Bonjour,
Merci à Chris pour ses reviews :-*
Et bonne lecture ;)
Malgré ses belles paroles, Isane s'était retirée à l'intérieur de la maison, laissant Geralt moisir dans sa cage suspendue dix mètres au-dessus du sol. Ne pouvant visiblement pas compter sur elle, le sorceleur ne ménageait pas ses efforts pour se libérer de sa prison, mais chacune de ses tentatives se soldèrent par un cuisant échec.
Il faisait encore nuit et Geralt avait perdu toute notion du temps. La seule chose dont il était certain, c'était que Ciri devait toujours être en vie car dans le cas contraire, la völva aurait déjà dévoilé son vrai visage.
Geralt ne croyait pas une seule seconde à l'hypothèse d'Isane selon laquelle la dénommée Skuld serait une norne, c'est-à-dire une sorte de divinité chargée de tisser les fils du destin, faisant de chaque être vivant sa marionnette. Elle se servait sans nul doute d'Isane comme d'un pantin, mais le sorceleur doutait fortement qu'elle soit capable de décider de leur avenir selon lui, elle n'était qu'une simple opportuniste, ce qui ne la rendait cependant pas moins dangereuse.
Mais que pouvait bien être son but, au juste ? Qu'avait-elle à y gagner ? Qu'a-t-on à gagner à avoir toujours plus de pouvoir ? sembla railler la voix de Yennefer dans l'oreille de Geralt, et le sorceleur secoua la tête : quelles que soient ses raisons, il fallait qu'il l'empêche de nuire – de leur nuire. La question était de savoir si la supprimer suffirait à sauver Ciri.
Comme Isane l'avait confirmé par son silence, ce n'était pas elle, ni Geralt, qui canalisaient la magie soustraite du corps de Cirilla. Pourtant, l'élément déclencheur avait bel et bien était la consommation de leur « mariage » et l'enclenchement de cette soi-disante prophétie – car comme l'avait souligné Jaskier, Ciri allait beaucoup mieux après qu'Isane ait failli se noyer.
Comment la völva s'y prenait-elle pour s'intercaler entre eux, le sorceleur n'en avait pas la moindre idée, mais il avait au moins la certitude qu'elle était dépendante d'eux pour pouvoir continuer d'atteindre Ciri.
À court d'idées pour se délivrer, le sorceleur tâcha de se calmer et de réfléchir. La cage était faite de dymérite, ce qui l'empêchait d'user de ses pouvoirs à l'intérieur, mais en tendant les bras à l'extérieur, entre les barreaux, il serait peut-être capable de déjouer le piège ? Ça valait la peine d'essayer.
Il leva les yeux vers le sommet de la geôle évidemment, elle n'était pas retenue par une corde mais par une imposante chaîne de métal, l'empêchant de se servir du Signe d'Igni pour brûler l'attache.
Il poussa un puissant juron.
Je peux toujours essayer de briser la branche, à défaut de la chaîne… C'était une idée, mais quand bien même… Quelles seraient ses chances de survivre à une chute de dix mètres, emprisonné à l'intérieur d'une boîte en ferraille qui céderait sans aucun doute, mais dont les barreaux délabrés le transperceraient de part en part, tels des pieux destinés à l'empaler vivant ? Non, briser la branche pour faire tomber la cage n'était définitivement pas une bonne idée. Quoi que…
Je n'ai pas nécessairement besoin de survivre, se rappela-t-il soudain. Si je meure dans la chute, alors le maléfice sera rompu et Ciri sera sauvée. Ça vaut la peine d'essayer…
À présent résolu, Geralt chercha des yeux le meilleur endroit pour frapper l'épaisse branche d'un Signe d'Aard. C'est alors qu'une petite silhouette bossue apparut soudain, assise à califourchon sur un rameau se trouvant à environ trois mètres de lui, à hauteur de ses yeux.
-T'as l'air fin, comme ça, ricana la créature.
L'esprit frappeur, toujours vêtu de son costume de bouffon et son front cornu coiffé de son bonnet à grelots, lui souriait d'un air narquois.
-Mourioche ?[1] dit Geralt en reconnaissant celui qui les avait importunés, Ciri et lui, deux semaines plus tôt à la lisière de cette même forêt.
-Oh, s'étonna le poltergeist, tu connais mon nom ?
-C'est Isane qui me l'a dit, expliqua le sorceleur.
Puis, pris d'une intuition soudaine, il ajouta :
-Isane est ton amie, pas vrai ? Elle te laisse t'approcher en hiver pour que tu ne meures pas de froid ?
-Voui, elle est plus gentille qu'la plupart des gens.
-Et je suis sûr que tu voudrais la remercier de sa bienveillance en l'aidant à ton tour, n'est-ce pas ?
-Si l'occasion s'présente… répondit Mourioche en haussant les épaules.
-L'occasion se présente aujourd'hui, assura le sorceleur. S'il te plait, aide-moi à sortir de là.
-Hm, fit l'esprit frappeur en se grattant le menton d'un air songeur. En quoi t'délivrer pourrait aider Isane ? C'est elle qui t'a enfermé dans c'te cage, non ?
-Oui, c'est vrai, admit Geralt à contrecœur. Mais elle ne l'a pas fait de son plein gré. Tu connais cette vieille femme drapée de noir qui se trouve avec elle ? Skuld ?
Mourioche ne répondit pas tout de suite et commença à se tortiller sur sa branche, l'air visiblement mal à l'aise.
-P't'êt'e ben, lâcha-t-il au bout d'un moment.
-Tu ne l'aimes pas, n'est-ce pas ? devina Geralt. Elle te fait peur ? À moi aussi, si ça peut te rassurer.
À ces mots, l'esprit frappeur écarquilla tellement les yeux que ses sourcils en prirent la forme de deux chevrons pointus.
-Si un gars comme toi a peur, alors c'est qu'y'a vraiment d'quoi s'faire du mouron…
-Elle est dangereuse, confirma le sorceleur. Et elle va s'en prendre à Isane, ce n'est qu'une question de temps. Si tu m'aides à sortir d'ici, Mourioche, je pourrais essayer de sauver Isane. Qu'est-ce que tu en penses ?
-J'croyais qu'elle t'fichait la frousse ? rappela le poltergeist, les poings sur les hanches et les yeux plissés d'un air inquisiteur.
-Affronter ses peurs pour aider ceux qu'on aime, c'est ce qu'on appelle le courage, expliqua calmement Geralt.
Cette fois encore, Mourioche prit son temps pour répondre.
-Tu voudrais que j'fasse comment pour t'sortir d'là-d'dans ? demanda-t-il au bout d'un moment.
Geralt, qui avait déjà réfléchi à la question, lui exposa son plan :
-Il me semble que tu as l'extraordinaire faculté de te rendre invisible ? se souvint-il d'un ton flatteur.
-C'est pô si extraordinaire qu'ça…
-Si, assura Geralt, ça l'est.
-D'accord, ça l'est. Et alors ?
-Alors, reprit le sorceleur, tu pourrais te servir de ce don admirable pour te faufiler à l'intérieur de la cabane et aller chercher les clés de la cage.
-Nan, répliqua le poltergeist en lui tirant la langue. Trop dangereux, désolé.
-Mais tu ne risquerais rien, puisque tu serais invisible…
-Voui… mais nan. C'te satanée Skuld, elle sait des choses. Si j'essaie d'prendre les clés, j'me f'rais prendre la main dans l'sac.
-Tu te sous-estimes beaucoup, Mourioche, fit mine de regretter Geralt en secouant la tête d'air désolé. Tu es bien plus habile et courageux que tu ne sembles le croire.
-Nan, répéta l'esprit frappeur. Si j'me fais prendre, elle va m'chasser.
-D'accord, soupira Geralt, je comprends.
Il marqua une pause et baissa brièvement les yeux. Et lorsqu'il les posa à nouveau sur Mourioche, son regard avait changé.
-Je te laisse le choix, poltergeist, déclara-t-il d'un ton soudain chargé de menaces. Soit tu fais une tentative pour aller me chercher ces clés à l'intérieur, auquel cas tu as une chance sur deux de ne pas te faire prendre, soit tu t'entêtes dans ton refus, et dans ce cas c'est moi qui vais te chasser.
-Tu connais pô la formule ! rétorqua l'esprit frappeur d'une voix aiguë et peu discrète, en pointant vers lui un doigt accusateur.
-Tu veux parier ? railla le sorceleur. Mourioche, Mourioche, le diab' t'…
-Ça va ! Ça va ! hurla le poltergeist en s'agitant sur sa branche d'un air paniqué.
-Baisse d'un ton, répliqua sèchement Geralt. Si la völva te repère maintenant, alors tes chances de réussite vont baisser drastiquement. Ce n'est pas ce que tu veux, n'est-ce pas ?
-Nan.
-Bon. Alors dans ce cas, vas-y.
L'esprit frappeur ne bougea pas.
-Quoi ? s'enquit Geralt, qui commençait sérieusement à s'impatienter.
-J'veux ben t'rendre service, mais il faut qu'tu m'donnes que'qu'chose en échange…
À ces mots, le sorceleur poussa un profond soupir de lassitude.
-Regarde-moi bien, dit-il. Est-ce que j'ai l'air de posséder quelque chose de valeur qui puisse t'intéresser ?
-Nan, convint le poltergeist. C'est ben pour ça qu'j'vais pô t'aider, final'ment.
-Ce n'est pas moi que tu aides en allant chercher les clés, c'est Isane.
-C'est toi qui l'dit, mon p'tit pote.
Geralt soupira derechef. Comment Isane pouvait-elle supporter la présence de cet agaçant indésirable ?
-Comme tu voudras, abdiqua le sorceleur. Mourioche, Mourioche, le diab'…
-Ça va ! Ça va ! cria-t-il de nouveau. C'est bon, j'y vais ! Sal'té d'humain, va !
Les doigts écartés de part et d'autre de sa tête cornue, il tira la langue une dernière fois en direction de Geralt puis disparut comme par enchantement. Pourvu qu'il réussisse… souffla intérieurement Geralt.
Commença alors une attente interminable.
Le suspens était à son comble, insoutenable. Mourioche allait-il réussir à déjouer l'attention de Skuld, ou la völva allait-elle le repérer et le chasser sans le moindre scrupule ?
Avait-il au moins réussi à pénétrer dans la maison ? Car une fois invisible, le sorceleur ne pouvait être sûr que l'esprit frappeur n'avait pas simplement choisi une troisième option plus avantageuse pour lui : celle de prendre la fuite et de ne revenir que lorsque tout serait terminé.
Geralt eut l'impression d'attendre des heures. Il avait cessé de remuer, les oreilles et les yeux aux aguets. C'était à peine s'il osait respirer. Le vent nocturne, qui faisait osciller la geôle dans un grincement sinistre, s'engouffrait dans ses cheveux et sous son pourpoint, le faisant légèrement frissonner.
Et finalement, après seulement quelques minutes, Mourioche réapparut sur la branche la plus proche de lui.
-J'ai ta clé, annonça fièrement l'esprit frappeur en agitant un trousseau au bout de son poing potelé, provoquant un tintamarre de tous les diables.
-Bien joué, le félicita Geralt. Maintenant, donne-la-moi.
Joignant le geste à la parole, le sorceleur tendit le bras entre deux barreaux et déplia les doigts pour s'approcher de lui le plus possible.
-Sauf que… y'a un tout p'tit problème, reprit Mourioche en faisant tourner l'anneau autour de son index avec désinvolture.
-Tu ne sais pas de quelle clé il s'agit ? supposa Geralt. Ça ne fait rien, je les essaierai toutes, s'il le faut.
-Hein ? fit Mourioche. Oh non, c'est pô d'ça que j'te parle…
-Alors quoi ? s'impatienta le sorceleur.
Le temps venait à lui manquer, il fallait qu'il se dépêche avant que l'aube ne se lève !
-J'crois ben qu'Isane m'a vu.
-Comment ça, elle t'a vu ? interrogea Geralt d'un ton plus qu'irrité. Tu étais bien invisible, non ?
-Ah voui voui… confirma le poltergeist en hochant vigoureusement la tête, faisant frémir ses grelots. Sauf qu'j'ai senti son r'gard posé sur moi quand j'ai tendu la main vers la clé…
-Mais elle n'a rien dit ? insista Geralt. Elle n'a fait aucun geste pour t'en empêcher ?
-Nan, c'est vrai.
C'était déjà bon signe. Peut-être qu'Isane avait décidé de le laisser faire, finalement, et qu'elle n'opposerait plus de résistance ?
-Est-ce que Skuld était là ?
À ces mots, Mourioche fut secoué d'un frisson irrépressible qui en disait bien plus que des longs discours.
-Voui, elle est là, confirma-t-il d'un ton lugubre.
-Et elle ne t'a pas repérée ? Seule Isane a un doute ?
-J'crois, voui…
-Dans ce cas, donne-moi la clé et file te cacher, lui conseilla vivement Geralt. Je te rappellerai quand la voie sera libre, je t'en fais la promesse.
-Bah… fit le poltergeist en dansant d'un pied sur l'autre sur sa branche. C'est qu'j'ai quand même peur d'avoir des problèmes avec Isane, moi. J'peux pô prendre le risque qu'elle m'chasse pour t'avoir délivré…
-Mourioche, s'impatienta Geralt, les lèvres retroussées pour dévoiler ses dents, tel un loup qui montre les crocs. Sois raisonnable. Si tu ne me donnes pas cette clé maintenant, alors tu auras couru le risque de te faire chasser par Skuld pour rien !
-Nan, mais voler, c'est mon truc à moi, expliqua l'esprit frappeur. Donc même si elles s'rendent compte qu'j'ai pris la clé, c'est pô trop grave : ça ou aut'chose, qu'est-ce qu'ça change ? Nan, poursuivit-il, le vrai problème, c'est qu'si j't'ouvre ou qu'j'te donne la clé, j'deviendrai ton complice, tu piges ? J'peux pô prendre c'risque-là, désolé mon p'tit pote.
À la fois horrifié et dépité, Geralt ouvrit la bouche mais Mourioche ne lui laissa pas le temps de répondre quoi que ce soit.
-Mais j'suis pô un mauvais bougre, reprit-il. Et puis, c'te clé, j'en ai rin à faire, elle m'sert à rin… Donc, j'vais la poser là, juste ici, dit-il en se penchant en avant, pour qu'tu puisses la prendre toi-même.
Il déposa la clé sur la branche puis se redressa en se frottant les mains.
-Comme ça, tu pourras t'délivrer tout seul, et moi, j'te l'aurais pô donnée, sifflota-t-il avec malice. Ni vu, ni connu.
Et sans ajouter un mot, ni attendre de réponse, Mourioche disparut de nouveau, laissant derrière lui un sorceleur de plus en plus furieux.
Geralt poussa un juron.
Quelle idée stupide aussi, de placer autant d'espoirs dans les agissements d'un esprit frappeur ? Que lui, le Loup Blanc, ait pu se faire avoir de la sorte, c'était aussi aberrant que consternant ! Mais il fallait qu'il se reprenne. Il aurait tout le temps plus tard pour s'énerver de sa propre bêtise.
La clé dérobée par Mourioche était toujours posée sur la branche où le poltergeist l'avait laissée, et Geralt savait qu'elle était sa seule et unique chance de sortir de cette satanée cage. Il tendit le bras dans sa direction, glissant son épaule autant que possible entre les barreaux, mais la geôle était suspendue trop loin, il ne pourrait pas l'atteindre de cette façon. Pourquoi n'existait-il pas un Signe pour attirer les objets vers lui, par la malepeste ? De plus en plus paniqué, le sorceleur jeta autour de lui un regard frénétique. Et soudain, la solution lui apparut.
Puisqu'il se trouvait trop loin de la branche pour attraper la clé, il fallait qu'il s'en rapproche. La cage était suspendue par une chaine métallique assez longue pour lui permettre de la balancer et de gagner un mètre, peut-être deux. Mais il fallait qu'il soit efficace, d'autant plus que la branche qui le soutenait n'allait peut-être pas tenir.
Empoignant les barreaux à bout de bras mais les pieds posés juste devant eux, Geralt tira de toutes ses forces pour faire bouger la geôle. Sans surprise, son mouvement provoqua un grincement sonore et sinistre.
-Merde, jura-t-il entre ses dents.
Mais il n'avait pas le choix.
Ayant parfaitement conscience que le vacarme ne tarderait pas à alarmer Isane et la völva, Geralt recommença son geste avec un peu plus de force. La cage commença alors à se balancer, mais le mouvement était encore bien trop lent pour atteindre l'amplitude nécessaire.
Il tira de nouveau de toutes ses forces avec les bras tout en poussant dans la direction contraire avec ses jambes. Il renouvela l'opération encore et encore, faisant grincer la chaîne de plus en plus, exacerbant son ouïe surdéveloppée. Il était impossible que les deux femmes ne l'aient pas entendu et il ne faisait par conséquent aucun doute qu'elles ne tarderaient pas à intervenir, mais il n'avait pas le temps de regarder par-dessus son épaule pour s'en assurer.
Au bout d'une minute ou deux, il jugea avoir pris assez d'élan pour passer à nouveau le bras au travers des barreaux et tenter de saisir le trousseau de clés. Son premier essai fut un échec, sa main tendue ne pouvant grapiller la dernière dizaine de centimètres qui le séparaient de la branche.
-Allez ! grogna-t-il en poussant une nouvelle fois de toutes ses forces.
La geôle se balança encore un plus amplement et cette fois, le sorceleur sentit le bout de ses doigts frôler le métal froid de l'anneau, sans réussir pour autant à s'en saisir.
Il effectua alors une troisième tentative et cette fois, sa paume survola l'objet. Mais son geste était imprécis, et au lieu de s'emparer triomphalement du trousseau, il ne parvint qu'à l'éjecter de la branche.
Les yeux écarquillés d'horreur, Geralt eut l'impression de voir la scène se dérouler au ralenti : le porte-clés disparut une fraction de seconde derrière la branche et lorsqu'il réapparut, il tournait sur lui-même à l'horizontale. Dans un réflexe surhumain, le sorceleur passa son second bras entre les barreaux avec agilité et ouvrit la paume vers le ciel juste à temps pour attraper l'anneau de métal avant qu'il ne tombe hors de sa portée.
Étouffant une exclamation de triomphe, le sorceleur ramena son bras à l'intérieur de la cage juste au moment où Isane apparaissait sur la plateforme en face de lui.
-Qu'est-ce que tu fais ? interrogea-t-elle, les sourcils froncés.
-Ça ne se voit pas ? railla-t-il.
La geôle continuait de se balancer d'un côté sur l'autre, perdant cependant peu à peu de la vitesse nier était donc inutile. En revanche, Geralt avait réussi à glisser le trousseau de clés à l'intérieur de sa manche avant de se retourner vers elle, n'étant pas certain qu'elle soit vraiment digne de confiance.
-Arrête, s'il te plait, le pria-t-elle d'une voix calme et pourtant chargée de menaces.
-Sinon quoi ? ironisa-t-il encore en tapant contre les barreaux de la cage.
Isane grimaça en se portant une main à l'oreille et attendit que le tintement du métal se dissipe un peu avant de répondre :
-Sinon Skuld pourrait devenir suspicieuse, siffla-t-elle entre ses dents. Et crois-moi Geralt, ce ne serait pas du tout dans ton intérêt.
À ces mots, le sorceleur se figea.
Que devait-il comprendre de ces insinuations ? Mourioche avait dit s'être fait repérer par Isane, mais que la sorceleuse n'avait pas réagi. Était-il possible qu'elle ait finalement changé d'avis mais que, redoutant les pouvoirs de voyance de la völva, elle l'aide à s'échapper de façon discrète ?
-Et puis, ajouta Isane, tu vois bien que tes tentatives ne donnent rien. La chaîne, tout comme la branche, sont assez solides et ne cèderont pas.
-J'ai vu, abdiqua-t-il alors. Mais tu comprends qu'il fallait que j'essaie.
-Bien sûr, acquiesça la sorceleuse dans un sourire en coin. Le Loup Blanc ne se rend pas sans combattre. Et j'aurais réagi pareil, à ta place. Mais maintenant, s'il te plait, fais-toi discret.
Geralt ne répondit pas mais Isane ne s'y attendait visiblement pas de toute façon, car elle le salua d'un signe de tête avant de tourner les talons et de disparaître à nouveau à l'intérieur de la cabane.
À nouveau seul, Geralt ressortit le trousseau de l'intérieur de sa manche et passa la main à l'extérieur pour essayer les clés une à une. Par chance, il n'y en avait que quatre la serrure s'ouvrit dans un bruit de loquet au bout de la seconde tentative et le sorceleur poussa doucement la porte de la geôle. Contre toute attente, celle-ci n'émit qu'un faible grincement.
Jetant un regard inquiet en direction de la cabane, le sorceleur se hissa à la seule force de ses bras sur le dessus de la cage et, s'accrochant à la chaîne métallique, il se concentra sur la branche depuis laquelle Mourioche lui avait parlé, et qui se trouvait un mètre plus bas et à trois de distance. Après un dernier coup d'œil à la plateforme, Geralt prit une grande inspiration et bondit en avant.
[1] Mourioche : esprit frappeur du folklore breton
Eh ben y'a de l'espoir, finalement ! Le retour de Mourioche, vous ne l'aviez pas vu venir, n'est-ce pas ? ;)
Alors d'après vous, Isane a-t-elle vraiment retourné sa veste ?
Merci de votre fidélité, à mercredi prochain pour un nouveau chapitre intitulé "Le vrai visage de la völva" (ça se voit qu'on approche du dénouement de cette histoire ? ^^).
