Luis se lassait des messes basses entre son amant et son commandant. Tous deux se mettaient à l'écart pour discuter dès qu'il s'occupait, puis ils changeaient de sujet à son retour, il le sentait à cause du changement de ton et de leurs regards fuyants. Il était également certain d'être le centre des textos trop fréquents que chacun envoyait en sa présence lorsque le second était absent, des messages auxquels il se privait l'accès alors qu'aucun des deux hommes ne lui donnait de détails. Il se retenait de fouiller leurs téléphones par simple politesse mais se doutait qu'ils étaient de toute façon supprimés à chaque fin de conversation. Il décida de se rendre seul à Diosa où il voulait passer du temps avec Nero, mais surtout lui parler de ce comportement trop secret qui ne passait pourtant pas inaperçu.
Il avait pensé à tout en chemin et bien que son cerveau s'était torturé pour rien à chercher des réponses, il gara la voiture de Romero derrière le bâtiment où Nero avait deux places privées et où le bâtiment voisin adjacent formait un angle protecteur pour les véhicules en ne laissant que la petite allée comme accès. L'homme se regarda dans le rétroviseur et après un instant de réflexion, il sortit calmement en optant pour la douceur lors de l'interrogatoire qui allait suivre. Poser des questions à Nero était un passe-temps que Luis adorait et pour cause : en dehors de ses propres problèmes, toute question concernant un sujet ordinaire enchantait toujours Nero, entraînant chez lui des sourires et mimiques de réflexion qui charmaient complètement Luis. Il adorait le regarder réfléchir et fermer la bouche lorsqu'il ne savait pas quoi répondre, pour le prendre par surprise en l'embrassant ensuite. "De toute façon, je ne veux pas tout foutre en l'air. Je veux juste le voir sourire et lui montrer que je sais parler de sujets sensibles sans m'énerver. C'est peut-être un test de leur part pour mettre ma patience à l'épreuve... " pensa t-il au fil de ses pas.
Luis entra dans le hall d'entrée mais sans y apercevoir le proxénète, il interrogea la jeune femme qui faisait office de secrétaire et qui confirma pourtant la présence du patron. Elle lui conseilla le bureau ou la cuisine car Nero avait reçu un appel il y a peu de temps. Après l'avoir remerciée, Luis se dirigea vers la cuisine sans précipitation, il savait que c'était la pièce la plus fréquemment occupée lorsque Nero avait une discussion privée avec son gang ou les Sons. Il ne restait jamais dans son bureau, hors de vue de toute activité et exposant ses employées au danger du violeur qui rôdait. Torres ne voulait pas le déranger mais juste lui signaler qu'il était là et l'attendrait dehors s'il le fallait, pour rester hors de ses affaires. Il parvint à la cuisine et le trouva... mais à un moment qui ne sembla pas être adéquat. Le dos tourné, Nero paraissait mettre de l'ordre sans réel but dans cette pièce toujours clean, et il y avait une autre personne, un jeune homme. Quant à la présence de cet inconnu, elle semblait peu désirée. Nero commença à repousser la main que l'homme posait sur sa poitrine pour la caresser en murmurant. Son calme acquis depuis ces dernières minutes vola en éclat et après le refus verbal que son amant avait envoyé au jeune, Luis toussa afin de se faire entendre. Lorsqu'ils se retournèrent, seul Padilla parut inquiet lorsque Luis jaugea l'autre homme. Des cheveux courts, châtains et ondulés, il portait un marcel noir offrant une vue immanquable sur des muscles bien forgés et recouverts de tatouages tribaux. "Un visage doux et un air sensible... tu dois bien l'intéresser, mon joli. On est bien différents, toi et moi" pensa Torres, ivre de colère.
- Luis ! appela Nero.
S'extirpant de ses pensées vindicatives très reflétées par son regard, l'agent siffla sans quitter le jeune des yeux :
- Qui est-ce ?
- Un habitué de la maison.
- Pas que de la maison, on dirait.
- C'est un client.
L'expression du troisième frôla la tristesse et bien qu'il s'interrogea sur la colère de Torres, il se tourna à nouveau vers Nero en posant une fois de plus la main sur son bras. Comme ce dernier n'avait pas répondu tant il était gêné et surpris, Luis s'emballa davantage quand la main de l'inconnu se posa au niveau de sa ceinture, par simple réflexe en laissant glisser son bras.
- Non, ça suffit Wa...
- Ôtez vos mains de là, vous ! coupa Torres.
Sa réaction sulfureuse ne se fit pas attendre et il explosa sans que Nero n'ait eu le temps de refuser le contact, davantage agacé par le silence dont faisait preuve l'intrus depuis le début. Il contourna la table et s'approcha dangereusement de celui dont le visage courait le risque de changer de couleur d'une seconde à l'autre. Heureusement pour lui, Nero avait pu anticiper cette furie malgré sa réaction tardive. Il se déplaça rapidement et fit barrage à son amant avant qu'il ne percute le troisième. De plus petite taille mais autant musclé que son amant, Luis se douta que Nero ne le laisserait pas user de violence sur l'autre homme et veilla à ne plus bouger. Les yeux toujours méchamment pointés sur celui qui se trouvait "sur son chemin", il demanda d'un ton trop calme pour être rassurant :
- Warren, je me trompe ? Vous allez déguerpir d'ici et vite.
- On se connaît ?
Intérieurement étonné que sa voix douce ne contraste tant avec son physique, Torres resta sur l'essentiel.
- Non et vous n'aimeriez pas, croyez-moi.
- On parle tranquillement, vous savez !
L'agent souffla en fermant les yeux, puis serra les poings lorsqu'il les rouvrit.
- Il me semble vous avoir poliment demandé de partir.
Enfin, Nero se décida à intervenir autrement que par sa barrière physique.
- Luis, je peux régler ça moi-même.
- Fais-le partir, Nero.
Padilla, sidéré de le voir oser lui donner un ordre chez lui, posa sa main sur le bord de la table et recula d'un pas pour le regarder dans les yeux.
- Tu peux me dire ce qu'il t'arrive ?
Warren insista derrière en le suppliant presque de le laisser parler à Nero, il s'accrochait à Padilla comme si ça vie en dépendait. Évidemment, il n'avait aucune idée de la bêtise qu'il était en train de commettre et Torres se sentit perdre patience même s'il resta bouche bée devant le cran de l'autre homme.
- Je n'en ai pas pour longtemps, j'ai juste une chose à lui demander.
Luis s'opposa encore.
- Ce sera inutile.
Seul Nero resta stoïque tout en gardant chaque partie éloignée de l'autre.
- Warren, on en a déjà parlé.
"Tiens donc, alors ce gars te tourne autour depuis longtemps !" pensa le fédéral.
- Je vous en prie, Nero, ça vous coûte quoi d'essayer ? C'est la différence d'âge qui vous en empêche ?
Pris d'un rire nerveux incontrôlé, Luis se força à rester à sa place.
- Je crois que vous avez mal compris. Fichez le camp ou je vais vous le demander moins gentiment.
Pour le prouver, il sortit son arme blanche de sa poche arrière. Décidé à se montrer protecteur envers le client en danger, Nero soupira, blasé de voir son amant choisir la manière forte pour tout et contre tout le monde.
- Luis ! Tu n'as pas intérêt à foutre la merde chez moi.
Warren n'avait pas l'air de vouloir causer d'ennuis mais il s'accrocha. Le maque constata que Janice avait raison lorsqu'elle prétendait que le garçon était amoureux du patron des lieux.
- On partage quelque chose lui et moi, j'en suis sûr.
Consterné, Luis menaça :
- Tu parierais ta vie là-dessus ?
Nero tendit une main vers lui et réitéra son ordre de le laisser régler ça.
- Pourquoi il réagit comme ça ?
- PARCE QUE C'EST MON MEC QUE TU DRAGUES.
- Je t'ai dit que je pouvais régler ça alors ne hurle pas ou tu vas attirer tout le monde ! l'avertit Nero en regardant derrière lui.
- Tu comprends maintenant ? continua le Mexicain.
Nero se tourna de nouveau vers le jeune éploré, encore plus frappé par son aveu.
- Warren ! Même si tu es majeur, tu restes trop jeune pour moi et j'aime déjà quelqu'un, je te l'ai dit. Comme tu peux le voir par toi-même, ce n'est pas quelqu'un avec qui on peut s'expliquer calmement.
Nero conclut sa phrase par un regard légèrement réprobateur vers son amant qui le lui renvoya sans regret, ne sachant contenir son impatience. Sauf que l'amour que lui portait Warren semblait autant désespéré que sincère. Pour preuve, il ignorait royalement la jalousie manifestée par celui qui les avait interrompus.
- Vous n'êtes pas obligé de m'éviter comme ça, on peut juste faire un essai... je vous aime.
Alors que Nero ferma les yeux pour exprimer son malaise, Luis ne montra aucune compassion pour les sentiments du jeune homme et perdit son sang froid en levant les yeux au plafond.
- Je vais te briser le cou, putain !
Nero dégagea rapidement Warren pour se mettre entre lui et le Mexicain lorsque celui-ci se précipita. Il commença à injurier le jeune garçon pris de peur en exigeant son départ, obligeant Nero à se montrer moins conciliant. Encore canalisé alors que son amant le fusillait du regard, Luis vit le jeune baisser les yeux et se diriger en pleurant vers la sortie. Révolté, le maque lâcha Torres et le poussa durement.
- Tu peux vraiment être insensible quand tu t'y mets.
- Tu ne l'as pas franchement repoussé d'après ce que j'ai pu voir. Tu avais l'intention de lui dire que j'étais ton mec ou tu voulais le voir mourir ?
- C'est tout ce qui te vient à l'esprit, la mort... hein ? Warren est un être humain avec des sentiments, je n'allais pas lui cracher au visage et au cas où tu ne l'aurais pas imprimé, ça fait plusieurs fois que je le repousse.
Entêté, Torres chercha toute excuse pouvant lui donner raison.
- Pas assez fort puisqu'il s'accroche.
- Il a vingt-neuf ans et ce n'est qu'un môme pour moi, il pourrait être mon fils. Tu es vraiment un monstre si tu t'attends à ce que je lève la main sur lui pour lui dire "non".
Il n'eut droit qu'à de la mauvaise foi et plus de méchanceté.
- Tu veux peut-être que je le fasse pour toi ?
Luis connaissait parfaitement la réponse à laquelle il aurait eu droit, raison pour laquelle il encaissa le silence de Nero avant de nourrir davantage sa jalousie.
- À moins que ça ne te plaise qu'il te traîne dans les pattes en te touchant...
Nero croisa les bas.
- Tu sais quoi ? Tu m'emmerdes alors si tu cherches à rejeter ta mauvaise humeur sur quelqu'un ou même chercher un responsable, va voir ailleurs. Hé ! Putain de merde, Luis !
Nero avait juré au moment où Luis l'avait projeté en arrière, contre l'évier. Hésitant à répliquer avec ses poings sachant comment cela finirait, il passa un court instant à se demander si Torres était venu pour se disputer avec lui, Warren ayant dans ce cas été une occasion à ne pas manquer. Luis lui attrapa brusquement une cuisse après l'autre pour lui faire perdre l'équilibre. Sur le coup, Nero ne sut réellement s'il s'était ou non laissé faire car il savait être bien plus fort que l'agent, mais son refus de vouloir le blesser en toute circonstance le perdait. Il se retrouva assis et plaqué de force contre le meuble de l'évier avec un amant qui se plaça à califourchon sur lui loin de toute bonne intention.
- Tu as l'intention de faire quoi ? Me casser la gueule ? Ton silence m'emmerde quand tu n'as pas le dernier mot alors si tu pouvais me répondre...
Rejetant l'idée de porter la main sur lui, Torres ne put s'empêcher de l'allonger pour lui montrer qu'il ne voulait plus aucune provocation de sa part. Mais alors qu'il allait le lui faire comprendre du regard, il sentit une présence contre son dos. Une main se posa durement sur sa nuque et une lame sur sa gorge, froide et tremblante à l'idée d'être utilisée car le jeune semblait plutôt pacifiste. Dans un élan de courage mais entêté, Warren était revenu. Il avait attrapé un couteau de chef qui était rangé dans son bloc pour aider celui qu'il pensait être en danger. Luis se figea sous ce contact et ferma les yeux mais même s'il fronçait les sourcils en s'énervant, Nero eut beaucoup plus peur que lui.
- Ne fais surtout pas ça, je sais le gérer ! dit Nero en apercevant le visage derrière.
D'un rire nerveux en rouvrant les yeux, Torres garda la tête immobile puis tourna légèrement les yeux sur le côté.
- C'est encore toi, hein ? Tu vas me payer cette lame.
Inutile pour lui de faire un mouvement pour que Nero n'y perçoive une menace envers le jeune client. Ses lèvres tremblèrent au point qu'il se les mordit et Nero sentit que ses battements de cœur s'étaient accélérés en posant la main sur sa poitrine.
- Luis, regarde-moi et on va parler tranquillement.
- Cette fois mon garçon, tu es mort.
- Warren, dégage-moi ce couteau de lui tout de suite et toi s'il te plaît, regarde devant toi ! pesta Nero.
Malgré ses demandes, Torres demeura imperturbable et focalisé sur le plus jeune. Nero agrippa son manteau noir lorsqu'il voulut se remettre debout pour une raison hypothétiquement cruelle, et ce malgré la lame menaçant encore sa chair. Le maintenant fermement contre lui, il persuada enfin Warren de dégager le couteau de peur de voir son compagnon saigner mais n'eut d'autre choix que de le repousser une fois de plus après ça. Certes son intervention avait peut-être calmé Luis s'il allait s'énerver sur Nero, mais pas contre lui.
- Warren, tu devrais t'en aller.
- Mais et vous ? Nero, je ne peux pas vous...
- Fais ce que je te dis, il ne me fera pas de mal. Écoute, je te remercie d'avoir voulu m'aider mais je ne pourrai pas le retenir longtemps. Vous êtes aussi butés l'un que l'autre... Luis, sois raisonnable, je t'ai dit que c'était un gosse.
Luis ne cessa de s'agiter que lorsque le jeune tatoué ne fut sorti de la pièce pour de bon, dépité mais prudent. Le pauvre s'était résigné en voyant à quel point Nero s'accrochait à garder cet homme qui avait voulu lui faire du mal. Le maque attendit suffisamment longtemps après s'être assuré du départ de Warren pour relâcher le manteau de son amant. Ce dernier se remit debout rapidement sans regarder derrière lui, mais la colère l'emplissait toujours.
- Pourquoi tu agis sans arrêt comme ça ? demanda Nero avec regret en se mettant debout.
- Parce que tu es à moi.
Le visage soudainement froid de Nero affronta cette insinuation d'appartenance. Il déglutit avant de perdre son calme.
- Luis ! Ne me reparle jamais comme ça. Respecte un peu les gens au lieu de te comporter comme un ado rebelle en mal de cul et sans compassion. Je n'ai jamais vu un homme aussi apathique que toi, c'est dingue... tu ne penses vraiment qu'à toi. Tu as toujours été comme ça ?
Les yeux face à lui se vidèrent de toute haine et Luis se figea avant d'afficher ce que le maque voulait voir : une atteinte, un affront, un choc. Faire réagir cet homme par les émotions, Nero n'aimait pas cela mais il le fallait. C'était toujours le seul moyen de le rendre humain car même si Nero en était amoureux, le sexe seul ne comptait pas pour être heureux et s'il fallait le faire passer par des blessures morales pour l'humaniser, il le ferait.
- Non ! Parce qu'avant, je n'étais rien et je n'avais rien.
- Alors ne fais pas comme si c'était encore le cas.
Nero voulait tellement le remettre à sa place qu'il ne réfléchissait plus à la manière à adopter. Il devenait comme lui et ne réfléchissait plus avant de répondre, quitte à se montrer brutal. Lui qui avait parlé sans le moindre sous-entendu, il prononça le nom de son amant pour le retenir quand ce dernier voulut repartir, mais il ne parvint qu'à l'énerver.
- Ne me tourne pas le dos, regarde-moi et affronte un peu ton caractère.
- Toi, tu la boucles.
Face à cette excitation exacerbée et un retour à l'agacement, Nero le rattrapa en lui tirant brusquement le bras pour le retourner. Torres avait les pupilles dilatées et sa tête remuait sous l'adrénaline encore présente.
- Je t'interdis de me parler comme ça. Tu viens foutre la merde chez moi, tu essaies de tuer un de mes clients après avoir fait ton jaloux et...
Le Mexicain lui coupa la parole en l'embrassant de façon inhabituelle et tout à fait irrespectueuse vis-à-vis de leur relation, rapide et violente, puis il le fit tomber avant de recommencer. Déjà déstabilisé par son déchaînement buccal, Nero n'eut pas la conscience de se dégager de cette agression impromptue alors que son corps venait de frapper durement le sol. La pression exercée sur son buste par le corps du Mexicain l'empêcha de se relever et celui-ci ne sembla pas rechercher un quelconque plaisir. Torres ignora la demande de son amant de se dégager de lui, ce qui le poussa à lui mettre un coup de tête. Sonné, Luis se sentit être rejeté avec force par son compagnon mais à peine Nero se fut-il assis que Luis lui fonça dessus de tout son poids. Il le retourna brusquement pour le plaquer sur le ventre.
- Bon sang, Lou, à quoi tu joues ?
Appuyant sur la nuque du maque avec son avant-bras, il l'écouta tenter de le dissuader à maintes reprises et commença ensuite à l'insulter. Un coup de chaud au visage, Luis déglutit et lui passa une main sous le ventre jusque dans le pantalon et lorsque Nero comprit, il protesta immédiatement.
- Attention à ce que tu comptes faire.
Aucune réponse ni réaction positive. Luis lui ôta le bouton de son pantalon sans difficulté malgré son manque d'accès mais eut du mal à le lui baisser car Nero ne se laissa pas déshabiller. Le colosse se débattit en le menaçant avec sincérité, des menaces face auxquelles même Jax Teller ne serait pas resté de marbre.
- Si tu me la mets de cette façon, tu me le paieras.
Faisant fi de cet avertissement, son amant se jeta en lui sans réfléchir et entama directement ses va-et-vient sans érection complète. Il se força autant qu'il forçait Nero et semblait juste vouloir gagner en autorité sur leur dispute, car il était évident que la pénétration à sec le faisait souffrir également. Nero le décela par ses gémissements de douleur qui n'avaient aucune ressemblance avec ses gémissements de plaisir habituels.
- Luis, dégage-toi tout de suite. Enfoiré !
Après quelques secondes à s'acharner en se débattant, Nero réussit à asséner un coup de coude arrière au visage de l'autre homme, dégageant son corps sans trop de mal. Enragé contre lui, il ne prit pas la peine de se rhabiller mais à la place, inversa leurs positions. L'agent agresseur se retrouva plaqué au sol sans pouvoir réagir et gémit de douleur au moment où Nero lui serra le poignet dans le dos en le privant de tout mouvement offensif.
- Si tu veux savoir ce que ça fait, tu vas le savoir.
- Quoi ? Non Nero !
Pourtant canalisé, Torres se débattit beaucoup plus fort que Nero l'avait fait avant.
- Nero, non !
- Pourquoi pas alors que tu viens de me le faire ? s'étonna le maque.
- Je t'en prie, Nero, ne fais pas ça. Pitié, je te demande pardon...
- À ce point-là... alors que tu ne sais pourtant pas ce que ça fait ?
La peur de subir ce qu'il infligeait comme atrocités à ses victimes lui parut au-dessus de ses forces, Nero le sentit se débattre furieusement alors qu'il n'avait fait que presser son poing contre son anus pour le tromper.
- Pourquoi je me retiendrais ? Tu n'as même pas voulu m'écouter, alors si c'est aussi jouissif que ça de prendre quelqu'un par la force...
- NON ! Nero...
Voyant son acharnement alors que son visage s'humidifiait sous la peur, Nero lui caressa le bas du dos. Après que les couinements de Luis ne se furent changés en grognements de peur puis en silence, le maque n'entendit plus que sa respiration rapide et ôta ses mains de lui. Il abandonna l'idée de le "punir" et observa son amant trembler avant de vérifier son cou brûlant.
- Je ne vais pas devenir comme toi, rassure-toi. Je ne suis pas une bête, moi.
Il se retint de l'effrayer davantage et demanda simplement :
- Ça n'a rien de bon, hein ? La prochaine fois, tu y réfléchiras à deux fois avant de violer ton propre mec. Maintenant, lève-toi.
Il réitéra cet ordre en voyant que l'autre homme ne réagissait pas et il lui demanda d'assumer mais sans réponse encore, il le secoua. Toujours rien ! Il pensa donc que Luis étant pris de remords, il était sûrement envahi par la honte. Il se pencha au-dessus de lui pour voir son visage tourné à l'opposé. Il le toucha, le sentit brûlant et le tourna vers lui. Les yeux grand ouverts se fermèrent pour l'éviter, Luis était complètement terrorisé et s'était mordu la lèvre jusqu'au sang. Padilla qui souhaitait le voir ressentir quelque chose d'égal à ce qu'il infligeait, il se demanda s'il n'y avait pas été trop fort mais sans s'en préoccuper plus que cela. Il composa le numéro de Parada sur le téléphone de Torres pour être sûr qu'il réponde, et lui imposa de venir récupérer son "emmerdeur de lieutenant". Il passa le début de son temps d'attente à regarder Torres, qui n'avait toujours pas fait un geste et évitait toujours de croiser son regard, avant de se rendre à l'extérieur.
Le problème fut partiellement résolu une heure plus tard, Parada n'ayant pu être disponible plus tôt car il faisait un rapport indirect à ses supérieurs par le biais de Medina. Nero le vit soupirer après avoir garé sa voiture devant Diosa. Lorsqu'il en descendit, il était de mauvaise humeur et Nero se défendit sans cacher qu'il était également en colère.
- Ce qui est arrivé est de sa faute à lui.
- Qu'est-ce qui est arrivé ? C'était quoi ce message ? Tu n'étais plus censé le voir jusqu'à ce qu'on aille où tu sais.
- Je ne lui ai rien demandé, il a débarqué sans prévenir.
Parada sortit son portable de sa poche pour le lui montrer.
- Et c'est parce qu'il vient te voir à l'improviste que tu le qualifies d'emmerdeur dans ce message ? Où est-il ?
- À l'intérieur, dans la cuisine depuis tout ce temps parce qu'il a fait le con.
D'un air curieux, Parada obliqua sa tête en fronçant les sourcils.
- Qu'est-ce qu'il a pu faire pour te mettre en rogne comme ça ?
Baissant la tête après avoir regardé l'entrée, Nero l'entraîna à l'arrière du bâtiment en lui expliquant la partie la moins intime de la dispute, de la jalousie jusqu'à la tentative de meurtre. Atterré par le comportement de son meilleur ami alors qu'ils avaient prévu de le garder à l'écart le temps de se rendre au Mexique, Parada tint à abréger cette mauvaise passe pour eux trois.
- Bon écoute... comme tu le penses, je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête mais on devrait en parler directement avec lui pour en finir. Tu sais qu'il déteste qu'on parle de lui quand il n'est pas là.
- Il devra s'y faire s'il se défile à chaque fois, le problème ne se résoudra pas si on garde le silence alors s'il est vraiment comme ton fils, ne réfléchis pas et fais-lui la morale parce qu'il n'a pas hésité à me foutre à terre.
Alors qu'il taisait le pire face au regard confus de l'aîné, Nero repensa à la confession de Luis dans le parking et se demanda si sa conduite précédente y était liée. "Peut-être que tu as encore ça en tête... on ne passe vraiment pas assez de temps ensemble" pensa t-il. Il continuait de se laisser aller dans sa tête lorsque l'aîné lui toucha l'épaule.
- Tu sais bien qu'il déraisonne quand il est question de toi, tout devient toujours extravagant chez lui. Tu crois qu'il a voulu te faire du mal pour que tu comprennes que tu es avec lui ? demanda Romero.
- Faire du mal au fond de lui, je ne pense pas. Pour le reste, il me l'a dit lui-même mais je me demande encore s'il était vraiment jaloux ou s'il a manqué de confiance en moi.
Au moment où Parada afficha un air surpris, ils entendirent la voix fatiguée du troisième homme qui les rejoignait derrière.
- Tu crois que j'ai voulu imposer ma marque ?
"Ah te voilà enfin !" pensa Nero pendant que Romero se retournait en fusillant Torres du regard. Ce dernier était passé par la sortie de secours non loin de la chambre de Nero, souhaitant peut-être ne croiser personne sur le chemin de l'entrée principale. Considérant sa question comme stupide, Nero se tourna tout de même et répondit d'un air indifférent :
- C'est exactement ce que je crois, comme un éleveur sur son bétail. Si quelqu'un venait à te draguer sous mes yeux, je ne lui mettrais jamais un couteau sous la gorge alors que toi, tu étais hors de toi et tu m'aurais fait exactement ce que tu fais à ces femmes.
Y repensant car il l'avait justement fait, Luis s'approcha.
- "Aurais" ? Qu'est-ce qui a fait la différence alors ? Si je t'ai blessé sans que tu ne me le dises...
- Le fait que je t'aime. J'ai préféré voir les choses autrement avant qu'on ne se batte encore une fois, considérer ça juste comme un rapport un peu brutal.
Sans comprendre, Parada les regarda en expirant très fort et fit un pas en arrière alors que son ami prenait sa place.
- Je sais que je me suis comporté comme un abruti mais même si j'avais la tête ailleurs, j'aurai préféré que tu ne te laisses pas faire.
- Je me suis défendu, tu perds la mémoire... Et puis quoi ? Tu aurais préféré que je me débatte pour me sentir violé ?
- Mais jamais je ne serai allé jusque là !
Nero s'opposa à ces mots d'un simple battement de paupières.
- J'avais déjà ta queue à l'arrière alors ça aurait été le cas, c'est pour ça que j'ai lâché prise. J'ai préféré voir ça comme une mauvaise partie de baise.
- Messieurs...
Parada commençait à rougir, gêné à s'en boucher les oreilles mais les autres continuèrent.
- Sinon, je me défendais mais on finissait par se foutre sur la gueule encore une fois.
- Tu es en train de dire que tu n'aurais pas eu le dessus sur moi avec ton gabarit ?
- Je dis que contrairement à toi, je n'ai aucune envie de me battre avec mon mec alors j'aurai fini par arrêter, mais pas toi. Tu aurais continué à cogner comme un bourrin et peut-être même que tu m'aurais pris ensuite. De gré ou de force, peu importe parce que je n'aurai plus été en état de dire "non". Alors oui, ça aurait été un viol pour moi.
Blasé, le commandant se plaça entre ses amis et leur coupa le contact visuel par un claquement de mains.
- Taisez-vous tous les deux, je ne vous suis plus. Luis ! Tu prends ta voiture et tu me suis, on en reparlera plus tard.
- Non mais attends, je voulais...
- Es una orden, teniente. En el coche, ahora ! coupa son supérieur.
Résigné, Torres se tut et commença à prendre la direction ordonnée non sans s'arrêter encore une fois. Sachant que c'était pour lui, Nero le devança dans le but de ne pas entendre une excuse bidon sur cet emportement.
- J'en ai marre que tu te comportes comme une brute avec tout le monde.
Luis encaissa ce jugement sans répliquer mais au lieu de repartir, il s'assit près d'eux sur une pile de caisses de bois en dirigeant son regard vers un terrain en face, composé d'arbres et uniquement accessible depuis les locaux de Diosa, voire en passant par la ruelle du parking. Il sembla se rasséréner rien qu'en regardant cet endroit mais désespéra lorsque Romero se plaça dans son champ de vision. La main de celui-ci se posa de façon amicale sur son épaule et il attendit que Torres ne le regarde. Parada lui ordonna finalement de laisser sa voiture là où elle était en prétextant venir la reprendre plus tard. Il préférait l'avoir près de lui étant donné son état émotionnel et lorsque Torres fut debout, ils prirent la direction du véhicule avec un air grave. Malgré le refus de l'homme aux cheveux longs, Nero les suivit de loin jusqu'à leur maison et une fois arrivés, il se rendit en quelques secondes près de la porte de son amant.
- Tu ne pouvais pas t'en empêcher, hein !
Parada venait de grogner depuis la sienne en plaquant sa main sur le capot.
- C'est toi qui as dit qu'il fallait en finir au mieux, non ?
ooOOoo
Il dut admettre que Padilla avait raison sur ce point et alors que son collègue préféra rester dans la voiture plutôt que d'avoir leurs regards sur lui, il rejoignit Nero en le conseillant de ne pas le regarder avec tant d'insistance.
- Pourquoi il met toujours ses lunettes de soleil dans la voiture ? demanda Nero.
- Ça lui permet d'oublier sa claustrophobie. Il est toujours à l'étroit dans les voitures alors si une personne le regarde dans les yeux, ça augmente sa nervosité, ça l'empêche de se réfugier dans ses pensées et il devient à moité fou. Ses lunettes sont comme une barrière protectrice pour lui.
- Je vois.
- Vous avez fini ? Je suis toujours là et je vous entends. Pour votre information, il y a des moments où je les enlève.
- Oui, des fois quand tu bosses avec les autres ou que tu veux masquer tes faiblesses. Mais tu es un être humain, Torres, tout le monde a des phobies.
Grognant en sortant de la voiture, Luis leur montra son agacement.
- Tais-toi et viens ici, toi.
Nero l'attira doucement en refermant sa porte, puis regarda la main qu'il s'était coupée en s'attaquant à la voiture du parking. Pendant que Parada verrouillait sa voiture, il voulut adoucir l'ambiance.
- Il faut que tu contrôles ta colère ou tu finiras par te tuer tout seul, fils.
Plus désespéré que rassuré, l'agent fixa Nero qui ne l'avait pas quitté des yeux.
- J'avais l'impression que ça ne te faisait rien que ce jeune te drague.
- Évidement que si ! Mais niveau génération, je crois que tu n'as pas de leçon à me donner. Pour te répondre, ça ne me plaît pas qu'il fasse une fixation sur moi parce que je t'aime mais même s'il est trop jeune, je n'ai pas l'habitude de rembarrer une personne avec une arme et je ne le ferai jamais. Tu n'as pas confiance en moi alors que tu es le premier à la fourrer ailleurs. Tu as tellement été rejeté par tes parents que le peu de gens que tu aimes, tu veilles à ce que personne ne te les enlève, même s'il faut les menacer pour les forcer à rester.
Luis ouvrit la bouche, laissant apercevoir une immense peine puis il détourna le regard. Nero n'en revenait pas d'avoir dit ça, mais c'était pourtant vrai et même son compagnon venait de s'en rendre compte.
- Va savoir, tu as sûrement raison.
Seul Parada lui reprocha d'un regard la dureté de ses propos alors qu'il avait dit "au mieux".
- Tu devrais commencer à faire les bons choix alors, Nero.
- Pourquoi tu dis une chose pareille ?
- Parce que je sais très bien quel genre d'homme je suis, je ne suis pas quelqu'un qui donne envie envie de s'accrocher.
- La preuve que si !
Néanmoins, Torres n'ayant plus envie de parler, il fronça les sourcils en expirant et leur tourna le dos pour se rendre dans son lieu de tranquillité habituel. Le regard mauvais, Romero se planta face à lui mais garda son calme.
- Non mais tu dérailles... toi aussi tu t'y mets ? C'est vrai qu'il fallait lui faire la morale mais là...
- Tu n'as encore rien pigé Romeo. Dans sa tête, il le sait mais je ne lui ai pas dit parce que je voulais éviter qu'il voie que ça m'a atteint. Dans ce cas, ça aurait été encore plus la merde entre nous mais il m'a réellement violé dans la cuisine de Diosa.
ooOOoo
- Putain Nero ! tu disais que vous aviez haussé le ton et qu'il te la mettait mais pas qu'il t'avait "forcé l'entrée".
- Eh bien il l'a fait.
Le regard humide de Nero le toucha et il ne put que baisser la tête.
- Tout ça parce qu'un jeune a eu la malchance de tomber amoureux de moi. Je n'ai pas hésité à menacer Lou mais il ne m'a pas écouté. En plus, tu ne connais pas la fin de l'histoire, j'ai failli faire la même connerie en reprenant le dessus.
Le commandant serra le poing en imaginant son ami subir un tel traitement de la part de la personne qu'il aimait le plus au monde. Énervé, il regarda le terrain au loin et commença à en entamer le trajet mais Padilla lui rattrapa la manche.
- Non, ne va pas jouer le médiateur pour essayer de lui faire entendre raison. Ça ne changera rien de lever la main sur lui. Luis a pris des coups toute sa vie, il a juste besoin de mots mais il faut savoir trouver les bons.
- Toi tu es trop bon avec lui, tu le sais ? Même si je le considère comme mon fils, une petite beigne méritée de temps en temps ne le fera pas souffrir.
D'un rire involontaire, Parada posa ses mains sur sa nuque en se détournant.
- Putos de mierda ! Pardonne-moi si je ris mais vous avez vraiment une relation pas banale.
- Je n'allais pas le faire, je n'ai même pas réussi à comprendre ce qui pouvait l'exciter dans ses moments de puissance.
- C'est impossible d'entrer dans la tête de ce mec ! expliqua Romero.
- J'ai juste vu à quel point je lui avais fait peur.
- Tu m'étonnes...
- C'est pire que ce que tu crois. Les rôles se sont inversés et il est devenu complètement amorphe, j'ignore comment il a fait pour en ressortir parce qu'il restait à terre. Il tremblait de la tête aux pieds, je n'ai pas compris s'il était dans la quatrième dimension ou s'il voulait éviter de me regarder. Il ne t'en a rien fait voir à son retour mais il était encore terrifié, je ne sais pas pourquoi il ne m'en a pas reparlé. Peut-être qu'il assume finalement, il tremblait encore.
Ils regardèrent le passage lointain du terrain donnant accès au seul endroit où l'agent perturbé semblait ressentir de la sérénité lorsqu'il se retrouvait seul. Sentant Nero désespérer au fil des secondes, le commandant lui conseilla de rentrer chez lui de façon amicale, Nero obtempérant tout en demandant à son ami de lui donner des nouvelles. Ils s'étreignirent plutôt que de se serrer la main étant donné qu'ils en avaient vécu beaucoup ensemble, et Nero prit la direction de sa voiture après avoir parlé dans sa barbe à l'adresse de celui qu'il aimait :
- Tu sais que je t'aime, mais qu'est-ce que tu es têtu !
ooOOoo
Au lendemain
La journée ne fut guère plus encourageante car c'était la veille du départ au Mexique pour les deux hommes. Malheureusement pour la discrétion, Luis avait tenu à revenir à Diosa afin de s'excuser. Sauf que quelqu'un autre était revenu également et cette fois, Luis se découragea immédiatement et sans intervention quelconque. Il resta à quelques centimètres de l'entrée à écouter cette voix qu'il aurait voulu faire taire en posant ses mains sur sa gorge,
- Tiens donc. Finalement, peut-être que mon ami n'exagérait pas cette fois.
- Salut Romeo ! de quoi tu parles ?
- De ce merdeux avec qui tu flirtais il y a deux secondes dans ta cuisine. T'as pas eu tort de vouloir calmer Luis là-dessus mais si c'est pour lui faire une telle vacherie...
- Ce n'est pas le cas.
- Fous-toi de ma gueule.
- Je ne lui ferai jamais de vacherie, mais il a intérêt à surveiller son mauvais caractère parce que ça, ça ne me plaît pas.
Il exposa sous ses yeux la source de l'éclatement précédant : une photo de lui avec Lucius encadrée sur le mur et où la fissure du verre s'était produite sur le visage de l'enfant.
- Un cadre, ça se rachète.
S'énervant face à la désinvolture de l'autre homme, Nero posa ce souvenir sur un meuble à proximité, sans hésiter à le malmener davantage puisqu'il devrait racheter un support.
- Luis est jaloux de ce gamin parce qu'il en pince pour moi, c'est la raison pour laquelle il me l'a mise de force dans ma propre cuisine. Tu piges maintenant ?
- Pas totalement.
- Lou a voulu le faire partir hier dès qu'il l'a vu. Il est vrai que les clients n'ont pas à venir dans la cuisine et que Warren s'est montré assez aventureux en me suivant à la trace. Au début, Luis est resté courtois mais quand il a vu que le gamin insistait sans l'écouter, il est devenu fou et a sorti son couteau.
- Je vois.
- Warren a beau être majeur mais pour moi, il est trop jeune alors ton pote ferait bien de se maîtriser. Rager ne sert à rien, la preuve ! Warren est encore là à me dire qu'il m'aime parce qu'il n'a pas compris la leçon. Luis n'a pas confiance en moi alors qu'il est le seul à foutre sa queue ailleurs, quitte à violer des gens. Il a fait son grognon mais le problème, c'est qu'il est tellement paranoïaque que si je me défends, il va croire que je le rejette. Je ne peux même pas lui en mettre une de peur de le rendre incontrôlable ou de le perdre et en plus, je l'aime trop et j'arrive à peine à le frapper pour une simple crise de jalousie. Je sais qu'il n'a jamais rien eu à lui dans la vie et qu'il veut profiter de tout ce qu'il a maintenant, mais il ne voit pas l'impact sur les autres quand il déraille. Il m'a ouvertement dit que je lui appartenais.
Repensant à la dispute qu'ils avaient eue sous ses yeux, Romero voulut se couper en deux pour éviter d'avoir à choisir un camp mais cette fois, il ne cautionna pas la réaction de son collègue.
- C'est pour ça qu'il t'a fait ça ? Enfin... baisé de cette manière, si je peux dire.
- Oui. Parce qu'une fois de plus, j'ai répliqué alors monsieur a voulu montrer qui était le chef.
- Nero, on se connaît bien maintenant mais même si je l'adore, ne le laisse pas te traiter comme ça. Il a eu tellement peu dans la vie qu'il ne se rend pas encore compte à quel point tu l'aimes. Il le sait mais il n'arrive pas à en sentir le poids à l'intérieur. S'il ouvre les yeux d'un coup sec un jour, ses regrets vont le bouffer et c'est lui qui s'éloignera de toi pour te mettre en sécurité. Sauf que ce jour-là, il sera perdu alors n'hésite pas à lui dire la vérité s'il le faut et ne le laisse pas te traiter comme une merde. C'est lui qui le fait en général ?
- Qui fait quoi ?
- Quand vous couchez, c'est lui qui mène ?
Gêné, Nero rigola.
- Tu te rends compte que ta question me dérange ?
Pourtant, Parada ne plaisantait pas et Nero n'eut d'autre choix que celui de répondre.
- Oui, c'est lui. Pour tout ce qui est pénétration en tout cas.
- Ça doit être l'idée d'en subir une trop brutale pour la première fois qui l'a scotché.
Le proxénète haussa les épaules et approuva.
- Et merde ! Je peux au moins lui reconnaître une chose cette fois : il n'a pas cherché à blesser qui que ce soit et il est reparti.
- Mais ça soulève une colle. Soit il a décidé d'arrêter de faire le jaloux sous tes yeux et il agira derrière ton dos...
- Oh non !
- ... soit il veut essayer de se contrôler...
- Pour ce qui est de la photo, ça prouve un bel échec.
- Tu vas me couper à chaque fois ?
- Non, pardon.
- Pour finir, il envisagerait le pire venant de toi : la rupture. Il pense que tu vois un autre mec et il va péter un boulon en te rejetant, là il y aurait des morts... ou il pense que tu veux rompre mais s'il n'a pas agi, c'est mauvais signe.
Calme, Padilla analysa toutes ces hypothèses dans sa tête mais ne réussit qu'à s'emmêler les pinceaux et son regard se posa sur le cadre brisé. Souriant tristement, il demanda à son ami :
- Il est dans la voiture ?
Parada hocha la tête car il avait prévu cette question. Luis était arrivé juste avant lui étant donné l'éclat et donc n'était pas venu seul. Il suivit Nero tout en lui donnant de l'avance pour les laisser s'expliquer, d'autant plus que la voiture était garée sur le parking derrière le bâtiment, endroit réservé au propriétaire de Diosa et accessible par une ruelle à côté. Romero s'y garait toujours car Nero le lui permettait et au moins, la voiture était hors de vue.
Luis se trouvait sur le siège passager à fixer devant lui, l'air absent et mélancolique. Il n'eut qu'un bref sursaut au niveau du cou lorsque Nero tapota sur la vitre.
- Allez, sors de là.
Le ton fut très doux malgré la pression des mots et après un léger regard vide vers le bas de la vitre, Luis ouvrit lentement la porte et sortit sans le regarder avant de la refermer. Nero sentit qu'il avait envie de lui parler et il se jura intérieurement d'être patient avec lui. Raison pour laquelle il le prit immédiatement dans ses bras.
- Je tiens beaucoup à cette photo, tu exagères.
Son amant, après l'avoir également entouré de ses bras, releva calmement la tête sans le regarder.
- Je l'ai déchirée ?
- Non mais tu me dois un cadre, et estime-toi heureux parce que c'est la préférée de mon fils.
- Je m'excuse, ça a été mon seul moyen de ne pas foncer dans le tas.
- J'en suis sûr.
Tout en lui passant un doigt le long de la joue, Nero s'enquit :
- Pourquoi tu souffres autant quand une personne m'approche ?
- L'autre jour, tu m'as repoussé devant ce gosse alors qu'il posait la main sur toi et là, je te vois encore avec lui en train de sourire. Qu'est-ce que tu crois ? Je suis paranoïaque et je le sais mais là, ne me dis pas que je n'ai pas mes raisons.
- Parada a cru la même chose en nous voyant. C'est dingue, pourquoi deux personnes qui se sourient ou plaisantent seraient forcément en train de flirter ? Tu as fait extrêmement peur à Warren mais ça n'a servi à rien parce qu'il est aussi entêté que toi. Sauf qu'il m'a dit qu'un homme aussi jaloux sans avoir peur d'être dangereux, c'est un homme amoureux. Il ne s'imposera plus entre nous et il va essayer de fréquenter des garçons de son âge.
Ne sachant quoi penser, Luis sentit ses yeux le brûler et baissa la tête avant de sentir une des mains de Nero se poser derrière et son visage s'approcher.
- Bébé, qu'est-ce qui peut te faire penser que je pourrais un jour aller voir ailleurs ? Et oublie Warren sur ce coup, je parle de n'importe qui. Pourquoi tu ne veux pas me faire confiance ?
- Parce que moi-même, je n'ai aucune maîtrise alors je me suis toujours persuadé que le monde était comme ça. Tu en aurais le droit après tout ce que j'ai fait et c'est pour ça que j'ai peur de te perdre.
- Peut-être que tu y vois un droit pour moi mais non, j'ai mon mec et je l'aime.
Pour le lui montrer, il le plaqua doucement contre la voiture et posa ses lèvres sur les siennes.
- Viens dans mes bras.
- Tu veux que je passe la nuit ici, monsieur le grognon ?
L'air triste de Torres répondit à sa place et Nero le prit dans ses bras, mais lui et Parada y virent l'occasion idéale et s'y entendirent du regard..
- Je ramènerai Nero demain matin pendant que tu géreras le reste de la paperasse, et pas de "non" qui tienne. J'en ai les yeux qui se ferment rien que d'y penser.
ooOOoo
Le jour attendu mais redouté était enfin arrivé. Tôt le matin, l'homme aux cheveux longs soupira de soulagement après avoir eu bien du mal à tromper son meilleur ami dans le but de le forcer à rester. Il avait évoqué un rendez-vous organisé par Medina afin de faire le point avec leurs supérieurs Mexicains. Torres y assistait en général et c'est pourquoi, sceptique, il ne s'était pas laissé berner du premier coup. Il avait questionné son commandant qui, assez rusé, avait prévu des réponses bien avant. Il partit donc chercher Nero à Diosa mais opta pour le changement de véhicule et prit le sien. Jax avait proposé à son ami de laisser Tig, Ratboy et Happy tenir compagnie aux employées et jouer la sécurité à Diosa pour la journée, ce que ces derniers n'auraient refusé pour rien au monde.
Au volant de la voiture de Padilla, Nero et Romero n'en pouvaient plus tellement ils étaient nerveux. Lorsqu'ils se taisaient, le silence devenait vite pesant mais dès qu'ils parlaient, leurs mains se mettaient à trembler en mimant ce à quoi elles leurs serviraient si les choses finissaient mal. Ils roulaient depuis des heures et avaient laissé leurs obligations de côté pour s'offrir cette virée en enfer qu'ils appréhendaient. Passer la frontière avec leurs armes ne fut pas chose aisée car Parada dut secrètement user de son statut d'agent fédéral auprès des gardes, et avec preuves alors que la discrétion était de rigueur pour protéger sa couverture. Le reste du chemin, l'ambiance fut tendue tellement ils avaient hâte d'en finir et ils passèrent le temps à parler de Luis. De toute façon, il serait le sujet principal de cette journée et peu importerait les événements. Ils voulaient des aveux et étaient prêts à tout pour les avoir.
- Comment se fait-il que votre patron n'ait pas réagi à propos de son passé ?
- Comme je te l'ai dit, ils n'ont fait attention qu'à ses compétences intellectuelles et physiques. Ce sont des paranos alors rares sont les gens irréprochables à leurs yeux, mais je crois qu'ils n'ont jamais connu un détail de son enfance sinon ils auraient creusé. Il faut dire que Luis a été très doué pour duper les psychologues... alors qu'il me ment très mal à moi.
- C'est normal, tu es comme son père alors ça le met mal à l'aise de te mentir et tu t'en rends compte tout de suite ! dit Nero avec un sourire.
- Oui, mais il y une chose sur laquelle je l'ai entièrement cru : il m'a dit qu'il ne serait jamais allé jusqu'à tuer son propre sang. Alors peut-être qu'il a insisté pour que nos supérieurs ne fassent rien, dans le cas où ils auraient su quoi que ce soit. Après tout, il a voulu tourner le dos à tout ça. Tu sais, c'est la fidélité du soldat présent qui compte et pas ce qu'il a pu vivre.
Malgré son sourire, Nero ne put chasser le visage de son amant enduit de souffrance mais il tenta de rester neutre et centré sur ce qui suivrait.
- En parlant de vivre, je ne vous l'ai jamais dit à Luis ou à toi mais je trouve ça vraiment malsain de vivre sous le même toit que des mecs aussi dangereux.
- On aimerait tous être avec nos familles, y compris eux, ça devrait les rendre plus humains à tes yeux...
- Si tu le dis !
Après un hochement d'épaule, l'aîné reprit :
- Ils ne sont pas différents des autres quand on les connaît, c'est leur statut qui leur donne une impression aussi forte. Mais la promiscuité est indispensable pour qu'ils gardent confiance en nous. Imagine si tu devais vivre avec des personnes que tu connais à peine, voire pas du tout. Si elles s'absentaient sans arrêt, tu te poserais des questions, non ? Tu te demanderais si elles ne vont pas "voir ailleurs". C'est exactement ça pour nos hommes, ils vont se demander à quoi on joue si on passe notre temps à se barrer sans rien dire à notre retour. C'est pour ça que nos supérieurs nous laissent autant de mou que possible, il nous faut la liberté d'agir et donc de tuer aussi quand on est sur le terrain, même si ça te paraît dégueulasse. On n'est plus qu'à moitié fédéraux avec Luis et Santo quand on agit comme des vrais membres. On a nos façons de vivre et d'apaiser nos esprits, par exemple en vivant tous sur un même territoire. Eh oui ! il arrive que les cartels aient des territoires cachés bien à eux et si on est sûrs de la sécurité des lieux, les gars peuvent amener leurs familles pour les faire vivre avec eux.
Il laissa Nero penser sur ces mots. Ce fut une heure plus tard, alors qu'il s'était endormi, que Parada ne le sortit de sa léthargie. Il pointa du doigt un panneau brisé et couvert de boue, indiquant le nom de leur destination.
Pueblo Indiano, Mexique
Un village fantôme entouré de plaines et de champs défraîchis, voilà dans quoi Torres avait grandi et s'il ne l'avait pas été autrefois, il l'était devenu avec le temps. Un fantôme errant parmi les âmes perdues et prisonnières qu'ils commencèrent à observer sur ce territoire désolé. De nombreuses maisons semblant inhabitées depuis longtemps pourrissaient dans les trois seules rues que remontèrent les deux arrivants. Au milieu de ces rues boueuses, des enfants jouaient au ballon sans craindre un quelconque passage étranger. Apparemment, personne ne passait jamais chez eux et les deux hommes ne se demandèrent pas pourquoi. Des agriculteurs de tous âges s'affairaient difficilement dans les champs, ils n'avaient pas les moyens d'entretenir leurs récoltes à la vue de certaines parcelles abîmées, et la pluie n'était pas monnaie courante alors ils s'entraidaient comme ils le pouvaient. Les animaux errants étaient rois et se battaient pour des carcasses jonchant les bords de route.
Pris de pitié devant la misère de ces paysans, Romero et Nero ne s'étonnèrent pas que tous partaient dès qu'ils en avaient la possibilité. Plusieurs vieillards se tenaient sur leurs porches, buvant ou fumant sans faire attention à ce qui les entourait, probablement attachés à leurs terres ou trop pauvres pour partir. Certaines maisons se situaient dans les hauteurs entourant le village et étaient isolées des autres, dont une que Parada montra du doigt en retrouvant son sérieux. Elle était beaucoup plus haute et éloignée, très difficile à détailler et lorsqu'ils roulèrent sur la route devenue pratiquement invisible pour s'y rendre, ils se rendirent compte à quel point elle était grande. Il s'agissait d'une grande et très ancienne ferme. Ils le devinèrent car il n'y avait aucun animal en vue malgré le matériel d'élevage. De plus, le matériel agricole visible semblait dans un état d'usure très avancée. Les pneus avants d'un petit tracteur dans la grange ouverte étaient dégonflés, et une large chaîne était attachée à une cabane de bois près de l'endroit où ils s'arrêtèrent.
- Tu es sûr que c'est ici ? demanda Nero.
Fixant la maison devant eux en serrant le volant, Parada souffla alors que le soleil menaçant transperçait les vitres pour leur brûler la peau.
- Il n'y a qu'un moyen de le savoir.
Descendant du véhicule, ils virent une tache foncée sur le sol devant la cabane, indiquant que cet endroit servait à abattre des animaux. Fronçant les sourcils devant ces agissements primitifs, Nero commença à avancer vers la porte de la maison qui n'était pas plus accueillante. Elle était faite d'un bois très abîmé et dont certaines planches manquaient par endroits, et un véritable dépotoir l'entourait. Pneus, bidons vides, sacs poubelles, carcasses d'animaux sauvages... rien ne donnait envie de rester. La maison comportait un étage sans fenêtre visible sur la façade avant, et les fenêtres sans rideau étaient poussiéreuses de l'intérieur comme de l'extérieur, comme si personne n'y vivait.
- Qu'on en finisse ! cracha Parada, dégoûté par ce décor.
Le porche de bois craqua sous leurs pas et ils constatèrent sa dégradation égale au reste. Pendant que Romero frappait brusquement à la porte, Nero s'indigna :
- Comment on peut vivre dans un endroit aussi dégueulasse sans penser à le nettoyer ? On dirait qu'ils aiment la crasse.
- C'est la campagne, vieux. Et vu les kilomètres à parcourir avant d'atteindre la première grande ville, j'imagine que la plupart des naissances se déroulent ici. Et ça devait être encore pire à l'époque. Les gens se contentent de la misère quand ils n'ont pas le choix et quand tu es pauvre, l'apparence est sûrement le cadet de tes soucis. En tout cas, c'est comme ça que je vois les choses.
La porte s'ouvrit à cet instant sur un colosse peu ravi de recevoir des visiteurs. Il avait un visage grincheux arrivant pratiquement à la hauteur de celui de Nero. Trapu et marqué par l'âge, sa personne empestant le tabac et l'alcool, il semblait malgré tout bien portant. Son expression ne fut en rien accueillante pour les deux hommes et il montra sans hésiter son énervement à être dérangé chez lui. Les regardant d'un œil mauvais, celui qui semblait sexagénaire de son apparence garda le silence. Plutôt impressionné par son gabarit, Nero ne se laissa pas dominer par ses appréhensions à la pensée que même s'il l'aurait voulu autrefois, Luis n'aurait jamais réussi à se défendre contre un homme aussi massif.
Ne supportant plus leur silence, Romero demanda :
- Clavo Torres ?
Ce dernier les regarda tour à tour avant de répondre en baillant :
- Si ! Qué queréis ?
Cet homme à la voix cassée était si désagréable à chaque mot que Nero en vint à se demander comment il avait pu enfanter Luis. Évidemment, le fils avait hérité de son agressivité apparente avec le temps mais ce bon fond dont il faisait preuve envers les deux hommes ne pouvait certainement pas provenir de lui. Réticent à l'idée de l'entendre à nouveau agresser leur langue natale, le fédéral tenta l'anglais.
- On a besoin de vous parler.
- Americanos... Vous avez deviné parce que je vis près de la frontière ? Ou vous parlez juste cette langue ?
- La première ! abrégea amèrement Nero.
- Bah causons la langue alors ! Vous voulez quoi ?
- Clavo !
Une voix féminine toute aussi offensive résonna au loin avant qu'une femme, d'apparence plus jeune mais fragilisée, ne se pointe en titubant, une béquille de bois du côté droit.
- C'est qui ?
- Casse-toi Marta, j'ai pas b'soin de toi alors retourne dans ton fauteuil. C'est sûrement des flics.
Nero et Romero se regardèrent. Ce type était-il avec elle comme il était avec Luis ou bien était-ce une façon habituelle pour eux de s'adresser la parole ? Elle lui répondit en l'insultant, signe qu'ils en arrivaient là constamment, et reprit la direction du salon. Le sol craquait et le mur était troué à certains endroits autant que les murs externes.
- On est là pour vous parler de Luis.
Cette fois, l'homme sembla très étonné.
- Vous voulez parler de mon gamin... mais je l'ai pas vu depuis très longtemps, je n'ai rien à vous dire. C'est pour ça que vous êtes là ? Il est mort ?
Il avait demandé ça avec une telle indifférence que Romero commença à toucher son arme du bout des doigts, à l'affût du moindre mot de travers.
- Vous n'avez aucune idée de ce qu'il est devenu à cause de vous, pauvre merde.
- Et je m'en fiche, mon gars. Ce gamin n'était qu'un poison et une fiotte, j'aurai fini par lui mettre une cartouche s'il n'était pas parti. Il se prostitue, j'imagine. Il n'a jamais aimé les femmes alors il doit être ce qu'il est : une pute.
Le père avait craché ces mots comme si cela aurait été logique et Nero explosa en sortant son arme pour lui flanquer un coup de crosse à la tempe gauche.
- Pauvre enflure ! contrairement à ce que vous croyez, Luis a déjà fait ça avec pas mal de femmes.
Le père se releva en gardant ses distances, s'appuyant à un meuble branlant.
- Il a finalement sauté le pas ? Ben il était temps !
- Il n'a rien sauté du tout. Il les viole et c'est à cause de vous.
Clavo baissa légèrement la tête en haussant les épaules.
- Oui, vous savez que c'est de votre faute. Luis viole des femmes parce que vous lui avez reproché de ne pas les aimer et nous, on n'arrive plus à le faire changer.
- Qu'est-ce que vous dites sur mon fils ?
Marta venait de revenir lentement à côté de son mari et par le peu d'expression perceptible sur son visage, elle seule semblait préoccupée et intéressée d'entendre parler de son fils.
- Qu'est-ce que tu as fait à ce gamin, toi ?
Ce qui fit tilter Romero et Nero à propos de son sens de la famille, ce fut la menace qu'elle reçut du vieil homme alors qu'elle posait cette simple question. En effet, ce dernier vint à la menacer de lui "mettre des coups" et de "l'assommer à coups de pilules". Il n'eut pas la moindre honte en la poussant pour la faire partir plus vite et Nero s'en formalisa avant de repasser au sujet sérieux.
- Bah il a toujours eu ça en lui, ce gosse. C'était qu'une bête qui couchait avec des garçons alors il était sûrement déjà comme ça.
- NON ! Vous avez battu et humilié votre enfant, vous en avez fait un monstre.
- Il baisait un autre garçon, c'était déjà un monstre.
Romero voulut le frapper lorsqu'un moteur se fit entendre. Sans se retourner vers la source, ils allaient menacer le père de ne rien dire sous peine de finir en charpie mais la voix de la nouvelle personne venue s'adressa à eux.
- Pourquoi me l'avoir caché ?
Les deux se tournèrent rapidement à l'entente de sa voix et son amant demanda :
- Tu nous as suivis depuis Charming ?
- Dès la frontière, j'ai deviné où vous alliez.
- Tu n'aurais pas du venir, ajouta Parada.
- Et vous, vous auriez du me prévenir. Ça me concerne ! répondit Torres.
Il était clair comme de l'eau de roche qu'il n'avait aucune envie d'être ici mais il avait raison, ce problème était avant tout le sien et pas le leur. Lui seul pouvait mettre fin à ses cauchemars. Il les écarta tous les deux pour passer et enfin détailler le sujet de sa visite. Il regarda la maison avec dégoût et son aîné le reconnut sans problème, même s'il n'eut pas l'air d'y croire du premier coup d'œil.
- Luis ! Ça alors, j'y crois pas.
Très tendu, Luis attendit avant de poser son regard instable vers celui qui lui adressait la parole. Clavo le dévisagea et cracha sur le palier, forçant les deux hommes les plus proches à reculer tout en restant calme.
- Je ne t'avais pas dit de ne jamais te graver des merdes sur la peau, petit con ?
Même face à son fils adulte, le vieillard n'avait aucun respect pour lui.
- Je crois avoir passé l'âge d'écouter ça, vieux débris.
Luis fronça les sourcils et ses amis eurent un bon aperçu de qui était son père alors qu'ils arrivaient à peine. Le vieil homme avait vu ses tatouages et s'était senti obligé de l'insulter à ce propos.
- C'est à toi que je dois les pires marques sur mon corps.
Sachant ce qu'évoquait son fils, Clavo haussa les sourcils.
- Si c'est pour ce que j'pense, t'es pédé... je croyais que ça t'aurait plu.
Luis sortit son arme et la leva en s'avançant mais son meilleur ami l'arrêta avant de chuchoter à son oreille :
- Souviens-toi de ce que tu m'as dit, Lou.
Luis abaissa nerveusement sa main tremblante, surmontant son envie de presser la détente.
- T'as décidé de revenir ici pour enterrer tes parents ? agressa le vieux.
Malgré l'imposante corpulence de son père par rapport à la sienne, Luis le poussa brutalement.
- Vous n'êtes pas des parents et je n'ai aucune intention de vous enterrer.
- C'est nous qui allons vous tuer, Luis va se contenter de vous regarder mourir ! cracha Nero.
Pour conclure ses menaces, il embrassa Luis avec amour sous le regard du vieil homme qui exprima vulgairement son dégoût.
- Putain ! t'as vraiment pas changé et t'en a trouvé d'autres comme toi.
Cette fois, ce fut Romero qui lui mit son poing dans la figure et le fit tomber avant de lui écraser la jambe gauche de plusieurs coups de talons au même endroit dans le but précis de la briser. Le vieux hurla et continua d'insulter son fils malgré la douleur dans sa jambe. Luis, de son côté, était quasiment figé d'avoir remis les pieds sur ces terres de même que de revoir cette personne qui l'avait tant fait souffrir, mais la présence des siens lui permettait de tenir.
- J'aurai mieux fait de ne jamais faire de gosse. T'as eu le mérite de me servir quand j'avais besoin de me défouler mais tu n'as apporté que de la merde pour le reste.
Nero le contredit après avoir empêché son amant en larmes de se jeter dessus.
- Au contraire, vous et votre femme êtes des ordures de la pire espèce mais je suis heureux que vous ayez donné naissance à l'homme que j'aime, parce qu'il ne vous ressemble pas et lui seul mérite de porter le nom de Torres.
Luis avait peut-être prétendu qu'il ne serait jamais allé jusqu'au crime de sang, or il n'était plus celui qu'il était autrefois et là il était face à son bourreau. Et étant donné qu'il plaçait le poids de ses actes sur les sévices que lui avait faites subir son père... s'il parvenait à l'approcher, il allait le rendre méconnaissable physiquement.
Sans se relever, Clavo regarda son fils et grogna :
- J'ai toujours cette fourche, gamin. Je la regarde quand je pense à toi et ça me soulage.
- BASTARDO ! hurla Luis.
Cette fois, Torres se rua sur celui qu'il avait autrefois appelé "papa" et lui asséna coups sur coups, Nero veillant tout de même à ce qu'il reste conscient.
- Eres un monstruo. Solo una bestia, no un padre.
Plaquant son paternel contre le sol, il le frappa de toutes ses forces et son père éclata de rire en lui donnant un coup entre les jambes. Il l'avait sentie et le plus jeune fut comme tétanisé.
- No eres mi hijo por nada. Pour le reste aussi, tu me ressembles ?
Luis recommença à cogner. Parada chercha à intervenir mais Nero l'en empêcha en lui demandant de le laisser donner une correction à cet homme juste un instant. "Qu'est-ce que c'est que cette histoire de fourche ?" pensa Romero. L'homme à terre méritait de souffrir éternellement mais Nero savait qu'ils devraient intervenir avant que Luis ne tue son père.
Du sang plein la main, le descendant des Torres s'arrêta en gardant le poing en l'air. Le nez explosé, trois dents cassées et recrachées ainsi qu'un hématome naissant sur sa pommette... voilà ce qu'il en avait fait. Pensif, il se releva, sortit de la maison à toute vitesse et son supérieur le vit se diriger vers le hangar. Nero ajouta un silencieux à son arme en demandant à Parada si le père valait vraiment la peine de gaspiller un chargeur ou s'il devait viser le cœur en un coup. Le chef de la famille brisée crachait son sang en se tournant sur le côté.
- Va savoir ! Tu as vu comme moi que ce type n'a pas de cœur. Luis, qu'est-ce que... NON !
Ils ne purent empêcher l'imprévisible.
à suivre...
