Ok, alors je sais que je suis la pire des auteurs, mais j'ai une bonne excuse pour ne pas avoir posté de chapitre depuis des décennies! J'ai repris les études, tout en gardant mon boulot, et depuis je n'ai plus de vie... (Excuse en bois? Ok, j'aurais essayé)
Sinon, heureusement qu'il y a une pandémie mondiale pour me donner un peu de temps pour écrire une suite à cette histoire, que voici!
Merci à ceux qui auront eu la patience d'attendre ce nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira!
Elsie
Into Dust – Mazzy Star
Five String Serenade – Mazzy Star
12 – 15 Slow Goonbash Blues – Shuggie Otis
Hermione but une gorgée de son café, et resserra le col de son manteau autours de son cou. Le beau temps de la veille n'était plus qu'un lointain souvenir, et le ciel londonien avait retrouvé sa couleur grise habituelle. On n'était qu'à la fin février, après tout. Pourtant, les jonquilles fleurissant au bord du bassin continuaient à donner espoir en exhibant triomphalement le jaune vif de leurs pétales face à l'air plombé de la ville. Sur l'eau, quelques canards s'ébrouaient joyeusement. Malgré son humeur tourmentée, Hermione se permit un sourire. Elle ne cessait de s'émerveiller devant la capacité qu'avait cette ville à lier les contrastes. Elle était en plein milieu de Hyde Park. A quelques pas de là, la rush-hour faisait rage sur Knightsbridge et les automobilistes se livraient une bataille sans pitié à coup de klaxons et de gaz d'échappements. Et pourtant, ici, elle aurait pu être en pleine campagne, au bord d'un étang bordé d'arbres centenaires, à regarder les canards sauvages s'ébrouer. Seuls les tables de café environnantes, vides pour la plupart en cette heure matinale, lui rappelait que tout cela n'était qu'une jolie petite bulle de sérénité, en pleine jungle urbaine.
« Excusez-moi, cette place est-elle prise ?
Hermione leva les yeux vers une femme d'un certain âge, au chignon impeccable, et au tailleur en tweed parfaitement ajusté. Sans aucun doute du sur-mesure. Elle jeta un coup d'œil autours d'elles, beaucoup de tables étaient libres. Pourtant, c'était là que cette femme voulait s'assoir, à la table qu'Hermione occupait déjà. Elle hocha la tête en signe d'assentiment. Après tout, Londres était plein de gens aux manies étranges, et si cette vieille femme avait pour habitude de venir prendre son café à cette table précise tous les matins, il n'y avait rien qu'Hermione pourrait faire pour l'en dissuader d'en faire autant ce jour-là. Alors qu'elle posait sa tasse et s'installait en diagonale à leur table, Hermione l'observa à la dérobée. Elle l'avait pensé vieille, à cause de ses cheveux aussi blancs que la neige, pourtant ses traits paraissaient encore jeunes. Elle était extrêmement mince, du genre qui avait dû faire attention à sa ligne toute sa vie. Mais son visage était ferme, ses pommettes saillantes à peine rosies par l'air frais, ses lèvres encore pulpeuses. Seules quelques ridules au coin de ses yeux confirmaient que ses cheveux blancs n'étaient pas dus à une quelconque décoloration. Ça, et son maintien altier, qu'abordent ceux qui ont été éduqués à une époque où il était hors de question de poser les coudes sur la table. En comparaison, Hermione se sentit tout d'un coup bien débraillée. Elle s'était douchée et démaquillée, mais portait encore ses vêtements de la veille et n'avait pas réussi à tout à fait dompter ses cheveux. De plus, elle était totalement avachie sur son siège et avait ôté ses chaussures pour poser ses pieds sur la chaise d'en face. Se sentant soudainement déplacée, elle entreprit de se rassoir correctement.
« Ne vous dérangez pas pour moi, ça ne me gêne pas du tout. »
Hermione interrompit son geste brièvement, mais décida quand même de remettre se chaussures en adressant un petit air d'excuse à sa voisine de table, qui lui répondit par un sourire bienveillant.
« Tout le monde a besoin de se détendre par moment. Parfois, quand les émotions tournent trop vite dans notre cœur, il est difficile de maintenir les apparences. »
A ces mots, Hermione la dévisageât pour de bons. Comment avait-elle su discerner le doute qui l'animait en ce moment même ? Avait-elle dit ça par hasard, ou était-elle Legilimens ? Pourtant Hermione n'avait ressenti aucune intrusion dans sa psyché. La vieille femme soutenait son regard, mais son visage restait ouvert et accueillant. Devant le silence d'Hermione, elle prit de nouveau la parole.
« Vous allez peut-être me trouver un peu impudente, mais qu'est-ce qui peut bien amener une jeune femme en tenue de soirée à venir contempler la Serpentine avec un air si troublé à sept heures et demi, un samedi matin, si ce n'est le tourment de l'incertitude ? »
Hermione se permit de répondre à son sourire. Pas besoin de dons spéciaux en effet pour deviner ce genre de choses, une observation sommaire de sa personne suffisait.
« C'est tout à fait ça. Vous êtes bonne observatrice. »
« Disons que vous ne seriez pas le premier cas que je vois passer. »
« Je vois. »
Sans trop savoir pourquoi, Hermione se sentait en confiance avec cette femme. Elle ne l'avait jamais vu nulle part, mais pourtant quelque chose en elle inspirait les confidences, tout en donnant la certitude que si des secrets venaient à être dévoilés, ils seraient bien gardés.
« Ce… C'est mon copain. Je ne suis pas sûre. »
« Pas sûre que ça soit le bon ? »
« Oui. Enfin, je ne crois pas vraiment au concept du 'bon,' comme je ne crois pas aux âmes sœurs. »
« Alors, vous n'êtes pas bien avec lui ? »
« Ce n'est pas ça. Je suis bien, très bien même. Mais… Je ne sais pas. »
Sa voisine de table l'encouragea d'un regard alors qu'elle prenait une gorgée de con café latte. Hermione saisit sa propre tasse, et l'entoura de ses deux mains comme pour se réchauffer. L'odeur forte de la boisson la réconfortait.
« Je suis bien en sa compagnie. Il a un peu tendance à vouloir tout contrôler, mais il est intelligent, charismatique. Il est posé et semble épanouit dans sa vie. Il prend soin de moi et sait me faire rire. Mais je ne sais pas si je peux lui faire confiance, ou si je pourrais un jour l'aimer. Pour de bon, je veux dire. L'aimer avec un grand A. »
« Vous ne croyez pas au 'bon' mais vous croyez au grand amour. »
Ce n'était pas une question, juste une simple observation, qui fit tout de même réfléchir Hermione.
« Je ne sais pas ce que le grand amour veut dire. Mais j'ai déjà été amoureuse. Et j'ai déjà eu des relations passagères. Et je sais, je sens, que j'ai atteint la limite des sentiments que je pourrais développer pour lui. »
« Et lui, envisage déjà un futur avec vous. Et cela vous fait peur, car vous n'en êtes pas là vous-même. »
Une fois de plus, cette femme surprenait Hermione. Elle haussa les sourcils en un regard interrogateur.
« Ce collier, vous n'arrêtez pas de le triturer. C'est un cadeau de sa part, n'est-ce pas ? »
Sans s'en rendre compte, Hermione avait effectivement porté une main à son cou et faisait distraitement tourner la petite émeraude entre ses doigts.
« Il n'a pas parlé de faire nos vie ensembles… »
« Mais on n'offre pas de bijoux aussi coûteux à une aventure de passage. »
Hermione acquiesça.
« Que vous dit votre cœur ? »
Sans même avoir besoin de méditer la question bien longtemps, Hermione lui donna sa réponse.
« Que ce n'est pas juste. Si je reste avec lui, c'est par habitude et par confort, alors que lui voit les choses d'une manière bien différente. Ce n'est pas juste de laisser ses sentiments grandir alors que je sais que les miens n'arriveront jamais à la hauteur des siens. »
« Est-ce tout ? »
Hermione fut à nouveau prise de court. A quoi cette femme faisait-elle référence ? Les yeux bleus ressurgirent une fois de plus dans ses pensées. Non, rien à voir. Si elle se posait des questions sur sa relation avec Dave, ce n'était pas à cause de ces yeux-là. C'était fâcheux qu'ils aient refait surface dans sa mémoire la veille, mais c'était de l'histoire ancienne, et s'ils avaient une quelconque signification, c'était juste en tant que preuve que sa situation présente n'était pas satisfaisante. Un résultat, rien de plus.
Alors à quoi faisait-elle allusion ? Elle se rappela la présence de sa baguette dans la poche interne de son manteau, toujours à portée de main. Dave était un moldu. Il avait fait une grande université, et travaillait dans la City. Quand il avait croisé Hermione dans un pub, il avait cru rencontrer une scientifique brillante, faisant des recherches dans un domaine compliqué des neurosciences, dont l'objet précis devait être entouré de discrétion. Elle n'avait pas tout à fait menti, mais ce n'était pas toute la vérité non plus. Et elle avait espéré faire durer ce statu quo de façon indéfinie. Mais ça, elle ne pouvait pas en parler à cette inconnue. Pourtant, c'était comme si la vieille femme savait déjà ce qui compliquait réellement la relation d'Hermione. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Alors pourquoi la regardait-elle comme si elle attendait autre chose ?
« C'est tout » répondit fermement Hermione.
« Alors, vous savez ce qu'il vous reste à faire. »
Hermione ne répondit rien, exhalant juste de façon resignée.
Hermione se tenait devant les flammes vertes, attendant patiemment son tour. Elle avait déjà prononcé l'adresse du ministère, mais ce matin elle n'avait pas d'expérience à faire. Juste de la paperasse à remuer, alors elle se rendait au travail à neuf heures, comme tout le monde. Et qui disait comme tout le monde disait heure de pointe. Enfin, sa baguette vibra, lui donnant le signal qu'une voie de cheminée s'était libérée. Sans attendre, elle pénétra dans l'âtre.
Arrivée dans l'atrium, elle se mêla au flot de sorciers que déversaient les multiples cheminées. Certains collègues la saluaient, et elle leur répondait d'un signe de tête plus ou moins enthousiaste. De toute façon, à cette heure-là, tout le monde avait un endroit où se rendre. D'autres la dévisageaient ouvertement, des visiteurs, sans aucun doute. Les employés ministériels s'étaient déjà habitués, en presque deux ans, à compter Hermione Granger dans leurs rangs. Ça n'arrivait plus si souvent, mais de temps en temps, de parfaits inconnus l'arrêtaient encore pour la saluer. Au début, elle vivait très mal qu'on la considère comme une héroïne de guerre. Elle ne voulait pas être célèbre, et aurait voulu qu'on l'oublie, tout comme elle souhaitait oublier les atrocités qu'elle avait vécu. C'était en partie ça qui avait motivé son départ pour la Suède. Là-bas, dans le petit campement archéologique, tout le monde était sur un pied d'égalité. Elle ignora les visiteurs au regard persistant et fila droit sur les ascenseurs, se glissant à la dernière minute entre les portes qui se fermaient.
Une fois arrivée au Département des Mystères, elle s'orienta sans problèmes jusqu'à son laboratoire, récupéra quelques documents à la réception, et s'installa dans son bureau. Lorsqu'elle venait tout juste de prendre son poste en tant que Langue-de-Plomb, elle avait toujours un sentiment de malaise lorsqu'elle passait la porte noire marquant l'entrée du département, et surtout quand elle devait s'orienter dans la salle circulaire. Les croix de feu qu'elle avait tracé sur les portes lorsqu'elle était encore adolescente avaient depuis longtemps été effacées, mais les lieux lui rappelaient trop cette excursion malheureuse avec Harry et Ron dans la salle des prophéties. Heureusement, du temps s'était écoulé depuis, des souvenirs neufs avaient remplacé les anciens, et rares étaient les fois où elle faisait encore le lien entre son lieu de travail et l'horrible bataille de sa cinquième année à Poudlard.
Dans son bureau régnait un léger désordre réconfortant. Aux murs, les étagères croulaient sous les livres aux titres runiques indéchiffrables pour à peu près toute personne ne travaillant pas dans son laboratoire. Sous la fenêtre où les services d'entretien leur avaient programmé une pluie battante, s'alignaient divers tubes et fioles au contenu parfois desséché, témoins des nombreuses voies sans issues qu'Hermione avait exploré dans ses recherches. Sous le coucou offert par Ron, son bureau soutenait plusieurs piles de dossiers et quelques objets personnel dont des photos encadrées. Sous une lampe de bureau de banquier à abat-jour vert, son visage adolescent lui envoyait un sourire éclatant, entouré de ses meilleurs amis. Dans un autre cadre, le même trio, plus âgé, célébrait le mariage d'Harry, bientôt deux ans plus tôt.
Hermione déposa son dossier sur sa table de travail et se conjura une tasse de café bien noir, comme elle l'aimait, avant de s'asseoir. Relisant ses notes de la semaine passée, elle fit le point sur l'avancée de ses recherches. Il revenait de façon récurrente, dans les textes qu'elle avait traduit en Suède, la notion d'élément conducteur. Cela faisait maintenant presqu'un an que le laboratoire numéro quatre s'évertuait donc à tenter de cerner quels éléments étaient les plus conducteurs de magie, espérant ainsi découvrir une des clefs permettant de déchiffrer l'équation qui se trouvait au cœur de la magie même. Hermione s'était intéressée aux composés organiques, utilisant comme point de départ les éléments traditionnellement utilisés dans la fabrication de baguettes magiques. span style="mso-spacerun: yes;" /spanElle avait ainsi réussi à établir une liste précise de matières et substances, organisées selon leur degré de conductivité. Par exemple, le saule, qui avait jusque-là été utilisé comme bois de baguette par pure tradition, s'était avéré être un matériau extrêmement conducteur, et surpassait de loin tous les autres types de bois en ce domaines. L'article qu'elle avait publié à ce sujet quelques mois plus tôt avait fortement intéressé la communauté scientifique sorcière, et Ron lui avait depuis rapporté que les derniers prototypes de balais volants sculptés dans du saule avaient démontré des performances incroyables.
Bien sûr, elle était heureuse, et retirait même un peu de fierté, de voir que ses découvertes étaient appréciées et utilisées en dehors. Mais ça ne l'aidait pas plus que ça dans la quête qu'on lui avait confiée. Sûrement que les premiers sorciers n'étaient pas nés d'un saule, ou alors la théorie même de l'évolution humaine était à revoir ! Elle avait l'impression d'avoir perdu l'année passée sur une piste sans issues, ou du moins sur un chemin qui divergeait trop de la question posée. Pourtant, c'était son directeur de recherches qui l'avait orienté dans cette voie-là. Mais il était de notoriété publique que Dougal Dempsey était la personnification même du mythe du savant fou, et les aléas qu'empruntait son raisonnement n'était pas toujours accessibles au commun des mortels.
Hermione ouvrit un tiroir et en sortir un bloc-notes violet. Elle griffonna le nom du destinataire ainsi qu'un mot bref sur la première page, l'arracha et, d'un coup de baguette, la plia en forme d'avion. La note prit aussitôt son envol, effectua une pirouette rapide qui ressemblait à un petit salut devant son expéditeur, et fila en dehors du bureau. Hermione rangeât le bloc-notes à sa place et se recula contre le dossier de sa chaise. Elle avait besoin qu'on la conseille et venait de demander rendez-vous à son directeur. Attendant sa réponse, les mains croisées sous le menton, elle réfléchissait.
« L'americano, c'est pour qui ? »
Hermione sursauta. Où était passé la voix douce de la serveuse habituelle ? Elle se retourna et avisa un grand blond décoloré qui flottait dans son tee-shirt, pianotant impatiemment sur le comptoir, une tasse fumante à la main. Elle lui fit un petit signe mais il lui renvoya un regard glacial. Voyant qu'il ne lui apporterait pas sa consommation, elle se leva et se dirigea vers le comptoir.
« Mariam n'est pas là aujourd'hui ? »
« Non, Mariam n'est pas là. Mariam est malade, et elle laisse tout le monde dans la merde. »
Hermione dévisageât l'employé, surprise par l'agressivité du ton. Elle prit sa tasse des mains du garçon, et retourna s'assoir sans rien dire. Avec des cas comme ça, rien ne servait d'insister.
Derrière la fenêtre, Hermione regardait les passants défiler, imperméables sur le dos et épaules voutées, s'arque-boutant contre leurs parapluies et le vent qui ne cessait de changer de direction. Elle se laissait rarement atteindre par la météo, et prenait d'habitude plaisir à regarder la pluie tomber dehors quand elle-même était au chaud à l'intérieur, mais aujourd'hui ses pensées avaient la même teinte que le ciel londonien. Elle faisait tourner son reste de café dans sa tasse et zieutait le comptoir où s'entassaient scones et autres pâtisseries, se demandant si elle ne laisserait pas aller à la consolation facile d'une sucrerie, quand elle sentit son téléphone vibrer dans sa poche.
« Allô ? »
« Hermione ? Je viens juste de voir ton appel manqué. Tout va bien ? »
En entendant la voix de sa mère, Hermione lâcha sa tasse et s'enfonça dans son fauteuil.
« Ça va… En fait non, j'ai une journée un peu difficile. »
« Je suis sûre que ce n'est pas si terrible que ça, tu es intelligente et tu t'en sors toujours. »
Hermione soupira silencieusement dans le combiné.
« C'est pas si simple. J'ai rompu avec mon copain hier soir, et… »
« Ton copain ? »
« Oui. Enfin, ça ne faisait pas si longtemps qu'on se voyait, mais tu sais, c'est jamais évident. »
« Si tu ne m'en as pas parlé avant, c'est qu'il ne devait pas beaucoup compter pour toi. Tu en retrouveras un autre. »
Silence. Le ton désinvolte de sa mère lui transperçait la poitrine. Elle avait eu le réflexe de se tourner vers elle pour un peu de réconfort, vers celle qui l'avait soutenu et accompagné toute son enfance, mais cet échange téléphonique la ramenait brutalement à la réalité de leurs relations actuelles.
« Allez, ma chérie, reprit sa mère. Rentre chez toi, prends-toi un bon bain, ou va boire un verre avec tes amis, et ça ira mieux. »
« Oui… »
« Tout va bien, à part ça ? »
A part ça… Je n'arrive à rien dans mon boulot. Je peux classifier 237 matériaux en fonction de leur conductivité magique, mais toujours pas identifier la source de cette magie. Mes recherches sont au point mort et mon directeur est dans une de ses phases maniaques et ne m'est absolument d'aucun secours. Sa seule solution, c'est « des vacances. Des vacances, mon petit, ça vous éclaircira les idées. Tout le monde doit prendre ses congés. Croyez-moi, j'en sais quelque chose. » Et moi je sais qu'il ne dit ça que parce qu'il s'est fait remonter les bretelles par l'administration pour ne pas donner leurs congés à ses équipes. Mais à quoi bon te parler de ça. Tu n'es pas en mesure de m'apporter une once de réconfort quant à un problème purement et basiquement humain telle qu'une relation amoureuse, alors des recherches scientifico-magiques ? Et moi, je sais bien que je dramatise, qu'hier j'allais bien et que demain j'irais surement mieux. Mais c'est maintenant que ça ne va pas, que j'aimerai pouvoir te parler, mais j'ai tout foiré et si la communication ne passe plus entre nous, je suis la seule à blâmer. Alors à quoi bon…
« A part ça tout va bien. »
« Tu vois ? Tu dramatises toujours tout. Allez, comme on dit, un de perdu, dix de retrouvés. Prends-soin de toi chérie, et appelle-moi quand tu veux. »
Clic.
Hermione remis son téléphone dans sa poche et ferma les yeux quelques secondes. Des vacances et un bain. Pourquoi pas, si c'était tout ce que son mentor et sa mère avaient à lui offrir ?
« Prochaine station : West Hampstead. »
Les portes du métro s'ouvrirent, et Hermione s'extirpa de la rame bondée, son sac de voyage à l'épaule. Elle resserra son écharpe tout en gravissant les escaliers de la station balayée de courants d'air. Le froid ne lui avait certes pas manqué, mais elle revenait de ces quelques jours de vacances requinquée, pleine d'une énergie nouvelle. Dehors la nuit était déjà tombée. Elle s'arrêta chez son épicier habituel où elle acheta de quoi dîner avec les quelques livres sterling qui lui restaient. Il faudrait qu'elle pense à passer à Gringotts dans la semaine pour refaire un peu de change. En sortant de l'épicerie, elle prit la première rue à gauche, et continua jusqu'à la porte d'un immeuble ni vieux ni moderne. Tout simple, quatre étages, en briques rouges et aux contours de fenêtre blancs. Des coursives externes donnant sur la rue desservaient les appartements. Un immeuble banal, comme il y en avait tant à Londres, mais où elle avait réussi à se trouver un petit studio à un prix correct, et dont le propriétaire était un vieux sorcier, né-moldu lui aussi, qu'elle pouvait payer directement en galions.
Hermione prit l'ascenseur jusqu'au troisième étage, tourna sur la coursive de droite et s'arrêta devant la deuxième porte. Fouillant dans son sac à main pour y chercher sa clef, elle ne remarqua pas la porte qui s'ouvrit de l'intérieur, ni l'homme en uniforme qui en sortit et failli la percuter.
« Alexander Williamson, Bureau de Aurors. Vous pouvez baisser votre baguette, Mademoiselle Granger. »
Hermione avait bondi en réalisant qu'un homme, de surcroit en robe de sorcier, se trouvait chez elle. Son sac de voyage était tombé un peu plus loin, et ses courses avaient roulé un peu partout autour d'elle. Elle avait dégainé sa baguette sans même y réfléchir, sentant l'adrénaline couler dans ses veines, la picoter jusqu'au bout des doigts dans une sensation qu'elle n'avait pas ressenti depuis bien longtemps. Détaillant le badge que lui présentait l'Auror, elle consentit à baisser sa baguette.
« Eh bien, ce n'est pas tous les jours qu'on a le sous-directeur du Bureau des Aurors pour nous accueillir chez soi à son retour de weekend… Puis-je savoir ce que vous faites chez moi ? Et comment vous êtes rentré ? J'ai plusieurs sors anti-intrusion en action… »
« Qui ont été brisés, malheureusement. Mademoiselle Granger, vous avez été cambriolé. »
L'homme s'écarta pour lui laisser voir sa porte d'entrée, restée ouverte. Au-delà, son appartement était un vrai champ de bataille, où toutes ses possessions semblaient avoir été retournées dans tous les sens avant d'avoir été jetées pelle-mêle dans la pièce. Elle en restait sans-voix, alors que l'agent lui résumait les faits.
« Clairement nous n'avons pas affaire à un banal cambriolage moldu. Scotland Yard nous a immédiatement contacté, quand ils s'en sont rendu compte. L'intrus était forcément un sorcier, et il savait chez qui il pénétrait. Il est clair que vous étiez sa cible, et c'est une chance que vous n'étiez pas présente sur les lieux lorsqu'il s'est introduit chez vous, il y a tout au plus une demi-heure. »
« Une demi-heure ? »
« Oui, c'est à ce moment-là que Scotland Yard a reçu l'alerte par une de vos voisines. »
Hermione suivit le regard de l'homme vers le bout de la coursive, où se tenait une dame âgée en robe de chambre qui répondait aux questions d'un Auror. Elle semblait sous le choc, et n'arrivait pas à détacher son regard de la longue robe qu'il portait, ses yeux alternant entre le visage de l'homme quand elle lui répondait, et sa tenue quand il prenait ses dires en notes.
« Mais, il ne se pourrait pas qu'il y ait eu un temps d'écart entre le cambriolage et le moment où ma voisine a remarqué quelque chose ? »
« Je ne pense pas. Elle a entendu le bruit qu'il faisait et est sortie pour voir ce qu'il se passait. Elle a vu l'intrus sur la coursive disparaître d'un coup, surement un transplanage. Et puis, il aurait été difficile pour elle de ne pas voir la marque. »
Le cœur d'Hermione rata un battement.
« La marque ? »
« Oui. Vous ne l'avez pas vu ? »
L'Auror tendit le doigt vers quelque chose se trouvant derrière elle. Hermione déglutit. Elle redoutait ce qu'il allait lui montrer. Elle prit une grande inspiration, priant pour qu'il s'agisse d'autre chose, de n'importe quoi d'autre que ce à quoi elle pensait. Son cœur avait repris son activité et elle sentait maintenant son rythme accélérer d'anticipation. Lentement, elle fit demi-tour, laissant la lueur verdâtre baigner son visage. La marque était là, impossible, et pourtant bien réelle. Flottant au-dessus des immeubles, brillante dans la nuit, aussi hideuse que dans ses souvenirs. Des Aurors postés sur les toits alentours l'abreuvaient de sorts dans un effort de la neutraliser, mais elle résistait, le serpent semblant les narguer, ondulant d'une danse macabre dans la bouche béante d'un crâne dont les orbites vides semblaient fixées sur Hermione.
