Bonjour tout le monde !
Un grand merci à Chrisjedusor pour ses adorables reviews N'hésitez pas à en faire autant, ça ne vous coûte qu'une minute ou deux et ça illumine ma journée :)
Sur ce, bonne lecture !
Les cinq voyageurs savourèrent le copieux petit-déjeuner offert par leur hôte puis se réunirent le lendemain matin dans la cour de la demeure du bourgmestre de Carreras. Après trois jours passés ensemble, il était temps pour Achille de reprendre la route – ou plutôt, l'eau – de Mayen.
-Ma femme ne va pas en revenir quand je vais lui annoncer que nous sommes riches, souffla-t-il en s'accrochant à son escarcelle. Et tout cela, c'est grâce à vous !
Geralt sourit.
La richesse était une notion bien subjective : Achille se sentait riche parce qu'il avait gagné cinq cent orins, alors qu'il ne s'agissait que d'une bagatelle pour le marchand qui les lui avait donnés.
-Bonne chance, mon ami, dit le sorceleur en saisissant le batelier dans le creux du coude, en signe de respect. Et merci de nous avoir emmenés à tes risques et périls.
-Tout le plaisir était pour moi, assura Achille en lui serrant le bras en retour. Et bonne chance à vous !
Il se tourna alors vers Isane, Ciri et Jaskier et les salua un à un avant de quitter la cour à pied. Il venait tout juste d'arriver dans la rue lorsqu'il s'arrêta et se retourna une dernière fois vers eux :
-Si vous repassez par Mayen et que vous avez besoin d'un batelier, n'hésitez surtout pas à venir me voir !
Et sans ajouter un mot, ni attendre de réponse, il disparut dans la foule.
Neroh, qui était sorti en personne pour leur souhaiter bonne route, s'approcha à son tour. Il était accompagné de l'un de ses pages, qui menait par la bride une pouliche attelée à une calèche ouverte.
-Je me suis dit que ça vous serait utile, avec la petite, expliqua le maire en désignant Ciri. Je ne sais pas où vous allez, mais j'ai le sentiment que votre périple ne fait que commencer.
-Tu as entièrement raison, bourgmestre, confirma Geralt en s'inclinant légèrement. Je te remercie.
Il y eut un moment de silence, puis Neroh reprit la parole.
-Bien, dit-il en se frottant les mains. Si vous n'avez plus besoin de rien, je vais vous laisser. Le devoir m'appelle.
Le sorceleur s'inclina de nouveau et le maire tourna les talons avant de disparaître à l'intérieur de sa maison.
Geralt tendit alors la main à Ciri et l'aida à prendre place sur la banquette en cuir de la calèche. Celle-ci ne comportait que deux sièges, mais c'était largement suffisant.
-Jaskier, tu tiendras les rênes.
-Je ne suis pas cocher ! s'indigna le poète.
Geralt soupira.
Il n'avait pas envie d'une dispute de si bonne heure le matin. Il jeta un regard à Ablette qu'il venait de finir d'équiper, puis se tourna à nouveau vers son ami.
-D'accord, abdiqua-t-il. Je conduirai la calèche et toi, tu peux monter Ablette. Enfin… Si elle le veut bien…
Les lèvres du sorceleur s'étirèrent alors dans un sourire horrible qui firent se dresser les cheveux sur la nuque du barde.
-Je suis beaucoup moins lourd que toi, fit remarquer Jaskier, les joues légèrement rosies. Ablette y gagne au change, et je suis sûr qu'elle est assez intelligente pour s'en rendre compte. Tiens, regarde…
Pour démontrer sa théorie, le ménestrel s'était approché de la jument d'un pas qui se voulait assuré mais qui ne parvenait pourtant pas à masquer sa méfiance, et, après avoir glissé un pied dans l'étrier, se hissa sur la selle. Ablette, comme pour lui donner raison, ne broncha pas. À croire que la flatterie fonctionne sur elle…
-Qu'il en soit ainsi, grommela le sorceleur.
Sans discuter davantage, il prit place aux côtés de Ciri à bord de la calèche, et la compagnie se mit enfin en marche.
Il fallut près de deux heures à la voiture suivie de deux cavaliers pour sortir de la cohue qui habitait la ville de Carreras, ce qui agaça profondément Geralt. Ce n'était pas sans raison qu'il détestait les villes : les gens marchaient tranquillement devant eux, criaient, vidaient leurs eaux usées dans le caniveau, les éclaboussant au passage, et les dévisageaient comme des bêtes de foire. Finalement, ils purent enfin gagner la route qui menait au Nord et Geralt poussa un profond soupir de soulagement.
Ciri s'était enveloppée dans une couverture en fourrure et se laissait balloter au rythme des roues de la calèche sur les pavés. Elle avait encore bien petite mine, et cela ne pouvait rien avoir affaire avec la faim, cette fois – pas après le festin qu'ils avaient fait chez Neroh la vieille au soir d'abord, puis le matin même au petit-déjeuner.
Tenant les rênes d'une seule main, Geralt déposa l'autre sur le front de la jeune fille. Elle était chaude. Pour comparer, il toucha sa joue : celle-ci était glacée.
-On dirait que tu couves vraiment quelque chose, lui dit-il dans un murmure. Est-ce que tu as de la toux, ou un symptôme quelconque ?
-Non, répondit Ciri d'une petite voix. Je suis juste fatiguée et j'ai très froid.
Geralt poussa un profond soupir.
-Le temple de Melitele se trouve à deux jours de voyage, près d'Ellander, expliqua-t-il d'un ton très calme. Je connais bien la grande prêtresse de ce temple, c'est une guérisseuse de talent. Elle nous accueillera le temps qu'il faut pour que te remettre sur pied.
-Mais je croyais que tu voulais atteindre Kaer Morhen avant l'hiver ? s'étonna la jeune fille, en relevant vers lui ses grands yeux verts vitreux cernés de noir.
-Nous n'atteindrons jamais Kaer Morhen si tu es malade, la contredit-il. Ta santé est bien plus importante. Et si nous devons attendre le printemps au temple avant de pouvoir reprendre la route, alors qu'à cela ne tienne. Il y a pire endroit que celui-là pour passer l'hiver, tu peux me croire.
Ciri lui adressa un sourire faible puis se blottit contre lui. Geralt leva alors son bras pour qu'elle puisse venir se caler contre son torse et la serra doucement, espérant que sa chaleur corporelle suffirait à la réchauffer.
-J'ai peut-être quelque chose qui pourrait te remonter le moral, reprit-il au bout d'un moment. Regarde dans la poche de ma ceinture.
Bien que visiblement surprise, Ciri ouvrit la petite bourse désignée par le sorceleur et en tira l'anneau surmonté d'un rubis.
-C'est le garçon d'hier soir qui me l'a donné pour toi, expliqua Geralt alors que la jeune fille levait vers lui un regard hébété.
-Je n'en veux pas ! répondit-elle aussitôt en le remettant précipitamment dans la poche.
-Je suis ravi que tu n'acceptes pas les avances de ce garçon, admit le sorceleur d'un ton paternel qui le surprit lui-même. Mais tu devrais quand même garder cette bague.
-Elle est beaucoup trop grande pour moi ! se défendit encore Ciri.
-Aucune importante, insista Geralt. Peut-être qu'un jour tu en auras besoin pour marchander. Le rubis doit valoir une petite fortune, et je ne suis pas sûr que ce garçon avait l'autorisation de ses parents de t'en faire cadeau. Mais ça, c'est son problème, pas le tien. Comme je le disais : un jour, tu seras peut-être obligée de l'échanger contre autre chose et seras contente de l'avoir avec toi.
Ciri baissa la tête et poussa un profond soupir mais finalement, elle reprit la chevalière à l'intérieur de la poche et la glissa dans son corsage.
-Je peux te montrer comment coudre des ourlets pour cacher tes objets de valeur, si tu veux, chuchota Geralt avec un sourire en coin. Comme ça, personne ne pourra te les voler.
-Tu sais faire ça ? s'étonna la jeune fille, ses cils papillonnant au-dessus de ses grands yeux verts.
-Bien sûr, répondit Geralt. Je te montrerai lorsque nous nous arrêterons pour faire une pause. Et maintenant, repose-toi. Nous ne nous ferons pas halte pas avant plusieurs heures.
Les quatre voyageurs poursuivirent leur route pratiquement en silence. Ciri n'avait pas tardé à s'endormir contre la poitrine de Geralt, qui continuait de guider la calèche. Isane menait la marche mais se retournait fréquemment vers eux, l'air inquiet. Quant à Jaskier, il était le seul à ne pouvoir s'empêcher de jacasser, assis sur le dos d'Ablette, tantôt marchant à la hauteur de Geralt, tantôt à celle d'Isane, mais aucun des deux sorceleurs n'était d'humeur à bavarder.
Ils firent une courte pause pour déjeuner, et Geralt vérifia à nouveau la température du front de Ciri : il semblait encore plus chaud qu'au matin. Faisant signe à Jaskier de rester auprès d'elle, Geralt s'éloigna de quelques pas avec Isane.
-Elle a de la fièvre, déclara-t-il sans autre préambule.
Isane ne répondit pas tout de suite, jetant à Ciri un nouveau regard de biais. De toute évidence, Geralt n'était pas le seul que l'état de sa protégée préoccupait.
-Tu ne crois pas que ça pourrait avoir rapport avec sa magie ? demanda Isane à voix basse. Ce qu'elle a fait hier sur le bateau… Je n'avais encore jamais vu ça.
-C'est possible, admit Geralt d'une voix lente tandis qu'il réfléchissait à cette éventualité. Quoi qu'il en soit, nous allons l'emmener au temple de Melitele, pour que la grande prêtresse Nenneke l'examine.
Cette fois encore, Isane prit son temps pour répondre, le regard à nouveau posé sur la jeune fille.
-Oui, ça me paraît plus prudent, dit-elle finalement.
Elle marqua une pause.
-J'espère juste… poursuivit-elle d'une voix hésitante.
Elle s'interrompit et secoua la tête.
-Nous devrions ne pas perdre trop de temps en route. Peut-être pouvons-nous pousser les chevaux au trot ?
Geralt acquiesça d'un hochement de tête et deux minutes plus tard, ils se remettaient en marche.
Le sorceleur passa le reste de l'après-midi à réfléchir à la théorie d'Isane et se surprit finalement à regretter de ne pas pouvoir demander son aide à Yennefer. La magicienne aurait sans doute su quoi faire, mais il ne pouvait pas se permettre de la contacter, pas vu la façon dont ils s'étaient quittés la dernière fois.
Ils s'arrêtèrent à la nuit tombante pour monter un bivouac dans une clairière non loin de la route. Ciri semblait plus faible et fiévreuse que jamais.
-Je vais chercher du bois pour faire du feu, déclara Geralt après avoir déposé la jeune fille sur son propre sac de couchage.
-Non, dit Isane. Reste avec elle. Jaskier peut se charger du bois.
-Hein ? fit le barde. Pourquoi moi ? Et toi, tu vas faire quoi pendant ce temps-là ? Te la couler douce ? Profiter que la gamine est dans les vapes pour faire des galipettes avec Geralt ?
Isane ne daigna pas lui répondre mais elle se pencha vers sa besace et en sortit une sarbacane ainsi qu'une poignée de fléchettes.
-Si tu tiens tant à le savoir, je vais chasser notre repas de ce soir, déclara-t-elle en se tournant de nouveau vers Jaskier. Mais nous pouvons bien sûr échanger, si tu as peur de te casser le dos en portant des branches.
Comme pour ponctuer sa phrase, elle tendit ses deux mains renfermant la sarbacane et les fléchettes en direction du troubadour, qui secoua vivement la tête.
-Ah ça, non ! répondit aussitôt le barde en levant les deux mains devant sa poitrine. Je suis un artiste, je ne tue ni plume ni poils. Ça, c'est votre boulot, à vous autres, sorceleurs.
-C'est bien ce que je pensais, répliqua Isane.
Elle tourna les talons et s'éloigna en direction des bosquets d'arbres qui entouraient la clairière. Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de faire plus que quelques pas, Geralt l'attrapa par le bras pour qu'elle le regarde.
-Isane, souffla-t-il à mi-voix. Je voulais te dire… Je suis content que tu ne nous aies pas laissés à Maribor.
Manifestement surprise, la sorceleuse tarda à répondre. Elle le dévisagea un instant d'un air troublé puis s'efforça de sourire.
-Moi aussi, répondit-elle simplement.
Elle jeta un dernier regard à Ciri par-dessus l'épaule de Geralt puis, lorsqu'il eut relâché son étreinte, finit par disparaître dans la forêt.
-Tu as vu, Ciri ? railla Jaskier en suivant Isane du regard. On dirait que tu as un nouveau Papa et une nouvelle Maman. J'espère que tu es contente…
La jeune fille, qui se trouvait à la limite de l'inconscience, battit plusieurs des paupières sans vraiment le voir et surtout, sans comprendre de quoi il parlait.
-Va t'occuper du bois, Jaskier, le pria Geralt.
-Hein ? s'étonna le barde. Ah, oui. J'oubliais…
Le poète revint dix minutes plus tard avec un petit tas de branches convenables et le sorceleur s'affaira aussitôt à allumer un feu avec deux silex. Il avait l'habitude de procéder ainsi et n'eut besoin que de trois essais pour y arriver. Puis il sortit de sa sacoche un petit soufflet en cuir et s'appliqua à attiser les flammes autant que possible.
-D'après toi, qu'est-ce qu'elle va nous rapporter avec sa sarbacane ? interrogea Jaskier en prenant ses aises auprès du feu. Un lapin, peut-être ? Ou un oiseau ?
-Un wolpertinger[1], répondit Geralt, pince sans rire.
-On est un peu trop éloigné des montagnes de Mahakam pour chasser le wolpertinger, non ? interrogea Jaskier, l'air songeur.
Le sorceleur s'était lui aussi assis en tailleur devant les flammes, Ciri allongée dans le creux de ses jambes, enroulée dans une épaisse couverture. Malgré la douce chaleur qui émanait du feu de camp, la jeune fille continuait de greloter et la peau de son front était perlée de sueur.
-Elle n'est vraiment pas en forme, nota le poète en jetant un coup d'œil à la gamine endormie.
-Non, soupira Geralt en écartant doucement ses cheveux cendrés de ses grandes mains à la peau calleuse.
-Tu crois que Nenneke pourra l'aider ?
-Je l'espère.
Ils se turent un moment, mais Jaskier n'avait jamais été vraiment doué pour le Roi du Silence.
-Elle pourrait se dépêcher un peu, râla-t-il en cherchant Isane des yeux parmi les bosquets plongés dans les ténèbres. Je meurs de faim !
Comme si elle avait entendu ses prières, la sorceleuse sortit des broussailles à cet instant précis, une proie ornée d'une fléchette à la main. Ce n'était pas un lapin, et encore moins un wolpertinger.
-Un faisan ! s'exclama Jaskier d'une voix tonitruante en reconnaissant la tête rouge au col bleu de l'oiseau. Isane, je vais écrire une ballade pour conter tes talents de chasseuse !
-Merci, répondit-t-elle en se laissant lourdement tomber près de Geralt, mais non merci.
Le poète étouffa un grognement scandalisé tandis que Geralt rigolait dans sa barbe fraîchement rasée.
Déplumer le faisan prit une bonne demi-heure pendant laquelle Jaskier commença à devenir exécrable. Il était toujours bougon lorsqu'il avait faim Geralt y était habitué et le menaça tranquillement de l'assommer s'il ne cessait pas de geindre.
Une fois la chair de l'oiseau mise à nue, Isane l'embrocha sur un long bâton qu'elle posa sur le support que Geralt avait sorti de ses bagages – n'ayant bien souvent pas les moyens de dormir et manger dans des auberges, le sorceleur avait dû investir dans du matériel pour vagabond. Un doux parfum de volaille dorée ne tarda pas à venir titiller leurs narines, rendant Jaskier encore plus fébrile et insupportable.
Après avoir dégusté le volatile délicieusement grillé à la broche, les trois adultes se souhaitèrent bonne nuit. Quant à Ciri, elle n'avait pu avaler qu'un tout petit morceau de viande avant de se rendormir.
-Je prends le premier tour de garde, proposa aussitôt Isane.
Geralt la remercia d'un signe de tête puis s'allongea sur le côté, tenant sa protégée fermement entre ses bras.
Il ferma les yeux et écouta pendant plusieurs minutes le craquement du feu dont l'agréable chaleur lui léchait le visage. Puis, tout doucement, il se sentit emporté par le sommeil.
Il eut néanmoins la désagréable impression de n'avoir dormi que dix minutes lorsqu'Isane le réveilla d'un léger coup de pied. Geralt se redressa subitement, les yeux et les oreilles à l'affût du moindre mouvement, du moindre bruit. Isane était déjà levée, glaive en main, et scrutait les ténèbres de ses pupilles fendues comme celles des chats.
Soudain, un craquement sonore se fit entendre à quelques mètres d'eux et une voix menaçante s'éleva de l'obscurité :
-La bourse ou la vie ! prévint-elle.
[1] Wolpertinger : animal imaginaire des Alpes bavaroises ressemblant à un lièvre doté de bois, de crocs et d'ailes
Bon... Bah ça va de mal en pis pour Ciri. Et encore, ce n'est que le début...
Il reste exactement 11 chapitres ; tous mes pions sont en place et à partir de maintenant, on va vraiment se concentrer sur l'intrigue principale jusqu'à la fin de cette histoire. Vous êtes prêt(e)s ? :D
