Non, vous ne revez pas, c'est bien un nouveau chapitre qui sort de derrière les fagots!
J'ai l'impression que je vous dois des explications pour avoir déserté cette histoire pendant près de deux ans, alors les voici: en 2020 j'ai repris des études qui se sont révélées bien plus intense que ce à quoi je m'attendais, et qui ne m'ont intellectuement laissé aucune autre disponibilité que réviser, réviser, et encore réviser. Bref, la créativité et l'écriture n'ont plus eu de place dans ma vie jusqu'à l'obtention récente de mon diplôme. Et puis il a fallu retrouver un job, puis un autre, et un autre, et encore une fois, je n'avais pas de temps ni d'inspiration pour écrire.
Et puis ce matin, je suis tombée sur "Foutues Hormones" de Dahrma, un petit FredxHermione que je recommande vivement, et qui m'a fait me souvenir que moi aussi, j'avais une histoire sur ce couple en attente. Et en relisant tous vos reviews, voila que ma motivation revient toute seule, et que je tape furieusement sur mon ordi toute la journée pour vous livrer ce chapitre ce soir. J'ai conscience qu'il n'est pas parfait, et que le ton est peut-être à nouveau un peu différent des deux premiers, mais je ne peux pas me permettre de tout réécrire à chaque fois.
Du coup, un immense merci à vous tous qui avez continué à lire et commenter sur cette histoire ces dernières années. C'est grace à vos messages que j'ai eu l'impulsion de me mettre à écrire ce matin :) J'espère que ce nouveau chapitre sera à la hauteur de cette longue attente.
Bonne lecture,
Elsie
Velvet Underground – Venus in Fur
Air – Moon Safari
Ses pas résonnaient sur les pavés humides dans un rythme saccadé et rapide. Elle releva le col de son manteau dans un espoir dérisoire de se préserver de la pluie qui tombait sans discontinuer. La rue était déserte, pas une lumière ne brillait aux fenêtres. La lune avait disparu derrière les nuages, et seuls les lampadaires éclairaient sa course de leur lumière diffuse. L'ampoule du plus proche clignota dangereusement, et s'éteignit complètement. Elle accéléra. Enfin elle arriva devant l'immeuble. Elle fouilla dans la poche de son manteau mais n'y trouva pas la clef. Elle poussa un juron, fouilla encore. La cognée de porte en forme de tête de lion émit comme un sifflement qui attira son attention. Allez Gryffondor, tu peux y arriver. Elle sortit le poing de sa poche, serrant une grosse clef dorée. La tête de lion disparu, et la porte s'ouvrit sans encombre. Elle pénétra dans le hall. Un imposant escalier en bois montait en spirale vers les étages. Une tapisserie rouge et poussiéreuse agrémentait les murs de ses motifs baroques. Sur la gauche, de lourds rideaux noirs obstruaient une fenêtre. Une certaine chaleur émanait de la porte se trouvant plus loin sur la droite. Des éclats de voix, un rire peut-être, tous familiers. Elle fit un pas pour les rejoindre.
« Tu n'essuies pas ? »
Elle leva les yeux. Deux petites filles identiques se tenaient à la rambarde de l'escalier. Elles avaient parlé en même temps. Celle de droite pointa quelque chose du doigt, et elles reprirent de concert :
« Tu as mis de l'eau partout. Pourquoi tu n'as pas utilisé un sort ? »
Elle baissa les yeux. Son manteau goûtait sur le parquet foncé, et une flaque l'entourait maintenant. Elle voulu utiliser sa baguette pour la faire disparaitre, mais tout ce qu'elle avait dans la main était cette fichue clef. Elle s'excusa auprès des petites filles.
« Je n'avais pas de parapluie. »
Les fillettes échangèrent un regard, avant de reporter leur attention sur elle.
« Il n'y a que les moldus qui utilisent des parapluies. Les moldus et les sang-de-bourbe. »
Elle accusa le coup. Les petites filles la regardaient fixement, leurs visages poupons dénués d'expression. Leurs prunelles noires la transperçaient de part en part, et une douleur violente la prit au bras. Elle lâcha la clef pour se tenir l'avant-bras et endiguer la douleur. Elle n'entendit pas le bruit mat du laiton tombant lourdement sur le parquet, et baissa les yeux. Au sol, devant ses pieds, là où aurait dû se trouver la clef, elle vit un petit canif d'argent ensanglanté. L'air lui manquait, la douleur remontait depuis son bras et lui traversait la poitrine. A sa gauche, les rideaux s'ouvrirent brusquement, et le portrait de Mrs Black se mit à hurler.
« SANG DE BOURBE ! HORS DE MA DEMEURE ! SANG DE BOURBE ! »
Le sang traversait sa manche. A travers son manteau, elle pouvait lire l'insulte formée par les cicatrices meurtries qui se cachaient sous les vêtements. Elle releva les yeux vers les fillettes. Leurs visages d'enfant avaient disparu. A la place deux faciès de serpent, identiques, continuaient de la dévisager de leurs orbites vides.
« Non… Non ! NON ! »
Hermione ouvrit soudain les paupières, réveillée par son propre cri. Elle sentait sa nuisette lui coller au dos et au ventre, et la sueur lui poisser le front. Elle se redressa dans le lit, et il lui fallut quelques instants pour se souvenir à qui appartenait la chambre où elle se trouvait. Ameublement simple mais design. Des tons gris et bleu. Sur une commode trônait quelques photos encadrées. Deux du trio, similaires à celles qu'Hermione avait dans son bureau. Une de la fratrie Weasley au grand complet. Une autre de deux jeunes hommes, l'un roux, l'autre blond, se tenant par la taille et souriant à l'appareil. Ron. Elle était chez Ron. Se concentrant sur le visage encadré de son meilleur ami, elle prit plusieurs grandes inspirations pour calmer son rythme cardiaque. A travers les rideaux, l'aube pointait déjà.
En rentrant dans la salle de bain, elle fit glisser sa nuisette et rentra directement sous l'eau glacée de la douche, sans attendre qu'elle se réchauffe. Retenant un cri, elle s'aspergea le visage, et se mit toute entière sous le jet. Un cauchemar, rien de plus. Pourtant, sur son avant-bras nu, la cicatrice était encore là. Elle s'était affinée, mais elle était toujours visible. Légèrement boursoufflée, rosâtre même après toutes ces années. Ce qui marquait le plus quiconque posait les yeux dessus, c'était la grossièreté délibérée de l'écriture. Faite pour faire mal, faite pour marquer, aussi bien physiquement que psychologiquement. Elle avait bien essayé de l'effacer. Potions, sorts, baumes et onguents, médecine moldue, rien n'avait réellement fonctionné. Elle arrivait à la camoufler lorsque c'était indispensable, à coup de sort de lissage et fond de teint moldu. Une routine comme une autre, telle que se brosser les dents ou se maquiller. Elle avait appris à vivre avec, aidée par plusieurs mois de thérapie, et avait pris l'habitude de porter des manches longues lorsqu'elle était trop pressée pour la dissimuler. D'habitude, elle y pensait à peine. D'habitude, elle ne rentrait pas chez elle pour trouver une Marque des Ténèbres flottant au-dessus de son immeuble. Elle saisit la savonnette, et entreprit d'enlever le film de sueur dont le cauchemar l'avait recouverte.
Les cheveux entortillés dans une serviette et des vêtements de travail enfilés à la vas-vite, Hermione se préparait un sandwich en attendant que l'eau de son café boue. Trois jours qu'elle vivait chez Ron. Le soir où elle avait été cambriolée, elle avait directement transplané chez Harry après que les Aurors aient prit sa déposition. Ron était là également, bien installé dans un des fauteuils du salon avec un verre, à parler Quidditch avec Harry, comme d'habitude, alors que Ginny était déjà partie se coucher. Hermione leur avait brièvement résumé la situation. Elle avait réussi à garder son sang-froid, mais quand était venu le sujet de la marque, sa voix avait tremblé. Ses amis s'étaient levés d'un bond. Harry l'avait faite s'assoir en lui passant un bras protecteur autours des épaules, et Ron était allé lui servir un verre de cognac. Ils étaient tous les trois d'accord sur le fait qu'Hermione ne pouvait pas rester dans son studio jusqu'à ce que les Aurors tirent l'affaire au clair. Harry s'était tout de suite porté volontaire pour l'héberger, mais avec Ginny enceinte, Hermione ne voulait pas déranger. Elle s'était donc retrouvée à cohabiter avec Ron, avant que celui-ci ne reparte en voyage d'affaire en Allemagne. Mets-toi à l'aise, je serais de retour dans trois ou quatre jours, lui avait-il dit. Le choc était un peu passé, et elle avait décidé de retourner travailler. Seule la nuit lui remémorait ses peurs, enfouies depuis longtemps, mais que la marque avait ramené à la surface.
Hermione jeta un coup d'œil à la pendule qui surplombait la cuisine de Ron. Huit heure quarante-sept.
« Mince… »
Elle finit son café en vitesse, emballa son sandwich pour plus tard, et se sécha les cheveux d'un coup de baguette tout en finissant de boutonner son chemisier, avant de se diriger vers la cheminée qui l'amènerait au Ministère.
Neuf heure treize. Elle savait que Dempsey ne lui tiendrait pas rigueur de son retard, mais c'était plus fort qu'elle. Même en cas de crise, elle aimait être ponctuelle. Jetant un coup d'œil à la grande pendule trônant dans l'atrium du ministère, Hermione se hâtait de façon automatique vers les ascenseurs. Elle en avisa un sur le point de fermer ses portes, et essaya de sauter dedans à temps, heurtant quelqu'un qui essayait d'en faire de même.
« Je suis désolée… Malefoy ? »
Le sorcier fit un geste sec de sa baguette pour récupérer sa mallette, tombé par terre sous le choc. La toisant d'un air neutre, il lui grogna un « Granger » accompagné d'un bref hochement de tête en guise de salutation. Par réflexe, elle lui adressa un sourire crispé, et se détourna rapidement. Elle sentait sa présence tendue à ses côtés, qui la mettait mal à l'aise. Les yeux rivés sur le panneau d'affichage, elle guettait les petit point lumineux signifiants le déplacement des ascenseurs, qui se promenaient d'étage en étage, se rapprochant avec une lenteur extrême du carré portant la mention Ground Floor, et qui, elle espérait, la délivreraient bientôt de cet inconfortable tête-à-tête avec son ancien ennemi.
Ce n'était pas la première fois qu'elle le recroisait, surtout depuis qu'elle travaillait au ministère. Elle avait été surprise, la première fois qu'elle était tombée sur lui au détour d'un couloir, alors qu'elle allait rendre visite à Ron pendant sa pause déjeuner. « Il est chez Nimbus, » lui avait plus tard expliqué son meilleur ami entre deux bouchées, « du coup il passe souvent au JSM pour des histoires de brevets et autres. Tu sais, il n'est plus si mauvais. Il s'est même excusé. »
Hermione avait senti ses sourcils se hausser loin sur son front sous le coup de la surprise. « Excusé ? Pour avoir été un Mangemort ? » Ron avait acquiescé et marmonné quelque chose dans lequel elle avait discerné Poudlard, Weasley, et roi, et n'avait pas insisté. « Il s'est même excusé auprès d'Harry. Peut-être qu'il viendra te parler aussi, qui sait. Je crois que depuis qu'il n'a plus Lucius sur le dos, il regrette vraiment d'avoir été dans le mauvais camp. » Hermione avait été dubitative devant ce nouveau portrait que Ron lui dressait de Malefoy et pourtant, quelques semaines plus tard, le Serpentard l'avait arrêtée dans un couloir et lui avait présenté des excuses sobres, mais qui semblaient sincères. Depuis, ils entretenaient des relations courtoises, tout en s'en tenant au stricte nécessaire. Tout comme ce matin, où ils se contentaient d'attendre leur ascenseur, côte à côte, en silence.
« Bravo pour ton article sur la conductivité magique du bois de saule. »
« M-Merci, » bredouilla Hermione, surprise que le Serpentard ait brisé l'accord tacite selon lequel ils ne conversaient pas au-delà d'un simple bonjour.
« C'est plutôt à moi de te remercier. C'est en te lisant que m'est venue l'idée du Nimbus Faucon. Nous avons battu tous les records et décroché un contrat avec l'équipe nationale pour le prochain tournois. »
« Oui, Ron m'a raconté ça. »
Ding. Les portes dorées de l'ascenseur s'ouvrirent, une petite flèche lumineuse pointant vers le haut, et Malefoy se décala pour la laisser passer la première.
« Non merci, je me rends aux sous-sols. »
« Très bien, » acquiesça-t-il. « En tout cas, si tu te lasses un jour des laboratoires humides et mal financés du ministère, la porte du service de développement de Nimbus t'es ouverte. »
« Euh… Ok, » finit-elle par répondre alors que Malefoy disparaissait derrière les portes dorées. Hermione se sentait un peu sonnée. La dernière fois qu'elle avait échangé autant de mots avec le Serpentard devait remonter à leur troisième année, et s'était finie par un coup de poing. Cette fois-ci, non seulement ils n'en étaient pas venus aux mains, mais il lui avait en plus fait une offre d'embauche. Secouant la tête comme pour chasser une mouche, elle avisa enfin un ascenseur en direction des sous-sols et sauta dedans. Maintenant elle était franchement en retard.
« Et ils ne t'ont rien volé ? Pas même des bijoux ou de l'argent ? »
« Non, j'ai bien vérifié, tout était là. J'avais même des gallions qui trainaient dans un vide-poche. J'ai retrouvé le vide poche en miettes sur le sol, mais les pièces étaient toujours là. »
« Donc le seul truc qui clochait vraiment, c'était cette marque, là. »
Hermione acquiesça en silence, et Amy repris.
« Et cette marque, c'est les mêmes gars qui t'ont fait… tu sais. » Elle laissa sa phrase en suspens, tout en faisant un geste du menton vers le bras d'Hermione, qui hocha de nouveau la tête, soudain crispée.
« Purée, c'est vraiment après toi qu'ils en ont alors. »
La sorcière ne répondit pas, finissant sa boisson d'un traite pour oublier la sensation désagréable sous sa manche, et laissa retomber le verre vide sur le bois humide de la table. Amy l'avait invitée dans un pub ce vendredi, et cette fois-ci, elle avait accepté. Entre sa rupture avec Dave et ce cambriolage, elle avait besoin de décharger. Elle avait failli aller voir ses parents, mais s'était ravisée. Sa mère faisait un blocage sur tout ce qui avait trait à la guerre, et elle la sentait terrifiée à chaque fois qu'elle évoquait le monde magique. Un traumatisme complexe quant au fait qu'Hermione leur ait effacé la mémoire. D'habitude elle savait mieux expliquer ça, mais là, après quatre G&Ts, tout ce qu'elle savait c'est qu'elle avait foiré, et que la perspective d'un retour des mangemorts n'aiderait définitivement à rétablir les bonnes relations parentales. Amy, au moins, ne la jugeait pas. Elle ne comprenait pas toujours tout, et avait souvent un air de petite fille à qui on vient de dire que, somme toute, le père-Noël existait vraiment, lorsqu'il s'agissait de magie, mais elle écoutait et réconfortait. Hermione regarda le fond de son verre vide, contemplant la chance qu'elle avait d'avoir trouvé une amie en sa cousine, avant de réponde en haussant les épaules.
« Les Aurors semblent penser qu'il s'agit d'une démonstration, plutôt que d'un danger réel. »
Amy finit son verre en grimaçant.
« Ouais, c'est bien les flics, ça. En attendant, c'est pas eux qui perdent le sommeil à se demander si un fanatique va les attaquer. »
Hermione acquiesça pensivement, pendant qu'Amy se levait et enroulait son écharpe autours de son cou.
« Allez, viens. Je sais pas toi, mais tout ce gin m'a ouvert l'appétit. »
Elles enfilèrent leurs vestes et sortirent du pub bondé. Dans la rue, l'air froid de la fin février contrastait avec l'atmosphère surchauffée qu'elles venaient de quitter, et Hermione enfonça un peu plus son bonnet sur ses oreilles pendant qu'Amy resserrait les pans de mon manteau.
« Merci, » lâcha brusquement Hermione. « Tu sais, ça me fait du bien d'avoir quelqu'un avec qui parler de tout ça. Surtout pour Dave. Les garçons m'écoutent, mais je reste convaincue qu'on n'a pas été conçus avec la même capacité émotionnelle. »
Amy répondit par un éclat de rire.
« Ah, ça ! Quand il s'agit de vos super pouvoirs, je suis pas toujours la plus rapide, mais en même temps tu m'excuseras, j'ai pris le train en retard. En tout cas, pour ce qui est des histoires de cœur, je sais ce que c'est. »
Hermione lui rendit son sourire, alors qu'Amy se frottait les bras pour se réchauffer.
« En parlant de super pouvoirs, tu pourrais pas nous arranger quelque chose pour ce froid ? »
« Je suis une sorcière, pas déesse de la météo. »
« Non, mais tu vois ce que je veux dire. »
Hermione leva les yeux aux ciel et souriant, avant de sortir sa baguette pour leur lancer un sort de réchauffement. Amy s'arrêta net sur le trottoir et poussa un soupir de contentement, un air béat sur le visage. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais avant qu'elle ne puisse articuler une syllabe, un projectible déboulant de nulle part manqua de la percuter dans sa trajectoire, avant d'aller se poser en hâte sur une boite aux lettre rouge au enseignes royales, un peu plus loin dans la rue. Le jet rouge du stupéfix partit avant même qu'Hermione ait pu avoir une pensée cohérente. Amy poussa un cri strident de surprise, auquel répondit un hululement couroucé dans le silence nocturne. Hermione abaissa sa baguette, le cœur battant. Le moindre claquement lui envoyait une décharge d'adrénaline ces jours-ci, et ses vieux réflexes de combat reprenaient le dessus.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? »
« Un hibou. »
« Je vois bien, mais qu'est-ce qu'il fait là ? C'est pas sensé vivre dans la forêt, ces bestioles-là ? »
« Je crois qu'il vient pour moi, on dirait qu'il tient une lettre. »
« Hein ? » Amy dévisageait Hermione alors qu'elle s'avançait vers la boite aux lettres. « Comment ça, une lettre ? »
« Chez les sorciers, la poste est assurée par les hiboux, » répondit Hermione, amusée.
Le visage d'Amy s'éclairât en un instant. « T'es sérieuse ? » Elle accouru à la suite de sa cousine, soudain excitée de découvrir un nouvel aspect du monde sorcier, alors que celle-ci décrochait un parchemin violet de la patte de l'animal. La jeune femme tendit la main vers la tête du hibou pour la caresser, mais la retira bien vite alors que celui-ci se dégageait à coups de becs et s'envolait précipitamment.
« N'essaye même pas, » la prévient Hermione. « Les hiboux du ministère sont connus pour être absolument incorruptibles. »
« Sans blague, » bougonna Amy. « Bon alors, c'est quoi cette lettre ? »
Hermione déroula le parchemin, et ses sourcils se froncèrent au fur et à mesure de sa lecture. Devant le silence prolongé de sa cousine, Amy lui mit un coup de coude, réitérant sa question d'une œillade insistante. Hermione sorti enfin de sa torpeur avec un frisson et se tourna vers elle, un air grave collé sur le visage, sa nonchalance alcoolisée soudain disparue.
« Il y a eu un autre cambriolage. »
« Mademoiselle Granger. »
« Auror Williamson. »
Hermione répondit au salut de l'homme avec un bref hochement de tête et franchit la porte qu'il tenait ouverte pour elle. Elle revenait du Département des Mystères, où elle avait retrouvé le laboratoire numéro 4 sans dessus-dessous. Son bureau avait été particulièrement saccagé, chaque élément qu'il contenait ayant été retourné de manière quasi-méthodique. Son directeur de recherche, Dempsey, avait également été appelé, et tournait sur lui-même au milieu de la pièce pour constater les dégâts de ses yeux exorbités, les doigt cramponnés aux quelques cheveux qu'il lui restaient sur la tête. Il ne disait rien, mais Hermione le connaissait désormais assez pour savoir qu'il était au bord de la crise de nerf et aurait surement bientôt besoin d'une potion tranquillisante. C'était sans compter sur les Aurors, qui l'accompagnèrent à dans les étages pour prendre sa déposition et l'interroger.
Hermione connaissait le règlement à la lettre. Les recherches de n'importe quel laboratoire du Département des Mystères étaient souvent de nature dangereuse et classées au plus haut niveau de confidentialité. Même le Ministre ne savait pas tout de ce qu'il s'y passait. Pour cette raison, la moindre suspicion de brèche était traitée comme une urgence de la plus haute importance. Alors un cambriolage ! Rien ne serait laissé au hasard, et les employés même du Département seraient interrogés, dans l'éventualité où une taupe s'y serait introduite. C'est donc sans surprise qu'Hermione aperçu la fiole de liquide transparent sur la table de la salle d'interrogatoire de laquelle Williamson venait de refermer la porte.
« Comment va Dempsey ? »
Williamson hésita un instant avant de répondre à sa question.
« Il a tenu le temps de répondre à nos questions, puis nous l'avons transféré à St Mangouste. »
Hermione hocha la tête. Son directeur allait surement avoir besoin d'une bonne cure de sommeil pour digérer ça. Elle regarda l'auror faire le tour de la pièce et prendre place de l'autre côté de la table. Elle pointa la fiole trônant devant sa chaise.
« Veritaserum ? »
« Je suis désolé, mademoiselle Granger. Nous ne pouvons écarter aucune piste. Ne vous offusquez pas, mais je devrais également vous poser des questions sur le sujet de vos recherches, afin de vérifier que votre Secretae soit toujours en place et résiste bien au veritaserum. »
« Je connais le règlement, ne vous en faites pas. »
Hermione tira la chaise et pris place en face de l'auror. Elle saisit la fiole et, après une lourde respiration, la déboucha pour la vider d'une traite. Ça promettait d'être une longue nuit.
Toc toc toc.
Hermione grogna en se retournant dans le lit. Elle était dans la forêt, devant leur tente. Malefoy leur avait apporté de nouveaux balais, et elle regardait avec horreur Harry s'élever dans les airs et foncer droit vers la Marque des Ténèbres qui se détachait dans le ciel nocturne. Elle lui hurlait de faire demi-tour, quand soudain un hibou du ministère lui fonçait dedans et venait lui taper la tempe de son bec. Elle ne savait pas comment il les avait retrouvés, et Hermione sentait la panique la saisir alors qu'il persistait à cogner de plus en plus fort.
Toc toc toc.
Hermione appelait Ron à l'aide et agitait les bras pour le chasser, mais les coups redoublaient d'intensité. Elle cria dans son sommeil, et finit par ouvrir les yeux sur une chambre aux couleurs vives et bariolées. Il lui fallu quelques secondes pour que son rêve se dissipe et qu'elle se souvienne où elle se trouvait. Après un long interrogatoire un ministère et l'assurance donnée aux aurors qu'elle n'avait rien à voir avec le cambriolage du Département des Mystères, elle était venue demander l'hospitalité à Amy, trop inquiète pour retourner seule dans l'appartement de Ron.
Toc toc toc.
Encore ce bruit qui lui donnait l'impression que con cerveau se fendait en deux. Ce n'était donc pas juste le hibou du rêve. Péniblement, elle se redressa dans le lit et appela Amy, mais seul le silence de l'appartement lui répondit. Sur la table de nuit, un vieux réveil indiquait près de midi. A côté, elle reconnu l'écriture de sa cousine sur un mot qui lui expliquait qu'elle été allée faire des courses. Rassemblant le peu d'énergie qu'elle avait, elle se leva et se dirigea vers la porte d'entrée où une silhouette se détachait à contre-jour sur le carreau de verre dépoli. Avançant la main pour ouvrir, elle dut se tenir au mur pour garder l'équilibre. Clairement, le gin et le veritaserum ne faisaient pas bon ménage. Mais pourquoi est-ce que tous ses membres lui semblaient si lourds ? Elle avait l'impression que ses articulations avaient été remplacées par du plomb et se mouvaient avec difficulté.
La poignée lui parut délicieusement fraîche alors qu'elle cédait enfin sous sa main, et la lumière vive du jour l'inonda soudain alors qu'elle ouvrait au visiteur, la forçant à fermer les yeux en une grimace douloureuse.
« Pardon de vous déranger, on emménage à côté et… »
Hermione n'entendit pas la fin de la phrase. Elle ne savait pas pourquoi l'inconnu s'était tu, mais elle avait tellement mal à la tête qu'à ce moment précis, elle s'en fichait pas mal. De l'autre côté du seuil, le jeune homme la dévisageait avec surprise. Ça faisait un bout de temps qu'il ne l'avait pas vu, et elle n'avait pas vraiment changé depuis ce matin de Décembre, où elle lui avait dit au revoir de manière un peu maladroite, avant de repartir en Suède. Oh, il avait bien eu de ses nouvelles depuis, indirectement, par des membres de la famille. Mais sans raison particulière, leurs chemins ne s'étaient pas recroisés. Étonnant comme certaines personnes gravitent dans un même cercle, sans pour autant se rencontrer.
Il avait bien sûr pensé à elle, se remémorant ce réveillon de Noël un peu spécial qu'ils avaient partagé. Il avait songé à la contacter, surtout lorsqu'il avait appris qu'elle était revenue en Angleterre. Mais il avait hésité, se répétant ce qu'il aurait pu lui dire sans pour autant trouver les mots justes. Leur histoire avait été fulgurante et passionnée. Bien trop brève pour qu'on puisse même parler d'histoire. Et puis les mois avaient passé, et il s'était dit que de toute façon, il était maintenant trop tard, qu'il avait manqué ce créneau pendant lequel il aurait encore été naturel de lui parler.
Il avait fini par se résigner, passer à autre chose. Maintenant, quand son prénom apparaissant dans les conversations familiales, il avait même réussi à refouler cette pointe de désir mêlé de nostalgie qui le traversait au début. Il demandait de ses nouvelles à Ron d'un ton détaché, comme il l'aurait fait pour n'importe quel autre ami de la famille. Oui, leur petite escapade festive était bel et bien enterrée dans le passé. Enterrée et bien tassée. Alors pourquoi n'arrivait-il plus à articuler, alors qu'il la découvrait là, sur le palier d'un immeuble de banlieue Est Londonienne ? Pourquoi avait-il eu l'impression de se prendre une décharge électrique dans le ventre, alors qu'elle lui ouvrait la porte de cet appartement, côté moldu, voisin de celui où son frère emménageait ?
Il restait là dans son étonnement, et Hermione finit par s'inquiéter de ce silence. Péniblement, elle cligna des yeux et mit sa main en visière pour voir qui était cet hurluberlu qui toquait à sa porte alors qu'elle avait un mal de crâne carabiné, et qui plus est ne finissait pas ses phrases. Elle ne distinguait pas grand-chose à contre-jour, hormis une tignasse rousse et une carrure svelte, mais il y avait quelque chose dans cette silhouette qu'elle pouvait reconnaitre instinctivement. Sans s'expliquer comment, elle sut exactement qui se tenait en face d'elle.
« Oh, Fred. »
Elle eut juste le temps de constater que la teinte de bleu de ses yeux correspondait exactement à son souvenir, avant que l'étau qui lui enserrait les tempes n'eut raison de ses forces et qu'elle ne sente le parquet poussiéreux se dérober sous ses pieds.
Woohoo, Fred fait enfin son apparition en chair et en os :)
