Bâtie au pied des montagnes de Mahakam, la cité de Carreras était la principale plaque tournante du commerce du fer et des pierres précieuses, que les nains et les gnomes extrayaient des mines avant de les travailler dans des forges et des joailleries.
La gabare d'Achille glissait silencieusement sur la rivière, rendant les hauts sommets recouverts de neiges éternelles un peu plus imposants à chaque nouveau mètre parcouru. Cirilla, qui ne s'était encore jamais aventurée aussi loin à l'intérieur des terres du Continent auparavant, les appréhendait avec inquiétude.
-Il paraît que les nains aiment manger des enfants au petit-déjeuner, murmura-t-elle en se blottissant contre Geralt.
-Qui est-ce qui t'a raconté ça ? lui demanda-t-il en retour. Sans doute pas ta grand-mère, et encore moins Sac-à-Souris.
-Non, admit la jeune fille. C'est ma Nounou qui me disait ça quand je ne voulais pas dormir. Elle disait que si je n'étais pas sage, un nain viendrait me prendre pour son petit-déjeuner.
-Des méthodes éducatives comme je les aime, commenta Jaskier d'un ton narquois.
À mesure qu'ils s'approchaient des zones habitées, la présence de L'Illiade commençait à attirer de plus en plus l'attention sur elle. Sur la rive droite que l'embarcation longeait, les paysans les regardèrent passer avec de grands yeux ronds. Puis ce furent les marchands, et enfin les dockers.
-Cela fait des mois qu'ils sont au chômage technique, expliqua Achille en riant.
Il leur fit des grands signes de la main, gardant l'autre posée sur la barre. Lentement, il dirigea son bateau vers un quai et fit signe à Geralt de lancer la corde à un va-nu-pieds qui se trouvait là par hasard. Malgré son air hébété, le garnement l'attrapa au vol et se hâta de l'enrouler autour du poteau d'ancrage.
Geralt fut le premier à mettre le pied à terre. Il saisit ensuite Ciri par la taille et la souleva avant de la reposer sur le sol pavé du quai. Restée à bord, Isane lui tendit ensuite les brides d'Ablette pour qu'il l'aide à son tour à descendre du pont, puis ce fut le tour de Solstice.
Trop occupés à décharger leurs bagages, la compagnie ne s'était pas rendue compte que toute la ville semblait s'être agglutinée sur le quai pour les accueillir. Peu rassurée, Ciri se serra de nouveau contre les jambes du sorceleur et dévisagea les badauds de ses grands yeux verts.
-Laissez-moi passer ! Écartez-vous ! Laissez-moi passer ! cria une voix qui semblait fendre la foule.
Intrigué, Geralt échangea un regard de biais avec Isane. Un homme de taille moyenne, trapu et à la barbe grise apparut bientôt devant eux. À voir la qualité de ses vêtements, Geralt aurait parié qu'il s'agissait d'un marchand ou alors, du bourgmestre.
-Bonjour voyageurs, déclara-t-il en se postant devant eux dans une attitude autoritaire qui n'impressionna nullement le sorceleur. Je me nomme Danaël Neroh, le maire de Carreras.
Dans le mille, pensa Geralt.
-Je peux savoir qui vous êtes et d'où vous venez, comme ça, par voie fluviale ? poursuivit l'homme barbu d'un ton inquisiteur.
-Messire le bourgmestre ! s'immisça Jaskier avant que quiconque ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Vous êtes bien aimable de nous accueillir personnellement dans votre sympathique bourgade, nous qui avons fait un si long voyage depuis Mayen.
-Depuis Mayen, vous dites ? répéta Neroh, abasourdi. Et la bête ?
-Vaincue ! s'exclama le barde d'un ton joyeux. Son cadavre sert à présent de repas aux poissons, le fleuve est de nouveau ouvert à la navigation.
-Vraiment ? s'étonna le bourgmestre. Et vous avez des preuves de ce que vous avancez ?
Une vague de murmures agita alors la foule rassemblée autour du bateau, et Jaskier se tourna vers Geralt.
-Ils veulent des preuves, répéta-t-il sur le ton de la confidence, comme s'il s'adressait à un arriéré.
Bien qu'exaspéré par son comportement, Geralt sortit de sa poche les deux écailles qui lui restaient, et saisit le crochet qu'Isane lui tendait.
Le bourgmestre les examina avec attention. De toute évidence, il n'y connaissait strictement rien en dragons des eaux et ne pouvait donc déterminer avec assurance si les preuves qu'on lui présentait étaient authentiques ou pas.
-Vous avez sans doute un magicien pour confirmer votre expertise ? dit Geralt d'un ton parfaitement calme. Un deuxième avis est toujours utile.
À ces mots, Neroh leva vers lui un regard gêné.
-Hélas, non, soupira-t-il. Keira Metz, notre magicienne, est partie pour affaires. J'ignore exactement quand elle reviendra. Quant à Yoël Grethen, il a été tué dans la Bataille du mont Sodden.
Geralt étouffa un grognement désappointé. Outre le fait qu'un sorcier aurait pu clarifier les doutes du maire, il aurait également pu lui racheter les écailles et le crochet pour l'un de ses tours de magie. Pas de magicien, cela signifiait pas d'argent gagné.
-Mais moi, on me connaît, ici, intervint soudain Achille. Je transportais vos marchandises sur mon Illiade jusqu'à ce que la bête ne surgisse de nulle part. J'ai eu de la chance d'avoir eu vent des naufrages avant de remonter une nouvelle fois le fleuve jusqu'ici, sinon je serais mort comme tous les autres qui ont essayé. Je ne serais sans doute jamais revenu chez vous si ces deux honnêtes sorceleurs n'avaient pas occis la bête au péril de leurs vies.
Visiblement toujours pas complètement décidé, le maire se retourna vers ses concitoyens.
-Est-ce que quelqu'un peut confirmer ses dires ? lança-t-il. Est-ce que quelqu'un le connaît ?
-Ouais, nous on l'connaît ! répondit un vieillard à l'allure de pêcheur à la retraite. C'est l'batelier Achille. S'il dit que l'fleuve est sûr, alors moi je l'crois.
Plusieurs autres voix lui firent écho, finissant de convaincre le bourgmestre.
-Très bien, dit-il, dans ce cas… Que le commerce reprenne !
Puis, se tournant vers Geralt et Achille, il ajouta :
-Nous allons organiser un grand banquet pour fêter ça. Vous êtes mes invités.
Il tourna ensuite les talons dans un bruissement de cape et fendit de nouveau la foule, suivi des cinq voyageurs.
La maison du bourgmestre était exactement comme Geralt se l'imaginait dans une ville telle que Carreras : imposante, ostentatoire, et jurant affreusement avec les maisons en colombage environnantes.
Ce n'était pas la première fois qu'il était l'hôte de dignitaires et son excitation était plus que contenue. Pour dire vrai, le sorceleur se sentait terriblement blasé. Tout le contraire d'Achille, dont le regard émerveillé passait de la cheminée de marbre à l'imposant lustre de cristal qui pendait du plafond orné de stuc et de dorures.
Neroh appela l'un de ses serviteurs pour qu'il montre à ses cinq invités les appartements où ils pourraient passer la nuit et, accessoirement, se laver avant le banquet.
Tout comme à l'auberge de Mayen, Geralt laissa Ciri aux bons soins d'Isane, car il pouvait difficilement expliquer pourquoi un homme de son âge voulait partager la chambre d'une jeune fille mineure sans que cela paraisse louche. Et de toute façon, il fallait bien que Jaskier et Achille dorment quelque part, eux aussi.
Après s'être lavés – et rasés, dans le cas des hommes – puis avoir reçu des vêtements propres que les deux sorceleurs ne revêtirent qu'à contrecœur, les cinq compagnons rejoignirent le maire dans la grande salle à manger à la lumière tamisée où, une nouvelle fois, la moitié de la ville semblait les attendre.
-Ah ! s'exclama Neroh en ouvrant les bras pour les accueillir, faisant flotter ses larges manches de velours autour de lui. Voici nos invités d'honneur ! Messieurs les plus riches marchands de Carreras, je vous présente ceux grâce auxquels vous allez pouvoir reprendre vos activités de commerce : le sorceleur Geralt de Riv et le batelier Achille, de Mayen.
Des applaudissements polis mais sincères répondirent à cette introduction et Geralt détourna les yeux avec malaise. Il détestait être le centre d'autant d'attention, même si c'était cette attention qui lui permettait de gagner sa vie. Et dans le cas présent, il trouvait injuste que la contribution d'Isane soit oubliée alors qu'elle avait failli y perdre la vie.
Neroh fit signe à ses convives de s'installer autour de la longue table, prenant place à son extrémité pour présider le banquet. Il insista alors pour que Geralt s'asseye à sa droite et Achille à sa gauche. Jaskier, Ciri et Isane durent se contenter de places plus éloignées, entre les marchands, leurs femmes et leurs enfants.
-Du vin ? proposa aussitôt le maire en faisant signe à son laquais d'approcher. C'est du Est-Est. Je le fais venir de Toussaint, des collines Sans-Retour pour être précis.
-Avec plaisir, répondit Geralt en lui tendant sa coupe.
Les vins de Toussaint étaient connus pour être les meilleurs du Continent. Le sorceleur huma le parfum qui s'en dégageait avant de boire une gorgée. Il n'avait que rarement eu l'occasion de boire un vin blanc d'aussi bonne qualité au cours de sa longue existence.
-Tu vis comme un prince, bourgmestre, fit-il remarquer. La guerre contre Nilfgaard n'a pas entravé pas tes affaires ?
À ces mots, Neroh manqua de s'étouffer dans son godet.
-Allons, sorceleur ! Nilfgaard a été vaincu ! répondit-il d'un air passablement choqué.
-Tu crois ? dit Geralt, d'un ton certes poli mais foncièrement sceptique. Tu n'as pas peur qu'ils cherchent à rassembler de nouvelles troupes pour retenter leur chance ?
À ces mots, le maire jeta un coup d'œil inquiet en direction de la tablée puis se pencha vers Geralt d'un air conspirateur.
-C'est fort probable, en effet, admit-il sur le ton de la confidence. C'est pourquoi il était important de nous débarrasser du monstre du fleuve.
-Je ne vois pas le rapport.
-C'est pourtant simple : nous comptons acheter la clémence de Nilfgaard, le moment venu.
-Tu crois que cela suffira ? demanda Geralt, sceptique. N'est-il pas plus probable qu'ils pillent vos richesses et que la rivière Ina prenne la couleur rouge du sang de tes concitoyens ?
-Ah, je t'en prie sorceleur, ne parle pas de malheur, soupira Neroh.
-La richesse de ta cité t'apporte tout de même un avantage, poursuivit Geralt après avoir bu une nouvelle gorgée de vin. Le roi Foltest enverra sans doute toute son armée pour défendre la place, comme il l'a fait la dernière fois.
-Le roi Foltest… marmonna le maire. Le roi Foltest… Savais-tu que le roi Foltest s'était justement servi de cette excuse de la guerre contre Nilfgaard pour nous imposer de nouvelles hausses d'impôts sur les bénéfices ?
Cette fois, Geralt ne répondit pas.
-Mais assez parlé de choses qui ne se sont pas encore produites et qui n'arriverons, espérons-le, peut-être jamais, reprit le bourgmestre.
Puis, élevant la voix pour que tout le monde l'entendre, il ajouta :
-Ce qui nous intéresse, c'est le récit détaillé de ton exploit, sorceleur ! Raconte-nous donc comment tu as vaincu la bête.
Sentant le regard de toute la tablée rivé sur lui, mais encore plus celui de Jaskier, Geralt posa doucement sa coupe devant son assiette et adressa un sourire à son hôte.
-Je suis un fort mauvais conteur, déclara-t-il comme s'il le regrettait. Mon ami Jaskier, en revanche, est un poète et un barde accompli dont vous avez sans nul doute déjà entendu parler. Je suis sûr qu'il serait ravi d'improviser quelques vers à ce sujet…
À ces mots, Neroh se redressa d'un air ravi tandis qu'un murmure enthousiaste parcourait l'assemblée.
-Fort bien, souffla Jaskier dans un soupir feint. Si vous insistez, je vais sans doute pouvoir trouver quelque chose… Mais le voyage a été long et pénible, ajouta-t-il en se levant d'un geste théâtral. N'attendez pas de moi que je vous livre ma meilleure œuvre.
Geralt dut porter sa coupe à sa bouche pour masquer le fou rire dont il était frappé. Le jour où Jaskier aura perdu son amour de la musique, il pourrait toujours devenir acteur.
Le ménestrel vint se placer devant l'extrémité de la table où ne siégeait personne, en face de Neroh, empoigna son luth et commença à chanter.
Le contenu de sa ballade était exactement comme il l'avait annoncé sur le voilier : un épais tissu de mensonges. Mais, de toute évidence, le troubadour avait fort bien anticipé la réaction de son public car les femmes avaient déjà sorti leurs mouchoirs en dentelles et les hommes se retournaient régulièrement vers Achille et lui d'un air impressionné. En fait, à part Isane, Ciri et lui, seuls les enfants semblaient véritablement s'ennuyer.
-Quelle histoire magnifique ! s'exclama Neroh lorsque Jaskier eut étouffé les dernières notes de sa chanson. Bravo !
Il se leva alors de son siège pour applaudir, aussitôt imité par le reste des convives, et Jaskier salua son public en effectuant un moulinet du poignet parfaitement ridicule, faisant danser les froufrous qui ornaient ses manches. Lorsqu'il se fut rassis à sa place, le dîner fut servi.
Les mets qu'on leur présentait étaient à la hauteur du vin : raffinés et délicieux. Installé en face de lui, Achille ne cessait de s'extasier à chaque nouvelle bouchée, et Geralt ne put s'empêcher de penser que tout ce cirque en valait la peine rien que pour lire la joie et le plaisir reconnaissant dans les yeux du batelier.
Quelques mètres plus loin, Geralt vit un garçon – trop vieux pour être un enfant mais trop jeune pour être un homme – se pencher vers Ciri et tenter d'engager la conversation. La jeune fille, qui avait été élevée comme une princesse, lui sourit avec politesse mais se contenta de répondre à ses questions que par monosyllabes.
Le banquet s'éternisait les bourgeois buvaient comme s'il n'y avait pas de lendemain, devenant de plus en plus bruyants. Geralt voyait bien que Ciri tombait de fatigue et que les babillages de son voisin de table l'importunaient. D'un simple regard, il demanda à Isane de bien vouloir raccompagner Ciri à leur chambre. La sorceleuse, qui semblait aussi désenchantée que sa jeune protégée, ne se fit pas prier. Elle se leva, s'inclina maladroitement vers le garçon qui ennuyait Ciri et assura d'une voix ferme qu'il était l'heure pour la jeune fille d'aller se coucher. Le jouvenceau sembla désappointé, mais il n'insista pas.
Les deux femmes venaient tout juste de quitter la pièce lorsque Jaskier, qui avait également une bonne descente, empoigna de nouveau son luth et se mit à scander son célèbre « Jette un sou au sorceleur ».
-Allez, messieurs ! s'exclama le barde. Ne soyez pas pingres ! Vous êtes riches, pas besoin d'être devin pour s'en apercevoir. Et l'exploit du sorceleur qui vous a tant ému tantôt va sans doute vous rendre encore plus riches… Ne serait-il pas légitime – pour ne pas dire, de bon goût – que vous lui accordiez rétribution pour son labeur ?
-Bien dit ! éructa un marchand qui semblait jusque-là endormi dans son assiette. J'offre cent orins au sorceleur !
-Cent orins ? s'indigna Jaskier. Mais c'est sa vie qu'il a risqué pour que le commerce reprenne. Non, non. Au deçà de mille orins, il n'y a pas affaire qui tienne.
-Jaskier, gronda Geralt, les sourcils froncés d'un air mauvais.
Dans le fond, le barde avait raison. Mais le sorceleur ne savait que trop bien que l'hospitalité du bourgmestre pouvait rapidement se transformer en séjour au cachot s'il ne faisait pas très attention. Il ne voulait pas d'un nouveau Blaviken.
-Cinq cent ! répliqua l'ivrogne.
-Vendu, répondit Geralt avant que Jaskier n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Je vous remercie, noble bourgeois. Cependant, n'oubliez pas Achille, le batelier, sans lequel je n'aurais jamais pu arriver jusqu'ici.
-Ah, fit le marchand. C'est vrai. Dans ce cas, que quelqu'un donne cinq cent orins au batelier !
Une femme, que la ballade de Jaskier avait bouleversé encore plus que les autres, donna un coup de coude à son mari, qui poussa un soupir et accepta de payer d'un simple hochement de tête. Achille regarda tour à tour le sorceleur et le marchand, incrédule. Si on lui avait dit, un jour, qu'il recevrait autant d'argent, il n'y aurait tout simplement pas cru !
Pour être tout à fait justes, il aurait fallu demander une part supplémentaire pour Isane mais Geralt préféra y renoncer, jugeant plus sage de partager sa propre solde que d'exacerber la bonne volonté de leur hôte. Après avoir récolté les sommes promises, Geralt tira Jaskier par le bras et prit à son tour congé. Les marchands les excusèrent vaguement avant de se concentrer de nouveau sur le contenu de leurs coupes.
Le sorceleur s'éloignait déjà en compagnie du barde et du batelier lorsque le garçon qui avait tenté sa chance auprès de Ciri le rattrapa au milieu d'un couloir dallé de marbre et décoré de sculptures d'homme nus, dont on avait recouvert les parties intimes d'une feuille de vigne, sans doute par pudeur.
-Messire sorceleur ! l'appela-t-il d'une voix déraillante, prouvant qu'il se trouvait entre deux âges.
-Que me veux-tu ? interrogea Geralt d'un ton menaçant.
-Je… balbutia le jouvenceau.
Il hésita une seconde puis prit une grande inspiration et se redressa de toute sa hauteur.
-Pouvez-vous donnez ceci à Fiona, s'il vous plait ? demanda-t-il en lui tendant quelque chose d'une main légèrement tremblante.
Intrigué, Geralt le prit dans le creux de sa paume et s'aperçut alors qu'il s'agissait d'une chevalière ornée d'un rubis.
-Dites-lui… qu'il vient de moi… ajouta le garçon en déglutissant avec difficulté.
Profondément agacé, Geralt inspira par le nez tout en serrant les dents.
-Je le lui dirai, promit-il néanmoins.
Le jeune homme écarquilla les yeux d'un air surpris puis, reprenant contenance, il remercia le sorceleur en courbant le buste puis se hâta de rejoindre ses parents dans la salle à manger.
-Je comprends maintenant l'idée du coup de pied bien placé, commenta Jaskier en secouant la tête. Les hommes sont vraiment tous des porcs.
Et sur ces bonnes paroles, le poète fit une volte-face grandiloquente et s'éloigna à grandes enjambées, suivi de près par Achille. Geralt, quant à lui, resta immobile dans le couloir, les yeux fixés sur l'endroit où le garnement avait disparu.
Il ne s'était jamais posé la question en ces termes, mais maintenant qu'il y réfléchissait, le sorceleur devait admettre que sa protégée était un joli petit brin de femme et qu'elle deviendrait sans doute très belle. Il n'y avait donc absolument rien d'étonnant à ce qu'elle ait des prétendants.
Geralt sourit en se rappelant la fois où il avait fait sa connaissance, quelques années plus tôt, dans la forêt de Brokilone : Ciri s'était enfuie du château de Nastrog avant qu'on ait pu lui faire épouser le prince Kistrin de Verden.
Il soupira.
Ciri n'avait pas voulu de Kistrin mais un jour, elle finirait sans doute par tomber amoureuse. Mais Jaskier avait raison : les hommes étaient des porcs, et eux-mêmes n'étaient pas vraiment différents. À cet instant, Geralt se promit de toujours veiller à ce qu'aucun goujat ou bonimenteur ne s'approche jamais de Ciri.
Une fois cette décision prise, le sorceleur regagna la chambre où ses deux compagnons dormaient déjà, et se laissa doucement emporter par les bras chauds et rassurants du sommeil.
Ah je sais, "Jette un sou au sorceleur" vient de la série mais elle reste en tête, cette foutue chanson ! Et je sais que vous n'allez pas vous en débarrasser dans les prochaines heures, ne me remerciez pas, c'était gratuit XD
Si on fait les comptes, tuer le drac aura été pour le moins fructueux pour notre petite compagnie : ils sont atteint Carreras bien plus rapidement que par la route sans payer Achille de leur poche pour le trajet, et ils ont même gagnés cinq cents orins ainsi que deux écailles et un crochet qu'ils n'ont pas encore eu l'opportunité de revendre. Sans parler de la chevalière que l'adolescent offre à Ciri.
En tout cas si Jaskier a raison avec sa théorie du dernier chapitre, après un festin pareil, Ciri devrait péter le feu le lendemain pour un nouveau chapitre intitulé "Sur la route d'Ellander"...
Encore merci de votre fidélité, à bientôt !
MM's
