO !

Le maque avait ressenti la pire douleur sentimentale de sa vie rien qu'en fermant la porte. Il entendit Luis l'appeler derrière la porte et serra la barrière de bois en réfléchissant. Son amant hurlait avoir voulu s'excuser auprès de Tara, mais n'ayant aucun moyen de le croire sans devoir en discuter avec son amie en lui rappelant le drame, il lui faudrait garder le silence sur ça. Il opta pour partir et le laisser se calmer tout seul même si cela devait se résumer à s'en éloigner quelques jours. Il n'aurait qu'à avoir recours à Romero en tant qu'intermédiaire et encore... "J'aurai mieux fait de rester chez moi. Après tout, tu allais assez mal depuis ta sortie de l'hôpital, je l'ai bien vu, tu avais peut-être besoin de garder tes distances par rapport à tout. J'ai tout foutu en l'air si tu m'as dit la vérité, pardon bébé. Mais tu m'avais fait une promesse... " pensa Nero.

Après ça, il fut pris d'une irrépressible envie de rendre visite à Lucius et monta en voiture, faisant s'assourdir les cris qui abondaient derrière. Il espéra juste que Luis se calmerait au risque d'alerter le gérant. Il pleura en chemin, abattu en sachant qu'il ne pouvait rien faire pour aider les deux personnes qu'il aimaient le plus au monde, Luis et Lucius. De son côté, l'agent calma ses sanglots et attendit quelques minutes par terre en fixant ses mains qui tremblaient. Il voulait à tout prix oublier ce qui venait d'arriver et une seule option se présenta à lui. "La seule et unique fois, je ne veux pas devenir comme lui" pensa t-il. Apathique, il se releva en se tenant au meuble et après avoir jeté un coup d'œil à sa main endolorie, attrapa ses clés de voiture. Il voulait respirer un tout autre air que celui-ci, qui l'étouffait désormais.

Il chercha partout en voiture dans les petites villes environnantes et en s'éloignant de la planque collective. Il ne voulait plus croiser la moindre personne connue et finit enfin par trouver ce qui pourrait lui faire du bien.

ooOOoo

"The Beast", Morreto Springs

Cette boîte gay se situait à deux kilomètres de Lodi et elle était l'unique du coin, étant de ce fait très prisée par sa clientèle. Luis s'était approché après avoir vu le nom de loin, non éclairé en plein jour mais les couleurs restaient vives. Il s'était éloigné du motel en y laissant délibérément son téléphone dans le but d'éviter tout le monde et regardait tout ce qui constituait ce pays dont il commençait à se lasser. Il avait hâte de rentrer au Mexique pour éviter un homme qui ne lui faisait plus confiance et qui selon lui ne l'aimait plus, malgré ce que lui ressentait toujours. Aussi, il avait l'impression de voir toujours et toujours les mêmes visages, les villes étant petites, peu nombreuses et rapprochées. Il ne voyait plus les gens d'ici que comme des êtres semblant conçus mécaniquement, des automates réagissant de façon identique pour tout. "En attendant que ce trafic finisse et qu'on rentre à la maison, je n'ai rien pour m'aider à oublier ma chienne de vie" pensa t-il.

Sa voiture était garée sur un parking à moitié vide assez proche du "Beast" et il regardait ces "jeunes dévergondés" comme il pensait, qui entraient et sortaient. Torres haïssait ce genre d'endroits autant pour les homosexuels que les hétérosexuels et autres genres. Il avait ses défauts mais la débauche et la lubricité exposée en groupe le répugnaient au plus haut point. Reluquer, mater à plusieurs en dévorant des yeux une personne inconnue était pour lui une insulte et ne comportait pas une once de dignité, pas plus que ça ne lui en apporterait de pénétrer dans cet endroit. Sauf que cette idée fut dans ses prévisions lorsqu'il remarqua un camion de livraison d'alcool passer à l'arrière du bâtiment. Il repensa à son idée d'oublier un peu sa vie et se décida.

Par réflexe, il ouvrit la boîte à gants et saisit son arme au cas où il serait surpris et que le livreur ne se montrerait récalcitrant. Visible, le côté du bâtiment s'avéra non gardé et encore moins surveillé par des caméras. Luis traversa le parking et la rue presque déserte en regardant du côté opposé de l'entrée pour ne pas faire voir son visage. Il se glissa derrière avant de passer subrepticement dans le dos du livreur, tellement chargé qu'il ne fit pas attention avec le bruit des bouteilles qui s'entrechoquaient. Une fois à l'intérieur, il dut longer les murs pour se faire encore plus discret et repensa au fait que lui avait toujours eu du mal à accepter sa condition. Attiré par la musique, il arriva au milieu de la boîte et se sentit mieux par rapport au fait que certains autres savaient au moins exprimer leur liberté. Il regarda les jeunes filles et garçons danser, rire chaleureusement, s'embrasser, boire... il mit tout ça sur le compte de la différence de génération. Tournant les yeux ailleurs que face à cette façon de s'amuser qui n'avait jamais été la sienne, Luis fit demi-tour et vit enfin ce pourquoi il agissait comme un voleur pathétique. Il avait tellement été obnubilé par ces jeunes gens qui se trémoussaient qu'il n'avait pas fait attention à la large caissette remplie de bouteilles de bières en passant. Il agit rapidement et s'en ouvrit deux non sans s'abîmer la main, commençant ensuite à boire sans modération. Il eut beaucoup de chance que le livreur ne l'ait pas vu en partant car il était repassé près de lui après avoir salué les barmen. En effet, Luis avait préféré rester près de son "bonheur" de verre pour ne pas attirer l'attention de qui que ce soit.

Il ne pensa plus qu'à boire jusqu'à en oublier sa journée en écoutant cette musique qu'il détestait, mais commença à râler au début de la cinquième bouteille. Les bouteilles étaient petites mais il avait bu trop vite en oubliant une chose principale.

- J'aurai du y aller au whisky.

Ressentant un besoin pressant, il chercha à se faire discret en se rendant aux toilettes puisque le chemin était dégagé. Ce n'était pas très urgent mais il jugea plus prudent de faire le vide avant de devoir le faire en sortant. Il stoppa sa marche en passant près d'un angle de mur isolé où il entendit des bruits familiers : gémissements, chuchotements et baisers. Deux jeunes probablement éméchés avaient décidé de se laisser aller en oubliant toute règle de bienséance. Tout de même, ils n'étaient pas seuls... Cette exhibition énerva Luis mais elle l'excita aussi et il tourna la tête vers la piste pour perdre son regard sur un jeune blond qui dansait et attira son attention. Caucasien à la fin de la vingtaine, barbu et plein de vie. Il riait et embrassait celui qui semblait être son petit ami jusqu'à ce que son regard ne croise celui de Luis. Peut-être emporté par sa gaieté ou l'effet de la foule qui s'amusait, il fit un clin d'œil au Mexicain mais ce dernier ne sut pas du tout de quelle manière le considérer et gêné, reprit sa route jusqu'aux toilettes.

Il y fit ce qu'il avait à y faire et s'éternisa pour profiter du calme qui ne durerait pas, ne comprenant d'ailleurs pas pourquoi dans un tel endroit, cette pièce-ci était vide. "Peut-être que je regarde trop la télé" pensa t-il. Même la porte fermée, la musique tonnait encore et lui bourdonnait dans les oreilles. Il mit un temps fou à tourner dans cet espace en cherchant le courage de retourner de l'autre côté. Il en vint à se demander de façon hasardeuse si Nero avait été du genre à se pavaner sur de la musique lorsqu'il avait leur âge et sourit en l'imaginant. "Je crois qu'à l'époque, on ne se serait pas entendus si ça avait été le cas" pensa t-il. Il ressentit une légère nausée due à la bière et la chaleur et posa son front contre le mur pour se le rafraîchir, ressentant également la mélancolie d'imaginer Nero loin avec quelqu'un d'autre que lui. Il se retint de pleurer avec mal et murmura :

- J'ai tout foutu en l'air, bébé, tout est de ma faute. Si seulement je...

À cet instant, le volume de la musique devint beaucoup plus fort et il fronça les sourcils. La tête toujours contre le mur frais, il écarta ses doigts en jurant et voulu plaquer ses mains sur ses oreilles mais entendit une voix jeune :

- Coucou toi, tu ne t'ennuis pas un peu tout seul ici ? Tu dois être un des livreurs, ton beau visage ne me dit rien. Je t'ai aperçu tout à l'heure, comment tu t'appelles ?

Luis se tourna en pestant tout bas et leva ensuite les yeux au plafond devant celui qui faisait dans un urinoir, se tournant à nouveau par décence. Pas très à l'aise qu'un inconnu l'aborde de cette manière, il veilla à garder ses distances et répondit sans trop d'assurance :

- Luis.

- Oh quelle soirée ! j'ai toujours trouvé les noms latinos ultra sexys. Et il semblerait que si le nom file la bave aux lèvres, son porteur est tout aussi séduisant.

- Je ne suis pas un livreur.

Torres avait changé de sujet afin de laisser la drague de côté, de même que le batifolage frivole avec un inconnu dans les toilettes d'un club ne lui étaient pas familiers. Le jeune qui lui avait lancé une œillade quelques minutes avant sourit avant d'aller se laver les mains.

- Ravi de te connaître, Luis. Je m'appelle Lorenzo et je viens souvent ici avec mes amis, on y est comme chez nous. À ce que je vois, tu n'es pas un habitué si tu n'es pas livreur parce que je ne t'ai jamais vu avant et je connais tout le personnel.

- Je ne suis pas d'ici, je suis originaire du Mexique.

Minaudant, le jeune chuchota pour lui-même.

- Mignon... un étranger. D'après ce que j'ai vu, tu sembles seul.

Après avoir séché ses mains, Lorenzo l'approcha - un peu trop près au goût de Luis - et huma son odeur.

- Tu sens fort la bière, comme si tu étais venu juste pour boire un coup. Un mec à oublier ?

Sans envie aucune de lui adresser plus la parole et déballer sa vie privée, Torres passa à côté mais le jeune homme posa doucement la main sur le loquet de la porte au moment où Luis voulut l'ouvrir. L'agent lui jeta un regard suffisamment explicite.

- Fais attention, Lorenzo. Tu ne me connais pas alors ne joue pas à ça avec moi, je n'ai pas la moindre patience.

Malgré son sérieux avertissement, le jeune homme lui sourit innocemment pour lui montrer que ses intentions étaient bonnes.

- Je ne cherche pas du tout à te mettre en colère, Luis. Je viens de voir que j'ai touché une corde sensible, c'est tout. Tu as l'air de souffrir, ne reste pas comme ça sinon ça t'arrachera ce qu'il y a de bon en toi. C'est ce que ma meilleure amie m'a dit une fois et je me suis rendu compte que c'était vrai. Ça se voit dans tes yeux.

Le garçon lui posa une main sur le bras gauche mais se sentant intimement attaqué par cette approche, Luis lui serra solidement la main et l'attira contre le mur où il était.

- Wow... attends.

Lorenzo vit à quel point le regard de Luis changeait et ce dernier sentit entre ses jambes ce à quoi il s'attendait depuis qu'il avait eu droit à la scène des deux qui s'exhibaient et à l'œillade : son érection manifeste. Il entreprit de retourner Lorenzo de force avant de se plaquer contre lui pour entraver ses mouvements.

- Non, j'ai un mec alors arrête, je voulais seulement t'aider. Luis !

Torres commença à lui ravager le cou par de voraces baisers alors qu'il le sentait se débattre sous la peur. Étant plus musclé, il se colla davantage contre lui et lui passa une main sous la chemise pour caresser ses abdominaux.

- Il me semblait t'avoir prévenu.

- Luis, s'il te plait, je voulais t'aider.

- Ça te plait, mon mignon ? Ça fait longtemps qu'il n'y a plus rien de bon en moi, tu sais.

Le jeune homme montra son désaccord et tenta quand même de discuter avec lui alors qu'il recommençait à humidifier sa chair.

- Je ne te crois pas, il reste toujours quelque chose. Je t'en prie, je suis fiancé.

Pour prouver ses dires, il exposa doucement son doigt portant la bague.

- Il s'appelle Cameron, il est sur la piste et je l'aime plus que ma vie. Tu considères peut-être que je me suis mal conduit tout à l'heure et c'est sûrement vrai, mais je l'adore et jamais je ne le ferai souffrir.

Les baisers de l'Hispanique dans son cou s'arrêtèrent mais il en déposa un dernier à l'arrière de sa tête avant de le relâcher totalement. Lorenzo écouta sa respiration, garda son calme puis se retourna avant de croiser son regard en gardant un ton conciliant. Il était limpide pour Luis qu'il avait peur de lui.

- S'il te plait, écoute-moi. Si tu insistes, je peux t'astiquer un coup rapide mais pas de pipe et ne me prends pas. Comprends-moi, tu as déjà aimé quelqu'un au point d'être prêt à mourir pour lui ?

Regrettant ses gestes, Luis le regarda dans les yeux et approuva de la tête.

- Oui, je ferai n'importe quoi pour lui mais on s'est disputés à cause de moi. Je... je crois que c'est fini.

Le regard du jeune homme devint compatissant, cet aspect faisant apparemment partie de sa personnalité.

- C'est si grave que ça ?

Le regard marqué d'émotions de l'aîné fut une réponse suffisante.

- Je passe mon temps à faire du mal aux gens, je ne peux pas m'en empêcher. Je suis quelqu'un de mauvais, je ne me fais pas d'illusions là-dessus mais ça a nui à ma vie privée.

- Ne dis pas ça.

- Tu n'as aucune idée de ce que j'ai pu faire, Lorenzo.

Il était sur le point de fondre en larmes. À l'instant où le garçon voulut lui poser la main sur la joue, un autre garçon dans la même tranche d'âge entra dans les toilettes.

- Allez mon chou, Cami t'attend pour repartir chez ses parents... ouh mais qu'avons-nous là ? Salut beau brun ! dis-moi, tu sais que ce petit blondinet est fiancé ?

Il avait parlé avec facétie mais redevint sérieux en voyant que son ami l'était. Torres baissa la tête sans avoir regardé le nouveau et sentit Lorenzo poser finalement la main sous son menton pour mieux le relever. Il s'adressa ensuite à son ami :

- Il ne me draguait pas, Andrés. Il a du chagrin et un gros réconfort lui ferait du bien, si tu vois ce que je veux dire.

Comme prévu, il caressa la joue de Luis alors que son ami s'en approchait tout aussi près et Torres se figea devant ses magnifiques yeux verts. Il n'avait pas vu ce jeune Latino au crâne rasé baver sur lui pendant que Lorenzo lui faisait un clin d'œil depuis la piste. Il était un peu plus grand que Luis, élancé, musclé avec un maillot à manches longues très moulant et avait une voix à la fois douce et virile. Il passa devant lui alors que le blond s'en éloignait pour retourner avec ses amis, là où l'attendait son fiancé. Avant de passer la porte, il se retourna pour sourire à Torres.

- On se reverra peut-être, Luis. Je l'espère, en tout cas. Peut importe ce que tu as pu faire, je suis sûr qu'il te pardonnera. Tout le monde se dispute mais le seul moyen de régler ça, c'est de parler.

Torres le considéra avec un profond respect et lui répondit avec sincérité :

- Merci Lorenzo.

Puis voyant le plus jeune lui envoyer un baiser avec la main, il désigna sa main et demanda :

- C'est pour quand le mariage ?

Lorenzo regarda sa bague avant de dire d'un air rêveur :

- Le plus vite possible.

Après un dernier regard encourageant, Lorenzo lui refit un clin d'œil et passa la porte. Luis tourna finalement la tête vers le deuxième garçon. Par morale, il ne s'était jamais "approché" des plus jeunes, il ne s'en sentait pas attiré mais s'avoua que celui-ci avait un petit quelque chose qui lui faisait envie. Andrés posa un regard doux et bienveillant sur Torres et il s'appuya au mur très près de lui, là où se trouvait Lorenzo l'instant précédant.

- Alors Luis... d'après mon ami, tu es d'humeur maussade. Je connais bien le chagrin, tu sais. Il y a une méthode que j'utilise, elle n'est pas terrible quand on a peur de se sentir coupable mais physiquement elle fait toujours du bien. Je ne sais pas si ça te tenterait mais moi, elle m'a toujours remonté le moral. C'est une chose dure à assumer si tu as quelqu'un, évidemment et...

Torres lui avait posé un doigt sur les lèvres et baissa la tête en acquiesçant. En clair, cela le tentait mais il n'en était pas fier et ça se voyait. Andrés approcha son visage, posa un baiser sur son front et lui prit les mains. Il attendit un autre signe de consentement physique au cas où le brun changerait d'avis mais Luis s'en approcha plus pour éviter de lui adresser tout sentiment d'hésitation. Le jeune homme semblait doué pour la douceur et approcha les lèvres de son oreille.

- Je vais te faire du bien, tu vas voir ! souffla Andrés.

Tremblant, Torres fut mal de voir quelqu'un s'approcher autant de lui par sa seule volonté et avec de bonnes intentions, en dehors de Nero et Romero. Il s'en était toujours senti petit et inférieur depuis ce jour où son père l'avait violemment battu et là, il sursauta au moment où Andrés lui posa les mains sur les hanches. De par sa posture, le jeune garçon était également quelqu'un qui aimait dominer et Luis fut tétanisé à l'idée de tout subir. Le jeune le vit tressauter et caressa sa joue, consentant à se laisser faire après lui avoir débouclé sa ceinture.

- N'aie pas peur, je marche dans les deux sens. J'aime autant recevoir que donner si tu préfères avoir le dessus.

L'agent lui exprima son approbation d'un hochement de tête rapide et accepta le regard insistant et brûlant du jeune basané qui mêla tout à coup ses lèvres aux siennes. Luis se sentit mal en embrassant un autre homme que Nero mais il avait grand besoin d'oublier leur violente dispute. Il plaqua doucement le jeune homme au mur et l'embrassa de façon plus profonde et possessive. Andrés s'en sépara le temps de lui souffler :

- Rassure-toi, je vois que tu n'as pas confiance alors je ne ferai rien que tu ne voudras pas. Si tu veux quelque chose de précis, tu peux me le demander et pareil si tu veux que j'arrête.

Andrés s'abaissa en caressant le corps de Luis de haut en bas et débarrassa son érection des tissus qui l'étouffaient, avant de la prendre entièrement dans sa bouche après lui avoir léché le gland. Torres s'appuya au mur et face à un tel savoir-faire, ne put que se retenir de gémir trop fort en le poussant à continuer. Son amour-propre dégringolait alors que le plaisir procuré par la bouche experte du jeune homme se faisait encore plus extrême et dérangeant. Par le fait de faire ça dans un tel endroit, il eut l'impression d'être un adolescent indiscipliné et dominé par ses hormones, mais il continua malgré tout d'exprimer son plaisir en lui caressant la tête. Totalement excité en dépit de sa culpabilité, il se mordit les lèvres en dégustant les mouvements humides et professionnels sur sa hampe pendant que les bras du garçon serraient fermement ses cuisses. Au bout d'une minute d'intensité, Luis incita le plus jeune à stopper sa gâterie et à se relever. Ce dernier obéit sagement en croyant que l'aîné pouvait avoir changé d'avis.

- Ça va ?

Le brun lui sourit et répondit simplement :

- Ça va, oui.

Il posa les mains sur le bord du pantalon du jeune homme, le mettant sur la voie par ses pupilles dilatées. Avec le même regard, Andrés le sonda et acheva de dénuder son bas avant de caresser le visage de l'aîné.

- Déjà qu'il y en a deux qui se donnent en spectacle de l'autre côté... t'as pas peur qu'on nous surprenne ?

Luis se lécha la lèvre et l'embrassa avidement dans le cou avant que le jeune ne balance sous la ferveur de cette invasion buccale :

- T'as raison, on s'en fiche.

Luis le fit virevolter en le tenant par le bassin, lui baissa son pantalon ainsi que son boxer, caressa son orifice et finit par le sodomiser une fois que le jeune lui fit part de son accord. Ressentant un violent coup de chaleur suite à cette pénétration à sec, il se mit vite en mouvement et toucha le corps du jeune homme par dessous son maillot. Sa peau était tellement douce qu'il chercha à soulever le vêtement et prit la peine de l'embrasser avec timidité et douceur. Il se colla plus à Andrés en l'enlaçant sans trop savoir pour quelle raison mais au moment où il s'en sentit gêné et voulut reculer, le garçon lui prit les mains et les embrassa avec tendresse en lui caressant les doigts. Il semblait doué pour repérer les besoins des autres et au moment où il entendit Luis changer d'émotion, il sut qu'il avait juste besoin de serrer quelqu'un contre lui et l'encouragea à continuer. Attendri mais surtout peiné, il chercha à savoir quel pouvait être son plus gros vide dans la vie : l'amitié, l'affection, l'amour d'un conjoint, le sexe ou même encore le bonheur...

Savourant une étreinte aussi particulière que personnelle alors qu'ils ne se connaissaient pas, Luis finit par se calmer et reprit ses va-et-vient de façon plus rude en respirant le corps parfumé du jeune basané, ses pensées s'envolant sur tout ce qu'il avait pu vivre depuis sa naissance. Il avait balayé les seules belles choses qui avaient pu lui arriver depuis sa rupture avec Rodrigo. Il avait connu Romero Parada qui était devenu son meilleur ami... mais ayant violé des femmes, il avait détruit la confiance que son ami avait en lui. Ensuite il avait retrouvé Nero et connu le bonheur avec lui, ce qui lui avait permis de calmer ses pulsions et même ça, il l'avait fichu en l'air. Nero devait tellement lui en vouloir maintenant qu'il avait déjà du l'oublier, l'histoire avec Tara étant la goutte de trop. Luis était tellement incontrôlable qu'il ne pensait qu'à lui, que ce soit pour satisfaire ses envies ou se battre avec quelqu'un quitte à détruire ce qu'il avait de plus précieux au monde. Pour cela, il se haïssait.

Les gémissements de plaisir et de douleurs émis par le jeune homme à chaque moment où son corps claquait contre le sien le forcèrent à se demander s'il n'était pas trop méchant avec lui. Après tout, Andrés n'était pas responsable de ses problèmes.

- Je ne te fais pas trop mal, Andrés ?

Touché par cette attention, le plus jeune tourna la tête vers son aîné et lui envoya un baiser.

- J'aime encaisser, plus ça fait mal et plus c'est bon pour moi. Et puis, je rééquilibre avec ma main.

Effectivement, il se masturbait en même temps et s'il aimait la douleur, c'était un double plaisir pour lui.

- Mmm... vas-y, oui.

Répondant à cet encouragement des plus chauds, Torres lui murmura quelques paroles obscènes en rendant ses coups de reins plus brutaux. Il se plaqua de nouveau contre le jeune et ils achevèrent leurs ébats lorsqu'il éjacula en lui, Andrés le rejoignant en se libérant contre le mur. Épuisé et en sueur à cause de ses vêtements mêlés à la chaleur du bâtiment, Torres tenta tant bien que mal de respirer correctement et par égard pour leur plaisir réciproque, il retourna doucement Andrés et remplaça la main de ce dernier par la sienne, finissant les mouvements sur sa hampe tout en l'embrassant avec plus de douceur. Il sentit le plus jeune lui mordre la lèvre au moment où son sperme s'éparpilla entre eux, salissant leurs vêtements et la main de l'agent avec. Luis referma sa chemise pour masquer les taches sur son débardeur noir et Andrés n'y prêta pas d'attention. Il confia avoir déjà fait ça dans cet endroit avec son ex, mais étant retourné ensuite sur la piste de danse, les souillures avaient été masquées par les lumières. De toute façon, sur une piste de danse, on ne regardait pas les vêtements des autres.

Voyant que Torres semblait revenir à son humeur précédente, il l'attira à lui après qu'ils n'eurent terminé de se revêtir et ils s'enlacèrent longuement contre le mur. Il fut étonné de constater avec quelle facilité Luis étreignait un inconnu, imaginant à quel point la solitude devait le ronger. Ils se déposaient des baisers sur la peau de temps à autre et s'embrassaient encore, profitant des derniers instants car ils le savaient tous les deux, ce qui venait de se produire n'était qu'un "coup comme ça".

Dans une dernière étreinte, Andrés murmura :

- Tu es d'une présence à la fois douce et rassurante, Luis.

- Tout le monde ne peut pas en dire autant, alors que pour toi... c'est plus qu'évident.

- Je ne suis pas là pour te juger, mais si tu ne te centres pas sur ton bonheur et que tu gardes toutes ces mauvaises choses en toi, tu ne seras jamais heureux. Ne les laisse pas te hanter. C'est pour ça qu'on vient ici, mes amis et moi. C'est même ici que Cameron et Lorenzo se sont connus alors cet endroit est symbolique pour eux.

Reculant légèrement, Luis fronça les sourcils en le regardant.

- Tu as vraiment de très beaux yeux, Andrés, je n'avais jamais vu des yeux pareils.

Souriant, le jeune homme le remercia en lui adressant le même compliment :

- Tu sais, au départ, j'avais honte d'être homo et comme mes yeux étaient la seule chose que j'aimais chez moi, ça m'énervais de ne pas pouvoir m'en servir pour me trouver quelqu'un. Mon père était soldat et il est mort en ayant accepté ma condition alors que moi non. Il me disait toujours que j'étais un être humain et que tous les humains ont le droit d'être différents. Il disait aussi que tant qu'on ne fait de mal à personne, il n'y a aucun mal à aimer une personne de même sexe. "Aimer est une chose pure et innocente" voilà ce qu'il disait.

Il baissa la tête en se grattant la nuque et au moment où Luis lui releva la tête, il sut qu'il savait qu'il taisait une chose.

- En fait, je crois que mon père avait viré sa cuti et que c'est pour ça que me mère et lui ont divorcé, ils ne m'ont jamais rien dit. Il avait un meilleur ami avec qui il est mort, un beau soldat noir, il l'évoquait souvent. Tu aurais vu son sourire quand il en parlait... il venait souvent à la maison et ils ne se quittaient jamais. Mais bon, je ne pourrai pas dire que je les ai surpris puisqu'ils étaient aussi mystérieux que des labyrinthes. Typique des soldats, pourtant je le voyais...

Luis, à l'écoute, le regardait en souriant et en imaginant ce père exemplaire qu'il aurait adoré avoir.

- ... je suis quand même resté des années seul avant d'avoir mon premier mec. On n'est pas restés longtemps ensemble mais j'étais heureux parce que je m'assumais enfin. Après, j'ai pris un assez mauvais chemin mais... ça s'est fini quand on m'a sorti de la galère.

Luis vit une certaine gêne dans son regard et lui précisa que son père à lui avait été le contraire du sien, cruel plutôt qu'aimant, violent au lieu de gentil et que son mauvais chemin ne pouvait pas être pire que celui qu'il avait emprunté lui. Andrés se douta devant ce manque de détails que son amant de passage ne parlait pas facilement mais sachant qu'il avait un problème, il apprécia sa confession et l'embrassa encore une fois, mélangeant son souffle au sien avant de se placer contre le mur à côté de lui.

- Je vais sortir m'en griller une, tu veux venir ?

- Non merci, je ne fume pas et il faut vraiment que j'y aille.

Attristé, Torres allait passer la porte mais le jeune homme le retourna et l'embrassa doucement.

- N'aie pas honte de t'être laissé aller, d'accord ?

- Oui ! accepta l'aîné.

- Il vaut mieux s'exprimer de cette façon que tout garder au fond de soi pour exploser plus tard.

Comme réponse, Luis lui passa un doigt sur la lèvre en souriant.

- Ça, je m'y connais. Au revoir Andrés, et encore merci d'avoir passé un moment avec moi. J'exagère peut-être mais tu vas me manquer.

- Avec un peu de chance on se reverra, mon beau. Il ne faut jamais dire jamais.

Il vit le plus jeune lui faire un clin d'œil et voulut s'en aller mais à cet instant, il repensa à Nero et au fait de devoir passer sa vie sans lui. Une larme à l'œil gauche, il se tourna à nouveau vers Andrés qui ne l'avait pas quitté des yeux et revint le plaquer au mur avant de l'embrasser langoureusement, le goût de la bière se mêlant à celui d'un alcool exotique absorbé par le jeune homme. Se serrant l'un contre l'autre, il sentit le plus jeune lui caresser le visage.

- Fais ce qu'il faut et tu seras heureux, d'accord ? Il ne faut jamais rester seul. Je passe mes week-end ici alors si un jour, tu as besoin de parler ou même simplement d'une présence, tu me trouveras toujours.

La tête reposée contre sa clavicule, Torres sourit et s'espaça pour le regarder dans les yeux.

- J'y penserai. Tu es une personne très spéciale, j'espère que tu trouveras quelqu'un de bien. J'ai été ravi de te connaître, Andrés.

- Moi aussi, Luis. Par contre, ce n'était pas exagéré... toi aussi, tu vas me manquer ! sourit le plus jeune.

Ils se lâchèrent les mains à regret et après un dernier baiser, se dirent au revoir pour de bon afin d'éviter de trop s'attacher après en être arrivé là dans des toilettes publics et à moitié ivres, ce qui serait un étrange début d'histoire.

Sortant aussi discrètement qu'il était entré, le Mexicain retourna à sa voiture et resta quelques secondes à regarder le parking en ressassant et analysant ce qu'il venait de faire. Sans réussir à jeter un jugement concis dessus, il hésita à retourner au motel de peur qu'une envie similaire ne le reprenne parce que seul, il n'aurait aucune motivation pour résister après ce qui était arrivé avec Nero. En somme, il voulait éviter toute agression et toute autre "baise rapide" avec un autre inconnu, il y pensa de cette façon. Il rentra donc à la planque miteuse en se faisant violence et en pensant que la présence de son meilleur ami lui ferait beaucoup de bien.

ooOOoo

Sur le chemin du retour, il passa son temps à chercher des réponses aux questions qui se bousculaient dans son crâne, mais elle étaient tellement nombreuses à se disputer la première place qu'il ne put se concentrer pour réfléchir dessus une seconde. Au moins, cela avait écourté le temps et il se fit aussi discret que possible en roulant depuis l'entrée de la planque mais Fernando, qui nettoyait une sorte de grand box au fond de la cour, le remarqua tout de suite. Malgré l'agacement d'être vu, Luis fixa le box en ralentissant le véhicule pour le garer à l'ombre et pensa : "Il y aurait pas mal de place pour entreposer la marchandise, là-dedans". En effet, personne avant l'homme de main n'avait pensé à y faire le vide. Fernando s'étant calmé depuis leur violente dispute, ils se saluèrent d'un signe de tête lointain et passèrent à autre chose. Au moins, Luis put atteindre la porte sans croiser un seul des autres.

Entré dans la maison, il entendit son commandant parler au téléphone en passant devant le bureau qu'il avait improvisé pour la paperasse à remplir et entasser. Il évoquait un nouvel élément qui devait les rejoindre dans les prochains jours, un dénommé Federico Gonzales. Torres n'épancha pas sa curiosité et continua de s'approcher de la pièce contenant de quoi s'allonger pour tenter d'y être plus au calme. Une chance pour lui car les gars se tenant parfaitement, Parada les autorisait désormais à sortir à condition de se fondre respectueusement dans la masse. Soupirant en atteignant la chambre, le brun hésita entre s'allonger et s'asseoir sur son lit avant de pester intérieurement. "Même pour ça, je me prends la tête". Finalement, il s'allongea et resta là à réfléchir sur lui-même et sur sa vie. Il chercha à éviter de penser à Nero mais toute pensée le ramena à lui. Nero Padilla, le maquereau super gentil qui peinait à dresser le chien sauvage qui lui servait de mec, c'est ainsi que Luis imagina la chose en cet instant. Il s'en voulut d'avoir haussé le ton sur Padilla sans rien vouloir lui dire pour le parc, il se doutait que l'autre homme était en droit de manquer de confiance puisqu'il n'était pas capable de rester sans agresser qui que ce soit.

Il resta étendu sur son lit défait une bonne vingtaine de minutes en bougeant dans tous les sens, se retournant sans arrêt parce qu'il pensait à Nero. Il imaginait son visage angélique devenir porteur de réprimandes à chaque fois qu'ils se voyaient et commença à bouillonner. Son manque de confiance à propos de Tara lui restait en travers de la gorge, accompagné de multiples jugements purement imaginaires de sa part qui modifièrent involontairement son humeur. "Qui sont-ils pour me juger ? Ils ne sont pas dans ma tête et ignorent ce qui me pourchasse. De toute façon, ce serait trop pour eux et je ne veux pas les envahir avec ça, c'est ma croix et pas la leur" pensa t-il avec rage. En plus de ça, il commença à se sentir confiné sachant qu'il n'était pas seul dans cette maison. Sortant de ses réflexions, il tempêta tout en déplorant de ne pas être retourné au motel et après s'être rapidement relevé de sa couche, commença à se défouler sur le mobilier jusqu'à en avoir mal aux membres, cherchant également de quoi se servir pour frapper sur tout ce qu'il trouverait mais il dut se contenter de ses mains étant donné le vide de la pièce, en dehors des meubles. Il finit par s'arrêter sans porter la moindre attention aux dégâts engendrés par son caractère irascible mais en ayant ressenti une douleur à la main qu'il avait abattue sur la tête de lit du motel, il resta planté la tête vers le mur à regarder le papier peint abîmé jusqu'à en avoir mal aux yeux. Il sentit à ce moment précis à quel point la chaleur était désagréable en ce jour et sa crise de colère n'ayant qu'empiré la chose, sa chemise lui collait à la peau.

- Ah t'es revenu... Nero m'a appelé il y a un peu plus de deux heures, il te cherchait. Tu l'as vu ? Qu'est-ce que...

Romero venait d'entrer dans leur chambre et lui qui croyait son ami encore au motel, il le trouva en train de perdre les pédales dans le chaos de leur chambre. Il avait même achevé le tiroir cassé, faisant par-là tomber certains de leurs vêtements au sol.

- Torres ?

Il n'entendit que sa respiration irrégulière. Ce dernier resta muet comme une tombe, il était perdu dans ses sombres pensées et de toute façon, il n'avait nullement envie d'évoquer la bagarre. Nero et lui avaient fait comme si de rien n'était entre eux mais l'incident avec Gemma avait jeté un énorme froid entre eux, chacun le savait sans l'avoir deviné chez l'autre.

"Qu'est-ce qu'il se passe encore ?" pensa Romero devant le silence persistant et lourd.

- Tu n'as pas bu, dis-moi ?

Il s'approcha de lui en attendant une réponse physique de sa part, un signe prouvant que son ami se serait rendu compte de sa présence mais comme son lieutenant ne se retourna pas, il dut le contourner lui-même. Les yeux cernés, Luis était en pleine implosion et pour ne pas être regardé dans les yeux, se mit à bouger comme un lion en cage en éjectant le peu d'objets encore sur son passage, forçant Parada à reculer par sécurité. Il lui sembla entendre "Nero" à plusieurs reprises et il se décida à retourner fermement son collègue pour croiser son regard fuyant. Torres le dirigea partout autour de lui sauf sur son meilleur ami car il ne voulait pas le lui imposer. Son ami lui tapota la joue et ne voyant aucune solution humainement possible pour l'apaiser, il le conseilla :

- Tu devrais dormir quelques heures, fiston, ça te ferait du bien. Tu fais tellement de cauchemars la nuit que celle au motel n'a pas du suffire, si elle a été convenable.

Il réitéra sa question sur Nero mais Luis contourna le sujet après un léger "oui".

- Le problème c'est que plus je pense à lui, plus j'ai envie de le voir... mais on s'est disputés au motel, Parada.

- Encore... mais qu'est-ce qu'il vous arrive en ce moment ? s'étonna l'aîné.

- Mais c'est moi... c'est de ma faute. Je m'en veux et je veux le revoir, j'aurai du rester là-bas. Je n'en peux plus, qu'est-ce que je dois faire ?

Cette fois, il posa les yeux sur lui et le commandant lui entoura le cou de ses mains.

- Pour l'instant, tu es beaucoup trop à l'ouest alors contrôle tes nerfs. Tu le reverras alors ne t'acharne pas à y penser, ne pense plus à lui sinon tu vas péter les plombs, mano. Même si le travail a déjà commencé. Une dispute, ce n'est rien.

Son partenaire ne parvint pas à se calmer et pourtant, il se donnait du mal, c'était évident. Il recommença à tourner en rond à s'en arracher les cheveux et s'arrêta brusquement, expirant très fort avant de se diriger vers la porte.

- Où vas-tu, Luis ?

- Il faut que je sorte.

- NON !

Parada s'empressa de lui barrer la route, déterminé à le garder près de lui même s'il devrait le frapper pour ça. Devant l'air contrit de Luis, il lui posa les mains sur les épaules tout en s'excusant d'avoir haussé le ton et le vit tout à coup ajouter l'impact de ses mains sur les siennes.

- S'il te plait, Parada. Je dois m'aérer le cerveau et rien de plus.

Il avait l'air sincère mais son chef prit un ton plus catégorique au cas où il s'agirait d'une tentative pour l'amadouer. Bien qu'il n'y croyait guère car aucun n'était dupe, il avait vu son ami changer sous toutes les coutures depuis sa sortie du placard et il avait même eu recours au mensonge en cas de besoin, y compris avant. Même si Luis avait quelquefois usé de la tromperie, ce n'était que pour se défendre et non pour passer à l'attaque.

- Pas question, Lou. Tu sais comme moi ce qui se passera si je te laisse sortir dans cet état, même si tu n'en as aucune envie pour l'instant.

- Je dois juste rester seul, je ne ferai de mal à personne.

- Tu étais déjà seul avant mon arrivée et ça n'a rien donné de bon, regarde-moi ce bazar. Alors imagine si tu croises une femme...

Il désigna d'une rotation du bras la chambre dévastée et son ami ferma les yeux, s'éloignant vers un coin de la chambre en murmurant :

- T'as un problème, maricón.

À l'entente du dernier mot, Parada haussa les sourcils en faisant la moue. Il savait que son ami parlait de lui-même et s'en approcha en lui recommandant de ne pas en arriver là, chose qui n'arrangeait rien. Il s'en approcha et lui saisit la main droite.

- Ça vient de là...

Il avait pointé du doigt l'entrejambe de Torres.

- ... ou de là ?

Et cette fois, l'emplacement de son cœur. Plutôt que de désigner son propre cœur qu'il considérait comme étant aussi petit que son humanité, Luis montra tout en douceur celui de son ami.

- Je n'ai aucune envie sexuelle, je veux juste que Nero soit tout le temps avec moi comme tu l'es... et je voudrai tant être un autre homme.

Romero fut soulagé mais les derniers mots lui avaient fait mal, son lieutenant n'allait pas bien du tout.

- Ne redis jamais ça. Nero t'aime comme tu es et moi aussi, même si tes défauts sont gros comme le monde.

Il l'entraîna vers son lit et l'assit au bord sans se rendre compte à quel point le regard du plus jeune changeait dangereusement.

- Essaie de dormir... oui ? Luis !

Ce dernier ne le regardait plus de la même façon. En fait, il le dévorait des yeux et Romero s'inquiéta. Étant donné la chaleur, il ne portait en haut qu'une fine chemise à capuche bleue, sans manche et déboutonnée et il venait seulement de s'en rendre compte. Pour couronner le tout, il ne portait rien en dessous et poser les mains sur son ami se révéla avoir été une très mauvaise idée, en particulier près d'un lit. Torres finit par se relever avant d'inverser brutalement leurs places sans laisser le temps à Romero de réagir. Celui-ci passant de calme à agacé, il voulut néanmoins rester serein pour ne pas surexciter l'autre homme.

- Torres ! je t'interdis de penser à ça, change de regard.

S'abaissant pour poser un genou à côté de son supérieur en détaillant ses tatouages de façon inquiétante, ils ne s'étaient pas retrouvés aussi près l'un de l'autre depuis le jour où Parada l'avait surpris sur le point d'abuser de Liz. Son bras droit le plaqua avec force et rapidité sur le lit et encaissa le coup à la figure que lui envoya son boss. Pas calmé une seconde, il ne s'occupa même pas des mains qui le repoussaient et se pencha sur son ami pour l'embrasser doucement dans le cou. Intérieurement, Romero se demanda si y aller à coups de poings finirait par aboutir à quelque chose avec son ami mais réalisa que non car plus il tentait de le repousser et plus son lieutenant devenait agressif. Comme Torres était aussi solidement bâti que lui, il n'aurait pas le dessus en cas de lutte car il était déjà maintenu sous lui. Il finit par réagir pour l'éloigner de ses lèvres qu'il s'était appropriées furieusement. Il avait une sensation indescriptible en lui à force d'être dans une telle position avec cet homme qui était tout pour lui. Il lui posa une main sur le ventre et l'autre sous la gorge pour le relever doucement et vit que le brun avait tout le mal du monde à ne pas le forcer lui aussi même s'il se maîtrisait encore. Leur respect mutuel était probablement sa dernière barrière encore infranchissable.

- Tranquille, tu viens de dire n'avoir aucune envie alors si c'est vrai, ne t'en provoque pas. Je te rappelle que tu as un mec alors sois raisonnable. Tu aimes Nero, non ?

Torres tourna rapidement la tête vers le mur et ses lèvres tremblèrent en pensant au proxénète, mais il se reprit et regarda son ami dans les yeux en le suppliant :

- S'il te plait, laisse-toi faire. Au moins juste une fois... même si moi je ne fais rien, je veux seulement être contre toi.

- Et ça se résume à m'embrasser ? Tu perds le sens de la réalité, fils. Tu es censé faire ça avec Padilla et pas avec moi, en plus il y a une différence entre "contre moi" et "sur moi".

Luis insista de nouveau, ses prunelles affichant le regret et le désir.

- Je t'en prie.

Il soupira. Impossible de le raisonner, Parada se rendit à l'évidence : son lieutenant avait à tout prix besoin de contact charnel et affectif, se sentir seul rien qu'à cause d'une dispute le rendait dingue et pour le moment, son compagnon n'était pas présent alors il compensait par la présence d'un autre homme qui l'attirait. Il semblait d'ailleurs confondre affection et passion sans s'en soucier. La seule chose qui en vérité effrayait Romero depuis le début était l'obstination de son ami car il avait toujours eu peur de céder à ses avances. Il était humain après tout et Luis avait un beau physique et l'attirait aussi, quand il se permettait d'y penser. Il n'avait jamais eu de préférences sexuelles comme il lui avait dit, hommes ou femmes pouvaient apporter du plaisir alors cela rajoutait un poids dans la balance. Cependant, faire ça avec lui semblait invraisemblable à ses yeux. Il ne l'avait pas vu grandir mais Luis Torres était sa seule et unique famille, en plus de leur différence d'âge qui le ralentissait dans sa réflexion. Il en sortit en sentant le plus jeune se jeter sur ses lèvres et le choc de son antre humide contre le sien déstabilisa toute sa morale, surtout lorsque la langue de Torres entra brutalement en contact avec la sienne. Il attrapa la cuisse de Luis, le sentit gémir dans sa bouche à ce contact et la fit légèrement remonter contre eux. Il se sentait mal de céder à l'appel de la chair mais avait peur par rapport au fait que s'il ne se laissait pas aller, son ami filerait inéluctablement calmer ses ardeurs sur la première innocente venue car il ne pourrait pas le surveiller indéfiniment. Pensant à ça, Romero s'arrêta malgré son désir naissant et pensa à leur ami.

- Torres, on ne peut pas faire ça.

Il eut droit à un bref regard coquin du concerné avant qu'il n'entame son exploration corporelle doucement, l'embrassant au passage pour le faire taire. Luis n'était peut-être pas excité l'instant d'avant comme il l'avait prétendu mais à une telle allure, les choses risquaient vite de changer même s'ils ne faisaient que s'embrasser. Étant à la merci de ses pulsions, il était comme une grenade dont la goupille pouvait sauter à n'importe quel moment et au moindre contact intime. Il détacha leurs lèvres, devint plus doux et caressa le visage de son supérieur tout en gardant une bonne maîtrise de lui-même.

- Je n'irai pas loin, je te le promets.

Contrairement à lui, Romero manqua de certitude face à ce type d'instincts mais il décida pourtant de laisser faire son ami en espérant qu'il disait vrai.

Torres lui prit les mains pour le redresser sur le lit avant d'ôter sa chemise tout en l'embrassant fougueusement. Romero en fit autant avec lui et enfin torses nus, il sentit son lieutenant se coller à lui et le regarda dans les yeux. Il était plus détendu mais son regard sombre brillait, ce qui indiqua à l'aîné que même s'il se promettait de rester neutre, une certaine partie de son anatomie n'allait pas le rester. Parada se laissa envoûter et caressa son ami qui avait la peau aussi douce que celle d'un bébé, malgré les tatouages et les nombreuses cicatrices dont il ignorait lui-même les origines. Romero aussi en avait mais il était de notoriété pour ses supérieurs et son ami qu'elles étaient dues à ses années de combats en tant que commando et agent. Pour les membres de Galindo, c'était une habitude chez eux autant que les tatouages, donc ils ne s'intéressaient pas au sujet. Pour eux, il s'agissait de "blessures de guerre". Torres le rallongea doucement tout en restant au-dessus de lui et en veillant à rester concentré sur ce qu'il faisait à Romero, non pas sur ce qu'il ne devait pas ressentir entre ses jambes. Selon la posture, Parada le questionna :

- Attends, tu as dit que...

- Je n'attends rien en retour, c'est seulement pour toi, être avec toi d'une façon différente pour une fois. Je ne me toucherai pas et je ne te forcerai pas à faire quoi que ce soit.

Un gémissement trahit Parada lorsque la main de son ami laissa sa verge sortir de son pantalon et il posa sa main sur celle de Luis.

- Je veux bien, mais Nero...

- Tais-toi un peu, commandant ! coupa Torres en souriant.

L'homme aux cheveux longs lâcha un hoquet de surprise mais capitula en riant face à l'impétuosité de son ami ainsi que l'irrévérence qu'il adoraient chez lui.

- D'accord ! Au mieux, on ne lui dira rien à condition de ne jamais refaire ça, à l'avenir.

Torres lui sourit, une légère larme à l'œil gauche. Il était surpris mais touché que son meilleur ami accepte de faire une chose pareille pour lui étant donné l'homme qu'il était.

- Ça marche, merci mon frère.

Par avertissement, l'aîné lui murmura près de l'oreille :

- Première et dernière fois, Luis. C'est loin d'être moral de faire ça entre amis.

L'autre homme lui passa un bras sous la nuque et lui sourit dans le cou.

- Alors essaie de ne pas y prendre trop goût, jefe.

- Tu es sérieux, là ? Essaie plutôt toi, monsieur "je bande facilement".

Luis accepta la remarque en l'accompagnant d'un air puéril comme il ne se le permettait que rarement, puis l'embrassa à nouveau avant de le saisir plus fermement pour le masturber sans attendre de réaction d'excitation physique. En plus d'en être embarrassé, Romero dut supporter en prime la langue de son ami qui caressa la sienne avec douceur et pourtant, il s'y habitua très vite et savoura ses lèvres à volonté. Il aimait tant la façon d'embrasser de son ami qu'il chercha à le garder contre lui, sentant Luis pleinement heureux. Par réponse, il commença à promener ses mains sur les parties accessibles du corps de Torres : ses muscles, sa poitrine, son visage, son dos... jusqu'aux parties les plus intimes, derrière comme devant. Sursautant et sentant une main se glisser doucement le long du bord de son pantalon, Luis grogna de plaisir mais sut à cet instant que c'était fini pour lui. Cette simple partie de son corps n'avait qu'à recevoir un signe, une légère invitation pour s'emballer et il ne se trompa pas là-dessus d'autant plus que Romero n'avait pas ôté sa main. Bien au contraire, il la glissa entièrement dans le jean noir et défit les attaches une à une. Il ne redescendit de leur nuage commun qu'en entendant une plainte de son ami. Luis avait tourné la tête, les yeux fermés avec force par énervement contre l'érection qui envahissait son vêtement. Navré, Parada lui caressa la nuque.

- Oh merde ! Désolé, Lou, je me suis laissé emporter.

Parada lui déposa un baiser sur la joue et Torres enfouit son visage dans son cou pour cacher le malaise qu'il aurait été si aisé pour lui de deviner dans son regard.

- Ce n'est rien. Avec de la chance, ça partira si je n'y fais pas attention.

Parada n'y crut pas un instant étant donné son attitude réticente mais ne lui dit rien d'autant plus qu'intérieurement, il savourait cet instant à chaque seconde. Les rares femmes avec qui il avait couché dans sa vie ne lui avaient jamais porté d'intérêt car cela n'avait été que pour le sexe. Luis était peut-être son meilleur ami, il avait peut-être l'âge d'être son fils mais il n'y avait qu'avec lui qu'il avait ressenti autre chose qu'une envie animale d'assouvir un besoin d'ordre sexuel.

Le plus jeune délaissa son envie naissante et baissa la tête jusqu'au buste tatoué de Parada, léchant et embrassant sa peau tatouée tandis que sa main accélérait ses mouvements. Entendre les soupirs d'excitation de son boss, respirer et goûter sa chair, lui susurrer des paroles lascives et enfin sentir ses mouvements corporels sous lui donnèrent un gros coup de chaud à Torres. Il retourna s'accaparer les lèvres sévères avec cette fois plus de vigueur et de possessivité, sentant au fur et à mesure le torse de Parada se recouvrir de sueur qu'il prit plaisir à mêler à son propre torse en se laissant tomber sur lui. Leurs caresses et baisers devinrent de plus en plus rapides et bestiaux de même que le plaisir procuré par les va-et-vient de Torres se fit de plus en plus bruyant. L'aîné complimenta son ami sur son "art du maniement de l'entrejambe" entre deux gros gémissements que Luis dut étouffer à cause de leur intensité. Il posa ses lèvres sur les siennes et murmura quasiment dans sa bouche :

- Attention, Romeo. Je ne suis même pas sûr que tu aies fermé à clé en entrant dans la chambre. Je sais que c'est dur de me résister mais quand même... " rit-il.

Ce dernier sembla incapable de réfléchir.

- Euh... aucune idée, ta main m'empêche de me souvenir. Wow Lou... je vais...

Encore un gémissement que Luis fit taire de ses lèvres sous peine d'être entendus des autres, malgré la distance entre les pièces et le fait qu'ils ignoraient qu'il était de retour. Parada garda son lieutenant bien contre lui et se focalisa sur son corps, qu'il palpait en se délectant de l'épiderme frissonnant. Proche de la libération, il sentit Torres accélérer vivement ses mouvements en lui mordillant la gorge. Passant une main derrière son cou, jamais le boss n'aurait imaginé ça un jour, se faire ainsi toucher par Luis et le toucher également l'un au-dessus de l'autre... D'un couinement explicite, il indiqua à Torres qu'il allait jouir et ce dernier l'embrassa à nouveau pour accueillir le son de son plaisir dans sa bouche. Romero éjacula sur le torse de Luis, ce dernier partageant la semence avec lui tout en la mêlant avec leur sueur en s'allongeant complètement sur lui, puis il conclut en l'embrassant tendrement. Après avoir regagné son souffle, Romero admira la carrure de son ami par-dessus la sienne et glissa ses bras de ses épaules musclées jusqu'à ses mains avant de remarquer le trouble de son ami.

- Elle est encore là, hein ?

- C'est pire que tout à l'heure.

- C'est normal, Lou.

- Ça ne me dérangeait pas quand je m'occupais de toi. Je croyais que ça s'arrêterait si je n'y touchais pas mais...

Il baissa la tête et commença à pester contre sa réaction mais reçut un doigt sur la bouche qui l'incita à se taire.

- Tu n'y peux rien, elle ne serait pas partie de toute manière. Tu es encore trop agité et étant donné que tu es facilement mis en condition même sans le vouloir, tu n'aurais pas pu résister, surtout avec mes mains sur toi.

Parada savait que la faute était sienne et le lui exprima de toutes les manières possibles, d'abord avoir cédé et puis ensuite l'avoir touché comme il l'avait fait... cela serait forcément arrivé à n'importe qui d'autre. Sur un ton plus plaisantin, Luis fit semblant de bouder et demanda :

- Parce que tu aurais fait ça avec quelqu'un d'autre que moi, commandant ? Tu sais, je suis très jaloux.

Répondant avec humour, Parada n'en oublia pas le principal pour autant.

- C'est une image, Luis. Mais oui, je sais que tu es un gros jaloux, cette bagarre avec Gemma Teller l'a assez prouvé. Par contre, ta jalousie est censée se manifester avec Nero et non avec moi. J'ai l'impression que tu prétends que je t'appartiens.

Pas de réponse en dehors d'un sourire plein de sous-entendus devançant un autre baiser, plus lent et plus profond que tous les autres. Ce n'était pas qu'une impression et Romero le savait pertinemment, il avait cédé à son ami par égard pour une future éventuelle proie mais maintenant, leur relation amicale s'était vue ouvrir un nouveau chemin qu'ils devaient vite refermer avant d'aller trop loin. Sans séparer leurs lèvres, Romero caressa le dos de son ami et libéra la bosse du pantalon qui la dérangeait, expliquant à son ami que ce qui avait été accompli dans un sens se devait de l'être dans l'autre. Il ne voulait pas le laisser comme ça et voulait finir ce qu'ils avaient tous les deux commencé. Luis continua de faire glisser son jean noir le long de ses jambes et libéra son érection de son boxer, cette dernière entrant en contact avec le membre presque reposé de parada, une façon de se toucher encore plus intime et qui les attisa davantage.

Il redressa de peu Luis pour lui rendre le même plaisir en le gardant au-dessus de son corps, et le caressa un peu plus vite étant donné que Luis la supportait depuis trop longtemps. Restant à califourchon sur son boss, Torres laissa faire la main experte sur son sexe qui ne demandait que ça. Il lui demanda même d'y aller au maximum car il se sentait partir beaucoup plus vite.

- Je ne sais pas si c'est de te l'avoir fait avant, Romeo, mais... mmm oh putain !

Il grogna, dévorant bestialement le cou de l'aîné et ce dernier le caressa partout où il pouvait en continuant jusqu'à ce qu'il n'éjacule à son tour après avoir senti sa zone érogène provoquée, son torse. Il resta sans bouger sous l'intensité du plaisir et tint la main que Parada avait laissée sur son sexe, l'accompagnant lors de ses derniers mouvements tout en la mêlant à la semence chaude. Ils restèrent sans bouger, tête contre tête à calmer leur respiration, avant de s'embrasser avec plus de retenue. Romero lui caressa la joue et lui conseilla en riant de se raser car se dernier commençait à avoir légèrement le visage piquant. Malgré sa courte participation à la plaisanterie, il redevint sérieux.

- Ça n'a pas du être facile pour toi. Je ne sais pas comment te remercier, Romeo.

Haussant les sourcils, son supérieur lui posa une main sur l'épaule.

- Tu n'as pas à me remercier, mano, tu sais pourquoi je l'ai fait.

- Justement, tu t'es forcé parce que tu croyais que j'allais déconner et ce serait sûrement arrivé même si je t'ai dit le contraire.

Il crut qu'il aurait droit à un regard assassin après un son aveu mais non.

- Je sais, Luis, je te connais mieux que n'importe qui. Je sais que même si tu t'étais arraché les cheveux jusqu'au sang, tu n'aurais pas pu tenir et au fond de toi, ce n'est pas de ta faute même si tu le nies. Ne te reproche plus ce qu'a pu provoquer ton père en toi en te tabassant, tu n'es pas le principal à blâmer dans l'histoire. Il faudrait que tu en parles un jour, tu le sais.

S'allongeant à côté de lui, Torres fit la moue.

- C'est trop dur.

- Tu y arriveras quand tu te sentiras prêt.

Allongés l'un en face de l'autre sur le lit étroit, ils se turent et Torres lui posa une main sur le visage en nageant dans son regard, méditant en même temps sur leur amitié avant que Romero ne lui conseille une nouvelle fois de dormir une heure ou deux. "Que fais-tu au sein d'un cartel alors que tu es si bon, Romero Parada ? Comment une agence aussi pointilleuse que la nôtre a t-elle pu hériter d'un don du ciel comme toi ? Tu es le meilleur ami qu'un homme puisse avoir et pas moi, comment fais-tu pour me supporter ?" pensa Luis. Son supérieur lui caressa doucement les cheveux en évitant d'approcher ses sutures et resta allongé près de lui en veillant à ce qu'il fasse ce qu'il lui avait demandé, ce qui ne se produisit qu'une vingtaine de minutes plus tard, de quoi passer le temps en respirations chaudes et baisers chastes. Ils parlèrent de tout et de rien le temps que Torres ne soit totalement fatigué et ce dernier sombra enfin dans le sommeil, laissant Parada sourire à cette vue inhabituelle. En effet, Luis s'était endormi en passant inconsciemment un bras sur son ventre comme pour être sûr de rester accompagné et Parada dut faire attention à ne pas le réveiller en le déplaçant. Il se rhabilla convenablement et dans le silence car son ami n'avait pas le sommeil lourd, un rien le réveillait et si le hasard était bon avec lui au point de le laisser dormir sans lui imposer de cauchemars cette fois-ci, il n'allait pas tout gâcher. Il ne resta pas dans la chambre mais ferma bien la porte pour qu'il ne soit pas dérangé.

Le repos de Luis s'avéra bénéfique sur le plan physique mais il en fut tout autre pour son moral. Malgré l'empathie à laquelle il avait eu droit, il eut tellement honte de ce qu'il avait poussé son ami à faire avec lui qu'il donna raison à Nero. Il ne faisait que du mal et serait sûrement mieux seul. Mais ce n'était pas le pire : la culpabilité d'avoir sali son seul ami le rongea tout en réveillant une autre envie, une envie qui selon lui, pourrait lui faire oublier ce moment. Pas en tant que pulsion physique mais plutôt mentale, la volonté de faire le mal, ce qui était pire encore. Il se maudit et se leva pour se changer les idées et éviter d'y songer, passant à la salle d'eau pour vérifier avec difficulté l'arrière de sa tête et relevant ensuite les activités des sbires. Le temps ne passait pas vite et la seule personne en ce lieu qu'il voulait voir était justement celle qu'il se privait désormais de regarder tant il avait honte de lui-même. Il s'en rendit compte au moment où il se planta devant la porte du bureau de son chef avant de faire demi-tour. Avec tout ce que Romero avait fait pour lui, il avait fait passer une simple pulsion sexuelle avant leur amitié et pour cela, il se considérait comme indigne de lui adresser la parole. Il sortit et se rendit dans le pré derrière le terrain de la maison, ce pré qui était sa source de calme mais qui ne parvint pas à lui vider la tête cette fois.

Il attendit donc le soir et fit croire à son ami que Nero l'avait appelé, se donnant une excuse pour partir sans qu'il ne le suive à la trace ou par messages. Il se rendit librement à Charming et s'arrêta où il ne serait à la vue de personne. Garant la voiture entre deux immeubles abandonnés, il commença à marcher dans la rue tout en cherchant celle qui provoquerait son envie malsaine mais ces rues étaient quasiment désertes et il allait retourner à sa voiture lorsque l'objet de sa convoitise se présenta à l'angle de la rue. Au téléphone, une femme jeune et vêtue assez vulgairement riait au téléphone. Il s'adossa au mur et attendit qu'elle passe, puis se mit en tête de la suivre. Elle se trouvait être comme lui, du genre à aimer les endroits simples car elle l'avait conduit à une chambre de motel. Situé en fin de route, l'endroit était beau à regarder : façade de peinture beige, une enseigne visible à en attirer les touristes et de belle allure par ses couleurs, un drapeau américain trônant fièrement au bord du toit.

ooOOoo

- NOOON... NERO ! NERO !

Au volant de sa voiture, le maque regrettait d'avoir laissé son amant au motel après l'avoir entendu hurler de cette manière mais ne parvint pas à faire demi-tour. Il avait l'impression d'entendre encore sa voix résonner dans sa tête et tapa brutalement sur son volant avant de stopper la voiture sur la route. Il hésitait entre croire que Luis faisait exprès de ne rien tenter pour garder le contrôle et lui faire confiance. Bien sûr qu'il voulait le croire puisqu'il l'aimait plus que tout, mais cela débutait mal si Torres trahissait sa propre parole. Nero redémarra en jugeant qu'un peu de distance leur ferait du bien, malheureusement cette pensée s'envola lorsqu'en regardant dans le rétroviseur, il vit de la fumée et freina brutalement avant de se retourner : elle venait du motel Harlington.

- Oh non ! Qu'est-ce que c'est que ça ?

Il fit demi-tour en priant pour que le départ de feu ne soit pas situé dans la chambre de son amant et retourna vite sur les lieux en arrêtant sa voiture suffisamment loin pour qu'elle reste à bonne distance de la fumée. Il courut et constata que le feu venait de la deuxième chambre, celle des voisins bruyants de Luis. Il y fonça et remarqua qu'en plus de l'incendie, deux personnes étaient mortes dans le lit : le couple marié qui selon les dires de son amant, ne cherchait pas du tout à être discret lorsqu'il s'envoyait en l'air. Nero courut chercher le gérant mais comble de l'horreur, il le trouva mort lui aussi et la toute première chambre était ouverte sans personne dedans. Cette fois complètement paniqué, il sut où était vraiment l'origine et fonça à la chambre de Torres.

Il la trouva vide mais avec la fenêtre grande ouverte. Il s'y glissa et comme pour le rendre encore plus impuissant, il vit Luis plus loin en train d'abattre une femme de sang-froid alors qu'elle était à terre à hurler. Il courut vers lui en le voyant tirer à plusieurs reprises sur la personne sans défense.

- Seigneur... LUIS, ARRÊTE.

L'autre homme ne se tourna pas vers lui et Nero le vit poser l'arme sur sa tempe avant de presser la détente.

- NON !

Soulagé malgré son désespoir, Nero sut qu'apparemment le chargeur était vide car son amant venait de jeter l'arme en hurlant avant de se mettre à courir aussi vite que possible. Il le poursuivit sur plusieurs dizaines de mètres avant de le rattraper, tremblant de peur et de rage. Comme il ne voulait pas lui parler, Luis ne chercha qu'à s'échapper sans prononcer un mot pour expliquer ses gestes. Tout à coup, Nero le frappa à la joue et l'obligea à le regarder. Jamais il n'aurait su décrire ce qu'il vit dans ses yeux à ce moment-là. Peur, haine, rage, souffrance, regrets... tant de sentiments aussi forts que contradictoires. Luis avait levé les bras devant son visage en serrant les poings de peur de recevoir encore un coup. Quant à Nero, il pleura et le maintint aussi fort que possible.

- Tue-moi, Padilla, je n'en ai plus rien à foutre de toute façon.

- Mais pourquoi tu as fait une chose pareille ? Tu as buté quatre personnes innocentes, tu as complètement perdu l'esprit.

- LÂCHE-MOI.

Luis se débattit pour se relever et sans savoir ce qui l'y poussa malgré ce qu'il venait de le voir faire, Padilla le serra contre lui encore et encore. Luis s'accrocha à lui mais sembla partir dans un autre monde sachant qu'il ne reviendrait jamais en arrière.

- LOU !

Nero se réveilla en sursaut, le corps en sueur. Il venait de hurler sans s'en apercevoir et pleurait tant ce cauchemar lui avait fait du mal. Trempé et le cœur s'emballant, il ôta son débardeur et le jeta avec nervosité à l'autre bout du lit. Il ne dormait pas sur ses deux oreilles à cause de la bagarre, il en était à son deuxième cauchemar et le premier avait été pire encore. Il ne cessa de se demander si le problème venait vraiment de son compagnon ou s'il pouvait venir de lui et de son manque de confiance, ou encore les deux.

Le lendemain, les problèmes s'amoncelèrent lorsque Lyla vint le consulter en agitant son portable.

- Une des filles ne répond sur aucun de ses téléphones, elle est toujours joignable alors ça m'inquiète un peu.

- Ah bon... laquelle ?

- Janice, on s'est parlées hier et elle allait bien. Peut-être qu'elle est tombée sur ce mystérieux voleur de téléphone, il opère dans son quartier.

Nero délaissa son ordinateur en partageant sa crainte mais cita en plus l'agresseur de prostituées du moment.

- Ah oui, ce type est flippant.

En effet, l'agresseur de prostituées n'était pas encore démasqué et sévissait encore à Charming, et il espéra que les deux choses n'avaient aucun rapport.

Nero décida d'attendre un peu et de tenter de la rejoindre plus tard, mais il était stressé maintenant.

à suivre...