Bonjour tout le monde !

Je remercie une nouvelle fois Chrisjedusor pour ses reviews

Bonne lecture !


Geralt se tenait debout au milieu d'une petite bâtisse en pierre dans laquelle régnait une chaleur étouffante malgré la porte et les fenêtres grandes ouvertes, et pour cause : des braises rougeoyaient dans le foyer ouvert d'une cheminée, face à lui.

Un vacarme assourdissant s'élevait du centre de la pièce Geralt se retourna et vit un homme frapper régulièrement et inlassablement un morceau de fer chauffé à blanc à l'aide d'un lourd marteau. De toute évidence, cet homme était un forgeron, et le sorceleur se demanda comment il avait pu atterrir dans son atelier, car il n'en avait absolument aucun souvenir.

-Excusez-moi ? dit-il.

Il avait parlé d'une voix forte pour recouvrir le bruit de ferraille mais l'homme ne semblait pas l'avoir entendu.

-Excusez-moi ! répéta-t-il.

L'homme n'eut toujours aucune réaction.

Agacé et gêné par le tapage, le sorceleur s'approcha lentement de l'enclume devant laquelle l'artisan s'affairait sans que celui-ci ne se rende compte de sa présence. De plus en plus irrité, Geralt vint se placer juste devant lui dans l'espoir de provoquer une quelconque réaction, mais c'était peine perdue. Il peut être devenu sourd à cause de son travail, mais il n'est tout de même pas aveugle ? s'impatienta-t-il. N'osant pas le toucher de peur de lui faire faire un geste brusque qui pourrait les blesser tous les deux, le sorceleur détailla l'homme, les sourcils froncés.

Le forgeron était aussi grand que lui et avait les yeux d'un bleu azur. Ses cheveux bruns et légèrement bouclés étaient collés par la transpiration sur ses tempes encore jeunes. Ses épaules et son torse étaient robustes, ses muscles sculptés par le pénible travail de forge. Bien qu'il fût certain de ne l'avoir encore jamais rencontré de sa longue existence, l'homme avait quelque chose d'étrangement familier aux yeux de Geralt.

L'artisan cessa enfin de frapper la lame qu'il était en train de modeler et la trempa rapidement dans un baquet d'eau posé derrière lui, provoquant un épais nuage de vapeur qui rendit l'atmosphère encore plus étouffante. Puis, après quelques instants, il retira le métal de l'eau et l'essuya rigoureusement à l'aide d'un chiffon à polir tout en examinant son ouvrage sous toutes les coutures. Geralt, qui s'y connaissait plutôt bien en armes blanches, pinça les lèvres d'un air appréciateur.

-C'est du beau travail, commenta-t-il.

Cette fois encore, l'homme l'ignora.

À présent franchement énervé, le sorceleur tendit la main pour attraper l'homme par le bras, mais contre toute attente, ses doigts lui passèrent au travers.

Une expression horrifiée déforma alors le visage de Geralt. Où était-il et surtout, qu'était-il devenu ? Un fantôme ?

L'homme enroula soigneusement l'épée dans un linge avant de sortir de l'atelier sans même prendre la peine de refermer les fenêtres. Geralt le suivit dans une petite cour où des poules se picoraient des grains de maïs, puis à l'intérieur d'une maisonnette bâtie juste à côté, en bordure d'une forêt. La pièce principale au mobilier rustique ressemblait à une habitation paysanne tout à fait ordinaire, mis à part que de nombreuses plantes et herbes pendaient du plafond, parfumant l'air d'agréables senteurs.

L'homme contourna la table qui lui barrait la route et se dirigea vers un coin où une femme était assise de dos sur une chaise. En l'entendant approcher, elle se retourna, et Geralt sentit sa mâchoire se décrocher.

Son teint était toujours aussi pâle et ses longs cheveux avaient conservé la même teinte blond-roux, bien qu'ils ne soient plus tressés sur le dessus de la tête mais retenus en arrière par un ruban. En revanche, la couleur de ses yeux avait changé : au lieu de la noirceur provoquée par les Modifications, les iris d'Isane étaient aussi verts que ceux de Ciri. Elle avait également perdu sa silhouette athlétique, remplacée par des courbes sensuelles, et portait un tablier par-dessus une robe en lin dont le décolleté laissait deviner la naissance d'une poitrine joliment galbée. En résumé : Isane était soudain devenue une très belle femme.

Le forgeron s'arrêta à sa hauteur et se pencha vers elle pour l'embrasser longuement sur la bouche Geralt fronça les sourcils avec contrariété.

-Tu t'en encore brûlé, soupira-t-elle en l'attrapant par le poignet pour examiner son avant-bras, lorsque l'homme se fut redressé.

-Ce n'est rien, assura-t-il en riant.

-Pas de ça avec moi ! le prévint-elle d'un ton sévère. Assieds-toi, que je regarde ça de plus près.

Pour toute réponse, l'homme lui adressa un sourire à la fois amusé et attendri, et s'installa sur une chaise sans prendre la peine de discuter. Il se laissa ausculter et serra les dents pour ne pas grimacer lorsqu'Isane effleura la brûlure du bout des doigts pour y étaler un onguent.

-Il faut vraiment que tu sois plus prudent, Geralt, ajouta-t-elle en secouant la tête.

À ces mots, le sorceleur se figea de nouveau.

Il comprenait maintenant pourquoi ce forgeron lui semblait si familier : il s'agissait de lui. Ou plutôt, de ce qu'il aurait pu devenir s'il n'avait pas été destiné à être sorceleur. Plus troublé que jamais, Geralt recula d'un pas. Il aurait voulu pouvoir prendre appui sur le coin d'un meuble le temps de reprendre contenance, mais cela lui était impossible.

-Tu t'inquiètes trop, assura le forgeron en adressant à Isane un sourire chaleureux et un regard éperdument amoureux – le genre de regard niais que le sorceleur n'avait jamais eu pour quiconque, même pas pour Yennefer, mais qui rappelait sans aucun doute celui d'Istredd pour sa consœur.

Remarquant que la jeune femme semblait toujours lui reprocher sa désinvolture, l'homme prit doucement son visage entre ses mains puis se pencha en avant et l'embrassa tendrement.

-Je t'aime, lui susurra-t-il à l'oreille, la faisant rougir de plaisir.

-C'est beau, n'est-ce pas ? lança soudain une voix rocailleuse dans le dos de Geralt.

Le sorceleur se retourna vivement et vit que la völva de Mayen se trouvait juste derrière lui.


Geralt se réveilla en sursaut.

Il ne se trouvait plus dans la petite maison où vivaient l'autre Geralt et l'autre Isane, mais la devineresse, elle, se tenait bel et bien devant lui.

-Où suis-je ? interrogea-t-il en se redressant brusquement.

-Où tu es ? ricana la vieille femme. Ça ne se voit pas ?

Geralt prit alors le temps de regarder autour de lui.

Il était assis dans une cage de fer suspendue à la plus grosse branche d'un chêne, mais pas de n'importe quel chêne : celui dans lequel Isane – son Isane – avait construit sa cabane. Il faisait nuit noire à présent, et la lueur du feu qui émanait de l'intérieur de la maison étincelait d'autant plus dans l'obscurité.

Dans un réflexe primitif, Geralt agrippa les barreaux de la cage et tira dessus de toutes ses forces, en vain. On l'avait dépouillé de ses deux glaives mais aussi de son armure. Il forma alors le Signe d'Aard dans le but de faire littéralement sortir la porte de ses gonds puis, devant l'échec de sa tentative, il essaya celui d'Igni dans l'espoir de faire fondre la serrure – également sans résultat.

Debout sur la plateforme qui entourait le premier niveau de l'habitation, la devineresse le toisait d'un regard narquois.

-C'est toi qui as tiré la fléchette, völva ? demanda-t-il alors, se rappelant soudain de sa lutte contre Isane. C'est pour ça que je n'ai pas pu l'éviter, tu avais prédit mes mouvements ?

-On peut dire ça, répondit-elle du même ton railleur. J'ai pu prévoir ta parade en étudiant celles de ta consœur. Comme vous avez été formés ensemble… Tu vois où je veux en venir ?

Geralt était de plus en plus furieux mais il ne pouvait rien faire, la cage étant visiblement faite de dymérite, ce métal rare ayant la faculté d'annihiler les pouvoirs magiques et par conséquent, de bloquer les Signes. La devineresse avait décidément vraiment tout prévu !

-Où est Isane ? s'enquit-il encore.

Était-elle également tombée entre les griffes crochues de la völva, ou bien était-elle de mèche avec elle ? Bien qu'il lui en coûtât de l'admettre, cette seconde hypothèse semblait la plus vraisemblable des deux. Par la malepeste, Isane, pourquoi ?

-Tu t'inquiètes pour elle ? s'étonna la vieille femme, son front encore plus ridés par son haussement de sourcils. Je le lui dirai, je suis sûre que ça lui fera plaisir. Car, comme tu as pu le remarquer par toi-même, tu comptes beaucoup pour elle.

La völva marqua une courte pause puis, constatant que Geralt ne relevait pas, elle reprit :

-Tu lui en veux de t'avoir tendu un piège ? devina-t-elle en secouant la tête d'un air atterré. C'est compréhensible. Et pourtant, elle ne mérite pas un tel mépris, surtout pas de ta part.

« Cette vision que j'ai partagée avec toi tout à l'heure, poursuivit-elle, c'est le rêve d'Isane. Son but. La raison pour laquelle elle ne s'est pas donné la mort il y a des années et fait tout ce qu'elle fait. Je sais que tu ne comprends pas de quoi je parle parce que, comme tous les spécimens de votre espèce, elle n'est pas du genre loquace. Alors, comme moi je suis d'un naturel bavard, je vais t'expliquer. Ensuite, je te le promets, tu y verras plus clair.

Elle marqua une pause, le temps de reprendre son souffle, puis poursuivit son monologue :

-Tu connais cette licorne mutilée qui la suit partout ? Solstice ? demanda-t-elle de façon rhétorique. Est-ce qu'elle t'a raconté ce qui lui est arrivé ? Non, bien sûr que non…

« Isane était encore très jeune, à l'époque, expliqua-t-elle. Elle avait réussi à fuir pendant le massacre de Kaer Morhen et avait dû errer pendant des semaines dans les montagnes, puis dans les forêts de Kaedwen, se cachant par peur de se faire tuer à son tour.

« Toujours est-il qu'à force de vagabonder, elle est arrivée à Razwan un soir d'hiver – le soir de Midinváerne, pour être tout à fait exacte. Elle n'y cherchait pas un refuge – elle se méfiait bien trop des humains –, mais seulement de quoi se nourrir, même s'il ne s'agissait que des restes pourris qu'on destinait aux cochons. Et là, tout à coup, elle est tombée sur un groupe de jeunes hommes qui avaient réussi – les dieux savent comment ! – à capturer une licorne. Cette licorne. Ils l'avaient couchée de force sur le flanc et lui avaient attaché les pattes de manière à ce qu'elle ne puisse pas s'enfuir. Ils venaient tout juste de scier sa corne lorsque notre petite sorceleuse est venue les interrompre.

« Elle a assommé les quatre gredins et a libéré la licorne avant qu'ils ne l'écorchent vive. Mais comme je te le disais, Isane était jeune et malgré ses années d'entraînement intensif à Kaer Morhen, elle était encore très inexpérimentée. Sans doute par peur de tuer des êtres humains et de s'attirer de cruelles représailles de la part des villageois, elle n'avait pas frappé assez fort : les quatre garçons avaient repris rapidement leurs esprits et s'étaient jeté sur elle avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir.

« Ils l'ont insultée de tous les noms et lynchée sans la moindre retenue et encore moins de compassion. Pour finir, ils lui ont entaillée la poitrine à l'aide d'un grand couteau de cuisine, de la clavicule jusqu'à l'aisselle en passant par les côtes. Elle hurlait, mais personne dans le bourg n'a bougé le petit doigt pour lui porter secours. C'est à ce moment-là que je suis arrivée.

« La neige était couverte de sang, c'était ignoble, expliqua encore la völva dans une moue à la fois dégoûtée et furieuse. Et s'il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est qu'on s'en prenne aux femmes. Alors j'ai tué les quatre jeunes hommes pour la venger, et tu peux me croire, sorceleur, ricana-t-elle avec sadisme, leurs cadavres n'étaient vraiment pas beaux à voir !

« C'est alors que je me suis rendue compte qu'Isane était toujours en vie, ce qui était quasiment miraculeux vu la manière dont ils l'avaient massacrée. Je l'ai ramenée chez moi et l'ai soignée. Pendant un moment, j'ai même cru qu'elle ne survivrait pas, mais c'est une battante, quelqu'un de vraiment coriace – les runes me l'avaient dit et comme d'habitude, elles ne s'étaient pas trompées. Lorsqu'Isane s'est enfin réveillée, trois jours plus tard, elle se souvenait vaguement de la licorne, mais pas du reste.

-Laisse-moi deviner, intervint Geralt, interrompant le monologue de la völva pour la toute première fois. Tu lui as fait croire que c'était elle qui avait massacré ces hommes avant de s'évanouir ?

-Précisément, confirma la vieille femme. Si un jour tu en as assez de chasser les monstres, tu pourrais peut-être te reconvertir à la divination ? se moqua-t-elle encore. Tu as l'air d'avoir un talent certain pour enfoncer des portes ouvertes… Je me suis bien sûr arrangée pour que tout le monde à Razwan croie qu'elle n'avait pas survécu et que son fantôme était l'auteur du massacre. Et encore aujourd'hui, des décennies plus tard, elle continue de hanter les villageois.

Sur ces derniers mots, la völva se tut.


Geralt garda le silence pendant un moment, s'imprégnant lentement de l'horreur que lui inspirait toute cette histoire, à la fois écœurante et d'une tristesse à en pleurer.

Il comprenait maintenant pourquoi Isane refusait de parler de cette cicatrice, pourquoi elle avait dit ne pas la porter comme un trophée. Il avait pitié. Et en même temps, il se sentait terriblement coupable : s'il avait été là pour la protéger pendant et après le siège de Kaer Morhen – s'il n'avait pas quitté la forteresse sans l'attendre ! –, jamais Isane n'aurait eu à subir de telles atrocités.

Mais ce qu'il ne comprenait pas, en revanche, c'était le rapport avec cette prophétie, et ce que son accomplissement pouvait bien lui apporter, pour la paix de son âme.

-Isane, reprit la völva, comme si elle avait lu dans ses pensées, a toujours haï sa condition de sorceleuse. Je crois savoir que c'était déjà le cas lorsque vous suiviez tous les deux l'enseignement à Kaer Morhen ? demanda-t-elle de façon rhétorique. Laisse-moi te dire que l'attaque de la forteresse puis l'incident de Razwan n'ont absolument rien arrangé.

« Toute sa vie, Isane n'a aspiré qu'à une seule chose : vivre une vie simple – ennuyeuse, diras-tu – mais normale et surtout, surtout !, libérée du sentiment de n'être qu'une abomination génétique. Mais parmi toutes les mauvaises choses qu'elle avait dû affronter, il y en avait une bonne qui semblait racheter le tout : toi, Geralt de Riv, le célèbre Loup Blanc.

« Isane a passé plusieurs mois à mes côtés pendant sa convalescence et a rapidement appris à me faire confiance. Car elle m'est redevable, vois-tu ? Exactement comme la licorne lui est redevable, à elle. Nous avons beaucoup discuté pendant ce temps, et tu étais indéniablement son sujet de conversation favori. Oh, bien sûr, au début, elle ne parlait presque pas, mais j'ai su poser les bonnes questions et elle m'a même raconté votre mariage secret lorsque vous aviez six ans, ce qui n'a pas manqué d'attirer mon attention.

« Car il se trouve que déjà à l'époque, j'avais connaissance de la prophétie – celle de l'union des sorceleurs. Et lorsqu'elle m'a confirmé ce que je soupçonnais déjà – à savoir, qu'elle était la seule fillette à jamais avoir réussi tous les tests et être pleinement devenue sorceleuse –, je lui en ai parlé.

« Je lui ai expliqué que si d'aventure, vos chemins devaient se recroiser et que vous en veniez à consommer votre mariage, alors elle aurait le pouvoir de remonter le temps et de changer le cours de son destin – et du tien, par la même occasion. En accomplissant cette prophétie, elle pourrait vous empêcher tous les deux de devenir sorceleurs.

« Elle a bien sûr voulu partir tout de suite à ta recherche et j'ai dû freiner ses ardeurs, expliqua encore la vieille femme d'un air nostalgique. Je suis une völva – je savais que tu viendrais à elle lorsque le temps serait propice. Et j'avais raison, tu as fini par venir.

« Des décennies s'étaient écoulées et je crois bien qu'Isane s'était résignée à ce que ce jour n'arrive jamais. Les chansons vantant tes exploits finissaient toujours par arriver jusqu'à elle, même au fin fond de cette forêt, et je devais sans cesse lui répéter de faire preuve de patience. Je n'ai pu la prévenir précisément de ton approche que quelques jours plus tôt, comme je l'ai par ailleurs également fait avec ton ami le barde.

« Isane avait si souvent rêvé le moment de vos retrouvailles qu'elle a d'abord eu du mal à y croire, et c'est plus par débordement d'émotion que par véritable volonté qu'elle a amorcé l'engrenage de la prophétie.

La völva marqua une nouvelle pause, le temps d'avaler sa salive. Par la malepeste, ce qu'elle pouvait être bavarde ! Un véritable moulin à paroles ! Pire encore que Jaskier, ce qui n'était vraiment pas peu dire ! Mais Geralt devait admettre que son récit le passionnait au moins autant qu'il ne lui glaçait le sang.

-Je vais te faire une autre confidence, reprit-elle au bout d'un moment. Tu es le seul à qui Isane se soit jamais donnée. Pendant toutes ces années, elle s'est préservée pour toi. N'est-ce pas romantique ? railla la vieille femme.

Elle avait parlé avec cynisme et une telle aigreur que Geralt s'en trouva irrité. Une femme de son âge avait sans doute eu son lot de déceptions amoureuses, mais le sorceleur avait l'impression que ces paroles dissimulaient un sens bien plus profond.

-Bien sûr, il y avait ce détail insignifiant, cette histoire de prix à payer pour que l'union perdure, poursuivit la devineresse d'un ton dédaigneux. Isane ignorait que le pouvoir dont parlait la prophétie serait directement prélevée à sa source et lorsqu'elle l'a enfin compris, il était déjà trop tard.

« Tu lui en veux parce qu'elle savait, gronda-t-elle soudain en le pointant d'un doigt accusateur. Tu penses sans doute qu'elle agit par égoïsme, mais je peux t'assurer qu'elle a mauvaise conscience pour ce qu'elle fait subir à cette gamine. Peut-être même que si elle avait su en amont en quoi consistait ce fameux sacrifice, elle aurait tourné le dos à la prophétie. Nous ne le saurons jamais, et c'est très bien comme ça.

Elle se tut de nouveau.


Geralt perçut un bruit dans les fourrés en contrebas qui n'était pas celui d'un animal nocturne ni celui du vent faisant tourbillonner les feuilles mortes, et détourna brièvement son attention de la völva.

Isane apparut alors, un lapin ensanglanté pendant mollement de son poing gauche, sa sarbacane de chasse serrée entre les doigts de sa main droite. Elle s'arrêta dans la clairière et leva lentement les yeux vers lui. À en juger par le regard qu'elle lui lança, la völva avait sans doute raison : la sorceleuse se sentait coupable. Et Geralt ne put s'empêcher de la dévisager avec pitié.

Isane baissa les yeux puis se dirigea lentement vers le colimaçon qui menait à la cabane.

-Voilà précisément la raison pour laquelle elle ne t'a rien dit de tout cela, dit la devineresse à voix basse. Isane déteste peut-être ce que Kaer Morhen a fait d'elle, mais elle est incroyablement fière. Elle veut que tu partages sa vie, mais elle refuse que tu le fasses par charité.

Elle s'interrompit Isane venait d'atteindre la plateforme et la völva attendit patiemment qu'elle soit entrée à l'intérieur de la maison et eût refermé la porte derrière elle avant de conclure :

-C'est une âme meurtrie et fragile, à n'en point douter. Et tu es le seul à pouvoir la délivrer de son immense fardeau. Je te laisse méditer là-dessus. Bonne nuit, sorceleur.


Vous savez à présent presque tout sur le passé d'Isane, à deux-trois détails près. Était-ce ce à quoi vous vous étiez attendu ?

Et que Geralt va-t-il décider ? Aidera-t-il Isane à se libérer de son fardeau, comme le lui conseille la völva, ou s'acharnera-t-il à briser la prophétie ?

Mais avant toute autre chose : comment va-t-il se sortir de cette cage en dymérite ? \o/

Merci pour votre lecture, n'hésitez pas à me laisser votre avis. À bientôt ! MM's