Hello !
Je remercie une nouvelle fois Chrisjedusor pour ses adorables commentaires
Bonne lecture !
Pour la seule et unique fois depuis que Geralt avait fait sa connaissance une décennie auparavant, Jaskier avait été le premier levé ce matin-là.
-Allez, allez ! s'exclama-t-il en donnant de légers coups de pieds dans les jambes de Geralt. Un peu de nerfs, sorceleur ! Tu as une épopée à me conter et ne crois pas que je te laisserai te défiler, cette fois ! De toute façon, tu n'as aucun endroit où te cacher sur l'esquif. Tu ne m'échapperas donc pas !
-Je pourrais toujours décider de rejoindre le drac aux Enfers, maugréa Geralt en s'asseyant pour enfiler ses bottes.
Son regard croisa alors celui d'Isane le sorceleur ouvrit la bouche d'un air coupable, cherchant les mots justes pour excuser sa maladresse, mais avant qu'il n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Isane lui adressa un sourire indulgent. Elle sortit de la tente et Geralt ne tarda pas à la suivre.
Les pouvoirs de régénération des sorceleurs étaient vraiment extraordinaires, Isane avait l'air en pleine forme ! À la voir, il était impossible de deviner qu'elle avait échappé de justesse à la mort pas plus tard que la veille. Alors que Ciri…
La jeune fille, qui avait semblé en bien meilleure santé dix heures plus tôt, avait de nouveau les yeux fatigués et le teint grisonnant. Elle avait pourtant dormi, Geralt s'en était assuré avant de se laisser à nouveau engloutir par le sommeil. Et cette fois encore, aucun mauvais rêve n'était venu troubler son repos.
-Est-ce que ça va ? lui demanda-t-il en se penchant vers elle pour mieux l'observer, ses sourcils blancs froncés autant par l'inquiétude que par la concentration.
-Oui, assura-t-elle. Je ne sais pas pourquoi je suis si épuisée. J'ai bien dormi et moi, je n'ai pas combattu de dragon d'eau, ni failli me noyer…
-Rhâ, fit Jaskier en secouant vivement la tête, visiblement agacé que son ami puisse porter son attention sur quelqu'un d'autre que sur ses problèmes existentiels de barde. C'est parce qu'on mange mal, c'est tout. À la cour de Cintra, tu étais gavée du matin jusqu'au soir de gâteaux et de pâte d'amande mais quand on est pauvre, on crève la dalle. C'est normal, il faut juste s'y faire, conclut-il en haussant les épaules.
Et sans ajouter un mot, ni attendre de réponse, il tourna les talons d'un mouvement théâtral.
Geralt fronça les sourcils. L'explication de Jaskier tenait la route : la veille, ils avaient fait un vrai repas dans une taverne à Maribor, et Ciri avait semblé reprendre du poil de la bête. Alors que le soir, ils avaient dû se contenter de leurs frugales provisions que le sorceleur, par habitude et par prudence, préférait rationner. Faisait-il une erreur ? Devait-il permettre à Ciri de manger à sa faim, quitte à se priver lui-même ? Il savait d'expérience qu'il pouvait jeûner plusieurs jours sans perdre trop de forces. Bien décidé à tenter le coup, il assura ne pas avoir d'appétit et offrit sa part de petit-déjeuner à sa jeune protégée.
La compagnie largua les amarres peu de temps après et atteignit en un clin d'œil le fameux pont où les deux sorceleurs avaient combattu le drac, pas plus tard que la veille.
-Est-ce que vous avez compris qu'il s'agissait d'un drac avant qu'il attaque, ou seulement après ? interrogea le troubadour, les yeux écarquillés et la bouche ouverte avec avidité.
Il était assis en tailleur en plein milieu du pont, le buste tourné vers le sorceleur.
-Tu baves, c'est dégoûtant, éluda Geralt en détournant le regard, le coude droit nonchalamment appuyé sur le bastingage tribord.
Dans un réflexe, Jaskier s'essuya le menton d'un revers de manche, ce qui fit sourire le sorceleur.
-Haha, très drôle, grimaça le barde, constatant que son ami avait menti. J'attends toujours ta réponse.
Geralt soupira avec lassitude mais se décida finalement à lui donner satisfaction : c'était sans aucun doute le moyen le plus simple et le plus rapide pour avoir la paix.
-Avant, répondit-il. Isane l'a repéré en premier depuis le sommet du pont alors qu'il nageait dans notre direction.
-Donc vous avez pu mettre au point une stratégie ? en déduit aussitôt Jaskier.
-Si on peut dire… grommela Geralt.
Et devant le regard insistant de son ami le ménestrel, le sorceleur se résigna à raconter toute l'histoire avec le plus de détails possibles :
-Isane est descendue du pont pour servir d'appât. Quand le drac a émergé pour l'attaquer, j'ai sauté sur sa tête. L'attaque a raté, le drac s'est débattu, Isane est tombée à l'eau, ça m'a déconcentré et m'a fait chuter de la tête du drac. Il m'a rattrapé avant que je ne me brise les os sur un rocher et je lui ai planté mon glaive dans la gueule, ce qui l'a tué.
Il se tut. Jaskier cligna plusieurs fois des paupières d'un air particulièrement stupide.
-Quoi, c'est tout ? s'étonna-t-il d'une voix forte.
-Comment ça, « c'est tout » ? s'indigna Geralt en le foudroyant du regard. Tu veux te charger du prochain monstre, peut-être ? Je croyais que notre aventure au large de Bremervoord t'aurait suffi… Et tout ça pour quoi ? Pour une perle !
-Peuh, cracha Jaskier, piqué dans son orgueil. Je suis sûr qu'Isane apprécierait d'avoir un amant qui lui offre des perles ! Pas vrai, Isane ? ajouta-t-il en se tournant vers elle.
Horrifiée d'être ainsi prise à parti, la sorceleuse détourna le regard.
-Ah, tu vois ! s'exclama le barde d'un air triomphant. Tu t'y connais peut-être mieux en monstres, mais moi je m'y connais mieux en femmes. C'est un fait que tu ne peux nier.
Plus exaspéré que jamais, Geralt leva les yeux au ciel et secoua la tête avec consternation.
-Bon, voyons voir ce qu'on peut faire de ça… grommela Jaskier en posant son luth sur sa cuisse.
Il entonna alors une série d'accords, râla en claquant la langue, réajusta la position de son instrument et recommença.
Pendant ce temps, Geralt observait Isane, installée à bâbord. Elle s'obstinait regarder vers la proue comme pour fuir son regard posé sur elle, ses longs cheveux virevoltant derrière sa nuque comme un étendard. Ciri était assise juste devant elle, et la sorceleuse pouvait aisément voir par-dessus sa tête à la crinière d'un blond cendré.
-Je peux te poser une question ? demanda-t-elle en se retournant soudain vers Isane.
-Je t'en prie, l'encouragea cette dernière, une fois la première surprise passée.
-Qu'est-ce que ça fait de…
Elle n'osa pas achever sa phrase.
-De mourir ? devina Isane d'une voix douce.
Ciri baissa les yeux et sourit d'un air gêné.
-Oui, admit-elle.
À ces mots, Isane se redressa et expira bruyamment. Pas par agacement ni par malaise, mais plus par hésitation.
-Est-ce que tu as vu de la lumière ? Ou… des gens… qui sont déjà morts ? interrogea encore la jeune fille.
Au fur et à mesure qu'elle parlait, sa voix était devenue de plus en plus basse, pour finir à peine plus haute qu'un murmure.
Oubliant la remarque effrontée de Jaskier, Isane échangea un regard incertain avec Geralt. Il lui avait parlé de la prise de Cintra et il ne faisait aucun doute que Ciri faisait référence à celle qu'elle avait tragiquement perdue ce jour-là.
-Je n'ai rien vu, répondit finalement Isane en se penchant vers Ciri, comme si elle lui faisait là une intime confidence. Mais je ne suis pas vraiment morte, ajouta-t-elle, alors ça ne compte pas.
Elle marqua une courte pause avant de poursuivre d'un ton qui se voulait maîtrisé mais qui peinait à masquer son embarras :
-Je suis sûre que ta grand-mère viendra te chercher, le moment venu. Mais ça sera dans très, très longtemps.
Cirilla releva alors vers elle un regard embué, mais la jeune fille souriait malgré tout avec sincérité.
-Merci, souffla-t-elle d'une voix étranglée.
Isane lui rendit son sourire et, après un bref instant d'hésitation, passa sa main dans les cheveux de Ciri. Elle lui caressa doucement le front pendant une ou deux minutes puis Ciri vint se blottir contre sa poitrine et éclata en sanglots.
Tout ce que contenait L'Illiade – les bagages, les bouées, les cordages – se mit légèrement à trembler, affolant Ablette et Solstice qui avaient repris leur place à la proue. Les deux équidés étaient devenus tellement nerveux que le sorceleur dut former le Signe d'Axia pour les calmer. Après avoir survécu au drac, ne serait-ce pas le comble de l'ironie que la gabare d'Achille fasse naufrage à cause de deux chevaux anxieux ?
Ablette et Solstice finirent par s'apaiser mais tout le reste continuait de trembloter et Isane fronça les sourcils. Son regard croisa à nouveau celui de Geralt qui inclina sensiblement la tête. Tu saisis maintenant pourquoi il faut que je l'emmène à Kaer Morhen ? pensa-t-il de toutes ses forces. Isane sembla le comprendre car elle opina plusieurs fois du chef et lui adressa un sourire pincé.
Sa poitrine s'affaissa tandis qu'elle expirait tout l'air que contenait ses poumons elle avait l'air plus que jamais préoccupée, mais son attitude maternelle envers Ciri – qu'elle continuait de serrer dans ses bras – conforta Geralt dans sa première intuition : il lui serait plus facile de protéger la jeune fille et de s'en occuper convenablement avec Isane à ses côtés.
Achille roula les voiles pour ralentir l'allure avant de passer sous le pont. Le mât frôla la voûte de pierre mais passa sans encombre. La forme noire du cadavre du drac leur apparut alors au travers des eaux claires de la rivière.
-Ah oui, quand même, siffla Jaskier d'un air impressionné.
Le barde s'était précipité à la proue de l'embarcation pour avoir une meilleure vue.
-Je plussoie le poète, renchérit Achille, une main toujours sur la barre mais le buste légèrement penché au-dessus du bastingage. J'espère que vous avez au moins pensé à récolter un trophée, comme preuve de votre exploit.
À ces mots, le visage de Geralt se figea.
Trop occupé à sauver la vie d'Isane, il n'avait pas pensé un seul instant à récolter un quelconque butin sur la créature. Maintenant que le batelier en parlait, il se sentait idiot.
De toute évidence, Jaskier avait parfaitement interpréter l'ombre sur le visage de son ami car il se retourna vivement :
-Eh bien, qu'est-ce que tu attends ? Il n'est pas trop tard, le drac est juste là, sous nos pieds !
Perplexe, Geralt échangea un regard avec Isane. Même Ciri, que la sorceleuse consolait tant bien que mal, avait cessé de pleurer et le dévisageait avec insistance.
-Jette l'ancre, Achille, abdiqua-t-il. S'il te plait.
Le batelier s'exécuta sans se faire prier.
Bien que fort peu enthousiaste à cette idée, Geralt préféra se déshabiller avant de se jeter à l'eau. Comprenant ce qu'il avait en tête, Ciri détourna les yeux d'un air gêné et ses joues s'empourprèrent à vue d'œil.
Une fois entièrement nu et n'emportant avec lui qu'une simple dague accrochée à son mollet à l'aide d'une sangle, Geralt se hissa sur le bastingage du voilier, au niveau de la proue, puis, après avoir pris une grande inspiration, il tendit les bras au-dessus de sa tête, fléchit légèrement les genoux et plongea.
L'eau glacée lui brûlait la peau et engourdissait ses membres. Ignorant cette douleur mordante, il effectua une série de brasses puissantes vers le lit de la rivière et ne tarda pas à apercevoir le cadavre du monstre. Plissant les yeux, le sorceleur accéléra encore l'allure.
Son rythme cardiaque quatre fois plus lent que celui des humains lui permettait de survivre en apnée pendant plusieurs minutes, mais le temps lui était néanmoins compté.
Il arriva enfin à la hauteur du drac et se laissa un instant flotter, réfléchissant. Il aurait aimé pouvoir prendre sa tête, mais le corps du monstre faisait plus d'un mètre d'épaisseur outre le temps qu'il lui faudrait pour trancher le cou du drac, il serait incapable de le remonter à la surface, sans parler du fait que la gabare d'Achille ne pourrait sans doute pas le transporter non plus.
Les rayons de soleil qui parvenaient à traverser la surface et se frayer un chemin vers les profondeurs firent scintiller la peau luisante de la créature bien qu'à moitié aveuglé par la lumière, Geralt sut alors ce qu'il devait faire. Il empoigna sa dague et glissa la lame sous l'une des écailles d'un noir bleuté. Il lui fallut concentrer toutes ses forces mais finalement, il réussit à l'arracher, laissant un trou sur la peau grisâtre du drac. Il coinça l'écaille grande comme une tuile entre ses dents et renouvela l'opération deux autres fois.
Le sorceleur nagea ensuite vers la gueule du monstre et, après avoir glissé les trois précieuses écailles entre la sangle et son mollet, découpa ses épaisses gencives pour en déloger un crochet de la taille d'une courte lance de tournoi. Il y parvint juste à temps avant que l'air dans ses poumons ne commence à se tarir. Tenant le poignard d'une main et la dent de l'autre, il leva les bras en direction de la surface et amorça sa remontée.
La première chose qu'il vit une fois la tête de nouveau à l'air libre, fut la main tendue d'Isane. Il nagea vers elle et lui donna d'abord le crochet. Surprise, elle le considéra un bref instant avant de le poser près d'elle sur le bateau et de se tourner à nouveau vers Geralt. Cette fois, il attrapa sa main avec reconnaissance et se laissa hisser sur le pont de L'Illiade où Ciri le recouvrit aussitôt d'une couverture.
-Merci, lui dit-il en souriant.
Il était sincèrement touché de cette attention toute délicate, bien qu'il y eût fort à parier que la jeune fille l'ait fait plus par pudeur que par peur qu'il ne prenne froid.
-Qu'est-ce que tu en penses ? lui demanda-t-il encore en désignant du menton le crochet jauni qui traînait au milieu des cordages.
-Il est très grand, remarqua-t-elle.
Toujours souriant, Geralt s'assit sur une caisse en prenant soin de camoufler ses parties sensibles puis retira les trois écailles de la sangle accrochée à son mollet.
-Celle-là, déclara-t-il en lui en tendant une, je te l'offre. Elle est pour toi.
-C'est vrai ? s'exclama Ciri, les yeux écarquillés par la surprise.
-Puisque je te le dis.
Visiblement émue bien au-delà de ce que le sorceleur avait pu anticiper, la jeune fille se jeta dans ses bras sans se soucier de finir à son tour mouillée.
-Et les deux autres ? intervint soudain Jaskier. Qu'est-ce que tu vas en faire ? Je suis sûr que ça vaut une fortune ! Il doit bien y avoir un sorcier à Carreras à qui on pourrait les revendre un bon prix…
-Nous verrons bien, répondit Geralt en haussant les épaules.
À vrai dire, il espérait vraiment trouver preneur pour l'une des deux écailles. Quant à la dernière, il avait autre chose en tête pour elle.
-Ciri, reprit-il en repoussant doucement sa protégée. Je voudrais me rhabiller, maintenant.
-Oh ! fit-elle en rougissant derechef.
Elle s'éloigna alors et rejoignit Isane, qui aidait Achille à remonter l'ancre.
Tandis que Geralt se rhabillait, Jaskier continuait de jacasser. À croire qu'il ne s'arrêtait jamais !
-Il me reste la fin de la journée pour écrire ma ballade, expliqua-t-il. Je tiens vraiment à la chanter ce soir à Carreras. Mais l'histoire du pont, c'est vraiment nul. On va dire que le batelier t'a supplié d'affronter le drac qui l'empêchait de rejoindre sa bien-aimée, une fille de pêcheur qui vit le long du fleuve. Toi, sorceleur au grand cœur que tu es, tu as bien sûr accepté et, après que la bête ait renversé le navire et failli noyer le batelier, tu as réussi à en venir à bout. Mais malheureusement, le batelier s'aperçoit que le drac avait déjà tué la fille du pêcheur et que la rivière a rejeté son cadavre sur la berge. Terrassé par le chagrin, il décide alors de se noyer en remplissant ses poches de pierres sans que tu puisses faire quoi que ce soit pour l'en empêcher.
Il se tut, apparemment très content de lui.
-Pourquoi le batelier ne rejoint-il pas la fille par la route, si le drac empêche la remontée du fleuve ? interrogea Geralt, qui avait terminé de se revêtir.
-Qu'est-ce que tu me chantes là ? s'écria le barde d'une voix aiguë. C'est pourtant évident : le batelier ne possède pas de cheval et faire la route à pied depuis Mayen prend bien trop de temps. Son seul moyen pour rejoindre sa dulcinée, c'est de naviguer, car telle est sa vocation, et tel est son destin.
Geralt haussa les épaules, peu convaincu.
-Et puis, je te l'ai déjà dit cent fois, poursuivit le poète d'un ton irascible. Je n'écris pas des chansons pour que les gens me croient mais pour les émouvoir. Oserais-tu me dire que ma version de l'histoire n'est point bouleversante ?
-Je n'oserai certainement pas, répondit Geralt.
Il se leva alors et laissa Jaskier composer ses vers.
Isane tressait les cheveux de Ciri, assises en tailleur sous le mât dont Achille avait à nouveau déployé la voile. Geralt les observa un moment, perdu dans ses pensées. À les voir comme ça, tous les trois, ils formaient presque une famille. Mais quelle drôle de famille ! Le genre de vie dont Geralt n'avait précisément jamais voulu, au contraire de Yennefer.
Sentant son regard posé sur elle, la sorceleuse releva la tête et lui adressa un sourire. Geralt le lui rendit et, d'un léger mouvement de la tête, lui fit signe de le rejoindre quelques instants.
-Je reviens tout de suite, l'entendit-il dire à Ciri.
La jeune fille opina du chef en signe d'approbation et Isane s'approcha de Geralt, l'air de nouveau inquiet.
-Qu'y a-t-il ? s'enquit-elle sans détour.
Le sorceleur jeta un regard méfiant en direction de Jaskier, qui était absorbé par l'écriture de sa ballade, puis tourna le dos au pont, enjoignant Isane à faire de même.
Geralt sortit de sa poche l'une des deux écailles restantes et la tendit discrètement à Isane.
-Je n'ai pas de perle à t'offrir, regretta-t-il à voix basse.
Isane le dévisagea d'un air surpris puis baissa lentement les yeux vers l'écaille scintillante qui recouvrait complètement sa paume. Elle la caressa un moment du bout des doigts avant de relever la tête et d'adresser à Geralt un sourire pincé.
-Tu devrais la vendre avec l'autre, dit-elle en lui mettant l'écaille dans la main. Nous aurons besoin d'argent pour la suite du voyage et moi, je préfère de loin la symbolique du lilas mauve aux objets à l'importante valeur marchande mais dénués de valeur sentimentale.
Désarmé par la franchise de ces paroles, Geralt ouvrit la bouche mais aucun son de daigna sortir de sa gorge.
Isane lui sourit à nouveau, se dressa sur la pointe des pieds et déposa un chaste baiser sur sa joue – comme ce soir-là, à Kaer Morhen – puis retourna s'asseoir sous la voile, où Ciri l'attendait.
Geralt, quant à lui, ne retint qu'une seule chose : elle avait dit « nous ».
C'est tout pour aujourd'hui !
Geralt peut penser et dire ce qu'il veut, Jaskier fait plusieurs remarques fort pertinentes dans ce chapitre, vous ne trouvez pas ? A-t-il raison concernant la petite condition de Ciri ? Qu'avez-vous pensé de sa version du combat contre le drac ? Et de son conseil à Geralt de faire un cadeau à Isane ?
On quittera la rivière Ina la semaine prochaine avec un chapitre intitulé "Bienvenue à Carreras". Un grand merci de votre fidélité, à bientôt !
MM's
