Padilla se sentit à nouveau brûler de l'intérieur et ôta sa main de celle de Torres mais pour une fois, il se retrouva dans l'incapacité de manifester sa colère envers lui. Il médita donc le temps d'ingurgiter cette confidence surprenante mais démoralisante car il en vint à croire que les désirs de son amant étaient sans fin et sans aucune limite. Fourrant sa tête dans ses mains en se retenant de serrer les doigts, il inspira difficilement puis releva les yeux vers celui qui s'apprêtait presque à recevoir une bombe. Seulement, Padilla en prenait tellement l'habitude qu'il ne fut pas si heurté d'entendre ça même s'il exécrait toujours ce genre de violences.
- Non, tu vas trop loin. Tu n'avais plus assez des femmes, il a fallu que tu t'en prennes à un homme. Tu te rends compte du problème ?
- Je n'en vois pas le moindre, tu vas trop vite et tu dis n'importe quoi.
Il voulut argumenter mais Nero le stoppa d'un geste négatif et sans même que Luis n'ait pu recommencer à se défendre, il le stoppa à nouveau et Torres se releva de force pour le regarder, tirant au passage sur sa hanche en grimaçant.
- Tu ne fais aucune différence entre les mots, hein ? Le mot "violeur" est écrit sur mon front ? J'ai dit que je l'avais baisé, Nero. Autrement dit, je ne l'ai pas obligé à faire quoi que ce soit.
Le proxénète sembla tout à coup réaliser qu'il avait parlé sans réfléchir et baissa les yeux pour la première fois.
- Oh ! donc il était consentant.
- Le plus consentant qui soit. Il m'a même encouragé à tenir le coup et à revenir vers toi, mais comme je pensais que tu ne voulais plus me voir...
- Oui, je sais. Allez, excuse-moi.
Nero se leva et vint le rasseoir de façon à ce qu'il soit contre le mur, le dos bien droit contre l'oreiller qu'il plaça de manière adéquate malgré la remarque qu'il essuya de la part de Luis comme quoi il n'était pas un bébé. Ce à quoi Nero répondit en souriant qu'au contraire, il était le sien. Il lui caressa la cuisse et resta compréhensif sur son aventure d'un jour de même que sa bévue suivante tout en lui laissant le temps de confier à son rythme ce dont il voulait se libérer.
- Je ne te donnerai pas les détails précis. Il m'a proposé de le faire et j'étais peut-être partant dès le début mais je me suis senti coupable à la fin, alors il s'est confié à moi et j'en ai fait autant. On a parlé, on est restés là à évacuer un peu nos souvenirs.
- Et dire que d'habitude, je dois te forcer à parler.
Son homme se tourna brièvement vers lui et lui prit la main.
- Tout le monde sait qu'il est plus facile de se confier à un inconnu, Nero. Je ne fais pas exception à la règle. Rassure-toi, je ne lui ai rien dit sur mon boulot ou de trop personnel sur nous.
- Je n'ai pas de doute là-dessus... c'était quand et où ?
Après s'être assuré de la patience de Nero à propos de ce cas, il le pria de se mettre à sa place avant qu'il ne puisse continuer.
- Juste après ton départ hier et dans un club qui s'appelle le "Beast".
Nero balaya la pièce du regard en se donnant l'air de réfléchir
- Je connais, ce n'est pas loin et j'y ai même recueilli une de mes filles il y a plusieurs années. C'est même la seule boîte du coin à ouvrir la journée.
Puis il regarda l'autre homme avec des yeux pleins de malice.
- Je n'en reviens pas que tu sois allé en boîte, toi. Elle est bonne.
- Ah ouai ? Et toi, qu'est-ce que tu as été faire dans une boîte homo ?
Une moquerie contre un reproche auquel Nero rétorqua avoir répondu à un appel à l'aide de la fille évoquée, une certaine Alice, rétorquant par-là qu'il avait toujours été plus extraverti que lui. Lorsque Torres voulut le rabrouer en revenant sur sa précédente raillerie, il se retint en constatant que Nero riait sans retenue. Peu d'humeur, il grommela avant que le maque ne le relaxe avec des caresses sur la poitrine.
- Un peu d'humour, monsieur Torres !
L'agent fédéral préféra supprimer cet épisode de sa journée avant de voir son comportement s'en ressentir.
- Je surveillais l'entrée depuis le parking et j'ai vu un camion passer sur le côté, un livreur. Je l'ai suivi et je suis rentré par derrière.
Nero lui embrassa l'épaule tout en faisant bouger ses doigts le long du bord du pantalon de son amant, puis il murmura d'une voix embrasée :
- Chéri, tu rentres toujours par derrière.
Nero fut ravi de pouvoir le faire céder à un sourire et sentit enfin son homme se relaxer contre lui. Luis lui jeta un regard en biais avant de mettre sa tête contre la sienne. Nero adorait ce comportement affectif chez lui, ils passaient de beaux moments quand il se montrait aussi doux.
- J'ignore si je regarde trop la télé mais dans ces endroits, c'est toujours dans les W.C. qu'ont lieu les parties de jambes en l'air. Comme je ne l'ai jamais testé, il t'appartient de me dire si c'est la vérité.
Luis acquiesça tout en mentionnant qu'ils l'avaient fait contre le mur en dehors et non pas à l'intérieur d'une cabine. Plutôt que de blâmer sa séance d'exhibitionnisme alors que n'importe qui aurait pu les surprendre, le maque s'imagina dans le lieu sus-cité en sa compagnie, Luis le prenant furieusement contre ce même mur. Il s'en retrouva finalement plus émoustillé qu'autre chose.
- Encore plus bandant.
Étonné, Torres se tourna pour se retrouver prisonnier d'un simple regard de Nero et ce dernier posa précautionneusement les jambes de Luis à plat et lui décala la gauche pour y mettre un de ses genoux de façon à ne pas toucher la blessure.
- Tu l'as fait avec un autre parce que tu croyais que c'était fini entre nous, en somme.
- Ouai. Au départ je n'avais pas l'intention de mettre les pieds dans cet endroit, j'avais juste envie d'oublier et boire à été la seule option. Sauf que j'ai fini par me laisser aller à autre chose.
- Tu te rends compte qu'en plus de cet homme, il a encore fallu que tu fasses une connerie avec une femme ensuite ? D'accord ! pour elle, c'était le lendemain mais ta bite en demande beaucoup, je trouve. Deux envies de tirer un coup juste pour oublier ce qu'il s'est passé, c'est plus qu'exagéré.
"Trois, si tu savais" pensa Luis avec tristesse sans le regarder.
- Je ne sais pas ce qui m'a pris pour elle. Je m'en voulais pour ce coup dans le club et en même temps, je t'en voulais tellement que j'ai fait en sorte que cela arrive. J'avais choisi un coin calme et vide pour rester seul à broyer du noir en attendant d'en voir une arriver, et j'ai vue cette belle fille. Janice, c'est ça ?
- Janice, oui. Tu veux dire que tu voulais faire du mal ?
- Je ne suis pas toujours innocent de mes envies, Nero.
Irrité d'entendre que Luis avait volontairement cherché à provoquer une pulsion chez lui sans aucun signe physique annonciateur, Nero ne s'attarda pas là-dessus au risque de s'emporter.
- On n'arrête pas les surprises avec toi, Parada doit en avoir plein les bottes.
Soupirant, Torres tritura la poche de son jean qu'il avait abîmée lors de la bagarre.
- Je rêve ou j'ai parfois l'impression que toi et Romeo, vous me traitez comme un gosse ?
- Je rêve ou j'ai parfois l'impression que tu te comportes comme un gosse ?
Rieur, l'agent baissa la tête.
- Riposte à la hauteur, je m'incline.
Malheureusement pour Nero, la réalité fit disparaître son sourire aussitôt.
- Qu'est-ce que j'y peux si je n'ai pas eu de jeunesse ? Je voulais me saouler et rien de plus. Je déteste ça mais je pensais trop à toi et il fallait que je fasse quelque chose, alors je me suis lancé.
- Et bien sûr, tu as trouvé d'autres mecs de quarante ans complètement en manque et qui avaient besoin de se bourrer la gueule.
Nero avait usé de l'humour mais sans se douter qu'il soulevait un autre problème.
- Quarante-et-un ans.
- Ben tu sais, on ne s'est jamais communiqués notre âge et si je ne l'ai pas réclamé à ton padre, c'est par respect pour toi. J'ai dit quarante au hasard mais toi non plus, tu ne connais pas mon âge. Ça me fait bizarre d'ailleurs, parce qu'au risque de te choquer, j'en ai bientôt cinquante-sept.
Luis tourna vers lui un sourire totalement différent des autres et lui caressa le visage.
- Tu ne les fais pas non plus. Ce n'est pas ton âge qui compte pour moi, Nero. Et puis même si un jour, ton beau cul ne peut plus supporter mon entrée envahissante, eh ben...
- Attention à ce que tu dis, gros vantard, je te supporterai jusqu'à ma mort. En parlant de mon arrière-train, il n'y a pas plus résistant et demandeur en ce qui te concerne même si je risque d'arrêter de "fonctionner" avant toi.
- Ah ! ah ! Même si ça arrive, ce n'est pas de ta bite que je suis amoureux, Nero.
Ils se regardèrent longuement et Luis posa sa tête sur son épaule en lui caressant la cuisse. Il savoura cet instant autant qu'il put se le permettre, surtout en voyant à quel point Nero était bien contre lui. Mais pourtant, il prit une grande inspiration et ne put empêcher d'en revenir au sujet.
- Pour te contredire sur le reste, je ne l'ai pas fait de bon cœur. Dans l'action, oui parce que j'en avais besoin mais je t'avais en tête et c'est ce qui a fait que je me sentais mal. Chose à part, il était bien plus jeune que moi et il sentait moins l'alcool. Certains ont plus de mérite que d'autres.
- Oh là attends, stop !
Nero s'affola et le regarda avec horreur car il avait oublié ce détail important. La peur au ventre, il recula rapidement la tête pour le regarder.
- Tu as baisé un gamin, Luis ? Dis-moi que tu n'es pas tombé aussi bas.
Ce dernier claqua sa tête contre le mur en soupirant. Andrés ne lui avait pas donné son âge et malgré son apparence convaincante, il se prit à espérer que Nero n'ait pas dit vrai.
- Ne le prends pas comme ça, je me suis mal exprimé mais il était majeur ! dit-il.
- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu viens de me dire qu'il était bien plus jeune que toi. C'est fréquent que des adolescents s'introduisent dans ces endroits et certains sont si grands que ça trompe la sécurité. Tu aurais pu avoir la conscience de lui demander son âge avant de te le taper sans vergogne. Tu n'as vraiment honte de rien, comment il était ?
- Respire, Nero.
Le maque se leva pour faire les cent pas, préoccupé à l'idée que leurs problèmes personnels ne prennent une tournure beaucoup plus dangereuse.
- Relax, c'était un habitué. Très mature, calme et d'une vingtaine d'années, pour ne rien cacher. Il m'a laissé faire ce que j'avais envie et avait l'habitude de donner et recevoir. C'est ce qu'il m'a dit.
Nero se tortura encore mais finit par atténuer son anxiété.
- C'est bon, je te crois. J'ai eu peur, c'est tout.
Après avoir inspiré un grand coup, il s'assit au bord du lit.
- Ne me refais jamais un coup pareil, Lou. Quelle trouille ! j'ai cru que tu avais carrément...
- ... j'avais compris ! coupa Torres.
Scrutant son amant pour déceler le moindre reproche en plus, Luis prit les devants.
- Je te demande pardon pour ça.
- Quoi ?
Il tourna la tête vers le fédéral qui semblait aussi mal à l'aise à l'idée de faire des excuses que d'avouer ses torts.
- On appelle encore ça être infidèle, de nos jours.
- Pour une fois que la personne était consentante, je passe l'éponge. Laisse tomber, tu t'es imaginé des choses alors je te fais une fleur en disant que ce n'était pas de ta faute. Après ce qui est arrivé au motel, c'est assez normal.
Luis perdit son regard dans le vide, ne fixant rien de précis et Nero le consola à sa manière. Embarrassé par une telle douceur, il voulut se lever mais Nero l'en empêcha avant de l'embrasser.
- Repose-toi ou je rappelle ton boss. Je ne t'en veux pas, on oublie ça.
- Mais moi si, je me sentais mal d'embrasser un autre que toi, Nero.
- Tu l'as carrément embrassé ? Eh ben mon vieux, tu t'es fait plaisir.
Cachant un léger rire, Torres repensa à son dernier baiser avec Andrés.
- On peut l'interpréter de plusieurs façons. À propos de ton amie Janice, je voulais...
- On s'arrête ! coupa Nero.
Il sembla réticent à lancer ce sujet épineux et en voyant Luis lui demander du regard, il hocha négativement la tête et répondit aussi calmement qu'il put :
- Si tu permets, on va éviter d'en parler maintenant. Il faut que tu te reposes et je...
Il s'arrêta en voyant Torres taper sur le matelas à côté de lui.
- Je passe mon temps à ça depuis que je suis dans ce pays et j'en ai ma claque.
Nero haussa les sourcils tant il fut effaré par une telle plainte.
- Et à qui la faute ? Tu te reposes de tes blessures et souviens-toi bien de quelle manière tu les récoltes à chaque fois. Alors même si tu veux parler de Janice, on attendra.
Il vit la déception dans les yeux de Luis quand celui-ci tourna la tête mais étant furieux contre lui, il ne voulait écouter aucune excuse qu'il jugerait "bidon". Pourtant, le fait que cette initiative vienne de l'autre homme le poussa à réfléchir et après s'être dit qu'il le regretterait probablement, il changea d'avis.
- Lou !
Sans volonté, ce dernier tourna la tête vers lui en évitant de croiser son regard mais Nero lui prit la main pour lui redonner confiance, caressant la peau entourant sa blessure du bout du doigt.
- Je t'écoute, dis-moi. Je ne te cache pas que je suis énervé, tu le sais. Je t'avais dit que l'une de ces femmes finirait par se défendre un jour et regarde le résultat. Cette fois, tu as eu de la chance mais ça aurait pu être beaucoup plus grave. Je n'ai pas envie de te perdre parce que tu ne sais pas te retenir. Tu as pas mal changé depuis qu'on s'est retrouvés, tu as eu des hauts et des bas mais je suis sûr que tu peux faire encore mieux. Allez, parle.
- En l'espionnant, je n'avais que des mauvaises intentions mais ça a fini par s'en aller quand je la regardais dormir. Je voulais faire ça simplement, je n'avais plus envie de lui faire de mal à partir de là. Ça m'a plu de la regarder dormir et je crois que c'est ce qui m'a fait changer d'avis.
Selon Nero, jamais son amant ne lui avait autant paru sincère et pour cause, lui-même s'était toujours senti apaisé en le regardant dormir. Le point le plus persuasif pour lui restant l'initiative de lui parler que son compagnon n'avait pas hésité à prendre.
- Elle me l'a dit. Tant qu'on y est, bébé, elle a cru t'entendre lui raconter certains souvenirs.
Il allait lui demander si c'était réellement arrivé mais l'air intimidé de son compagnon ne lui laissa aucun doute.
- Si tu voyais ta tête, tu es trop mignon. Autre chose : pour quelqu'un qui ne voulait pas faire de mal, tu l'as quand même giflée. Tu peux me dire comment tu peux être aussi violent avec les femmes ?
- Encore une chose sur laquelle je dois creuser, Nero. Les principes féministes me sont inconnus et je n'ai commencé à observer les liens humains qu'en rencontrant Parada. Alors ça m'est lentement venu au fil du temps mais j'ai du mal à l'ancrer en moi. Avant, j'avais Rodrigo et deux ou trois personnes dans le village et comme ils étaient bons avec moi, je l'étais. En dehors de ces personnes, je ne voyais que mes parents alors le reste du temps, je ne ressentais plus rien de bon en moi et je maudissais le monde. C'est en moi et ça me dégoûte, c'est tout ce que je peux te dire. Dans ma famille, je n'ai pas eu la moindre éducation par rapport aux normes sociales entre les hommes et les femmes alors en m'enfuyant de chez moi, je n'avais pas une seule accroche pour tisser des liens. Je n'ai pas ce petit quelque chose dans la tête qui fait que je me dirais "Ne fais pas ça à une femme" ou "Ne fais pas ça à un enfant".
Nerveux, Nero fronça légèrement les sourcils sans le regarder.
- T'es en train de me dire que tu serais capable de faire du mal à un petit, ou pire ?
- Chéri, ne flippe pas. Je n'ai plus de limite quand on me met en rogne mais je veille toujours à rester loin des enfants. Et si je venais à en frapper un, il faudrait vraiment qu'il ait joué au plus fort avec moi, mais ce ne serait pas pour rien et je ne le tuerais jamais.
Nero secoua la tête, il était mal à l'aise en pensant à Lucius et après avoir imaginé cet homme face à son enfant, il usa de l'ironie.
- Moi qui te prenait pour un homme glacial, Luis, voilà qui me rassure complètement.
- Nero, je te prie de me croire. Seul le respect compte pour moi que ce soit pour un homme, une femme ou un enfant.
- Parce que c'est ta vision du respect ? N'être violent que s'il le faut ? Les malheureux que tu croises partout sont à la merci du moindre changement qui menace de se produire dans ta tête, et ils ne le savent pas. C'est plutôt limite comme vision quand je vois ta façon à toi de les traiter. Donc si je te suis bien, eux doivent se tenir tranquille alors que toi, ça dépend juste de ton humeur mais bon... on s'éloigne du sujet.
Pour éviter de s'enfoncer, Torres ferma les yeux en déglutissant avant de reprendre de peur de perdre son envie de parler.
- Non, c'est lié à ma façon d'agir. Voilà pourquoi j'avais abandonné l'idée de blesser ton amie. J'ai levé la main sur elle mais la seule chose que j'avais prévue quand elle dormait, c'était... non, tu vas te foutre de ma gueule.
Surpris, Nero le regarda de côté.
- Tu préférerais que je me fiche de toi ou que je sois énervé ?
- Ni l'un ni l'autre.
Nero hocha les épaules et lui posa un doigt sous le menton.
- Pas faux. Déballe, je ne vais pas me foutre de mon mec.
Son amant lui sembla réellement sceptique malgré sa parole mais se tint à son envie de se confier.
- Quand je l'observais dans la rue, j'ai tout de suite pensé à ce que j'allais lui faire et finalement... ce qui fait que j'ai été moins dur que d'habitude après l'avoir regardée dormir, c'est que j'avais envie de faire l'amour avec elle.
Ces mots lourds de sens venus de lui stupéfièrent Nero mais en aucun cas il ne rit de la situation. Tantôt attendri, tantôt remonté, il ne put mettre de côté qu'une innocente avait encore fait les frais du vice de son amant même si l'issue fatale des agressions précédentes avait pu être évitée. Il regarda l'autre homme totalement hagard et embarrassé.
- La regarder dormir t'a rendu plus gentil.
- C'est un peu ça.
- Tu te doutais bien qu'une femme forcée ne t'aurait pas laissé faire même si tu t'étais montré courtois.
- Je ne suis pas idiot, Nero. C'est le fait de ne pas avoir eu de capote sur moi qui m'en a empêché, mais j'avais vraiment envie de le faire en douceur.
- Pourquoi avec une femme ? Parce que faire l'amour à une inconnue... déjà du point de vue des mots, ce n'est pas une chose possible même pour deux personnes bourrées qui se seraient rencontrées au bar. Sans sentiments, pas d'amour, ce n'est rien que du cul. En plus, tu es gay alors je ne vois pas pourquoi tu voulais te laisser aller d'une façon aussi hétéro.
Regardant droit devant lui, Torres soupira. Il semblait vraiment s'en vouloir.
- Ce n'est pas avec les hommes que j'ai un problème. Je voulais laisser ma brutalité de côté et être convenable avec une femme. Pas seulement pour réussir à être excité mais aussi pour être un peu plus sociable en général. J'ai l'impression que c'est mon incapacité à ressentir du désir pour les femmes qui me rend justement méchant avec elles. Comme si c'était ma haine des femmes qui me rendait mauvais avec elles, et tout le monde en général. Sans en être sûr mais de toute façon, c'est raté aussi.
- Tu sais que c'est sûrement lié à ton homosexualité ? Tu l'as tellement refoulée dans la vie que tu cherches une façon de te rapprocher des femmes, même si tu aimes les hommes.
- Je le sens souvent en moi, j'en ai l'impression. De toute façon, j'ai encore foiré ce coup-là.
Une image de lui particulièrement nouvelle s'insinua dans la tête de Nero et il en ressentit une fierté qu'il eut du mal à masquer.
- Non, mon amour. C'est vrai que tu l'as forcée mais tu as cherché à exprimer de l'humanité contrairement à d'habitude, et étant donné ce que tu as pu faire dans la vie, cette façon de modifier les choses est plutôt encourageante, si je peux dire. Mais dans le fond, un viol reste un viol alors j'espère juste que ça t'a donné un bon coup de fouet.
- Plutôt un coup de couteau ! corrigea Luis.
Nero tordit sa lèvre avant de l'allonger en douceur et une fois passé la réflexion de celui qui "pouvait se débrouiller seul", il savoura lentement ses lèvres. Il eut à peine pressé sa langue contre la sienne que le blessé chercha délibérément à lui passer une main sous la chemise. Riant en séparant leurs lèvres, Nero hocha la tête pour l'empêcher de continuer. Romero lui avait demandé de le mettre au lit et il allait le faire mais avant, il ne put s'empêcher de l'embêter un peu.
- Ça t'est déjà arrivé de t'endormir sur la béquille quand tu es en rogne ou tu règles toujours ça avec ton entrejambe ?
Luis fit une drôle de tête car il ne comprit pas immédiatement et l'aîné dut lui répéter différemment pour avoir sa réponse.
- Ah ! Plus souvent que tu ne crois pour ce qui est de la béquille mais pas en ta compagnie si c'est ce que tu me demandes, en rogne ou pas. Je ne vais pas chercher la dispute si j'ai envie de te faire des choses pas catholiques, voyons !
- C'est sûr que si tu me parles de ce que tu as fait, c'est ma... et ça te fait rire. C'est sûr qu'en ma compagnie, tu laisses exploser ta libido d'adolescent.
Luis haussa les sourcils.
- On ne me l'avait jamais faite, celle-là. Tu ne t'en plains pas quand ça arrive. Et c'est toi qui fais de l'esprit, Nero, c'est ton expression qui m'a fait rire. Sinon, j'ai juste à penser à toi avant de dormir mais même si tu n'es pas là, je ne peux pas l'empêcher de se relever. Rigole, vas-y, je n'y peux rien si mon mec me fait de l'effet.
Souriant, Padilla l'embrassa une fois de plus et ne fut pas surpris de sentir Luis réitérer ses caresses aventureuses. Il le laissa faire parce qu'il savait que c'était une simple tentative pour tester sa réaction. Luis était blessé et ne ferait rien d'autre. Il le démontra en arrêtant tout seul et perdit son sourire en sachant que Nero devait partir. Il attira son visage contre le sien et l'embrassa chastement avant de le voir s'éloigner après leurs habituelles salutations précédant le départ de l'un ou de l'autre.
- Allez, je dois y aller. Tu te retrouves encore en convalescence alors si on se voit trop, tu risques de me sauter dessus quitte à dire adieu à tes points de sutures.
Si Nero parvint à lui dénicher un sourire, Luis regarda la porte et même s'il se retint à temps de verser une larme, il s'excusa à nouveau pour l'agression de Janice. Il s'allongea en accueillant un coup de main de l'autre homme et ce dernier l'embrassa comme un fou avant de le dévorer des yeux.
- Soigne-toi bien et évite les gestes brusques.
- Ne t'en fais pas pour moi, j'ai l'habitude d'avoir mal.
- Justement, reste au lit et ça ira plus vite parce que je n'aime pas te voir souffrir. Quand je reviendrai, il vaudrait mieux pour toi que ta blessure ait cicatrisé et pas que les points se soient ré-ouverts.
Nero posa la main sur la poignée dans le but de s'encourager à franchir le seuil mais alors qu'une voix le poussa intérieurement à faire demi-tour, il eut droit aux mots doux qui le retinrent plus longtemps dans cette chambre.
- Tu sais... si tu restais là à me tenir la main, le temps filerait plus vite.
Souriant avec une once de malice, Nero ironisa sur l'éventualité que son amant ne fasse des cauchemars sans lui, oubliant de ce fait qu'il en faisait depuis toujours. Baissant la tête en y pensant alors que Nero se rasseyait près de lui, Luis se renferma et se redressa totalement. Nero devina facilement sa peur ravivée à l'idée de dormir mais il le poussa doucement à s'y mettre. Il proposa de rester auprès de lui pour le "border" en cas de sommeil difficile mais Torres refusa gentiment.
- C'est inutile sinon il faudrait que tu restes encore et encore, tu le sais. Ça va me prendre au moins deux semaines à t'attendre, j'imagine.
- Oui alors tiens bon, d'accord ? J'adorerais aussi rester avec toi mais c'est vrai que tu aurais trop les mains baladeuses, et j'ai du boulot qui m'attend.
Voyant que Nero allait de nouveau argumenter, il l'embrassa rapidement pour lui couper la parole et chacun tomba d'accord. Nero se devait de le laisser dormir car il avait des choses à régler, et les membres de Galindo étant sur le qui-vive depuis un conflit interne la veille ayant attiré l'attention du voisinage, il valait mieux garder de la sérénité. Il souhaita un bon rétablissement à l'agent et sortit de la chambre avant de partir sans regarder derrière lui.
Il soupira dès qu'il fut assis dans sa voiture, serrant son volant à l'en décrocher et espérant que tout se passerait sans heurt le temps que son compagnon ne se rétablisse. Il ne cessa de se torturer l'esprit une fois le pied posé sur la pédale. Roulant tout en flânant sur les routes contiguës pour expier sa nervosité et la laisser sur place, il arriva une heure après à Charming avec un poids de moins sur les épaules, au point de penser que la première tâche qui s'imposerait à lui serait la bienvenue.
Alors qu'il entrait dans Diosa, il y croisa Lyla qui soupira de joie. Il la salua puis la serra contre lui lorsqu'elle lui affirma que tout s'était déroulé parfaitement bien en son absence. Pas de vol de téléphone ou d'agression diverse mais elle était exténuée. Le sourire de Lyla lui apporta également un rayon de soleil car la jeune femme, égayée d'apprendre que "rien" n'était finalement arrivé à Janice, lui avait sauté au cou en guise de soulagement. Son patron n'afficha aucun signe qui aurait pu la faire douter mais intérieurement, il remerciait la pauvre femme de tout son cœur.
Pour en revenir à une note moins morose, il aborda un sujet complètement à part mais coûteux.
- Alors, Lenny et Harlan ont accepté d'être des nôtres pour le film ?
Elle haussa les sourcils en reculant la tête.
- S'ils ont accepté ? J'aurai pu les sentir bander au téléphone rien que par leurs remerciements baveux.
Riant, elle joua avec la ceinture de pantalon de Nero en lui décrivant le contenu téléphonique. Bien que surpris par son geste audacieux, ce dernier savait que ses employées - y compris Lyla - avait un sens moins strict des espaces personnels avec lui. Étant proxénète, les contacts ne manquaient guère et donnaient pratiquement envie à tous. Il savait également que certaines des filles avaient déjà eu envie de lui malgré son âge. Il se doutait bien que c'était dû à son enjouement et son charme car après tout, il n'était pas comme les autres mais c'était pour cela qu'il n'en profitait pas. Il s'amusait de son attraction provocante mais ne comptait pas se jeter dans la fosse. Une de ses employées du nom de Charysse Howell, peu appréciée des autres en raison de son insociabilité et de son habitude à "voler" les clients des autres, n'avait peur de rien et avait longtemps tenté de lui faire briser sa morale jusqu'à ce que Nero ne menace de la renvoyer. Depuis, il n'avait plus eu de problème.
"Deux Cows-boys chez les lesbiennes", le prochain film du studio, rapporterait autant que tous l'espéraient si les choses se déroulaient comme sur des roulettes. Ils avaient fait appel à deux acteurs de porno Texans pure souche pour interpréter les cow-boys, ce qui avait toujours figuré parmi les rêves de Luann Delaney. Bobby se plaisait à affirmer qu'elle aurait fait une associée d'exception pour Nero car un maque aurait été une source de jolies femmes pour elle, même si celui-ci affirmait qu'une prostituée pouvait être jolie mais cela n'en faisait pas une actrice pour autant. Il avait d'ailleurs proposé à ce dernier de dédier ce film à la mémoire de Luann, ce que Nero avait accepté. Bien que ne l'ayant pas connue, il en avait assez entendu parler par Gemma et les filles, d'autant que son nom était écrit en majuscule dans le monde de la production pornographique. La journée se passa donc à fignoler les derniers détails, veiller à ce que les vedettes se voient libres pour le début du tournage et surtout, que chacun et chacune reste au taquet. Coups de téléphone, serrage de mains et formulaire à remplir rongèrent la suite de son après-midi déjà sali avant. Nero était épuisé. Non pas qu'il détestait faire des allers-retours pour rendre visite à l'homme du cartel ou encore lui porter assistance en cas de besoin, mais plutôt à cause des conditions épouvantables dans lesquelles cela arrivait. En effet, il devenait trop fréquent pour lui d'assister aux désastres engendrés par les déraillements de Torres et il n'était jamais sûr que Parada ne puisse garder un œil sur lui.
En début de soirée, les derniers clients figurants repartirent en discutant avec les employées qui finissaient leurs heures. Nero comptait se "jeter" dans son amas d'employées restantes pour bavasser et se détendre lorsque son portable sonna. Sans le moindre enthousiasme, il s'affala sur le sofa et regarda le nom de celui ou celle qui le dérangeait : Jax. Il souffla après avoir hésité.
- Oui ?
- Salut Nero ! je voulais juste savoir si tout allait bien avec les filles.
Suspicieux après cette question, le proxénète craignit une mauvaise nouvelle dissimulée.
- Les filles ?
- Oui, Chibs et Happy ont voulu aller s'éclater un peu avec elles il y a environ deux heures mais elles avaient l'air folles d'inquiétude. Alors ils sont un peu restés avec elles pour les protéger au cas où.
Les deux motards avaient du repartir au travail car Nero ne se souvint pas les avoir remarqués en entrant.
- Tu fais bien de me le dire, merci. Je leur demanderai mais je crois savoir de quoi il s'agit. On a un type en ville qui s'en prend aux prostituées et il a réussi à passer sur trois des miennes, je dois aller avec Lyla faire une description à la police. Elle a réussi à le détailler. Mes employées devaient avoir peur en attendant que je revienne.
- Ok mec ! n'hésite pas s'il te faut un coup de main pour choper ce tordu.
- Merci, j'y penserai.
"Toujours prêt à aider, celui-là" pensa Nero avant de sourire, et lorsqu'il voulut raccrocher, il s'arrêta à temps à la voix de son ami.
- Au fait, Nero, ne le prends pas mal si j'ai raccroché trop vite la dernière fois. Il a juste fallu que je digère le coup, mais ça me fait rien que tu sois avec ce mec.
- Ok mec, je te remercie.
- On connaît tous les deux son vrai boulot, mais je dois dire que toi avec un mec... ah ah Nero !
Le rire de Jax l'entraîna et ils plaisantèrent là-dessus avant de mettre fin à l'appel, Nero soulageant sa conscience d'un autre poids. Son plus lourd restait de se remettre au travail car Lyla avait du en assumer beaucoup en son absence, gérer les exactions de son compagnon lui prenant beaucoup de temps. Mais il avait confiance en Parada pour "garder les chiens à la niche" une fois à la maison, telle était son expression pour empêcher ses hommes de déborder. En effet, Luis était loin d'être le premier à ne pas respecter les règles, et il n'était pas le dernier non plus. Le commandant les comprenait en se mettant à leur place, ils étaient privés de vie comme des soldats sur le terrain, en danger à chaque instant et ne demandaient qu'à relâcher un peu la pression. Seulement, Parada avait du pour cela empêcher la venue de plusieurs petites amies d'un soir, ou des prostituées que ses hommes avaient appelées à son insu. Pas qu'il ne voulait pas de ces femmes chez eux, il voulait voir ses gars penser à autre chose qu'à la mort mais pas s'il fallait pour ça exposer leur seul abri. Il leur avait juste conseillé de "faire ça ailleurs". Depuis, certains des membres de Galindo s'étaient habitués à un faux nom qu'ils donnaient aux femmes qu'ils fréquentaient ailleurs. Cette méthode s'était avérée très efficace pour leur moral car certains avaient même leur favorite, et ils ne pouvaient qu'en remercier leur supérieur.
ooOOoo
Une semaine et demi plus tard, alors que le quotidien de Charming se poursuivait dans la monotonie la plus totale, les choses avaient changé sur le territoire de Galindo. Luis était presque remis d'aplomb mais non seulement il n'avait pas pu voir Nero, mais en plus il était resté couché de force pendant tout ce temps. Fait évident pour un blessé aussi borné fut-il et Parada avait veillé - plus qu'il ne le fallait - à ce qu'il ne recherche aucune activité trop "exigeante" pour sa blessure dès sa sortie du lit. Son lieutenant l'avait accepté mais à un certain prix qu'il avait réclamé quelques jours après ça : il avait privé chaque homme de travail et faisait tout à leur place pour compenser son manque d'activité de la semaine, ce qui n'était pas pour leur déplaire même si Parada voulut l'empêcher d'en faire trop. D'autre part, certaines de ces tâches n'étaient pas du tout attribuables à un lieutenant compte tenu de leur insignifiance. Pourtant, il n'en dit rien et se trouva même heureux de le voir debout et concentré. En dehors de cela, l'aîné lui avait parlé autant que possible dans le but de le forcer à avouer ce qu'il savait déjà. Son ami l'avait en effet évité un temps car il s'en voulait de leur moment à deux, au point qu'il ne parvenait plus à le regarder en face. Parler lui avait donc fait du bien et les choses étaient presque rentrées dans l'ordre, si ce n'était que Nero ignorait pour Romero et que Romero ignorait pour Janice. Après cette discussion les concernant, son lieutenant n'avait pu s'empêcher de le serrer contre lui et après avoir réglé ce problème, ils avaient pu passer à autre chose. Une fois de plus, l'ancien soldat se retrouvait à un carrefour dont tous les chemins l'amenaient à faire face à ses propres erreurs.
Parada le laissa s'aérer quelques minutes en le regardant travailler sous le soleil, veillant à ce qu'il ne se blesse pas. Il fut d'ailleurs obligé de le sermonner au moment où son ami allait porter une caisse trop lourde et dont la taille laissait à penser que les angles risqueraient de se frotter contre sa blessure.
- Torres !
L'autre homme qui avait tout de même porté la lourde caisse se tourna vers lui, piqué par la curiosité.
- C'était qui la première ?
Son collègue en attendit plus mais haussa les sourcils avant de demander poliment tout en se remettant à l'ouvrage :
- Je suis censé deviner de quoi tu parles ? Parce que tu sais que j'ai horreur de jouer aux devinettes...
Profitant du fait qu'il lui tourne le dos, Parada se frotta nerveusement la nuque jusqu'à s'irriter la peau et n'eut le cran de continuer que lorsque son ami insista.
- C'est quand tu veux, Romeo. Dans notre métier, on a rarement toute la vie devant nous.
Riant face à la véracité de la chose, l'aîné enchaîna rapidement.
- Je te parle de la première femme à qui tu as fait du mal.
Luis manqua de lâcher la caisse qu'il tenait solidement, grogna et préféra la poser doucement à ses pieds. Mécontent et regrettant d'avoir insisté, il se retourna :
- Je rêve, dis-moi que c'est une blague. Écoute mon vieux, je ne demande qu'à passer à autre chose.
- Passer à autre chose ? Ce n'est pas ce que tu as fait avec la femme de Teller puisque tu l'as filée pour lui dire que tu étais désolé.
Torres pouffa d'énervement et sans le regarder, poursuivit en allant poser la caisse à l'ombre :
- C'est vrai mais même si je voulais m'excuser pour la première ou juste en parler, ce serait trop tard.
Devant l'air choqué et interrogateur de son supérieur, Torres fronça les sourcils et se sentit obligé de briser la glace.
- T'es quand même pas en train de penser que je l'ai tuée, là ?
- Je vais te dire, je ne sais plus quoi penser avec toi. Tu la joues dramatique alors si, c'est ce que j'imaginais.
Acceptant ça, son ami lui donna raison sur la méprise et vint s'asseoir près de lui. Il leva brusquement son épaule droite après avoir senti une douleur rapide mais aiguë, puis avant que son aîné ne s'en mêle, il regarda le terrain de plus en plus entretenu en répondant avec autant de franchise que possible :
- C'était à Hawaï pendant la fête tribale. Cette belle brune avec qui j'étais, mais ce n'était pas vraiment... c'était différent alors ne me regarde pas comme ça.
Romero repensa à leur séjour sur l'île et ronchonna alors que tous les hommes étaient heureux ce jour-là.
- T'en rates pas une, ça remonte à au moins huit ans. En plus, je me souviens que tu t'entendais très bien avec elle vu comment vous vous comportiez.
Un regard désolé, Luis repensa à cette femme et leur euphorie de la soirée revint s'afficher sur son visage... pour s'estomper tout aussi vite.
- C'est vrai, mais elle en a voulu plus et moi je ne savais pas quoi lui dire pour l'empêcher de trop m'en demander. Et puis quand c'est enfin arrivé, quand je pouvais... son téléphone a sonné et elle a voulu arrêter alors je me suis foutu en rogne. Je l'ai peut-être forcée mais c'était elle au départ.
Ayant à peine saisi ces bribes de mots, Parada jeta :
- Mais quelle idée de t'être jeté sur elle, hein ! vous vous êtes embrassés toute la soirée.
- Il fallait bien que je m'amuse un peu.
- Justement, il fallait t'attendre à la voir monter d'un cran.
Flashback
C'était il y a sept ans et demi. Après une longue négociation en Amérique centrale, les membres de Galindo n'étant pas retournés au Mexique s'étaient offerts une virée discrète à Hawaï - approuvée par le boss - et tous avaient pour l'occasion froissé leur côté antisocial, car ils étaient là pour se détendre et se comporter comme des civils ordinaires. Débarquant par groupes de deux ou de trois et par des moyens différents, maritimes ou aériens, ils avaient tout fait pour être bons, masquant leurs tatouages et changeant leur style vestimentaire.
Lors d'une célébration locale sur le bord de la plage, les hommes étaient enfin libres de pouvoir oublier qui ils étaient. Ils buvaient peu tout en restant corrects, ignorant les jeunes ivres, draguant les jolies célibataires et dansant avec allégresse en leur compagnie. Le commandant avait espéré les voir ainsi et comme il estimait ces loisirs dépassés pour son âge, il avait opté pour la compagnie d'un couple au bar, buvant en leur compagnie. De là, il pouvait tout observer. Plus loin et à l'écart sur la gauche, Luis était occupé à flirter avec une jolie brune qui lui caressait gracieusement la joue. Ce soir-là, Parada avait été heureux de voir ses hommes profiter enfin de la vie sans faire de mal et ne connaissant pas la véritable orientation sexuelle de son lieutenant, il ne s'était méfié de rien. Comment l'aurait-il pu alors qu'ils les avait aperçus en train de s'embrasser à plein bouche lorsqu'il rentrait à l'hôtel ? Il fallait avouer que le plus jeune avait beaucoup bu ce soir-là mais pas autant que cette femme. Luis l'avait même encouragée à ralentir en même temps que lui. Parada savait que son ami était d'une nature timide même s'il ne lui avait jamais dit, c'est pour cela qu'ils étaient restés à l'écart au début. Mais l'alcool faisant son travail, ils avaient commencé à un peu trop s'exhiber même si la foule autour d'eux n'y faisait pas attention. Parada avait donc passé la fin de la soirée à veiller à ce que son ami ne fasse rien d'impoli avec elle, jusqu'à ce qu'il ne doive intervenir.
Fin flashback
- Tu as profité d'elle alors qu'elle était bourrée ? Encore pire, je croyais que vous aviez couché ensemble après avoir trop bu. Ne le prends pas mal mais tu as agi comme un véritable hétéro et tu lui as tenu compagnie toute la soirée. Moi qui croyais que tu savais te comporter en gentleman avec les femmes... Elle était ivre morte ?
Luis soupira et le regarda fixement.
- Tu as fini ?
- Oui !
- Tu te plantes sur toute la ligne, Romeo. Disons qu'on avait pas mal picolé et qu'elle était ivre... mais pas au point de se laisser faire totalement.
- Totalement ?
- Elle n'avait plus de volonté, je veux dire.
- C'est vrai ce qu'on dit en tout cas, les femmes savent mieux boire. Si elle a su s'arrêter...
- Tu ne connais pas toute l'histoire. Une fois dans sa chambre, je croyais qu'elle aurait fini par s'affaler, j'ai même essayé de la persuader de s'endormir mais elle a continué en me proposant des choses. Au dernier moment, elle a changé alors que j'arrivais à ressentir quelque chose. Ça m'a fait du bien d'avoir la compagnie d'une femme ce soir-là mais je n'espérais pas finir au lit avec elle, j'ai manqué de chance. Elle a commencé par nous isoler un peu plus loin et à m'emballer comme une folle avant de nous y emmener. Le problème, c'est que Mario est passé à côté de nous et en me voyant résister, il a rigolé et m'a poussé vers elle en m'encourageant. Tu venais justement de repartir et c'est pour ça que j'avais essayé de me calmer.
- Je sais, de vrais adultes en manque ! dit Romero en se rappelant les avoir surpris.
Ce fameux soir, il avait du les séparer lui-même pour rappeler à son lieutenant d'y aller doucement devant la brutalité et la passion de leurs baisers, ils semblaient sur le point de s'envoyer en l'air au dehors alors qu'il y avait du monde.
- Quand tu es parti, elle m'a fichu une main entre les jambes mais elle a senti que je ne bandais pas. J'ai du chercher quelque chose vite et je lui ai dit que j'étais impuissant, ça m'arrangeait de toute façon. Elle m'a dit que ce n'était rien et elle a insisté pour me conduire à sa chambre même si je protestais. Elle disait avoir de quoi me stimuler. J'ai accepté au cas où les choses auraient changé. J'ai fini par me laisser emporter même si je ne sentais toujours pas de plaisir, et pourtant elle m'a fait toutes sortes de choses. Mais elle ne m'en a pas voulu et on a continué à s'amuser. Après, son téléphone a sonné et là...
Son ami paraissant gêné et devenant rouge, Romero s'avança en le voyant regarder autour d'eux.
- Je ne vais pas te juger, fiston.
- D'accord !
En dépit du fait qu'ils étaient seuls, Luis parla à voix plus basse en orientant la tête vers lui.
- Quand elle s'est tournée vers le téléphone, elle s'est mise à plat ventre alors pour passer le temps, je me suis positionné au-dessus d'elle pendant qu'elle parlait. La voir et la sentir comme ça a commencé à me faire du bien, pas complètement mais ça venait. Tu te doutes bien que j'ai l'habitude de faire ça par derrière, moi.
- Je sais, oui.
- Alors j'ai attendu mais après, j'avais envie de me la faire. Je voulais au moins essayer.
- Mais par derrière et elle a refusé, c'est ça ?
Embarrassé, Luis hocha la tête.
- Rien à voir. Après ce coup de fil, elle s'est vite rassise et a voulu qu'on stoppe tout.
Surpris, le chef se montra curieux.
- Pourquoi ? C'était un appel de qui ?
Le regard de Torres devint sérieux lorsqu'il répondit :
- Son petit ami qui annonçait son retour, elle m'a annoncé ça comme ça. Cette femme avait quelqu'un et le fait qu'elle se soit servie de moi comme coup d'un soir... ça m'a rendu dingue alors quand elle m'a dit ça, je l'ai rallongée. Elle s'est débattue mais je n'ai pas voulu m'arrêter, même en sachant que quelqu'un risquait d'arriver. J'ai remarqué que la forcer m'excitait de plus en plus alors j'en ai profité. Elle a osé me...
- Arrête de la considérer comme unique responsable, idiota. Ça ne valait pas le coup de te venger en faisant une chose pareille.
Voyant le plus jeune déglutir sous le dégoût, il poursuivit :
- La violación es una abominación y tú lo sabes, Luis.
- Lo sé.
Parada le prit par le bras et le plaça en face de lui en veillant à maintenir son regard bien haut.
- Regarde-moi dans les yeux, fils. Contrairement aux apparences, toi et moi ne sommes pas des bandits.
Bien qu'il semblait du même avis, Torres chercha à répartir les torts.
- Elle voulait baiser au départ alors c'en n'était pas un pour moi.
L'aîné haussa le ton.
- Même si vous aviez bu tous les deux, c'est... Luis ! À partir du moment où elle t'a dit non, c'en devenait un et tu aurais du t'arrêter. Un homme digne ne boit pas comme tu l'as fait, ne frappe pas les femmes et encore moins ne les viole.
Les lèvres tremblantes, son lieutenant fronça les sourcils.
- Je sais mais j'ai perdu l'esprit, je n'aime pas qu'on me mente.
- Elle est bonne de la part de celui qui me ment constamment depuis que j'ai découvert ton pire secret. Tu passes ton temps à mentir et d'ailleurs, tu es homo alors pourquoi tu l'embrassais ce soir-là ?
Son ami leva les yeux au ciel alors qu'il réitérait cette réponse :
- Pour le plaisir, je ne voulais pas rester seul dans mon coin. Même si je n'aimais pas les femmes, elle me plaisait, elle embrassait bien et j'aimais l'avoir contre moi.
- Étrange pensée venant de toi, mais c'est vrai qu'elle était très belle ! sourit Parada.
- Aussi, comme j'étais seul depuis que Rodrigo était parti... ces sentiments ne faisaient plus partie depuis très longtemps. Je connaissais déjà la réponse mais je voulais savoir si quelque chose aurait pu changer en moi avec le temps, à propos des dames.
Luis se laissa faire lorsqu'en continuant, il vit Romero lui prendre le bras pour regarder certaines cicatrices de plus près.
- Ça me faisait du bien et au moins, je ne m'ennuyais pas... mais sans plus. Même toi, tu avais de la compagnie alors je n'allais pas rester seul à me morfondre pendant que tout le monde s'amusait.
- C'est ça, jusqu'au bouquet final. Vu la façon dont tu l'embrassais, tu te doutais bien qu'elle t'aurait sauté dessus ensuite... n'importe quelle femme ou homme t'en aurait réclamé plus en se faisant bouffer les lèvres comme tu le faisais.
Luis releva les yeux et sourit en rougissant.
- Faut dire que boire m'a aidé. C'est à cause de ce jour-là que je me contente d'une bière de temps en temps. Mais dis-moi, tu ne serais pas légèrement envieux ?
Parada fut surpris que Luis n'évoque ce qu'ils avaient fait tous les deux alors qu'il l'évitait depuis des jours.
- Vas-y, détourne le sujet si ça te chante.
- J'aimais bien cette femme et je ne voulais en aucun cas lui faire du mal. Et puis tu es arrivé pour nous demander d'arrêter, alors après je t'ai imaginé à sa place pendant un moment. Je n'ai pas pu m'en empêcher.
Torres eut un grand rire et le commandant vérifia les alentours.
- Tu étais déjà en train de loucher sur le vieux ?
- Je t'ai dit que je te trouvais attirant. Bon... après Mario est arrivé alors j'ai du sortir de mon petit rêve et c'est là qu'elle m'a entraîné à sa chambre.
- Je te déconseille de dire ça à Nero. Allez, je vais t'aider parce que tu me fais de la peine à tout soulever tout seul.
- Mais je suis assez...
- Tshht ! Ne dis rien.
Parada l'aida à finir le peu de travail qui restait et s'inquiéta que Luis en ait fait autant. Non sans se fatiguer, mais le fait que sa blessure ne se soit pas rouverte relevait du miracle pour lui. En cet instant, il repensa à la dernière confession de son ami et s'en rapprocha.
- Tu l'as revue après ça ?
Son ami eut une mine maussade et lui dit non.
- Je n'ai jamais pu m'excuser parce que je suis reparti tout de suite après, et je me rappelle un peu avoir pleuré quand j'ai refermé la porte. Le lendemain, elle n'y était plus.
- Pas étonnant, c'était juste un petit hôtel pour touristes et vu la taille des chambres, ce n'était pas fait pour y rester. Tu aurais voulu la revoir, hein ?
- Rien que pour lui demander pardon.
Après la confirmation de son ami, il sut que ce sujet devenait trop sensible car ses yeux étaient humides et fuyants. Étant cachés par la camionnette noire, Parada lui posa une douce main sur la nuque et sut que c'était ce dont Luis avait besoin. En effet, ce dernier se jeta dans ses bras pour l'étreindre avec force.
- Pardon d'être ce que je suis, mec.
- Je te botterai le cul autant qu'il le faudra, on n'en parle plus. Au fait, il va falloir qu'on aille faire une virée en ville parce qu'on manque de tout. Les gars sont trop tatoués et ils chercheraient tellement à allumer les premières femmes venues qu'ils ne se couvriraient pas, histoire de faire voir la barbaque. Autant qu'on y aille nous-mêmes.
Luis le regarda sans être sûr que c'était la chose à faire.
- Tu crois que c'est prudent pour nous ? Si on évite de passer trop près des territoires de gangs, je veux bien mais nos visages commencent à être connus chez les flics depuis qu'on a fait foirer leur opération. Je ne voudrai pas que certains la ramènent en nous parlant et grillent notre couverture devant le premier gangster qui passe incognito.
L'aîné n'avait pas réalisé et lui tapota l'épaule.
- Pas faux, mon frère. Il faudra qu'on fasse gaffe, j'ai un lieu en tête qui fera très bien l'affaire. Il est au bout de l'impasse à l'ouest de la rue principale, ils sont en plein déstockage.
- C'est justement le genre de choses qui attire la foule, jefe ! se méfia Torres.
- Comme j'ai dit, on fera gaffe.
ooOOoo
Romero avait dit vrai et son partenaire le constata dans le soulagement le plus total. Les fréquentations du côté ouest de la ville étaient banales, voire inexistantes étant donné les circonstances et ne demandaient semblait-il aucune ronde ou intervention quotidienne de la part de la police. Bien que pousser un caddie dans un rayon alimentaire fit légèrement sourire Torres, qui avait l'impression d'être un enfant faisant les courses avec son père, il n'était pas du tout à l'aise. D'une part à cause des caméras qui avaient toujours une mauvaise influence sur sa capacité à rester impassible, et de l'autre à cause de la foule ou des regards. Même s'ils étaient peu nombreux, Luis se sentait épié de toute part lorsqu'il croisait une personne et se retournait ensuite afin de vérifier si elle était dans son dos à le fixer. Cette très vieille habitude l'avait suivi à la sortie de l'armée et son commandant n'avait jamais rien pu y faire. Il avait tout essayé mais Luis s'était révélé paranoïaque de nature. Ce tempérament leur avait pourtant sauvé la vie maintes fois dans le passé.
Alors que Torres baillait discrètement en fixant la caisse au loin, la voix de son ami attira son attention.
- C'est bon, on a bientôt fini. Il ne manque plus que le stock de bouteilles pour l'autre nuée d'alcoolos. Voyons ça... whisky, tequila et... ah oui au fait, qui est-ce qui boit du rhum chez nous ?
D'un air dédaigneux et peu intéressé en y pensant, Luis souffla :
- Je crois que c'est Lupito.
L'aîné leva les yeux au plafond.
- Je ne comprends même pas comment ils arrivent à assurer sur le terrain en buvant autant, ces types. Ils pourraient se cultiver et faire fumer un peu leurs neurones, mais non... Ah merde ! j'ai failli oublier du gel pour Alberto.
- Pardon ? rit Luis en se tournant vers lui.
Effectivement, le dénommé Alberto se trouvait avoir le crâne rasé mais selon Parada en cet instant, il prévoyait d'y mettre fin.
- Je crois que ce gamin s'est trouvé une copine ! supposa Romero.
- Il y en a au moins un qui sort un peu du tas. Tiens ben je vais aller chercher sa cochonnerie pour les cheveux pendant que tu vas aux bouteilles, tu as plus une tête à boire que moi.
- Fais attention à ce que tu dis, toi ! gronda Parada.
Il donna un coup dans l'épaule de Luis qui rigolait comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps. La remarque ayant énervé Parada, il fut tout de même content de voir son second s'amuser même pour si peu. Luis le regarda longer le rayon apéritif dans lequel ils se trouvaient pour se rendre dans celui désiré, et lui fit demi-tour afin de trouver le bon rayon. N'ayant eu recours qu'à des marchés alimentaires dans son adolescence, il n'avait pratiquement jamais mis les pieds dans des magasins de toute sa vie et il l'avait fait à chaque fois avec son meilleur ami. Il ne s'était donc jamais forcé à retenir les noms de rayons, il aimait en plus parcourir pour tout découvrir comme un enfant. Après avoir trouvé le bon endroit, il prit ce qu'il fallait et se rendit compte qu'il était au fond du magasin. Il passa par un autre rayon en jetant quelques regards aux alentours car ce magasin était moins petit qu'il n'en avait l'air. Il coupa par un rayon "surgelés" proche des bouteilles et alors qu'il se promit d'ignorer la personne qu'il allait croiser et de ne pas se retourner ensuite, les choses ne se passèrent pas comme prévu.
Il ne l'avait même pas regardée, juste vue de côté mais il avait fallu que cette femme ne montre explicitement qui elle était. Pour cela, elle n'avait eu qu'à le fixer froidement lorsqu'il était passé et Torres l'avait su sans avoir posé un œil sur elle. Il s'arrêta, fit volte-face et s'approcha en gardant son calme.
- Un problème ?
Elle siffla avec franchise :
- Peut-être bien !
Luis la regarda en détails : des vêtements usagés sur un corps blanc comme de la craie, crâne à moitié rasé, tatouages divers et enfin une manie de claquer sa bouche en mâchant du chewing-gum. La conscience de Luis lui proposa de s'en aller sagement mais la façon qu'avait cette inconnue de le regarder ne lui plaisait pas et il voulut changer son expression.
- Baisse-moi ces yeux rouges, espèce de droguée.
- Sinon quoi, le Chicano ? Tu vas me cogner ?
"Ce monde n'est fait que pour me mettre à l'épreuve ou quoi ?" pensa t-il suite à cet aspect malveillant que la jeune femme avait révélé par elle-même. Il serra les lèvres et se retint de sortir son arme.
- Non, évitons ça. C'est quoi ton problème ? On dirait que c'est ce que tu cherches.
Toujours en claquant la bouche, elle reprit avec un air supérieur :
- Tous les Mexicains que j'ai pu croiser m'ont toujours regardée de travers, alors je sais à quoi m'en tenir maintenant.
- Ça ne t'est jamais venu à l'esprit que ça pouvait être ta croix nazie qu'ils fixent ? Il faut les comprendre, tu crois avoir l'air de quoi avec ça ? Il faut vivre avec ton temps, ce lâche que tu idolâtres a claqué il y a un bail et il a osé se cacher pour ça, alors grandis un peu.
Alors que lui était fier d'avoir fait preuve de retenue, l'aryenne se moqua et manifesta son envie de lui cracher son chewing-gum au visage.
- Ramène tes leçons de savoir-vivre dans ton pays, Escobar.
- Comment tu viens de m'appeler ?
Le regard soudainement noirci, Torres la poussa vivement par les épaules contre un des congélateurs.
- Il existe bon nombre de pays dans ce monde où l'on parle espagnol, alors ne prétends pas savoir d'où je viens.
Il analysa sa façon de se comporter face à ses menaces et explicita sa promptitude à se venger, voyant qu'elle en doutait en affichant un sourire narquois.
- Très bien, si tu insistes... Il m'arrive de m'en prendre aux femmes, vu que c'est ce que tu veux. Mais c'est d'une façon bien à moi qui te calmerait à la première seconde.
Cette fois, il s'avança au maximum pour l'empêcher de faire tout mouvement, y compris au niveau du bassin alors qu'il plongeait méchamment dans son regard.
- Je manque peut-être de dignité mais j'avoue que me taper de l'aryenne serait trop dégueulasse à mon goût, alors ne me force pas.
Il ricana en voyant la réaction provoquée chez elle lorsqu'il plaqua entièrement son bas-ventre au sien.
- Tu sais, je n'en ai rien à faire que tu n'aimes pas les gens de couleur et je t'avoue moi-même que je ne suis pas né ici. Mais tu ne sais pas de quel pays je viens alors...
Il lui saisit durement le visage au point de l'entendre gémir de colère contre le meuble froid.
- ... je te conseille de ne pas me provoquer parce que tu ne sais pas de quoi je suis capable.
Il fut attiré en arrière au moment où il levait la main.
- Tu peux me dire ce que tu fais ?
En les voyant, Parada avait foncé sans prendre le temps d'examiner le tableau. Luis se dégagea sans la quitter des yeux avant de se défendre.
- Cette femme m'a insulté et j'ai voulu la rembarrer comme elle l'a mérité, pas la peine de me remonter les bretelles.
Bien qu'il en douta, Romero jeta un œil à celle qui aurait été susceptible de faire sortir Torres de ses gonds au beau milieu d'un magasin. Se remémorant le fait que c'était Luis lui-même qui avait tenté de le dissuader de se montrer en public, il nota quelque chose de malsain dans la façon dont cette femme le regardait. La brune tatouée et immature au crâne souillé se moqua haut et fort en lui faisant un doigt d'honneur. Face à une conduite de ce genre, Parada eut presque envie de lui baisser son pantalon pour la punir comme une enfant.
- Pathétique, ma pauvre. Laisse tomber, Luis, les racistes ne manquent pas ici et on ne peut pas se permettre de dégommer des civils à tour de bras. On n'a pas que ça à faire, bougeons de là.
Il tapa sur la poitrine de son collègue pour le motiver mais dut insister en le voyant rester sur place. L'inconnue le provoquait ouvertement du regard. Il entraîna difficilement son collègue dans la direction opposée pour éviter d'en arriver au même point que lui.
- Métèques sans couilles.
Cette fois, il stoppa sa démarche et grogna mentalement devant une telle intolérance. "Le dos tourné en plus, quelle lâcheté !" pensa t-il. Ce langage ne lui avait pas plu du tout et il vit son ami lui sourire avant de murmurer :
- Je te l'avais bien dit.
Son chef capitula et hocha la tête, acceptant de le laisser remettre cette femme à sa place à condition de rester correct et de faire vite. Son lieutenant fit volontiers demi-tour et se rapprocha doucement en caressant son couteau pendant que Romero sortait du magasin. Tout à coup moins à l'aise, la tatouée se demanda quelle était la raison de son départ alors que l'autre homme faisait l'inverse. Allait-il laisser son ami la poignarder en plein milieu d'un magasin ? En tout cas, elle regretta ses mots de travers, cela ne fit aucun doute. Luis agita la lame une nouvelle fois devant son visage et s'approcha très près jusqu'à sentir sa respiration. "Si j'étais vulgaire, je t'aurai déjà craché au visage" pensa t-il. Il murmura en savourant sa grimace de dégoût :
- Si tu ouvres encore la bouche pour nous parler comme ça avant que j'ai atteint cette putain de porte, je te traîne dans un coin et je te la mets dans le cul. Quant à cette belle croix gammée entre tes nibards, je te la repasse au couteau. On est d'accord ?
Pour accentuer sa menace, il sourit et dégagea son manteau noir pour laisser entrevoir la poche renfermant l'arme blanche, avant qu'une voix ne s'élève au loin. Il entendit Romeo l'appeler à plusieurs reprises mais ne répondit pas, continuant de savourer la peur sur le visage de celle qu'il attaquait. Elle commençait enfin à baisser les yeux lorsqu'une voix retentit derrière Torres, une voix qui l'avertissait :
- Hum ! hum !
Au tour de Luis de baisser la tête avant de se tourner face à son amant, qui avait apparemment décidé de fréquenter cet endroit le même jour qu'eux. Luis prit un ton immature et balança comme un enfant pris en faute :
- Salut bébé, content de te voir.
La jeune femme les regarda puis fusilla le Mexicain du regard.
- T'es de la jaquette... pas étonnant que tu me menaçais de me la fourrer dans le cul.
Outré, Nero regarda Luis qui se tourna pour fixer son chef plus loin en chuchotant, tout en sachant qu'il ne l'entendrait pas :
- Romeo, j'ai besoin d'aide...
- Luis, nom d'un chien !
Nero lui attrapa le bras et le conduisit à l'entrée du magasin, Parada les suivant au passage tout en défendant son partenaire par rapport aux conditions. Pourtant, Padilla resta sur son avis :
- Ce n'est pas une raison pour menacer quelqu'un dans un magasin, vous êtes supposés être discrets.
- Nero, cette facho nous a insultés tous les deux et je ne suis pas du genre à me laisser faire. S'il la menacée, c'est de ma faute parce que je l'y ai autorisé.
- Je n'aurai rien fait, j'ai juste parlé.
Celui-ci ne sembla pas le croire, pas très étonnant.
- De là à employer des menaces de viol... c'est toujours à prendre au sérieux venant de toi, monsieur Torres. Tu serais passé à l'action, je te connais assez là-dessus depuis le temps.
Pendant que le concerné haussait les sourcils face à cette appellation, Romero soupira et se tourna rapidement vers lui avant de soupirer :
- Je t'ai autorisé à lui renvoyer la balle et non la bite. Arrête de rire, tu n'aurais pas pu utiliser ton couteau ? Tu es vraiment anormal.
Sans autre forme de procès, Luis serra le poing et se retint de s'emporter devant leurs reproches combinés.
- Au milieu du magasin, j'aurai fini par alerter la sécurité mais je lui ai quand même fait voir. Jusqu'à preuve du contraire, on est censés être discrets et elle a arrêté de nous cracher dessus.
- Pas étonnant vu ce que tu lui as balancé ! justifia Nero.
Son amant reprit son calme mais grogna :
- Ce n'est pas toi qu'elle a traité de "Métèque".
- Si j'avais été là, elle l'aurait fait mais je n'aurai pas agi comme un pervers pour autant.
- Un vrai petit saint, je ne te mérite pas ! cingla son amant.
Parada se renseigna tout de même :
- Qu'est-ce qu'il lui a dit ?
- Ah tu oublies, ne t'y mets pas non plus.
- Au point où j'en suis avec toi, je peux tout entendre.
- Il l'a tout bêtement menacée de la prendre par derrière, et encore... il a sûrement été moins galant au niveau du vocabulaire.
- Nero !
- Torres...
Cette fois, le plus jeune s'énerva pour de bon.
- Tu m'as laissé faire, Romeo. Vous commencez tous les deux à m'emmerder, il m'arrive de parfaitement rester calme et c'est ce que j'ai fait avec cette femme.
- Ça n'aurait peut-être pas été le cas si on avait été dans un endroit vide ou si tu avais été seul avec elle.
- C'est vrai, Luis. Tu te maîtrises tellement sur le terrain qu'en privé, tu laisses tout sortir.
- Je ne savais pas quoi faire d'autre. J'ai peut-être été vulgaire mais on appelle ça des paroles en l'air et de la part d'un "Métèque", cette pétasse peut s'estimer heureuse d'être encore vivante. C'est pas vrai...
Il s'éloigna d'eux rapidement et traversa le parking en ignorant leurs rappels. Parada empêcha Nero de le suivre tout en se demandant quelle aurait été sa solution s'il avait été à la place de son ami face à cette femme.
- Laisse, pour une fois qu'il montera de lui-même dans une voiture...
En effet, Torres haïssait les lieux confinés y compris les moyens de transport, bien qu'il se forçait toujours lorsque son ami était avec lui.
Les aînés débattirent sur le problème le temps qu'il ne se calme et au moment où Nero raccompagna Parada vers sa voiture, ils s'alarmèrent en constatant que Luis n'y était pas. Leur voiture étant au bout, elle n'était pas visible depuis l'entrée car Parada la gardait éloignée des caméras. L'agent fédéral avait marché en direction de la ville et d'une humeur pareille, il suffirait que quelqu'un le provoque inconsciemment pour qu'il sorte de ses gonds et qu'une bagarre ne s'ensuive. Ils le recherchèrent par le biais de leurs téléphones, longeant l'impasse tout en marchant très vite. Luis ne répondait pas mais au moins, s'ils s'en approchaient, ils entendraient sa sonnerie. L'homme avait toujours un téléphone que son aîné lui confiait au cas où ils seraient dans l'obligation de se séparer.
De son côté, Luis s'était réfugié dans un parking souterrain situé au bout de la rue et dans lequel deux voitures se trouvaient. Leur usure ainsi que le vide de ce lieu confirmaient la fermeture prochaine du seul commerce de cette rue déjà calme. Devant sa façon colérique de poser les pieds au sol en tournant autour d'un pilier, il eut un flash soudain et se rendit compte à quel point il était devenu dangereux pour lui de juste croiser une femme. Pas seulement une femme d'ailleurs, il repensa au fait qu'il avait failli abuser de Lorenzo dans les toilettes. Mais dans ce magasin... une provocation minime et il était devenu ignoble verbalement. "Je peux m'estimer heureux qu'on ait été dans un lieu public parce que Nero dit vrai, elle y serait passée. Ils ont raison, je suis responsable, c'est devenu une arme pour moi. Tout est de ma faute, mais est-ce que c'est vraiment de ma faute si je ne suis qu'une tante qui ne s'assume pas ?" pensa t-il. Abattu, Torres se laissa tomber contre le pilier et pensa aux rares fois où il avait fait quelque chose de bien.
Non loin, les siens s'approchaient sans le savoir et avaient pris le temps de parler de lui.
- Tu sais que quand on est tous les deux, ton copain peut être un véritable pleurnichard ? Dans le bon sens du terme, bien sûr !
Nero sourit en imaginant le pire caractère de son amant transformé en une immaturité inoffensive et enfantine, répercussion de la jeunesse qu'il n'avait pas eue.
- Il peut l'être aussi avec moi. J'imagine qu'il me dit des choses différentes, mais il lui arrive d'être si gentil que ça en fait la huitième merveille du monde pour moi. Dans ces moments, il est tellement innocent qu'on ne lui reconnaîtrait aucune violence.
L'autre homme partagea son avis.
- Moi aussi, j'aime quand il est comme ça parce qu'il exprime ce qu'il ressent. Si ce n'est pas bourré de gamineries, c'est dans la violence selon son humeur et ça lui vaut de retourner entièrement la baraque mais c'est mieux que rien. Il n'est pas inconscient en dehors, il reste froid devant les autres. Mais il a raison en disant que c'est de ma faute. Je l'ai laissé retourner la voir alors que je sais comment il est avec les femmes ! avoua Romero.
- De toute façon, comment savoir s'il l'aurait fait ou non ? C'est Luis, il est si versatile...
- Tu m'enlèves le mot de la bouche. En attendant, on a encore fait une connerie vu qu'il est reparti tout seul et elle n'en a pas l'air, mais cette impasse est interminable. Qué mierda !
Pendant qu'il regardait les habitations de son œil vif, l'aîné plaisanta sur le fait qu'ils auraient fait de très mauvais parents s'il avait été leur fils. Ils décidèrent de se séparer pour couvrir les deux rues, Parada faisant le tour des habitations afin d'examiner l'arrière qui pourrait cacher un éventuel chemin. Haussant les sourcils tout en pointant du doigt sa dernière chance, Nero composa le numéro de son amant et regarda l'entrée du parking après avoir entendu une réponse au loin sur le portable du fédéral. Il ne fut pas étonné que ce dernier ne décroche pas et décida d'entrer discrètement. Il n'avait pas envie de le surprendre mais une arrivée rapide aurait davantage mis son amant sur ses gardes. Il finit par descendre dans cet endroit trop clair pour un parking souterrain : la pente était courte mais l'entrée faisait face au soleil. Petit par sa taille, il servait probablement pour les personnes travaillant dans le magasin car les habitants avaient leurs propres allées. Il fut soulagé de voir enfin celui qu'il aimait, mais il sut par ce qu'il entendit que ce dernier avait perdu le seul sourire qu'il avait pu entrapercevoir dans le magasin.
- ... tout ça parce que j'en ai marre d'être ce que je suis.
Nero, qui avait voulu s'annoncer à cet instant, s'arrêta en se demandant si Luis l'avait remarqué ou s'il se parlait à lui-même.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda t-il avec calme.
Torres se releva en sursautant, les yeux inondés et rouges comme s'il avait pleuré durant des heures. Il commença à s'agiter en voyant que Nero l'approchait et celui-ci dut stopper ses pas.
- Que penses-tu être qui vaille la peine de te mettre dans cet état ? Regarde-moi et parle.
À sa grande surprise, ce dernier ne lui imposa aucun silence et répondit d'une traite :
- Quelqu'un à qui on ne peut pas parler et qu'on ne peut pas approcher. Un homme qui fait un métier dangereux dans lequel il a chaque jour peur de perdre son meilleur ami, un homme qui viole des femmes alors qu'il est incapable d'expliquer pourquoi... ET UN ENFOIRÉ QUI EST INCAPABLE DE DIRE À SON HOMME QU'IL L'AIME PARCE QU'IL A PEUR DE LE PERDRE UN JOUR... et de se retrouver encore seul. Nero, je...
Frappé par les mots plus que par les cris, le maque s'était passé une main devant la bouche tout le long de sa plainte.
- Arrête un peu, on dirait que tu ne vois que le mal en toi.
- Parce que c'est ce que je suis.
Son compagnon hurla de rage, se tourna pour frapper dans le rétroviseur de la voiture à côté et se blessa à la main. Le maque se trouva pantois de le voir s'enfoncer et leva les bras pour le faire cesser avant qu'il n'explose la voiture dans sa totalité.
- Viens là maintenant. Tu as à peine fait retirer tes fils que tu t'ouvres la main.
Préférant agir, il lui stabilisa les épaules et le ventre par derrière et le serra fort contre lui tout en se faisant violence pour ne pas craquer lui-même. Il savait que son amant ne maîtrisait jamais ses émotions lorsqu'il était question d'amour et de son homosexualité, il craquait d'une manière qui était rarement sans conséquence pour lui comme pour son entourage. Il le sentit s'écrouler sous ses jambes fragilisées par la souffrance morale et le suivit dans son mouvement pour rester contre lui, le faisant s'asseoir devant lui. Tremblant contre son corps, Luis ne lui lâchait plus les mains et se sentit dans l'incapacité de calmer son mal de tête naissant. Il savourait la présence de Nero mais estimait ne pas avoir de courage avec lui. En dépit de son côté secret sur leur relation, Nero ne sembla nullement le lui reprocher et lui souffla dans le cou :
- Ne dis plus rien, Luis. Je sais ce que tu ressens pour moi alors tu n'as pas à me le dire, il n'y aura jamais de honte à ressentir de la peur. On est là toi et moi et c'est tout ce qui compte. Tu n'es pas un homme mauvais, ce n'est que l'apparence que te donne ton boulot. Tu es juste un dur à cuir qui a du mal à trouver l'équilibre entre sa famille et son travail.
Il ne parvint pas à apaiser ce flot de larmes, alors il le laissa passer en attendant que son amant ne s'arrête lui-même. Ce ne fut qu'au terme de quatre longues minutes de caresses et de larmes que l'agent respira enfin différemment, sa tête brûlante sur le point d'exploser. Padilla le laissa respirer et récupérer le temps que sa voix ne soit plus troublée par ses pleurs. Pourtant, le plus jeune sembla avoir des choses à dire puisqu'il n'attendit pas aussi longtemps.
- Je crois que c'est parce que le sexe est la seule activité dans laquelle je suis le dominant que je menace les gens de cette manière. Alors quand une personne me manque de respect ou me contrarie, je... je ne suis pas sûr, comme si je ne me connaissais pas moi-même.
Nero le tourna sur le côté afin de mieux le placer contre lui et entremêla leurs jambes avant de l'embrasser tendrement.
- Tu souffres d'un complexe d'infériorité que tu compenses par la violence, c'est comme ça que je le vois et ta théorie tient debout. Je penses aussi que tu fais du mal aux femmes parce que tu t'en veux de ne rien ressentir pour elles, tu n'assumes pas entièrement le fait d'être homosexuel mais tu te venges sur elles. Tu sais que c'est un bon début d'en parler.
- Je ne t'ai pas tout dit sur mon père.
La famille revenant au galop après un tel moment, Nero cessa tout mouvement et sentit son amant le serrer de plus en plus fort. Il appréhenda une rechute et lui caressa le cou.
- Il... ne pas seulement mis par terre ce jour-là.
- Ce jour où il t'a roué de coups, oui, ton pote m'en a parlé quand il m'a révélé tes petites habitudes.
- Sauf qu'il ne s'est pas arrêté là.
Après avoir été pris d'une quinte de toux, Luis sembla faire la pause la plus longue de sa vie et Nero devint si nerveux qu'il en trembla, priant pour que Luis termine ou ne change de sujet au plus vite. Mais si le pire devait sortir, il fallait qu'il sorte et il l'y poussa.
- Dis-moi tout. Ne crains rien, il n'y a que moi alors n'hésite pas à prendre tout ton temps. Par contre, tu commences à me faire mal.
- Pardon ! J'ai dit que j'étais resté par terre sans pouvoir me relever... ce n'était pas juste à cause des coups. Il m'a traité d'arriéré et de sale pédale...
- Luis, ne répète pas ses mots. Tu es un être humain et ce monstre ne mérite pas que tu ressortes ses paroles.
- Après m'avoir insulté, il est parti dans la grange, je crachais mon sang et je l'ai vu revenir. Il avait sa fourche dans les mains et a commencé à me battre avec les pics, même sur la tête.
Écœuré au fil des mots et ne tenant plus, Nero sentit une longue larme couler avant de se perdre dans sa barbe fine.
- Il a baissé mon pantalon, après il a retourné la fourche et...
- Seigneur !
Nero avait deviné la suite tout seul puis laissa exploser une extrême affliction dans le cou du Mexicain, ravagé par cette désolation apportée par sa famille. Il ne put rester de glace en imaginant une telle ignominie et laissa partir ses larmes. Luis parut les déceler car il se laissa à nouveau aller, aidé par sa présence. Jamais Nero ne l'avait serré aussi fort contre lui et il profita de ce moment difficile pour signaler par message abrégé leur présence au parking à Parada. Il lui demanda de rester discret au moment où il s'approcherait, ce que fit ce dernier après être arrivé huit minutes plus tard, tout en évitant la moindre question. "Qu'est-ce qu'il s'est encore passé ? On n'est vraiment pas des gens normaux quand je nous regarde" pensa t-il. Luis eut du mal à le regarder dans les yeux en entendant sa voix. Il les encouragea à se relever et le plus jeune mit plus de temps à y parvenir par sa seule volonté, titubant en plus la première fois. Le visage blasé, il veilla à se durcir le regard comme il en avait pris l'habitude pour masquer ce qu'il ressentait et ne prononça plus le moindre mot en retournant à leur véhicule.
Déplorant de voir Luis pratiquement endormi sur le siège passager, il soupira de chagrin.
- Ça m'énerve de le voir repartir comme ça.
Fermant la porte de son collègue, Parada esquissa un sourire et lui tapota l'épaule.
- Nero, tout ira comme sur des roulettes alors ne panique pas. J'ai eu des masses de problèmes avec ton mec. Son état a du lui donner une migraine et rien de plus.
"Oh non !" pensa Nero avant de mentir :
- Oui, sûrement.
Puis il demanda en s'éloignant de quelques pas pour ne pas être entendu par le concerné :
- Dis-moi... tu sais où vivent ses parents ?
Plus qu'étonné par sa question bien que comprenant son recul soudain, Parada vérifia que son ami se reposait et s'éloigna également.
- Oui, mais Lou ne sait pas que je le sais. Nos supérieurs le savent aussi mais Luis n'avait pas de casier judiciaire, donc il était irréprochable pour eux et facile à enrôler. Il y a juste eu un temps où ils se sont posés des questions à cause de ses cicatrices mais si tu veux des renseignements personnels sur ses vieux, tu n'obtiendras rien de mes chefs et je suis même sûr qu'ils ne s'en préoccupent pas. Le passé de mon ami ne les intéresse plus maintenant qu'il a prouvé sa valeur. Pourquoi ?
- Pourquoi ? Parce que j'ai l'intention de leur rendre une visite non amicale.
Devant l'agressivité du ton associée à ses mots, Romero plissa les yeux.
- Nero, qu'est-ce que tu vas faire ?
- Ce que j'aurai du faire il y a longtemps, je vais me rendre au Mexique et faire la lumière sur tout.
Alors en plein réflexion, l'aîné se couvrit la bouche et tous deux entendirent un bruit dans la voiture qui les força à se tourner. Luis remuait car sa claustrophobie le privait de contrôle dans un endroit si exigu s'il n'avait pas son ami près de lui, ou de quoi s'évader mentalement. Abrégeant la conversation avant qu'il ne sorte du véhicule, Parada reprit son air grave et soutint Nero.
- Par message, dis-moi où et quand je te retrouve. Je ferai en sorte d'éviter qu'il ne me suive, je lui donnerai de quoi s'occuper mais je viens aussi.
- Entendu.
Nero lui offrit une poignée de main chaleureusement accueillie même si l'émotion n'y était pas, ouvrit la porte pour embrasser son amant et ils n'eurent plus qu'à se quitter jusqu'au jour J car chacun avait beaucoup de travail, que ce fut à préparer ou à rattraper. Une réunion avec les Sons et les Chinois pour le cartel n'attendrait pas, et la surveillance des clients trop collants envers les escortes se faisait urgente pour Nero car son métier n'était guère une sinécure.
Chacun resta de son côté bien que Nero demanda tout de même des nouvelles à Parada pour être sûr que son petit ami allait bien. Luis, à de multiples reprises dans les jours qui suivirent, parla d'aller le voir et par crainte qu'il ne s'exécute alors que Nero venait de lui proposer le lendemain en tant que date par message, Romero fit ce qu'il fallait pour l'en dissuader. Nero supervisant le tournage d'un site pornographique pendant quelques jours fut sa seule trouvaille mais elle fonctionna à merveille et Luis abandonna. Il sut donc qu'il serait en mesure de faire ce qu'il avait prévu, et finalisa les détails avec Nero.
à suivre...
