Luis détailla avec minutie celle pour qui il avait encore une fois enfreint la morale, et il marmonna en la voyant remuer dans son sommeil :
- Tu as un visage digne d'une princesse, tu le sais ? Tu me fais penser à cette beauté naturelle au bord de chez moi, pendant mon enfance.
Les yeux de la jeune femme s'ouvrirent très peu comme si elle se trouvait sous l'influence de psychotrope et n'avait pas conscience de son état. Elle sembla le regarder sans vraiment le regarder et ses yeux restèrent ainsi sans que Luis n'y prête attention.
- Il y avait ce champ de lilas près de mon ancienne maison, je me sentais bien à chaque fois que je le regardais. Il était mal entretenu et asséché alors je m'en occupais de temps en temps, j'y apportais un peu d'eau et je le travaillais. Je marchais entre les allées en sentant l'odeur, elles menaient à un petit jardin rempli de zinnias que j'adorais. C'était un paradis de couleurs et je n'y ai jamais mis un pied.
Il la regarda sans ciller et continua :
- J'avais tellement peur d'en écraser une par accident que je restais là à les regarder, c'était vraiment magnifique. Ils... c'était comme s'ils faisaient une course contre le temps, ils n'étaient jamais fanés ni abîmés. J'ai fini par laisser tomber l'église du village et c'était au bord de ce champ que j'allais prier. Je m'agenouillais dans la terre, je la touchais et je m'y allongeais aussi pour mieux la sentir. Certains auraient dit que c'était sale mais la terre, on ne serait rien sans elle. C'est elle qui m'a nourri et même si ça paraît débile, je l'aime comme si elle était une partie de moi.
Il continua à lui parler un petit moment en lui caressant la tête, regrettant l'homme qu'il était devenu depuis ce temps et se demandant s'il aurait été meilleur en étant hétérosexuel. "Peut-être que j'aurai eu plus de respect pour elles, sauf si Nero et Romeo ont raison. Mon enfance aurait encore tout balayé" pensa t-il. Il continua de gamberger en faisant fondre la couleur du champ avec celles de la jeune femme. Elle avait les cheveux mi-longs et d'un beau roux clair, portait apparemment des lentilles qui trônaient sur la table de nuit à côté d'une lampe qu'elle avait débranchée pour y mettre son chargeur de portable, et avait posé un cadre exposant une photo d'elle avec une autre jeune femme. Il se rendit compte à quel point il l'avait mal jugée à cause de ses vêtements en la voyant la première fois, elle n'était pas trop maquillée et ses cheveux étaient aussi lisses que de la soie, sans oublier qu'elle avait la peau douce comme un bébé. Les yeux de la rousse se refermèrent lentement alors qu'il cessait de parler et il lui sembla enfin réaliser qu'il n'avait pas parlé dans le vide. Il espéra juste qu'elle ne lui en ferait aucune remarque une fois éveillée et qu'elle prendrait son souvenir raconté comme un tour joué par son imagination.
Flashback
Luis avait veillé une partie de la nuit près du motel qui abritait la personne ciblée, en prenant garde à ses sorties hors de la chambre ainsi que celles des autres clients, vérifiant la rue en face et tout autour de lui. Il adorait ce jeu de traque, compétence acquise au sein de l'armée et des fédéraux. Après s'être assuré que sa proie résidait seule dans cette chambre, il avait attendu les premières lueurs du jour et l'avait observée par la fenêtre. En revanche, il avait du faire attention car celle-ci était entrouverte, il s'en était aperçu en faisant le tour du motel et avait du recourir à la plus grande discrétion. Il l'avait vue se préparer minutieusement à quelque chose, assise sur le lit et se maquillant face à un petit miroir rond qu'elle peinait à faire tenir entre ses genoux. Il avait saisi l'occasion en entendant un téléphone sonner. Après s'être caché à un angle de mur, il l'avait entendue jurer sur le manque de réseau et la porte de la chambre s'était ouverte. Refusant d'attendre une autre occasion, il avait sorti son pistolet et était arrivé si vite qu'elle n'avait pas pu se tourner vers lui, assommée sur le coup et Luis s'était dépêché de la traîner à l'intérieur en regardant autour de lui.
Fin flashback
Elle se réveilla enfin et ouvrit les yeux sur Torres, qui ne perdit pas de temps en la voyant émerger de son sommeil et grimpa sur elle. Celle qui était enjouée au téléphone et respirait la liberté il y a encore quelques heures se retrouvait désormais prisonnière d'un inconnu de qui elle respirait déjà avec hargne l'odeur masculine alors qu'il la plaquait sur son lit. Cet écrasement soudain sur sa personne n'avait pas plus pour but de la maintenir que celui de la prévenir qu'il lui arriverait des bricoles si jamais elle venait à élever la voix pour alerter les autres occupants.
- Je n'avais pas rêvé alors... qu'est-ce que tu me veux ? Tu m'as frappée, on se connaît ?
- Non, et je ne suis pas là pour faire connaissance.
Clignant des yeux, la belle rouquine détailla sa position dominante et détourna les yeux en pouffant.
- Je vois le genre, j'ai l'habitude des gars comme toi. Tu es un guetteur en manque de sexe qui veut se les vider gratuitement...
- Ah ! Ah ! Attention, d'accord ?
Luis dressa sa main avec la ferme intention de l'abattre sur elle en cas de rébellion et la jeune femme lui jura qu'elle ne parlerait plus de ça. Ne cherchant pas à le rendre incontrôlable, elle voulut regarder par la fenêtre pour voir de quel couleur était le ciel et ainsi connaître approximativement l'heure. Seulement, par précaution, son agresseur avait fermé les volets et elle n'eut d'autre option que de lui poser directement la question.
- Quelle heure il est ?
Surpris, l'homme demanda :
- Pourquoi ? Tu es attendue quelque part ?
Malgré sa moquerie, il resta courtois comme il l'avait prévu au départ et jeta un œil à son propre téléphone.
- Il est exactement neuf heures seize du matin, ma mignonne. C'est pour ça que je ne vais pas te brusquer.
Elle soupira et serra la mâchoire en le voyant ôter sa chemise sans tarder. Encore couvert par un débardeur blanc, il le garda mais son physique ne laissa pas de marbre la jeune femme qui paniqua lorsqu'il s'étala de tout son long sur elle.
- Ne fais pas ça. Écoute-moi, je...
- Ne dis rien, ça vaut mieux pour toi.
Il regarda le corps prisonnier sous le sien tout en réfléchissant sur le fait de ne pas savoir pourquoi cela ne l'attirait pas. Il tenta quelques caresses au niveau du buste, sur et sous le vêtement : hanches, ventre, seins avant de remplacer sa main par sa bouche. Il s'arrêta d'embrasser le téton droit de la jeune femme en l'entendant tenter de l'en empêcher. Elle assumait son métier mais haïssait par-dessus tout les hommes tels que lui qui cherchaient à en profiter et à s'approprier une personne comme s'ils en avaient le droit. Luis releva la tête en abandonnant sa réflexion sur l'attirance, leva le doigt et lui tapota la lèvre en souriant avant de dire :
- Au fait, pardonne-moi de t'avoir assommée. J'y suis allé un peu fort mais bon... tu devrais être en forme étant donné que tu as pu dormir assez longtemps et de toute manière, je n'ai pas grand chose à te demander.
Reprenant son sérieux, il se redressa et ouvrit son pantalon et lorsqu'elle voulut reculer, il lui attrapa brutalement le poignet.
- Écoute, ce sera vite fini si tu te laisses faire. Je n'ai aucune envie de te faire du mal alors plus vite je finirai et plus vite je partirai.
Aussi sincère qu'il avait pu l'être, cela ne la mit nullement en confiance car elle n'avait aucune envie de voir sa dignité lui être volée.
- Eh ! ce n'est pas parce que je suce des queues pour gagner ma vie que je fais ça avec le premier voyou qui cherche à profiter de moi.
CLAC
Torres ne voulait ni plaisanter ni perdre son temps, il voulait agir et repartir et la mit en garde immédiatement.
- Boucle-la ou ça va mal finir pour toi, je t'ai dit que je n'étais pas là pour plaisanter alors ne me cherche pas.
Il ferma les yeux en stigmatisant son habitude à sortir de ses gonds et lorsqu'il la vit fermer la bouche en baissant les yeux vers la partie de son corps qui l'inquiétait le plus, Luis mit fin à son questionnement interne.
- Je ne vais pas procéder de cette manière, je ne voudrais pas que tu me la mordes. J'ai seulement une chose à te soumettre : une fois fait, tu garderas le silence sinon je te tuerai. C'est assez clair pour toi ?
Peu atteinte par la menace de meurtre dans une ville pareille, elle n'y prêta guère attention mais resta fixée sur le reste.
- Qu'est-ce qui sera fait ? Qu'est-ce que tu attends de moi, putain ?
Il ne répondit pas et la garda allongée de force avant de se repositionner sur elle.
- Si tu avais juste voulu tirer un coup, pourquoi ne pas l'avoir fait pendant que je dormais ? Si tu es aussi obsédé, hein !
Torres baissa le regard jusqu'à sa main droite qu'il caressa.
- Parce que pour ce que je veux, j'ai besoin que tu sois consciente.
"Avoue plutôt que tu as envie de la voir se débattre pour mieux bander et lui cogner dessus" souffla une voix en lui. Se forçant à fermer les yeux, il pesta contre cette pensée qui s'insinuait dans une partie de lui alors qu'il n'en avait eu aucune envie.
- Non, ce n'est pas ce que je veux. Elle ne m'a rien fait de mal.
- Attends, à qui tu parles ?
Effrayé, il rouvrit les yeux et chercha à la détendre mais la jeune femme eut encore plus peur de lui maintenant, redoutant ce dont un homme qui se parlait tout seul serait capable de lui faire endurer. Malgré sa frayeur, elle se montra très courageuse et voulut reprendre le dessus en le griffant au visage mais perdant patience, Luis la gifla plus fort que la première fois et profita de la semi-inconscience engendrée chez elle pour sortir son érection de son jean. Il la regarda ensuite et attendit qu'elle reprenne ses esprits avant de l'embrasser sur la joue.
- Désolé, je voulais être gentil. Je te laisse une chance de repartir de zéro, saisis-la.
- T'as un gros problème, toi.
Luis fronça les sourcils.
- Je sais, merci.
- Qu'est-ce que tu veux, à la fin ? Qu'on en finisse...
Baissant le regard entre ses jambes, Torres se montra très direct.
- Touche-moi.
- Tu plaisantes, j'espère.
- C'est tout ce que je veux.
Il lui attrapa une main et insista sur la pression en la sentant essayer de se dégager, puis la descendit jusqu'à son membre dur. Sentant l'érection contre sa main, elle voulut réitérer sa fuite mais Torres perdit tout contrôle et la gifla à nouveau, sentant son excitation gagner en puissance.
- Tu la prends et tu fais ce que je t'ai dit. La prochaine fois...
- Sale pervers, tu es vraiment un phénomène.
Il s'approcha si près de son visage que ses yeux sombres terrorisèrent la jeune rousse. Il lui mordit assez durement le cou avant d'articuler sur chacun de ses mots :
- Si tu me parles encore de cette manière, je te prends entièrement et je te garantie que je vais te faire mal.
Les lèvres tremblantes et les yeux brillants, le brun se tint là à la fixer dangereusement. Sa main libre se dirigea lentement vers la gorge de la victime et celle-ci plaça la sienne dessus en le priant d'arrêter. Les émotions mitigées sur le visage ombrageux se succédèrent puis la jeune femme le dévisagea avec peur et renoncement.
- Si tu me promets que ça ira vite et que tu ne me feras pas mal, je me laisse faire mais à une condition... calme-toi. On se calme tous les deux et je le fais. Tu es d'accord ?
Torres ôta sa main et réfléchit à la proposition, l'air grave. Il se demanda si le fait qu'elle se laisse faire sans réagir n'allait pas tout gâcher étant donné son habitude de forcer les choses pour arriver à jouir mais malgré ça, il accepta sa demande et décida même d'être tolérant avec elle, sortant son couteau uniquement pour la dissuader de se défendre au cas où. Il baissa la main droite de la victime jusqu'à son pénis et lui ordonna de le caresser sans en profiter pour le pincer ou autre. Commençant sa pénible tâche en parcourant la hampe de long en large, elle vit son ravisseur se lécher la lèvre et tourner la tête pour dissimuler son soupir de plaisir. Au bout d'un moment, à force de l'entendre exprimer son plaisir malgré un air renfrogné, elle ne put retenir la question qui lui brûlait les lèvres :
- On dirait que tu n'es pas fier de toi. Tu choisis la branlette parce que tu n'as pas de capote sur toi ? Ou parce que la pénétration te bloque ? Sauf si c'est la violence qui t'excite...
- Arrête tout de suite avec tes questions, tu parles beaucoup trop.
Son couteau noir dans sa main droite, il le laissa discrètement tomber à proximité d'elle, se pencha et plaqua de façon très tendre ses mains sur chaque côté de sa tête pendant qu'elle continuait. La rouquine le regarda et l'interrogea, mais sa question resta sans réponse car Torres l'embrassa à pleine bouche. Décontenancée, elle lui lâcha la verge et repoussa son visage avec stupéfaction. Il resta calme et même, il lui sourit.
- Dans le métier, on n'embrasse pas les clients et tout le monde sait ça.
- Sauf que je ne suis pas ton client. J'ignorais même quel était ton métier jusqu'à ce que tu ne me le révèles et puis je ne vois pas ce qu'il y a de mal à ça, c'est plaisant.
Elle fronça les sourcils sous l'incertitude.
- Je ne sais plus quoi penser avec toi.
Il lui ordonna de se remettre au travail en se laissant faire cette fois-ci et elle obéit, préférant penser au moment où ils en auraient terminé. Le brun plaqua à nouveau ses lèvres sur les siennes et l'embrassa d'une façon douce qu'elle n'avait jamais connue. Il aimait la manière dont cette femme parvenait à lui donner du plaisir par une simple masturbation et même sa façon de lui rendre ses baisers lui plut. Ainsi, il se cala Nero en tête et enfonça sa langue dans la bouche de la jeune femme qui tenta de résister les premières secondes, avant d'accepter cette présence humide et agressive alors que le poids de Torres l'empêchait de se débattre plus. Elle s'arrêta un instant et devant la mine sérieuse qu'il afficha, demanda rapidement :
- Je n'y comprends rien. Tu n'as l'air si méchant et physiquement, t'es loin d'être repoussant, tu devrais te trouver quelqu'un au lieu d'agir comme un salaud. Qu'est-ce que tu cherches en t'en prenant à une femme de cette manière ?
Il déglutit et perdit sa tête dans son cou quelques secondes pour couvrir sa chair du souffle de son expiration et releva un regard changé, humide et anormalement souriant.
- Je n'en sais rien. Une mort plus rapide, peut-être.
- Ce n'est pas vrai ?
- Si, parce que je n'aurai jamais le courage de le faire moi-même.
Elle posa une main sur son visage et le tâta doucement.
- En dehors de ce que tu cherches à me faire, il ne faut jamais rechercher la mort et je te dis ça par expérience. Tu me rappelles un homme que j'ai connu, très fragile et en dehors de la réalité. C'était mon père, il était schizophrène et quand il...
- Moi, je vais très bien.
- Ne le prends pas mal mais il le disait aussi.
Quelqu'un tambourina à la porte à cet instant et Torres sursauta avant de sortir son arme de l'arrière de son jean sous l'effet de la surprise, qui s'empara également de la jeune femme lorsqu'elle se mit en tête que s'il sortait son arme, c'était parce qu'il avait décidé d'en finir avec elle de peur d'être découvert suite à ça. Le regard soudainement tourné vers la porte, Luis ne réalisa pas que son couteau avait atterri entre les mains de la rousse et celle-ci fit un mouvement d'écart rapide en lui entaillant profondément la hanche. Il se retint de hurler mais plié sous la douleur, il parvint à la frapper au visage avant de plaquer une main sur la lacération. Une main sur sa tête, la jeune femme était tellement choquée d'avoir fait ce qu'elle avait fait qu'elle en baissa l'autre main. Le brun lui arracha le couteau des mains et le balança loin avant de lui lancer un regard blessé.
- Je ne t'aurai rien fait.
- Je te demande pardon, j'ai eu peur que...
La personne refrappa à la porte et cette fois-ci, une voix s'éleva :
- Janice, tu es là ?
Horrifié, Luis reconnut la voix de Padilla et paniqua.
- T'es une des filles de Nero ? C'est pas vrai...
Au moment où elle allait répondre, il craignit un hurlement pour alerter le maque et lui plaqua sa main gauche sur la bouche, de l'autre pointant son arme sur son visage. Figée de ne pas pouvoir répondre à son patron, la jeune femme émit un sanglot aigu sous la peur de l'arme qui était pointée à quelques centimètres de son œil. Torres, les yeux brillants de peur et sous l'effet de sa surexcitation toujours présente, garda la main sévèrement appuyée sur sa bouche, préférant étouffer la jeune femme que l'entendre hurler.
- Shhht !
Étant donné le caractère déviant qu'il avait manifesté depuis le début et ce qui arrivait maintenant, il ne chercha plus à faire ce pourquoi il était là et s'imposa deux options : il pouvait soit attendre le départ de Nero, prendre la fuite et ainsi laisser la vie sauve à Janice - mais dans ce cas elle le dénoncerait car elle avait vu son visage -, soit il pouvait de nouveau attendre que Nero parte et la faire taire sur le champ, un oreiller et son arme faisant très bien l'affaire. Si tel était le cas, il devrait agir discrètement et faire en sorte de ne pas attirer de curieux, lui qui était blessé allait probablement chanceler une fois debout.
Après avoir tenté à plusieurs reprises d'appeler son employée, Nero la crut finalement absente et se retrouva en manque de solutions. Il se laissa tomber contre le mur à côté pour réfléchir avant d'entendre son téléphone sonner : c'était Parada. Il hésita à répondre de peur d'avoir plus d'ennuis sur les épaules mais devant l'insistance des appels, il se releva et décrocha, s'éloignant pour retourner à sa voiture en même temps.
- Salut Parada !
- Salut ! tu sais, il serait temps que tu me rendes mon lieutenant parce qu'on a du boulot qui nous attend.
Les craintes du maque aggravées, il stoppa sa démarche et fixa la porte de Janice en craignant le pire. Il espéra que son amant ne l'avait pas tuée s'il était venu ici, ou s'il y était encore.
- Ce serait avec plaisir si encore je savais où il est.
- Pardon ?
Nero déglutit de peur de dire la vérité.
- On s'est battus hier matin et...
- Encore ? Attends, c'est quoi cette histoire ? Il m'a juste parlé d'une dispute en revenant, il m'a même dit le soir qu'il retournait te voir.
- Il t'a menti.
- Tu sais qu'il ne doit pas rester seul, tu aurais du m'appeler tout de suite après ça. Pas étonnant qu'il était dans un tel état hier, il a saccagé la chambre. Il allait mal et il crevait d'envie de te voir.
Se rongeant les sangs, Nero renifla, désespéré. Il pensait savoir la réponse mais ne voulait pas voir tout le monde débouler devant le motel, c'est pourquoi il garda le silence.
- Mais où il peut être ?
- Pourquoi vous vous êtes battus, cette fois ? Ça a peut-être un lien !
- Je lui ai envoyé la vérité en pleine figure, comme un con. On s'engueulait et c'est venu comme ça. Jax m'a appris que Luis avait parlé à Tara à Cristal Park alors ça m'a foutu en rogne, j'ai foncé au motel après t'avoir demandé où il était et je lui en ai parlé. Il s'avère que c'est vrai pour Tara.
Parada exprima quelques jurons en espagnol avant de poursuivre :
- Ne me dis pas qu'il l'a suivie !
- Je n'en sais rien et il n'a rien voulu me dire là-dessus. Il m'a reproché de ne pas lui faire confiance et moi... j'étais tellement remonté contre lui que je l'ai traité de prédateur sexuel. C'est sorti tout seul.
- Et merde ! lui qui réussissait à améliorer un peu les choses... on a plus qu'à le retrouver.
Des larmes dans la voix, Nero eut de plus en plus de mal à émettre un son.
- Je suis un abruti s'il s'est juste excusé comme il me l'a dit.
Entendant la respiration de Nero devenir haletante au bout du fil, l'aîné tenta néanmoins de le rassurer.
- Allez, ne t'en fais pas, on le retrouvera. Il est complètement accro à toi, peu importe de quelle façon mais il refera surface.
Un silence désagréable s'imposa à eux et Parada dut raccrocher pour entamer des recherches de son côté. L'autre silence qui suivit plongea Nero dans une bulle de nervosité impossible à contenir et qu'il menaça de faire exploser, mais son téléphone sonna encore. Il répondit sans volonté à Lyla.
- Oui, j'écoute.
- Nero, c'est Lyla. Debbie m'a dit avoir vu un type entrer dans la chambre de Janice tôt ce matin en voulant aller la voir, comme elle a pensé à un client alors elle est repartie. Tu crois qu'il l'aurait emmenée ailleurs après avoir couché ?
- Ce mec était comment ?
- Bah elle a dit brun, il avait l'air timide et assez effacé, bronzé... il devait avoir peur d'être suivi vu l'endroit où il allait.
- Putain !
Il récupéra sa gaffe à temps mais Lyla n'avait pas percuté, elle plaisanta même :
- T'as raison, ce n'est pas ce qui manque par ici et de toute façon, elle les trouve tous beaux. On n'est pas dans la merde, ça peut être n'importe qui.
Il sourit mais l'inquiétude par rapport à leur amie les ramena à leur sérieux. Elle était en danger avec son amant et il le savait. Plissant les yeux lorsqu'il prit sa décision, Padilla rassura Lyla autant qu'il le put et lui assura de régler la question avant de raccrocher. Il y avait un infime risque qu'il se trompe mais une employée qui ne donne pas de signe de vie et épiée par un inconnu semblable à Torres, disparu également... il espéra de tout cœur se tromper et se tortura les méninges quelques minutes en se demandant s'il devait en référer à Romero et le mêler à ce problème, si problème il y avait.
Nerveux, tremblant, il s'approcha de la porte avant de frapper à nouveau et soupira un grand coup.
- Luis ?
Comme prévu, aucun son ne fit écho à son appel mais il continua :
- Si tu es là, ne fais surtout pas de bêtise. C'est une fille bien alors je t'en prie, réponds-moi et sors de là. Je ne te ferai rien, je veux juste te parler.
À l'intérieur, Torres avait reculé à l'autre bout de la pièce jusqu'à se coller dans un angle de mur, assis face au lit de la jeune femme qu'il menaçait toujours de son pistolet d'une main instable et il avait récupéré son arme blanche au passage. Janice avait eu beau s'excuser en mettant le coup de couteau sur le compte de la terreur, Luis n'était plus en état de se poser la moindre question sur la véracité de sa version. Exprimant ses regrets une nouvelle fois, la rousse le supplia de la laisser partir.
- Tu vas aller tout cracher à Nero si je te laisse filer. On dirait qu'il sait que je suis là et il me verra dès que tu ouvriras la porte.
- Et si je te donne ma parole ? Je peux faire semblant...
Torres pencha la tête tant il fut surpris de l'entendre insister alors qu'ils ne se connaissaient même pas. Pourtant, il se mit à penser à tout et à rien et sourit en la regardant.
- Allez, va-t'en avant que je ne change d'avis.
Janice le remercia et se décala jusqu'au bord du lit, prête à partir mais s'arrêta au lieu de se lever.
- Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ? Tu as besoin de soins ou tu ne t'en sortiras pas. Mon père s'est gravement blessé dans une de ses crises et il a failli mourir dehors, un peu plus et on le perdait.
- Je ne suis pas malade ! soupira le Mexicain.
- Avec tout mon respect, tu en es sûr ?
Tremblant et pris d'un rire peu commun chez lui, Luis observa le canon de son arme et chercha la délivrance.
- Il faut croire que mon heure est enfin arrivée.
Janice tendit la main vers lui pour lui faire comprendre qu'il allait juste commettre une erreur de plus mais il n'entendit plus rien de façon rationnelle.
- Arrête, t'es dingue.
Il cessa de rire et la regarda sérieusement :
- Pas du tout, juste lucide. On en a fini tous les deux alors s'il me voit, ce sera mort.
- Je ne pige pas un mot de ce que tu dis mais pose ton arme, tu n'as quand même pas mérité de mourir... Tu n'es pas allé jusqu'au bout, après tout.
Son agresseur perdit une larme.
- Mais tu n'es pas ma première, tu sais ! et les autres n'ont pas eu autant de chance que toi. Tu comprends à quel point je l'ai mérité, maintenant ? Je n'arrive pas à me retenir, je n'ai jamais pu et je ne pourrai jamais.
Son regard fixa celui de la jeune femme qui resta conciliante à son égard malgré ce qu'elle venait d'entendre.
- Pardon de t'avoir forcée à me faire ça, je voulais juste... partir comme le monstre que j'ai toujours été. T'es content, papa ? J'arrive.
Ses derniers mots furent murmurés en fixant ses mains, coupables d'avoir blessé tant de monde. Il regarda à nouveau son arme et avec le plus grand sérieux, l'approcha de son visage sous les protestations grandissantes de la jeune femme. Il ferma les yeux pour trouver le courage de presser la détente tellement ses mains menaçaient de lui faire rater son coup. Janice scruta autour d'elle et se saisit d'un vieux réveil sur la commode qu'elle lança sur lui, visant au maximum son arme. Par miracle, elle put la dévier mais le coup partit et l'homme lâcha son arme près de sa cuisse en sursautant. Elle accourut vers lui et éloigna son arme au moment où il tentait de la reprendre, puis chercha à voir sa blessure. Luis désespéra contre la distance qui le séparait désormais de l'outil de mort mais se soulagea en imaginant Nero parti, pensant qu'il mourrait de sa blessure car Janice ne pourrait jamais le soulever. Cette dernière tourna en rond en le regardant et lorsqu'elle voulut appeler les secours, son portable se trouva être déchargé et elle eut tout juste le temps de voir l'écran s'éteindre. Torres avait fait exprès de s'en servir pendant qu'elle dormait afin de vider la batterie.
- Il faut faire quelque chose, je vais chez les voisins.
L'agent ferma les yeux sous la douleur et lui prit le bras en soufflant :
- Laisse tomber.
Il désespéra en lui répétant que de toute façon il avait mérité son sort, mais Janice voulut se rendre à la chambre voisine en priant pour qu'elle soit occupée. Elle déverrouilla la porte d'entrée et passa hâtivement le seuil en refermant soigneusement, voulant se diriger à côté lorsqu'un homme lui attrapa les épaules. Elle sursauta et cria avant de reconnaître son boss.
- Calme-toi Janice, ce n'est que moi. Tout va bien ?
Elle réfléchit et voulut honorer sa parole, à savoir ne pas balancer Torres mais il lui fallait vite faire partir Nero pour secourir le blessé.
- Euh oui, j'ai juste eu un coup de chaud à l'instant.
- Au point de sortir en catastrophe de chez toi ?
- Je me suis levée en retard et...
Elle prit garde à ne pas se retourner pour regarder la pièce derrière mais il aurait été plus qu'improbable que le coup de feu soit passé inaperçu.
- Tu penses vraiment ce que tu dis, là ? J'ai entendu le coup de feu.
Son patron lui fit bien comprendre qu'il ne la croyait pas et lui demanda simplement :
- Il est à l'intérieur ? Dis-moi s'il t'a fait du mal.
- Non, j'ai réussi à me défendre. Il n'a pas été méchant, enfin pas trop.
Nero se reprit en repensant à la détonation.
- Par pitié, dis-moi qu'il est encore vivant.
Elle crut déceler une touche d'espoir dans ses yeux et sa voix.
- Oui... mais qui est-ce ?
- Je le connais, va dans ma voiture.
- D'accord ! mais vas-y en douceur.
Soulagé, Nero la vit s'éloigner vers son véhicule et entra pour voir Luis qui s'appuyait contre l'angle de mur pour se maintenir debout, la respiration saccadée. Il repensa à son cauchemar, de même que leur dispute lui revint en tête et l'espace d'un instant, il laissa de côté ce qu'il venait de se passer avec une de ses protégées. Il s'approcha, anxieux de le voir tousser.
- Regarde-moi.
Le fédéral n'obtempéra pas, englué dans sa honte, sa rage et sa douleur. Il ne chercha ni à l'écouter ni à le regarder et ne fit que tourner plus la tête vers le mur. Avançant au maximum, Nero préféra maintenir une atmosphère apaisée avant de répéter celle de la chambre du motel car il n'avait aucune envie d'en revenir aux mains avec l'autre homme.
- Je suis tellement navré de t'avoir balancé ça à la figure, je ne sais pas ce qui m'a pris. Tu as suffisamment cherché à t'en sortir pour que personne n'ait le droit de prononcer des mots pareils.
- Et à quoi bon puisque je n'ai jamais été capable de tenir.
Nero voulut lui poser une main sur l'épaule mais l'agent grimaça de douleur en voulant brusquement lui échapper, accentuant encore son mal.
- Ne me touche pas.
Nero changea de sujet, nerveux de voir que Luis ne se tenait pas droit.
- Tu ne lui as vraiment pas fait de mal, au parc ?
Luis grogna et répondit par un simple hochement négatif avant de dire sèchement :
- Je n'ai plus envie de parler de ça.
- Regarde-moi un peu.
Le Mexicain devint agressif.
- Casse-toi, Nero.
- Regarde-moi, c'est un ordre. Tu as encore attaqué une de mes amies alors tu ne vas pas t'en tirer comme ça, mon vieux.
Il s'énerva et voulut le stabiliser en le plaquant au mur par les épaules mais lui fit encore plus mal. Torres voulut le repousser pour de bon même s'il lui fallait aggraver sa blessure. Malheureusement, sa claustrophobie se manifesta à un degré élevé alors que blessé, il avait besoin d'espace et d'air.
- Non ! non ! paniqua t-il.
Nero le relâcha en levant doucement les mains, puis il tenta une approche plus affective en lui caressant les cheveux.
- Fais attention à ta tête, calme-toi un peu.
- Tu m'as jeté.
- Mais sûrement pas ! Luis, je t'ai laissé au motel pour que tu réfléchisses à ce que tu as fait. J'ignorais que tu t'imaginerais des choses à propos de nous mais écoute-moi, je ne veux pas que tu t'énerves pour le moment. Je veux seulement parler pour qu'on en finisse au plus vite.
- C'est déjà fait et pour moi, ce sera bientôt fini.
S'interrogeant en voyant son agitation et sa respiration, Nero scruta son visage ainsi que sa posture : en sueur, incliné en avant sur le côté droit et son avant-bras droit plaqué sur son abdomen, la bouche pleine de salive et de sang mélangés. Torres ferma les yeux avec force et sentit son amant le maintenir debout au moment où il s'effondra.
- Bébé, dis-moi que c'est tout sauf ce que je pense.
Il le relâcha en veillant à ne pas lui faire plus de mal et resta à quelques centimètres de son visage.
- Tu es blessé ?
Il n'eut droit qu'à la toux de son compagnon comme réponse.
- Oui, question idiote si t'as essayé de la baiser. Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?
Après avoir craché son sang sur le sol, Luis souffla :
- Ce serait arrivé un jour ou l'autre. Elle m'a planté avec mon couteau quand j'ai regardé la porte.
À l'entente du mot "couteau", Nero ferma les yeux avec force en imaginant une énorme entaille et menaça de pleurer sous la colère.
- Alors ça, c'est le coup de grâce. Une simple dispute et toi tu ressens le besoin primaire de te défouler sur la première venue pour en arriver là. Mais pourquoi, putain ? Tu n'as vraiment aucune déférence pour qui que ce soit ?
Le Mexicain le pointa du doigt en retenant une envie de le frapper en dépit de son état de faiblesse.
- C'est toi qui m'as tourné le dos après m'avoir jeté ça en pleine figure.
- Je n'aurai pas du te dire ça, c'est vrai, mais ce n'est pas parce que je suis parti sans me retourner que ça voulait dire que je t'ai quitté. Tu as vraiment replongé parce que tu croyais que j'avais mis fin à notre relation ? Jamais je n'y penserai une seconde, je préfère encore te casser la figure à chaque connerie que tu feras mais jamais je ne partirai loin de toi. En tout cas, ça ne valait pas le coup de prendre encore une femme en chasse. Tu me déçois vraiment.
- Pour ne pas changer. Autant rester comme je suis si personne n'a confiance en moi ! cracha Luis.
- C'est ça, jusqu'à ce que tu te fasses tuer ?
Torres s'étonna de recevoir les lèvres de Padilla sur les siennes et ce dernier sentit des larmes s'écouler entre leurs visages.
- Tu es mon mec et je crois en toi, sinon je ne serais pas près de toi à essayer de stopper tous tes débordements. C'est la même chose pour Parada, tu sais qu'il tient à toi parce que tu es comme son fils et il te soutient aussi.
- Vous feriez bien de me laisser tomber.
Le visage plein de mépris envers lui-même, Luis tourna la tête vers le mur pour dégager Nero de son champ de vision puis ses yeux se plissèrent sous la douleur qui empirait. Quant à Nero, il ne put contenir plus longtemps la haine en lui. Il serra les dents mais résista à l'envie saisissante de lui mettre son poing dans la figure au moment où Janice lui attrapa la main en le conseillant de conduire son violeur à l'hôpital. Ne sachant pas à quoi était due l'attention non méritée qu'elle put porter à Torres, Nero en fut tout de même redevable lorsqu'elle lui adressa une mine mélancolique.
- J'ai utilisé son couteau. Il l'avait lâché sans s'en rendre compte et il a eu peur en t'entendant, alors il a pris son arme. J'ai eu la trouille et en sentant ça près de ma main, je me suis défendue. Mais je ne veux pas qu'il meurt, je ne veux pas avoir du sang sur les mains même si c'est le sien.
Torres lui adressa un regard reconnaissant avant qu'elle n'offre son aide à Nero pour l'amener précautionneusement à la voiture.
- Je sais où on va aller, je ne peux pas l'emmener encore à l'hôpital sinon ils trouveront ça louche. J'ai une amie qui pourra faire l'affaire, c'est son jour de repos.
- Va derrière avec lui, je vais conduire ! décida Janice.
- Direction le club des Sons, ma belle.
Janice ne souligna pas la mention de l'hôpital bien qu'elle se posa des questions. En voiture, les mains de Nero tremblèrent et en plus de ça, lui et l'autre homme étaient mal installés. L'agent toussa et commença à s'agiter mais Nero le canalisa pour éviter tout faux mouvement.
- Arrête de bouger ou ça va empirer.
- J'ai mal, Nero.
- Je sais.
D'un rire soudain, Torres demanda :
- T'as pas une impression de déjà-vu ?
- C'est loin d'être drôle, bébé.
La conductrice haussa les sourcils en promenant ses yeux dans les rues autour et se retourna l'espace d'une seconde.
- C'est ton mec ?
Agacé en regardant son compagnon, Padilla le confirma en accompagnant ses mots d'une main sur le front du blessé.
- Eh oui ! ce couillon désespérément pervers est mon petit ami.
- S'il est homo, pourquoi il attaque les femmes et pas les hommes ?
Torres, pris de douleur, se fit oublier pendant que Nero murmura :
- Bonne question à laquelle lui-même n'a aucune réponse.
La jeune femme siffla et taquina son patron à propos de ce côté bisexuel dévoilé.
- Nero qui aime les hommes. Tu imagines si Warren l'apprenait ? Parce que pour un client, je trouve qu'il te mate plus toi que les filles, je suis certaine qu'il vient à Diosa juste pour toi.
Sur un ton grincheux bien qu'à moitié dans les vapes, le Mexicain se redressa tant bien que mal.
- Qu'est-ce qu'elle dit ? Qui est-ce qui te mate ?
Cette fois, Nero ne put se retenir de rire.
- Tais-toi et rallonge-toi.
- Mais qui...
- Ferme ta bouche, j'ai dit.
Ils l'écoutèrent en riant enchaîner des menaces peu crédibles durant de longues minutes sur ce mystérieux client. Arrivés au club-house, Luis eut beau être allongé mais reconnut le toit par la fenêtre et crut sa dernière heure arrivée pour de bon.
- Oh non, Nero ! Si tu voulais m'achever, il fallait le faire tout à l'heure.
- Évite de bouger et attends ici, je reviens.
- Très marrant, je ne risquerais pas d'aller bien loin de toute manière.
Janice sortit de la voiture en même temps que son patron, qui s'éternisa à disposer son amant correctement sur le dos. Janice décida de rentrer chez elle sous les conseils du colosse car elle ne vivait pas loin mais ce dernier se sentit redevable.
- Tu es sûre de vouloir rentrer à pied ? Sinon prends ma voiture...
- Non, merci Nero mais j'ai besoin d'évacuer ce que j'ai vécu alors je vais marcher un peu.
Lorsqu'elle s'éloigna, il la rappela après avoir un peu refermé la porte.
- Je suis désolé pour ce qu'il a osé te faire, ça va aller ?
- Tu n'as pas à t'excuser pour ça, c'est sa responsabilité. Il l'a fait aussi, en plus.
Observant son agresseur dans la voiture qui commençait à vouloir se redresser, Janice s'alluma une cigarette en signalant à Nero qu'il risquait de se faire encore plus mal et après une remarque en frappant à la fenêtre, il se rallongea.
- Il a seulement voulu que je le branle un peu et il m'a giflée quand je l'ai insulté. Sinon il cherchait à rester gentil, c'est ce qu'il disait. Enfin, à sa manière.
- Le con !
- Ça ne va pas améliorer ma journée mais je vais m'aérer un peu. Je n'irai pas voir les flics, tu peux me faire confiance. Donne des nouvelles au cas où, je n'aimerais pas avoir une vie sur la conscience.
Nero, sans avoir imaginé cela un seul instant, la prit dans ses bras en la remerciant.
- Sinon, c'est quoi son problème ? demanda t-elle.
Nero prit un air dur alors que son ton fut nettement plus souple.
- Son problème...
Il tapa sur la vitre de la voiture et Luis sursauta en sortant de son demi-sommeil.
- ... c'est que mon mec a une araignée au plafond.
Regardant le brun poser une main sur son front, elle rajouta :
- Plutôt dans le pantalon.
Ils partagèrent un peu d'humour pendant que Luis se demandait de quoi ils parlaient, mais il abandonna l'idée de les écouter en voyant qu'ils faisaient exprès de parler tout bas.
- Au fait, il aime aussi les femmes ?
- Non, pourquoi ?
- Disons qu'il en avait l'air parce qu'il bandait.
Embarrassé, Nero évita de la regarder.
- C'est le fait d'être brutal avec les femmes qui lui fait cet effet mais s'il s'en est pris à toi, c'est juste un hasard. On s'est battus et rien que ça a du le rendre fou.
- Que c'est beau, l'amour... allez, je te dis à demain. Je vais quand même prendre ma journée et surtout changer de motel.
- Entendu ! merci encore, Janice.
Nero insista pour lui donner de quoi changer de résidence car elle avait les poches vides. Cette aide étant la bienvenue, Janice revint sur une chose avant de le laisser.
- Tu sais, je ne lui ai pas demandé mais je crois qu'il me racontait des choses quand je dormais.
- Des choses ?
- Oui. J'ai été très peu éveillée un moment si je peux dire ça comme ça, j'avais la tête ailleurs, je ne réalisais pas ce qu'il m'arrivait. Mais je jurerai l'avoir entendu me parler, me raconter certains trucs.
Nero croisa les bras, intéressé.
- Comme quoi ?
- Je ne sais pas trop mais j'aurai dit un souvenir, je pense. Il avait l'air heureux d'en parler mais comme j'étais à moitié dans les pommes, j'ignore si c'est vraiment arrivé où si c'est un effet de mon imagination. Il vient de la campagne ?
Nero sourit, c'était vrai.
- Oui, il a grandi en campagne mexicaine.
Souriant également, la jeune femme conclut :
- Bon ben voilà ! tu devrais voir ça avec lui. Tu le salueras pour moi ?
Nero accepta tout en appréciant cet élan de générosité et la jeune femme avoua avoir craqué sur sa fragilité. Luis lui avait rappelé son père.
- Attention, c'est mon mec ! plaisanta Nero.
- T'inquiète, je ne risque pas de flasher sur un homosexuel surtout que je le suis moi aussi.
- C'est vrai en plus ! rit Nero.
Riant, Janice salua son patron pour de bon et après l'avoir vue s'éloigner, ce dernier rouvrit vite la voiture pour faire sortir le blessé. Il soutint Luis avec attention et minutie contre la voiture le temps de refermer la porte.
- Nero, je...
- Ne parle pas.
Il porta un baiser sur son front et lui caressa les cheveux en voyant l'expression blasée de l'agent se radoucir en constatant qu'en effet, il n'avait pas l'intention de se séparer de lui. Il toucha par inadvertance les sutures et ôta la main.
- On pensera à t'enlever tes fils, c'est bon normalement.
- Je le ferai tout seul, je n'ai besoin de personne.
- C'est ça, oui. Ils sont derrière, pas devant.
- Je ne plaisante pas, je hais les hôpitaux.
- On est nombreux à l'avoir remarqué mais il faut quand même laisser faire des professionnels. Allez Luis, on y va. Espérons que personne ne pose de questions.
Entamant les quelques mètres les séparant de l'entrée, Luis murmura :
- L'opprobre total.
Nero l'entraîna à l'intérieur en riant. Par chance, les effectifs des motards furent nuls et il amena d'abord Luis en sécurité avant de chercher la personne qu'il espérait voir. Après avoir désespéré de trouver Tara, il tomba sur Chuck au bar qui portait un pack de bières et qui lui indiqua où la trouver : à l'arrière. Effectivement, il la trouva à rire en compagnie de Gemma qui était venue pour reprendre les garçons. Quelle ne fut pas leur surprise de voir Nero qui se tenait droit comme un piquet derrière Tara, une appréhension évidente à lui demander quelque chose. La complainte de son ex ne se fit pas prier.
- Hé bien chéri, je ne t'ai jamais vu avec cette tête là.
- Tu vas bien, Nero ?
Tara fronça les sourcils.
- C'est Jax, il lui est arrivé quelque chose.
- Non ! ton mari va bien, rassure-toi. J'ai juste un gros service à te demander, tu peux venir avec moi ?
Peu rassurée pour autant, Tara échangea un regard avec la matriarche et accepta de le suivre mais Nero demanda à son ex de rester avec les enfants dehors, ce qui piqua sa curiosité au point de jeter des regards jusqu'à ce que ses deux amis ne disparaissent de sa vue. Pendant leur trajet, Tara dut demander au colosse de cesser de s'agiter tant cela la perturbait.
- Avant toute chose, Tara, je te présente toutes mes excuses d'avoir à te demander ça mais c'est urgent et...
- Nero ! tu me fais vraiment peur alors ne tourne pas autour du pot, tu seras gentil.
Pourtant, il en rajouta le reste du chemin menant... à la chambre de Jackson, plus précisément à son lit sur lequel il avait pris la liberté d'allonger celui qui se tortillait en transpirant de douleur. Le reconnaissant sans mal, Tara ne prit pas la tangente mais se demanda ce que l'homme qui était incapable de s'entendre avec son mari fabriquait sur son propre lit.
- C'est une farce, c'est ça ?
Entendant le son de sa voix, Torres tourna la tête vers l'entrée en ouvrant les yeux avant de reprocher son idée à Nero.
- J'aimerai mais non.
- Ça n'en finira jamais... et en plus lui ! Oui monsieur Torres, je parle de vous. C'est Jax qui l'envoie ici ?
Stressé, Nero hésita à lui dire la vérité mais choisit d'être honnête avec elle sans trop en révéler.
- Non et à vrai dire, il n'est même pas au courant et j'aimerai que tu ne lui en parles pas, si tu veux bien.
Tara soupira et s'approcha de Luis avant de poser une main sur son front fiévreux.
- Pas étonnant. Comment est-ce arrivé ?
Se reprenant d'avoir posé la question, elle leva le bras au moment où Nero allait se perdre dans un mensonge pour protéger Luis.
- Ou non ! à vrai dire, je préfère ne rien savoir. Je vais chercher le nécessaire et je reviens, qu'on en finisse vite avant que tout le monde ne rentre.
- Merci Tara, je t'en dois vraiment une ! souffla Nero.
Il referma la porte après qu'elle ne fut hors de vue et s'approcha rapidement de son compagnon pour capter son attention, mais Luis voulut parler d'abord.
- Je n'ai pas réfléchi après notre bagarre, j'ai voulu penser à autre chose même si je devais faire quelque chose de mal pour ça.
Nero lui posa une main sur le front avant de prendre la sienne.
- Janice m'a dit ce que tu lui as fait. C'est plutôt différent de d'habitude, qu'est-ce qui t'a retenu à juste lui demander ça ?
- Au départ, quand je l'ai assommée, j'étais enragé à force d'avoir pensé à nous. Alors en attendant qu'elle se réveille, j'ai préféré me calmer parce que si je m'y mettais en étant énervé, je l'aurai sûrement tuée. Je me suis dit que j'allais rester tranquille et à son réveil, elle était différente, gentille mais... elle a choisi de se laisser faire à condition que je fasse vite et sans la frapper. Comme en plus je n'avais pas de protection, j'ai réfléchi et je n'ai pas voulu lui faire de mal pour rien, sauf que je me suis demandé si j'allais y arriver dans ces conditions. Plutôt que d'en rajouter, je l'ai embrassée...
Il posa la main sur la joue de Nero et le regarda avec des yeux brillants.
- ... de la même manière que je t'embrasse toi, après je lui ai demandé de me toucher. Pendant ce temps, c'était à toi que je pensais. De cette manière, je pensais réussir à... tu vois ?
- Oui ! sourit Nero.
Torres ferma les yeux en laissant retomber sa tête sur l'oreiller et Nero lui déposa un baiser sur la main en la gardant contre sa joue. Dans ces aveux, il y avait autant décelé un acte désespéré qu'une vengeance envers lui mais il y avait un petit quelque chose en plus sur lequel il n'arrivait pas à mettre de nom.
- Ça va aller, on va arranger ça.
- Arrête de me dire ça à chaque fois, je sais ce que je suis puisque tu me l'as dit toi-même.
- Mes mots ont dépassé ma pensée.
- Non, tu avais raison. Je ne peux pas m'en empêcher, je ne suis que le Mexicain vicieux qui a fouillé ta ville à la recherche de chair fraîche.
Il grogna de douleur après avoir fait un faux mouvement et ferma les yeux.
- Si tu permets, on en reparlera plus tard. Laisse-moi faire, je vais te débarrasser de tes vêtements.
Nero lui ôta sa chemise et son débardeur avec délicatesse pour mieux voir la blessure : profonde mais sans réelle gravité en dehors du risque d'infection. Tout en ôtant les tissus, il caressa la peau frissonnante et offerte en posant les mains là où il n'y avait aucun risque. Il déposa quelques baisers sur le buste de l'agent et le regarda dans les yeux. Affirmant que la jeune femme ne l'avait pas raté, Nero lui serra la main et se pencha doucement pour l'embrasser. Restant au-dessus de lui, il lui murmura ses sentiments toujours vivaces avant de se lier à lui plus longuement. Il se releva exactement au moment où Tara revint dans la chambre les bras chargés de matériel. Depuis l'incident avec Cameron, les Sons avaient fait le plein de matériel médical en cet endroit et cela s'était avéré fortement utile. Non surprise de les voir se tenir la main étant donné qu'il était humain qu'un sauveur le fasse à un blessé pour le garder conscient en lui parlant, elle s'avança doucement en se demandant de quelle nature était leur relation et par là même, se figea devant la multitude de cicatrices recouvrant la partie découverte de Torres.
- Je ne suis pas sûre de comprendre, Nero. Vous faites partie de deux bandes qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre alors qu'est-ce qu'il y a entre vous deux ? Parce que des trafiquants de drogue, ça ne trempe pas dans le porno.
Fuyant rapidement le regard de Tara, Nero sentit Luis forcer la prise sur sa main en geignant.
- Qu'est-ce que ça changerait ?
- Rien pour moi. C'est juste que c'est loin d'être n'importe quel homme qui est allongé sur le lit de mon mari, avec qui il est incapable de s'entendre alors que toi, tu t'entends parfaitement bien avec les deux. J'ai juste peur que ça ne créé plus d'histoires. Il est qui pour toi, ton meilleur ami ?
Nero retourna la question dans sa tête et puis en un éclair, unit son regard à celui de Luis en souriant. Il pensa "une moitié est déjà au courant alors au diable ceux qui nous jugeront" et se demanda en cet instant si Jax l'avait pris au sérieux car il ne l'avait toujours pas revu depuis qu'il lui avait avoué à propos d'eux.
- Je l'aime.
Bouché bée, Tara stoppa sa recherche dans son sac médical et les regarda l'un après l'autre alors que Luis resta figé de l'avoir entendu annoncer ça. Se redressant, Knowles fixa le maque et pouffa.
- Ça par exemple ! As-tu la moindre idée de ce que ce mec m'a fait ?
Gêné, Nero voulut répondre mais Luis l'en empêcha. S'il devait assumer ses actes et essuyer des remontrances, ce serait maintenant et il ne s'y opposerait pas. Comme prévu, Tara se précipita sur l'occasion pour se vider de sa colère.
- Décidément, tu es comme Jax. La criminalité est une pandémie dans laquelle toutes les bactéries se cognent. Tu côtoies le pire dans ce monde et non seulement ça ne te fait rien, mais en plus tu en redemandes. Qu'est-ce que vous avez tous à être attirés par le danger et par la mort ?
- De par ton métier, tu frôles le danger et la mort.
- Ne change pas de sujet. Le danger ne représente qu'une infime part des patients mais lui... CET HOMME M'A VIOLÉE.
Se sentant également prêt à hausser la voix, le maque se tourna mais Luis attrapa le gilet avant qu'il ne s'emporte verbalement sur Tara dans le but de défendre le coupable qu'il était.
- Tara, je te...
- Nero, laisse-la dire.
Ce dernier reprit son calme et lorsque Torres le rabaissa vers lui, il se pencha pour poser son front sur le sien et un silence lourd s'imposa. Pendant que Tara s'appuyait sur la table au-dessus du sac, Torres murmura en caressant le bras de son compagnon :
- Elle aurait le droit de me laisser crever et tu le sais.
- Je ne veux pas te perdre.
Tara les avait entendus et allait se tourner au moment où la porte s'ouvrit en catastrophe sur Gemma.
- Enfin, tu es là. Je te cherchais, j'ai entendu hurler. Qu'est-ce qu'il se passe ? Vous vous disputez, maintenant ?
Elle vit le Mexicain allongé sur le lit et murmura :
- Torres, c'est pas vrai...
Elle s'en approcha vivement et grimaça devant l'entaille qui lui déchirait l'abdomen.
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
Tara leva les yeux au ciel et railla :
- Parce que vous vous en êtes fait un pote, vous ?
La douleur le privant de plus en plus de la parole, Nero devança son amant et résuma :
- Il a pris un coup de couteau.
- Oh merde ! c'est grave ?
Padilla évoqua le risque d'infection et la chirurgienne s'approcha avec ce dont elle avait besoin. Malgré son inquiétude, Gemma dut retourner s'occuper des enfants et les embrassa tous les trois chacun leur tour avant de plaisanter sur une chose qui venait de lui revenir en tête.
- Au fait Luis, tu ne m'avais pas dit que tu ne rentrerais jamais dans cet endroit même sous la menace ? Parce que pour finir dans le lit de mon fils, il y a un progrès considérable.
Le blessé se fit mal en riant et commença à fermer les yeux. La reine des bikers leur adressa son soutien avant de repasser la porte de peur que Abel n'arrive, remerciant sa belle-fille au passage. Se calmant après avoir entièrement vidé son sac concernant la ville de Charming toute entière, Tara inspira un grand coup et dévisagea son agresseur qui suait sous la douleur et risquait de perdre connaissance, avant de poser une main sur Nero.
- Tu le connais si bien que ça ?
Gardant les yeux sur Luis, Nero se laissa aller.
- On s'est rencontrés il y a très longtemps, on était encore jeunes. Mais j'avoue que j'en ai appris plus sur lui ces derniers temps qu'à cette époque. Parada m'a parlé de ce qu'il t'a fait... et qu'il continue à faire. Je veux l'aider, c'est tout.
- Et il y en a eu d'autres après moi...
- Tu ne comprendrais pas.
Haussant les sourcils, pas surprise, Tara préféra taire ses critiques sur le vice de cet homme mais n'hésita pas à exprimer à son ami à quel point leur cas était désespéré.
- On ne peut pas faire disparaître ce type d'envies et les méthodes connues sont loin d'être fonctionnelles, tu sais.
- Le contrôle de soi reste la meilleure et c'est pour ça que je reste avec lui. S'il ne se maîtrise plus, je serai là.
- Je te souhaite bien du courage.
Profitant du fait que son amant avait les yeux clos, Nero parla moins fort vers elle :
- En plus, je crois que Jax est au courant de ce qu'il t'a fait.
- Non, je crois qu'il a seulement des doutes. Mais s'il venait à en avoir la preuve, il le tuerait.
Nero ne posa aucun regard sur elle à cause du sérieux de son intention car oui, il protégerait Luis quoi qu'il lui en coûte et il ne serait pas le seul. La zone de guerre qu'était Charming depuis des lustres ne serait plus rien suite au coup de tonnerre déclenché par la furie d'un cartel pour venger un des siens. La totalité des hommes étant ignorante de l'infiltration d'agents et de l'appui du gouvernement mexicain, ils n'écouteraient que Romero Parada et sa soif de sang car ce dernier aimait son meilleur ami au point de le rejoindre dans la mort.
- Si c'est ce qu'il veut, il aura du monde sur son chemin.
Tara comprit parfaitement que Nero parlait autant de lui que du cartel tout entier mais à cet instant, Luis récupéra un peu de lucidité et rouvrit les yeux, lui attrapa le col de la chemise et n'hésita pas à le menacer de toute son énergie restante.
- N'y pense même pas, Nero, une amitié ne se fout pas en l'air comme ça. On paie tous un jour pour ce qu'on a fait et si je dois prendre une balle, ça arrivera.
- Tais-toi, tu dis n'importe quoi.
- Ah ouai ? Il n'est pas question que tu prennes une balle pour moi alors que je l'ai méritée.
Nero se pencha et resta à quelques millimètres de ses lèvres.
- Tête de nœud, va. Je t'aime et je prendrais tout un chargeur pour toi.
Tara n'en revint pas de voir à quel point leur relation était intense et Luis éclata d'un rire sans amusement avant de tousser, éclaboussant le bord de sa lèvre avec du sang avant de sentir le maque les essuyer tous les deux par un simple baiser.
- Désolé.
- Ce n'est rien.
- N'empêche... qui est la tête de nœud, là ? Pas question que ça arrive.
Il releva la tête avec difficulté et embrassa Nero avec passion et douleur. Moyennement calmée, Tara évita de les dévisager.
- Un seau d'eau froide, ça vous tente ? Allez Nero, écarte-toi. On a assez perdu de temps en bavardage, l'infection s'approche à chaque seconde.
Elle s'avança avec tout ce dont elle avait besoin, en particulier une seringue qui n'inspira aucune confiance aux deux hommes, Torres en particulier.
- Euh...
- Tara, qu'est-ce que c'est ? demanda le maque.
- C'est un sédatif, je vais juste vous endormir alors on se calme. C'est ça ou bien un anesthésiant alors si vous voulez avoir une vue complète sur votre blessure pendant que je vous rafistolerai, c'est votre choix. Je crois que si je voulais vous tuer, le faire à côté de Nero serait purement suicidaire.
Malgré son insistance et l'appui du maque, le fédéral resta de glace.
- Non, ne le faites pas. Ne m'endormez pas.
- Luis, tu ne vas pas me refaire la scène de l'hôpital... c'est une personne de confiance.
- Ne la laisse pas faire.
Nero le garda en position en forçant sur sa prise et Tara prit ses distances par sécurité.
- Calmez-vous, ce n'est pas du poison.
Pris de peur, Luis voulut se relever mais tira sur sa blessure et il hurla de douleur en retombant sur le dos. Au moment où Tara voulut défendre sa position, Nero l'informa du problème :
- Il a la phobie des aiguilles. Luis, tu n'as vraiment pas le choix et de toute façon, je suis près de toi. On va faire comme à l'hôpital, si tu veux bien.
Les larmes aux yeux à cause de son dernier mouvement, le plus jeune avait l'air d'un animal pris au piège et s'agrippa au cou de son amant.
- D'accord !
- C'est très bien. Alors regarde-moi et respire convenablement.
Les deux hommes se mirent d'accord pour qu'il soit endormi et Tara le piqua aussi doucement que possible. Pendant l'administration du sédatif, Padilla sentit le souffle rapide dans son cou et le rassura par des mots doux, souriant intérieurement qu'un homme tel que Luis Torres puisse avoir une phobie aussi banale que celle des aiguilles. Une pensée qui avait également saisi la jeune femme. Son souffle se stabilisant de plus en plus, Nero sut qu'il devait commencer à fermer les yeux et il le rallongea avec prudence. Pourtant, Torres attrapa le bras de Tara au moment où elle s'éloignait d'eux et Nero posa la main sur la sienne dans le cas où il aurait seulement eu un moment de panique.
- Doucement.
- Je sais que je vous l'ai déjà dit au parc mais au cas où votre mari me tuerait... je suis désolé... de...
Ses derniers mots moururent dans sa bouche lorsqu'il sombra dans le sommeil et Nero lui embrassa la main avant de s'asseoir correctement à ses côtés, à l'opposé de la blessure. Tara le regarda un court instant et commença son travail avec précision. Désinfection, sutures... sous l'œil admiratif de Nero, elle maîtrisait parfaitement ses outils.
- J'en profiterai pour enlever ses fils après. J'imagine qu'il n'a pas encore été à l'hôpital !
Nero la remercia en souriant avant de lui répondre comme il se devait.
- Non, il ne veut plus y mettre les pieds et il voulait les enlever tout seul.
- C'est trop risqué et inconscient de faire une chose pareille.
Observant son travail, Nero se permit de se lever un peu pour ne pas lui mettre la pression et la laisser faire à son rythme. Il regarda la chambre en détail, chose qu'il n'avait faite que trop vite le jour où Jax lui avait demandé de mettre fin à sa relation avec Gemma. Il vit des photos, des vêtements partout, des cartons, de la musique et des posters... une vraie chambre d'adolescent.
Après avoir imaginé l'enfance de son ami à partir du décor, il retourna auprès de son homme et lui caressa le visage.
- Fais attention, je crois l'avoir entendu gémir et je ne voudrai pas qu'il se réveille.
- Ok !
Effectivement les choses ne seraient pas avantageuses pour eux si cela arrivait.
- Tara !
- Oui ?
Il attendit qu'elle ne finalise la dernière suture et commence à nettoyer le contour. Puis il se lança pendant qu'elle cherchait de quoi enlever les fils derrière la tête de Luis.
- Je ne veux pas juger ta haine pour lui, mais tu sais ce que c'est que d'aimer quelqu'un au point de lui pardonner les pires choses qu'il peut faire.
- Que trop bien, je passe à mon temps à attendre un mari qui rentre peu souvent à la maison, qui ne rentre que couvert de sang et qui ne me parle pas de ses journées. De toute façon, je ne voudrais rien savoir sur ce qu'il fait même s'il me proposait d'en discuter. Viens, je vais avoir besoin de toi.
- Oui ! que veux-tu que je fasse ?
- Il faut tourner son corps sur la gauche pour que sa blessure ne touche rien.
Nero fit ce qu'il put et se débrouilla très bien, restant droit et stabilisant l'agent pendant que Tara éclairait l'arrière de sa tête avec une lampe de Jax. Cette fois, elle ne put retenir une plainte choquée car même si elle n'avait rien dit à propos des cicatrices devant, celles de son dos étaient bien plus grandes. Nero expliqua juste qu'elles venaient du passé de Luis, n'étant pas à la bonne place pour en parler car l'autre homme n'apprécierait pas du tout.
Cette fois fut plus courte et Luis leur donna l'impression qu'il allait se réveiller, mais il n'en fut rien. Nero espéra que le produit lui donnait droit à un sommeil qui lui permettrait de bien récupérer. La tâche terminée, Tara lui indiqua comment le reposer doucement sans tendre sa peau et Padilla l'embrassa tendrement avant de remercier à nouveau son amie.
- On va sortir un peu, Nero. S'il dort bien, il vaut mieux le laisser.
Ils continuèrent de parler bas en s'éloignant et se rendirent à la cuisine où Tara manqua de s'écrouler sur la table.
- Il a l'air à l'aise mais en général, les bons sommeils sont rares chez lui et après, il peut nous faire passer des journées d'enfer si on le brusque.
- Jax a un bon sommeil, c'est son téléphone portable qui me pose problème. Moi, je réponds pour sauver des vies et lui, il accourt avec son flingue à toute heure pour en supprimer.
- Pour ça, je crois qu'on se ressemble. Luis déteste les téléphones mais accourt dès que son boss le lui demande. Nos mecs sont de véritables cinglés, drogués au goût du risque et à l'adrénaline.
Riant tous les deux, Tara corrigea néanmoins :
- À une chose près, oui.
Nero baissa doucement la tête.
- Je sais, oui. Il a des qualités aussi, Tara, il n'est pas parfait mais il a des moments rien qu'à lui.
Tara s'approcha de son visage avant de poser doucement une main sur son bras droit. Elle vit dans l'expression faciale de Nero cette flamme qu'elle savait avoir aussi dès qu'elle faisait mention de Jackson.
- Ils nous rendent dingues mais on en est dingues.
- Tu l'as dit.
- Mais bon... il y a eu un temps où mon mari n'a pas été le plus fidèle du monde et je l'ai accepté. Un jeune chef biker comme Jax... toute la ville le regarde et ça s'est étendu jusqu'en Irlande. Il n'est pas parfait non plus. Il est borné et tête brûlée, il peut être un parfait idiot et on se dispute comme des gens normaux.
Riant, Nero énonça les quelques différences qu'il percevaient :
- Luis et moi, on a plus tendance à se battre qu'à se disputer. Ça arrive mais ça finit toujours par des coups et en général, c'est lui qui commence. Le plus souvent, ça concerne son problème avec les femmes.
- Nos gars ont le sang chaud et sont incapables de se tenir à la vue d'une femme.
- Tu m'enlèves les mots de la bouche, mais bon... Jax les respecte, lui.
- Ce qui ne l'empêche pas de sourire lorsqu'une de ces pouffes lui pose la main dessus.
Les deux amis rirent dans la joie de ce moment de détente et se rendirent compte qu'ils s'étaient trop approchés l'un de l'autre au moment où leurs lèvres ne furent qu'à quelques centimètres de distance. D'autant plus que Tara avait gardé la main sur lui et qu'ils s'étaient entrechoqués en plaisantant. Ils pensèrent à reculer mais l'inverse se produisit. Les pupilles dilatées, ils étaient sur le point de s'embrasser lorsque...
- HÉ !
Peut-être que Gemma leur avait fait très peur en les surprenant, mais ils en furent soulagés alors qu'ils avaient failli commettre la plus grosse erreur de tous les temps.
- Oh merde ! rougit le maque.
Tara tourna en rond en soufflant :
- Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait ?
Couverts de honte et vraisemblablement déboussolés, ils n'échappèrent toutefois pas à la colère de Gemma.
- Non mais vous avez perdu la tête, tous les deux ? Tu es mariée avec mon fils, Tara. Et toi, Nero, avec un mec comme tu as... vous avez envie de mourir, c'est ça ? Et là, je ne parle pas seulement de Luis parce que si Jax l'apprenait, je crois que... à vrai dire, je n'en sais rien mais toi, Nero, il te casserait la gueule.
Tara n'avait pas fini de parcourir la pièce et s'excusa autant auprès de Nero que de Gemma, l'homme répliquant qu'il était autant coupable qu'elle. Quant à Gemma, elle ne se laissa pas avoir par ce genre d'excuses communes qui faisaient que les gens tournaient en rond sans rien effacer vraiment. De ce fait, elle répondit assez sèchement à Tara :
- Le mot "pardon" ne fait pas partie de mon vocabulaire, mais ce n'est pas de moi que tu devrais te soucier.
- Je crois que je n'ai pas de leçon à donner en la matière, hein Nero ?
La voix de Torres les obligea à se retourner tous les trois mais leur plus grande crainte fut de réaliser par son expression que même s'il n'avait rien vu, il en avait entendu suffisamment. Une partie de lui dépassait du mur, signifiant qu'il ne comptait pas en voir plus.
- Mais que faites-vous ? Vous devez rester couché ! lui dit Tara.
Tout de même inquiète pour sa blessure, elle lui recommanda d'éviter tout mouvement brusque. Ne pensant guère que cela aurait changé les choses, elle avait changé de sujet. Il avait tout de même été son patient durant quelques minutes.
- Je ne veux pas rester sur le lit de votre mari et de toute façon, je ne suis pas chez moi ici. Et comme en plus j'ai l'air d'être de trop... merci encore, doc.
Il avait conclu sans regarder personne et finit par tourner les talons sans répondre à Nero qui voulut le retenir. Gemma fixa ses amis d'un œil menaçant et les avertit à nouveau avant de rejoindre Luis.
- Attends !
Elle dut l'appeler une fois de plus pour qu'il se tourne en soupirant, tentant vainement de cacher sa douleur alors qu'il était proche de la porte.
- Qu'est-ce que tu me veux ?
- Ne te fais aucune idée, il n'y a rien entre eux. Ils ont déconné mais ils sont juste amis.
Luis acquiesça à sa grande surprise, il ne sembla même pas en colère.
- Je le sais. Ce n'est pas le fait que Nero vienne à tourner autour de quelqu'un d'autre un jour qui me fasse mal, c'est le fait qu'il le fasse à cause de moi. J'ai causé ma propre peine, Gemma, alors je ne m'en prends qu'à moi.
Il entendit Nero prononcer son prénom au loin et tourna la tête vers l'entrée. Boitant et évitant les pas trop larges, encore groggy par l'effet du sédatif contre lequel il avait été plus fort, il attrapa son blouson que Nero avait pendu et l'enfila, sans être assez rapide pour éviter son compagnon. De toute façon, il se doutait qu'il n'aurait pas été bien loin.
- Laisse-moi t'expliquer, ne t'en vas pas. Où veux-tu aller dans cet état ?
Un faux rire vite effacé sur son visage, Luis siffla :
- Très loin d'ici.
Coincé, Nero ne sut comment se rattraper mais cela ne l'empêcha pas d'essayer à nouveau.
- Qu'est-ce que tu vas dire à Parada pour ta blessure ?
Luis haussa les sourcils.
- Ça t'intéresse vraiment ? C'est le cadet de mes soucis mais j'imagine qu'il le devinera tout seul, sauf si c'est toi qui lui passe un coup de fil histoire que je sois baisé à mon arrivée.
- Luis, je suis franchement désolé, qu'est-ce que je peux faire pour me racheter ?
- C'est le genre de question qui ne sert vraiment à rien alors laisse tomber.
- Pourquoi ? demanda Gemma.
Luis se contenta de hausser les épaules mais elle insista en lui posant la main sur son épaule. Sans regarder Nero, il répondit :
- Lequel a fait souffrir l'autre en premier ? Je suis le sujet qui mène à tous les problèmes, alors je vais rester un peu seul loin de tout le monde et les emmerdes me suivront.
Tara préférait rester silencieuse mais se sachant responsable, soutint les siens.
- Lou, non. On ne faisait que parler de toi et Jax, avec Tara. On parlait de vos comportements entre vous et avec les autres, mais on s'est juste emportés en rigolant.
- Il a raison. Je ne vais pas mentir, on a failli s'embrasser mais c'était une pure connerie.
Enfilant son blouson, Luis n'écouta pas mais regarda la porte de côté.
- Il faut croire que tu avais raison, je suis malade.
- Pourquoi tu dis ça ?
Se retournant en sentant le parfum de Nero qui venait de s'avancer pour se placer juste derrière, Luis voulut rester impassible mais sa mélancolie transperça ses rétines.
- Parce que je t'ai contaminé. Si tu permets, on se verra plus tard.
- S'il te plait, reste. On ne s'est pas touchés, je te le jure.
- Je vous crois. Je ne ferai de mal à personne alors ne cherche pas d'excuse pour masquer ton peu de confiance et me garder parqué ici.
Gemma s'y mit une dernière fois mais réussit à faire perdre patience à l'agent qui commença à changer de ton.
- Ne me cherche pas, toi.
- Luis !
Nero s'était fait tellement ferme qu'il s'en était attiré un regard mauvais de la part de Torres.
- Nero ne voulait pas faire ça. Il n'a pas la tête sur les épaules en ce moment.
- Ouai... Depuis qu'il est avec moi, tu me l'as déjà bien fait comprendre.
- Je veux juste te dire qu'il n'a pas les idées claires mais ça n'a rien à voir avec toi.
Pleurant légèrement, Torres répondit :
- Oh si !
Malgré son envie de frapper tout le monde et de s'écrouler, il se reprit. Ses mots l'abattant lui-même, Torres posa la main sur la poignée et regretta d'avoir répondu en entendant la voix de son compagnon, pensant que Gemma avait voulu gagner du temps pour que celui-ci ne trouve autre chose pour le retenir ici.
- Tu te souviens de ce qu'il s'est passé la dernière fois que je t'ai blessé.
- Je n'ai aucune envie de parler de ça, ni de parler d'ailleurs. Je ne suis pas à l'aise dans cet endroit, je ne me sens pas bien.
- C'est normal, tu es blessé. Ils ne te chasseront pas, Lou.
Le regard du plus jeune s'assombrit lorsqu'il le tourna sur Nero. L'espace lui sembla plus respirable étant donné que Tara avait déserté la pièce mais l'insistance des aînés fut écrasante.
- On n'est pas du même camp, ces mecs et moi, tu as l'air de l'oublier.
Lentement, le maque hocha la tête avant de lui plaquer les mains sur les joues.
- Chéri, je sais que ce n'est pas pour ça que tu veux t'en aller. Et puis pour changer de conversation, j'ai mis Jax au courant pour nous deux.
Luis haussa les sourcils.
- Pardon ?
Gemma s'approcha de Nero, la bouche entrouverte alors que Torres s'emportait.
- C'est vrai ? Et que... qu'est-ce qu'il a dit ?
- Tu peux me dire en quoi ça le regarde ?
- Il l'aurait su un jour.
- Comment tu peux le dire à l'avance ? grogna Torres.
- Parce que vous vous battez dès que vous vous regardez et qu'on en a tous marre, les tiens comme les siens et ça nuit à vos relations professionnelles. Je t'aime même si tu es borné et que tu peux être un salopard avec tout le monde, mais je t'aime et j'aurai fini par lui jeter à la figure.
Gemma et Luis sourirent en même temps et Nero lui donna la preuve physique de ses paroles en l'embrassant. Gemma le pointa du doigt en insistant après avoir critiqué son manque de réponse.
- Qu'a t-il dit, alors ?
- Il m'a raccroché au nez.
- Voilà qui en dit long ! rit Torres.
Il se détourna rapidement sans écouter d'éventuels rappels, ouvrit la porte puis respira enfin cet oxygène qui le dégoûta rapidement. Une senteur de tabac et de cuir, de cambouis et de ferraille qui lui donna une nausée immédiate. Regrettant d'être venu par l'intermédiaire de sa dernière victime et dans la voiture de Nero, il n'eut ni le cœur ni la force de lui demander de le reconduire chez lui, il ne voulait rien avoir à faire avec personne quitte à marcher longtemps pour rentrer à sa planque. Il pensa au motel mais il n'avait aucune envie d'y remettre les pieds pour le moment. Il allait prendre la direction du portail lorsqu'une large voiture bleue foncée y fit son entrée. Luis envisagea de contourner la cour en longeant les murs comme un prisonnier lorsque Padilla l'approcha à nouveau. Il lui posa une main sur la nuque mais alors qu'il allait lui parler, il vit également arriver les visiteurs avant de sourire.
Chibs dans une voiture de gang, c'était une première. Il était accompagné d'un membre des Niners et en voyant Torres, Chibs interrogea Nero et le gangsta fusilla le membre de Galindo du regard. Torres décida quand même de traverser la cour pour s'adosser à l'ombre derrière l'entrée et éviter les regards, se félicitant intérieurement d'être sorti de cet infect endroit. Maintenant, il en avait pour des heures à marcher sous le soleil et il savoura l'ombre quelques instants.
Telford, comme toujours, resta maître de lui-même et se renseigna sans en demander trop.
- Nero, qu'est-ce qu'il foutait ici ? Parada n'avait pas prévu de rendez-vous, il va arriver ?
- Non, Torres a été blessé alors j'avais besoin de Tara.
- Tu aides ces mecs ? T'es malade, mon vieux. Crois-moi, te mêle pas à ces types tant qu'ils te foutent la paix.
Nero improvisa avec toute son assurance :
- Non, c'est juste qu'on se connaît très bien lui et moi.
- Mouai ! En tout cas, je préfère ça parce que la dernière fois que les membres de Galindo ont mis les pieds ici, la moitié des flics de la ville a rappliqué pour une broutille.
- Et c'était à cause d'eux ?
- Pas du tout. Un sale enfoiré a trouvé amusant de passer un coup de fil anonyme pour raconter des histoires.
Nero perdit le sourire qui s'emparait de lui et s'alarma en voyant que l'autre homme sortait, probablement pour suivre Torres.
- Putain, c'est pas vrai.
"S'ils ne se connaissent pas par une bonne expérience, je n'ai pas envie qu'il l'emmerde" pensa Nero. Il ne fut pas le seul à fumer de l'intérieur car Chibs s'était mis à appeler l'autre homme en hurlant avant de suivre Nero. Rapidement en chemin, Chibs lui expliqua le coup de l'entrepôt avec les Lobos, la provocation de Laroy et le coup de folie de Torres après la fusillade. Nerveux, le maque se demanda comment pouvait être l'homme qu'il aimait dans un état aussi second mais comme lui dirait Luis selon lui, il faisait son travail.
Luis était contre le mur et semblait entretenir un dialogue à sens unique dont il se serait volontiers passé. Ou plutôt, il écoutait l'autre homme le menacer en fermant les yeux et en humidifiant sa lèvre sèche. Cette ignorance fut d'ailleurs très mal accueillie par le gangsta et il explosa au moment où Luis lui demanda de "fermer sa gueule". Par chance, il reçut du renfort et Nero se posta entre lui et celui qui s'énervait.
- Dayton, laisse tomber. Tu es chez nous alors aucune embrouille ici ! ordonna Chibs.
- Estoy chingado con este coño...
Nero tourna discrètement la tête vers le Mexicain.
- N'en rajoute pas, Luis.
- Hé ! j'te parle, gobeur de tacos. Regarde-moi ou je te préviens que tu vas morfler.
Luis soupira et ouvrit lentement les yeux.
- Arrête ton foutu monologue ou je t'arrache la langue.
L'Écossais voulut à tout prix éviter que Parada ne vienne à apprendre que son lieutenant avait été agressé sur le territoire des Sons, et Nero voulut empêcher sa tête brûlée de petit ami de faire le malin pour au final souffrir davantage.
- C'est quoi ton problème, mano ? Tu te souviens que les Sons et les Niners font affaire, non ? Et lui en fait partie même si c'est de l'extérieur.
- Si je m'en souviens... les Sons nous ont piégés et on s'est fait encercler par les Mayans et cette bande de givrés.
- Tu es là, pourtant. C'est que ça ne s'est pas si mal passé que ça ! balança Nero.
- Et pour combien de temps avec ces malades qui nous découpent dès qu'on leur tourne le dos ?
Luis ricana.
- Ne me tends pas la perche.
- Terrain glissant, Nero ! chuchota le motard.
Dayton lui jeta un regard furtif et répondit agressivement au maque.
- Les Niners et les Mayans sont en guerre depuis toujours et là, ils se ramènent avec un autre clan Hispano. On ne les connaît même pas et celui-là essaie déjà de casser la gueule à Laroy.
S'approchant dangereusement, Luis sentit Nero l'empêcher d'aller plus loin alors qu'il grognait :
- Ton connard de chef m'a craché au visage.
- Je ne suis pas un as de l'espagnol mais je n'en ai pas besoin pour savoir que "puto" ne veut pas dire "mon petit cœur". Alors n'insulte pas un mort parce que c'est toi qui l'a cherché. Laroy n'aurait pas aligné une bande de mec désarmés pour ensuite les dézinguer comme un lâche.
- On recommence quand tu veux ! provoqua Luis.
- Enfoiré !
Dayton voulut lui asséner un coup dans l'estomac mais Nero, qui avait déjà prévu ça depuis le début, se plaça rapidement de dos et prit le poing à sa place, grognant de douleur et chancelant.
- DU CALME ! Nero, ça va ? demanda Chibs.
Le motard fit reculer Dayton qui présenta ses excuses à Nero par politesse mais insulta encore Torres, et ils repartirent pendant que le blessé reprocha à Nero d'avoir pris un tel risque.
- Tu n'étais pas en état de chercher la bagarre, imagine s'il avait frappé sur ta blessure. Alors arrête, maintenant.
Les deux autres hommes hors de vue, Padilla ne se priva plus une seconde et fondit sur les lèvres de son compagnon sans se presser contre lui, mais il le sentit répondre avec un immense plaisir tout en lui conseillant de ne pas trop lui faire plaisir. Riant, ils restèrent quelques secondes sans bouger et Nero lui releva le visage pour le regarder dans les yeux.
- Garde en tête que si jamais on revenait à se foutre sur la gueule un jour, tu seras toujours mon mec.
L'autre homme hocha la tête sans masquer les regrets qui s'emparèrent de lui.
- Cherche quand même un plan de secours, on n'a pas une grande espérance de vie dans les cartels.
- Tais-toi, tu n'en penses pas un mot.
- Pas un mot, c'est vrai.
Luis l'embrassa encore et Nero lui imposa de le raccompagner sans lui demander son avis. Ils s'installèrent dans le véhicule du géant qui se renseigna sur son état avant de réfléchir à ce qu'ils diraient à son Romeo. Luis ne fut pas friand de la vérité cette fois-ci et Nero proposa à son amant de mentir pour lui éviter une raclée une fois rétabli. Reconnaissant, Torres tira sur la ceinture pendant que Nero ralentissait pour ne pas le secouer. Il lui conseilla d'ailleurs de l'enlever pour empêcher toute pression sur la blessure et lui ralentit la vitesse du véhicule. Au bout d'un moment où il vit le plus jeune se détendre en admirant les paysages, Nero lui passa doucement une main sur la sienne.
- Tu veux me dire ce que tu as fait juste après qu'on se soit battus ?
Submergé par une panique intérieure, Luis avait complètement oublié ce moment intime dans les toilettes. Il avait encore moins pensé à ce qu'il dirait à quiconque puisqu'il croyait que Nero avait rompu avec lui. Romero, il aurait pu gérer mais maintenant...
- Nero, je dois te dire que...
Ralentissant davantage pour le regarder suite au silence, le maque lui demanda s'il y avait eu une autre femme avant Janice et la réponse négative de son compagnon lui redonna le sourire. Par précaution, il précisa aussi ne pas s'être drogué. Suite à cela, Torres voulut parler mais Nero lui coupa la parole devant ses yeux qui se fermaient en disant qu'il lui dirait en arrivant, une fois tous les deux seuls. Luis ne put se reposer car n'ayant pas sa ceinture, il n'aurait pas tenu sa position stable et donc préféra continuer à regarder l'extérieur. Cependant, il envoya un message à son chef durant la route afin de le rassurer.
Arrivés sur place, Parada ne perdit pas une minute pour sermonner son ami mais avant qu'il ne le bouscule, Nero préféra laisser exprimer son imagination concernant le mensonge. Ils devaient lui dire pour la blessure car l'aîné s'en rendrait compte tôt ou tard, Luis avait besoin de repos. Après la bagarre, Nero était parti et se retrouvant seul, Luis avait souhaité se libérer l'esprit en marchant un peu dans la vallée déserte. Sauf qu'il n'y était pas seul et avait fini par se battre avec un autre homme qui se trouvait être armé. Telle fut leur version.
Malgré son inquiétude soudaine à la vue de la mine fatiguée de son lieutenant, Romero voulut jeter un œil à la plaie mais sembla croire à leur version en s'imaginant l'humeur de son ami à ce moment-là.
- Je suis content que tu ailles bien, mijo, tu devrais aller dormir un peu. On a de quoi nettoyer ça s'il le faut.
S'enlaçant et s'embrassant, le boss laissa ensuite à Nero le soin d'aller s'occuper de lui car il lui sembla que Luis avait eu du mal à le regarder. Évidemment, cela lui revint, il était perturbé à cause de ce qu'il lui avait fait faire la veille. "Fiston, je ne m'éloignerai pas de toi. Ça n'a jamais été une bonne idée et ça ne le sera jamais. Je dois veiller sur toi" pensa t-il.
Dans la chambre, Luis avait tenu à se déshabiller seul mais le voyant pester contre son incapacité, Nero se proposa. Il le laissa torse nu en gardant son pantalon et l'autre homme s'assit en se penchant doucement en arrière alors que son amant se posait à côté de lui.
- Tu n'avais pas quelque chose à me dire, au fait ? rappela Nero.
Torres le fixa immédiatement. Un gros mensonge lui suffisant en ce jour, il se refusa à mentir une fois de plus.
- J'ai voulu boire quand tu es parti.
Il s'arrêta un instant mais se sentit mieux en entendant la voix de son homme.
- Je t'écoute, bébé.
- Je suis entré dans un endroit assez spécial parce que j'avais envie de boire, alors je me suis laissé aller et...
Nero caressa sa main en lui déconseillant de devenir comme ça mais resta à l'écoute.
- ... et j'ai baisé un mec.
à suivre...
