Hello !

Avant de commencer, je tiens à remercier Chrisjedusor pour ses reviews

Sur ce, bonne lecture !


Après avoir pris ses mesures, l'armurier assura à Geralt qu'il aurait fini de confectionner son nouveau plastron en fin de journée. Bien sûr, la priorité de sa commande avait fait l'objet d'une âpre négociation, mais le sorceleur était persuadé d'avoir gagné ce bras de fer commercial.

Ne souhaitant pas passer sa journée à écouter Jaskier jacasser à l'auberge – ou pire, être obligé de lui raconter le combat contre le wendigo ! – Geralt commença par se rendre aux écuries pour s'assurer qu'Ablette avait tout ce dont elle avait besoin.

Une autre personne se trouvait déjà là, facilement identifiable à sa silhouette athlétique et ses vêtements d'homme. Bien qu'elle avait forcément dû remarquer sa présence derrière elle, Isane continua de brosser la licorne au front mutilé sans se tourner vers lui, ni lui adresser le moindre mot.

-Tu as trouvé ce que tu cherchais ? lui demanda-t-il alors en s'arrêtant à sa hauteur.

Le geste était presque imperceptible, mais Geralt était certain d'avoir vu la main d'Isane se crisper brièvement sur la brosse et son épaule se figer.

-J'ai pu acheter des provisions, répondit-elle en continuant son ouvrage comme si de rien n'était. Nous devrions avoir assez de viande séchée jusqu'à Maribor.

-À condition que les vautours ne nous la volent pas, commenta Geralt, non sans sarcasme.

Comme si cette idée lui faisait peur, la licorne s'ébroua et Isane posa sa main sur son museau d'un geste apaisant.

-Tout va bien, lui susurra-t-elle en la caressant doucement.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Geralt se concentra à son tour sur Ablette. De toute évidence, la jument ne manquait de rien et il se contenta de lui flatter l'encolure.

-Comment va Ciri ? questionna Isane au bout d'un moment.

-Elle va… commença Geralt avant de s'interrompre.

À vrai dire, il ignorait si sa protégée allait bien. Il savait juste qu'elle n'était pas malade.

-Que se passe-t-il ? insista la sorceleuse en se retournant vivement vers lui, les sourcils froncés par l'inquiétude.

Geralt poussa un profond soupir puis se résigna à lui fournir quelques explications.

-Ciri devient une femme, marmonna-t-il avec gêne.

-Oh, fit Isane, les yeux écarquillés par la surprise.

Une fois le choc passé, ses traits de décomposèrent et elle se détourna. Comprenant son erreur, Geralt la prit par le bras pour la forcer à le regarder.

-Je ne voulais pas dire que tu n'es pas une femme, précisa-t-il.

À ces mots, les lèvres d'Isane s'étirèrent dans un sourire triste, mais ses yeux ne s'embuèrent pas.

-Je ne suis pas une femme, dit-elle à mi-voix.

-Ah non ? s'étonna le sorceleur. Qu'est-ce que tu es, alors ?

-Une mutante, cracha-t-elle aussitôt. Ne me regarde pas comme ça ! s'écria-t-elle encore d'une voix aiguë. Tu sais très bien que c'est vrai ! À quoi servirait-il de le nier ?

Tout comme lors de leur conversation trois jours plus tôt, Geralt pouvait sentir vibrer la colère d'Isane envers leur congrégation jusque dans sa propre chair. Bien sûr, lui aussi en voulait à sa mère de l'avoir abandonné pour subir les Modifications, mais il voyait en Vesemir une figure paternelle et ne comprenait pas pourquoi Isane le haïssait autant.

-J'en ai déjà connu beaucoup, avoua-t-il alors. Et en ce qui me concerne, tu es une femme… Peut-être pas comme les autres, mais tu es bel et bien une femme. Que tu aies une aussi mauvaise opinion de toi-même me chagrine vraiment, Isane.

Cette fois encore, la sorceleuse ne répondit pas. Elle dégagea lentement son bras de la poigne de Geralt et se tourna à nouveau vers la licorne.

-Quand repartons-nous ? demanda-t-elle pour changer de sujet.

-Ma nouvelle cuirasse sera prête en fin de journée, lui apprit-il, faisant mine de ne rien remarquer. Si Ciri s'en sent capable, je propose que nous partions demain à l'aube.

Pour toute réponse, Isane se contenta d'opiner du chef.

Ils se turent à nouveau puis Geralt prit une grande inspiration.

-Cela veut dire qu'il nous reste tout l'après-midi à tuer, fit-il remarquer. Et à moins que tu tiennes absolument à converser avec Jaskier, il va falloir qu'on trouve quelque chose à faire pour nous occuper pendant tout ce temps…

Isane se tenait de profil devant lui et le sorceleur put voir un sourire amusé illuminer soudain son visage. Il était prêt à lui prouver à quel point il la considérait comme une femme, elle n'avait qu'un seul mot à dire.

-J'ai peut-être une idée… avança-t-elle en se tournant à nouveau vers lui, ses yeux sombres habités d'un regard espiègle.

-Ah oui ? S'il te plait, dis m'en plus…

-Pas ici, chuchota-t-elle.

Elle le saisit par la main et l'entraîna en dehors de l'écurie.


Quelques heures plus tard, les deux sorceleurs se tenaient debout devant la cheminée de la chambre de Geralt, le front en sueur, mais pas pour les raisons qu'il avait espérées.

Deux petits chaudrons étaient suspendus au-dessus des flammes, et l'eau qu'ils contenaient commençait à peine à bouillir. Les deux sorceleurs avaient tiré une table vers le milieu de la pièce et étaient affairés à piler des fleurs et des feuilles d'aubépine dans deux mortiers bien distincts : tandis que les premières avaient un effet hypotenseur et sédatif, les secondes produisaient un résultat foncièrement opposé en stimulant les fonctions cardiovasculaires. Par conséquent, les fleurs servaient à la concoction d'élixirs de guérison, contrairement aux feuilles, qui entraient dans la composition des potions de forces deux mixtures utiles sinon vitales lorsqu'on avait pour métier d'occire des monstres.

-C'est une bonne idée que tu as eue, admit Geralt à contrecœur. J'ai vidé ma dernière fiole pour soigner ta blessure à la cuisse, et qui sait quelles autres créatures nous aurons à affronter avant d'atteindre Maribor ?

-C'est toi le spécialiste, rappela Isane. À toi de me le dire.

-Pour être honnête, j'espère que la route se fera sans incident notable.

-Est-ce qu'un wendigo entre dans la catégorie des incidents notables ? plaisanta Isane, pince sans rire.

Geralt sourit.

Il avait beaucoup aimé Isane lorsqu'il était encore un jeune garçon, et aujourd'hui elle était sans doute la seule femme du Continent à pouvoir vraiment le comprendre. Le fait que Yennefer l'ait repoussé était peut-être un mal pour un bien, en fin de compte avec Isane, tout était cousu de fil blanc, aucun risque qu'elle le fasse souffrir ou que lui la fasse souffrir. Et après ses déboires avec la magicienne, le sorceleur n'aspirait qu'à plus de pondération. Était-ce là un signe qu'il commençait à se faire vieux ?

L'eau dans les chaudrons se mit à bouillir et ils y ajoutèrent leurs herbes d'un geste synchrone. Puis Geralt sortit de sa besace un flacon au corps rond et au long col dont il retira le bouchon avec ses dents.

-Soit prudent avec la stramoine, prévint Isane Une goutte de trop, et c'est la mort assurée.

-Ce n'est pas la première fois que je prépare un élixir de guérison, répondit-il calmement.

Il tendit la main au-dessus de son chaudron et d'un mouvement d'expert, y fit tomber exactement cinq gouttes avant de redresser le goulot. Isane, qui l'avait observé d'un œil attentif, se redressa et hocha la tête d'un air appréciateur. Enfin, Geralt ajouta de la poudre d'ellébore.

-Il ne reste plus qu'à laisser macérer, conclut le sorceleur en refermant la petite boîte en fer qui contenait la fameuse poudre.

Isane acquiesça et jeta un regard de biais au sablier posé au centre de la table.

-Tu devrais aller voir si ton plastron est prêt, dit-elle. Pendant ce temps, je vais m'assurer que Ciri n'a besoin de rien.

Geralt opina du chef en signe d'approbation et sortit dans le couloir tandis qu'Isane regagnait sa propre chambre en passant par la salle de bain.


Jaskier était toujours installé à l'une des tables de l'auberge lorsque Geralt traversa la salle.

-Minute papillon ! l'interpela le barde. On peut savoir où tu vas de ce pas pressé ?

-Chercher mon armure, répondit le sorceleur. Je suppose que tu veux m'accompagner ?

-Comme tu me connais, acquiesça Jaskier en se levant d'un bond.

D'un geste, il fit passer la sangle de son luth par-dessus son épaule et enjamba la table d'un mouvement souple.

Les deux amis sortirent de la taverne et fendirent la foule des manants jusqu'à l'atelier de l'armurier. L'homme à la silhouette voûtée par le travail tenait une grosse aiguille à la main, la langue coincée entre les dents, concentré sur son ouvrage.

-Je crois qu'il n'a pas encore fini, glissa le ménestrel à Geralt.

-Tout à fait correct, messire troubadour, grogna l'armurier en se tournant finalement vers eux. Mais il est toujours mieux d'avoir le modèle vivant sous la main pour achever les finitions. Approche-toi, sorceleur, le pria-t-il en s'inclinant légèrement. Essaie-la, et dis-moi ce que tu en penses.

Sans discuter, Geralt s'avança à l'intérieur de l'atelier et passa par-dessus son pourpoint le plastron que l'artisan lui tendait.

L'armurier s'installa sur un tabouret à trois pieds, de manière à ce que son visage soit à la hauteur du torse de son client. Pour être efficace, l'armure devait être suffisamment serrée, mais pas trop pour laisser à son porteur sa liberté de mouvements. L'homme connaissait son métier, car il ajusta la cuirasse exactement là où cela était nécessaire sans que Geralt n'ait besoin de lui dire quoi que ce soit. Au bout de quelques minutes, l'artisan se leva de nouveau et recula de plusieurs pas.

-Bouge comme lors d'un combat, dit-il.

Geralt s'exécuta. Il referma ses poings l'un au-dessus de l'autre, comme s'il tenait un glaive invisible, et commença à mimer des coups secs et puissants en pivotant sur ses pieds.

-Parfait, commenta l'artisan. On va ajouter les épaulières.

Cette fois, il fit signe à Geralt de prendre place sur le tabouret tandis qu'il s'affairait debout, tournant autour de lui.

-Bouge les bras, le pria-t-il encore.

Geralt leva les bras en l'air, puis les tendit en avant, puis en arrière, avant d'effectuer quelques moulinets des épaules.

-Tu fais du bon travail, l'armurier, déclara Geralt d'un ton appréciateur.

-Je te remercie, sorceleur, répondit l'homme en s'inclinant derechef. Un tel compliment de la part de quelqu'un qui passe sa vie à combattre les plus viles créatures me va droit au cœur.

-Je ne cherche pas à te flatter, assura Geralt. C'était un simple constat.

De toute évidence, c'était justement ce constat qui avait touché l'armurier car celui-ci ne put s'empêcher de pencher à nouveau la tête en avant. Faisant comme s'il n'avait rien remarqué, Geralt sortit une petite bourse de la poche secrète de sa ceinture et la déposa sur l'établi de l'homme.

-Cinquante orins, comme convenu.

-Je te remercie, sorceleur. Bonne chance pour la suite de ton périple.

À son tour, Geralt le remercia d'un signe de tête puis sortit de l'atelier, son armure flambant neuve toujours accrochée autour du torse.

-À ce propos, reprit Jaskier tandis qu'ils reprenaient la direction de l'auberge. Où est-ce que vous allez, la fille, le « fantôme » et toi ?

-Vers le Nord-Est, répondit succinctement Geralt. Très loin au Nord-Est.

-Au Nord-Est ? répéta le barde d'un air désemparé. Mais il n'y a strictement rien que des montagnes hostiles, au Nord-Est.

-Précisément, acquiesça Geralt dans un sourire en coin.

-Bon, soupira Jaskier, et comment comptes-tu t'y rendre ? À cheval, tu en aurais pour des mois.

-As-tu une meilleure solution à proposer ? s'enquit aussitôt le sorceleur, à qui ce problème n'avait pas non plus échappé.

-Eh bien figure-toi que oui, assura Jaskier.

Geralt s'arrêta brusquement, et un vieillard qui marchait derrière eux le heurta violemment. Le vieux allait se mettre à jurer mais, remarquant l'allure peu avenante du sorceleur, passa devant lui en grommelant.

-De quelle solution parles-tu ? demanda Geralt à Jaskier.

-Oh, mais regardez-moi ça ! s'exclama celui-ci d'un ton ouvertement moqueur. Le grand sorceleur Geralt de Riv, le célèbre Loup Blanc, me demande un conseil avisé, à moi, humble poète ?

Pour toute réponse, Geralt le foudroya du regard.

-Le fleuve, reprit le barde, comme s'il s'agissait d'une évidence. Il suffit de louer un bac jusqu'à Maribor, puis un autre jusqu'à Carreras. De là, tu traverses Ellander à cheval jusqu'à Bialy Most et tu reprends un bateau jusqu'au pied des montages de Kaer Morhen. Car c'est bien là que tu veux aller, n'est-ce pas ?

Pris au dépourvu par l'inhabituelle perspicacité de son ami, Geralt ne sut que répondre.

-Ça t'en bouche un coin, hein ? s'amusa Jaskier.

-Et pas qu'un peu, convint Geralt d'un ton bourru. Ton idée est bonne, Jaskier, mais les traversées fluviales sont chères. Or comme je ne peux pas travailler, mes ressources sont limitées. Il faut que je sois économe.

-Qu'est-ce que ça te coûte d'aller négocier avec un passeur ? s'impatienta le ménestrel. Si c'est vraiment trop cher, tu peux toujours dire « non ».

À ces mots, Geralt poussa un soupir puis secoua la tête. Jaskier avait raison, demander ne coûtait rien mis à part un peu de temps – et de nerfs.

-Très bien, abdiqua-t-il enfin. Allons sur la digue nous renseigner.


Il fallut aux deux amis pas moins de vingt minutes pour gagner l'embarcadère dans la cohue de la ville. Mayen était une bourgade fortifiée dans laquelle vivaient plusieurs centaines d'habitants l'odeur d'égouts rejetés sur les pavés était insoutenable et Geralt se souvint des mots d'Isane : « Les hommes du peuple sont trop crasseux. »

Lorsqu'ils arrivèrent enfin à destination, ils virent un bac chargé de bétail s'approcher lentement de la rive, venant dans leur direction. L'homme qui menait l'embarcation semblait plus âgé qu'il ne l'était sans doute, mais c'était un mal courant chez dans les classes sociales inférieures.

Le bord du bac cogna doucement contre le ponton et Geralt se hâta de saisir la corde posée au sol pour l'attacher solidement autour d'un poteau d'ancrage. Une fois toutes les bêtes déchargées – de simples vaches à lait, à ce qui semblait – Geralt s'approcha du passeur.

-Oh là, batelier ! J'ai une question à te poser : t'arrive-t-il de remonter le fleuve jusqu'à Maribor avec ton embarcation ?

Avant de répondre, l'homme se gratta le menton à la barbe fournie d'un air distrait.

-Non, dit-il enfin.

-Pourquoi pas ? s'enquit Geralt. Est-ce par manque de clients ?

-Par manque de clients, voilà, concéda le batelier.

-Mais moi, je pourrais être ton client, insista encore le sorceleur. Et je vais à Maribor. Combien coûterait une telle traversée ?

Contre toute attente, le passeur éclata de rire.

-Tout l'or du monde ne vaut pas la peine que je risque ma vie, cher client, répondit-il.

-Que veux-tu dire ? La rivière Ina n'a pourtant pas la réputation d'être particulièrement dangereuse pour la navigation. Ou est-ce que tu ne sais pas nager ?

-Bien sûr que je sais nager !

-Alors quel est le problème ?

-Le problème ? répéta le batelier d'un air soudain furieux. Le problème, c'est la bête qui nous attend en embuscade pour nous croquer, et qui empêche le passage depuis des mois !

-Une bête, tu dis ? s'étonna Geralt. À quoi ressemble-t-elle ?

-Hé ! Tu crois que je serais encore là pour t'en parler si je l'avais vue de mes propres yeux ?

-Pourtant quelqu'un a bien dû la voir pour pouvoir te le raconter ! Sinon comment pourrais-tu m'en parler à ton tour ? s'impatienta Geralt.

-Ce n'est pas tant ce qu'on a vu, que ce qu'on n'a pas vu, le contredit le batelier.

-Explique-toi.

-Des barques, des péniches, des bacs… échoués par dizaines au milieu du fleuve, sans personne à leurs bords, même pas un cadavre.

-Ils ont peut-être été victimes de bandits ? suggéra Jaskier.

-Des bandits qui détruisent systématiquement les embarcations mais qui repartent sans emporter les marchandises et les richesses ? Permets-moi d'en douter, ironisa le passeur.

-Il existe plusieurs espèces de créatures capables d'entraîner des humains au fond du fleuve pour les dévorer ensuite, déclara Geralt d'une voix lente. Les vodianoïs[1] et les ondins[2], par exemple. Il existe des dizaines d'espèces de monstres aquatiques.

-Si tu le dis, fit le batelier en haussant les épaules.

On aurait dit que cela lui était égal.

Geralt se tut un moment, réfléchissant.

-Écoute, batelier, reprit-il finalement, voilà ce que je te propose : tu nous emmènes, mes amis et moi, avec ton bateau en direction de Maribor et je m'occupe du monstre fluvial pour toi.

-N'es-tu pas devenu fou ? s'écria l'homme d'un air horrifié.

-Il n'est pas fou, assura Jaskier avant que Geralt ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Mon ami que voici est sorceleur. Tu as peut-être déjà entendu parler de Geralt de Riv, aussi appelé « Loup Blanc » ?

-Ça me dit vaguement quelque chose, admit le batelier en lissant distraitement sa barbe sur son menton. J'ai dû entendre une chanson ou deux…

-Ah ! fit Jaskier en jetant à Geralt un regard de triomphe.

-Et tu prétends que tu peux nous débarrasser de ce fléau qui nous barre la route depuis des mois ? interrogea encore le passeur d'un air peu convaincu.

-Je suis déjà venu à bout de nombreux monstres, répondit le sorceleur. Pas plus tard qu'avant-hier, j'ai tué un wendigo.

Techniquement, c'était vrai. Néanmoins le combat aurait pu finir bien différemment sans le soutien d'Isane.

-Et il se trouve que je voyage en ce moment avec l'une de mes consœurs, renchérit-il. À nous deux, nous sommes sûrs de pouvoir tuer la créature, quelle qu'elle soit.

-Et en échange, tu veux aller jusqu'à Maribor ?

-Carreras, corrigea Geralt.

Quitte à risquer sa vie sans se faire payer, autant négocier le plus grand avantage possible. Et puis, en ne faisant pas de halte à Maribor, Isane déciderait peut-être de poursuivre la route avec eux.

-Carreras, c'est loin, fit remarquer le batelier.

-Mais tu pourras y prendre un chargement de retour, rétorqua le sorceleur. C'est à prendre ou à laisser, ajouta-t-il d'un ton sans appel.

-Ah, ça va, soupira l'homme. Je veux bien tenter le coup. De combien de passager est-il question, au juste ?

-Quatre personnes et deux chevaux.

-Marché conclu, abdiqua le batelier. Nous partirons demain à l'aube. Ne soyez pas en retard !


[1] Vodianoï : créature amphibie de la mythologie slave

[2] Ondin : génie des eaux de la mythologie germanique

Merci d'avoir lu !
Vous avez remarqué, Geralt semble s'attacher de plus en plus à Isane, à tel point qu'il tente une combine pour l'empêcher de débarquer à Maribor. Son plan a-t-il des chances de réussir ?
L'idée de Jaskier ne semble finalement pas si mauvaise - à voir comment le combat contre le monstre va se dérouler... Une idée du genre de créature dont il peut s'agir ?

Avis au fans de Kaamelott : le prochain chapitre s'intitule "Embarqués sur frêle esquif" ^^
À mercredi prochain !