Tel un félin, il atterrit souplement les deux pieds sur la branche, mais son saut avait bien entendu fait légèrement remuer la cage et crisser la chaîne.

Ayant pris très au sérieux l'avertissement d'Isane, Geralt chercha d'abord son équilibre sur le rameau avant de bondir pour saisir une branche supérieure et de s'y hisser à son tour, disparaissant dans l'obscurité. Bien sûr, Isane serait capable de le repérer grâce à sa vision modifiée, mais le sorceleur décida de ne pas s'en préoccuper avant que cela n'arrive.

Il continua d'escalader les branchages jusqu'à arriver à la hauteur de la chambre d'Isane, à l'étage de la cabane. Formant avec ses doigts le Signe d'Aard, il envoya une onde énergétique courte et peu puissante sur la fenêtre qui s'ouvrit sans opposer la moindre résistance, et enjamba prudemment le rebord pour entrer dans la pièce. Geralt sentit alors sa mâchoire se décrocher.

Soigneusement posés sur le lit se trouvaient son plastron ainsi que ses deux glaives. Une fois la première surprise passée, Geralt fronça les sourcils avec méfiance : Isane avait volontairement laissé son équipement à cet endroit pour qu'il puisse le récupérer, mais dans quel but ? Pour l'aider, ou pour l'attirer dans un piège ?

Le sorceleur secoua la tête, laissant une mèche de ses longs cheveux blanc s'échapper de son bandeau. Les intentions d'Isane n'avaient que peu d'importance à cet instant précis quoi qu'il advienne par la suite, il aurait besoin de son armure et de ses armes. En saisissant le premier fourreau, Geralt eut pourtant un mouvement d'hésitation : il pouvait se suicider tout de suite et sauver Ciri sans perdre davantage de temps. D'un autre côté, il avait fait une promesse à Isane et, dans le cas où elle avait vraiment envoyé Mourioche et couvert sa fuite, il ne pouvait pas simplement briser sa parole sans lui fournir la moindre explication. Car malgré sa trahison, il continuait à ressentir de l'affection pour elle, celle-là même qui l'avait poussée à cueillir cette gerbe de lilas mauve par une nuit d'orage lorsqu'il avait six ans.

Toujours indécis, Geralt jeta un regard en direction de la fenêtre de la chambre, qui s'ouvrait à l'Est. L'obscurité semblait encore plus profonde, signe que la nuit s'achèverait bientôt, mais il lui restait encore un tout petit peu de temps avant que les premières lueurs du jour ne poignent à l'horizon et scellent à jamais le sort de Ciri.

À présent décidé à aider Isane autant qu'il le pourrait, le sorceleur enfila rapidement son plastron puis fit passer les sangles de son baudrier dorsal par-dessus son épaule et s'approcha lentement de la porte de la chambre, marchant sur la pointe des pieds.


Par chance, l'agencement de la porte lui permettait d'avoir une vue plongeante sur la pièce de vie depuis l'embrasure sans avoir à ouvrir le panneau de plus de trois centimètres.

La vieille völva était assise de dos dans le fauteuil devant la cheminée et Isane était installée près d'elle, sur une chaise. Si la sorceleuse avait entendu les gonds de la porte grincer légèrement, elle ne le releva pas.

-Je ne t'ai jamais posé la question, l'entendit-il dire à Skuld, mais que vas-tu devenir, lorsque la prophétie sera accomplie ? Est-ce que ta vie sera très différente ?

À ces mots, la devineresse étouffa un petit rire qui ressemblait fortement à une quinte de toux.

-Je l'espère, répondit-elle. J'y compte bien.

-Tu peux m'en dire plus ? interrogea encore Isane d'une voix douce et apparemment sincère. Après tout ce que tu as fait pour moi, j'aimerais être sûre que tout ira bien pour toi…

-Hm, fit la völva d'un air songeur. Je vais te faire une confidence, Isane : aussi étrange que cela puisse te paraître, je n'ai jamais été capable de prédire mon propre avenir.

-Jamais ? s'étonna la sorceleuse en se redressant sous l'effet de la surprise.

Le feu qui brûlait dans l'âtre éclairait son visage pâle d'une ombre lugubre, et Geralt vit qu'elle fronçait les sourcils.

-Non, j'en ai peur, assura la vieille femme.

-Mais tu es une norne, rappela Isane d'un ton alarmé, presque suppliant. Tu ne peux pas mourir. Tu as toujours existé et tu existeras toujours. N'est-ce pas ?

Cette fois encore, Skuld étouffa un ricanement qui l'étrangla à moitié.

-Attends, dit Isane en se levant d'un bond.

Geralt la suivit des yeux tandis qu'elle se dirigeait vers le buffet, où elle attrapa un gobelet en métal ainsi qu'une bouteille en terre cuite. Elle versa un peu de son contenu dans la timbale puis se tourna de nouveau pour la tendre à son hôte. Mais à peine la völva eut-elle posé ses doigts dessus qu'elle se mit à hurler.

-ARGH ! cria-t-elle en jetant le godet sur la peau d'animal étendue sous ses pieds.

-Que se passe-t-il ? s'enquit aussitôt Isane en se précipitant vers elle, le front soucieux.

-C'est brûlant, petite sotte ! Tu aurais pu me prévenir !

-Non, assura la sorceleuse en secouant la tête d'un air dépité. Ce n'est que de l'eau froide, ce n'est pas chaud…

Et tandis qu'elle prononçait ses mots, Geralt vit ses traits se figer tout à coup et Isane se redressa brusquement.

Son regard passa lentement du gobelet à la völva et son visage afficha soudain une expression d'horreur. Ça y est, elle a compris, pensa-t-il.

-Tu crains l'argent, souffla-t-elle.

Ce n'était pas une question, mais une affirmation. La même conclusion à laquelle était arrivé Geralt.

-Ne soit pas ridicule, rétorqua sèchement Skuld. C'était une simple charge statique, voilà tout.

-Non, la contredit aussitôt Isane d'une voix déterminée. Une charge statique ne causerait pas de telle cloques.

Bien observé, se dit Geralt, qui n'avait toujours pas bougé de sa cachette, attendant le moment propice pour intervenir.

-Il n'y a que les monstres qui réagissent au contact de l'argent, poursuivit la sorceleuse. Alors si tu n'es pas une norne ni une simple völva, qu'est-ce que tu es, Skuld ?

-Tu tiens vraiment à le savoir ? railla la vieille femme.

Elle avait parlé d'une voix chargée de menace et avançait lentement en direction d'Isane, qui dut reculer pour la maintenir à distance. Le dos de la sorceleuse cogna bientôt contre le buffet, et Isane chercha à tâtons son glaive en argent, qui était appuyé contre le côté du meuble.

Voyant que son amie peinait à trouver son arme alors que l'ennemi s'approchait de plus en plus dangereusement, Geralt se décida enfin à agir. Il ouvrit la porte de la chambre d'un mouvement brusque, faisant bruyamment grincer les gonds et arrachant un sursaut à la vieille femme, qui se retourna vivement vers lui.

-Toi ? s'écria-t-elle dans un accès de colère.

Pour toute réponse, le sorceleur sauta au-bas de l'échelle qui menait à la mezzanine, et atterrit d'un pas souple sur le plancher de la pièce de vie tandis qu'Isane tirait enfin son glaive de son fourreau.

La völva poussa un cri de rage mais n'eut d'autre choix que de reculer face à ses deux adversaires. Ne sachant cependant pas à quel genre de créature ils avaient affaire, les deux sorceleurs prenaient leur temps pour attaquer, la scrutant du regard dans l'espoir de la démasquer et d'adapter leur tactique en conséquence.

La vieille femme se retrouva bientôt acculée à la cheminée et une odeur de brûlé se répandit dans la pièce en même temps qu'une épaisse fumée : les pans de sa cape avaient pris feu.

Poussant un nouveau cri de colère, la devineresse se débarrassa rapidement de son manteau, qu'elle laissa négligemment tomber sur les flammes. Mais au lieu d'étouffer le feu, le textile s'embrasa pour de bon.

Mais ce n'était pas le pire.


La völva avait brusquement écarté les bras et ceux-ci s'étaient aussitôt changés en pattes velues terminés par des serres immenses et crochues – tout comme ses pieds, d'ailleurs. Sa toge avait également disparu pour laisser place à un pelage gris sombre tandis que son visage ridé à la crinière de cheveux blancs et hirsutes s'était soudain déformé : à la place du nez, Skuld portant fièrement un bec aussi noir que le plumage qui ornait son énorme tête – celle d'un corbeau gigantesque.

La créature croassa bruyamment tandis qu'elle dépliait les grandes ailes noires aux plumes soyeuses qui avaient subitement poussé dans son dos, puis elle prit son envol.

Geralt leva sa lame, prêt à l'affrontement, mais la bête fondit aussitôt sur Isane. La sorceleuse tenta de la frapper avec son glaive en argent, mais les serres affûtées du monstre pointées vers l'avant la heurtèrent de plein fouet au niveau du bas ventre, la propulsant en arrière au travers de la fenêtre.

Isane eut le réflexe de protéger son visage de ses bras alors qu'un torrent de verre brisé pleuvait sur elle, mais pas celui de former le Signe de Quen. Sa chute ayant arraché une partie du mur de bois, la créature s'échappa à tir d'ailes de la maison en flammes et Geralt se lança à sa suite.

Il en était sûr, cette chose avait siphonné la magie de Ciri et il lui faudrait la tuer pour sauver sa protégée. S'arrêtant sur le bord de la plateforme de la cabane, le sorceleur se hâta de former le Signe d'Yrden pour bloquer les espaces entre les arbres, enfermant la créature dans un champ de force magique.

-Isane ! s'écria-t-il en s'accroupissant à côté d'elle, une fois assuré que la bête ne pouvait pas s'échapper. Ça va ?

-Oui, assura la sorceleuse d'une voix haletante.

C'était un mensonge. Elle avait atterri sur plusieurs débris de verre et de bois ses bras et ses jambes étaient lacérés de profondes entailles et une écharde grosse comme un poignard était plantée au travers de son corset de cuir dans le flanc de son abdomen, du côté droit.

-Des égratignures, insista-t-elle.

Comme pour prouver ses dires, elle arracha le morceau de bois d'un coup sec, les mâchoires crispées par la douleur, provoquant aussitôt une importante hémorragie.

-Ne sois pas ridicule, répondit Geralt.

Sans tenir compte de ses protestations, il arracha en tout hâte l'une des manches de son pourpoint et banda sa taille en serrant autant que possible pour arrêter le saignement. Une fois le garrot posé, Isane se redressa tant bien que mal en étouffant un grognement sourd. Puis elle jeta un regard dépité en direction du monstre, qui cherchait désespérément une issue au piège que lui avait tendu le sorceleur.

À cet instant, un tourbillon de flammes s'éleva de la cabane, les forçant à détourner la tête pour ne pas être éblouis.

-Ta maison brûle, constata Geralt avec tristesse.

-Aucune importance, grommela Isane en se tenant les côtes.

De toute évidence, elle souffrait bien plus qu'elle ne voulait l'admettre.

-Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, nous avons un problème bien plus urgent à régler.

Comme pour la contredire, l'incendie sembla encore gagner en intensité, le feu venant presque leur lécher le visage, et les deux sorceleurs n'eurent d'autre choix que de descendre rapidement l'escalier en colimaçon qui entourait le tronc pour regagner la terre ferme – tout du moins, aussi rapidement que les blessures d'Isane le lui permettaient, car le pan de tissus enroulé autour de son ventre était d'ores et déjà imbibé de sang.


La créature volante continuait de chercher un moyen de s'échapper en croassant furieusement mais ne se souciait pas d'eux – tout du moins, pas pour l'instant.

-Une norne… railla Geralt, son regard dépité passant de la chose à Isane. Comment as-tu pu confondre une norne avec une valraven[1] ?

-Et toi ? répliqua Isane d'un ton agacé en tâchant de se tenir droite malgré la gravité de sa blessure. Tu as bien confondu une ondine avec un drac !

Amusé par sa riposte, Geralt lui adressa un sourire en coin.

Les valravens étaient des êtres rares : il s'agissait d'âmes tourmentées en quête de rédemption, victimes d'une malédiction transformant un être humain en une créature mi-loup, mi-corbeau. D'après ce que racontaient les légendes et les rumeurs, les valravens ne pouvaient reprendre leur forme originelle qu'en s'abreuvant du sang d'un enfant, mais de toute évidence, il s'agissait d'une allégorie particulièrement lugubre.

-Au moins, reprit-il en retrouvant son sérieux, nous avons deux avantages. Le premier c'est qu'elle ne veut pas nous tuer, sinon elle perdra toute la magie qu'elle a pu canaliser grâce à Ciri et avec laquelle elle compte se délivrer du maléfice. Et le second, c'est que les valravens craignent l'argent.

-Dis comme ça, ça a l'air facile, répondit la sorceleuse dans une moue ironique qui se transforma rapidement en une grimace de douleur.

Elle retira brièvement sa main de sa blessure et Geralt put constater que malgré le pansement, sa paume était ruisselante de sang.

-Il te faut une potion, et vite, constata-t-il avec urgence.

-Elles sont toutes à l'intérieur, expliqua Isane en désignant le brasier d'un signe de tête. Et je sais de source sûre que tu n'en as pas sur toi, puisque c'est moi qui t'en ai dépouillé pendant que tu étais assommé par le par le poison de la fléchette. C'est vraiment bête, quand on y pense… conclut-elle avec cynisme.

-Tu crois vraiment que c'est le moment de gouailler ? s'impatienta Geralt. Il faut que…

Mais il n'eut jamais le temps de terminer sa phrase.

Ayant compris qu'elle ne pourrait pas s'échapper de sa prison magique, la valraven avait finalement jeté son dévolu sur les deux sorceleurs. La fumée provoquée par l'incendie commençait à s'accumuler sous le bouclier invisible la créature à la tête de corbeau prit autant de hauteur que possible puis fondit sur eux à toute allure.

Malgré le fait qu'il n'avait pas pu avaler d'élixir de puissance, les réflexes de Geralt n'en restaient pas moins largement au-dessus de la normale. Il poussa Isane au sol juste à temps avant que Skuld que la saisisse entre ses serres crochues, brandit son glaive et frappa de toutes ses forces. Un jet de sang chaud lui éclaboussa le visage.

La valraven croassa avec rage et reprit aussitôt de l'altitude. Ses puissantes ailes au plumage noir brassaient l'air, alimentant l'incendie en oxygène et faisant tourbillonner la fumée à l'intérieur de la clairière. Le tapis opaque ressemblait d'ailleurs de plus en plus à un plafond piégé qui finirait immanquablement par écraser ses victimes.

Geralt se mit à tousser tandis que sa vue se troublait. Enfermer la völva n'avait pas été une si bonne idée, finalement… Les yeux baignés de larmes de douleur, il cligna fébrilement des paupières pour essayer d'y voir plus clair mais il ne parvenait à distinguer qu'une forme sombre et floue à quelques mètres au-dessus de sa tête.

De toute évidence, le coup qu'il lui avait porté avait amené la valraven à réfléchir, car elle se contentait de se maintenir à une hauteur stable et surtout, hors de portée de la lame du sorceleur.

-Allez, viens, siffla-t-il entre ses dents. Approche-toi, ma jolie…

Mais la valraven n'attaquait pas. Sans doute attendait-elle à ce qu'il s'évanouisse, asphyxié par la fumée, et la libère de l'emprise de son Signe ? Si c'était le cas, son plan avait de fortes chances de fonctionner, Geralt en avait conscience. Non, il fallait qu'il l'atteigne avant de défaillir.

Le sorceleur plissa de nouveau les yeux à la recherche d'un moyen de s'élever à la hauteur de la créature. C'est là que la cage suspendue pourrait être utile, pensa-t-il avec sarcasme.

La cage ! C'était la solution !

Toujours secoué de quintes de toux de plus en plus violentes, Geralt releva le col de son pourpoint jusque devant son nez dans l'espoir de protéger ses voies respiratoires et de gagner quelques minutes de plus. Puis il se pencha vers l'endroit où aurait dû se trouver Isane mais à sa grande surprise, la sorceleuse n'était plus là.

-Is… s'étrangla-t-il en toussant de plus belle. Isane ?

Pas de réponse.

L'épaisse fumée opaque saturait l'air de plus en plus et Geralt peinait à distinguer autre chose que le brasier qui détruisait méthodiquement la cabane d'Isane. Avançant à tâtons, il marcha jusque sous la geôle suspendue en se guidant à l'ouïe, la chaîne métallique qui continuait de grincer produisant un son impossible à confondre avec celui de craquement des flammes.

Mais là encore, le sorceleur se trouvait confronté au même problème : comment y grimper ? Il pouvait difficilement remonter dans la cabane en feu pour passer par la fenêtre de la chambre ! De plus en plus désespéré, Geralt prit de l'élan courut en direction de la branche la plus basse mais qui se trouvait toujours à trois mètres au-dessus du sol. Arrivé à proximité, il bondit en avant, les bras tendus, et s'accrocha de justesse au rameau avant de s'y hisser à la force de ses puissants biceps. Plus que cinq mètres pour atteindre la cage, ironisa-t-il intérieurement.

Haletant, il s'efforça de poursuivre son ascension, mais la fumée s'engouffrait de plus en plus dans ses poumons et menaçait de lui faire perdre connaissance d'un instant à l'autre. La chute d'une telle hauteur le tuerait sans doute sur le coup, or il n'était plus sûr que sa seule mort soit d'aucun secours pour sa petite protégée.

La valraven aussi semblait souffrir du manque d'air respirable, car ses battements d'ailes commençaient à légèrement faiblir. Avec un peu de chance, ils mourraient tous les deux asphyxiés, ce qui aurait au moins l'avantage de sauver Ciri.

Geralt ignorait si la valraven en était venue à la même conclusion mais elle se décida soudain à revenir à l'attaque.

Elle fondit sur Geralt, qui se tenait debout sur une branche dans un équilibre précaire, son glaive dressé au-dessus de sa tête, prêt à frapper, mais le remous provoqué par le vol de la créature le déstabilisa. Il tenta de se rétablir d'un mouvement du bassin mais son pied glissa sur le rameau, le faisant déraper.

Geralt parvint à se rattraper de justesse, mais à quel prix ? Dans sa chute, il avait lâché son épée, qui alla se planter dans le sol terreux, cinq mètres en contrebas.

Le sorceleur ne pouvait plus respirer, il était à bout de forces. Encore une seconde ou deux, et il perdrait connaissance avant de s'écraser lui aussi dans les feuilles mortes. Ainsi devait donc périr le célèbre Loup Blanc.

Et finalement, ça aurait pu être bien pire.


C'est alors qu'une ombre attira subitement son attention. Dans un effort incroyable, il leva les yeux vers l'escalier en colimaçon qui encerclait le tronc de l'arbre.

Il s'y tenait une silhouette fantomatique – une silhouette de femme – mais celle-ci semblait étrangement se déformer, comme si son nez s'allongeait subitement. Geralt fronça les sourcils. Il ne comprenait strictement rien à sa vision mais cela n'avait plus grande importance. Il allait mourir et ce fantôme venait peut-être le chercher pour l'emmener dans l'au-delà ? De qui pouvait-il s'agir ? D'Isane, pensa-t-il, l'esprit de plus en plus embrumé.

Le temps semblait s'être suspendu. La valraven continuait de battre furieusement des ailes, luttant elle aussi de toutes ses forces contre cette oppressante sensation d'étouffement, provoquant un courant d'air qui dissipa brièvement la fumée.

Ce n'était pas un rêve, finalement Isane se trouvait bel et bien debout, appuyée contre la rambarde de l'escalier, le teint plus pâle que la mort. Elle tenait sa longue sarbacane de chasse devant sa bouche et tira une flèche qui fendit l'air dans un éclat brillant et opalin : une flèche d'argent.

Regardant la scène se dérouler au ralenti devant ses yeux, Geralt suivit la trajectoire du projectile jusque dans la poitrine de la valraven, qui poussa un croassement à glacer le sang avant de s'effondrer dans un bruissement d'ailes et de heurter le sol dans un horrible bruit d'os brisés.

Posé contre sa poitrine, le médaillon de l'École du Loup se mit à vibrer, mais le sorceleur ne s'en aperçut pas.


[1] Valraven : créature mi-loup mi-corbeau du folklore danois

Skuld n'était donc pas une norne mais une simple manipulatrice. J'ai cherché longtemps une créature un peu originale pour le "boss de fin" et j'ai fini par découvrir la valraven, issue du folklore danois. Je sais qu'il reste encore plusieurs zones d'ombres sur son histoire (par exemple, comment a-t-elle pu s'intercaler entre Isane et Ciri pour récupérer les pouvoirs de Ciri ?), mais on va y revenir avant la fin, c'est promis !

Pour la petite anecdote, dans la toute première description que je fais de la völva dans le chapitre 5, Geralt remarque qu'elle porte un médaillon en cuivre (pas en argent) représentant une femme ailée. Il s'agit à la fois d'une représentation de Freyja (la déesse scandinave notamment des prophéties) et d'une allusion à sa nature de valraven. Voilà, voilà (désolée, je suis trop contente de moi sur ce coup-là pour ne pas m'en vanter ^^).

Mais la question la plus importante est: maintenant que la valraven est morte, sera-t-il nécessaire qu'Isane et/ou Geralt se sacrifient ?

Merci de votre lecture, à la semaine prochaine !