Bonjour tout le monde !
J'adresse une nouvelle fois un grand merci à ma Chrisjedusor préférée pour ses reviews, et vous souhaite une bonne lecture :)
Tout était leur faute, et c'était Ciri qui payait le prix de leur inconscience. Mais comment auraient-ils pu savoir, du haut de leurs six ans, qu'ils scelleraient un puissant pacte magique en se « mariant » ? Comment auraient-ils pu prévoir que leur « union », contractée en réponse au manque d'affection des adultes, aurait des conséquences aussi dramatiques sur une enfant innocente, des décennies plus tard ?
-Je n'arrive pas à le croire, souffla Geralt en se laissant tomber sur une chaise. Je n'arrive pas à croire qu'un simple badinage d'enfants puisse avoir de telles conséquences…
-De quoi est-ce que tu parles ? intervint Isane, les sourcils froncés.
De toute évidence, elle n'avait pas compris.
-Du lilas mauve, répondit-il d'une voix étrangement étouffée. Celui que tu gardes avec ta médaille de l'École du Loup, dans le petit coffret, sur l'étagère à côté de ton lit.
Isane ouvrit la bouche d'un air éberlué. Oui, il avait eu l'indélicatesse de fouiller dans ses affaires, mais ce n'était pas le plus important à cet instant.
-Geralt, soupira Isane en secouant la tête. Nous avions six ans. Ce n'était qu'…
-Ne me dis pas que ce n'était qu'un jeu ! prévint le sorceleur en retroussant les lèvres d'un air menaçant.
-Non, se défendit la sorceleuse, dont les joues blafardes se seraient probablement empourprées, si sa physionomie de sorceleuse l'avait permis. Mais ce n'était pas non plus un véritable mariage, c'était…
Elle ne termina pas sa phrase et Geralt ne pouvait l'en blâmer : lui non plus ne savait pas précisément ce que c'était. Plus qu'un jeu, sans aucun doute, car il avait été sincère dans chacune des promesses qu'il lui avait faites ce jour-là mais ce n'avait pas été des noces consacrées non plus, ils étaient alors beaucoup trop jeunes pour savoir ce qu'ils faisaient !
-Et puis, reprit Isane, admettons qu'il s'agisse bien du lilas mauve…
C'est vraiment la meilleure façon de le nommer, pensa Geralt avec une pointe d'amertume.
-… Pourquoi le maléfice frappe-t-il Ciri, et personne d'autre, alors qu'elle est née des décennies plus tard ? Et a contrario, pourquoi ne la frappe-t-il que maintenant, alors que nous avons contracté cette… cette « union »… il y a si longtemps ?
-Pour être valide, tout mariage doit être consommé, intervint alors Yennefer, son regard mauvais passant de l'un à l'autre. Ce n'est sans doute pas arrivé lorsque vous étiez à Kaer Morhen ? C'est arrivé bien plus récemment, je me trompe ?
Aucun des deux sorceleurs ne lui répondit mais Geralt savait qu'elle avait raison : il avait senti son médaillon vibrer lorsqu'ils avaient fait l'amour pour la toute première fois, dans la cabane d'Isane, même s'il avait été trop distrait pour s'en soucier sur le moment. Par ailleurs, la vitesse avec laquelle les traits de la sorceleuse venaient de se décomposer valait toutes les confirmations du monde.
Isane sembla soudain se reprendre elle bâtit plusieurs fois des paupières comme pour se retenir de pleurer puis tourna brusquement les talons et se précipita hors de la pièce sans prononcer le moindre mot.
Geralt se lança aussitôt à sa suite. Il la suivit jusque dans la chambre qu'ils avaient partagée encore la nuit dernière, et où la sorceleuse était déjà en train de récupérer ses maigres possessions.
-Isane, dit-il en la saisissant par les épaules pour qu'elle cesse de s'activer au moins quelques instants et le regarde en face. Nous ne pouvions pas savoir.
-Mais maintenant, nous savons, rétorqua-t-elle. Je savais bien qu'il fallait que je parte, mon instinct me le hurlait mais j'avais trop envie de rester avec toi pour l'écouter. Et voilà où nous en sommes. Même si ça me brise le cœur de devoir te quitter, nous n'avons pas le choix. Chaque seconde que nous passons ensemble rapproche Ciri un peu plus de la mort, et tu le sais. Il n'y a plus de temps à perdre.
Elle se dégagea alors de son étreinte et termina de rassembler ses bagages.
Lorsqu'elle eut terminé, elle hissa l'anse de sa besace sur son épaule droite et sortit de la pièce sans se retourner. Ne pouvant se résigner à la laisser partir sans lui faire ses adieux, Geralt la suivit jusque dans l'écurie, où il l'aida à équiper Solstice. Puis lorsque la licorne fut enfin parée, Isane la guida jusque dans la cour, passa le pied gauche dans l'étrier et se hissa en selle.
Nenneke et Yennefer se tenaient debout sur le seuil de la résidence, où elles furent bientôt rejointes par Jaskier. Le barde avait une allure plus que débraillée mais le sorceleur n'était pas d'humeur à lui en faire la remarque. Perchée sur sa selle, Isane leur jeta un regard résigné puis baissa les yeux vers son ami et amant :
-Geralt de Riv, déclara-t-elle d'une voix forte pour que tout le monde l'entende clairement. Je ne veux plus de toi comme époux et te quitte à tout jamais. Tu sais où je vis et je t'interdis de t'en approcher à nouveau, quelle qu'en soit la raison.
-J'accepte ta décision et je la respecterai, répondit-il en hochant sombrement la tête.
-Adieu, Geralt, reprit-elle d'une voix plus douce, en s'adressant seulement à lui.
-Adieu, Isane.
Il recula d'un pas tandis qu'Isane donnait un coup de talons dans le flanc de Solstice, qui s'éloigna au galop, semant derrière elle un tourbillon de feuilles mortes et de poussière.
Geralt regarda sa silhouette rapetisser jusqu'à ce qu'elle disparaisse de son champ de vision, le cœur meurtri et lourd comme de la pierre. Car même s'il savait qu'elle n'en pensait pas un mot et que la tendresse qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre ne se tarirait sans doute jamais, ces paroles avaient tout de même blessé le sorceleur bien plus profondément qu'il ne voulait l'admettre.
Il se retourna alors vers la porte de la résidence. Nenneke et Yennefer s'étaient éclipsées – sans doute pour retourner auprès de Ciri –, laissant derrière elles un Jaskier passablement perplexe.
-Euh… J'ai dormi combien de temps ? demanda-t-il, l'air hagard. J'ai l'impression d'avoir raté un gros truc pendant mon sommeil…
-S'il te plait, Jaskier. Pas maintenant.
-Mais…
Sans prendre compte de ses protestations, Geralt passa devant lui et alla rejoindre la grande prêtresse et la magicienne dans la chambre de Ciri.
Le départ soudain d'Isane avait laissé un grand vide dans le cœur de Geralt, mais le sorceleur se raccrochait à la certitude de voir bientôt sa petite protégée reprendre conscience. Bien sûr, Ciri était si affaiblie qu'inverser le processus allait certainement prendre du temps, aussi Geralt prit-il finalement un moment pour expliquer au poète ce qui s'était passé.
-Eh ben, souffla le barde lorsqu'il eut terminé son récit, assis sur un banc dans un coin isolé du jardin. C'est une tragédie digne des plus belles ballades.
-Content que ça te plaise, railla le sorceleur avec mauvaise humeur.
-Ne le prends pas comme ça, répondit Jaskier. Je compatis sincèrement à ta douleur. Pour être honnête, j'étais persuadé que cette fois, tu avais trouvé la bonne.
Geralt ne répondit pas. Lui aussi avait eu cet espoir, mais de toute évidence, il n'était pas fait pour vivre en couple. D'ailleurs, il ne connaissait aucun sorceleur qui ait réussi à s'investir dans une relation à long terme. Plus précisément : il n'en connaissait aucun qui ait essayé.
Jaskier secoua la tête et lut une nouvelle fois le court poème que Nenneke avait nommé « La prophétie de l'union des sorceleurs » et, ne pouvant s'en empêcher, il la lut à voix haute, marquant les ponctuations d'un ton mélodramatique :
« L'aube du Dernier Âge verra l'union des sorceleurs :
Née d'enfantillages, elle attendra son heure
Défiant le Destin, elle suspendra le cours du Temps,
Et pourra, à dessein, tourner le sens du vent. »
-Qu'est-ce que ça veut dire, selon toi ? interrogea-t-il à voix haute.
-Aucune idée, grommela Geralt.
Il était occupé à tordre un bâton entre ses larges doigts, dans l'espoir de calmer ses nerfs.
-Et ça ne t'intrigue pas du tout ? insista le poète. « Elle suspendra le cours du Temps »… Tu crois que vous pourriez remonter le temps, ou je ne sais quoi ? « Et pourra, à dessein, tourner le sens du vent. » Ça tient la route, comme hypothèse… Tu ne trouves pas ?
-Je m'en fiche, Jaskier, répliqua sèchement Geralt. Quel que soit le pouvoir que nous procurerait l'accomplissement de cette… prophétie… il se solderait par la mort de Ciri. Et ça, je ne peux pas le tolérer. Isane non plus, c'est pourquoi elle est partie.
-C'est vrai, tu as raison, acquiesça précipitamment le barde. Désolé.
Ils demeurèrent un moment silencieux, chacun perdu dans ses propres pensées.
-Tu te souviens de cette diseuse de bonne aventure, à Mayen ? s'écria soudain Jaskier. Celle avec les runes ?
-Je m'en souviens, confirma le sorceleur.
-Elle savait ! insista le ménestrel. Elle savait ! Elle a dit qu'Isane aurait le choix… Ah, entre quoi et quoi, déjà ? Ah oui !... Entre la destruction suivie de l'harmonie ou le choix de la raison… Quelque chose dans ce genre-là…
-Et Isane a fait le choix de la raison, rappela Geralt d'un ton cassant. Elle est partie.
-C'est vrai, répéta Jaskier. Mais la diseuse de bonne aventure avait tout de même raison. La preuve : elle a demandé à Isane si elle s'était récemment mariée juste après avoir sorti la première rune… Elle est sacrément douée ! conclut-il dans un sifflement impressionné.
Ne supportant pas d'en entendre davantage, Geralt brisa le morceau de bois qu'il jeta à ses pieds d'un geste rageur puis de se leva avant de s'éloigner à grandes enjambées.
-Où est-ce que tu vas ? appela le barde resté assis sur le banc de pierre.
-Voir comment va Ciri, grogna-t-il en retour.
Geralt frappa doucement à la porte avant d'entrer dans la chambre. Nenneke s'était absentée – il y avait bien assez de travail au temple pour occuper la grande prêtresse – mais Yennefer était toujours assise sur une chaise au chevet de Ciri. La jeune fille était encore profondément endormie et son teint toujours aussi pâle. En le voyant entrer, la magicienne releva les yeux vers lui.
-Comment va-t-elle ? demanda-t-il à voix basse.
-Aucun changement pour l'instant, répondit Yennefer en secouant légèrement la tête, faisant danser ses cheveux ébène autour de son visage ovale.
-Isane n'est partie que depuis quelques heures, souligna Geralt.
En disant cela, il essayait de se convaincre lui-même que tout était normal, qu'il fallait être patient.
-En effet, acquiesça la magicienne. Il faut encore attendre. Néanmoins…
Elle s'interrompit et se mordit la lèvre.
-Néanmoins ?
Devant l'insistance du sorceleur, la magicienne poussa un profond soupir.
-Rien, répondit-elle en s'efforçant de sourire, mais le résultat n'était pas très convaincant. C'est une forme de magie que je n'ai encore jamais eu l'occasion de rencontrer et j'ignore totalement combien de temps sera nécessaire pour inverser les effets du maléfice.
« Ou même si cela est possible », crut lire Geralt au fond de ses yeux violets.
Choisissant de faire comme s'il n'avait rien remarqué, le sorceleur hocha la tête.
-Tu devrais aller te reposer, reprit-il. Tu as fait tout ce que tu as pu, c'est à moi de veiller sur elle.
-Je peux attendre avec toi, proposa Yennefer.
-Non, répondit Geralt d'un ton catégorique. Tu es restée debout toute la nuit pour t'occuper d'elle. Va t'allonger, tu en as besoin.
L'espace d'un instant, il crut que Yennefer allait continuer d'argumenter, mais elle n'en fit rien.
Elle se leva de sa chaise, lissa distraitement les plis qui s'étaient formés sur sa robe noire et blanche puis elle contourna le lit et passa devant Geralt. Lorsqu'elle fut arrivée à la hauteur de la porte, elle posa sa main sur la poignée mais tarda à l'actionner.
-Du lilas mauve, hein ? dit-elle en se tournant de manière à ce que le sorceleur puisse admirer son meilleur profil. Le symbole du premier amour… Tu le savais, à l'époque ?
-Non.
-Dans ce cas, c'est un drôle de hasard, commenta-t-elle encore. On pourrait presque croire que vous étiez faits l'un pour l'autre…
Elle se tut, attendant visiblement une quelconque réaction de sa part. De toute évidence, elle aussi avait fait le lien entre cette histoire avec Isane et son propre parfum. Mais Geralt n'avait nullement l'intention de répondre à sa provocation. Surtout pas maintenant.
-Viens me chercher, si ta Surprise se réveille, conclut-elle en tournant la poignée.
Et sans ajouter le moindre mot, ni attendre de réponse, elle sortit de la chambre et referma la porte derrière elle.
Par ce geste, elle ne laissait pas Geralt simplement seul : elle le laissait face à une solitude que le sorceleur n'avait encore jamais ressentie, un vide dans ses entrailles comparable à un gouffre sans fond et qui lui procurait une horrible sensation d'impuissance. Un vide que seule Ciri était à présent en mesure de venir combler.
Les heures passèrent et la nuit finit par tomber Geralt n'avait pas quitté le chevet de sa jeune protégée, qui gisait toujours inconsciente entre les draps.
Nenneke vint l'ausculter avant que n'apparaissent les premières lueurs du jour et le sorceleur ne put que remarquer que la grande prêtresse avait toujours l'air aussi soucieuse.
-Qu'y a-t-il, Nenneke ?
-La fièvre n'est toujours pas tombée, répondit la prêtresse, les lèvres pincées par la contrariété.
-Yennefer a dit que conjurer un sortilège aussi puissant peu prendre du temps, expliqua-t-il.
-Sans doute, admit Nenneke, mais on devrait tout de même déjà constater une légère amélioration. Mais là, rien.
-Il est facile de vider une bouteille de son contenu par le goulot mais beaucoup plus difficile de la remplir de nouveau, déclara Yennefer, qui venait d'apparaître derrière Nenneke. La magie qui s'est échappée de son corps doit à présent en retrouver le chemin. Et même lorsque ça sera fait, il n'est pas improbable que la petite Surprise soit quand même malade. Son corps et ses défenses se sont considérablement affaiblis pendant le processus, la laissant à la merci de la plus bénigne des infections. Elle a pu attraper n'importe quoi pendant votre périple sur la rivière Ida.
Elle avait prononcé cette dernière phrase d'un ton narquois et Geralt fronça les sourcils.
-Le travail pour lequel je te paie n'est donc pas achevé, répliqua-t-il d'un ton glacial.
À ces mots, Yennefer éclata de rire. Un rire jaune et sans joie.
-C'est une première, pour le sorceleur que tu es, pas vrai ? railla-t-elle. D'habitude, c'est à toi que l'on dit ça. Dis-moi, Geralt : quel effet ça te fait d'être l'employeur et non pas l'employé ? Profites-en bien, ajouta-t-elle, parce que ça ne risque pas de se reproduire de sitôt.
Pour toute réponse, Geralt la foudroya du regard.
Quoi qu'elle fasse, Yennefer ne le laissait jamais indifférent : qu'il la désire à être prêt à se damner pour elle, ou qu'il la haïsse au point de vouloir la tuer de ses propres mains, elle était la seule personne capable de provoquer chez lui de telles sautes d'humeur. « Ce que tu crois ressentir pour elle n'est pas de l'amour, c'est de la magie. Elle le sait, c'est pour ça qu'elle ne veut pas de toi. »
-Si vous tenez tant que ça à vous traiter de tous les noms, je vous suggère de le faire dehors, intervint Nenneke en les regardant tour à tour d'un air profondément déçu et irrité. Ma patiente a besoin de repos.
Geralt et Yennefer se défièrent une dernière fois du regard mais aucun d'entre eux ne se risqua à poursuivre leur dispute. Finalement, ils s'installèrent de part et d'autre du lit dans lequel se reposait Ciri, et attendirent en silence que la jeune fille se réveille.
Plusieurs jours passèrent ainsi, mais l'état de Cirilla ne s'améliorait nullement. Au contraire, il semblait s'être encore détérioré et Nenneke avait de plus en plus de mal à sentir son pouls.
-Tu t'es trompée, Nenneke, avoue-le ! s'impatienta Geralt, que l'anxiété et le manque de sommeil rendait de plus de plus irritable. Tout ça… Cette maladie… Ça n'a strictement rien à voir avec Isane ! Elle se serait déjà réveillée, sinon !
En d'autres termes : la sorceleuse aurait pu rester et lui apporter le réconfort qu'il ne pouvait pas attendre de la part de la magicienne.
-Ne me parle pas sur ce ton ! gronda la prêtresse avec autorité. Quelque chose nous échappe, j'en conviens, mais je reste persuadée que c'est bien de vous qu'il s'agit dans cette prophétie. Combien d'autres sorceleuses connais-tu ?
C'était une question rhétorique et Geralt se garda bien de répondre.
De plus en plus à cran, le sorceleur faisait des allers et retours entre la chambre de Ciri et les jardins du temple, tantôt fuyant la compagnie de ses amis et d'autres fois, la recherchant. En fait, chaque fois qu'il se trouvait en présence de Nenneke, Yennefer ou Jaskier, le sorceleur se sentait si furieux qu'il n'aspirait qu'à un peu de solitude, mais dès qu'il se retrouvait seul, il était si accablé qu'il retournait trouver le barde.
Deux longues journées de plus s'étaient écoulées ainsi et, alors que le soleil pâle de l'automne commençait déjà à décliner à l'horizon, ce fut Jaskier qui vint trouver Geralt. Le sorceleur s'entraînait avec son épée, frappant des cibles inexistantes – le meilleur moyen qu'il avait trouvé pour canaliser son énergie et se calmer un peu les nerfs.
-Je te dérange ? demanda-t-il d'une voix incertaine.
C'était bien la première fois que le poète lui posait une telle question la situation était donc vraiment catastrophique.
-Non, répondit le sorceleur en s'immobilisant.
Pendant l'espace d'une seconde, il avait été sur le point de répondre « oui », mais s'était finalement ravisé au tout dernier moment. Le poète poussa un profond soupir de soulagement et s'approcha de Geralt, les mains profondément enfoncées dans les poches de son pantalon bariolé.
-Tu sais, je me suis un peu penché sur cette supposée prophétie, commença-t-il d'une voix mal assurée qui ne lui était pas familière. J'y ai pas mal réfléchi, en fait, et je pense que c'est un problème de sémantique.
-Je ne comprends pas. Explique-toi.
Jaskier soupira de nouveau.
-C'est le sens du mot « rupture », le problème, déclara-t-il. « Une rupture brisera le maléfice », c'est ce que dit le texte.
-Et ?
-Et alors, il faut être précis.
-Viens-en aux faits, Jaskier ! s'impatienta le sorceleur.
-J'y viens ! assura le barde. Mais…
-Mais quoi ?
-Ça risque de ne pas te plaire…
-Dis toujours.
Jaskier soupira une troisième fois.
-Qu'avez-vous dit exactement dans vos vœux de « mariage » ? interrogea-t-il. Est-ce que vous avez prononcé une phrase du genre « Jusqu'à ce que la mort nous sépare » ?
À ces mots, Geralt se figea d'effroi.
-Je ne sais plus, mentit-il.
-Si, tu le sais, insista le ménestrel d'une voix si douce et compatissante que le sorceleur en eut presque la nausée. Vous l'avez dit, n'est-ce pas ?
Geralt ne pipa mot.
Oui, ils l'avaient dit. Par la malepeste et pour le plus grand des malheurs, ils l'avaient dit !
-Et puis, il y a la fois où Isane a failli se noyer, poursuivit le poète. La petite allait beaucoup mieux, ce soir-là. Tu te souviens ?
Oui, il se souvenait. Bien sûr qu'il se souvenait ! Comment avait-il pu ne pas s'en apercevoir plus tôt ?
-Je suis désolé, conclut Jaskier dans un murmure.
Pas autant que moi, pensa Geralt avec tristesse.
Il secoua la tête, laissant une mèche de ses longs cheveux blancs s'échapper de son bandeau, puis se dirigea d'un pas résolu vers la résidence.
*pousse un profond soupir*
Je pense que vous voyez clairement où tout cela nous mène... Vous m'en voulez beaucoup ?
Geralt aura-t-il le cran de passer à l'acte ? Cela sera-t-il vraiment nécessaire ? Après tout, Jaskier pourrait aussi bien se tromper... Quelle autre solution pourrait-il trouver ? Quelle sera la réaction d'Isane ?
Merci de votre fidélité ! N'hésitez pas à me laisser les impressions - le SAV des fanfictions reprend du service...
